"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

13 février 2016

Saint Modomnoc O'Neil, évêque (+ 550)

Februari, 13 Idvs : Sancte Eormenhilde virginis (Ermingild); Translatio Sancti Eaduueardi martyris; Huna; Modomnoc.



src

Mort vers 550. Modomnoc (Domnoc, Dominic, Modomnock), appartenait à la lignée royale irlandaise des O'Neil. Pour pouvoir faire les études pour devenir prêtre, les grands monastères irlandais n'ayant pas encore été créés, il dût quitter l'Irlande.

Son nom réel est probablement Dom ou Donogh mais les saints Celtes étant si aimés, on leur rajoutait un affectueux "mon" ou "petit" ou "cher" à leur nom, ce qui finissait par le changer complètement. Par exemple, un autre disciple Irlandais bien aimé de Saint David était appelé au début Aidan, mais apparaît d'habitude dans les registres du monastère comme Maidoc.

Modomnoc traversa le bras de mer pour être formé par le grand saint David au monastère de Mynyw (Menevia, maintenant saint David) dans le Pays de Galles. Il était prévu que tous ceux qui résident dans la communauté prennent part au travail manuel, en plus de l'étude et des Offices. Une histoire nous raconte comment un jour, Modomnoc travaillait avec un autre moine à faire une route, quand il dût le réprimander pour quelque problème. L'autre moine fut saisi de colère et prit une pince, mais avant qu'il ne put en frapper Modomnoc, Saint David, qui était témoin de l'incident, bloqua son bras par ses pouvoirs spirituels et il resta paralysé.

Modomnoc reçut la charge des abeilles et il aimait ça. Et si tous les autres aimaient le miel, peu aimaient s'occuper des ruches. Modomnoc aima les abeilles presque plus qu'il n'aima leur miel. Il les soigna, les gardant tendrement dans abris de paille dans un coin spécial et abrité du jardin, où il planta les genres de fleurs préférées des abeilles.
Chaque fois qu'elles fourmillaient en groupe, il prenait l'essaim très délicatement et avec amour, et il préparait une nouvelle ruche. Il parlait aux abeilles tout en travaillant au milieu d'elles et elles bourdonnaient en nuage autour de sa tête, comme si elles répondaient. Et, bien sûr, elles ne l'ont jamais piqué.
A la fin d'été, elles lui donnaient beaucoup de miel, tant que Modomnoc avait besoin de l'aide pour porter le tout à l'intérieur. Les moines n'ont jamais manqué de miel pour leurs repas ou de faire de l'hydromel. Le bon Modomnoc remerciait Dieu pour cela, et aussi les abeilles. Il marchait parmi les abris le soir et parlait aux abeilles, et elles, de leur côté, venaient à sa rencontre. Tous les autres moines évitaient soigneusement ce coin du jardin de monastère parce qu'ils avaient peur d'être piqué.
De même que remerciant les abeilles, Modomnoc faisait tout son possible pour prendre soin d'elles dans le froid et l'orage. Bientôt ses années d'étude terminées, Modomnoc put retourner en Irlande pour commencer son ministère de prêtre. Tout en étant heureux de rentrer à la maison, il sentit qu'il manquerait à ses abeilles. Le jour de son départ, il dit au revoir à l'Abbé, aux moines, et ses collègues étudiants. Puis il descendit au jardin pour dire adieu à ses abeilles.
Elles sortirent par centaines, par milliers, à l'appel de sa voix et jamais là-bas un tel bourdonnement et une telle agitation n'eurent lieu parmi les rangs et les rangs de ruches. Les moines restés à distance admiraient le prodige, "On dirait que les abeilles ont su," disaient-ils. "On dirait qu'elles savaient que Modomnoc partait."
Modomnoc s'en alla résolument et descendit sur la rive et embarqua dans un bateau. Quand ils étaient à peu près 3 miles de la rive, Modomnoc vit ce qui ressemblait à un petit nuage noir dans le ciel dans la direction de la côte Galloise. Il le regarda et comme il se rapprochait de plus en plus, il vit à son étonnement que c'était un essaim d'abeilles, se rapprochant jusqu'à finalement se poser sur le bord du bateau. C'était un essaim gigantesque -- toutes les abeilles de toutes les ruches, en fait. Les abeilles l'avaient suivi!

