"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

03 juillet 2015

L'avenir de l'Institut "Saint-Serge" (Jean-François Colosimo, président ITO & directeur des Editions du Cerf)

L’avenir de l’Institut "Saint-Serge". Interview exclusive avec Jean-François Colosimo, le nouveau président de l’Institut à orthonews.ro

Ana Petrache: Vous êtes théologien, de plus un théologien orthodoxe, mais aussi un intellectuel inscrit dans l’espace public au sein de cette culture française si fière de sa laïcité. Pouvez-vous nous dire, en quelques mots, comment envisagez-vous la mission du théologien dans la Cité?

Jean-François Colosimo: Moins qu’une fierté, surtout pas une idéologie, la laïcité est en France une pratique de la Cité qui correspond à la distinction prônée par l’Évangile entre le religieux et le politique. L’Église catholique y a gagné une indépendance sans égale grâce à la loi de séparation d’avec l’État. Les communautés orthodoxes immigrées y ont trouvé une autonomie sans précédent grâce au principe d’égalité des cultes. De même pour les protestants, les juifs, les musulmans…

Tout autre est le mouvement de sécularisation que connaît l’ensemble du continent européen et qui rend la parole théologique incompréhensible ou inaudible. Mais là, les torts sont partagés. D’une part, l’Europe, pour reprendre le mot de Chesterton, est plus que jamais «remplie d’idées chrétiennes, mais devenues folles».

D’autre part, la théologie a résolument tourné au métier spécialisé, à la technicité érudite, au circuit universitaire. La surdité du monde se conjugue avec le bégaiement de l’institution. De manière anarchique, la superposition postmoderne des discours nuit à la théologie, la relativise, lui confère un air de déjà-vu.

De manière schizoïde, les théologiens professent la primauté de la prière ou de l’eucharistie et adulent la préciosité philologique. Or, c’est sur le naître, le vivre, le mourir que les attendent leurs contemporains. Ou, pour le dire en une formule, sur la notion d’humanité à la fois historique et transcendante. Pour tenir ensemble la vérité et l’espérance, il faut oser la prophétie, se ruer dans la brèche, risquer le vide. Une théologie qui ne nourrit pas les pauvres, qu’ils soient de chair ou d’esprit, est une ruse de l’idolâtrie, une insulte à l’Évangile, un blasphème cette fois avéré. Car le monde est à la fois pire et meilleur qu’on ne le raconte dans les séminaires.

Aussi, si l’on veut apporter un témoignage du salut qui nous dépasse, faut-il plonger dans la fournaise, aller à la rencontre des nouveaux damnés de la mondialisation et accepter d’être quelque peu changé par eux. Bénir lucidement plutôt que maudire aveuglément : c’est la seule façon de réveiller le Christ qui dort immanquablement en tout temps et tout lieu, dans toute culture, plus singulièrement encore au sein de la nôtre et précisément dans ce que par quoi elle peut nous apparaître désenchantée, déshumanisée, déchristianisée.

A.P. : Spécialiste en patrologie et en byzantinologie, vous vous confrontez, en tant que professeur à l’Institut ”Saint-Serge”, à la mentalité byzantine de certains évêques. Comment, et dans quelles limites, croyez-vous que soit possible l’autonomie de la théologie au regard de la hiérarchie dans l’Église orthodoxe ?

J.-F. C.: ”Saint-Serge” se confronte fort heureusement non pas à l’épiscopat, mais uniquement et strictement à un cas individuel et problématique de confusion de la fonction épiscopale avec une omnipotence arbitraire, en vertu d’une conception totalisante et finalement totalitaire de cette charge, dont on ne trouvera pour cette raison nulle trace parmi les plus extrêmes théorisations césaristes ou papistes de la Byzance ou de la Rome médiévales.

L’Institut se félicite au contraire de la propension de nombre de ses anciens étudiants devenus évêques, en France et dans le reste du monde, à vouloir servir l’Église plutôt que de s’en servir. Quant au modèle byzantin, on aurait tort de le confondre avec l’univers pyramidal, statique et immuable auquel on le réduit trop souvent. Ce modèle repose au contraire sur la tension auquel il soumet les divers ordres existants en les plaçant en concurrence face à l’avènement charismatique et à l’achèvement eschatologique qui sont censés les authentifier. Autrement dit, en faisant de l’Esprit et du Royaume les seules instances définitives du jugement.

