"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

01 mai 2017

Je crois en l'Église Une... (A.S. Khomiakov 8/12)

VII – Le Credo

La Sainte Église confesse sa Foi par toute sa vie; par sa doctrine, qui est inspirée par le Saint Esprit; par ses Sacrements dans lesquels le Saint Esprit oeuvre; et par ses rites, qu'Il dirige. Et le Symbole de Nicée-Constantinople est particulièrement appelé sa Confession de Foi.

Dans le Symbole de Nicée-Constantinople est comprise la confession de la doctrine de l'Église; mais afin qu'on puisse savoir que l'espérance de l'Église est inséparable de sa doctrine, il confesse en même temps son espérance; car il y est dit "j'attend" et non pas simplement "je crois en" la vie à venir.

Le Symbole de Nicée-Constantinople, la confession pleine et entière de l'Église, dont elle ne permet pas d'omettre quoi que ce soit ni ne permet d'y ajouter quoi que ce soit, est comme suit : "Je crois en un seul Dieu, le Père Tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre, et de tout ce qui est visible et invisible. Et en un seul Seigneur, Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, engendré par le Père avant tous les siècles, Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, consubstantiel au Père, et par Qui tout a été fait. Qui pour nous, hommes, et pour notre Salut, est descendu des cieux, S'est incarné du Saint Esprit et de la Vierge Marie, et S'est fait homme. Qui a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate, a souffert et a été enseveli, Qui est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures. Qui est monté aux cieux et siège à la droite du Père. Qui revient en gloire juger les vivants et les morts, et dont le règne n'aura pas de fin. Et en l'Esprit Saint, Seigneur, Qui donne la vie, Qui procède du Père, Qui, avec le Père et le Fils, est adoré et glorifié, Qui a parlé par les prophètes. En l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Je confesse un seul Baptême pour la rémission des péchés. J'attends la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. Amen."

Cette confession, tout comme toute la vie de l'Esprit, n'est compréhensible qu'à celui qui croit et qui est membre de l'Église. Elle contient en elle des mystères inaccessibles aux investigations de la raison et découverts seulement à Dieu même et à qui Dieu les découvre pour une connaissance non point extérieure et morte, mais vivante et intérieure. Elle contient en elle le mystère de l'Être divin, non seulement par rapport à Son action extérieure sur la Création, mais aussi par rapport à Son existence intérieure éternelle.
C'est pourquoi l'orgueil de la raison et de la domination illégale, qui s'est arrogé, en opposition à la décision de toute l'Église (exprimée au Concile d'Éphèse), le droit d'ajouter au Symbole de Nicée-Constantinople ses propres explications et un hypothèses humaines, cet orgueil est déjà en soi une infection contre la sainteté et l'inviolabilité de l'Église. Comme cet orgueil des Églises séparées, qui ont osé modifier le Symbole de toute l'Église sans l'accord de leurs frères, ne fut pas inspiré par l'Esprit d'amour et fut un crime contre Dieu et la sainte Église, de même leur sagesse aveugle, n'ayant pas compris les Mystères de Dieu, fut une altération de la foi. Car la foi ne se conserve pas là où l'amour s'est appauvri. C'est pourquoi l'addition des mots "filioque" ["et du Fils", en latin dans le texte; ndt] renferme une sorte de dogme imaginaire, ignoré de tous les écrivains agréables à Dieu, de tous les évêques ou successeurs des Apôtres aux premiers siècles de l'Église, un dogme que le Christ Sauveur n'a pas exprimé.
Comme le Christ l'a exprimé clairement, l'Église aussi n'a cessé de confesser et confesse clairement que le Saint-Esprit procède du Père car ce ne sont pas seulement les mystères extérieurs de Dieu, mais aussi les mystères intérieurs qui ont été révélés par le Christ et par l'Esprit de foi aux saints Apôtres et à la sainte Église. Lorsque Théodoret appela blasphémateurs tous ceux qui confessaient la procession du Saint-Esprit du Père et du Fils, l'Église, alors, qu'elle décelait ses multiples erreurs, approuva sur ce point son jugement par un silence éloquent (3).
L'Église ne nie pas que l'Esprit-Saint est envoyé non seulement par le Père, mais aussi par le Fils; l'Église ne nie pas que le Saint-Esprit Se communique à toute créature raisonnable non seulement à partir du Père, mais aussi par le Fils; mais l'Église rejette que l'Esprit-Saint tienne Son principe de procession au sein même de la divinité non du Père seul, mais encore du Fils. Celui qui a renié l'Esprit d'amour, qui s'est lui-même dépouillé des dons de la grâce, ne peut plus posséder la connaissance intérieure, c'est-à-dire la foi, mais il se limite à la connaissance extérieure : aussi ne peut-il plus connaître que l'extérieur, non les mystères intérieurs de Dieu. Les communautés chrétiennes qui se sont séparées de la sainte Église n'ont plus pu confesser (puisqu'elles ne pouvaient plus saisir par l'Esprit) la procession du Saint-Esprit au sein de la divinité à partir du Père seul; mais elles durent se contenter de confesser la mission extérieure de l'Esprit en toute créature, mission temporaire qui s'accomplit non seulement à partir du Père, mais aussi par le Fils. Elles ont gardé l'élément extérieur de la foi, mais ont perdu le sens intérieur et la grâce de Dieu non seulement dans leur confession de foi, et aussi dans leur vie même.

(3) Lorsque l'Église ne réfute pas un écrivain, son silence est très significatif. Mais lorsque l'Église ne rejette pas une accusation portée contre telle ou telle doctrine, son silence constitue une accusation formelle; car en ne rejetant pas cette accusation, elle la confirme de toute son autorité.

"L'Église est Une"
par Alexei Stepanovich Khomiakov (1804-1860)

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