"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

Affichage des articles dont le libellé est Dormition. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Dormition. Afficher tous les articles

28 août 2019

Toi, Vierge de Feu, Image du Savoir


Toi, Vierge de Feu, Image du Savoir,...
O eil pur de la Clarté que la Clarté ignore,
I nstance suprême du sang et Suressence du Sort,
V isage de l’Apparence, Figure du Pouvoir,

I nsigne du Ravissement et Corps de l’Etoile,
E xulte, Extrême Joie, Planète de la Tendresse,
R eposoir du Jour, Substance de la Sagesse,
G emme, Orfroi, Saphir de l’Ordre Nuptial,

E loge de l’Ecriture, Sauvegarde du Firmament,
D egré total de l’Âme et Grâce ultime du Cœur,
E nseigne de la Survie, Principe céleste du Temps,

F lambeau de l’Union, Acte, Règle, Flamme, Demeure,
E xalte l’effusion des Saintes Intelligence,
U  ne, Infinie, Urgente Loi de l’Adhérence !


Athanase Vantchev de Thracy, Toi, vierge de feu, couronne de sonnets
via prêtre Luc Duloisy (RIP 20.08.19)



Image : Dormition de la Vierge
src

15 août 2019

Dormition de la Theotokos - saint Jean Damascène, 3ème homélie

Les amoureux ont l'habitude de parler de qui ils aiment et de laisser courir leur fantaisie jour et nuit. Que personne ne me blâme donc, si j'ajoute un troisième hommage à la Mère de Dieu, sur son départ triomphant. Je ne lui apporte rien à son profit pas, mais cela profite à moi et à vous qui êtes ici présents, en nous offrant épices et rafraîchissement spirituels en accord avec cette nuit sainte. Nous souffrons, comme vous le voyez, de la pénurie de denrées alimentaires. C'est pourquoi j'improvise un repas qui, s'il n'est pas très coûteux ni digne de l'occasion, sera certainement suffisant pour calmer la faim. Elle n'a pas besoin de nos éloges. C'est nous qui avons besoin de sa gloire. Comment la gloire peut-elle être glorifiée, ou la source de lumière éclairée ? Ce faisant, nous tissons une couronne pour nous-mêmes. "Je vis," dit le Seigneur, "et Je glorifierai ceux qui Me glorifient." Le vin est vraiment agréable à boire et le pain à manger. L'un réjouit, l'autre fortifie le cœur de l'homme. Mais qu'y a-t-il de plus doux que la Mère de mon Dieu ? Elle m'a captivé l'esprit, et a maintenu ma langue en servitude. Je pense à elle jour et nuit. Elle, la Mère de la Parole, fournit mes paroles. Le fruit de la stérilité rend féconds les esprits stériles. Nous célébrons aujourd'hui la fête de sa bienheureuse et céleste élévation depuis ce monde. Grimpons alors sur la montagne mystique, où, au-delà de la portée des choses du monde, en passant par l'obscurité de la tempête, nous nous tenons dans la Lumière divine et pouvons louer la puissance du Tout-Puissant. Comment Lui, qui demeure dans la splendeur de Sa gloire, descend-Il dans le sein de la Vierge sans quitter le sein du Père ?  Comment est-Il conçu dans la chair, et souffre-t-Il spontanément, et souffre-t-Il jusqu'à la mort, dans ce corps matériel, gagnant l'immortalité par la corruptibilité ? Et, de nouveau, montant vers le Père, Il attira Sa Mère, selon la chair, vers Son propre Père, assumant dans la patrie céleste celle qui était le Ciel sur la terre.