Au regard d’un Saint Maxime puni de l’amputation de la main et de la langue pour avoir opposé l’orthodoxie de la foi à l’hétérodoxie «du plérôme de tous les patriarches, hiérarques, abbés, prêtres et fidèles» de son temps, comme le stipule l’acte de sa condamnation, la liberté de la théologie ressort des plus claires. Plus prosaïquement, pour ce qui est de l’enseignement théologique, l’Orient a emprunté, aux Temps modernes, le système de l’Occident. À savoir, celui de l’universitas fondée dans l’Europe latine, au XIe siècle, par les clercs, les «intellectuels» d’alors, soucieux de s’affranchir des écoles capitulaires qui étaient contrôlées par le pouvoir ecclésiastique. Et ce, afin de mener en toute indépendance leur tâche de recherche et de transmission.

La Sorbonne en a été le prototype et il en reste, dans le droit français, la «franchise universitaire» qui interdit aujourd’hui encore aux forces de police d’entrer dans une université sans l’accord de son président. Cette liberté n’est donc pas un luxe ou un caprice, c’est un impératif. Une nécessité spirituelle. Un onzième commandement, si l’on veut. Si les évêques comprennent également la révélation comme liberté, où pourrait être le hiatus? Et si cette liberté est réelle, où pourraient être ses limites, autres que celles que commande la confession droite de la foi, c’est-à-dire l’orthodoxie?

A.P. : Vu de Roumanie, pays majoritairement orthodoxe, la crise de l’Institut confirme l’opinion selon laquelle un des grands soucis des Églises Orthodoxes est d’ordre ecclésiologique. La définition du poste d’évêque n’est pas toujours claire et un certain chaos canonique contribue aux tendances autoritaires des certains chefs religieux ou spirituels. Qu’en pensez-vous?

J.-F. C.: L’ecclésiologie orthodoxe réelle, en chair et en os, non pas celle que célèbrent les manuels canoniques, mais celle que dévoilent les exercices concrets et quotidiens, représente un «souci» comme vous le dites, et aboutit à un «chaos» comme vous le dites encore, parce qu’elle participe d’un bricolage consensuel qui s’assimile toujours plus à une hérésie acceptée. Nul besoin d’aller chercher dans le lointain passé ses origines: il y va d’une hybridation de la modernité.

À savoir, la réinterprétation déviante de l’héritage impérial byzantin qui associe peuple et foi dans ses métamorphoses séculières successives, ottomane, révolutionnaire, nationaliste, communiste, aujourd’hui populiste, qui assimilent ethnie et confession, hiérarchie religieuse et appareil politique.

Avec pour effet, dans les pays de tradition orthodoxe, la confusion perpétuelle entre une Église et un État qui sont par ailleurs tous deux défaillants; et, entre les juridictions orthodoxes, une guerre des territoires au mépris de l’unité, mais aussi de la mission comme le signale le terme ahurissant de «diaspora».

Phénomène courant, plus la réalité contredit la théorie, plus enfle la théorie. Il en découle la mise en forme idéologique d’un «épiscopalisme» dont l’absence absolue de contre-pouvoir, inconnue même à Rome, garantirait la qualité divine de l’Église.

La vulgate dominante ne manque pas, certes, de se parer d’un trompe-l’œil théologique en se revendiquant des travaux de Jean Zizioulas qui, à mon sens, constituent une réponse lacunaire au défi posé par Vatican II – et quitte, au passage, à omettre la contradiction manifeste entre la position ecclésiologique du théologien Zizioulas et la position ecclésiastique du hiérarque Zizioulas, entre le penseur de la koinonia du Plérôme et l’évêque in partibus de Pergame.

