"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

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30 janvier 2016

Sainte Bathilde, reine des Francs, puis moniale et diaconnesse (+ vers 680)


Sainte Bathilde, reine puis veuve, moniale & diaconesse
(Bathildis, Bathild, Baldechilde, Baldhild, Bauteur)

Née au Ciel le 30 janvier 680.


Bathilde, comme saint Patrick, avait été esclave. Née Anglo-Saxonne, elle fut capturée en 641 par des pirates Danois, et vendue à Erchinoald, le maire du palais de Clovis 2, roi des Francs. Elle en gagna vite les faveurs, car elle avait charme, beauté, et une nature gracieuse et douce. Elle gagna aussi l'affection de ses compagnons de servitude, car elle était serviable envers eux aussi, nettoyant leurs chaussures, réparant leurs vêtements, et son tempérament radieux et attirant la rendait chère à tous.

Le ministre, attiré par ses belles qualités, souhaita en faire sa femme, mais Bathilde, effrayée à l'idée, se déguisa avec des vieilles loques et se cacha parmi les serviteurs de rang inférieur dans le palais; et lui, ne la trouvant plus à sa place habituelle dans ce palais de Soissons - capitale des Francs à l'époque -, il pensa qu'elle s'était enfuie, et se maria avec une autre femme.

Son prétendant suivant, cependant, ne sera rien de moins que le roi en personne, car lorsqu'elle se débarassa de ses vieilles hardes et reprit sa place, il remarqua sa grâce et sa beauté, et lui déclara sa flamme. En réalité, c'est le maire de palais Archimbaut qui, voulant conserver son pouvoir et connaissant les penchants de son roi, lui présenta la jeune femme... Ainsi donc, en 649, l'esclave de 19 ans, Bathilde, devint reine des Francs. Elle mit 3 fils au monde pour Clovis : Clotaire 3, Childéric 2 et Thierry 3 - qui tous deviendront rois. A la mort de Clovis (vers 655-657, mort jeune après être devenu fou), elle fut nommée régente au nom de son fils aîné, qui n'avait que 5 ans, et dirigea avec compétence durant 8 ans, avec saint Eloi (1er décembre) pour conseiller personnel.

Ce fut une excellente reine et une dirigeante avisée. Contrairement à beaucoup d'entre ceux qui accèdent soudainement à une haute place et grande fortune, elle n'oublia jamais qu'elle avait été esclave, et fit tout ce qui était en son pouvoir pour libérer ceux vivant en captivité. 


Tout en régnant, elle partagea le royaume entre ses 3 jeunes fils, l'aîné Clotaire recevant le siège principal à savoir la Neustrie, Childéric l'Austrasie, et Thierry la Bourgogne.

On nous rapporte que "la reine Bathilde était la plus sainte et pieuse des femmes; sa pieuse munificence ne connaissait pas de bornes; se souvenant de son propre esclavage, elle utilisa de grandes sommes pour le rachat de captifs." Bathilde aida à promouvoir le Christianisme en secondant le zèle de saint Ouen (24 août), saint Léodegaire (2 octobre) et de nombreux autres évêques.

A cette époque, les plus pauvres habitants des pays Mérovingiens étaient souvent obligés de vendre leurs enfants comme esclaves, afin de payer les taxes qui les écrasaient - la tristement célèbre "capitation". Bathilde réduisit ces taxes, interdisit d'acquérir des esclaves Chrétiens et la vente de sujets de son royaume, et déclara que tout esclave posant le pied sur le sol de son pays serait dès cet instant libre. C'est ainsi que cette lumineuse femme gagna l'amour de son peuple et fut une pionnière dans l'abolition de l'esclavage. Cela ne lui valut pas une grande popularité parmi les riches...

Un écrivain Anglais contemporain, Eddius (le biographe de saint Wilfrid) prétend que la reine Bathile fut responsable de l'assassinat politique de l'évêque saint Annemond (Dalfinus) de Lyon (28 septembre) et de 9 autres évêques. Ce qui a réellement eu lieu est fort obscur, l'époque étant troublée, et il est totalement improbable que Bathilde soit coupable de ce crime. Parmi les décisions de sainte Bathilde, fidèle enfant spirituelle de saint Éloi, il y avait la sanction contre la simonie, interdisant aux évêques de percevoir des revenus pour les sacrements accomplis. Elle avait aussi fait interdire la pratique qui valait que les rejetons des nobles touchent une partie des revenus des abbayes. Vu les moeurs de l'époque, elle n'a pas dû que se faire des amis, y compris parmi tous ceux qui devaient leur siège épiscopal non pas aux grandes écoles monastiques "colombaniennes", mais au "fait du prince" dont souvent ils étaient un parent. Sa volonté à voir un clergé conforme à la Foi lui aura donc valu bien des calomnies. Le plus probable est que le coupable était le très cruel et peu chrétien maire de palais de son fils, Ebroïn, à la réputation épouvantable historiquement établie, qui n'hésitait pas à persécuter l'Église, et c'est de sa propre initiative que cet terrible meurtre aura eu lieu.

Sainte Bathilde fonda aussi nombre d'abbayes sous la Règle de saint Colomban, telles que Corbie, Saint-Denis et Chelles, qui devinrent des implantations de civilisation dans des régions éloignées et sauvages, habitées seulement de loups rôdant et autres bêtes féroces. Sous sa direction, les forêts et les terres en friches furent regagnées, des champs et des paturages prennant la place, et l'agriculture devint florissante. La Gaule se relevait à peine de grandes invasions qui avaient ramené sa population de 8 à 5 millions.. Suite à toutes ces invasions, le nord de la Gaule était largement déchristianisé, et les évêques missionnaires avaient beaucoup de travail pour tout relever. On trouve quantité de saintes femmes auprès de piètres rois, à cette époque, saintes qui toutes épauleront le mouvement missionnaire, souvent au péril de leur vie.


Elle fit construire des hôpitaux publics et vendit ses bijoux pour venir en aide aux nécessiteux. Mais tout cela aussi la rendait détestable aux yeux des grands du royaume. Avant de se cloîtrer à Chelles, Bathilde n'avait pas su empêcher le maire du palais Ebroïn de dominer par ses intrigues, contre les avis de saint Léger d'Autun, conseiller de la reine. Ce fut Ebroïn qui parvint à gouverner et poussera la reine à se retirer. Par là même, s'ouvrira cette terrible période de luttes intestines du royaume franc, qui s'achèvera avec l'arrivée de Charles Martel et ses Carolingiens.

Pour finir, lorsque Clotaire fut en âge de règner, elle fut donc forcée à se retirer (et sous escorte militaire!) dans sa propre abbaye royale de Chelles, à Lagny, près de Paris, où elle servit les autres moniales avec humilité et obéissance envers l'abbesse, comme si elle était la moindre des soeurs. Elle était tellement détestée des "grands" qui se souciaient très peu du bien du peuple et de l'unité du royaume, qu'elle ne sortit plus du monastère même après le début des conflits entre les royaumes de ses fils. L'assassinat d'un de ses conseillers et ami évêque lui fut un sérieux avertissement.

Peu après son arrivée au monastère, elle s'occupa des funérailles de son père spirituel, saint Éloi, qui l'avait avertie en songe de s'empresser de quitter les affaires de ce monde. Rapidement, des filles de familles influentes ou de la noblesse comme sainte Hereswithe d'Angleterre, arrivée en 655 et sa soeur sainte Hilde (614-680), ou sainte Mildred de Kent (+ 732) fondatrices d'abbayes en Angleterre, vinrent à Chelles, qui rayonnait tant spirituellement qu'au niveau de la civilisation mérovingienne.

Elle mourrut à Chelles avant d'avoir atteint ses 50 ans. La mort la toucha délicatement; étant occupé à mourrir, elle dit qu'elle vit une échelle montant de l'Autel jusqu'au ciel, et elle y grimpa en compagnie des Anges.


Selon certains auteurs, comme moniale, elle aurait été ordonnée diaconnesse. C'est tout à fait plausible, car cela aurait été une manière de la rendre intouchable aux yeux d'une partie importante des dirigeants mérovingiens qui la détestaient mais n'auraient pas osé lever la main sur un membre du clergé. Et une telle ordination "de protection" avait aussi été faite par saint Médard pour sainte Radegonde.

Sa sainteté fut reconnue de son vivant, son culte fut même étendu au diocèse de Rome par l'évêque et pape Nicolas Ier (858-867). L'essentiel de ses saintes reliques repose toujours à l'église Saint-André de Chelles, le restant se trouvant à l'abbaye de Jouarre, et à la cathédrale de Meaux.


Sa Vie fut écrite par un contemporain. Le monastère de Chelles avait beaucoup de contacts avec l'Angleterre anglo-saxonne, ce qui amena à répandre son culte dans les Îles Britaniques.