Aujourd'hui, l'échelle vivante, par laquelle le Très-Haut est descendu et a été vu sur la Terre, et S'est entretenu avec les hommes, est montée au Ciel à travers la mort. Aujourd'hui, la Table céleste, celle qui, sans connaître l'homme, contenait le Pain de Vie, le Feu de la divinité, a été prise de la Terre au Ciel, et les portes du Ciel se sont ouvertes pour recevoir la porte de Dieu venu d’Orient.
Aujourd'hui, la Cité vivante de Dieu est transférée de la Jérusalem terrestre à la Jérusalem céleste, et celle qui, ayant conçu son Fils premier-né et unique, premier-né de toute la Création, seul engendré du Père, repose dans l'Église du premier-né : l'Arche vraie et vivante du Seigneur est conduite à la paix de son Fils.
Les portes du ciel sont ouvertes pour recevoir le réceptacle de Dieu qui, en mettant au monde l'Arbre de Vie, a détruit la désobéissance d'Eve et la peine de mort d'Adam. Et le Christ, cause de toute vie, reçoit le miroir choisi, la montagne dont la pierre sans mains a rempli toute la terre. Elle, qui a fait naître l'Incarnation divine du Verbe, repose dans son tombeau glorieux comme dans une chambre nuptiale, d'où elle se rend aux noces célestes pour partager le Royaume de son Fils et de Dieu, laissant sa tombe comme lieu de repos pour ceux de la terre.
Son tombeau est-il en effet un lieu de repos ? Certes oui, plus célèbre que tout autre, non pas brillant d'or, d'argent ou de pierres précieuses, ni couvert de parures de soie, d'or ou de pourpre, mais de l'éclat divin de l'Esprit Saint. L'état angélique n'est pas pour les amoureux de ce monde, mais la vie merveilleuse des bienheureux est pour les serviteurs de l'Esprit, et passer à Dieu est meilleur et plus doux que toute autre vie. Ce tombeau est plus beau qu'Eden.
Et afin que je ne parle pas de la tromperie de l'ennemi ; de son, comment dire, conseil astucieux, de sa jalousi et de sa convoitise, de la faiblesse et de la mollesse d'Eve, de l'appât, sûr et tentant, qui la trompait et aussi son mari, de leur désobéissance, de leur exil, de la mort, sans parler de ces choses qui feraient que notre fête devienne une douleur, cette tombe livra au pays céleste le corps humain qu'elle renfermait.
Ève est devenue la mère de l’humanité, et n'est pas un humain fait à l'image divine, que l’on juge à l’aune de sa condamnation : "Tu es terre, et tu retourneras en terre." Ce tombeau est plus précieux que le tabernacle d'autrefois, recevant le réceptacle réel et vivifiant du Seigneur, la table céleste, non pas les pains de proposition, mais les pains du Ciel, non pas le feu matériel, mais celui qui contient le Feu pur de la divinité. Ce tombeau est plus saint que l'arche de Moïse, béni non pas avec des archétypes et des ombres, mais avec la Vérité elle-même.
Elle montrait l'urne pure et dorée, contenant la manne céleste, la tablette vivante, recevant le Verbe incarné de Dieu par l'impression de l'Esprit Saint, l'encensoir doré de la parole supersubstantielle. Il montrait celle qui conçut le Feu divin embaumant toute la Création.