C’est pourquoi cette idéologisation n’est jamais que le cache-misère d’une ecclésialité en souffrance. On ne peut à la fois critiquer la papauté comme principe de gouvernement et offrir le spectacle de son détournement caricatural à l’échelle de surcroît médiocre d’un diocèse, d’une nation ou d’une région. Il faut également en finir avec l’amalgame entre épiscopat et monachisme, justifié dans l’Antiquité et injustifiable aujourd’hui en tant qu’il ne sert plus qu’à induire une obligation structurelle d’obéissance subordonnée qui n’a de sens que dans le seul cadre de la paternité spirituelle. Il faut enfin et surtout repenser, dans les termes de l’Encyclique des patriarches orientaux de 1848 et du Concile russe de 1917, la notion de «Peuple de Dieu» comme «dépositaire de la vérité de l’Église».

C’est ce qu’éprouvent, je crois, ces formidables jeunes évêques jetés sur les routes du monde, privés des ressources habituelles des pays traditionnellement orthodoxes, courant après leurs fidèles disséminés au sein d’univers étrangers et qui s’épuisent à assurer leur ministère pastoral sans moyens et sans certitudes autres que la Providence. Eux savent d’ores et déjà que la richesse incessible de l’épiscopat tient dans sa pauvreté assumée.

A.P. : Il y a beaucoup de gens dans le milieu orthodoxe qui pensent que le seul devoir d’une école de théologie est de former des prêtres et c’est pour cela que la dimension culturelle de la théologie en dialogue avec la société contemporaine est parfois oubliée. Comment peut-on convaincre la hiérarchie qu’on a besoin d’une théologie libérée des contraintes ecclésiastiques?

J.-F. C.: La théologie n’a d’autre source, propos et finalité qu’elle-même. Pour être une grâce, elle requiert cette gratuité. Elle n’est ni résultat d’une production, ni schéma d’une construction. Elle n’a pas de fonctionnalité qui la destinerait à former des fonctionnaires, quand bien même il s’agirait de fonctionnaires du culte. Que ceux qui se destinent au sacerdoce soient préparés à la transmission de la foi à laquelle ils consacreront leur vie, c’est une bonne chose. Mais ce n’est pas une affaire de diplôme, de certificat apposé en coin d’un rouleau enrubanné.

Encore faut-il que les écoles théologiques orthodoxes transmettent elles-mêmes une orthodoxie vivante et une théologie vécue, qu’elles soient des écoles de vie. Nous ne pouvons plus nous contenter de l’utilité supposée de cette sorte de néoscolastique orientale d’occasion que nous opposons volontiers à la grande scolastique occidentale, dont nous sommes par ailleurs incapables, et qui sert trop souvent de programme à l’enseignement de l’orthodoxie.

La prédication étant au cœur de la transmission de la foi, non pas seulement dans l’Église mais au dehors de l’Eglise, «pour la vie du monde», ce sont non pas de prédicateurs mais de «prêchants», d’exemples incarnés du lien entre la doctrine et l’existence, dont nous avons besoin.

Enfin, l’éducation à la foi ne vaut que si elle est éducation pour tous et de tous. C’est à cette école-là, permanente, que doit se mettre chaque orthodoxe qu’il soit homme ou femme, baptisé par naissance ou par conversion, laïc ou clerc, simple fidèle ou éminent évêque. Son témoignage au sein de la société s’ensuivra, sans qu’il ait à le penser, le projeter, le calculer. Car ce sera alors une œuvre par surabondance de l’Esprit.

A.P. : ”Saint-Serge” est un institut essentiel pour la théologie et la culture orthodoxe, sa fermeture marquerait la fin d’un très beau chapitre de l’histoire du Christianisme de tradition byzantine. À votre avis, quelles sont les solutions pour empêcher la clôture définitive de l’institut ?

J.-F. C.: Il est en effet une gloire de l’Institut qui accablerait ses légataires actuels s’il n’y avait la miséricorde du Christ. ”Saint-Serge” a renversé l’exil en miracle. ”Saint-Serge” a été la seule école de théologie orthodoxe continument libre au cours du sombre XXe siècle sur le continent du Goulag et de la Shoah.

