"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

06 février 2016

Saint Mael d'Ardagh et saint Melchu, évêques et Martyrs.

Calice d'Ardagh

Morts vers 488-490. Mael (Mel, Melchno) et son frère Melchu étaient 2 des 17 fils et 2 filles de Darerca, la soeur de saint Patrick, soeur qu'on fête le 22 mars, et de son mari Conis. Tous leurs enfants sont connus pour avoir embrassé la vie monastique. Mael et Melchu, avec leurs frères Muinis et Rioch, ont accompagné Patrick en Irlande et se sont joints à son travail de missionnaire.

Patrick a ordonné Mael et Melchu évêques. On sait que Patrick a nommé Mael évêque d'Ardagh, et Melchu au siège d'Armagh, la graphie des documents d'époque étant très chaotique. Il y aurait des indices cependant que Melchu ait pu être évêque sans siège épiscopal attitré, évêque missionaire, et qu'il aurait succédé à son frère. Des personnes firent circuler des ragots parce que Mael cohabitait avec sa tante Lipait, mais les 2 purent démontrer leur innocence de manière miraculeuse auprès de saint Patrick, qui leur recommanda d'habiter à part.

Selon la tradition, c'est Mael qui a reçu la profession monastique de sainte Brigitte. Pendant le rite, il parcourut par inadvertance la consécration épiscopale, et saint Macaille (25 avril) protesta. Le toujours serein Mael, cependant, était convaincu que c'était arrivé selon la Volonté de Dieu et insista que la consécration soit tenue valide:

"Brigitte et certains vierges partirent avec elle recevoir le voile de l'évêque Mael à Telcha Mide. Il était heureux de les voir. Par humilité, Brigitte était restée en arrière afin d'être la dernière à recevoir le voile. Une rose rouge tomba sur sa tête, du faîte du toit de l'église. L'évêque Mael dit alors : "Avance-toi, O sainte Brigitte, que je puisse orner ta tête du voile avant les autres vierges." Elle s'avança alors. Et par une grâce du Saint-Esprit, c'est le rituel d'ordination épiscopale qui fut lu sur elle! Macaille dit que l'ordination épiscopale ne devrait pas être donnée à une femme. L'évêque Mael répondit : "Je n'ai aucun pouvoir en la matière. C'est Dieu qui a conféré cette dignité à Brigitte, au devant de toute (autre) femme."
C'est pourquoi depuis lors les hommes d'Irlande rendent les honneurs épiscopaux au successeur de Brigitte
." ("Vita prima" de sainte Brigitte)

Cette histoire tient très probablement au fait que le système diocésain romain tant oriental qu'occidental était inconnu de la chrétienté celtique insulaire. Les monastères ont formé le centre de la vie Chrétienne dans l'Église primitive d'Irlande. Par conséquent, abbés et abbesses pouvaient avoir accompli certaines des fonctions d'un évêque sur le Continent. L'évidence de ceci se remarque également aux synodes et aux conciles, tel celui de Whitby, qui a été convoqué par l'abesse Sainte Hilda. Des femmes ont parfois dirigé un double monastère; dirigeant donc des hommes et des femmes. Brigitte, en tant que première parmi les abbesses, pourrait avoir rempli quelques fonctions semi-épiscopales, comme prêchant, recevant les confessions (sans absolution), et dirigeant les Chrétiens avoisinants.

En dehors de leur présence dans diverses vies d'autres saints de l'époque, on ne possède plus grand chose sur eux. Cependant, Mael a un culte fort répandu à Longford, où il était le premier abbé-évêque d'un monastère richement doté qui a prospéré durant des siècles. La cathédrale de Longford est dédiée à Mael, comme l'est une université.

Le baton d'abbé (crosse) qu'on pense avoir appartenu à saint Mael est maintenant conservée à l'Université de saint Mael dans un reliquaire en bronze sombre, autrefois décoré avec de la dorure et des pierres colorées. Il a été retrouvé au 19ième siècle à Ardagh près de la vieille cathédrale de saint Mael.


Tropaire des saints Mael et Mun ton 5
Accompagnant l'Illuminateur de l'Irlande, votre glorieux oncle,/
dans ses voyages de missionnaire,/
O bienheureux hiérarques Mael et Mun,/
et étant bénis par le don de l'éloquence,/
vous en avez inspiré beaucoup à rejeter les ténèbres du paganisme et à croire au Christ./
Priez pour nous, O vous les saints,/
que les ténèbres de nos péchés puissent être effacées par la Miséricorde de notre Dieu.


