"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

10 février 2019

Quand la mort frappe à notre porte... (it's later than you think)

Cette lettre d'un moine du Mont Athos m'a été récemment communiquée et je vous la transmets avec permission.

Les circonstances qui ont motivé cette lettre étaient tragiques. C'est l'histoire d'une jeune femme (Susan, c'est un prénom d'emprunt) frappée par le cancer, mais dont la famille et les amis ont puisé leur force dans la puissance de la prière de Jésus qui l'a réconfortée, physiquement, émotionnellement et spirituellement, même quand elle pouvait à peine reprendre sa respiration à cause de sa maladie. Cette force a donné à son mari (Jim, aussi prénom d'emprunt) le courage d'affronter et d'accepter la mort de sa femme et l'a changé de façon incommensurable. Après la mort de sa femme, les gens semblaient attirés par lui en raison de la paix et de la force avec lesquelles il avait géré sa peine. Puis, une nuit, il est mort tragiquement lui aussi, laissant deux adolescentes.

Le chagrin de cette tragédie a blessé un lecteur de ce blog, qui a partagé cette tragédie avec un ami qui est moine dans un des monastères du Mont Athos en Grèce. Le moine répondit par la lettre suivante qui apporta un grand réconfort au lecteur. J'ai trouvé que c'était une réponse belle et réconfortante et j'ai voulu la partager.

"Très cher Père,

Un de nos problèmes en tant que personnes "mondaines" est que nous avons tendance à ranger la mort dans une très bonne cachette afin qu'elle ne nous dérange pas. Nous ignorons totalement les enseignements de nos saints ascètes concernant les qualités qui font réfléchir l'homme quand il a le souvenir de la mort comme méditation quotidienne. Il est très important que nous soyons prêts pour le jour où la mort entrera dans notre vie, afin que nous soyons prêts à ouvrir les bras et à l'embrasser comme un ami cher qui nous conduira vers notre Père céleste. Qu'il s'agisse d'un cancer, d'une crise cardiaque, d'un accident d'automobile, d'un accident d'avion, du 11 septembre... notre âme éternelle sera prête à voir son Père éternel si, comme notre chère amie Susan l'a fait jusqu'à son dernier souffle, elle lui demandait constamment sa tendre miséricorde dans cette vie.

On ne peut pas se leurrer, mon Père ! Peu importe à quel point nous sommes justes, nous sommes tous susceptibles de pécher juste à cause de la chair que nous portons. Le meilleur moyen de garder le cap sur la vie éternelle est d'être humble et de Lui demander constamment Sa divine miséricorde. En faisant cela, lentement mais sûrement, nous serons capables de mieux accepter ce que le Seigneur apportera dans notre vie. Par exemple : Vous mentionnez dans votre lettre que "malgré le fait que Jim et ses filles se sont réfugiés et ont trouvé du réconfort dans le Christ et Son Église, la situation, d'un point de vue terrestre, était indéniablement tragique et triste". J'aimerais vous offrir une interprétation différente de cet événement "tragique".

D'un point de vue terrestre, on s'attend, depuis la Chute d'Adam, à ce que l'homme meure d'une certaine forme de corruption. La nature est en obéissance directe à Dieu et ainsi l'homme écoute la voix du Seigneur quand il dit : "Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière" (Gen. 3, 19). Ce commandement, cependant, n'empêche pas l'âme de faire l'expérience du monde spirituel, à la fois avant et après sa séparation du corps, tant que l'homme respecte les directives du Seigneur. Donc, dire que cet événement est tragique et triste d'un point de vue terrestre signifierait que les directives du Seigneur n'ont pas été observées dans la vie de Jim et Susan, ce qui, comme vous me l'avez révélé, n'est pas le cas.

D'un point de vue spirituel, cependant, nous pouvons appeler cet événement à la fois "tragique" et "triste" selon le récit de la mort de Lazare dans le livre de Jean. Nous voyons que le Christ a pleuré son ami bien-aimé non seulement parce qu'il est mort, mais surtout parce que le péché est entré dans le monde et a donc entraîné la mort avec lui. Voilà, mon cher Père, la tragédie à laquelle l'humanité doit faire face, et la lutte que vous aurez, en tant que prêtre de notre Église, sera d'orienter vos fidèles paroissiens vers une meilleure compréhension de cette vérité fondamentale. Si nous devons pleurer nos amis, c'est par cette interprétation que nous devons pleurer leur départ d'entre nous. Si, cependant, ils ont mené une vie de crainte de Dieu, alors les larmes de tristesse que nous pouvons verser pour le péché qui a apporté la mort dans nos vies sont tempérées, ou même "transfigurées" en joie, par la plus glorieuse résurrection du Seigneur et Son message divin à tous ceux qui croient en Lui comme Seigneur de vie et de mort. Dans cet esprit, qui sommes-nous pour qualifier de tragédie des événements que le Maître de la vie et de la mort a laissé se produire ? Je me souviens de votre propre référence à l'Écriture : "Tout concourt au bien de ceux qui aiment le Seigneur" (Romains 8, 28). Continuez, mon cher Père, à commémorer les noms des vivants et des morts dans vos humbles prières, révélant ainsi à tous le chemin qui mène à la vie éternelle.

Mardi 30 Octobre 2012"


It's later than you think - il est plus tard que vous ne le croyez






When death comes knocking...

This letter from a Monk of Mt. Athos was recently shared with me and I pass it on to you with permission.

The circumstances that prompted this letter were tragic. It is the story of a young woman, (Susan, not her real name) struck down by cancer, but whose family and friends drew strength from the power of the Jesus Prayer which brought her comfort, physically, emotionally and spiritually even when she could barely take a breath because of her illness. This power gave her husband (Jim, not his real name) great courage to face and accept his wife’s death and changed him immeasurably. After his wife passed away, people seemed to be drawn to him because of the true peace and strength with which he handled his grief. Then, one night he too tragically died, leaving two teenage daughters.

The grief of this tragedy wounded a reader of this blog, who shared this tragedy with a friend who is a monk at one of the monasteries on Mount Athos in Greece. The monk responded with the following letter which brought the reader great comfort. I found it a beautiful and comforting response and wanted to share it.

Dearest Father,

One of our problems as “worldly” people is that we tend to put death in a very good hiding place so that it doesn’t bother us. We totally ignore the teachings of our holy ascetics concerning the sobering qualities that benefit man when he has the memory of death as a daily meditation. It is very important for us to be prepared for the day that death will enter our life so that we will be ready to open our arms and embrace it as a dear friend who will bring us to our heavenly Father. Whether its name is cancer, heart attack, stroke, car accident, plane crash, September 11th… our eternal soul will be prepared to see its eternal Father if, just as our dear friend Susan practiced up to her last breath, it constantly asked Him for His tender mercy while in this life.

We can’t fool ourselves, Father! No matter how righteous we may be, we’re all liable to sin just because of the flesh that we are wearing. The best means that we have to keep ourselves on course to eternal life is to be humble and constantly ask Him for His divine mercy. In doing this, slowly but surely, we will be able to better accept whatever the Lord will bring into our life. For example: You mention in your letter that “despite the fact that Jim and his daughters took refuge and found comfort in Christ and His Church, the situation, from an earthly perspective, was undeniably tragic and sad”. I’d like to offer you a different interpretation of this “tragic” event

From an earthly perspective, it is expected, since the time of the fall, for man to die from some form of corruption. Nature is in direct obedience to God and so man harkens to the Lord’s voice when He says, “you are dust, and to dust you shall return” (Gen. 3, 19). This command, however, does not prevent the soul from experiencing the spiritual world, both before and after it’s separation from the body, as long as man abides by the Lord’s directives. So, to say that this event is tragic and sad from an earthly perspective would mean that the Lord’s directives were not observed in Jim’s and Susan’s lives, which, as you have revealed to me, is not the case.

From a spiritual point of view, however, we can call this event both “tragic” and “sad” according to the account of Lazarus’ death in the book of John. We see that Christ wept for His beloved friend not only because of the fact that he died but primarily because sin entered into the world and thus brought death with it. This, my dear Father, is the tragedy that mankind has to deal with; and the struggle that you will have, as a priest of our Church, will be in directing your faithful parishioners to a better understanding of this basic truth. If we are to weep for our friends, it must be with this interpretation that we mourn their departure from amongst us. If, however, they have led a God-fearing life, then the tears of sorrow that we may shed for the sin that has brought death into our lives are tempered, or even “transfigured” into joy, through the Lord’s most glorious resurrection and His divine message to all who believe in Him as Lord of life and death. With this in mind, who are we to label an event, which the ruler of life and death has allowed to occur, a tragedy? I recall your own reference to scripture: “All things work together for good to those who love the Lord” (Romans 8, 28). Continue, my dear Father, to commemorate the names of the living and the dead in your humble prayers, thus revealing to all the path that leads to eternal life.

30 Tuesday Oct 2012

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