”Saint-Serge” a permis le rayonnement de cette orthodoxie de la liberté via l’institution-sœur qu’est ”Saint Vladimir” au sein du Nouveau Monde. ”Saint-Serge” a reçu des étudiants orthodoxes des cinq continents qui sont devenus des enseignants, des prêtres, des évêques, des patriarches de l’Église orthodoxe aux quatre coins de la planète.

”Saint-Serge” a ainsi initié, soutenu et confirmé un sentiment panorthodoxe sans lequel l’orthodoxie ne serait pas aujourd’hui ce qu’elle est. De plus, c’est à Paris que s’est pleinement manifestée la créativité de la théologie orthodoxe contemporaine, dont la sophiologie de Serge Boulgakov, la double économie de Vladimir Lossky, l’écclésiologie pneumatologique de Nicolas Afanassieff, le renouveau patristique de Georges Florovsky, liturgique d’Alexandre Schmemann, palamite de Jean Meyendorff.

C’est parce qu’il y avait Paris que Dimitru Stăniloae en Roumanie, Justin Popovitch en Serbie, Sergueï Averintsev en Russie, Christos Yannaras en Grèce, Georges Khodr au Liban et tant d’autres ailleurs savaient qu’ils n’étaient pas seuls à confesser une orthodoxie essentielle. C’est parce que ce Paris-là a existé qu’aujourd’hui encore des élèves nous viennent de l’Afrique profonde ou de la lointaine Asie pour apprendre cette même orthodoxie émancipée des scories de l’histoire, disposée à se confronter au monde tel qu’il va.

Oui, tel est le bilan de ces 90 années qui fait que l’Institut n’est la propriété de personne, mais de tous les orthodoxes. Un héritage écrasant qui découle de la leçon originelle de nos Pères fondateurs: entrer dans le dialogue avec l’Occident, la philosophie, la science, la société, les autres confessions chrétiennes, les autres religions, les cercles de pensée, mais avant tout d’y entrer sans crainte. Près d’un siècle d’une telle quête peut-il s’éteindre d’un coup ? L’apport de ”Saint-Serge” n’est-il pas plus que jamais indispensable au monde orthodoxe soumis aux tentations de la crispation et du repli ? N'arrive-t-il pas aussi aux institutions de mourir, comme les individus, parce qu’elles ont fait leur temps ? Toutes ces questions valent également dans l’instant. Demain tranchera. Pour l’heure, notre manière de continuer l’inspiration de nos Pères fondateurs est précisément, quelle que soit l’issue, de n’avoir pas peur. Et c’est là l’unique vraie condition de notre avenir.



Original en roumain
http://www.orthonews.ro/exclusiv-ce-se-intampla-cu-institutul-saint-serge-cititi-maine-un-interviu-de-exceptie-cu-jean-francois-colosimo-presedintele-prestigioasei-scoli-teologice/

source traduction Alexandra de Moffarts




En 2013, J-F Colosimo devenait patron des prestigieuses Éditions du Cerf.. Nul n'est prophète etc etc!



Un orthodoxe nommé à la tête des Éditions du Cerf…
26 juin 2013
http://www.riposte-catholique.fr/riposte-catholique-blog/un-orthodoxe-nomme-a-la-tete-des-editions-du-cerf
Une nouvelle somme toute assez surprenante… annoncée par le quotidien La Croix à la suite d’un communiqué de presse d’hier des Éditions du Cerf actuellement en difficultés financières :

 La province dominicaine de France a annoncé mardi 25 juin la nomination de Jean-François Colosimo, 52 ans, démissionnaire le même jour de la présidence du Centre national du livre, comme président du directoire des Éditions du Cerf. Premier laïc à la tête de ce fleuron de l’édition religieuse, il succède au P. Éric de Clermont-Tonnerre.


 2 comments

    Jeanne SAINT-CYR
    27 juin 2013 à 17 h 16 min
    Pourquoi pas ?
    Un laïc croyant et pratiquant peut être tout autant respectable et digne de notre confiance que bien des prêtres ou religieux qui ont sabordé l’Eglise de France depuis le début des années 60;
    Je ne connais pas ce monsieur mais je lui accorde sans a priori toute ma confiance. Nous verrons bien !