Que les démons prennent la fuite, et les trois fois misérables Nestoriens périssent comme les Egyptiens d'autrefois, et leur chef Pharaon, le plus jeune, un cruel dévastateur. Ils ont été engloutis dans l'abîme du blasphème. Nous qui sommes sauvés les pieds secs, traversant les eaux amères de l'impiété, élevons nos voix vers la Mère de Dieu à son départ. Laissons Marie, personnifiant l'Église, diriger le flot joyeux. Que les demoiselles de la Jérusalem spirituelle sortent en chantant dans des chœurs.
Que les rois et les juges, avec les dirigeants, les jeunes et les vierges, jeunes et vieux, proclament la Mère de Dieu, et que tous les peuples et toutes les nations, de leurs différentes manières et langues, chantent un nouveau cantique. Que l'air résonne de louange et d'instrument, et que le soleil réjouisse ce jour de salut. Réjouissez-vous, ô Cieux, et que les nuages fassent pleuvoir la justice. Réjouissez-vous, ô Apôtres divins, les élus du troupeau de Dieu, qui semblent atteindre les visions les plus élevées, comme de hauts sommets des montagnes.
Et vous, brebis de Dieu et Son peuple saint, le troupeau de l'Église, qui regardez vers les hautes montagnes de la perfection, soyez tristes, car la source de la vie, la Mère de Dieu, est morte. Il était nécessaire que ce qui était fait de terre retourne sur Terre, et soit ainsi assumé au Ciel. Il convenait que l’enveloppe terrestre soit rejetée, comme l'or est purifié, afin que la chair dans la mort devienne pure et immortelle, et que l'immortalité brillante s'élève du tombeau.
Aujourd'hui, elle commence sa seconde vie par Celui qui a été la cause de son premier être. Elle a donné un commencement, je veux dire, la vie du corps, à Celui qui n'avait pas de commencement dans le temps, bien que le Père soit la cause de son existence divine. Réjouis-toi saint et divin Mont Sion, dans lequel repose la montagne divine vivante, le nouveau Béthel, avec sa grâce, la nature humaine unie avec la divinité. De toi son Fils est monté au Ciel tel les oliviers.
Que la nuée qui embrasse le monde soit préparée et que les vents rassemblent au Mont Sion les apôtres depuis extrémités de la terre. Qui sont ceux qui s'élèvent comme des nuages et des aigles pour la cause de toute résurrection, servant la Mère de Dieu ? Qui est celle qui se lève resplendissante, toute pure et lumineuse comme le soleil ? Que les paroles spirituelles lui chantent, les langues apostoliques. Que les théologiens graves élèvent leur voix dans la louange, Hiérotheus, le vase de l'élection, dans lequel l'Esprit Saint demeure, connaissant et enseignant les choses divines par le séjour de Dieu. Qu'il soit enveloppé hors du corps et qu'il se joigne volontiers à l'hymne joyeux. Que toutes les nations battent des mains et louent la Mère de Dieu.
Que les anges s'occupent de son corps. Suivez votre Reine, ô filles de Jérusalem, et, avec ses vierges dans l'esprit, approchez votre Époux afin de vous asseoir à Sa droite. Hâte-toi, Seigneur, de donner à Ta Mère l'accueil qui lui est dû. Étends Tes mains divines. Reçois l'âme de ta Mère entre les mains du Père à qui Tu as confié Ton esprit sur la Croix. Dis-lui des mots doux : "Viens, mon bien-aimé, dont la pureté est plus éblouissante que le soleil, tu m'as donné à toi-même, reçois maintenant ce qui est à moi. Viens, ma Mère, à ton Fils, règne avec celui qui a été pauvre avec toi." Pars, ô Reine, pars, pas comme Moïse qui est monté pour mourir.
Meurs plutôt pour pouvoir monter. Rends ton âme entre les mains de ton Fils. Ramène la terre à la terre, ce ne sera pas un obstacle. Lève les yeux, peuple de Dieu. Vois à Sion l'Arche du Seigneur Dieu des puissances, et les Apôtres qui se tiennent près d'elle, enterrant le corps vivant qui a reçu notre Seigneur. Des anges invisibles sont tout autour d'eux dans un humble respect, rendant hommage à la Mère de leur Seigneur. Le Seigneur Lui-même est là, qui est présent partout, et remplit toutes choses, l'Etre universel.
Il est l'Auteur et le Créateur de toutes choses. Voici la Vierge, fille d'Adam et Mère de Dieu ; par Adam, elle donne son corps à la terre, son âme à son Fils en haut, dans les parvis célestes. Que la ville sainte soit sanctifiée, et qu'elle se réjouisse de la louange éternelle. Que les Anges précèdent le tabernacle divin sur son passage, et préparent le tombeau. Que l'éclat de l'esprit l'orne. Que l'onguent sucré soit préparé et versé sur le corps pur et non souillé. Qu'un courant clair de grâce coule de la grâce dans sa source.
Que la terre soit sanctifiée par le contact avec ce corps. Que l'air se réjouisse de l'Assomption. Que la brise légère emporte la grâce. Que toute la nature célèbre la fête de la Dormition de la Mère de Dieu. Puissent de jeunes orchestres l'applaudir et des langues éloquentes l'acclamer, et des cœurs sages s'interrogent sur la merveille, des prêtres grisonnants d'âge engranger de la force à la vue. Que toute la création imite le Ciel, même ainsi la vraie mesure de la joie ne serait pas atteinte.

Venez, partons avec elle. Venez, descendons dans ce tombeau avec tout notre cœur. Faisons cercle autour de ce lit très sacré et chantons les douces paroles : "Salut, plein de grâce, le Seigneur est avec toi. Salut, Mère prédestinée de Dieu. Salut, tu en as choisi un dans le dessein de Dieu de toute éternité, la plus sacrée des espérances de la terre, lieu de repos du feu divin, la plus sainte joie de l'Esprit, fontaine d'eau vive, paradis de l'arbre de vie, branche de vigne divine, produisant le nectar et l'ambroisie qui soutiennent l'âme.
Rivière débordante de grâces spirituelles, terre fertile des pâturages divins, rose de pureté, au doux parfum de grâce, muguet de la robe royale, pure Mère de l'Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde, symbole de notre rédemption, servante et mère, dépassant les pouvoirs angéliques." Venez, tenons-nous autour de ce tombeau pur et attirons la grâce dans nos cœurs. Levons le corps toujours vierge avec des bras spirituels, et allons avec elle dans la tombe pour mourir avec elle.
Renonçons à nos passions et vivons avec elle dans la pureté, en écoutant les cantiques divins des anges dans les cours célestes. Allons dans l'adoration, et apprenons le mystère merveilleux par lequel elle est assumée au Ciel, pour être avec son Fils, plus haut que tous les chœurs angéliques. Personne ne se tient entre le Fils et la Mère. Ceci, ô Mère de Dieu, est mon troisième sermon sur ton départ, dans le respect humble de la Sainte Trinité à qui tu as servi, la bonté du Père, la puissance de l'Esprit, recevant le Verbe Incréé, la Sagesse Tout-Puissant et la Puissance de Dieu.
Accepte donc ma bonne volonté, qui est supérieure à mes capacités, et donne-nous le Salut. Guéris nos passions, guéris nos maladies, aide-nous à sortir de nos difficultés, rends notre vie paisible, envoye-nous l'illumination de l'Esprit. Enflamme-nous du désir de ton fils. Rends-nous agréables à Lui, afin que nous puissions jouir du bonheur avec Lui, te voir resplendissante de la gloire de ton Fils, nous réjouissant pour toujours, célébrant la fête dans l'Église avec ceux qui célèbrent dignement Celui qui a fait notre Salut par toi, le Christ Fils de Dieu, et notre Dieu. A Lui soient la gloire et la majesté, avec le Père incréé et l'Esprit tout-saint et vivifiant, maintenant et pour toujours, à travers les siècles sans fin de l'éternité. Amen. 

+ Jean de Damas







John of Damascus, Homily 3 on the Dormition of the Theotokos
Lovers are wont to speak of what they love, and to let their fancy run on it by day and night. Let no one therefore blame me, if I add a third tribute to the Mother of God, on her triumphant departure. I am not profiting her, but myself and you who are here present, putting before you a spiritual seasoning and refreshment in keeping with this holy night. We are suffering, as you see, from scarcity of eatables. Therefore I am extemporising a repast, which, if not very costly nor worthy of the occasion, will certainly be sufficient to still hunger. She does not need our praise. It is we who need her glory. How indeed can glory be glorified, or the source of light be enlightened? We are weaving a crown for ourselves in the doing. "I live," the Lord says, "and I will glorify those who glorify Me." Wine is truly pleasant to drink, and bread to eat. The one rejoices, the other strengthens the heart of man. But what is sweeter than the Mother of my God? She has taken my mind captive, and held my tongue in bondage. I think of her by day and night. She, the Mother of the Word, supplies my words. The fruit of sterility makes sterile minds fruitful. We keep to-day the feast of her blessed and divine transit from this world. Let us then climb up the mystical mountain, where beyond the reach of worldly things, passing through the obscurity of storm, we stand in the divine light and may give praise to Almighty power. How does He, who dwells in the splendour of His glory, descend into the Virgin's womb without leaving the bosom of the Father? How is He conceived in the flesh, and does He spontaneously suffer, and suffer unto death, in that material body, gaining immortality through corruptibility? (fqora kthsamenoV to afqarton). And, again, ascending to the Father, He drew His Mother, according to the flesh, to His own Father, assuming into the heavenly country her who was heaven on earth.

