"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

13 novembre 2015

Vie de saint Jean Chrysostome (p. Placide Deseille)

Par l'archimandrite Placide (Deseille)
Higoumène du Monastère Saint Antoine le Grand, Saint-Laurent de Royans, Vercors, France


Extrait de "Témoignage et Pensée Orthodoxes", bulletin de la métropole grecque-orthodoxe de France
N°7-8, Paris, 3e-4e trim.1998.

Jeunesse et éducation classique

Jean Chrysostome est né vers 349, à Antioche. Son père, Secundus, était officier; il laissa son épouse Anthousa veuve à vingt ans, avec un fils et une fille. Celle-ci mourut très tôt, et Anthousa, chrétienne fervente, consacra tous ses soins à l'éducation de Jean.

Après avoir acquis les connaissances élémentaires habituelles, Jean étudia la rhétorique à l'école de Libanius, le plus illustre rhéteur du temps, païen convaincu et nostalgique.

Vie ascétique et monastique

A partir de 367, il s'intègre au groupe des disciples de Diodore, futur évêque de Tarse, pour s'adonner à l'étude des sciences sacrées. Ce groupement ascétique n'était pas un monastère, et Jean, à la demande d'Anthousa, revenait chaque soir à la maison familiale. Il fut baptisé par saint Mélèce pendant la nuit pascale de 367.

Vers 370, d'abord ordonné lecteur, il se soustrait par la fuite au sacerdoce, "trompant" son ami Basile, qui se laissa ordonner, croyant que Jean l'était aussi. Cette querelle fraternelle sera évoquée plus tard vers 390, dans le Dialogue sur le sacerdoce de Jean, dont elle fournira le prétexte.

Vivement attiré par la vie monastique, il se retire en 372 au désert et vit pendant quatre ans auprès d'un ancien. Puis il se retire, seul, dans une grotte, où il passe la plupart de son temps sans dormir, apprenant par coeur les Écritures. Sa complexion fragile ne résiste pas à ce régime, il tombe malade et doit regagner Antioche en 378, après deux années de vie érémitique. C'est l'époque où saint Mélèce, exilé par Valens, rentrait à Antioche.

Diacre et prêtre à Antioche

En 381, saint Mélèce l'ordonne diacre, puis, en 386, son successeur Flavien lui confère le sacerdoce. Le ministère principal de Jean devient la prédication. "La parole fut sa vocation et sa passion", a-t-on pu écrire. Dans son dialogue sur le sacerdoce, il décrira ainsi cet idéal qui fut le sien: "La parole, voilà l'instrument du médecin des âmes. Elle remplace tout : régime, changement d'air, remèdes. C'est elle qui cautérise; c'est elle qui ampute. Quand elle manque, tout manque. C'est elle qui relève l'âme abattue, dégonfle la colère, retranche l'inutile, comble les vides, et fait, en un mot, tout ce qui importe à la santé spirituelle. Quand il s'agit de la conduite de la vie, l'exemple est le meilleur des entraînements; mais pour guérir l'âme du poison de l'erreur, il faut la parole, non seulement quand on a à maintenir la foi du troupeau, mais encore quand on a à combattre les ennemis du dehors. Même si nous avions le don des miracles, la parole nous serait utile, même nécessaire. Saint Paul le prouve, saint Pierre aussi, qui dit : "Soyez prêts à répondre à ceux qui vous demandent compte de votre foi" (1 P. 3, 15). Et, si tout le collège des Apôtres confia jadis à Étienne la direction des veuves, c'était uniquement pour mieux s'adonner eux mêmes au ministère de la parole. Toutefois, nous n'aurions pas tant besoin du don de la parole si nous avions le don des miracles. Ne l'ayant pas, il faut nous armer de l'arme qui nous reste. C'est donc à nous de travailler avec acharnement pour nous enrichir de la parole du Christ... Le prêtre doit tout faire pour acquérir le talent de la parole." Sur le Sacerdoce, IV, 3; traduction de B. H. Vandenberghe, Saint Jean Chrysostome, Le livre de l'espérance, Namur, 1958, p. 9-10.

Jean prêche inlassablement, plusieurs fois par semaine, parfois pendant deux heures de suite. Jamais il ne pactise avec le vice, jamais il n'acceptera de compromission avec aucun scandale. Mais sa parole se nuance souvent de tendresse, et, s'il ne parvient pas à détacher la population d'Antioche des jeux et des spectacles du cirque, ni de ses autres désordres, son auditoire l'écoute en général volontiers et lui est profondément attaché.