    Jean-Claude Bazinet
    1 juillet 2013 à 2 h 45 min
    Colosimo est un intellectuel de première classe, un homme d’affaire aguerri et un remarquable spirituel. Les Éditions du Cerf ne pouvait faire un meilleur choix.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

A nuancer fortement grâce aux explications du père Andrew!

<a href="http://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/Pere-Andrew-Phillips-Naufrage-ou-salut-aux-bords-des-fleuves-de-Babylone_a4188.html>http://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/Pere-Andrew-Phillips-Naufrage-ou-salut-aux-bords-des-fleuves-de-Babylone_a4188.html</a>


Pere Andrew Phillips: Naufrage ou salut aux bords des fleuves de Babylone
Shipwreck or Salvation on the Rivers of Babylon - Naufrage ou salut aux bords des fleuves de Babylone
L'équipe de rédaction PO ne fait pas siennes toutes les idées de l'auteur.

L’archiprêtre Andrew Phillips traite dans cette analyse de la situation de l’Archevêché des Eglises russes en Europe Occidentale.

***

Introduction: Le Naufrage

Chaque fois que des groupes ont quitté l'Église pour des raisons politiques, c’est-à-dire, pour des raisons séculières, ils ont inversé les valeurs de l'Eglise et ainsi se sont retrouvés naufragés. Ainsi, les valeurs fondatrices de l'Empire chrétien, il y a longtemps définies comme « Orthodoxie, Souveraineté (délibérément mal comprise par les laïcs comme autocratie) et Peuple», sont toutes dérivées de notre foi trinitaire chrétienne orthodoxe. «Orthodoxie» se réfère à notre foi chrétienne au Père de l'Amour, «Souveraineté» se réfère à l'Incarnation du Fils dans le monde, mais libre et souverain par rapport au monde, et «Peuple» se réfère à la sanctification des peuples par le Saint- Esprit.

Nous pouvons voir l'inversion de ces principes dans les valeurs des rénovationistes et des modernistes en marge de l'Eglise orthodoxe, comme ceux autour de l'archidiocèse de la Rue Daru à Paris. Ils déforment les valeurs « d'orthodoxie, de souveraineté et de peuple» en leurs contraires, «Anti-orthodoxie, laïcité et russophobie». Avec la foi dans le Père rejetée en faveur de l'humanité déchue, la foi en l'Incarnation du Fils dans l'Empire chrétien rejetée en faveur de la laïcité de délires privés désincarnés, et la foi en l'Esprit Saint rejetée en faveur des intellectuels, l'Orthodoxie est réduite à un simple humanisme rationaliste.

Anti-orthodoxie

L’Anti-orthodoxie est exprimée par le modernisme liturgique à l'imitation de l'hétérodoxie. Cela comprend l'utilisation du calendrier catholique (dit «nouveau calendrier), la célébration des liturgies du soir et l'absence délibérée d’iconostases («pour être plus comme les catholiques»), la connaissance défectueuse et l'ignorance de la façon dont les offices sont célébrés, parfois même de la liturgie eucharistique) et la substitution de la connaissance du Typicon par des abréviations et des fantasmes, tels que la célébration de la Proscomédie au centre de l'église, ou l'interruption de la liturgie par la mention «charismatique» des noms de toute personne pour laquelle on doit prier.
Cela comprend un manque de culture musicale, un mauvais comportement à l'église (s’asseoir sur le sol, les enfants courant sans aucune discipline), l'utilisation du russe familier plutôt que du slavon dans la Liturgie, la disparition de la confession et la communion obligatoire pour tous, y compris pour les homosexuels pratiquants et les non-orthodoxes. Ce n’est, non seulement pas la tradition russe, et certainement pas la tradition grecque du Patriarcat de Constantinople, en fait ce n’est pas du tout la Tradition. Pour les liturgistes, comme le regretté archevêque Georges (Wagner) de l'archidiocèse de Paris («Rue Daru»), c’était, et pour d'autres comme lui, seulement de l'ignorance.