Cette fois Modomnoc ne félicita pas ses amies. "Mais vous êtes sottes," les gronda-t'il, "vous ne m'appartenez pas mais au monastère! Comment voulez-vous que les moines fassent sans vous le miel, ou l'hydromel? Retournez tout de suite, petites sottes!" Mais si les abeilles ont compris ce qu'il avait dit, elles ne lui ont pas obéi. D'abord, elles se posèrent dans le calme sur le bateau, dans un murmure d'endormissement, et restèrent là. Les marins n'apprécièrent pas et demandèrent à Modomnoc ses intentions.
Il dit de reprendre le cap sur le Pays de Galles. C'était déjà trop loin pour que les abeilles puissent retourner en volant, même si elles avaient voulu lui obéir. Il ne voulait pas laisser ses petites amies souffrir de leur bêtise. Mais le vent poussait le bateau vers l'Irlande et quand ils réussirent le changement de cap, la voile était devenue inutilisable. Les marins durent ramer jusqu'à la côte galloise. Ils le firent de très mauvaise grâce, mais ils avaient si peur des abeilles qu'ils auraient fait n'importe quoi.

Saint David et les moines furent très étonnés de voir revenir Modomnoc, qui avait l'air plutôt honteux. Il leur expliqua ce qui était arrivé. Au moment où le bateau toucha la terre ferme, les abeilles retournèrent à leurs ruches et s'y calmèrent. "Attends jusqu'à demain," lui conseilla l'abbé, "mais ne fais pas tes adieu aux abeilles. Elles arriveront à accepter la séparation dans ce cas."

Le lendemain matin, le bateau était à nouveau prêt pour Modomnoc et cette fois il partit précipitamment sans dire adieu à personne. Mais arrivés à peu près 3 miles de la rive, il fut découragé de voir encore ce petit nuage noir s'élevant au-dessus de la côte Galloise. Tout le monde reconnu la situation et les marins refirent cap sur la terre immédiatement. Une fois plus Modomnoc, honteux, revint chercher David et lui dit son histoire. "Que dois-je faire?" demanda-t'il. "Je dois rentrer à la maison. Les abeilles ne me permettent pas de partir sans elles. Je ne peux pas vous priver d'elles, si utiles au monastère."
David dit, "Modomnoc, je te donne les abeilles. Prends-les avec ma bénédiction. Je suis sûr qu'elles ne prospéreront plus sans toi. Prends-les. Nous obtiendrons d'autres abeilles plus tard pour le monastère."
L'abbé descendit au bateau et raconta l'histoire aux marins. "Si les abeilles suivent Modomnoc pour la troisième fois, emmenez-les en Irlande avec lui et avec ma bénédiction." Mais cela lui prit du temps et beaucoup de palabres pour obtenir que les marins l'acceptent. Ils ne se souciaient pas de savoir qui avait les abeilles tant qu'elles n'étaient pas dans leur bateau.
L'abbé rassura les marins : les abeilles ne feraient pas d'ennui aussi longtemps que Modomnoc serait à bord. Les marins demandèrent pourquoi les abeilles n'avaient pas obéi à l'ordre de Modomnoc de retourner au monastère. Après beaucoup de longues explications, les marins furent finalement persuadés de reprendre la mer.
Pour la troisième fois que le bateau repartait, Modomnoc pria intensément afin que les abeilles aient la bonne idée de rester dans leur jardin au lieu de risquer leurs vies en mer. Pour la troisième fois, il vit un petit nuage noir s'élevant en haut, approchant de plus en plus, jusqu'à ce qu'il vit que c'était le même essaim. Il s'installa sur le bateau une fois plus. Cette fois il fit pas revenir le bateau au port. Modomnoc cajola ses fidèles amies dans un coin abrité du bateau, où elles restèrent silencieusement durant le voyage, au grand soulagement des marins.

