"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

26 décembre 2016

Salve Regina & Alma Redemptoris Mater : notre héritage Orthodoxe d'Occident!


https://www.youtube.com/watch?v=zQVDkksMMxo

Salve, Regina, mater misericordiae, vita, dulcedo et spes nostra, salve. Ad te clamamus, exules filii Hevae. Ad te suspiramus gementes et flentes in hac lacrimarum valle. Eia ergo, advocata nostra, illos tuos misericordes oculos ad nos converte. Et Jesum, benedictum fructum ventris tui, nobis post hoc exsilium ostende. O clemens, o pia, o dulcis Virgo Maria.

En cette Synaxe de la Theotokos (en NC), voici une touchante et juvénile interprétation du "Salve Regina", partition chantée par les Scouts d'Europe (Domnus, benedicite!). Ils suivent la partition originale du "Salve Regina" original.

Il y a dispute technique sur l'auteur. Certains disent que c'est l'évêque Pedro de Mezonzo (+ 1003) d'Ira Flavia, en Galicie (Léon, Hispanie / actuelle Espagne), région bien connue où ont été inventés par la suite des reliques d'un saint Apôtre et un "pèlerinage de Compostela" inconnus des auteurs orthodoxes locaux jusqu'au 8ème siècle (saints Isidore de Sévile, Ildefonse de Tolède, etc). En prime, le dit Pedro aurait été confirmé par le pontife de Rome comme évêque en 985. A cette époque, saint Gérard de Brogne (cfr synaxarion orthodoxe) rappelle qu'y régnaient des gens douteux, de plus ils y étaient déjà en schisme. Et le premier à affirmer cette paternité-là sur l'hymne, c'est un pape du Vatican, Benoît XIV.

L'autre candidat, c'est le moine hymnographe Hermannus Contractus, qui a passé toute sa vie dans l'abbaye de Reichenau (Germanie, + 24.9.1054). Hermannus avait déjà composé l'Alma Redemptoris Mater, voir plus bas.

Selon certains auteurs, il aurait composé ses hymnes en se basant sur les écrits de saint Fulgence de Ruspe, saint Epiphane de Salamine et saint Irénée de Lyon. On peut difficilement trouver mieux.

Et il est l'auteur d'un traité de musicologie. Bref il me semble qu'objectivement, Hermannus serait un meilleur "candidat" pour la composition qu'un évêque. D'autant qu'on attribue régulièrement à ces derniers les belles oeuvres d'obscurs sous-fifres mais talentueux méconnus ;-)

L'affirmation lue par endroits que Bernard de Clairvaux aurait rajouté le "O clemens.." ne tient pas la route : enlevez cette partie et chantez cet antiphonaire ainsi amputé : ça termine dans le vide, musicalement parlant. Il peut l'avoir par la suite "remixée" dans une de ses partitions, ce qui est son droit, mais il ne l'a pas inventée.

Peu importe l'auteur: le plus tardif des antiques manuscrits avec le texte original serait de 1053. Et le contenu du texte est chrétien orthodoxe. C'est notre héritage, à nous les Occidentaux en exil permanent jusqu'à l'entrée dans la Jérusalem Céleste.



Alma Redemptóris Mater,
quae pérvia caéli pórta mánes,
et stélla máris,
succúrre cadénti
súrgere qui cúrat pópulo:
Tu quae genuísti, natúra miránte,
túum sánctum Genitórem:
Virgo prius ac postérius,
Gabriélis ab óre
súmens íllud Ave,
peccatórum miserére


Aimante Mère du Rédempteur
qui demeures la porte toujours ouverte du Ciel
Toi l'Étoile de la Mer,
viens à l'aide
du peuple qui cherche à se relever.
Toi qui as engendré, étonnant la nature,
ton saint Engendreur.
Vierge avant et après.
De la bouche de Gabriel
recevant ce "Salut",
aie pitié des pécheurs
.


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