Anonyme a dit…

Sécularisme

L’archevêque Georges (Wagner) avait l’habitude de se plaindre à moi, disant que le problème de la rue Daru, était qu'elle avait été fondée par des personnes qui avaient voulu la Révolution. En d'autres termes, pour eux la politique de gauche (le libéralisme et la franc-maçonnerie) avaient remplacé l’esprit d’Eglise. En effet, l'ensemble de leur approche de la vie de l'Église était marquée par la politisation. Leur mouvement était, après tout, une partie d'une fondation politique avant la révolution russe qui a créé cette révolution. Dans leur mouvement, les valeurs du Royaume de Dieu sont remplacées par les modes hétérodoxes et la dépendance à la laïcité dans sa forme libérale occidentale, essentiellement athée.

Nous pouvons le voir dans les récents meurtres de Charlie Hebdo et de Copenhague. Ceux-ci ont déclenché des manifestations massives, mais les meurtres de 21 chrétiens coptes en Libye, comme ceux de milliers de chrétiens en Irak, en Syrie et en Ukraine, ont été rejetés par les médias occidentaux remplis de propagande, qui sont si vivement suivis par ces laïcs. A Paris, les laïcs, «orthodoxes» entre eux, ont opté pour le slogan «Je suis Charlie» et ceux qui ont rejeté ce slogan en faveur de «Je ne suis pas Charlie» car cela signifierait qu'ils appuyaient le blasphème, ont été rejetés comme terroristes et leurs vies furent menacées par les athées.

Russophobie

Au temps du régime athée d'Union soviétique, tous convenaient que l'idéologie des matérialistes qui avaient usurpé le pouvoir légitime était odieuse, car ils persécutaient l'Eglise. Cependant, il y avait ceux qui s’y opposaient pour des raisons purement politiques. Ils étaient ceux qui avaient usurpé l'autorité, puis avaient perdu le pouvoir en faveur des bandits et des bolcheviques, et [ensuite] s’étaient exilés à Paris. Ils ne se souciaient pas beaucoup de la persécution de l'Église, des martyres du tsar et du clergé, seulement « des droits de l’homme» et de la persécution des minorités, des libéraux, des francs-maçons, des uniates, des hérétiques, des intellectuels juifs etc.

En ces temps, ils détestaient l'Eglise en Russie parce que les évêques mentaient, car ils étaient pris en otage par le régime. Ils auraient plutôt dû avoir de la sympathie pour l'Église en Russie, y compris pour les évêques captifs. Aujourd'hui, ils justifient leur maintien dans l'isolement et le rejet de l'Église par leur russophobie. Ils disent: «Nous ne pouvons pas revenir à l'Église russe, car elle n’est toujours pas libre, mais elle est maintenue en sujétion féodale à Poutine». L'absurdité et l'ignorance même de ces arguments est évidente pour le reste du monde, mais pas pour ceux de ces « politisés », qui font partie intégrante de l'establishment occidental anti-russe et anti-orthodoxe.

Anonyme a dit…

Sur les rives des fleuves de Babylone

Le plus triste dans l'archidiocèse de Paris de la 'Rue Daru', c’est que ces évêques qui l’ont fondé et dirigé pendant des décennies, les Métropolites Euloge et Vladimir, l’archevêque Georges (Tarasov), les évêques Méthode (Kulmann), Alexandre Tian-Chansky et Romain (Zolotov), ​​ croyaient bien que leur rattachement à la juridiction du Patriarcat de Constantinople n’était qu'un arrangement temporaire qui durerait aussi longtemps que l'Eglise en Russie n’était pas libre. Ils seraient horrifiés s’ils pouvaient voir où ses extrémistes ont voulu l’amener au cours des dernières décennies. Un groupe qui s’est égaré n'a plus à présent qu’une auto-justification.

