"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

27 avril 2017

Je crois en l'Église Une... (A.S. Khomiakov 4/12)

III – L'Église sur terre

Depuis la Création du monde, l'Église terrestre a été de manière ininterrompue sur terre, et continuera de l'être jusqu'à l'accomplissement de toutes les oeuvres de Dieu, selon la promesse que Dieu Lui-même lui a faite. Ses caractéristiques sont : la sainteté intérieure, qui ne permet pas le moindre mélange avec l'erreur, car l'Esprit de vérité vit en elle; et l'immuabilité extérieure, car immuable est son Protecteur et Chef, le Christ.

Toutes les caractéristiques de l'Église, qu'elles soient internes ou externes, ne sont reconnues que par elle-même, et par ceux que la grâce appelle à en être membres. En effet, pour ceux qui lui sont étrangers, et ne sont pas appelés à elle, ces caractéristiques sont incompréhensibles; car pour des gens comme ces derniers, le changement extérieur du rite semble être un changement de l'Esprit lui-même, qui est glorifié dans le rite (comme, par exemple, dans la transition de l'Église de l'Ancien Testament à celle du Nouveau Testament, ou dans le changement de rites ecclésiastiques et ordonances depuis les temps Apostoliques). L'Église et ses membres connaissent, par la connaissance intérieure de la Foi, l'unité et l'immuabilité de leur esprit, Qui est l'Esprit de Dieu. Mais ceux qui sont au dehors et ne sont pas appelés à en faire partie, ils voient et connaissent les changements à un rite externe par une connaissance extérieure,  qui n’atteint pas l’intérieur, de même que l'immuabilité de Dieu leur paraît changée dans les changements de Sa création. Dès lors, l'Église n'a pas pu ni n'aurait pu changer ou être confuse, ni n'aurait pu chuter, car dès lors elle aurait été privée de l'Esprit de vérité. Il est impossible qu'il aie pu avoir un moment où elle aurait pu avoir accepté l'erreur en son sein, ou un temps où le laïcat, le clergé et les évêques se seraient soumis à des instructions ou des enseignements en contradiction avec les enseignements et l'Esprit du Christ. Celui qui prétendrait qu'un tel affaiblissement de l'Esprit du Christ pourrait être possible en elle ne connait rien à l'Église, et prouve par là qu'il lui est étranger. De plus, une révolte partielle contre de fausses doctrines, en même temps que la conservation ou l'acceptation d'autres fausses doctrines, ni ne sont ni ne pourraient être l'oeuvre de l'Église; car en elle, selon sa véritable essence, il doit toujours y avoir eu des prédicateurs et enseignants et martyrs confessant non pas la vérité partielle mèlée à l'erreur, mais la vérité pleine et inaltérée. L'Église ne connait rien de la vérité partielle et de l'erreur partielle, mais uniquement l'entièreté de la vérité sans mélange avec de l'erreur. Et celui qui vit au sein de l'Église ne se soumet pas à de faux enseignements ni ne reçoit de Sacrements d'un faux enseignant; le sachant dans l'erreur, il ne voudra pas suivre ses faux rites. Et l'Église elle-même ne se trompe pas, car elle est vérité, elle est incapable de fourberie ou de lâcheté, car elle est sainte. Et bien entendu, l'Église, par son immuabilité même, ne reconnaît pas comme erreur ce qu'elle a auparavant reconnu comme vérité; et ayant proclamé dans un Concile Général et par consentement unanime, qu'il est possible pour n'importe qui, laïc, ou évêque ou patriarche (1) de se tromper dans son enseignement, elle ne peut pas reconnaître que tel laïc ou évêque ou patriarche ou un de leur successeur serait incapable de tomber dans l'erreur d'enseignement; ou qu'il serait préservé de s'en éloigner par une grâce spéciale. Par quoi donc est-ce que la terre pourrait être sanctifiée, si l'Église venait à perdre sa sainteté? Et où y serait la vérité, si ses jugements de demain devaient être contraires à ceux d'aujourd'hui? Au sein de l'Église, c'est-à-dire, au sein de ses membres, des fausses doctrines peuvent être engendrées, mais alors les membres infectés en sortent, constituant un schisme ou une hérésie, et ne souillant plus la sainteté de l'Église.

(1) Comme par exemple ce pape de Rome, Honorius, dont l'enseignement fut condamné au 6ème Concile Oecuménique.

"L'Église est Une"
par Alexei Stepanovich Khomiakov (1804-1860)

1 commentaire:

Philippe Crévieaux a dit…

Khomiakov "4/12" mais "III"– L'Église sur terre; ????