"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

12 février 2015

La hiérarchie locale et le père Christophe - mise au point (Belgique 11 février 2015)

 père Christophe D'Aloisio,
cathédrale grecque, Bruxelles, 21 décembre 2013,
avant la cérémonie d'intronisation du nouveau métropolite grec
(photo Jean-Michel D.)


Les enjeux autour de l'écartement (encore potentiel) du P. Christophe D'Aloisio: quelques éléments

Père Christophe fut l'élément moteur n°1 dans la mise en place du fonctionnement de l'Institut de théologie orthodoxe de Bruxelles, dont il devint le directeur. La création de cet Institut, il y a un peu plus de 16 ans, répondait à la nécessité de former les enseignants de religion chrétienne orthodoxe pour les écoles de la Fédération Wallonie Bruxelles.
Je fus moi-même étudiant et diplômé de cet Institut (1999-2005) et je suis enseignant dans le secondaire.

Je fus le témoin des tensions croissantes entre deux "lignes":
- la première, plutôt minoritaire, dirigée par Christophe D., défendait l'idée que des compétences intellectuelles réelles et donc la réussite de vrais examens était indispensable à l'obtention du diplôme de théologie orthodoxe. L'idée étant de s'aligner sur "Bologne"
- la seconde, plutôt majoritaire, estimait que fréquenter l'église et avoir de bons copinages avec le clergé permettrait d'obtenir le diplôme, moyennant le payement du minerval et que la fréquentation des cours et des examens était facultative.

Dans cette dernière perspective, les étudiants pourraient avoir un diplôme sans se fouler et les autorités ecclésiastiques seraient heureuses d'avoir le pouvoir de décider "à qui nous donnerons ce diplôme"...

... Mais, tel un roc au milieu des flots déchaînés, Christophe D. refusa toujours de délivrer des diplômes de complaisance. Ce qui irrita de plus en plus la hiérarchie orthodoxe. Christophe D. fut et reste le fer de lance d'une Orthodoxie INTELLIGENTE, dans tous les sens du terme. Ayant entretemps brillament passé un Doctorat sur Afanassieff (j'étais présent) ET ayant été nommé à titre définitif, par l'Etat belge, comme INSPECTEUR des cours de religion chrétienne orthodoxe, il devenait une figure clé de l'Orthodoxie "officielle" dans le Royaume de Belgique.

Son intégrité morale et intellectuelle lui valut les pires avanies. L'Institut de théologie saint Jean fut chassé de ses locaux, tous les clercs ont eu interdiction d'y enseigner (ce passage mériterait un article à lui seul) et un autre insitut (apôtre Paul) fut créé.
Devenu Métropolite, Athénagoras exigea que p. Christophe démissionne de son poste d'inspecteur. Voulait-il prendre le poste pour lui-même ou l'un de ses amis, importe peu: il voulait une personne faisant la métanie devant son autorité.

Démissionner d'un Poste conféré par l'Etat (après y avoir été nommé définitivement) revient à perdre tous ses droits (ni chômage, ni pension, ni rien): il était hors de question d'obtempérer. Du coup, le Métropolite Athénagoras, muni d'un avocat civil bien sûr, intenta un procès contre p. Christophe devant le Conseil d'Etat. Puis il est venu le trouver en le menaçant: soit tu acceptes ta révocation comme Inspecteur (et la perte de tous tes droits...) sans te défendre, et tu pourras rester prêtre (ce qui lui laisserait un petit salaire, en Belgique). Soit tu prends un avocat pour te défendre, et tu en subiras les conséquences canoniques: car si un prêtre et un évêque sont devant un tribunal civil, les sanctions seront toujours pour le prêtre.

Le procès est toujours en cours, mais comme l'unique argument contre p. Christophe semble être un argument d'autorité religieuse, il y a peu de chances que le Métropolite le gagne.

J'espère avoir donné quelque éclairage et ouvert quelques portes à la compréhension de ce qui arrive.
J'assume ce que j'écris, je suis fort incomplet, je suis loin de connaître tous les tenants et aboutissants.


------------------------------------------------------------

Je republie ceci avec l'autorisation de l'auteur, m. Geoffroy de Moffarts, mon condisciple à l'institut Saint Jean le Théologien.
Source :
https://www.facebook.com/geoffroy.demoffarts/posts/10206090323836341


NB: Les commentaires (corrects) sont bienvenus et seront retransmis à l'auteur de l'article. Un débat serein remplacera avantageusement ces années de bisbrouilles. Le monde a besoin d'un témoignage fort de l'Église, pas de ça.