Kondakion des saints Mael et Mun ton 2
De même que coulaient des flots de pure doctrine de vos lèvres bénies,/
O vertueux Mael et Mun,/
priez le Christ notre Dieu que les flots de Sa compassion et Son pardon/
se déversent sur les pécheurs sans valeur que nous sommes.




05 février 2016

Saint Bertulf, abbé (Bertulphe, + vers 705)


étonnant : une église catholique-romaine lui est dédiée à Rochefort dans le Gard!

Il porte plusieurs noms selon les patois locaux : Bertulf (germanique), Bertou, Bardoux, Bertulphe, Bertulfe, Bertoul, Bertulphus.

L'Histoire ne nous a pas conservé grand chose de la Vie de ce saint de nos terres belges. On le trouve cependant mentionné dans les chapitres aditionnels chez Usuard et certaines éditions du Martyrologe de saint Bède, ce qui garantit son existence et sa glorification par la sainte Église.
Des textes tardifs disent ceci : Saint Bertulf serait né en Germanie, 7ème siècle, de parents païens, à l'époque où Sigebert était roi d'Austrasie. Jeune homme, il serait parti pour Théouranne, encore siège épiscopal des Flandres côtières à l'époque, et y aurait fait profession monastique auprès de saint Omer. Un riche appelé Wambert aurait fait don d'une propriété à Renti, dans l'Artois, et Bertulf y aurait fondé une communauté monastique.
"Sous l'abbé Bertulphe, un moine nommé Baudachaire, avait reçu l'ordre de garder la vigne au temps de la vendange pour empêcher oiseaux et bêtes d'y pénétrer et de faire des dégâts. Surviennent 30 frères, venus pour enclore la vigne. Plein de charité, il les prie de se reposer de leur travail fatigant en prenant de la nourriture. Tout ce qu'il avait, c'était un peu de pain qu'il avait apporté pour lui-même. L'abbé voulu l'en empêcher puisqu'il ne pouvait se procurer du pain. "Abondantes sont mes provisions, dit-il; il y en a assez pour rassasier tout le monde et bien davantage." L'abbé lui demandant où elles étaient, il répondit que le Seigneur lui avait donné un volatile, celui que, d'après le verbe "nager", on appelle couramment un canard. L'abbé lui dit : "Eh bien, fais comme tu veux, donne à manger aux frères." Il se met à l'œuvre et divise l'animal en 30 parts. Tous furent rassasiés, comme ils ne s'étaient peut-être jamais remplis de nourriture, disaient-ils. Ce qui manquait aux provisions, la foi l'ajouta."
Après son décès, son corps est resté à Renti jusqu'au 10ème siècle, puis les invasions des Normands ravageant tout, il fut transféré à Boulogne. De là, ses saintes reliques furent transférées à Harelbeke, près de Kortrijk, et ensuite à Blandinberg, future abbaye Saint-Pierre de Gand / Gent. Les Calvinistes les brûlèrent en 1516. Le chroniqueur de l'époque nota cependant qu'ils "n'eurent garde de laisser perdre les châsses qui étaient d'or et d'argent..."

Tropaire d'un moine.

Sa générosité proverbiale a eu des prolongations au fil des siècles : on représente saint Bertulf avec une bourse à la ceinture, occupé à faire l'aumône, et tous les ans, le jour de sa fête, on distribue mille pains aux pauvres dans l'église de Saint-Vaast de Renti.
Propre d'Arras, Légendaire de la Morinie, Baring-Gould, Saints de Belgique (s-diacre Jean Hamblenne, 1ère édition)



Plan d'Harelbeke par Jacob van Deventer, en 1560, et plan de l'église carolingienne sous l'actuelle église locale.

04 février 2016

Saint Modan, abbé de Stirling, Falkirk & Maelros (6ème s.)


