"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

15 mars 2015

Le 8ème Concile Oecuménique (Constantinople 879-880) et la condamnation du "filioque" (TR Valentine)

http://www.geocities.com/trvalentine/orthodox/8-9synods.html 
Question: Vous mentionnez un 8ème et un 9ème Concile Oecuménique, mais je croyais qu'il n'y avait que 7 Conciles Oecuméniques à être reconnus par les Chrétiens Orthodoxes. Voulez-vous bien expliquer ?

Réponse: Il est parfois affirmé que les Chrétiens Orthodoxes ne reconnaissent que 7 Conciles / Synodes Oecuméniques. Ce chiffre est apparu en Russie, sous influence des Jésuites. Dans l'Encyclique des Patriarches d'Orient écrite en 1848 et souscrite par les Saints Synodes de Constantinople, Antioche et Jérusalem, le lecteur trouve à plusieurs reprises des références au 8ème Concile Oecuménique.

Dans un article intitulé "La question théologique de nos jours : une entrevue avec le protopresbytre George Metallinos" publiée dans "Divine Ascent: A Journal of Orthodox Faith", père George expliquait (parenthèses et guillemets dans le texte original):

"Le bienheureux Justin Popovic, un confesseur de notre foi, a écrit un important traité critique à propos du Synode à venir. La cause qui mène à un Synode Oecuménique est toujours un problème spécifique, et la question est, quelle est le problème-clé aujourd'hui ? Si nous regardons dans l'agenda du Synode, il semble que [c'est comme si] nous voulions formuler une nouvelle [théologie] dogmatique. Traditionnellement, les saints Pères apportaient 3 problèmes principaux au concile : problèmes à propos de la Trinité, problèmes concernant la Christologie, ou problèmes concernant la grâce de Dieu et le Salut de l'homme. (Sur les 9 Conciles Oecuméniques de l'Église Orthodoxe, le 8ème (879-880) et le 9ème (1341) traitent de ces problèmes. Le problème trinitaire exprime la sociologie orthodoxe, qui est ecclésiologie, et le problème Christologique exprime l'anthropologie Orthodoxe). Nous n'avons rien besoin de neuf de nous jours ; nous n'avons besoin que de vivre et expérimenter notre Tradition Orthodoxe."
— Vol. 1, Number 2; pp. 59-60

Le. p. Jean Romanides, décrit par le p. George Metallinos comme 'actuellement le plus grand théologien Orthodoxe en matière de dogmatique', fait textuellement référence aux 8ème et 9ème Conciles Oecuméniques. Voyez par exemple :

"Les enseignements d'Augustin qui furent condamnés par le 9ème Concile Oecuménique de 1351 de même que ceux de Barlaam de Calabre."

Le lecteur avis remarquera que la première citation de père George dit que le 9ème Concile Oecuménique eu lieu en 1341, mais le titre de l'essai du père Jean fait référence au 9ème Concile Oecuménique en 1351. Une faute dans une des sources ? Peut-être. Mais il y a eu des Conciles en 1341, 1347 et 1351, tous à Constantinople. On les appelle parfois les "Conciles Palamites", car ils étaient centrés sur la dispute entre saint Grégoire Palamas et Barlaam de Calabre, à propos de l'hésychasme. La différence reflète une incertitude quant auquel des Conciles Palamite devrait être qualifié d'oecuménique, mais en même temps, cela démontre que le résultat des Conciles Palamites est accepté par tous les Chrétiens Orthodoxes. Aristeides Papadakis écrit:

"Mais si la réflexion et la solution de Grégoire sont importantes, ainsi en est-il aussi de son impact sur la synthèse palamite ultérieure. Une partie de cette synthèse avait en fait été préparée au 13ème siècle par le patriarche Grégoire II de Chypre. Au sens profond du terme, la distinction fondamentale entre l'essence et l'énergie n'est rien d'autre que "le matériel de travail" de la théologie de Palamas. Même ainsi, sa ratification officielle comme dogme par les Conciles Palamites de 1341, 1347, et 1351, était en germe dans la confirmation du Tomos au Concile de 1285. Il est significatif que tous les érudits Orthodoxes qui ont écrit sur Palamas - Lossky, Krivosheine, Papamichael, Meyendorff, Christou – considèrent sa position comme étant une expression légitime de la tradition Orthodoxe. Mutatis mutandis, il en est de même pour Grégoire de Chypre. Comme un de ces érudits l'a reconnu, ce qui était défini, c'est "une et même tradition.. à différents points, par les Orthodoxes, de saint Photios aux saints Grégoire de Chypre et Grégoire Palamas. Les chercheurs occidentaux qui ont travaillé sur Grégoire II et Palamas - Jugie, Cayré, Laurent, Candal – ont trouvé utile de les attaquer tous les deux comme des "innovateurs" révolutionnaires..."
— Crisis in Byzantium: The Filioque Controversy in the Patriarchate of Gregory II of Cyprus (1283-1289), p. 205

Il y a bien moins d'incertitudes au sujet du 8ème Concile Oecuménique. L'Encyclique de 1848 regarde le concile tenu à Constantinople en 879-880 comme étant le 8ème Concile Oecuménique. Dès lors, il est normal pour les auteurs Orthodoxes d'y faire référence. Par exemple, Clark Carlton écrit:

"Rappelez-vous que c'est ce Photios qui fut réconcilié avec le pape Jean VIII au 8ème Concile Oecuménique en 879. A ce Concile, l'Église Romaine condamna l'ajout du Filioque au Credo.."
— The Truth: What Every Roman Catholic Should Know About the Orthodox Church, page 64, footnote 30

Le 8ème Concile Oecuménique de 879-880 a été souscrit par les patriarches de Rome (pape Jean VIII), de Constantinople (saint Photios), Antioche, Jérusalem et Alexandrie, et par l'empereur Basile I. Ce Concile a condamné tout ajout au Credo de Nicée-Constantinople, condamnant quiconque niait la légitimité du 7ème Concile Oecuménique et ses décrets sur les icônes, et contenait un accord que les patriarcats n'interféreraient pas dans les affaires internes respectives. Jusqu'au 11ème siècle, ce Concile fut considéré par Rome comme le 8ème Concile Oecuménique. A ce moment-là, le catholicisme-romain trouva plus arrangeant de le remplacer par un concile tenu à Constantinople en 869, un concile qui n'a jamais été accepté par l'Orient et fut condamné par le 8ème Concile Oecuménique de 879-880. C'est alors que Rome commença à utiliser le Filioque hérétique dans le Credo. Ils ne pouvaient plus reconnaître un concile qui condamnait ce qu'ils avaient commis.

Il faut aussi se souvenir que l'Orthodoxie a continué à reconnaître des Synodes qui ont généré des décisions canoniques qui furent ensuite ajoutées au Synodikon. Cela prendrait beaucoup de recherche pour déterminer quand de tels ajouts furent réalisés, mais je connais ceux de 843 (suppression finale de l'iconoclasme), 1077, 1082, et 1117. Il est presque certain qu'il y a dû y avoir des ajouts en 1341.



T.R Valentine



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