"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

11 novembre 2019

Saint Martin de Tours - vie et icône traditionnelle


Saint Martin de Tours, évêque
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saint martin de tours
Né à Sabaria en Haute Pannonie (Hongrie), vers 316; mort le 8 novembre 397.

La plupart des mortels n'ont à lutter que contre un démon collectif (ou du moins le croient-ils) - le démon des communautés et familles, la force occulte qui fait appel aux plus basses parties de notre nature, la divinité noire de la ville plongée dans la nuit. Avoir un démon personnel semble être un "privilège" réservé aux vrais saints. La grandeur du saint se mesure à la grandeur des tentations qu'il a à vaincre parce que la vie du saint se dresse en contraste face aux oeuvres du démon.
Martin était le fils d'un officier païen de l'armée, et il accompagna sa famille vers le nouveau poste de son père, à Pavie, en Italie. Martin était devenu catéchumène à l'âge de 10 ans, contre la volonté de ses parents. Il suivit les leçons à l'église locale, et quand il eut atteint 12 ans, son amour pour Dieu était si ardent qu'il voulut se retirer pour vivre en ermite. A 15 ans, en fils d'un vétéran de l'armée, il fut obligé de rentrer à l'armée contre sa volonté. Bien que Martin n'était pas encore devenu Chrétien de manière formelle, il vivra de nombreuses années plus comme un moine que comme un soldat.

Pendant qu'il était stationné à Amiens en France [ alors Gaule Belgique ] en 337, un mendiant à moitié nu s'approcha de lui; le temps était terriblement froid. Le nom de Martin devint immortel dès ce moment-là, car il coupa sa cape militaire en 2 et donna la moitié à l'homme souffrant. Cette nuit-là, en songe, il vit Jésus drapé de cette autre moitié de sa cape qu'il avait donnée. Jésus lui dit, "Martin, bien que catéchumène, M'a couvert avec ce vêtement". Suite à ce rêve, il "couru pour aller se faire baptiser", selon son biographe.

Quand il eut près de 20 ans, les barbares envahirent la Gaule. Lui et ses compagnons furent présentés au César Julien pour recevoir un cadeau, mais Martin refusa en disant, "Je vous ai servi en soldat; à présent laissez-moi servir le Christ. Donnez ma paie aux autres qui vont se battre, mais je suis un soldat du Christ et il ne m'est pas permis de me battre".

Irrité de cette réplique, Julien l'accusa de lâcheté. Martin répliqua qu'il était prêt à aller à la bataille mais sans armes, et à se tenir au milieu des belligérants au Nom du Christ. Il fut jeté en prison, mais cette nuit-là les barbares demandèrent et obtinrent une armistice. Martin demanda et obtint sa démission vers 339.

Ensuite il vécut quelque temps en Italie et Dalmatie, avant de venir à Poitiers, et l'évêque Saint Hilaire le prit comme disciple. Martin le recherchait, car il savait que servir ce saint homme c'était servir Dieu. Hilaire reconnu l'extraordinaire qualité de Martin, et voulut l'ordonner diacre, mais il ne parvint pas à vaincre l'humilité de Martin.

Pour conserver Martin dans son diocèse, Hilaire lui assigna la charge d'exorciste - et c'est dans ce ministère officiel que Martin fit pour la première fois la rencontre du diable. C'était encore un démon général, car il n'avait pas encore son démon privé. Cependant, Martin apprit à chasser les maléfices et les coups acérés des cornes du démon, une leçon qui serait toujours utile par la suite.

Martin eut un songe qui l'appelait à rentrer chez lui, et il revint en Pannonie, convertit sa mère et d'autres, dont un groupe de bandits qui avait voulut le tuer durant sa visite. Peu après, le diable lui apparut sous forme humaine et lui annonça qu'où qu'il aille ou quoi qu'il fasse, le démon s'opposerait à lui.

En Illyrie, son opposition verbale aux Ariens lui valut d'être publiquement fouetté et exilé par Auxence, l'évêque Arien. Repartant pour l'Italie, Martin apprit qu'Hilaire avait été exilé. Il se retira en un lieu près des murs de Milan, où il entama la vie monastique. Auxence, quand il s'empara du siège de Milan, affronta Martin et le chassa hors du diocèse. Martin forma alors un duo avec un prêtre vertueux. Ils se retirèrent sur l'île désertée de Gallinaria dans le golfe de Gènes, où il vécut en reclus jusque 360, jusqu'à ce que saint Hilaire fut autorisé à revenir de son exil et rentrer à Poitiers.

Comme pour la plupart des vrais saints, au fur et à mesure que Martin grandit en sainteté, son démon privé devint de plus en plus différencié du démon collectif. De plus en plus, le démon s'attaqua à son âme, le forçant à être sans arrêt sur ses gardes. C'était comme le principe des vases communicants : au plus Martin s'élevait comme le mercure vers la sainteté, au plus le démon s'efforçait de remplir l'espace vide derrière lui.

Un jour qu'il vivait encore en reclus sur l'île, Martin mangea une plante empoisonnée qui le tua presque. Les chroniques appellent cette plante "hellébore", ce qui est sans aucun doute une erreur, car l’hellébore n'est pas mortelle mais un remède contre la folie, et selon les herboristes, elle ne contient rien de plus qu'un fort purgatif.

Peut-être que la plante ne se trouvait pas là par hasard? Il y a une variété d’hellébore appelée "Rose de Noël" qui est la mandragore. Néanmoins, quand Martin sentit le poison à l'oeuvre, il commença à prier - ce qui prouve qu'il réalisait qu'il n'y avait rien de normal à sa maladie - et Dieu le guérit.

Le démon de Martin était capable de se transformer en bien des formes. Il était particulièrement habile à prendre des formes de divinités de la mythologie, apparaissant parfois comme Jupiter ou Mercure. Mais bien que Martin fut toujours alarmé par Mercure, il écarta toujours Jupiter comme "un animal stupide" et un "sot".

Le démon aimait aussi prendre la forme de femmes. Un jour, il apparut comme Vénus, une autre fois comme Minerve, mais toujours exhalant une forte odeur de souffre, et fuyant toujours face au Signe de la Croix.

Après avoir appris qu'Hilaire était en route vers Poitiers, Martin fit le voyage de Rome pour le rencontrer en route, et l'accompagner jusqu'à son siège. Comme Martin souhaitait vivre en solitaire, Hilaire lui donna une terre, à présent appelée Ligugé, où il fut rejoint par d'autres ermites - et ainsi fut fondée la première communauté monastique des Gaules. Ce fut un célèbre monastère jusqu'en 1607, et il fut restauré en 1852 par les Bénédictins catholiques-romains de Solesmes. Il y vécut 10 ans, prêchant et accomplissant des miracles célèbres dans la région, dont la résurrection d'un catéchumène et d'un esclave pendu.

Bien vite, les ennuis avec le démon se firent plus graves. Un jour pendant que le saint était en prière dans sa cellule, le démon vint sans frapper, tenant en sa main une corne couverte de sang. "Je viens de tuer un des tiens", dit-il au saint. Et de fait le transporteur du monastère venait d'être tué par un taureau. Aussitôt Martin résolu de combattre les démons avoisinants en détruisant tous les temples païens du district. Il reçut peu après le don de discerner les démons, et ceci lui permit de tenir à l'écart son propre démon.

Vers 371, Tours le choisit comme son 3ème évêque. Il ne voulait pas prendre cette charge; le peuple utilisa une astuce pour y parvenir : ils le firent venir pour visiter un malade de la ville, et l'emmenèrent à l'église. Son apparence pauvre n'impressionna pas les évêques qui étaient venus assister à l'élection, mais le peuple rejeta leurs objections et Martin fut consacré le 3 juillet 371.

