"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

08 février 2015

Seigneur, je T'appartiens, sauve-moi! (archim. Zacharias)

J'ai connu une Chypriote de 60 ans qui avait un cancer. Elle vint au monastère et me dit "J'ai le cancer. Les médecins m'ont dit que dans 6 mois, je serais morte." Je lui ai répondu "Androula, alors préparez-vous pour rencontrer le Seigneur, tenez-vous en à Sa parole : 'que nous mourrions ou que nous vivions, nous appartenons au Seigneur' (cfr Rom 14,8), et préparez-vous à cette rencontre. Vous avez six mois, c'est magnifique! C'est le plus grand moment de votre vie." C'était une femme de prière. Je ne console jamais les gens. "Bah, vous allez vivre, ça passera." Je préfère dire "Préparez-vous à la rencontre," même si par la suite ils survivent. La femme l'accepta et commença à dire "Gloire à Toi, ô Seigneur," et sans arrêt. Un jour, elle me dit "je voudrais que vous me promettiez une seule chose : lorsque je ne serai plus en état de venir au monastère, vous viendrez me voir une fois à l'hopital avant que je ne meurre." J'acceptai et je vins la voir à 2 reprises avant son décès.


La première fois que j'y ai été, elle était dans un pitoyable état, mais très paisible, et je lui ai demandé comment elle se sentait. Elle me dit "Dieu merci, je me sens bien," quand bien même elle n'allait pas bien - elle était mourante. Elle ne cessait de dire "Gloire à Toi, ô Seigneur," et elle disait une autre prière comme je lui avais demandé de dire, "Seigneur je suis à Toi, sauve-moi" (Ps 119,94). "Abandonnez-vous au Seigneur avec cette prière," était mon conseil, "vous n'avez pas besoin d'autre prière." Quelque temps plus tard, je suis revenu la voir. Son état s'était aggravé. Ils m'avaient téléphoné et j'étais parti pour l'hôpital en emportant la Sainte Communion, bien que je n'étais pas certain qu'elle serait en mesure de la prendre. A mon arrivée, je la vis : la tumeur cancéreuse lui donnait la forme d'un ballon. Il n'y avait qu'au dessus de la gorge que ce n'était pas atteint par les métastases.

Je lui ai demandé "comment allez-vous, Androula?" Sa face était livide mais radieuse. Elle commença à pleurer. Je pensais "Oh mon Dieu, j'espère qu'elle ne va pas défaillir." Je lui demandai pourquoi elle pleurait. Vous savez ce qu'elle m'a répondu? "Suis-je si digne pour recevoir la grâce de supporter une chose aussi horrible? Qui suis-je donc? Gloire au Seigneur!" Elle était dans une telle humilité. Elle n'arrivait pas à remercier Dieu suffisament bien pour la grâce qu'elle avait reçue de supporter ce terrible cancer. Et elle partit comme ça, comme un éclair.


Après ça, je repartis pour le monastère, et le lendemain je célébrai la Liturgie. Au cours de la Liturgie, ces paroles résonnaient dans mon coeur "elle est sauvée." "Elle est sauvée." "Elle est sauvée." Je me mis à pleurer et je n'arrivai pas à me contrôler. Père Syméon, qui était le plus vieux prêtre de notre monastère, me demanda "que vous arrive-t'il aujourd'hui?" Je répondis "je n'arrive pas à me contrôler." J'étais pris d'une telle joie, et la seule chose qui résonnait dans mon coeur était "elle est sauvée." Ce fut une si belle Liturgie, et j'ai remercié Dieu Qui avait informé mon coeur qu'elle était reçue comme sainte dans le Royaume.

Archimandrite Zacharias


Ndt : je suis d'autant plus touché par ce texte que j'ai eu la grâce de vivre pareille expérience avec une vieille dame de notre proche entourage, frappée d'un cancer du cerveau. Dieu accomplit des merveilles même à travers nos souffrances.

Yelena Cherkasova: l'âme du Juste entre au Ciel (oeuvre non-datée):


 I knew a sixty-year old Cypriot lady who had cancer. She came to the monastery, and told me, “I have cancer. The doctors told me that in six months I shall die.” I said to her, “Androula, then go for the meeting with the Lord, hold on to His word: ‘whether we die or live we are the Lord’s’ (cf. Rom. 14:8), and prepare for this meeting. You have six months. Wonderful! It is the greatest moment of your life.” She was a woman of prayer. I never console people, “Ah, you will live, it will pass.” I say rather, “Prepare for the meeting”, even if they live afterwards. The woman accepted it, and started saying, “Glory be to Thee, O Lord”, all the time. One day she said to me, “I want you to promise me just one thing: when I will not be able to come to the monastery any more, that you will come to see me once in the hospital, before I die.” I agreed, and before she died I went twice.

The first time I went she was in a pretty bad state, but very peaceful, and I asked her how she was. She said, “Thanks to God, I am well”, even though she was not well – she was dying. She kept saying, “Glory be to Thee, O Lord”, and she was saying another prayer that I had asked her to say, “Lord, I am Thine, save me” (Ps. 119:94). “Just surrender to the Lord with this prayer”, I said to her, “you do not need any other prayers.” After a while, I went to see her again. Her situation had worsened. They phoned me, and I left for the hospital taking Holy Communion with me, although I was not sure if she would be able to partake. I arrived and I saw her: her tummy was like a balloon, from the cancer. The only part of her body that was free from cancer was from the throat up.

I asked her, “How are you, Androula?” Her face was pale but luminous. She stared crying. I was thinking, “Oh, my God, I hope she is not fainthearted.” I said, “Why are you crying?” Do you know what she told me? “Am I worthy to be given such a grace to bear this monstrous thing? Who am I? Glory be to the Lord!” She was in such deep humility. She could not thank God worthily for the grace that she had been given to bear that terrible cancer…. And she departed like that, like lightning.

After that, I returned to the monastery, and the next day celebrated the Liturgy. During the Liturgy, these words were sounding in my heart: “She is saved.” “She is saved.” “She is saved.” I was crying and could not control myself. Fr. Symeon, who is the oldest priest of our monastery, asked me, “What is the matter with you today?” I said, “I just cannot control myself.” I had such joy, and the only thing that was sounding in my heart was, “She is saved.” It was such a beautiful liturgy, and I thanked God who informed my heart that she was received as a saint in the kingdom.

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