"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

03 janvier 2016

Sainte Geneviève, nouveau Synaxaire


SYNAXAIRE EN LA FÊTE DE SAINTE GENEVIÈVE DE PARIS
Ste GENEVIÈVE, ou GENOVEFFA (german., de "geno", race et "wifa",dame - égalt. Guenièvre, fam. Ginette ) : Née à Nanterre de parents nobles, Sévère et Gerontia, remarquée et bénie par saint Germain d’Auxerre lors de son premier voyage en Britannia en 429 alors qu’elle avait environ 7 ans, vierge consacrée vers 440 ou 442, elle se rend alors à Paris chez sa marraine dont nous ignorons tout. Les recherches les plus récentes ont montré que sa famille, en partie d’origine franque, étroitement apparentée au préfet militaire des Gaules, était redevable des responsabilités curiales à Paris. Fille unique et donc seule héritière de ces responsabilités à la mort de ses parents, son installation à Lutèce même et non dans les domaines familiaux de Nanterre et de Meaux s’explique par le fait qu’elle devait de par la loi romaine prendre une part active à la gestion de la cité. Sa fonction était l’équivalent de celle d’un maire actuel, mais obligatoirement héréditaire depuis le IIIe siècle. C’était une situation exceptionnelle : obligée d’une part de veiller sur les biens familiaux et d’administrer une capitale provinciale, elle était en même temps moniale et tendue vers une vie d’ascèse et de prière. On comprend ainsi la réserve et même la grogne méfiante des habitants à son égard, la nécessité de la protection visible de l’évêque métropolitain d’Auxerre dont Paris dépendait canoniquement par Sens, saint Germain puis son successeur. Une jeune moniale de 20 ans à la tête d’une cité en déclin mais dont Julien l’Apostat avait fait autrefois une capitale impériale, cela ne pouvait que faire jaser. Et la plus riche héritière du pays choisissant la virginité consacrée, c’était bien du dépit pour des hommes cupides. On comprend aussi pourquoi son injonction aux Parisiens de ne pas quitter la ville au moment où la rumeur publique s’affolait de l’avancée d’Attila en 451 fut mal vécue par les familles riches : ce n’était pas simplement le conseil spirituel d’une ermite locale mais les ordres de la plus haute autorité civile du lieu. Si les prières des femmes qu’elle avait réunies dans le baptistère n’ont pas bouleversé les plans de conquête d’Attila, elles ont sans nul doute fortement contribué à protéger la ville des bandes errantes qui, à l’époque, sévissaient au pourtour des armées régulières, surtout en contexte mongol encore tribal et empêché les hommes, malgré leur panique, de se jeter dans les périls en croyant les fuir.
Elle parvint à convaincre le clergé local de construire une basilique sur le tombeau des saints martyrs Denys, Rustique et Eleuthère, apôtres de la cité et trouva miraculeusement les ressources nécessaires au chantier malgré les difficultés dues au contexte de guerre civile et d’effondrement des structures impériales. Plus tard, lors d’une famine due à la rupture des communications commerciales entre Paris et le reste du monde, elle organisa une expédition fluviale à Arcis sur Aube, dont elle prit elle-même la tête et parvint ainsi à rétablir le ravitaillement en blé des habitants. Son biographe raconte qu’elle fit à cette occasion payer le pain aux riches tandis qu’elle le distribuait gratuitement aux pauvres.
Sa vie ascétique s’accompagna du don des larmes et d’un don de thaumaturge dont témoigne sa Vie écrite à peine dix-huit ans après sa mort, donc avec les récits de témoins oculaires, selon la méthode imposée à Tours par l’évêque saint Grégoire. Sa réputation de sainteté grandit à Paris même et se répandit jusqu’en orient puisque saint Syméon, le stylite d’Antioche, lui envoya son salut par des marchands de passage. (vers 422-502)
L'abbaye St-Pierre-et-st-Paul créée par Clovis en 508 fut rebaptisée Ste-Geneviève au IXe siècle, de même que la colline contre laquelle elle s'adossait ; on y conservait son tombeau et des reliques déposées dans une châsse transportable. Cette châsse était portée en procession lors de grandes calamités, en particulier le raid viking de 885 et l’épidémie du mal des ardents qui avait fait 14000 morts en 1130. Lors de cette procession, 300 malades transportés dans la cathédrale Notre-Dame furent guéris immédiatement lorsque la châsse y pénétra. Une fête fut instaurée au 26 novembre pour commémorer ce que l’on appelle le Miracle des Ardents. Ces reliques ont été brûlées en place de Grève par les Révolutionnaires en 1793, il ne reste donc d’elle que des fragments d’os envoyés en diverses régions d’Europe. Une châsse est conservée avec quelques reliques récupérées clandestinement ou rassemblées, ainsi que son tombeau vide, dans l'église St-Etienne-du-Mont. L'église St-Denis-de-la-Chapelle occupe l'emplacement d'une chapelle où elle venait entendre la messe. Elle a toujours été considérée comme la protectrice et la patronne de Paris, qu'elle protégea encore de l'invasion allemande en 1914.
Références :

En latin :
Vita sanctae Genovefae, écrite quelques années seulement après sa mort, donc lorsque des témoins oculaires étaient encore vivants, ce qui en fait un des textes hagiographiques les plus fiables de l’époque mérovingienne. Publié dans les Monumenta Germaniae Historica, serie Scriptores rerum merovingicarum (MGH-SRM), 1885-1920. On ne le trouve qu’en bibliothèque de type universitaire.
Historia Francorum de Grégoire de Tours. Il en existe plusieurs traductions accessibles en librairie, dont une assez classique aux Belles-Lettres et une nouvelle version nous a été signalée récemment sur le forum.



Tropaire de sainte Geneviève, ton 1.
Tes larmes abondantes ont arrosé et fécondé le désert des cœurs stériles, tes prières et tes soupirs ont produit du fruit au centuple. Prie pour ta cité, ô sainte Geneviève, et pour ceux qui vénèrent avec amour ta sainte mémoire 

Kondakion de sainte Geneviève, ton 2.
Pour l'amour du Seigneur, ô sainte Geneviève, tu as pris en haine le désir de repos, ayant éclairé ton esprit par le jeûne, car tu as vaincu les bêtes avec force. Mais par tes prières tu as écrasé l'agitation des ennemis.

Aucun commentaire: