"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

03 mai 2017

Je crois en l'Église Une... (A.S. Khomiakov 10/12)

IX – Foi et Vie dans l'Unité de l'Église

L'Église, même sur terre, vit non pas d'une vie humaine et terrestre, mais d'une vie divine, d'une vie de grâce. Voilà pourquoi ce n'est pas seulement chacun de ses membres, c'est l'Église elle-même tout entière qui solennellement se proclame l'Église "Sainte". Sa manifestation visible est contenue dans les Sacrements; mais sa vie intérieure réside dans les dons du Saint-Esprit, dans la foi, l'espérance et l'amour. Asservie et persécutée par ses ennemis extérieurs, parfois agitée et déchirée par les passions mauvaises de ses enfants, elle s'est conservée et toujours se conservera imperturbablement partout où immuablement se conservent les Sacrements et la sainteté spirituelle. Jamais elle n'est défigurée et jamais elle n'a besoin de réforme. Elle ne vit pas sous une loi d'esclavage, mais sous une loi de liberté. Elle ne reconnaît sur elle aucun pouvoir excepté le sien propre, aucun jugement excepté le jugement de la foi (car la raison ne la comprend pas), et elle exprime son amour, sa foi et son espérance, par ses prières et ses rites, que lui inspirent l'Esprit de vérité et la grâce du Christ. C'est pourquoi ses rites mêmes, s'ils ne sont pas immuables (car ils sont l'oeuvre de l'esprit de liberté et peuvent être changés au jugement de l'Église), ne peuvent jamais et en aucun cas contenir fût-ce le moindre mélange d'erreur ou de doctrine erronée. Et les rites (de l'Église), tant qu'ils n'ont pas changé, sont d'obligation pour les membres de l'Église, car c'est dans leur observation que réside la joie de la sainte unité.

L'unité extérieure est l'unité manifestée dans la communion des Sacrements; tandis que l'unité intérieure est unité d'esprit. Beaucoup ont été sauvés (par exemple certains martyrs) sans avoir participé même à un seul des Sacrements de l'Église (pas même au Baptême), mais nul n'est sauvé sans avoir eu part à la sainteté intérieure de l'Église, à sa foi, à son espérance et à son amour; car ce ne sont pas les oeuvres qui sauvent, mais la foi. Et la foi, la foi véritable et vivante, n'est pas double, mais unique. Aussi sont-ils insensés et ceux qui disent que la foi seule ne sauve pas, mais qu'il faut encore les oeuvres, et ceux qui disent que la foi sauve sans les oeuvres; car s'il n'y a pas d'oeuvres, la foi s'avère morte; et si elle est morte, elle n'est pas véritable, car dans la foi véritable se trouve le Christ, vérité et vie; et si elle n'est pas véritable, elle est erronée, c'est-à-dire elle est une connaissance extérieure. Mais ce qui est faux peut-il sauver? Que si elle est véritable, alors elle est vivante, c'est-à-dire accomplissant des oeuvres, et si elle les accomplit, alors quelles oeuvres sont encore requises?

L'Apôtre divinement inspiré dit : "Montre-moi par tes oeuvres la foi dont tu te vantes, tout comme moi-même je montre ma foi par mes oeuvres." Confesse-t-il deux fois? Non, mais il dénonce une prétention insensée. "Tu crois en Dieu, mais les démons mêmes croient" (Jac. 2, 19). Est-ce qu'il reconnaît aux démons de la foi? Non, mais il réfute l'erreur qui se vante d'une qualité que possèdent les démons eux-mêmes. "Comme le corps sans âme est mort, ainsi la foi sans les oeuvres" (Jac. 2, 26). Est-ce qu'il met en parallèle la foi avec le corps, et les oeuvres avec l'esprit? Non, car une telle comparaison serait inexacte; mais le sens de ses paroles est clair. De même qu'un corps sans âme n'est plus un homme et ne peut plus être appelé homme, mais cadavre; de même la foi qui ne produit pas d'oeuvres ne peut être appelée foi véritable, mais mensongère, c'est-à-dire connaissance extérieure, stérile, et accessible même aux démons. Ce qui a été écrit simplement doit aussi être lu simplement. C'est pourquoi ceux qui se fondent sur l'Apôtre Jacques pour prouver qu'il y a une foi morte et une foi vive, comme s'il y avait 2 fois, ceux-là ne saisissent pas le sens des paroles de l'Apôtre; car l'Apôtre ne témoigne pas pour eux mais contre eux. Pareillement, lorsque le grand Apôtre des Nations dit : "A quoi sert une foi sans amour, fût-ce une foi capable de soulever les montagnes?" (cf. 1 Cor. 13, 2), il n'affirme pas la possibilité d'une telle foi sans l'amour; mais, l'imaginant à titre d'hypothèse, il en proclame l'inutilité. Ce n'est pas avec l'esprit de la sagesse du monde, qui discute sur les mots, qu'il faut lire la sainte Écriture, mais avec l'Esprit de la sagesse de Dieu, et avec la simplicité spirituelle. L'Apôtre, définissant la foi (Heb., 11, 1), dit : "Elle est la conviction des choses invisibles, la confirmation de celles qu'on espère" (et non pas seulement de celles qu'on attend ou qui doivent arriver); or si nous espérons, nous souhaitons; et si nous souhaitons, nous aimons, car impossible de souhaiter ce qu'on n'aime pas. Ou bien est-ce que les démons ont aussi l'espérance? Voilà pourquoi il n'y a qu'une foi; et quand nous demandons : "La foi véritable peut-elle sauver sans les oeuvres?", nous posons alors une question stupide, ou, pour mieux dire, nous ne demandons rien du tout; car la foi véritable est vivante et opère les oeuvres; elle est la foi dans le Christ et le Christ dans la foi.

Ceux qui ont pris pour foi véritable la foi morte, c'est-à-dire une foi mensongère, une connaissance extérieure, sont allés dans leur égarement jusqu'à faire, sans s'en rendre compte, de cette foi morte un 8ème sacrement. L'Église possède la foi, mais c'est la foi vivante; car elle possède aussi la sainteté. Qu'un homme ou un évêque doive nécessairement posséder la foi, que devons-nous dire? Qu'il possède aussi la sainteté? Non, car il est connu comme criminel et débauché. Mais la foi demeure en lui, tout pécheur qu'il est. Et ainsi sa foi est en lui un 8ème Sacrement, puisque tout Sacrement est une action de l'Église sur l'individu, fût-il indigne. Mais par ce Sacrement, quelle sorte de foi demeure en lui? Foi vivante? Non, puisqu'il est criminel. Mais une foi morte, c'est-à-dire connaissance extérieure, accessible même aux démons. Et cela, serait-ce un 8ème sacrement? Un tel écart hors de la vérité se condamne de lui-même (4).

(4). En effet l'infaillibilité dans la foi morte est, de soi, une erreur, comme aussi le caractère mortel apparaît dans le fait que cette infaillibilité est rattachée à des objets de la nature morte, un lieu de résidence, des murailles mortes, une succession épiscopale, un siège. Mais nous savons qui, au temps de la Passion du Christ, siégeait dans la chaire de Moïse.