En février 387, mécontents de l'augmentation des impôts, les habitants d'Antioche se soulèvent et brisent les statues de l'empereur Théodose, de l'impératrice défunte et des jeunes princes Arcadius et Honorius. Pour apaiser la sédition, Jean prononce dix-neuf homélies "sur les statues" durant le Carême, tandis que l'évêque Flavien se rend à Constantinople pour implorer la clémence de l'empereur. Le dimanche de Pâques, Jean put annoncer au peuple le succès des efforts de Flavien et le pardon de l'empereur.

Évêque de Constantinople

La renommée de Jean s'étendait bien au-delà d'Antioche. À la mort de Nectaire, évêque de Constantinople (397), l'évêque d'Alexandrie, Théophile, essaya de faire nommer à sa place l'un de ses protégés, le moine Isidore. Mais l'eunuque Eutrope, conseiller tout-puissant de l'empereur Arcadius, imposa le choix de Jean, le fit littéralement enlever à Antioche, et Théophile d'Alexandrie, ulcéré, dut le sacrer évêque de Constantinople, le 15 décembre 397.

Jean entreprit aussitôt de s'attaquer à tous les désordres qu'il constatait, dans le clergé, à la cour, dans toutes les classes de la société. Malgré ses invectives, une grande partie du peuple s'attacha à lui, et lui demeura toujours fidèle. Mais il s'attira, chez certains évêques, dans le clergé, et finalement à la cour, de terribles inimitiés. Après la disgrâce d'Eutrope, la bienveillance initiale de la toute-puissante impératrice Eudoxie se mua progressivement en haine.

On a écrit très justement au sujet de Jean : "son âme était trop noble et désintéressée pour deviner le jeu des intrigues de la cour, et son sentiment de la dignité personnelle était trop élevée pour s'arrêter à cette attitude obséquieuse à l'égard des majestés impériales, qui lui aurait assuré la continuité de leur faveur... Sa fidélité sans compromission à son idéal ne put qu'unir contre lui toutes les forces hostiles, que sa simplicité lui empêchait d'opposer les unes aux autres par une adroite diplomatie." (J. Quasten, Initiation aux Pères de l'Église, t. III, p.5.

En 401, une cinquantaine de moines de Nitrie, conduits par trois d'entre eux, Ammonios, Eusébios et Euthymios, appelés "les longs frères" en raison de leur taille, arrivèrent à Constantinople, expulsés d'Égypte par Théophile, qui poursuivait alors les moines origénistes. Jean ne les reçut pas dans sa communion, mais il les accueillit avec une grande charité et pourvut à leurs besoins.

Les frères égyptiens portèrent plainte devant la cour contre Théophile. Appelé à comparaître, celui-ci se rendit à Constantinople précédé par saint Épiphane, qu'il avait engagé dans la lutte contre l'origénisme, mais qui se réembarqua pour Chypre quand il réalisa la duplicité de Théophile. Il mourut au cours du voyage.

Premier exil

Théophile se changea d'accusé en accusateur et réunit près de Chalcédoine, à la villa du Chêne, un synode de 35 évêques pour juger Jean. Celui-ci, ayant refusé de venir, fut condamné, sur d'absurdes griefs, qui le présentaient comme violent, injuste, voleur, sacrilège, origéniste, impie. Il était même accusé de lèse-majesté, ce qui aurait entraîné la peine de mort. Mais cette dernière accusation ne fut pas retenue par l'empereur. Quant aux moines de Nitrie, Théophile se réconcilia avec eux et leur "pardonna".

L'annonce de la déposition de Jean suscita une violente effervescence dans le peuple de Constantinople, qui restait fidèle à son évêque. Jean partit pour l'exil, mais une émeute éclata. Un tremblement de terre eut lieu dans la nuit. Effrayée, l'impératrice Eudoxie décida de rappeler l'exilé. Jean fut accueilli triomphalement. Théophile, menacé d'être jeté à la mer, se réembarqua précipitamment pour l'Égypte. Les évêques hostiles à Jean se dispersèrent.

Mais à Constantinople, les intrigues reprirent contre Jean, qui avait repris ses fonctions épiscopales, dans l'attente d'un concile qui devait, normalement, le réhabiliter.

L'érection d'une statue d'Eudoxie ayant donné lieu à des divertissements païens et licencieux, Jean protesta dans une homélie prononcée à cette occasion. Elle aurait débuté par ces mots : "De nouveau, Hérodiade fait rage; de nouveau, elle s'emporte ; de nouveau, elle danse ; de nouveau, elle demande à recevoir sur un plat la tête de Jean." Eudoxie, irritée, voulut en finir avec lui.

Les évêques opposés à Jean firent valoir que celui-ci avait repris illégitimement ses fonctions malgré sa déposition. L'empereur interdit à Jean tout exercice de son office épiscopal. Jean refusa.

