"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

06 août 2015

La bénédiction des fruits à la Transfiguration (p. Andreas, OCA)




http://www.stgabrielashland.org/blessing-of-fruit-at-holy-transfiguration/

La bénédiction en ce jour des grapes de raison, de même que d'autres fruits et légumes, est un signe magnifique et adéquat de la transfiguration de toutes choses en Christ. Elle signifie la floraison ultime et la récolte dans toute la Creation au paradis du Royaume de Vie infini de Dieu, où tout sera transformé par la gloire du Seigneur.

C'est une ancienne coutume chrétienne. La première semaine d'août, le 6, les fermiers rassemblaient les premiers fruits de leurs récoltes d'été (grappes, figues, etc) et les présentaient à l'église pour qu'elles y soient bénies et pour les donner gratuitement à l'assemblée. On appelle ces fruits "les prémices."

Dans un texte du 7ème siècle - "les lois du royaume", de l'empereur Constantin Porfirogenitos - cette coutume est décrite ainsi : "L'empereur de Constantinople rassemble les prémices ("aparches") à Chalcédoine, où il y avait beaucoup de vignes, ensuite il attend l'arrivée du patriarche de Constantinople qui vient pour la Fête de la Transfiguration, afin qu'il bénisse les fruits, et qu'il distribue personnellement les grapes aux fidèles."

Cette coutume est encore honorée de nos jours en de nombreux endroits en Grèce où il y a des vignobles.

Nous ne devrions pas oublier que l'Église a aussi été appelée "vigne". Dès lors, l'Église béni les premiers fruits de la vigne en donnant un sens "théologique" au travail des agriculteurs.

Mère Evfrosinia ajoute :
"Cependant, comme les grappes ne murissent pas toutes ensemble au même moment, l'Église a adapté cette tradition de diverses manières. En certains lieux en Terre Sainte par exemple, les grappes sont bénies en la fête du saint prophète Elie. En Russie, où les grappes ne sont pas toujours disponibles, on a utilisé des pommes comme remplacements, et la Transfiguration est appelée aussi "Yablochny Spas" ou "Fête de la Pomme du Sauveur". Dans le nord de la Russie, où même les pommes ne sauraient être mûres pour le 6/19 août, ce sont des fèves que l'on bénit traditionnellement. Cependant, comme de nos jours on sait acheter n'importe quelle sorte de fruit ou de légume tout au long de l'année, nous avons perdu le sens de recevoir la bénédiction de partager les prémices. Mais nous pouvons toujours nous efforcer de garder l'esprit de cette tradition. Dans notre monastère, nous bénissons toutes sortes de fruits lors de la Transfiguration...
De plus, la bénédiction des grapes de raisins, qui est spécifiquement mentionnée liturgiquement, est une allusion au Mystère de la Sainte Eucharistie, la Nouvelle Vigne qui est le Sang du Christ qui nous nourrit spirituellement. La prière liturgique fait aussi référence au Christ Lui-même comme "la Divine Grappe" attachée à la Croix et d'où s'écoulent "les gouttes du Vin Mystique."


 Et l'évêque Alexander (Mileant) de bienheureuse mémoire ajoute :

"C'est une tradition que le jour de la Transfiguration, l'on bénisse des grappes, pommes et autres fruits après la Divine Liturgie. La coutume d'apporter des fruits à l'église pour leur bénédiction remonte à l'époque de l'Ancien Testament (Gen 4,2-4; Ex 13,12-13; Nomb 15,19-21; Deut 8,10-14). Les Apôtres ont fait se prolonger cette tradition dans l'Église du Nouveau Testament (1 Co 16,1-2). L'on trouve l'instruction pour apporter des fruits à l'église dans la 3ème Règle du Canon Apostolique, la plus ancienne collection de canons (lois) ecclesiastiques, aux origines remontant au 2ème siècle. En Grèce, le mois d'août est celui de la maturation des fruits, essentiellement de la vigne, et des nouveaux épis de maïs. Depuis les temps reculés, les fidèles en ont apporté à l'église pour leur bénédiction et en action de grâce pour Dieu. Saint Jean Chrysostome écrivait "le laboureur reçoit le fruit de la terre non pas tant de son travail et de son application, mais par la bonté de Dieu Qui fait pousser ces fruits, car ce n'est pas lui qui a suscité quoi que ce soit, ni arrosé; mais c'est Dieu qui y donne la croissance."
Les grappes de raisins sont amenés à l'église parce qu'ils sont en relation directe avec le Sacrement eucharistique. C'est pourquoi dans la prière de bénédiciton des grappes, le prêtre dit "Bénis, Seigneur, ce nouveau fruit de la vigne, qui est parvenu à maturité parce que Tu as généreusement accordé un temps favorable, de la pluie et du calme. Que la consomation de ce fruit de la vigne nous apporte la joie. Et accorde-nous l'honneur de T'offrir ce fruit, comme don pour purifier nos péchés, en même temps que le Saint Corps de Ton Christ."

Au cours des premiers siècles du Christianisme, les fidèles amenaient à l'église les fruits et les récoltes nouvelles : pain, vin, huile, encens, cire, miel, etc. De toutes ces offrandes, seuls le pain, le vin, l'encens, l'huile et la cire étaient amenés à l'Autel, alors que le restant était utilisé pour les besoins du clergé et des pauvres dont l'église prenait soin. Ces offrandes étaient pour exprimer la gratitude envers Dieu pour tous Ses bienfaits, mais en même temps pour aider les serviteurs de Dieu et les nécessiteux. Jusqu'à nos jours, la bénédiction du pain et du vain, des oeufs et du lait, et d'autres aliments, a été préservée par la consécration de "l'artos" (grand pain) à l'église, et du repas pour le domicile à Pâques. La bénédiction des fleurs et des branches d'arbres a lieu de nos jours le Dimanche des Rameaux, les jours de la Sainte Trinité, et pour l'Exaltation de la Croix, et le dimanche de la semaine de la Vénération de la Croix. Du blé avec des raisins et du miel [kollyva, ndt] est employé comme offrande pour l'Office des défunts et leurs Offices de commémoration. Les prosphores sont partout apportées pour la proskomedia, même de nos jours."


P. Andreas Blom, Archangel Gabriel Orthodox parish, Ashland, Oregon, Orthodox Church of America


Aucun commentaire: