"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

23 décembre 2015

Saint Dagobert II, roi d'Austrasie et martyr (+ 679)

Synaxe de saints de Belgique orthodoxe, avec saint Dagobert II (2ème en bas à droite)
icône en latin, par Irina Gorbounova-Lomax
Paroisse Saint Seraphim de Sarov, Namur, Belgique

Le roi Dagobert II était le fils du roi d'Austrasie Sigebert III, que son père Dagobert 1er avait installé comme roi à l'âge de 5 ans, en 634. Il était né de Sigebert II et de la reine Himmechilde, alors que Sigebert III avait depuis longtemps adopté le fils de son tout-puissant maire du palais Grimoald, auquel on avait donné le nom de Childebert. A la mort de Sigebert III, le 1er février 656, Dagobert fut écarté du trône par Grimoald qui y plaça son propre fils, le pseudo-Childebert III et chargea l'évêque de Poitiers, Didon, de conduire le jeune Dagobert dans un monastère en Irlande, où il resta une vingtaine d'années. L'Irlande était encore terre de profonde Orthodoxie, qui fut donc la Foi dans laquelle le futur roi Dagobert II fut élevé.

Cependant, il y fut si oublié des siens que lorsque Childebert III disparut en 662, on ne pensa pas à lui. Le trône fut attribué à son cousin, le deuxième fils de Clovis II et de sainte Bathilde, qui devint Childéric II. Mais quand ce dernier eut été assassiné en 675, les grands d'Austrasie qui ne voulaient pas être gouvernés par le maire de Neustrie Ebroïn se souvinrent de leur roi disparu depuis si longtemps et prièrent saint Wilfrid, le métropolitain d'York, de bien vouloir le leur ramener.

Dagobert fut accueilli par tous ses sujets, aussi bien ceux de l'Austrasie proprement dite que ceux des parties austrasiennes de l'Aquitaine et de la Provence, mais il fut bientôt attaqué par Ébroïn qui gouvernait la Neustrie au nom de son cousin Thierry III. Il semble que cette guerre n'eut pas d'autre résultat que de ravager la région de Langres.
Contrairement aux coutumes de cette époque trouble, où les prélatures s'achetaient, saint Dagobert II soutint saint Arbogast, évêque de Strasbourg et il appela l'ermite saint Florent à succéder à ce dernier.


Au printemps de 679, Wilfrid se rendant en pélerinage à Rome rencontra le roi Dagobert III qui, sachant les difficultés qu'il connaissait en Angleterre, lui offrit le siège épiscopal de Strasbourg. Wilfrid refusa et continua son voyage. Quand il revint, Dagobert était mort: il avait été assassiné le 23 décembre 679 dans la forêt de Woëvre et son corps avait été enseveli à Stenay. Wilfrid fut arrêté par un évêque qui l'invectiva durement "Comment es-tu assez téméraire pour passer chez les Francs, toi qui es digne de mort pour nous avoir envoyé un tel roi qui ruinait les cités, méprisait les conseils des anciens, humiliait les peuples par le tribut, tel Roboam, fils de Salomon, abaissait les églises de Dieu avec leurs prélats? Il a subi le châtiment de ses crimes, il est tué et enterré." Wilfrid répondit : "Par le Christ Jésus, je dis la vérité et par saint Pierre, je ne mens pas, c'est selon le précepte donné par Dieu à Israël qui avait habité en terre étrangère qne j'ai reçu cet exilé, que je l'ai aidé, nourri, élevé pour votre bien et non pour votre malheur, pour qu'il soit, comme il l'avait promis, bâtisseur de villes, consolateur des citoyens, conseiller des vieillards et défenseur des églises de Dieu, O très juste évêque, qu'aurais-tu fait d'autre si un exilé était venu vers ta Sainteté? " Et l'évèque s'humilia "Je vois que tu es plus juste que moi..."
 

Dans la Vita Wilfridi, Eddi, le biographe de Wilfrid, attribue sa mort "à la ruse des ducs et au consentement des évêques". Le martyrologe de Liège qui raconte qu'il fut assassiné par son filleul Jean : Lors d'une sieste qu'il prenait après une grande chasse aux cerfs, Dagobert dormait au pied d'un arbre, proche d'une fontaine appelée Arphays. Un coup fatal lui fut porté par celui dont il était en droit d'attendre la loyauté.
Ceux qui profitèrent de la mort de Dagobert II furent les maires du palais, celui de Neustrie, Ébroïn, qui lui avait déjà fait la guerre, et celui d'Austrasie, Pépin, qui s'empressa de reprendre le pouvoir. A une époque aussi brutale, de tels ambitieux ne reculaient pas devant un assassinat. Et l'on comprend que le souvenir de ce malheureux roi ait touché le coeur du peuple et qu'il ait fini par le vénérer comme martyr. Vox populi, vox Dei!