S'étant vu interdire l'usage de toute église, Jean, la nuit pascale de 404, rassembla les fidèles dans les thermes de Constance pour le baptême des quelques trois mille catéchumènes qui devaient le recevoir. À l'instigation des évêques hostiles, l'armée intervint brutalement, les fidèles et les clercs furent dispersés ou emprisonnés, et l'eau baptismale fut souillée de sang.

Pendant le temps pascal qui suivit, Jean demeura en résidence surveillée dans son évêché, puis, au lendemain de la Pentecôte, il fut envoyé définitivement en exil.

Second exil et mort

Il fut d'abord conduit à Cucuse, en Petite Arménie. Il y demeura trois ans, prêchant aux habitants de la localité, et recevant de fréquentes visites des fidèles d'Antioche, restés attachés à leur ancien prédicateur. Jaloux et irrités, les évêques syriens qui avaient contribué à sa condamnation obtinrent qu'Arcadius l'exile à Pityus, à l'extrémité orientale de la mer Noire. Accablé de mauvais traitements, il mourut en cours de route, à Comane, dans le Pont, le 14 septembre 407. Ses dernières paroles furent sa doxologie coutumière : "Gloire à Dieu pour tout. Amen."

Oeuvres

"Aucun Père n'a laissé un héritage littéraire aussi important en volume que Chrysostome... La tragédie de sa vie elle-même, causée par la sincérité et l'intégrité extraordinaires de son caractère, ne fit que rehausser sa gloire et sa renommée. Il reste le plus séduisant des Pères grecs et l'une des figures les plus attachantes de toute l'antiquité chrétienne." (J. Quasten, op. cit., p. 6). On ne peut citer ici que ses principaux écrits.




Oeuvres exégétiques

La majeure partie de l'œuvre de saint Jean Chrysostome est constituée d’homélies sur les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. Jean se montre fidèle à la tradition exégétique d'Antioche. Son exégèse pourrait être qualifiée de "pastorale", son principal souci étant de tirer du texte commenté des enseignements applicables à la vie quotidienne de ses auditeurs.

Nous possédons de lui des Homélies sur la Genèse, sur 58 psaumes, sur le prophète Isaïe, sur les évangiles de Matthieu et de Jean, sur les épîtres de saint Paul. "Les trente deux homélies sur les Romains représentent le plus remarquable commentaire patristique de cette épître et la plus belle de toutes les œuvres de Chrysostome." (J. Quasten, op. cit., p. 619). Il existait entre Jean Chrysostome et saint Paul une véritable amitié, une relation d'intimité spirituelle profonde.

Oeuvres doctrinales

Deux séries d'homélies ont pour objet de combattre les anoméens : les Homélies sur l'incompréhensibilité de Dieu ; et les Homélies sur l'égalité du Père et du Fils. Les premières, qui réfutent la prétention d'Eunome à connaître adéquatement l'essence divine, sont un admirable exposé sur l'apophatisme et la connaissance négative de Dieu. Les secondes constituent une catéchèse claire et accessible au grand nombre, sur la Théologie trinitaire.

Deux séries de Catéchèses baptismales nous font connaître les rites du baptême et leur interprétation tels que Jean les exposait à Antioche.

Le Dialogue sur le sacerdoce, inspiré du traité de saint Grégoire le Théologien, Sur sa fuite, traite de la dignité, des exigences et des fonctions du sacerdoce.

Écrits sur la vie monastique

Le traité "À Théodore" est une exhortation adressée par Jean au futur Théodore de Mopsueste (probablement), tenté d'abandonner la vie monastique. Dans cet écrit, qui peut dater du diaconat de Jean, se retrouvent des traits caractéristiques de sa pensée, par exemple l'insistance sur la philanthropie divine : "Il n'est point d'amant du corps, fût-il devenu fou, qui brûle pour son amante d'un désir égal à celui de Dieu pour le salut de nos âmes." (Sources Chrétiennes n° 117, p. 163).

Le Traité de la virginité est un commentaire fidèle de 1 Cor. 7. Le mariage est présenté, en antithèse, d'une façon assez négative, qu'il faut équilibrer par d'autres passages des œuvres de Chrysostome.

Les traités Sur les cohabitations suspectes sont une critique assez mordante de la cohabitation sous le même toit d'ascètes et de vierges, usage qui existait à l'époque et présentait inévitablement des risques de scandale. Ces écrits suscitèrent des ennemis à Jean dans le clergé.

Les trois opuscules Contre les détracteurs de la vie monastique sont des apologies du monachisme adressées aux autorités civiles et aux parents qui s'opposaient aux vocations monastiques.

Dans ses Homélies, Jean évoque souvent l'exemple des moines du désert proche d'Antioche pour stimuler ses fidèles à une vie plus fervente ; il conseille de faire des séjours dans la retraite auprès d'eux ; il invite les moines à prier avec ardeur pour l'Église et pour ceux qui y exercent une responsabilité. Pour lui, le souci pastoral d'autrui reste la forme la plus élevée de la charité chrétienne.

Homélies diverses

Un certain nombre d'homélies ont été prononcées pour les fêtes liturgiques : Noël, Épiphanie, Vendredi-Saint, Pâques. D'autres discours ont été prononcés dans des circonstances notables de la vie de Jean : Sur la chute d'Eutrope, Sur les statues. D'autres sont des panégyriques de divers martyrs, de saint Paul, d'Eustathe d'Antioche, de Mélèce, de Diodore de Tarse, etc.

Lettres

Nous possédons 236 lettres de Jean, qui datent toutes du temps de son exil. Parmi les plus remarquables, on peut compter les lettres de réconfort À Olympias, auxquelles il faut joindre le Traité sur la Providence et la Lettre d'exil.

Dans ces lettres, les thèmes du sens de la souffrance, de la foi en la Providence, de la patience dans l'épreuve sont souvent traités. Jean le fait en s'inspirant à la fois de la tradition hellénique, surtout stoïcienne, et de la tradition biblique. La sagesse antique n'est pas reniée, mais assumée et transfigurée par l'apport chrétien. (>Voir l'excellente introduction d'Anne-Marie Malingrey aux Lettres à Olympias, Sources chrétiennes C 13 b).

Doctrine

On a dit souvent que saint Jean Chrysostome est plus moraliste que théologien, et que sa pensée présente peu d'intérêt sur le plan spéculatif. En réalité, Jean est avant tout un pasteur et un prédicateur, dont l'enseignement est inséparablement théologique, moral et spirituel. Il n'est pas à la recherche de solutions nouvelles aux problèmes théologiques spéculatifs de son époque, mais tout son enseignement procède d'une adhésion plénière à la tradition dogmatique de l'Église, en même temps que d'une vie entièrement vouée à l'ascèse et à la prière. Il est vraiment par là un "Père de l'Église" dans toute la force du terme. Il n'enseigne pas ses opinions personnelles, mais transmet le dépôt de la foi dans toute son intégrité.

Théologie trinitaire et christologie

Ces remarques valent tout particulièrement en ce qui concerne la théologie trinitaire et la christologie. Jean Chrysostome s'applique surtout à prémunir ses fidèles contre l'hérésie en mettant à leur portée la catéchèse commune de l'Église, et à leur montrer quel sens les affirmations de la foi présentent pour leur vie chrétienne.

C'est surtout à l'arianisme que s'oppose Chrysostome; on ne trouve pas chez lui de polémique contre Apollinaire. Il professe clairement l'existence d'une âme humaine du Christ; mais sa christologie est plus alexandrine qu'antiochienne; il est beaucoup plus proche de saint Athanase et de saint Hilaire de Poitiers que d'un Théodore de Mopsueste, et il subordonne l'activité propre de la nature humaine dans le Christ à la nature et à la personne du Logos. "L'humanité que j'ai revêtue, je ne l'ai jamais laissée destituée de la vertu divine, mais, agissant tour à tour comme homme et comme Dieu, tantôt je laisse voir en moi la nature humaine et tantôt je donne des preuves de ma mission ; j'apprends ainsi aux hommes à attribuer les actes les plus humbles à l'humanité et à rapporter les plus élevés à la divinité ; par ce mélange d'œuvres inégales, je fais comprendre l'union de mes deux natures si dissemblables ; je montre, en me soumettant librement aux souffrances, que mes souffrances sont volontaires ; comme Dieu, j'ai dompté la nature en prolongeant le jeûne jusqu'à quarante jours, mais ensuite j'ai eu faim ; j'ai apaisé, comme Dieu, la mer en furie et j'ai été accablé en ma qualité d'homme; comme homme, j'ai été tenté par le diable, mais, comme Dieu, j'ai commandé aux démons et je les ai chassés ; je dois, dans ma nature humaine, souffrir pour les hommes." (Sur Lazare, 1 ; PG 50, 642-643).

Ou encore : "Par ces paroles: "S'il est possible que ce calice s'éloigne de moi", et : "Non comme je veux mais comme tu veux", il montre qu'il a vraiment revêtu notre chair qui a horreur de la mort. Car il est de la chair de craindre la mort, de trembler et d'être dans l'angoisse. Tantôt Jésus la laisse abandonnée à elle-même, afin qu'en montrant sa faiblesse il atteste sa nature ; tantôt il la voile pour prouver qu'il n'est pas seulement homme. Voilà pourquoi, dans ses paroles et ses actes, il mêle le divin et l'humain. De la sorte, il ôte tout prétexte à la folie de Paul de Samosate et à la démence de Marcion et de Manès. Voilà pourquoi encore il prédit l'avenir comme Dieu et le redoute comme homme." (Sur ceux qui ne sont pas venus à la synaxe, 6, PG 48, 766).

Du sacrement du Christ dans l’Eucharistie à la réalité du Christ dans le pauvre

La doctrine eucharistique de saint Jean Chrysostome est particulièrement riche. Il montre bien comment l'eucharistie "fait" l'Église en incorporant les hommes au Corps du Christ. Il colore ses développements d'un sens du sacré en même temps que d'un accent de tendresse envers la personne du Christ qui correspondent à son génie particulier : "Celui que les anges ne regardent qu'en tremblant, ou plutôt qu'ils n'osent regarder à cause de l'éclat qui en émane, est celui-là même qui nous sert de nourriture, qui se mélange à nous, et avec qui nous ne faisons plus qu'une seule chair et qu'un seul corps (p. 109).

"Il veut que nous devenions son corps non seulement par l'amour, mais qu'en réalité nous nous mêlions à sa propre chair. C'est ce qu'opère la nourriture que le Sauveur nous a donnée comme preuve de son amour. Voilà pourquoi il a uni, confondu son corps avec le nôtre, afin que nous soyons tous comme un même corps, joint à un seul chef. Ainsi font ceux qui s'aiment ardemment... Voilà ce que Jésus-Christ a fait pour nous : il nous a donné sa chair à manger pour attirer notre amour envers lui et nous montrer celui qu'il nous porte ; il ne s'est pas seulement fait voir à ceux qui ont désiré le contempler, mais encore il s'est donné à toucher, à palper, à manger, à broyer avec les dents, à absorber de manière à assouvir le plus ardent amour (p. 119-120).

"Veillons donc sur nous-mêmes, mes très chers frères, puisque nous avons eu le bonheur de recevoir de si grands biens... Jusqu'à quand nous attacherons-nous aux choses présentes ?" (p. 123) .

Plus que jamais, les applications morales et parénétiques découlent ici du dogme. Devenus membres du Christ par l'eucharistie, les plus pauvres et les plus démunis sont par là même l'autel véritable sur lequel les fidèles doivent offrir le sacrifice spirituel de l'aumône et de la miséricorde : "L'autel dont je vous parle est fait des membres mêmes du Christ, et le corps du Christ devient pour toi un autel. Vénère-le : dans la chair, tu y fais le sacrifice au Seigneur. Cet autel est plus terrible que celui qui se dresse en cette Église, et, à plus forte raison, que celui de l'ancienne loi.

" Ne vous récriez pas. Cet autel-ci est auguste, à cause de la victime qui y vient ; celui de l'aumône l'est davantage, parce qu'il est fait de cette victime même. Celui-ci est auguste, parce que, fait en pierres, il est sanctifié par le contact du corps du Christ ; et l'autre, parce qu'il est le corps même du Christ. Il est donc plus vénérable que celui-ci devant lequel, mon frère, tu te trouves.

" Qu'est-ce donc encore qu'Aaron, quand on songe à ces choses ? Que sont la couronne, les sonnettes, le Saint des Saints ? Et pourquoi parler de cet autel ancien, quand, comparé à notre autel lui-même, l'autel de l'aumône est si splendide ? Et toi, tu vénères cet autel-ci, lorsque le corps du Christ y descend. Mais l'autre qui est le corps du Christ, tu le négliges et tu restes indifférent, quand il périt.

" Cet autel, tu peux le voir dressé partout, dans les ruelles et sur les places, et, à chaque heure, tu peux y faire le sacrifice ; car c'est là aussi le lieu des sacrifices. Et comme le prêtre, debout à l'autel, appelle l'Esprit ; de même, toi aussi, tu appelles l'Esprit, comme cette huile répandue en abondance." (Hom. 82 In Matth.; PG 58, 744.).

Grâce et liberté humaine

L'enseignement de saint Jean Chrysostome sur la prédestination, la grâce et la liberté lui est commun avec les autres Pères orientaux, et s'accorde substantiellement avec celui de saint Cassien, condamné en Occident comme "semi-pélagien". Le point de vue de Jean est pastoral et spirituel, et non métaphysique comme celui d'Augustin d'Hippone.

Pour Jean, le salut ou la damnation de l'homme ne sont pas fixés d'avance, sans que sa volonté libre y ait une part. Dieu adresse son appel à tous, offre sa grâce à tous, mais il appartient à l'homme de l'accueillir ou de la refuser :

"Si la grâce ne demandait d'abord ce qui vient de nous, elle serait versée en masse dans toutes les âmes. Mais comme elle requiert ce qui vient de nous, elle habite à demeure dans les uns, et quitte les autres. Quant au reste des hommes, elle n'apparaît pas même en eux un moment, Dieu exigeant d'abord le choix préalable." (De la componction; PG 47, 408).