En exil, ils s’assirent 'aux rives des fleuves de Babylone', sur les rives de la Seine, et là, ils pleuraient. Le Métropolite Euloge, émotionnel, ne pouvait pas attendre et, en 1945, il a rejoint l'Eglise russe - trop tôt, car la persécution n’était pas encore terminée. L’évêque Méthode, comme le protopresbytre Alexis Knyazev, l’archiprêtre Igor Vernik et beaucoup d'autres, a également été tenté, fatigué de l'isolement. Il ne fait aucun doute que si certains d'entre eux étaient encore en vie aujourd'hui, ils auraient rejoint l'Eglise russe dans les quinze dernières années, comme l’archevêque Serge (Konovaloff) le voulait aussi Cependant, il y avait toujours des forces présentes qui ont empêché ce retour inévitable.

Passé

Je connais la Rue Daru depuis 1979. La première chose qui m'a frappé, c’était combien elle était isolée et insulaire, contrairement à toute autre chose dans le monde orthodoxe, que je connaissais déjà assez bien. Et pourtant, il y avait des gens à la rue Daru qui se considéraient comme étant au centre, alors qu’en réalité ils étaient sur les marges. L’intellectualisme parisien était leur philosophie, et leur perte de la réalité les a fait habiter dans des fantasmes. L’archevêque Georges (Wagner) avait l’habitude de me faire la remarquequ’un jour à la rue Daru, les listes de noms de ceux pour lesquels prier [dyptiques] contiendraient non seulement des mentions comme «malade», mais aussi «intellectuel» («intelligent» en russe).

Une embarcation de sauvetage a été offerte à l'archevêque Serge de la Rue de Daru par le Patriarche Alexis II en 2003. Sans aucune faute de sa part et par sa mort prématurée, elle a été rejetée. Il semble depuis que l'archidiocèse de Paris a choisi un cours suicidaire de dérive et de naufrage. Avec la cathédrale de la rue Daru appartenant à la ville de Paris, la plupart de ses gens actifs de l'ex-Union soviétique, avec des convertis non intégrés et politisés (bien que beaucoup d'entre eux voient clair dans toute cela plus tard) manipulés par les descendants d'émigrés libéraux qui n’ont eux-mêmes jamais connu la Tradition, mais seulement un imaginaire délirant, [la cathédrale] semble avoir peu d'avenir, étant devenue marginale.

Anonyme a dit…

Présent

Aujourd'hui, l’église Saint Serge et l'Institut autrefois prestigieux sont en crise , ses étudiants transférés au nouveau séminaire de l'Eglise orthodoxe russe. Une nouvelle cathédrale et un centre diocésain, déjà bénis par l'évêque Nestor de l'Eglise orthodoxe russe et l'archevêque Job de la rue Daru, sont sur le point d'être construits.
http://www.seminaria.fr/

Seuls les gens de 80 et 90 ans, vivant dans le passé, croient encore que la Rue Daru, maintenant très petite et plutôt sans importance, peut être le fondement d'une nouvelle Eglise locale en Europe occidentale. Cela fait partie de leur fantasme délirant que Constantinople accordera un jour l’autocéphalie à la Rue Daru et créera une 'Eglise orthodoxe d'Europe occidentale'.

Constantinople n’allait jamais le faire et ne leur accordera jamais leur fantasme chimérique. Enfin l'évêque en exercice, l’archevêque Job, est en train de faire exactement ce que l'archevêque Georges (Wagner) nous a promis qu'il ferait en 1981, mais nous a laissé tomber et a fait le contraire par faiblesse. 33 années ont été perdues. Au fil des décennies tant de gens ont été chassés par l'idéologie intolérante des libéraux et des modernistes, que seuls restent quelques fidèles. Enfin aujourd'hui, les individus problématiques qui ont causé tant de difficultés énormes dans le passé et ont forcé des orthodoxes sérieux à partir, ont été écartés. Et certains membres sérieux du clergé sont venus de Russie.

La lutte

Comme je l'ai écrit auparavant, nous devons tous intensifier nos prières pour l’archevêque Job. Il porte un nom symbolisant beaucoup de souffrance. Peut-il redresser les erreurs et les faiblesses de ces cinquante dernières années? Le rénovationisme, une Orthodoxie de Vatican II dans le style finlandais luthérien, c’est ce que les extrémistes veulent. Pendant 50 ans étape par étape ils sont arrivés au pouvoir, rendant la vie des archevêques misérable, chassant les orthodoxes avec intolérance, rendant la Rue Daru de plus en plus sectaire et marginale. Au lieu d'être inclusifs, leur intolérance a forcé beaucoup à partir. Pourquoi ne rejoignent-ils pas tout simplement les Uniates? Ceci serait au moins honnête de leur part.

