"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

16 février 2016

Concile Pan-Orthodoxe : réflexions préalables de théologien & père spirituel

Observations sur le texte préparé pour le Concile Pan-Orthodoxe : « Relations de l'Église Orthodoxe avec le reste du monde chrétien »
Prof. Dimitrios Tselengidis
Source: Impantokratoros
3 février 2016

Professeur de l'École de Théologie à l'Université Aristote de Thessalonique, le prof. Dimitrios Tselengidis a communiqué ses premières observations théologiques aux hiérarques Orthodoxes de plusieurs Églises Orthodoxes locales (y compris celles de Grèce, Russie, Serbie, Géorgie, Bulgarie, Alexandrie et Antioche) au sujet du texte « Relations de l'Église Orthodoxe avec le reste du monde chrétien »

* * *

Ce texte démontre l'inconsistence théologique et contradiction récurrentes. C'est ainsi qu'en son premier article, il proclame l'identité ecclésiastique de l'Église Orthodoxe, la considérant – et cela de manière très légitime – comme étant « l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. » Cependant, dans l'article  6, il y a une contradiction par rapport à la formulation de l'article sus-mentionné (1). On y fait remarquer que « l'Église Orthodoxe reconnaît l'existence historique d'autres Églises et Confessions Chrétiennes qui ne sont pas en communion avec elle. »

Aussitôt surgit une question théologique raisonnable : si l'Église est « Une » conformément à notre Credo et l'identité propre de l'Église Orthodoxe (art. 1), alors pourquoi y-a-t'il mention d'autres Églises Chrétiennes ? Il est clair que ces autres Églises sont hétérodoxes.

Cependant, les « Églises » hétérodoxes ne sauraient absolument pas êtres appelés « Églises » par les Orthodoxes. Considérant les choses d'une perspective dogmatique, il n'est pas possible de parler d'une pluralité « d'Églises » avec des dogmes différents, et cela, en effet, vu les nombreux problèmes théologiques. Par conséquent, aussi longtemps que ces « Églises » persisteront dans les croyances erronées de leur foi, il n'y a aucune justification théologique pour leur accorder la reconnaissance ecclésiale – et ceci officiellement – en dehors de « l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. »

Dans le même article (6), l'on trouve une autre grosse contradiction théologique. Au début de l'article, on lit ceci : « Selon la nature ontologique de l'Église, il est impossible que (son) unité soit brisée. » A la fin de ce même article, on lit cependant que par sa participation au Mouvement Oecuménique, l'Église Orthodoxe a comme « but objectif de paver le chemin qui mène à l'unité. »

Aussitôt surgit la question : puisque l'unité de l'Église est un fait reconnu, quelle sorte d'unité d'Églises est recherchée dans le contexte du Mouvement Oecuménique ? Peut-être cela signifie-t'il le retour des chrétiens occidentaux à l'Église UNE et unique ? Cependant, une telle signification n'apparaît pas ni dans la lettre ni dans l'esprit de la lettre du texte tout entier. Au contraire, en effet, il donne l'impression qu'il existerait depuis longtemps une division dans l'Église, et que la perspective des dialogues [oecuméniques] met l'accent sur cette unité de l'Église rompue.

La confusion théologique est aussi causée par l'ambiguïté de l'article 20, qui dit « Les perspectives des dialogues théologiques de l'Église Orthodoxe avec les autres Églises et Confessions Chrétiennes seront toujours déterminées sur la base de ses critères canoniques de la tradition ecclésiastique déjà établie (7ème Canon du 2ème Concile Oecuménique et Canon 95 du Concile en Quinisexte).”

Mais le 7ème Canon du 2ème Concile Oecuménique et le Canon 95 du Concile en Quinisexte traitent de la réception d'hérétiques particuliers qui ont démontré leur désir de rentrer dans l'Église Orthodoxe. Néanmoins, il est apparent tant dans la lettre que dans l'esprit du texte, évalué d'un point de vue théologique, qu'il n'y a pas la moindre discussion quant au retour des hétérodoxes vers l'Église Orthodoxe, qui est l'unique Église. Au contraire, dans le texte, le baptême des hétérodoxes est considéré comme un fait accepté depuis le début – et ceci sans la moindre décision pan-Orthodoxe. En d'autres termes, le texte endosse la « théologie baptismale. » Simultanément, le texte ignore délibérément le fait historique que les hétérodoxes occidentaux contemporains (catholiques-romains et protestants) n'ont pas une, mais bien une multitude de dogmes qui divergent de l'Église Orthodoxe (en plus du filioque, de la grâce créée dans les Sacrements, de la primauté du pape, de l'infaillibilité du pape, du rejet des icônes, et du rejet des décisions des Conciles Oecuméniques, etc).

L'article 21 soulève aussi une question appropriée, car il note que « l'Église Orthodoxe .. pose un regard favorable sur les documents adoptés par la Commission [référence au Comité « Foi et Constitution »].. pour le rapprochement des Églises. » Il faut ici faire remarquer que ces documents [du Comité] n'ont jamais été reconnus par les Hiérarques des Églises Orthodoxes locales.