"Dieu ne prévient pas nos volontés par ses dons, mais lorsque nous avons commencé, fourni le vouloir, alors lui-même nous présente plusieurs occasions de salut." (Hom. In Jn; PG 59,408).

"La vertu est tissée du zèle que nous montrons et de l'assistance dont Dieu nous aide." (Sur le Ps 140, 9 ; PG 55,441).

"Tout ne dépend pas de nous, mais une partie dépend de nous, une partie de Dieu. Choisir le mieux, le vouloir, nous y appliquer, affronter n'importe quelle peine, cela dépend de nous; mais pouvoir mener nos efforts à bien, ne pas les faire échouer, aller jusqu’au bout de nos actes vertueux, cela dépend de la grâce d'en haut. En ce qui concerne la vertu, Dieu a délimité sa part et la nôtre. Il n'a pas mis tout en notre pouvoir, pour nous éviter de nous laisser emporter par une orgueilleuse folie, et il ne s'est pas chargé de tout, pour que nous ne tombions pas dans la paresse, mais, laissant à nos efforts le rôle le plus modeste, il assume lui-même le principal." (Sur : Seigneur, il n'appartient pas à l'homme ... 4 ; PG 56, 160).




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12 novembre 2015

Oublier Dieu mène un pays à la guerre, à la révolution (Soljenitsine)



Il y a plus d'un demi-siècle, alors que j'étais encore enfant, je me souviens avoir entendu un certain nombre de personnes âgées offrir l'explication suivante pour les grands désastres qui s'étaient abattus sur la Russie :
"Les hommes ont oublié Dieu, c'est pourquoi tout cela est arrivé."

Depuis lors, j'ai passé à peu près 50 années de travail sur l'histoire de notre révolution; dans ce processus, j'ai lu des centaines de livres, j'ai recueilli des centaines de témoignages personnels, et j'ai déjà contribué par 8 volumes de mes propres mains à l'effort de déblayer la gravats laissés par ce bouleversement.

Mais si l'on me demandait aujourd'hui de formuler de façon aussi concise que possible la cause principale de la révolution ruineuse qui a englouti quelque 60 millions de nos concitoyens, je ne pourrais pas être plus précis que de répéter:
"Les hommes ont oublié Dieu, c'est pourquoi tout cela est arrivé."



funérailles d'Alexandre Soljenitsine en 2008. Il n'a pas oublié Dieu.
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11 novembre 2015

Liste des évêques de Tours de 250 jusque saint Brice (saint Grégoire) + prières latines à saint Martin de Tours


Liste épiscopale de la Métropole de Tours,
de 250 jusqu'à Saint Brice, par saint Grégoire, évêque de Tours
(traduction Henri Bordier 1859)

Histoire ecclésiastique des Francs, Livre 10, chapître 31, "Evêques de Tours".
31. Bien que , dans les livres précédents, j'aie écrit différentes choses sur les évêques de Tours, cependant il m'a semblé bon de les répéter pour indiquer leur ordre et leur tanmbre, à partir du temps où, pour la première fois, un prédicateur Chrétien arriva dans cette ville,
1. Le premier évêque de Tours, Gatianus, fut envoyé par le pape de Rome, en la première année de l'empire de Décius (2). Il y avait à Tours une multitude de païens adonnés à l'idolâtrie, dont il convertit quelqnes-uns au Seigneur par sa prédication. Cependant il se cachait de temps en temps pour se dérober aux attaques des gens du pouvoir qui, lorsqu'ils le trouvaient, l'accablaient fréquemment d'injures et de mauvais traitements; il célébrait donc en secret, dans les cryptes et dans des lieux cachés, le mystère de la Messe du dimanche, avec le peu de Chretiens qu'il avait convertis comme nous venons de le dire. C'était un homme pieux et craignant Dieu; et s'il n'eût pas été tel, il n'aurait pas abandonné pour l'amour du Seigneur maisons, parents et patrie. Il mena, dit-on, à Tours, la même vie pendant 50 ans , mourut en paix, et fut enterré dans le cimetière du faubourg qui appartenait aux Chrétiens. L'épiscopat fut interrompu pendant 37 ans.

(2) L'an 250.


2. Le second, Litorius , fut sacré évêque dans la première année de l'empereur Constans (1). C'était un citoyen de Tours d'une grande piété. Il bâtit la première église de la ville, à une époque où il y avait déjà beaucoup de Chrétiens, et il fit avec la maison d'un sénateur cette première basilique. De son temps, saint Martin commença de prêcher dans les Gaules, il siégea 33 ans, mourut en paix, et fut enterré dans la susdite basilique, qui porte aujourd'hui son nom.