Il vécut dans une cellule près de l'église, mais se retira vite de la ville et de ses distractions vers un lieu qui deviendra l'abbaye de Marmoutier, qui deviendra un autre grand centre monastique. C'était un désert, avec un falaise à pic d'un côté et une rivière de l'autre. Peu de temps après, 8 moines se joignirent à lui. Les moines ermites ne s'occupèrent ni d'art ni d'affaires. Les plus âgés s'occupèrent uniquement de prière, pendant que les plus jeunes écrivaient. Nombre d'évêques sortirent de ce monastère parce que chaque ville voulut un pasteur qui aurait été formé sous la discipline de Saint Martin.

Ici, en privé, Martin vivait exclusivement en moine, pendant qu'en public, il se dévouait avec un zèle brûlant à la charge de ses tâches épiscopales. Chaque année il visita chaque paroisse de ses régions rurales, voyageant à pied, à dos d'âne ou par bateau. Il fut un innovateur, en oeuvrant pour convertir les régions rurales, dans lesquelles il introduisit un début de système paroissial. Auparavant, les Chrétiens étaient confinés surtout dans les régions urbaines.

Son biographe et ami, Sulpice Sévère, rapporte qu'il étendit son apostolat de la Touraine jusqu'à Chartres, Paris, Autun, Sens et Vienne. Bien qu'on rapporte qu'il détruisit vigoureusement les temples païens, ses miracles attestés aidèrent beaucoup dans ses progrès : il guérit saint Paulin de Nole d'une maladie des yeux, guérit des lépreux, et ressuscita un mort. Martin eut des visions et révélations, et reçut le don de prophétie. En exorciste, Martin ne menaçait pas les démons, au contraire il se prosternait sur le sol et les soumettait par la prière.

Il fut un des grands pionniers du monachisme Occidental, basé sur les modèles des monastères orientaux de Terre Sainte, d’Égypte et de Syrie, et c'est ainsi qu'il influença le type de monachisme qui s'installera en Irlande, Écosse et Pays de Galles. C'était avant saint Benoît - qui avait une vénération particulière pour lui.

A cette époque, Priscillien, le guide d'une secte Gnostique-Manichéenne, était attaqué par Ithaque, l'évêque d'Ossanova, qui l'accusait de sorcellerie et exhortait l'empereur de le faire mettre à mort. Ensemble avec le pape de Rome Siricius et saint Ambroise [ de Milan ], Martin se prononça contre la peine capitale à l'encontre de Priscillien et des autres Espagnols hétérodoxes prononcée par les autorités civiles, dont Ithaque et l'empereur Maximus. Il croyait que l’État ne devait pas intervenir dans les affaires ecclésiastiques. Martin plaida auprès de Maximus pour qu'il n'exécute pas les hérétiques mais permit de simplement les excommunier.

Ithaque accusa alors Martin d'hérésie. Maximus dit à Martin qu'il ne les exécuterait pas, mais une fois que Martin fut partit de Trêves [après avoir concélébré avec eux], Maximus fut persuadé de renvoyer le cas de la secte au préfet Evodius. La secte fut jugée coupable, et ses membres furent décapités, faisant de cette affaire le premier cas de peine de mort prononcé judiciairement pour hérésie. Le pape de Rome Sirice censura tant Maximus qu'Ithaque pour leur rôle dans cette affaire.

Martin rencontra une très grande opposition dans les années qui suivirent, un de ses principaux critiqueurs étant le semeur de troubles saint Brice, qui lui succédera plus tard comme évêque. Mais son impressionnante puissance spirituelle était trop grande pour 'l'incroyable et sanglante férocité' du comte Avitian, qui restreignit ses intentions barbares à Tours.

Il tomba malade dans la zone rurale de Candes en Touraine. Gisant mourant, étendu sur un lit de cendres, prêt à rendre un dernier et douloureux souffle, pendant que les cloches étaient déjà occupées à annoncer son départ, il demanda à ses disciples, "Laissez-moi, mes frères, afin que je puisse fixer mes yeux aux Cieux plutôt que sur la terre, et mettre mon âme sur le chemin qui mène au Seigneur".