A l'élévation des reliques, l’empereur Charles II le Chauve (+877) fera édifier la basilique Saint-Rémy à Stenay pour y déposer le corps du saint. Il ne reste de cette basilique qu’un portail redécouvert en 1965. Avant le Schisme d'Occident et la destruction de la majeure partie de ses saintes reliques & lieux consacrés au cours des guerres de religion en France, il était commémoré dans les diocèses de Nancy, Toul, Strasbourg et Verdun (ce dernier conservait ses reliques et Dagobert II y avait établi sa capitale à Stenay).


Mouzay, vitrail de saint Dagobert II, 1860


Fontaine de saint Dagobert II, à Charmoy, près de Stenay


Crâne-reliquaire de saint Dagobert II. Ce crâne fait actuellement partie du "Trésor des Sœurs Noires", patrimoine mobilier conservé à Mons.


Stèle du martyre de saint Dagobert II, Stenay

Tropaire de saint Dagobert II, ton 4
Exilé dans un saint monastère de la verte Irlande,
formé aux grandes vertus et aux devoirs de monarque,
tu régnas ensuite sur nos terres avec trop de droiture aux yeux de tes pairs,
car trop céleste pour ces puissants aux moeurs corrompues.
Désirant la gloire supranaturelle de Dieu,
tu Lui resta fidèle jusqu'à la fin, ô saint roi Dagobert, second du nom.
Nous qui te commémorons ce jour, nous implorons tes prières,
car elle est puissante, l'intercession d'un martyr, pour obtenir que le Christ sauve nos âmes.



Oratio.
Deus, qui pópulo tuo sanctum dedísti rectórem Dagobértum : concéde, quǽsumus ; ut, tanti intercessóris précibus et tuæ pietátis defensióne, ab ómnibus ubíque libéremur adversis, et tranquílla prosperitáte in tua laude lætémur. Per Dóminum.

Concede, quǽsumus, omnípotens Deus : ut quos culpæ miséria fecit hic éxsules ; beáti Dágoberti, Regis et Mártyris tui, intercéssio gloriósa regni cæléstis fáciat esse coherédes. Per Dóminum
.


A ne PAS confondre avec Dagobert I, qui bien que politiquement un monarque acceptable, fut moralement un paillard invétéré faisant la désolation de saint Eloi - en tout cas c'est ce qu'affirme la chansonnette populaire de 1750 encore bien connue des cercles estudiantins de nos régions ;-)



Bibl. - Vie de Dagobert (Biblioth. hag. lat., n. 2081), dans Mon. Germ. Hist., Scriptores rerum merov., t. 2, p. 511-524. Ce texte n'a d'intérêt que pour l'histoire du culte. Les rares indications sur Dagobert II sont très dispersées : Liber Historiae Francorum, c. 43, dans Mon. Germ. Hist., Script. rer. merov., t. 2, p. 316. -Vie de saint Wilfrid par Eddi (Bibtioth. hag. lat., n. 8889), c. 27 et 31, dans Mabillon, Acta sanct. ord. S. Bened., saec. 4, 1a p., p. 691 et 695-696. Vie de sainte Salaberge (Biblioth. hag. lat., n. 7463), c. 13, dans Mabillon, op. cit., saec. 2, p. 427; Acta sanct., 22 sept., t. 6, p. 525; Mon. Germ. Hist., Script. rer. merov., t. 5, p. 57.
Miracles de saint Memmie de Châlons (Biblioth, hag. lat., n. 5910-5911) dans Acta sanct., 5 août, t. 2, p. 7.
E.-J. Tardif, Les chartes mérovingiennes de Noirmoutier, Paris, 1899, a montré que Dagobert II avait été reconnu jusqu'en Poitou.
B. Krusch, Chronologica regum Francorum stirpis Merovingicae, dans Mon. Germ. Hist., Script. rer. merov., t. 7, p. 494-495. - L. Levillain, La succession d'Austrasie au 7ième siècle, dans Revue historique, t. 112, 1913, p. 63-93. - F. Lot, dans Hist. gén. de Glotz, Moyen Age, t. 1, p. 282-287. -    E. Vacandard, Vie de saint Ouen, p. 283-286. - V. Leroquais, Les bréviaires mss., t. 5, p. 76; Les psautiers mss. latins, t. 2, p. 262.


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