Quand il arriva en Irlande, il établit une église à un endroit nommé Bremore, près de Balbriggan, dans le Comté de Dublin, et il installa ici les abeilles dans un jardin heureux tout comme elles en avaient un au Pays de Galles. L'endroit est connu encore aujourd'hui comme "l'église de l'apiculteur." Il devint ermite à Tibberaghny dans le Comté de Kilkenny et quelques-uns disent qu'il fut sacré évêque ultérieurement.





Tropaire de saint Modomnock ton 4
Le faste et la splendeur n'avait aucune attirance pour toi, O père Modomnock./
en quittant le scintillement du monde, tu embrassa librement la pauvreté avec le Christ,/
priant pour le Salut de toutes les âmes fidèles.


Kondakion de saint Modomnock ton 7
Te retirant de la compagnie des hommes,/
tu servis Dieu dans la solitude, O père Modomnock,/
et ton Père, voyant ta vertu dans le secret,/
t'a récompensé ouvertement./
c'est pourquoi nous glorifions ton nom/
et louons et bénissons ta mémoire vertueuse.



Sur le site officiel de l'Église en Russie : "Holy Father Modomnoc of Ossory, Patron Saint of Bees"




1 commentaire:

Euthyménès a dit…

Les traditions concernant les saints protecteurs des abeilles sont souvent méconnues ; peut-être par le fait qu'elles concernent souvent des ermites dont l'hagiographie est peu fournie. Je voudrais signaler ici un cas concernant l'Auvergne avec le cas de saint Médulphe ( ou saint Myon ) , ermite ayant vécu entre les VIème et VIIème siècle, fêté le 1er juin. Ayant bâti un oratoire dédié au martyr saint Victor, dans la vallée de la Credogne, il a vécu dans un ermitage à Saint- Victor- Montvianeix
( Puy-de – Dôme) où sa réputation de sainteté avait attiré de nombreux fidèles. Il avait plusieurs ruches et une tradition relate qu'il avait envoyé un essaim à Saint Genès, en reconnaissance d'un service.
Saint Genès ( né vers 635, mort en 725, à Combronde) , fêté le 5 juin, avait été successivement comte d'Auvergne, évêque, puis s'était retiré comme ermite à Chavanon, près de Combronde, ce dernier lieu ayant accueilli sa sépulture et où sont conservées ses reliques. Quel service avait-il rendu à saint Médulphe ? Une tradition populaire affirme qu'il lui avait promis de lui envoyer tous les ans, au mois de juin «  trois quartes d'eau pour arroser ses prés », service bien peu nécessaire , vu la quantité de sources dont saint Médulphe disposait sur place ! Serait-ce qu'il lui aurait promis de prier pour la pluie en cas de sécheresse? Quoi qu'il en soit, saint Genès lui même fut un protégé des abeilles de son vivant, et après sa mort, chaque année, au mois de juin, la veille de l'octave de sa fête, un essaim d'abeilles venait sur le clocher de l'église de Combronde puis allait se poser sur de jeunes enfants sans jamais leur faire de mal. Cet essaim repartait après la dernière prière de l'octave de la fête. Un jour le clocher vétuste de Combronde fut démoli et lors de leur pélerinage annuel les abeilles ne trouvèrent pas leur abri. Elles s'envolèrent alors vers les ruines de la chapelle du château de Chavanon, ancienne propriété de la famille de saint Genès,et elles s'y installèrent. Un maire de Chavanon, 4 ans plus tard ,précisa que depuis qu'il avait fait transférer une parcelle des reliques de sain Genès, les abeilles avaient déplacé leur migration annuelle à Chavanon, au jour de l'octave, et que ces abeilles, petites et inoffensives, n'avaient jamais piqué les enfants sur lesquels elles se posaient en nombre. Au XIXème siècle de nombreux témoignages d'anciens du village auraient été recueillis sur ce phénomène.
Si les reliques de saint Genès ont été conservées, celles de saint Médulphe n'ont pas connu un sort aussi favorable ; une partie de ces reliques avaient été confiées à des moines de l'actuel village de Saint-Myon, et la renommée du saint et de ses miracles avaient conduit à la création , au XIème siècle, de l'église romane qui subsiste. J'ignore si ces reliques existent encore. L'essentiel des reliques avait été envoyé à l'abbaye de Menat , mais ont été détruites en 1793 par les révolutionnaires.