Né vers 522, Modan était un fils de chef Scot - ce qui peut signifier autant l'Irlande que l'Écosse. Modan est ainsi appelé, nous rapporte le bréviaire d'Aberdeen, parce qu'il conçut de bonne heure de l'aversion pour les manières du monde (modos odiens vanos). Il était encore bien jeune quand il se retira au monastère de Dryburgh, près Maelros (Melrose), en Écosse.
Considérant comme grands moyens de perfection la prière, l'union intime avec Dieu, la contemplation, il y consacrait toutes les heures du jour dans l'humilité et l'obéissance. Elu abbé contre son gré, il se montra ferme à maintenir tous les points de la discipline monastique, mais sut tempérer sa direction par une grande charité, un calme et une douceur inaltérables. Il évangélisa la vallée de la Forth, Stirling et principalement Falkirk. Il interrompait fréquement ses oeuvres missionnaires pour se retirer dans des montagnes hautes et rocheuses de Dumbarton, où il passait habituellement 30 à 40 jours en prière. Il est mort à Alcluid (appelé par la suite Dunbritton, à présent Dumbarton), où il est vénéré.

A partir de sa petite cellule monastique fut fondée une chapelle, qui se développa en église, qui sera appelée "egglesbreth", "église tachetée" en picte, qui donnera Faw Kirk en scot, d'où vient le nom de la ville, Falkirk. L'église que l'on y trouve a subit maintes reconstructions et transformations au fil des siècles, et ne subsiste plus rien du batiment celtique orthodoxe original.

Bibliographie - Acta sanctorum 4 févr. Challoner, Britannia sancta, t.1, p. 107. A. Forber et M. Barrett, A calendar of Scottish saints, p. 20.  Frederick C. Husenbeth, Emblems of saints.



03 février 2016

La gloire céleste de saint Syméon, "celui qui reçu Dieu dans le Temple"

Quelle grande gloire au Ciel convenait à saint Siméon qui tint le Sauveur du monde en ses mains, comme nous l'apprenons clairement par le récit suivant, rapporté dans l'hagiographie de saint Pierre l'Athonite (12 juin).
Alors qu'il commandait durant une bataille, Pierre fut capturé, enchaîné, emmené esclave et jeté en prison dans la ville de Samara, sur les rives de l'Euphrate. Languissant longtemps en prison, Pierre, en larmes, pria saint Nicolas de supplier Dieu de le libérer de prison, promettant qu'il se consacrerait entièrement à Dieu. Saint Nicolas lui apparut en songe et lui dit que bien qu'il avait intercédé auprès de Dieu en sa faveur, Dieu retardait sa délivrance, parce que lui, Pierre, avait déjà fait un voeu semblable auparavant et ne l'avait pas respecté. De plus, saint Nicolas conseilla à Pierre d'adresser aussi sa prière à saint Siméon le Juste "qui est très puissant devant Dieu et se tient proche du Trône de Dieu, avec la Toute-Sainte Vierge et saint Jean le Précurseur." Pierre s'empressa de suivre le conseil de saint Nicolas et commença à prier saint Siméon. A nouveau, saint Nicolas lui apparut, cette fois en compagnie de saint Siméon, mais cette fois non pas en songe, mais en réalité. Pierre vit Siméon dans son apparence glorieuse, la face radieuse, et revêtu de la tenue sacerdotale du prêtre de l'Ancien Testament, avec un bâton d'or en main. Saint Siméon dit à Pierre : "Veux-tu accomplir ton voeu et devenir moine?" A cela, Pierre répondit : "Oui, maître, avec l'aide de Dieu." Siméon toucha alors les chaînes de Pierre avec son bâton, et les chaînes fondirent comme de la cire au soleil. Ouvrant les portes du cachot, le saint guida Pierre hors de la prison.


Saint Nicolas Velimirovitch, évêque d'Ochrid, Serbie (+ 05 mars 1958), rescapé de Dachau puis des persécutions communistes, auteur de ce Sanctoral "Prologue d'Ochrid".

02 février 2016

Saint Colomban de Gand / Gent, ermite et reclus.


Fêté les 2 et 15 février. Originaire d'Irlande, qu'il quitta soit pour éviter d'être lui aussi victime des incessantes attaques des Vikings, soit dans le cadre de la spiritualité du "martyre vert", à savoir l'exil volontaire loin d'Irlande. Il s'installa dans la ville de Gand (Gent, Flandre orientale), et vécu comme reclus dans une petite annexe construite contre l'église et future cathédrale Saint-Bavon, dans le cimetière. Il y mena une vie ascétique très austère et mouru en odeur de sainteté.
Le 15 février est son "dies natalis", jour de son décès en 959. Et le 2 février, le jour où il se fit emmurer définitivement dans sa cellule.
Son corps reposerait dans la cathédrale et selon certains auteurs, il serait un des saint patrons de la Belgique.

(Mary Ryan d'Arcy, "The saints of Ireland" Minnesota, Irish American Cultural Institue, 1985. ISBN 0-85342-733-X)

01 février 2016

Prière de saint Tryphon avant sa mort


"O Seigneur, Dieu des dieux et Roi des rois, le plus Saint de tous les saints, je Te remercie parce que Tu m'a rendu digne de compléter ma mortification sans faillir. Et à présent, je Te prie que la main des démons invisibles ne me touche pas; que le démon ne m'emmène pas vers les abîmes de la destruction. Mais laisse plutôt Tes saints Anges m'introduire dans Ta magnifique demeure et me faire un héritier de Ton désirable Royaume. Reçoit mon âme et prête l'oreille à tous ceux qui T'offriront des sacrifices en ma mémoire. Regarde-les du haut de Ta sainte Demeure, et accorde-leur des dons abondants et incorruptibles. Car Toi seul est bon et miséricordieux Donateur pour les siècles sans fin. Amen."

Tryphon ayant souffert à Nicée et nombre de miracles ayant eu lieu sur son corps sans vie, les citoyens de Nicée voulurent l'enterrer dans leur cimetière. Mais le saint apparut en vision et exprima son désir d'être transféré au village de Lampsacus, où il avait autrefois gardé les oies, et d'y être enterré.

Saint Nicolas Velimirovitch, évêque d'Ochrid, Serbie (+ 05 mars 1958), rescapé de Dachau puis des persécutions communistes, auteur de ce Sanctoral "Prologue d'Ochrid".



31 janvier 2016

Saint Adamnan de Coldingham, ascète et confesseur (+ vers 689)

Adamnan, Écossais d'origine, était jeune encore quand il se rendit coupable d'une faute grave, et, par une grâce spéciale, en ressentit une profonde douleur à la pensée du Jugement divin qu'il devrait subir. Il se confessa donc auprès d'un prêtre pour en obtenir le pardon. Il déclara être prêt à subir toutes les pénitences qu'on lui imposerait. En sage directeur, le prêtre lui dit "Contentez-vous d'un jeûne de 3 jours, après quoi je vous dirai ce que vous devez faire et pour combien de temps." Adamnan commença donc sa pénitence. Mais, avant que les 3 jours fussent expirés, il apprit que le prêtre était retourné en Irlande et venait de mourir. Il considéra cet événement comme un signe que Dieu voulait lui faire continuer sa pénitence toute sa vie. Il alla donc se présenter à l'abbaye double de Coldingham, y devint moine et se condamna aux pratiques de pénitence les plus austères. Bède, qui raconte le fait, ajoute que cette pénitence dura longtemps.

Un jour, Adamnan était sorti avec un autre moine. Comme ils rentraient et qu'ils étaient encore à quelque distance du monastère, Adamnan se mit à verser des larmes. Son compagnon lui en demanda la raison. "C'est que, dit-il, le temps approche où tous ces édifices que vous voyez seront consumés par le feu." Le propos ayant été rapporté à l'abbesse Ebba, celle-ci fit venir Adamnan. "Que signifie, lui dit-elle, une pareille prédiction?"
- "C'est que, répondit Adamnan, pendant que je priais la nuit, une personne s'est montrée à moi et m'a déclaré qu'un incendie détruirait le monastère, en punition du relâchement qui s'est introduit parmi les religieuses."
- "Et pourquoi ne m'avez-vous pas avertie plus tôt?"
- "J'ai pour vous un très grand respect et ne voulais pas vous causer cet excès de trouble; d'ailleurs, une consolation vous est ménagée, le chàtiment n'arrivera pas durant votre vie."
Ebba avertit ses moniales, qui, pour un moment, redoublèrent de ferveur et d'austérité. Cela ne dura guère. Le châtiment arriva et le monastère de Coldingham fut incendié en 686. Adamnan vécut 3 ans encore.




Tropaire de saint Adamnan de Coldingham, ton 2
Tu as mené une vie peu édifiante,*
Tu te convertis après un pèlerinage,*
Alors tu devins moine à Coldingham,*
Et tu servis le monastère de sainte Ebbe.*
Menant une vie de grande ascèse et prière.*
Saint Adamnan, prie Dieu pour qu'Il sauve nos âmes!

 

source tropaire
http://acathistes-et-offices-orthodoxes.blogspot.be/2013/02/racines-orthodoxes-31-janvier13-fevrier.html