Il faut comprendre que ce qui sauve, ce n'est ni la foi, ni l'espérance, ni l'amour - car est-ce la foi dans la raison qui sauvera? est-ce l'espérance dans le monde? est-ce l'amour pour la chair? Non, ce qui sauve, c'est l'objet de la foi. Vous croyez au Christ, c'est par le Christ que vous êtes sauvés dans la foi; vous croyez à l'Église, c'est par l'Église que vous êtes sauvés; vous croyez aux Sacrements du Christ, c'est par eux que vous êtes sauvés; car le Christ notre Dieu est dans l'Église et dans les Sacrements. L'Église de l'Ancien Testament a été sauvée par la foi au Rédempteur à venir. Abraham a été sauvé par le même Christ que nous. Il possédait le Christ en espérance, nous Le possédons dans la joie. C'est pourquoi celui qui désire le Baptême est baptisé dans son désir; celui qui a reçu le Baptême possède le Baptême dans la joie; ce qui les sauve tous 2, c'est une seule et même foi au Baptême.
Mais quelqu'un pourrait dire "Si la foi au Baptême sauve, à quoi bon se faire encore baptiser?" Et que désire-t'il en réalité, s'il ne reçoit pas le Baptême? Il est évident que la foi qui désire le Baptême doit s'achever dans la réception du Baptême lui-même, qui en est la joie. C'est pourquoi la maison de Corneille reçut l'Esprit-Saint sans avoir encore reçu le Baptême, tandis que l'eunuque fut rempli du même Esprit à la suite de son Baptême (Actes 10, 44-47; 8, 38; cf. 2, 38). Car Dieu peut glorifier le Sacrement de Baptême avant son administration tout aussi bien qu'après. Ainsi disparaît la différence entre "opus operans" et "opus operatum". Nous savons bien que beaucoup n'ont pas baptisé les petits enfants, que beaucoup ne les ont pas admis à la Communion aux saints Mystères, que beaucoup ne les ont pas chrismés; mais la sainte Église juge autrement, elle baptise et chrisme et admet à la Communion les petits enfants. Si elle en a disposé ainsi, ce n'était pas qu'elle condamnât les enfants non-baptisés, dont les Anges voient toujours la face de Dieu (Mt. 18,10); mais elle a ordonné cela en raison de l'amour qui vit en elle, afin que la toute première pensée de l'enfant qui accède à l'âge de raison ne fût plus seulement désir de recevoir, mais joie pour des Sacrements qu'il a déjà reçus. Et pouvez-vous connaître la joie que possède un enfant qui, de toute évidence, n'est pas encore parvenu à la raison? Est-ce que, avant même de naître, le Précurseur n'a pas tressailli de joie au sujet du Christ (Lc. 1,41)? Ceux qui ont refusé aux enfants le Baptême, la Chrismation et la sainte Communion, ce sont ceux qui, ayant hérité l'aveugle sagesse d'un paganisme aveugle, n'ont pas compris la grandeur des Sacrements de Dieu, mais ont exigé en toutes choses des raisons et des justifications, et, soumettant la doctrine de l'Église aux interprétations scolastiques, ne prieront même pas à moins qu'ils ne voient dans la prière quelque but immédiat ou profit. Mais notre loi n'est pas une loi d'esclaves et de mercenaires qui travaillent pour de l'argent, c'est une loi de fils adoptifs, une loi d'amour qui est libre.

Nous savons que si l'un de nous tombe, il tombe seul; mais nul ne se sauve seul. Celui qui se sauve, se sauve dans l'Église, en tant que membre de l'Église et en union avec tous ses autres membres. Si quelqu'un croit, c'est dans la communion de la foi; s'il aime, c'est dans la communion de l'amour; s'il prie, c'est dans la communion de la prière. Aussi nul ne peut-il espérer en sa propre prière, et chacun, lorsqu'il prie, implore l'intercession de toute l'Église, non pas comme s'il doutait de l'intercession du Christ, unique Médiateur, mais avec la conviction que toute l'Église prie toujours pour tous ses membres. Tous les Anges et les Apôtres prient pour nous, et les martyrs et les patriarches, et au-dessus d'eux tous la Mère de notre Seigneur, et cette unité sainte constitue la véritable vie de l'Église. Mais si l'Église visible et invisible prie sans cesse, à quoi bon lui demander des prières? Est-ce que nous n'implorons pas la grâce de Dieu et du Christ, bien qu'elle devance notre prière? Si donc nous demandons à l'Église ses prières, c'est justement parce que nous savons qu'elle donne le secours de son intercession même à celui qui ne le demande pas, mais qu'à celui qui le demande elle donne incomparablement plus qu'il n'a demandé : car en elle est la plénitude de l'Esprit de Dieu. Aussi glorifions-nous tous ceux que le Seigneur a glorifiés et glorifie; car comment dire que le Christ vit en nous si nous ne nous efforçons pas de ressembler au Christ? C'est pourquoi nous glorifions les saints, les Anges et les prophètes, mais plus qu'eux tous la Mère Toute-Pure du Seigneur Jésus, non pas en la reconnaissant comme conçue sans péché ou comme parfaite (car seul le Christ est sans péché et parfait), mais en nous rappelant qu'à sa prééminence inconcevable au-dessus de toutes les créatures de Dieu, rendent témoignage et l'Ange et Elisabeth et surtout le Sauveur Lui-Même, Qui lui a attribué Son grand Apôtre, Jean le Théologien, pour lui obéir comme un fils et pour la servir.

De même que chacun de nous a besoin des prières de tous, de même chacun aussi doit à tous ses propres prières, aux vivants comme aux morts, et même à ceux qui ne sont pas encore nés; car quand nous prions, comme nous le faisons avec toute l'Église, afin que le monde parvienne à la vraie connaissance de Dieu, nous prions non seulement pour les générations présentes, mais aussi pour celles que Dieu appellera encore à la vie. Nous prions pour les vivants, afin que la Grâce du Seigneur soit sur eux, et pour les morts, afin qu'ils deviennent dignes de voir la Face de Dieu. Nous ne savons rien d'un état intermédiaire des âmes qui ne seraient ni accueillies dans le Royaume de Dieu ni condamnées au supplice, car sur un tel état nous n'avons pas reçu d'enseignement ni des Apôtres ni du Christ. Nous ne reconnaissons pas le purgatoire, c'est-à-dire la purification des âmes par des souffrances dont elles pourraient être rachetées par leurs propres oeuvres ou par celles d'autrui : car l'Église ne sait rien d'un Salut obtenu par des moyens extérieurs et par quelques souffrances que ce soit, hormis celles du Christ; elle ne sait rien d'un marchandage avec Dieu en vue de se racheter de la souffrance par de bonnes oeuvres.

Tout ce paganisme demeure chez les héritiers de la sagesse païenne, chez ceux qui se targuent d'un lieu, d'un nom, d'un domaine territorial, et qui ont institué le 8ème sacrement de la foi morte. Mais nous, nous prions dans l'Esprit d'Amour, sachant que nul ne se sauvera que par la prière de toute l'Église en laquelle vit le Christ, sachant et espérant que, tant que n'est pas arrivé l'accomplissement des temps, tous les membres de l'Église, vivants et morts, ne cessent de se parfaire par une prière mutuelle. Les saints que Dieu a glorifiés sont bien au-dessus de nous, mais au-dessus de tout est la sainte Église, qui réunit en elle tous les saints et qui prie pour tous, comme on peut le voir dans la Liturgie divinement inspirée. Dans sa prière se fait entendre aussi notre prière, si indignes que nous soyons d'être appelés fils de l'Église. Si, en vénérant et glorifiant les saints, nous demandons que Dieu les glorifie, nous ne tombons pas sous le grief d'orgueil; car à nous qui avons reçu permission d'appeler Dieu "notre Père", permission a été donnée aussi de faire cette prière "Que Ton Nom est sanctifié, que Ton Règne vienne et que Ta volonté soit faite." Si donc il nous est permis de demander à Dieu qu'Il glorifie Son Nom et accomplisse Sa volonté, qui nous empêchera de Lui demander de glorifier Ses saints et de donner la paix à Ses élus? Mais nous ne prions pas pour ceux qui ne sont pas élus, comme le Christ lui-même n'a pas prié pour le monde entier, mais pour ceux que le Seigneur Lui a donnés (Jn. 17).
Ne dites pas : "Quelle prière pourrais-je accorder au vivant ou au mort, alors que ma prière est insuffisante même pour moi?" Car si vous ne savez pas prier, à quoi bon prieriez-vous aussi pour vous-même? Mais c'est l'Esprit d'Amour qui prie en vous.
Que nul ne dise : "A quoi bon ma prière pour tel autre, alors qu'il prie lui-même et que le Christ lui-même intercède pour lui?" Quand vous priez, c'est l'Esprit d'Amour Qui prie en vous.
De même, que nul ne dise non plus : "Quel bien apporterait ma prière à autrui, lorsqu'il prie déjà pour lui-même, et que le Christ Lui-même intercède pour lui?" Lorsqu'un homme prie, c'est l'Esprit d'amour qui prie en lui.
Qu'il ne dise pas pour autant "A présent il est impossible de changer le Jugement de Dieu," car sa prière est elle-même dans les voies de Dieu, et Dieu l'a prévue. Si vous êtes membre de l'Église, alors votre prière est indispensable pour tous ses membres. Et si la main dit qu'elle n'a pas besoin du sang du reste du corps et si elle ne lui donne pas son propre sang, la main se desséchera. Pareillement vous aussi, vous êtes indispensable à l'Église tant que vous êtes en elle; et si vous vous refusez à sa communion, vous vous perdez vous-même et cesserez désormais d'être membre de l'Église. L'Église prie pour tous, et nous tous ensemble prions pour tous; mais notre prière doit être véritable, elle doit être une expression véritable de l'amour et non des paroles creuses. Incapables d'aimer tous les hommes, nous prions pour ceux que nous aimons et notre prière n'est pas hypocrite; car nous demandons à Dieu de pouvoir les aimer tous et prier pour eux tous sans hypocrisie. Le sang de l'Église, c'est la prière des uns pour les autres, et sa respiration c'est de glorifier Dieu. Nous prions en l'Esprit d'Amour et non en l'esprit de profit, en l'Esprit de la liberté des fils et non en l'esprit de la loi des mercenaires qui demandent un salaire. Quiconque demande "A quoi sert de prier?" s'avère esclave. La prière véritable est véritable amour.

L'amour et l'unité sont au-dessus de tout; et l'amour s'exprime de mainte façons : par les oeuvres, par la prière et par le cantique spirituel. L'Église bénit toutes ces expressions de l'amour. Si quelqu'un ne sait exprimer son amour pour Dieu par des mots et l'exprime par une représentation visible, une Icône, est-ce que l'Église le condamnera? Non, mais elle condamnera celui qui le condamne, car il condamne l'amour de l'autre. Nous savons que même sans Icône on peut être sauvé et on l'a été, mais si l'amour de son frère s'exprime par l'Icône, il sera aussi sauvé sans Icône; mais si l'Amour de son frère réclame une Icône, alors en condamnant l'Amour de son frère, on se condamne soi-même; et si, parce que Chrétien, on n'ose pas écouter sans respect la prière ou le cantique spirituel fait par son frère, comment oserait-on regarder sans respect l'Icône qu'a réalisée son amour, et non pas son art? Le Seigneur Lui-Même, Qui connaît le secret des coeurs, a bien voulu parfois glorifier une prière ou un Psaume, Lui interdira-t'on de glorifier une Icône ou les tombeaux des saints? Quelqu'un pourrait dire : "L'Ancien Testament a interdit de représenter Dieu"; mais celui qui croit mieux comprendre que la sainte Église les paroles (c'est-à-dire les Écritures) qu'elle a elle-même écrites, ne comprend-til pas que l'Ancien Testament n'a pas interdit de représenter Dieu (car il a autorisé les chérubins, le serpent d'airain et la transcription du Nom divin), mais qu'il a interdit à l'homme de se faire un Dieu à la ressemblance de quelque objet que ce fût, terrestre ou céleste, visible ou même imaginaire?

Si quelqu'un peint une Icône pour se rappeler le Dieu invisible et inconcevable, il ne se crée pas une idole. Mais s'il s'imagine Dieu et s'il pense qu'Il est semblable à son imagination, il se fait une idole. Tel est le sens de l'interdiction de l'Ancien Testament. Mais l'Icône (cette façon d'écrire en couleurs le Nom divin) ou encore la représentation des saints, réalisé avec amour, n'est pas interdit par l'Esprit de vérité. Dès lors que nul ne dise : "Les Chrétiens passent à l'idolâtrie". Car l'Esprit du Christ, Qui protège l'Église, est plus sage que cette sagesse calculatrice. C'est pourquoi on peut être sauvé même sans Icône, mais on n'a pas le droit de repousser les Icônes.

L'Église accepte tout Rite qui exprime l'élan spirituel vers Dieu tout comme elle accueille la prière et l'Icône mais au-dessus de tous les Rites elle reconnaît la Divine Liturgie, où s'exprime toute la plénitude de la doctrine et de l'esprit de l'Église, et cela non pas par des symboles et des signes conventionnels, mais par la Parole de Vie et de Vérité inspirée d'En Haut. Celui-là seul comprend l'Église, qui connaît (comprend) la Liturgie. Au-dessus de tout il y a l'unité de la Sainteté et de l'amour.

"L'Église est Une"
par Alexei Stepanovich Khomiakov (1804-1860)

Aucun commentaire: