"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

12 février 2016

Saint Mélèce d'Antioche, évêque et Confesseur (+ 381)

Saint Mélèce, originaire de Mélitène en Petite Arménie, appartenait à une noble famille du pays. Il devint un prêtre recommandable par sa science et sa vertu et sut garder un attachement inviolable à la vraie Foi en un temps où l'hérésie arienne jetait le trouble en Occident comme en Orient. Il fut d'abord élu évêque de Sébaste pour succéder au semi-arien Eustathe en 358. Comme les ariens qui avaient déposé Eustathe furent les promoteurs de cette élection, l'orthodoxie de Mélèce fut tenue en suspicion. Le nouvel évêque, trouvant à Sébaste un peuple agité par les divisions, ne put demeurer longtemps au milieu de ce trouble et se retira à Bérée, en Syrie.

Après la déposition de l'arien Eudoxe, le clergé et le peuple d'Antioche se trouvèrent profondément divisés. Mélèce cependant réunit tous les suffrages parce que les ariens le croyaient favorable à leur erreur et que les Orthodoxes avaient confiance dans l'intégrité de sa Foi et la pureté de sa vertu. L'empereur Constance confirma cette élection. Mélèce, avec une grande habileté, fortifia les Orthodoxes dans la vraie foi et combattit l'erreur des hérétiques. L'archidiacre de son église, qui était arien, essaya bien de lui fermer la bouche, mais il ne parvint pas à l'empêcher de déclarer formellement qu'on devait s'en tenir à la définition du concile de Nicée sur la divinité du Fils dans le mystère de la sainte Trinité. Cette courageuse profession de Foi réjouit les Chrétiens, mais elle valut à Mélèce une première sentence d'exil; il fut relégué en Arménie. Déjà le peuple l'affectionait tellement que, pour éviter du trouble, il fallut faire sortir Mélèce pendant la nuit. Les ariens réussirent à choisir un nouveau patriarche d'Antioche dans la personne d'Euzoïus. Constance, qui les soutenait, ne tarda pas à mourir (nov. 361). Julien l'Apostat, son successeur permit l'exercice de toutes les religions, et les évêques exilés purent rentrer dans leurs diocèses. Ainsi Mélèce revint à Antioche, mais il se trouva aux prises avec une partie des Orthodoxes qui refusaient de reconnaître son élection parce que les ariens y avaient participé. Ces dissidents avaient leurs assemblées à part depuis la mort d'Eustathe; un des principaux parmi eux était le prêtre Paulin; ils n'admettaient aucun compromis dans l'acceptation du symbole de Nicée: ce schisme entre les Chrétiens d'Antioche devait durer 85 ans.

Vainement, Athanase tenta de rétablir l'union dans un concile d'Alexandrie en 362 : une lettre synodale rédigée probablement par Athanase à la suite de ce concile fut apportée à Antioche par Eusèbe de Verceil et Astérius de Petra. Mais Lucifer de Cagliari avait devancé ceux-ci à Antioche, prêchant aux 2 partis Chrétiens l'union tout en se montrant sympathique aux eustathiens, ceux du parti de Mélèce lui faisant opposition, il sacra Paulin patriarche d'Antioche. C'était prolonger le schisme. Une seconde sentence d'exil fut prononcée contre Mélèce par Julien, qui ne tarda pas à mourir. Mais Jovien, le nouvel empereur, qui avait Mélèce en haute estime annula la sentence. Les ariens, dont Acace était le chef, cachèrent leur jeu, acceptèrent en apparence la doctrine de Nicée jusqu'à la mort de Jovien, survenue en 364. Sous Valens, la sentence d'exil fut renouvelée, et il lui fallut quitter Antioche. Il y laissait néanmoins de fidèles disciples, dont le plus célèbre fut saint Jean Chrysostome. Une troisième sentence d'exil contre Mélèce montra à quel point le peuple lui était affectionné; son ineffable douceur lui gagna de nouvelles sympathies. Pendant les 14 ans que Mélèce fut éloigné de son troupeau, les anachorètes, par de fréquentes visites à Antioche, entretinrent les Chrétiens persécutés dans la fidélité à leur patriarche.

En 378, Gratien parvenu à l'empire, proclama un édit de tolérance pour tous les partis. Mélèce put rentrer à Antioche; il y reprit l'instruction de son peuple, et s'appliqua à pourvoir les églises de dignes pasteurs et à assurer le triomphe de l'orthodoxie. En 379, il réunit un concile de 150 évêques et publia une profession de Foi qui devait être approuvée par le Concile de Constantinople (381).
Théodose, associé à l'empire par Gratien, désirait voir traiter en Concile général un certain nombre d'affaires ecclésiastiques, notamment la translation de saint Grégoire de Nazianze sur le siège de Constantinople. Ce fut l'objet du 2ième Concile Oecuménique tenu en cette ville; il fut présidé d'abord par Mélèce, pour qui Théodose avait une affection particulière. Le patriarche d'Antioche montra aisément que la translation de Grégoire n'était pas contraire aux saints Canons, car elle était faite pour le plus grand bien de l'Église; son sentiment fut partagé par tous les membres du Concile. Ce fut le dernier acte de Mélèce; peu de temps après, avant même la fin du concile (381), il mourut presque subitement.

Théodose lui fit faire des funérailles solennelles et voulut que le corps fût transféré à Antioche, puis déposé près de celui du martyr saint Babilas. Quelques années plus tard, en 386, Jean Chrysostome, prononça le panégyrique de Mélèce : il donnait au patriarche d'Antioche le titre de martyr, comme ayant beaucoup souffert pour la Foi. Plus communément le nom de Mélèce est inscrit au 12 février, par exemple au Synaxaire de Constantinople, dans les menées grecques, au martyrologe romain (seulement à partir du 16ième siècle). On ne saurait dire si cette date marque le dies natalis ou une translation.

Bibl. L'éloge de Mélèce a été fait par saint Grégoire de Nysse, P.G., t.46 col 852; par saint Jean Chrysostome, ibid., t. 50, col. 515 - Les bollandistes (Acta sanct., au 12 févr.) donnent de plus un commentaire historique. - Tillemont, Mémoires pour servir..., t.6, p. 498, 517, etc. - Dict. of christ. biogr., t. 3, p. 891. -- The cath. encycl., t. 10, p. 161. Dict. de théol.. cath., t. 10, col. 520.

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