"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

14 juillet 2015

Saint Vincent de Soignies, de la vie de noble mérovingien et père Chrétien, à moine évangélisateur (7ème siècle)


SAINT VINCENT DE SOIGNIES

L'époux de Waudru s'appelait à l'origine Madelgaire ou Mauger. Franc mérovingien de bonne et noble famille, il était né au château de Strépy vers 608. Il épousa Waudru et se mit avec elle sous la direction de saint Aubert de Cambrai. Ils eurent 4 enfants: Maldeberge, Adeltrude, Dentelin et Landry. Officier chrétien, Madelgaire fut envoyé en Ibérie (Irlande) par son roi. Là, au milieu des missionnaires, il travailla au relèvement matériel et moral des populations de la contrée. Il revint par la suite avec un grand nombre de saints missionnaires qui prêchèrent l'Évangile dans nos contrées  - selon les sources, il s'agissait rien de moins que les saints Feuillen, Ultan, Fursy, Eloquie, Adalgise, Etton et Algise!
De retour dans nos régions, il fut chargé de seconder son souverain, le roi Dagobert 1er, dans le gouvernement du Hainaut.
C'était l'époque où saint Ghislain commençait à bâtir son monastère de Celles, et à édifier toute la contrée par ses vertus et ses oeuvres saintes. Mauger lui-même s'y faisait remarquer par ses inclinations vertueuses et ses brillantes qualités. Charitable et compatissant envers les pauvres, il prenait soin des malheureux et des infirmes, non seulement matériellement mais aussi en les exhortant par des paroles saintes.
A l'exemple de sa pieuse épouse, Mauger apportait un très grand soin à l'éducation de ses enfants. Landry, l'aîné, promettait déjà de devenir un fidèle imitateur de ses vertus; les deux filles qui le suivaient, Aldétrude et Madelberte, faisaient aussi voir une grande piété dans toute leur conduite. Dentelin, le plus jeune, ne devait pas tarder à remettre son âme innocente à son Créateur, tout en ayant mené une vie pieuse en sa courte jeunesse. Mauger remplissait avec bonheur tous les devoirs d'un père de famille chrétienne, tout en faisant preuve de loyauté, sagesse et fidélité envers son roi terrestre, s'acquittant convenablement de ses tâches.
Son fils Landry demanda avec insistance à pouvoir entrer dans le sacerdoce, voire même les ordres monastiques, et Mauger finit par acquiescer. Son épouse Waudru l'envisageait aussi pour eux deux afin de conclure leur vie terrestre sous l'habit monastique.
Saint Ghislain ayant terminé le monastère qu'il bâtissait dans la région, invita leur évêque saint Aubert, et saint Amand qui l'avait aidé de ses conseils, à venir en faire la consécration. Le comte Mauger assista à cette cérémonie, et fut si touché des homélies que, les deux évêques prononcèrent en cette solennité, que dès ce moment, il décida d'envisager à son tour la vie monastique. Le Ciel le confirma dans cette intention, car une nuit, pendant son sommeil, un Ange lui apparut et lui ordonna de la part de Dieu de bâtir une église à Hautmont, en l'honneur de saint Pierre, et il en dessina la forme avec un roseau qu'il tenait à la main. Encouragé par cette vision, il l'exposa à son épouse sainte Waudru, ils décidèrent de commun accord de se séparer pour embrasser la vie religieuse. Ensuite il partit à l'endroit désigné, où, par un autre miracle, il fut confirmé davantage dans son projet : il trouva tout le champ couvert d'une rosée blanche comme de la neige, à l'exception de l'emplacement de l'église désigné par l'ange : faveur presque semblable à celle que la sainte Vierge fit autrefois à Jean, patrice romain, qui trouva un matin du mois d'août, sur le mont Esquilin, dans Rome, la forme d'une église qu'il devait bâtir, couverte de neige.
Il se rendit sans tarder à Cambrai auprès de saint Aubert, en reçut l'habit monastique et alla fonder le monastère d'Hautmont, sur la Sambre, près de Maubeuge, qui devint en peu de temps un des plus florissants de la contrée.
C'est à partir de ce moment qu'on lui donna le nom de Vincent, pour signifier la victoire qu'il venait de remporter sur le monde. A la cour, en effet, dans l'Austrasie et même dans tout le royaume, on admirait le courage et la générosité avec lesquelles un si puissant seigneur abandonnait les dignités et ses charges brillantes pour se faire humble serviteur de Jésus-Christ. Bientôt même un nombre considérable d'anciens amis et de nobles que son exemple avait gagnés, vinrent se placer sous sa conduite dans cette abbaye d'Hautmont.
A certaines époques on y voyait aussi affluer des hommes de Dieu qui travaillaient en différents lieux à la ré-évangélisation de nos contrées. Parmi eux, saint Ghislain, grand ami de saint Vincent, saint Wasnulfe ou Wasnon, qui évangélisait les peuples du pays de Condé, saint Etton de Dompierre, saint Humbert de Maroilles et saint Ursmer de Lobbes qui commençaient leur vie apostolique, saint Amand qui après des épreuves reprenait la vie d'évangélisation itinérante suite à son abandon de son siège épiscopal de Maastricht, et saint Aubert qui, comme évêque du lieu, présidait à ces réunions. C'est là que tous ces vénérables personnages parlaient des besoins spirituels des populations et qu'ils venaient se ressourcer dans le calme et la solitude.
Cependant, l'affluence de saints célèbres et les foules que ça attirait rendait la vie de solitude voulue plus difficile. Saint Vincent partit fonder un autre monastère dans un recoin du pays plus éloigné. Il choisit un lieu désert dans les solitudes du Hainaut, à l'endroit où se trouve aujourd'hui la ville de Soignies. C'est là qu'il continua la vie sainte qu'il avait commencée à Hautmont, et s'appliqua à guider les moines qui l'élurent comme père abbé, vraisemblablement selon les Règles irlandaises vu les moines qui l'avaient formé à la vie monastique.
Comme partout en Europe où la vie monastique se développait, l'endroit se cultivait aussi bien spirituellement que matériellement. Ils se livraient aux pénibles travaux de l'agriculture et rendaient féconde par leurs sueurs une terre longtemps inculte. Ils enseignaient alentour. Et ils vivaient leur vie liturgique riche, fécondant les âmes par leurs prières.
Ce que tout le monde admirait, c'était ce saint Vincent, qui de grand seigneur dans le monde, s'était fait humble serviteur de Jésus-Christ, et père spirituel de cette nombreuse famille. C'était lui qui entretenait dans la communauté cette ferveur et cet esprit qui la rendaient si prospère.
Son exemple de vie parlait plus que ses discours, car il menait une vie ascétique parfaite.
Dieu permit que sur la fin de sa vie, diverses infirmités le frappent.
Sentant que sa fin approchait, il fit appeler son fils Landry, qui entre-temps était devenu évêque de Meaux. Il lui confia les monastères d'Hautmont et Soignies. Il mourrut le 14 juillet 677. On le fête donc le 14 juillet, son "dies natalis". On l'invoque même pour faire fuir les chenilles, car il sauva par ses prières les cultures de la région menacées par ces animaux. La collégiale de Soignies lui est consacrée, où se déroule le lundi de pentecôte catholique-romaine une procession antérieure à 1261. C'est aussi à Soignies que se trouvent ses reliques : Lors des invasion des Normands, le comte de Hainaut, Régnier au Long Col, vaincu par ces féroces envahisseurs à la bataille de Walcheren, voulut porter lui-même sur ses épaules les reliques de saint Vincent, qu'il allait cacher avec beaucoup d'autres dans la ville de Mons. Grâce à lui, nous pouvons les vénérer encore de nos jours.