Pour finir, l’article 22 donne l’impression que le futur Grand et Saint Concile juge à priori de l’infaillibilité de ses décisions, puisqu’il considère que « la préservation de la Foi Orthodoxe pure n’est sauvegardée que par le système conciliaire, qui, depuis toujours au sein de l’Église, constitue le juge désigné et ultime en matière de foi ». Dans cet article, on ignore un fait historique, à savoir que dans l’Église Orthodoxe, le critère final est toujours la conscience dogmatique vigilante du plérôme de l’Église qui, par le passé, a validé ou considéré comme « brigandages » des Conciles oecuméniques. Le système conciliaire en lui-même n’assure pas mécaniquement la justesse de la Foi Orthodoxe. Cela se produit seulement lorsque les évêques conciliaires ont le Saint-Esprit et la Voie Hypostatique - le Christ - qui agissent en eux et ainsi, comme « syn – odikoi » (c-à-d "faisant route ensemble") en actes « suivent les saints Pères. »

Évaluation générale du texte

Par tout ce qui est écrit et ce qui est clairement sous-entendu dans le texte susmentionné, il est manifeste que ses initiateurs et auteurs entreprennent une légitimation institutionnelle du syncrétisme-œcuménisme chrétien par la décision d’un Concile Panorthodoxe. Or, ce serait catastrophique pour l’Église Orthodoxe. Pour cette raison, je propose humblement le retrait total du texte.

* * *

Pour terminer, j'ai une observation théologique sur le texte «Le sacrement du mariage et ses empêchements ». Il est mentionné dans l’article  5.1 : « Le mariage entre Orthodoxes et non-orthodoxes ne peut être béni selon l’acribie ("la règle") canonique (Canon 72 du Concile Quinisexte in Trullo). Toutefois, il peut être célébré par indulgence et amour de l’homme à la condition que les enfants issus de ce mariage soient baptisés et élevés dans l’Église Orthodoxe ». Ici, la condition expresse que « les enfants issus de ce mariage soient baptisés et élevés dans l’Église Orthodoxe » contredit la protection théologique du mariage comme Sacrement de l’Église Orthodoxe et ce du fait que la maternité reviendrait – en fonction du Baptême des enfants dans l’Église orthodoxe – à légitimer la célébration du mariage mixte, laquelle est clairement interdite par un Canon d’un Concile oecuménique (72ème Canon In Trullo). En d’autres termes, un concile non-oecuménique, comme l’est le futur Grand et Saint Concile, relativise explicitement une décision d’un Concile Oecuménique. C'est inacceptable. Et encore une autre question : si le mariage célébré ne donne pas d’enfants, est-ce que ce mariage est simplement légitimé par le fait de l’intention de l’épouse hétérodoxe de faire entrer tout enfant éventuel dans l’Église Orthodoxe ?
Si l’on veut être conséquent théologiquement, l’article 5.1. doit être enlevé.



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 Archimandrite Basile (monastère d’Iviron, Mont-Athos) sur le Grand Concile de l’Eglise orthodoxe.
(Texte magnifique du 3 février 2016, à lire, à relire et à méditer!)

« ...L’Eglise n’est pas de ce monde, mais elle vient lui donner le témoignage de la vie et du royaume à venir... Le grand devoir des Orthodoxes n’est pas de tenir ou non un concile général. Mais de laisser se manifester le concile perpétuel du ciel et de la terre, que nous vivons liturgiquement comme mystagogie théologique. Et c’est un don de l’incarnation du Verbe de Dieu ainsi que de la présence du Saint Esprit qui construit tout l’édifice de l’Eglise. »
http://orthodoxie.com/archimandrite-basile-monastere-diviron-mont-athos-sur-le-grand-concile-de-leglise-orthodoxe/

 .

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Le Saint-Synode du Patriarcat de Géorgie a rejeté le projet de document pré-concilaire « Relations des Églises orthodoxes avec l’ensemble du monde chrétien »
1 Mars 2016
http://orthodoxie.com/le-saint-synode-du-patriarcat-de-georgie-a-rejete-le-projet-de-document-pre-concilaire-relations-des-eglises-orthodoxes-avec-lensemble-du-monde-chretien/
À l’issue de la session du Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Géorgie qui a s’est tenue le 16 février, le patriarche et catholicos Élie II de Géorgie a annoncé que le Saint-Synode a rejeté le document « Relations des Églises orthodoxes avec l’ensemble du monde chrétien », préparé pour le futur Concile panorthodoxe prévu en Crète au mois de juin 2016. L’Église de Géorgie a également émis des réserves sur d’autres documents présentés lors de la synaxe des primats. Le patriarche Élie II a déclaré : « Le grand et saint Concile doit avoir lieu au mois de juin… Notre Église maintiendra l’ancien calendrier… Notre Église était, est et sera une gardienne de l’orthodoxie. L’Église orthodoxe de Géorgie rejette le document concernant l’œcuménisme, élaboré pour le grand Concile. Notre Église est celle qui a sauvé notre pays et notre peuple ».