Mais le démon attendait à côté du lit de son vieil ennemi. Il ne connaissait que trop bien les subtilités de l'agonie de la mort. Il savait où poser sa main au dernier moment quand l'âme, dans ses efforts pour quitter le corps, est devenue molle et malléable comme du verre fondu; et le diable attendait pour s'emparer de l'âme à ce moment et l'emporter dans les flammes de l'enfer. Il était bien trop occupé pour parler, et de plus il avait déjà usé depuis longtemps toute sa réserve d'artifices. Et ainsi, lourd, noir, et attentif, il travaillait en silence près du corps du mourant.

Alors saint Martin, se relevant de son agonie, affronta le monstre avec ces mots :" Que fais-tu ici, bête sauvage? Tu ne trouveras rien en moi qui t'appartienne, toi le maudit, car je serai d'ici peu dans le sein d'Abraham!"

Et ayant exorcisé le démon loin de son corps, Martin tourna sa face vers le mur et rendit son âme à Dieu. C'est ainsi qu'on été les relations entre les saints et le démon, depuis les débuts du monde.

Martin fut enterré à Tours. Son successeur, saint Brice, bâtit une chapelle au dessus de sa tombe, et elle fut par la suite remplacée par une basilique. Il fut un des saints les plus populaires du Moyen-Age, et son tombeau était et est toujours un grand lieu de pèlerinage où nombre de miracles s'accomplissent.

Évangélisateur de la Gaule rurale et père du monachisme en France, saint Martin de Tours fut un personnage de grande importance. Sa renommée s'étend de l'Irlande jusqu'à l'Afrique et à l'Est. En Angleterre, l’Été de Saint-Martin est un moment de météo clémente qui a parfois lieu vers l'époque de sa fête. Nombre d'églises sont dédicacées en son honneur en Angleterre, dont Saint-Martin à Canterbury et Saint-Martin-in-the-Fields à Londres.

Bien que le saint aspirait à devenir ermite, l’Église le força à mener sa vie d'évêque aimant et énergique à Tours.

Saint Martin est la plupart du temps représenté en jeune soldat à cheval, partageant sa cape avec un mendiant, mais parfois on le représente en évêque avec un mendiant à ses pieds ou près de lui, ou en armure avec les symboles épiscopaux. Son emblème est un globe de feu sur sa tête pendant qu'il célèbre la Liturgie, ou une oie, dont la migration coïncide souvent avec sa Fête.

Saint Martin est vénéré à Tours. Il est le saint patron des armuriers, mendiants, cavalerie, tonneliers, animaux domestiques, de la France, des oies, des corsetiers, des gantiers, des chevaux et de leurs cavaliers, de l'infanterie, des meuniers, des hotelliers, des soldats, des tailleurs, des vignerons et des marchands de vin (du fait que sa Fête tombe juste après les vendanges), et des tisseurs de laine (parce qu'il partagea sa cape). Il est invoqué contre l'alcoolisme, les tempêtes et les ulcères.

Page internet de notre ami Jean-Michel
Plusieurs photos de Tours : cathédrale, abbaye, icônes, reliquaires et la tombe de Saint Martin
(vers le tiers de la page)
http://www.amdg.be/sankt/nov11.html


Et aussi l'intégrale des écrits de Septime Sévère sur saint Martin, en français.



enluminure, le corps de saint Martin est ramené à Tours

"Martin of Tours: The Shaping of Celtic Christianity"
Christopher Donaldson, Canterbury Press, 1997
ISBN 1-85311-157-0

Saint Martin de Tours, d'après l'icône du Mont-Sinaï
Icône d'Irina Gorbounova-Lomax
source photo

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Thanks pour vos feuillets Un ami Français des Bouches du Rhône (Rognac)