------------------------------------

A lire aussi :

Lettre ouverte à l'Archevêque Job et au Conseil de l'Archevêché
Le 5 février 2015
Lettre ouverte à Son Éminence l’Archevêque Job de Telmessos
Exarque des Églises orthodoxes russes en Europe occidentale
http://situationarcheveche.blogspot.fr/2015/02/lettre-ouverte-larcheveque-job-et-au.html

 

3 commentaires:

Anonyme a dit…

réponse de mgr Job à la lettre ouverte 12 fevrier 2015

Anonyme a dit…

http://www.acer-mjo.org/fr/acer-mjo/actualites/communique-du-conseil-de-l-acer-mjo
La vérité vous rendra libres (Jn. 8, 32)

Les responsables de l’ACER-MJO ont pris connaissance, avec stupéfaction, consternation et tristesse, de la décision de l’Archevêque Job d’interdire de célébration le père Christophe d’Aloisio, alors même qu’il servait dans le camp de jeunes de l’ACER-MJO.

Membre de notre Mouvement et suivant l’exemple de ses pères fondateurs, le père Christophe ne cesse de mettre ses talents au service de l’Eglise en vue de l’« édification du corps du Christ » (Eph. 4, 12). En particulier, il a su se rendre disponible, malgré ses nombreuses charges pastorales, pour prendre part à l’organisation de nos congrès, intervenir lors de nos colloques et conférences, animer nos cercles de reflexion et servir, depuis près de 10 ans, comme aumônier dans notre camp de jeunes. Dès lors, la sanction d’une extrême sévérité et gravité prise à l’encontre du père Christophe suscite la plus grande consternation parmi nos membres, qui connaissent et reconnaissent ses qualités pastorales.

De plus, les raisons invoquées par l’Archevêque Job pour motiver sa décision sont totalement infondées. Aucune plainte n’a été déposée en justice par le père Christophe d’Aloisio, contre qui que ce soit. Par ailleurs, aucune réunion du Tribunal ecclésiastique ne s’est tenue pour étudier le cas du père Christophe, comme cela est désormais connu de tous, suite aux témoignages de certains membres du Tribunal.

Enfin, le père Christophe a pris connaissance du décret l’interdisant de célébrer alors qu’il servait au camp de jeunes. Chaque année ce camp accueille près de 200 enfants que toute l’équipe pédagogique éveille à la foi en Christ et en l’Église, les invitant à les aimer et les servir. Cette nouvelle contredit la vision de l’Église de l’équipe pédagogique et menace d'ébranler, chez beaucoup d’enfants et d’adultes, l’enseignement que nous dispensons sur l’Église comme lieu d’amour, de communion, de respect mutuel et de dialogue.

Dans un contexte ecclésial où nos pasteurs les plus dévoués et expérimentés sont interdits ou menacés de l’être, il nous paraît de plus en plus difficile de mener à bien notre mission d’« ecclésialisation » de la jeunesse, commencée il y a plus de 90 ans par nos pères.

Nous assurons le père Christophe de notre plus ferme soutien et avons demandé instamment et avec humilité à l’Archevêque Job de lever sans délai son interdiction et de cesser toute poursuite à l’encontre du père Christophe, afin qu’il soit rétabli dans sa dignité.

Au nom du conseil de l’ACER-MJO,

Catherine Lodygensky, trésorière
Cyrille Sollogoub, président
Nathalie Victoroff, secrétaire générale

Paris, le 3 août 2015

Anonyme a dit…

Рафаил Лопухин‎ à Pierre Daru
samedi 24 décembre 2016, 00:22
https://www.facebook.com/daru89/posts/1708350412811027
DECRET N° 47-16

Par le présent décret, nous abrogeons le Décret n°55-15 du 21 juillet 2015 et rétablissons à compter de ce jour 23 décembre 2016 le Révérend Prêtre CHRISTOPHE D’ALOISIO, dans sa fonction sacerdotale, en qualité de recteur de la paroisse de la Sainte Trinité et des Saints Côme et Damien de Bruxelles (Belgique), avec toutes les prérogatives y afférentes.

En foi de quoi le présent décret lui est adressé.

Fait à Paris, le 23 décembre 2016.

† JEAN, Archevêque de Charioupolis, Exarque patriarcal des paroisses orthodoxes de tradition russe en Europe Occidentale
http://www.exarchat.eu/spip.php?article1928