Saint Vincent fut inhumé dans son monastère, qui devint comme le berceau de la ville de Soignies.
On le représente :
1. avec une église sur la main, comme fondateur de monastères;
2. dans un groupe, avec sainte Waudru, son épouse, et ses quatre enfants.
Il est patron de Mons et de Soignies.

Soignies , petite ville avec sa majestueuse collégiale romane, Saint-Vincent, édifiée sur l’emplacement d’une abbatiale bénédictine vers l’an 1000 par les chanoines de Saint-Augustin. Elle inaugure la grande architecture romane qui se développe dans la partie occidentale du pays, sous l’influence anglo-normande. Contrastant avec la haute nef romane, le jubé et le chœur déçoivent par leur décoration baroque qui sent fort les Jésuites du 17ème. On retrouve dans la collégiale :
    - une belle « Vierge maternelle » (Vierge allaitant) en pierre polychrome du XIV siécle.
    - les massives stalles de chêne sculpté du chœur.
    - le maître autel abritant plusieurs chasses précieuses. Au centre la chasse contenant les reliques de Saint Vincent.
    - dans un coin, une mise au tombeau en pierre, très sanguinolante, typique de l'Occident du XVe siècle.
    - la charpente, très bien conservée, des deux branches de cloitre restant.
    - le jardin du cloitre, espace clos, paisible, compartimenté selon le modèle du moyen-âge : fleurs, rosiers, plantes aromatiques ou médicinales s’y côtoient.

A découvrir en payant : les richesses du musée, les différentes salles des chanoines



Tropaire de saint Vincent de Soignies, ton 4

Héritier de la noblesse des fils de Mérovée,
tu découvris une noblesse éternelle aux pieds du Christ, ô Vincent notre père,
et renonçant aux honneurs de ce monde, tu oeuvras aux honneurs à rendre à Dieu.
Renonçant aussi au mariage avec ta sainte épouse Waudru,
après avoir élevé vos quatre enfants dans la pure sainteté,
vous avez embrassé chacun de votre côté la vie monastique la plus ardue.
Fondant les monastères d'Hautmont et Soignies, tu contribuas à la ré-évangélisation de nos contrées,
en y ayant amené Saint Feuillen et ses frères.
Toi qui a ensemencé nos terres avec le bon grain du saint Évangile,
par tes saintes prières, fait refleurir en notre pays l'amour de Dieu,
afin qu'on y connaisse comme toi la vraie joie,
et par tes saintes prières, tous soient sauvés
.








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