Les mesures disciplinaires actuelles de l'archevêque Job et sa tentative courageuse pour au moins rétablir dans la juridiction de la rue Daru isolée des normes orthodoxes canoniques après une décennie de dérive désastreuse, sont à saluer. Comme un prêtre-doyen de l'archidiocèse de Paris en Angleterre me l’a dit l'année dernière, la première chose que l’archevêque Job doit faire en Angleterre, c’est de défroquer trois membres du clergé. En France aussi peut-être. Nous devons prier pour l’archevêque Job. Peut-il diriger la nef de l'Eglise loin des rochers des méandres rénovationistes inutiles du passé, vers son avenir, pour aider à témoigner de l’ Orthodoxie authentique en Europe occidentale?

Anonyme a dit…

L'avenir

Les éléments les plus ecclésiastiques de l'émigration russe ont compris sa mission et son avenir providentiels - pour témoigner de l'orthodoxie russe authentique dans les langues occidentales. Ainsi saint Jean de Changhaï a parlé de la mission russe pour témoigner au reste du monde. Les métropolites Antoine et Anastase, comme l’archevêque Séraphim de Chicago et beaucoup d'autres, savaient également que Dieu nous a envoyés pour convertir le monde. Ainsi, en Europe occidentale la grande tâche de l'Eglise orthodoxe russe, est de devenir une Métropole autonome, fondation d'une future Eglise Orthodoxe d'Europe Occidentale sous la direction aimante de notre Patriarche à Moscou.

Nous souhaitons à l’archevêque Job toute bonne chose dans sa longue et difficile lutte pour au moins tenter de rétablir toutes les normes et traditions canoniques de la Tradition orthodoxe russe, que la Rue Daru prétend représenter, mais qu’en grande partie, elle ne fait clairement pas. Il a la jeunesse pour tenter d'inverser la marginalisation de la rue Daru qui dure depuis trop longtemps et pour revenir au courant habituel de l'Eglise orthodoxe. Après une décennie de dérive désastreuse et un nombre [de fidèles] toujours plus petit, seules ses actions peuvent préparer à réintégrer l'Eglise russe, et à entreprendre au moins une partie modeste dans la grande tâche de témoigner de l'orthodoxie russe authentique.

Conclusion: Le salut
L'Eglise russe réunie en Europe occidentale, va de succès en succès. Elle possède de nombreux monuments historiques, de grandes églises et un grand nombre d’orthodoxes. En Europe occidentale, les deux diocèses allemands de l'Eglise orthodoxe russe à eux seuls sont au moins deux fois plus grand que l'ensemble du groupe de la Rue Daru qui a été construit sur des communautés minuscules, qui se réunissent dans des chambres privées ou louées, habituellement à moins de vingt. L'ensemble de la juridiction est forte de seulement quelques milliers de fidèles et la plupart d’entre eux partiraient demain si les Eglises auxquelles ils se sentent effectivement en allégeance, principalement russe et roumaine, étaient équipées pour s’occuper d'eux.

En 1980, je me suis marié à l'église Saint-Nicolas de Boulogne Billancourt à Paris. Parmi les invités, il y avait l’archevêque Georges (Tarasov), de qui nous étions proches. Je pense souvent au futur archevêque, venant sur le front occidental il y a cent ans. Pourquoi se battait-il? Pour la Russie et son église; pas pour le projet des rénovationistes iconoclastes d'aujourd'hui. Sa vie comme archevêque de Paris fut rendue misérable, il fut publiquement hué, et en proie aux sifflets de la Fraternité, et il vécut dans la pauvreté. Ses humbles larmes « sur les rives des fleuves de Babylone » peuvent-elles aider à redresser la barre pour orienter la Rue Daru du naufrage vers le salut? Nous prions pour qu’il en soit ainsi.

P. Andrew Philips, ROCOR