On dépeint généralement Sainte Bathilde en reine couronnée, ou en moniale devant l'Autel de la Vierge Marie, 2 Anges supportant un Enfant sur une échelle (cette échelle étant aussi un jeu de mot sur le nom du monastère, Chelles), et aussi avec la vision qu'elle dit avoir eu de sa mort. On peut aussi la représenter :
(1) tenant un balai, rappel de son ancien esclavage;
(2) donnant l'aumône ou du pain;
(3) portant un modèle de l'abbaye de Chelles (Roeder, White).
Elle est la sainte patronne des enfants (Roeder).




Tunique ou "chasuble" de sainte Bathilde, Musée municipal "Bono" à de Chelles. Cette sorte de chasuble était placée dans son cercueili, et par son style de couture, elle imite les brodures de bijoux helléniques. Réalisé en soie sur lin.
Source

Shirt
neck
Closeup
Face avant. 
Gros-plan du col.
Brodure du col.
Cross
medaillons
Roundel
Gros-plan de la bordure de croix.
Médaillons en demi-cercles.
Médaillon du centre.
Roundel
Roundel
Roundel
2ème en partant de droite.
Médaillon de droite.
2ème en partant de gauche.

Voir à ce sujet (en allemand) "Brettchenweben"




Tropaire de sainte Bathilde, ton 6
Vendue comme esclave n'étant encore que petite fille,*
Tu devins par la suite l'épouse du roi Clovis II et la reine des Mérovingiens.*
Devenue régente après la mort de ton époux terrestre,*
Tu fis abolir l'esclavage et tu fonda nombre de monastères et d'hôpitaux publics. *
Fidèle aux enseignements de nos saints pères Éloi et Ouen, *
Quand ton fils devint roi, tu te fis moniale à Chelles. *
Sainte Bathilde, prie Dieu pour notre salut !


Voir aussi + source icône:
http://orthodoxologie.blogspot.be/2011/05/sainte-bathilde-moniale-de-chelles-et.html


A (re)lire aussi, ce texte de 2007 :
Saintes Aldegonde, Bathilde, Martine & les 3 saints Docteurs
http://stmaterne.blogspot.com/2007/01/saintes-aldegonde-bathilde-martine-les.html





Sacramentaire de Ratoldus, abbé de l'abbaye royale de Corbie (dit "grégorien", en réalité de type "gélasien"), anno 975, réédition latine, texte critique & notes :
http://www.boydellandbrewer.com/store/viewItem.asp?idProduct=11738


Collégiale de l'ancienne abbaye de Corbie, fondation de sainte Bathilde. Un trésor de saintes reliques s'y trouve exposé sur tout le pourtour intérieur de l'église!



Carte routière depuis la paroisse des saints Anargyres à Péronnes-lez-Binche (B) jusqu'à la collégiale Saint-Etienne à Corbie (F)


Source ("couture de saints patrons sur vêtements")

30 janvier 2015

Sainte Martine, martyre à Rome (+ 226)


"Sainte Martine est née à Rome de nobles parents et Chrétiens. Son père avait été 3 fois consul et s'était distingué par une grande Foi et charité. Après la mort de ses parents, Martine vendit ses biens et distribua l'argent aux pauvres. L'empereur Alexandre régnait et persécutait les Chrétiens. Des soldats occupés à rechercher les serviteurs de Jésus-Christ trouvèrent sainte Martine en prière dans une église et l'arrêtèrent. Comme elle se laissait arrêter sans aucune difficulté et se mit à les suivre, ils crurent l'avoir gagnée. Mais, amenée devant l'empereur, elle refusa de sacrifier aux idoles. Celui-ci la fit malgré tout conduire au temple d'Apollon. En y entrant, Martine, s'armant du Signe de la Croix, pria Jésus-Christ. Aussitôt il se fit un effroyable tremblement de terre qui renversa une partie du temple et brisa l'idole. L'empereur se mit en colère, et ordonna qu'on frappât la vierge à coups de poings et qu'on l'écorchât avec des griffes de fer. Martine souffrit avec une telle patience que les bourreaux, fatigués, furent remplacés par d'autres; une lumière divine bouleversa et convertit ces derniers.
Ramenée devant l'empereur, Martine refusa pour la 2ème fois de sacrifier aux divinités païennes. Alexandre la fit attacher à 4 pieux et fouetter si cruellement et si longtemps que les bourreaux s'arrêtèrent, épuisés. Martine fut reconduite en prison, et on versa sur ses plaies de l'huile bouillante. Mais des Anges vinrent la fortifier et la consoler. Le lendemain, la vierge fut conduite au temple de Diane. Le démon en partit aussitôt avec des hurlements horribles, en même temps la foudre renversait et brûlait une partie du temple avec ses prêtres païens. L'empereur, effrayé, laissa Martine aux mains du président du tribunal Justin. Ce dernier la fit si cruellement déchirer avec des griffes de fer qu'il la crut morte. Mais s'apercevant qu'elle vivait encore, il dit : "Martine, ne veux-tu pas sacrifier aux dieux et te préserver des supplices qui te sont préparés?"
- J'ai mon Seigneur Jésus-Christ qui me fortifie, et je ne sacrifierai pas à vos démons."
Le président, furieux, ordonna de la reconduire en prison.
L'empereur, informé de ce qui s'était produit, ordonna d'amener Martine dans l'amphithéâtre afin d'y être livrée aux fauves. Mais un lion qu'on lâcha pour la dévorer, vint se coucher à ses pieds et lécha ses plaies. Comme on le ramenait à son antre, il se jeta sur un conseiller d'Alexandre et le dévora. Ramenée en sa prison, Martine fut encore une fois conduite au temple de Diane, et comme elle refusait toujours de sacrifier, on déchira de nouveau son pauvre corps dont on voyait tous les os. Un de ses bourreaux lui dit : "Martine, reconnais Diane pour déesse, et tu seras délivrée."
- "Je suis Chrétienne et je confesse Jésus-Christ."
Sur ces paroles, on la jeta dans un grand feu préparé à l´avance, mais le vent et la pluie survinrent à l'instant, dispersèrent le bûcher et brûlèrent les spectateurs. On retint la Sainte durant 3 jours dans le temple, après lui avoir toutefois fait couper les cheveux. L'empereur la croyait magicienne et s'imaginait que sa force résidait dans sa chevelure. Elle fut tout ce temps sans rien manger ni boire, chantant continuellement les louanges de Dieu. Ne sachant plus que faire, Alexandre la fit décapiter. Le corps de Martine demeura plusieurs jours exposé sur la place publique, défendu par 2 aigles qui restèrent jusqu'au moment où un nommé Ritorius put lui donner une honorable sépulture Chrétienne."
Acta & Vita de sainte Martine tirée des manuscrits de Saint-Maxime de Trèves







Corbie, ancienne abbaye royale fondée par sainte Bathilde au 7ème siècle, possède le reliquaire de sainte Martine.
au premier plan sur l'ovale rouge, des restes d'une palme fossilisée, symbole du martyre.
Par les saintes prières de Ta servante Martine, Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, accorde-nous abondante Miséricorde!





Carte routière depuis la paroisse des saints Anargyres à Péronnes-lez-Binche (B) jusqu'à la collégiale Saint-Etienne à Corbie (F)





 Hymne à sainte Martine, martyre à Rome, dont les précieuses reliques sont conservées à Corbie

Chante Martine, Ô mon âme, célèbre cette fille de la Rome Chrétienne, applaudis sa gloire, chante l'illustre Vierge, célèbre la Martyre du Christ.

Née de noble lignée, élevée dans les conforts d'une vie mondaine, son enfant se passa dans les ors d'un riche palais.

Dédaignant les fugaces et terrestres plaisirs, elle se consacra entièrement au Seigneur Dieu. Et de son coeur généreux, elle déversa les richesses héritées de sa famille sur les pauvres du Christ, n'aspirant qu'à la récompense divine.

Griffes de fer, fouets, ou fauves, qui tous déchirent terriblement les corps, jamais ne réussirent à faire vaciller son courage. Les envoyés célestes vinrent la fortifier du pain des Anges.

Oubliant sa naturelle cruauté, le lion se prosterna à tes pieds, ô Martine. Seul l'épée parvint à te faire franchir les portes du Ciel.

Des Autels des saintes églises du Christ, l'encens fait monter vers toi nos pieuses prières. Le souvenir de ton nom rend évanescent le nom de toutes les fausses divinités.

Veille sur tous ceux qui font te commémorent avec ferveur. Toi qui a lutté contre l'impiété païenne et en connais les grands méfaits, fais s'étendre la Foi Chrétienne à toute la terre.

Notre soutien fervent auprès du Christ, sainte Martine, exauce nos humbles prières, que nous t'adressons avec amour et fidélité.

Par les prières de Ta sainte martyre, Ô Seigneur notre Dieu, soutiens les martyrs et confesseurs de notre époque. Dieu Un et Trine, illumine Tes serviteurs pour leu bonheur de nos âmes. Amen



A (re)lire aussi :
Saintes Aldegonde, Bathilde, Martine & les 3 saints Docteurs
http://stmaterne.blogspot.com/2007/01/saintes-aldegonde-bathilde-martine-les.html


Tropaire de sainte Martine, Martyre, ton 2

Fille d'une illustre famille de Chrétiens,*
A la mort de tes parents, tu vendis tes biens*
Afin de soulager la misère des pauvres.*
Et lorsqu'arriva le temps des persécutions,*
Tu fus martyrisée sans renier ta Foi.*
Sainte Martine, prie Dieu pour notre Salut!


source tropaire:
http://acathistes-et-offices-orthodoxes.blogspot.be/2013/02/racines-orthodoxes-30-janvier12-fevrier.html

30 janvier 2007

Saintes Aldegonde, Bathilde, Martine & les 3 saints Docteurs

Il y a quelques années, je me suis un jour disputé (incroyable, non?) avec un prêtre que pourtant j'aime beaucoup, habituel paradoxe du pécheur impossible à convertir. La raison? En ce 30 janvier, dans mon Église, c'est à nouveau fête de 3 saints d'Orient qui ont déjà leur fête à plusieurs autres reprises, et on méprise à nouveau les saints de l'Occident Orthodoxe, par méconnaissance bien entendu, mais aussi, disons-le clairement, par refus de vouloir connaître chez nombre de responsables à qui le Christ a confié le troupeau. Et c'est bien triste et porteur de conséquences. L'ethno-centrisme étant la plus visible.

Le prêtre prenait la défense de la-dite fête au nom du fait que justement, il y avait derrière une histoire de "préférences pour tel ou tel saint", et qu'ils seraient tous les 3 apparus pour mettre tout le monde d'accord, comme quoi il ne fallait pas faire de préférence. Raison de plus, avais-je bien entendu réagit, pour qu'on ne les préfère pas aux saints qui sont d'ici et n'ont pas d'autre date de fête. J'ai d'ailleurs eu la même réaction pour d'autres "célèbres saints" d'Orient qui ont plusieurs fêtes et qui de ce fait cachent la présence de saintes et saints Orientaux importants mais moins connus. L'Église et la vie avec les amis du Christ, c'est toujours plus d'enrichissement, et ces "petites préférences" sont un triste appauvrissement, quelles que soient les bonnes intentions invoquées.
Ce qui me chagrinait dans cette histoire, c'est que si je pouvais comprendre qu'un membre du clergé d'une autre Église Orthodoxe installé ici de fraîche date ne connaisse rien de la riche histoire orthodoxe locale, de ce riche premier millénaire, je ne pouvais pas trouver cela acceptable qu'il soit encore dans l'ignorance à ce sujet après quelques années sur place. Et encore moins dans l'épiscopat. Les calendriers liturgiques auraient dû être adaptés aux réalités spirituelles locales depuis belle lurette, en se basant sur les calendriers Orthodoxes officiels bien entendu. Car c'est toujours pour après demain dès lors qu'il s'agit d'ici, et ce n'est pas normal, c'est un manque d'amour flagrant envers tout ce qui n'est pas "de chez eux", une aberration puisque c'est ici que Dieu les fait vivre, et donc ici le "chez eux", et je crois qu'il est temps qu'ils en prennent tous conscience (certains le font). Mille six cent ans d'ignorance ont mené à tant d'erreurs et d'horreurs. "Aimons-nous les uns les autres afin de pouvoir confesser le Père, le Fils.." disons-nous à la Divine Liturgie byzantine, certes, mais pour que ça ne reste pas que des mots, encore faudrait-il vouloir connaître cet "autre", n'est-ce pas?..

Revenons à mon altercation liturgico-pécheresse avec mon confesseur. Là où je "pétais les plombs" (ce qui n'est pas judicieux ni convenable envers son confesseur), c'est que ce prêtre qui défendait ce choix liturgique... c'était un Belge. Bien au courant de la richesse spirituelle dont ces choix nous privaient.. et reconnaissant cette richesse.. Bon, entre-temps j'ai mis beaucoup d'eau dans mon vin et accepté certains de ses arguments. Mais pas tous, parce que la vie de l'Église Indivise lui donne tort sur ce sujet. Alors, aujourd'hui, hors de question pour moi de faire l'impasse sur notre Mère parmi les saints, la grande sainte Aldegonde de Maubeuge. En une époque où, par la folie consumériste, par un style de vie industrielle induisant des pollutions sans cesse plus terribles partout sur terre, le cancer est une maladie hyper répandue, se priver d'une sainte dont la guérison du cancer tant physique que moral semble bien être la "spécialité", quelle folie! Sainte Aldegonde, prie Dieu pour nous.
En plus, à cause de cet ostracisme insupportable, pas de renouveau iconographique non plus, et on doit se contenter de "ça"...