(1) l'an 337.

3. Le troisième, saint Martin, fut sacré évêque la 8ième année de Valens et de Valentinianus (2). Il était originaire de la cité de Sabaria (3), au pays de Panonie. Par amour de Dieu, il construisit le premier monastère de la ville de Milan en Italie. Mais les hérétiques l'ayant battu de verges et chassé d'Italie parce qu'il prêchait courageusement la sainte Trinité, il vint dans les Gaules. Il y convertit un grand nombre de païens, renversa leurs temples et leurs statues, et fit aussi de grands miracles parmi le peuple, au point de ressusciter 2 morts avant son épiscopat. Il n'en ressuscita qu'un seul après être devenu évêque. Il transporta le corps du bienheureux Gatianus, et l'enterra près du tombeau de saint Litorius, dans la basilique dédiée au nom de celui-ci comme nous l'avons dit. Il empêcha Maximus d'employer le glaive en Espagne pour tuer les hérétiques (4), décidant qu'il suffisait de les séparer des Eglises et de la communion catholique. Sa vie terrestre étant terminée, il mourut à Candes, bourg de son diocèse (5) dans sa 81ième année. De ce bourg il fut transporté sur une embarcatiun jusqu'à Tours, où il fut enseveli dans le lieu où l'on adore [ vénère! JMD; ] maintenant son tombeau. Nous avons 3 livres écrits sur sa vie par Sulpicius Sévérus. Il se manifeste encore de notre temps par beaucoup de miracles.

(2) L'an 371.
(3) Voyez tome 1, page 30, note 1
(4) Les Priscillianistes, que Maxime avait ordonné de réduire par le fer.
(5) "Cadatensem vicum urbis suae". En nov. 397, à ce que l'on croit.

Il éleva, dans le monastère qu'on appelle encore aujourd'hui le Grand (Marmoutier), une basilique en l'honneur des saints Apôtres Pierre et Paul. Il bâtit aussi des églises dans les bourgs de Langeais, Saunay, Amboise, Chisseau, Tournon, Candes, après y avoir détruit les temples païens et baptisé les gentils. Il siégea 26 ans 4 mois et 27 jours. L'épiscopat fut interrompu pendant 20 jours.

4. Le quatrième, Briccius, fut sacré évêque de Tours la seconde année du règne commun d'Arcadius et Honorius; il était citoyen de Tours. La 33ième année de son épiscopat, il fut accusé du crime d'adultère par les autres citoyens, qui, l'ayant chassé, créèrent évêque Justinianus. Briccius alla trouver le pape de la métropole. Justinianus le suivit, et mourut dans la ville de Verceil. Les habitants de Tours, conspirant de nouveau, nommèrent Armentius. Mais Briccius après être demeuré 7 ans auprès du pape de la métropole, fut trouvé innocent du crime qu'on lui imputait, et reçut ordre de retourner dans sa cité. Il bâtit, sur le tombeau de saint Martin, une petite basilique, où il fut enterré lui-même. Comme il entrait par une porte de la ville, on emportait par une autre Armentius, qui était mort : celui-ci enseveli, Briccius reprit son siège. On rapporte qu'il fonda les églises de divers bourgs, savoir Cliou, Brèches, Ruan, Bridoré, Chinon. Il siegea, en comptant tout, 47 ans; puis mourut et fut enseveli dans la basilique qu'il avait élevée sur le corps de saint Martin.





Eodem die natale sancti Martini episcopi et confessoris.

Deus qui conspicis quia ex nulla nostra virtute substitimus, concede propitius, ut intercessione beati Martini confessoris tui contra omnia adversa muniamur. Per Dominum nostrum Iesum Christum.

SUPER OBLATA. Da misericors Deus, ut haec nos salutaris oblatio, et propiis reatibus indesinenter expediat, et ab omnibus tueatur adversis. Per.

PRAEFATIO. VD aeterne Deus. Cuius munere beatus Martinus confessor pariter et sacerdos, et bonorum operum incrementis excrevit, et variis virtutum donis exuberavit, et miraculis choruscavit. Qui quod verbis edocuit, operum exhibitione complevit. Et documento simul et exemplo, subditis ad caelestia regna pergendi ducatum praebuit. Unde tuam clementiam petimus, ut eius qui tibi placuit exemplis ad bene agendum informemur, meritis muniamur, intercessionibus adiuvemur, qualiter ad caeleste regnum illo interveniente, ac te opitulante pervenire mereamur. Per Christum Dominum nostrum.

BENEDICTIO. Omnipotens Deus, qui beatum Martinum praesulem tuum ita praedestinasti, ut gratiae tuae perenniter iuberes adstringi, erige vota populi tui praetitisti gloriosa virtuta tuo confessori. AMEN.
Proficiat his ad fructum, quicquid in sacerdote pro laude tui nominis amplectuntur, et haec plebs eius intercessione consequantur veniam, qui te remunerante felici servitio pervenit ad gloriam. AMEN.
Sit ipse confessor huius / populi assiduus custos, qui te vocante hodie penetravit caelos. AMEN.
Quod ipse.

AD COMPLENDUM. Praesta quaesumus Domine Deus noster, ut quorum festivitate votiua sunt sacramenta, eorum salutaria nobis intercessione reddantur. Per Dominum.

ALIA. Exaudi Domine populum tuum tota tibi mente subiectum, et beati Martini pontificis supplicatione custodi, ut corde et corpore protectus, quod pie credit appetat, quod iuste sperat obtineat. Per.

ALIA. Praesta quaesumus omnipotens Deus, ut sicut divina laudamus in sancti Martini confessoris tui atque pontificis sollemnitate magnalia, sic indulgentiam tuam piis eius praecibus assequamur. Per Dominum.

Sacramentaire de Ratoldus de Corbie (+ 986), Paris B.N. lat.12052
"Abbatis domni stat mentio sancta Ratoldi
Istum qui fecit scribere qippe librum" 

 

09 novembre 2015

Saint Nectaire, fondateur du monastère d'Égine et persécuté par ses pairs dans l'épiscopat...


Святитель Нектарий Эгинский


Saint Nectaire d'Égine (+ 1920)
Apolytikion, ton 1

Fidèles, vénérons l'enfant de Silivrie, * le protecteur d'Égine, l'ami de la vertu, * Nectaire, qui en ces derniers temps * a brillé comme divin serviteur du Christ; * il fait jaillir toutes sortes de guérisons * sur ceux qui chantent avec foi: * gloire à Celui Qui t'a glorifié, * gloire à Celui Qui fait des merveilles par toi, * gloire à Celui Qui, par tes prières, opère le Salut en tous.

Kondakion, ton 8
L'astre de l'Orthodoxie qui a brillé récemment, * le rempart nouvellement édifié de l'Église, * chantons-le dans l'allégresse de notre coeur; * glorifié par la puissance de l'Esprit très Saint, * il fait sourdre l'inépuisable grâce des guérisons * sur ceux qui chantent : Père Nectaire, réjouis-toi.

08 novembre 2015

Lorsque vous vous approchez des saints Mystères (saint Théophane le Reclus)

Lorsque vous vous approchez des saints Mystères, faites-le avec simplicité de coeur, en ayant foi que vous allez recevoir le Seigneur en vous-même, et avec la révérence qui convient en ce cas. L'état d'esprit que vous devriez ensuite avoir, laissez cela au Seigneur Lui-même. Beaucoup s'attendent à recevoir ceci ou cela par la sainte Communion et alors, ne voyant pas ce qu'ils voulaient, ils sont troublés, et parfois même leur foi dans la puissance du Mystère est ébranlée. La faute n'est pas au Mystère, mais dans les attentes superficielles. Ne vous promettez rien. Laissez tout au Seigneur, ne Lui demandant que la miséricorde - pour vous renforcer en tout bien qui Lui soit acceptable. Le fruit de la Communion a très souvent un goût de douce paix au coeur. Parfois, il apporte l'illumination à la pensée et l'inspiration pour la dévotion au Seigneur. Parfois presque rien n'est perceptible, mais par la suite, on peut remarquer une plus grande force dans ses activités, et la constance dans l'accomplissement de ce qui a été promis.
Saint Théophane le Reclus, La vie spirituelle et comment s'y conformer






When going to the Holy Mysteries, go with simplicity of heart, in full faith that you will receive the Lord within yourself, and with the proper reverence towards this. What your state of mind should be after this, leave it to the Lord Himself. Many desire ahead of time to receive this or that from Holy Communion, and then, not seeing what they wanted, they are troubled, and even their faith in the power of the Mystery is shaken. The fault lies not with the Mystery, but with superficial assumptions. Do not promise yourself anything. Leave everything to the Lord, asking a single mercy from Him — to strengthen you in every kind of good so that you will be acceptable to Him. The fruit of Communion most often has a taste of sweet peace in the heart; sometimes it brings enlightenment to thought and inspiration to one’s devotion to the Lord; sometimes almost nothing is apparent, but afterward in one’s affairs there is a noted a great strength and steadfastness in the diligence one has promised.St. Theophan the Recluse Spiritual Life
St. Theophan the Recluse, The Spiritual Life: And How to Be Attuned to It