Et sainte Martine : depuis quand une sainte martyre du Christ serait "moins", au point de ne pas même avoir de mention prévue en Liturgie?
dessin de sainte Bathilde, reine et diaconesse orthodoxeEt comment ose-t'on évacuer d'un geste du coude sainte Bathilde, la reine qui deviendra diaconesse, fondatrice de tant de monastères, protectrice de tant d'autres, véritable "moteur logistique" d'une partie de la gigantesque réforme monastique lancée par saint Colomban de Luxeuil, réforme qui "ne" produira "que" 2 siècles de saints tant laïcs que clergé et monastiques dans toute une partie de l'Europe?! Mais c'est fou, de se priver de tels amis du Ciel, et surtout d'en priver les autres! C'est dans la grande abbaye de Corbie dont elle sera la fondatrice que notre amie sainte Rolende de Gerpinnes se retrouvera, avant de venir achever son parcours terrestre chez nous. Nous avons les plus grands liens spirituels avec elles, l'Église doit restituer dans le calendrier liturgique cette réalité. Il en va de la catholicité. Tout le restant est prétexte ethno-phylétiste.

Vous les retrouverez ici, ainsi que bien d'autres :
http://www.amdg.be/sankt/jan30.html

Et, l'âme en paix parce que "devoir accompli",
je continue alors en passant au texte du p. Thomas. Comme de bien entendu, il ne parle que de la fête de l'Orient byzantin, et pour le calendrier "de l'Église", uniquement des saints de l'Orient, même si une (toute petite) partie des autres y sont aussi présents, et bien qu'il habite et enseigne depuis si longtemps en Occident. Vous voyez, le problème est très répandu. Mais ses remarques sont applicables aux autres saints, et notamment ceux d'ici. Quand on voit les familles comme celles de sainte Waudru, sainte Gertrude de Nivelles ou saint Poppon, avec des canonisés tous azimuts, des maîtres à penser fruits d'un profond vécu Chrétien et qui deviennent ferments et dirigeants de ce milieu Chrétien d'où ils sont issus, oui, le texte du p. Thomas s'applique aussi chez nous.
Ca va de soi mais ça va mieux en le disant :-)
JM

Les 3 Saints Hiérarques

Les jours suivant la fête de l'Épiphanie sont remplis de commémorations liturgiques de grands saints de l'Église. Durant cette époque de l'année, nous trouvons des célébrations en l'honneur de personnes tels qu'Ignace d'Antioche, Grégoire de Nysse, Grégoire le Théologien, Jean Chrysostome, Maxime le Confesseur, Athanase et Cyril d'Alexandrie, et Marc d'Éphèse; de même que les saints moines Antoine, Paul, Macaire d'Égypte, Euthyme, Théodose et Ephrem le Syrien.
Au mois de janvier on trouve aussi la mémoire de femmes martyres telles que Domnica, Tatiana et Xénia. Ce faisant, c'est une des périodes les plus riches de l'année pour contempler la sainteté Chrétienne.
Le 30ème de ce mois, comme une sorte de résumé de la période, l'Église célèbre la fête des 3 saints hiérarques : Basile le Grand, archevêque de Césarée en Cappadoce; Grégoire le Théologien, évêque de Nazianze et archevêque de Constantinople; et Jean Chrysostome d'Antioche, aussi archevêque de Constantinople. Cette journée est connue dans l'Église Orthodoxe comme jour de célébration des lettres Orthodoxes, la fête des études théologiques et des écoles ecclésiastiques.

Que nous tous qui aimons leurs paroles nous nous rassemblions avec des hymnes,Pour honorer les trois grands luminaires de la Divinité Tri-Une,Basile le Grand, Grégoire le Théologien et Jean Chrysostome.Ces hommes ont illuminé le monde avec les rayons de leurs divines doctrines.Ce sont des rivières débordantes de sagesse,Qui ont irrigué toute la création avec les sources de la connaissance céleste.Ils ne cessent d'intercéder pour nous auprès de la Sainte Trinité. (1)

Ces 3 saints hiérarques étaient des hommes très différents les uns des autres. Basile le Grand (+ 379) était un homme d'Église appliqué, un solide penseur, un pasteur plein de compassion, un ferme défenseur de l'Orthodoxie et un maître monastique. Grégoire le Théologien (+ 389) était son meilleur ami. Ils s'étaient rencontrés à l'université d'Athènes, où ils étudiaient la littérature, la rhétorique et la philosophie, avant de tout abandonner pour l'amour du Christ, afin de Le suivre. Après avoir passé du temps ensemble dans la solitude monastique, Basile entrepris la tâche de défendre la divinité du Christ telle que définie par le Concile de Nicée. Il devint évêque et força son ami, réticent, à aussi entrer dans l'épiscopat et à illuminer la Foi Orthodoxe.

Grégoire était un homme délicat, un contemplatif et un poète. Il était facilement blessé et sera souvent insulté. En tant que pasteur, il eut moins que du succès. Mai comme théologien, il fut le plus grand. Ses homélies sur la Sainte Trinité, prononcées devant un petit groupe de fidèles Chrétiens Orthodoxes à Constantinople, lorsque la cathédrale et la masse du peuple étaient aux mains des infâmes hérétiques Ariens, demeurent des classiques de la théologie Orthodoxe.

Jean Chrysostome (+ 407) était un prédicateur passionné. On l'appelle Chrysostome, ce qui signifie "bouche d'or", du fait de ses remarquables dons oratoires. Saint Jean était fermement Orthodoxe en tous ses enseignements, mais n'est pas principalement connu comme théologien. On parle plus volontiers de lui et le loue pour ses enseignements sur la vie Chrétienne, ses dénonciations prophétiques de l'injustice et du mal, son souci pastoral pour les pauvres et les opprimés, et son opposition intrépide à ceux qui voulaient dénaturer et trahir l'Évangile du Christ, en particulier ceux se trouvant à de hautes responsabilités dans le pouvoir. Il mourut en exil, chassé de son église, en 407.

Les 3 saints hiérarques étaient entourés de petits groupes de fidèles soutiens, y compris des membres de leurs familles, qui les assistaient et les inspiraient dans leur travail. La mère et la grand-mère de Basile, Emmelie et Macrine, de même que sa soeur Macrine, sont des saintes canonisées par l'Église, de même que son frère Grégoire de Nysse. Tant lui que son frère Grégoire considéraient leur soeur Macrine comme leur plus grand enseignant.
La mère de Grégoire le Théologien, Nonna, est aussi une sainte canonisée. Dans son oraison funèbre en son honneur, le saint père dit que sa mère lui avait donné tout ce qu'il avait dans le Seigneur, y compris non seulement sa vie physique, mais aussi sa vie spirituelle. Théosebie, la soeur de Grégoire, que certains pensent être l'épouse de Grégoire de Nysse, fut louée par son frère comme "plus grande que les prêtres", et avec elle, sa soeur Gorgonia.
Anthusa, la mère de Jean Chrysostome, est aussi une sainte canonisée de l'Église. La meilleure amie et collaboratrice de Jean était la diaconesse Olympiada (ou Olympia), à qui il adressa sa plus touchante lettre, à la fin de sa vie.
Nous voyons ainsi que ces grands évêques, théologiens et prédicateurs n'étaient pas seuls dans leurs efforts. Au sens vrai, ils étaient les produits d'une communauté de Foi, dévotion et érudition; de même que ses dirigeants et enseignants.
En contemplant les vies et oeuvres de Basile, Grégoire et Jean, nous réalisons comment, plus que toute autre chose, un petit groupe de fidèles peuvent faire de bien pour l'édification de l'Église et le Salut des âmes. Nous voyons aussi comment nul ne peut vivre dans l'isolement, comment même les plus grands saints ont eu besoin d'autres saints pour les inspirer et les encourager, les instruire et les soutenir dans leur service. Nous voyons de même que l'intelligence et l'érudition ne sont pas suffisantes. L'esprit des gens doit être voué à Dieu et à la divine sagesse et vérité, mais il faut aussi non seulement aimer Dieu de tout son esprit, mais aussi de tout son coeur, de toute son âme, de toute sa force. Les 3 saints hiérarques étaient des hommes de fervente prière et de discipline ascétique. C'était des hommes de l'Église, et non pas de l'académie. Et ils étaient des hommes qui non seulement voulaient prêcher, mais aussi pratiquer ce qu'ils prêchaient; non seulement parler mais agir; et non seulement agir mais aussi souffrir pour la Parole de ce Dieu Qui était venu Lui-même en ce monde non seulement pour prêcher, mais pour souffrir et mourir pour le bien du Salut de tous. Aux époques où ont vécu ces 3 hiérarques, c'étaient des temps terribles pour l'Église, assurément pas moins noirs et déprimants qu'actuellement, et peut-être même pires encore sous bien des aspects. Mais ces hommes, et les femmes qui étaient avec eux, furent capables de persévérer fidèlement jusqu'au bout. C'est grâce à ces gens du passé que nous avons une vie Chrétienne dans l'Église d'aujourd'hui.

Honorons dignement les prédicateurs de la Grâce,Les trompettes résonnant de l'Esprit de Dieu,Les puissants éclairs tonnant du redoutable Évangile,Proclamant la gloire de Dieu jusqu'aux confins de la terre:Basile le Grand, Grégoire le Théologien et Jean Chrysostome,Ces trois radieuses étoiles de la Sainte Trinité.
Honorons les champions de la Trinité,Les enseignant du culte vrai,Les trois Apôtres qui marchèrent dans l'esprit des Douze,Les rivières de l'Eden débordant de l'eau vive,Renouvelant la face de la terre avec les flots de la théologie,Guidant le monde vers une nouvelle naissance de Foi.
Laissons joyeusement sonner les trompettes.Célébrons la fête de nos enseignants dans l'allégresse et les cantiques.Louons les trois rivières de doctrine qui ravivent nos coeurs lassés.Ils proclamèrent fidèlement les mystères de la Sainte Trinité.Bénissez les sages hiérarques, vous tous qui aimez la sagesse.Que les prêtres magnifient ces trois grands pasteurs.Ils apportent des richesses pour le pauvre en esprit,Ils intercèdent pour le pécheur,Ils réconfortent l'affligé et gardent le voyageur,Crions vers eux, car ils écoutent promptement nos suppliques désespérées :O saints Enseignants, sauvez-nous de cette génération mauvaise et de la mort éternelle. (2)

(1) Tropaire
de la fête des Trois saints Hiérarques.
(2) Vêpres de la fête des Trois saints Hiérarques.

(Extrait de "The Winter Pascha" par le protopresbytre Thomas Hopko, SVS Press, 1984)

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Une des paroisses Orthodoxes de Paris leur est dédiée :
http://e.korsoun.free.fr/fr/cath/intro.htm

Et vous trouverez ici une vidéo de la Vigile de la fête patronale:
http://www.dailymotion.com/video/51208

Pour cette fête, le patriarche Bartholomeos 1er de Constantinople sera à London (Londres, Angleterre), dans une église qui est elle aussi dédiée à ces 3 hiérarques :
http://www.info-grece.com/agora.php?read,32,29513
http://www.orthodoxie.com/2007/01/rencontre_entre.html

Explication (texte d'un patrologue catholique-romain) de cette question d'apparition pour calmer des afficionados byzantins du 12ème siècle se disputant pour savoir lequel des 3 hiérarques était le plus grand.
http://orthodoxie.centerblog.net/851374-Les-Trois-Hierarques-fetes-le-30-janvier

Ménologue et Synaxaire pour la fête du 30 janvier, avec tropaires & kondakion :
http://www.pagesorthodoxes.net/fetes/menologe/01menologe-janvier.htm

Même après le Schisme, en Occident, jusqu'à une certaine période au moins, on n'oubliera pas les saints d'Orient. Certes leur enseignement sera oublié – le laminage anti-apostolique passant par là, bibliothèques incendiées, etc – mais ils seront encore présents au moins dans les invocations liturgiques et la vénération populaire. Voici des enluminures des 3 saints docteurs. Le moins bien loti est saint Jean Chrysostome, mais c'est aussi la plus tardive des enluminures. Les 2 autres, bien que provenant des Pays-Bas, sont comme "jumelles" en style avec le Psautier de Saint-Bertin.


Saint Jean Chrysostome prêchant aux hérétiques
Den Haag KB museum, ms 133A6 folio 108v
Il méritait tout de même mieux que cette piètre représentation... Pensez donc que Saint Adelphe, évêque d'Aravitsk, en larmes, priait Dieu de lui montrer dans quelle assemblée des saints se trouvait au Ciel saint Jean Chrysostome. Miraculeusement transporté en esprit dans le Ciel, il vit de nombreux Saints Pères de l'Église, mais ne trouva pas saint Jean Chrysostome parmi eux et il fut très chagriné. Il le dit à l'Ange qui l'accompagnait. Et l'Ange lui répondit: "Ne t'afflige pas, ce Jean-là ne peut pas être vu par un homme qui a encore son enveloppe corporelle, car il se trouve devant le Trône de Dieu et les chérubins et les séraphins l'entourent."


Saint Basile le Grand donnant 3 pains à l'empereur Julien l'apostat
Den Haag KB museum, ms 76F5 folio 25v, détail


Saint Grégoire de Nazianze inspiré par la "colombe"
Den Haag KB museum, ms 76F5 folio 25v, détail


Den Haag KB museum, ms 76F5 folio 25v, page complète
(on y voit aussi saint Mercurius tuant Julien l'Apostat)