To-day the living ladder, through whom the Most High descended and was seen on earth, and conversed with men, was assumed into heaven by death. To-day the heavenly table, she, who contained the bread of life, the fire of the Godhead, without knowing man, was assumed from earth to heaven, and the gates of heaven opened wide to receive the gate of God from the East. To-day the living city of God is transferred from the earthly to the heavenly Jerusalem, and she, who, conceived her first-born and only Son, the first-born of all creation, the only begotten of the Father, rests in the Church of the first-born: the true and living Ark of the Lord is taken to the peace of her Son. The gates of heaven are opened to receive the receptacle of God, who, bringing forth the tree of life, destroyed Eve's disobedience and Adam's penalty of death. And Christ, the cause of all life, receives the chosen mirror, the mountain from which the stone without hands filled the whole earth. She, who brought about the Word's divine Incarnation, rests in her glorious tomb as in a bridal-chamber, whence she goes to the heavenly bridals, to share in the kingdom of her Son and God, leaving her tomb as a place of rest for those on earth. Is her tomb indeed a resting-place? Yes, more famous than any other, not shining with gold, or silver, or precious stones, nor covered with silken, golden, or purple adornments, but with the divine radiance of the Holy Spirit. The angelic state is not for lovers of this world, but the wondrous life of the blessed is for the servants of the Spirit, and passing to God is better and sweeter than any other life. This tomb is fairer than Eden. And that I may not speak of the enemy's deceit, in the one; of his, so to say, clever counsel, his envy and covetousness, of Eve's weakness and pliability, the bait, sure and tempting, which cheated her and her husband, their disobedience, exile, and death, not to speak of these things so as not to turn our feast into sorrow, this grave gave up the mortal body it contained to the heavenly country. Eve became the mother of the human family, and is not man made after the divine image, convicted by her condemnation; "earth thou art, and unto earth thou shalt return." This tomb is more precious than the tabernacle of old, receiving the real and life-giving receptacle of the Lord, the heavenly table, not the loaves of proposition, but of heaven, not material fire, but her who contained the pure fire of the Godhead. This tomb is holier than the ark of Moses, blessed not with types and shadows, but the truth itself. It showed forth the pure and golden urn, containing the heavenly manna, the living tablet, receiving the Incarnate Word of God from the impress of the Holy Spirit, the golden censer of the supersubstantial word. It showed forth her who conceived the divine fire embalming all creation.

Let demons take to flight, and the thrice miserable Nestorians perish as the Egyptians of old, and their ruler Pharao, the younger, a cruel devastator. They were swallowed up in the abyss of blasphemy. Let us who are saved with dry feet, crossing the bitter waters of impiety, raise our voices to the Mother of God at her departure. Let Mary, personifying the Church, lead the joyful strain. Let the maidens of the spiritual Jerusalem go out in singing choirs. Let kings and judges, with rulers, youths, and virgins, young and old, proclaim the Mother of God, and all peoples and nations in their different ways and tongues, sing a new canticle. Let the air resound with praise and instrument, and the sun gladden this day of salvation. Rejoice, O heavens, and may the clouds rain justice. Be glad, O divine apostles, the chosen ones of God's flock, who seem to reach the highest visions, as lofty mountain tops. And you God's sheep, and His holy people, the flock of the Church, who look to the high mountains of perfection, be sad, for the fountain of life, God's Mother, is dead. It was necessary that what was made of earth should return to earth, and thus be assumed to heaven. It was fitting that the earthly tenement should be cast off, as gold is purified, so that the flesh in death might become pure and immortal, and rise in shining immortality from the tomb.

To-day she begins her second life through Him who was the cause of her first being. She gave a beginning, I mean, the life of the body, to Him who had no beginning in time, although the Father was the cause of His divine existence. Rejoice holy and divine Mount Sion, in which reposes the living divine mountain, the new Bethel, with its grace, human nature united with the Godhead. From thee her Son ascended to heaven as from the olives. Let the world-embracing cloud be prepared and the winds gather the apostles to Mount Sion from the ends of the earth. Who are these who soar up as clouds and eagles to the cause of all resurrection, ministering to the Mother of God? Who is she who rises resplendent, all pure, and bright as the sun? Let the spiritual lyres sing to her, the apostolic tongues. Let grave theologians raise their voices in praise, Hierotheus, the vessel of election, in whom the Holy Spirit abides, knowing and teaching divine things by the divine indwelling. Let him be wrapt out of the body and join willingly in the joyful hymn. Let all nations clap their hands and praise the Mother of God. Let angels minister to her body. Follow your Queen, O daughters of Jerusalem, and, together with her virgins in the spirit, approach your Bridegroom in order to sit at His right hand. Make haste, Lord, to give Thy Mother the welcome which is her due. Stretch out Thy divine hands. Receive Thy Mother's soul into the Father's hands unto which Thou didst commend Thy spirit on the Cross. Speak sweet words to her: "Come, my beloved, whose purity is more dazzling than the sun, thou gavest me of thy own, receive now what is mine. Come, my Mother, to thy Son, reign with Him who was poor with thee." Depart, O Queen, depart, not as Moses did who went up to die. Die rather that thou mayest ascend. Give up thy soul into the hands of thy Son. Return earth to the earth, it will be no obstacle. Lift up your eyes, O people of God. See in Sion the Ark of the Lord God of powers, and the apostles standing by it, burying the life-giving body which received our Lord. Invisible angels are all around in lowly reverence doing homage to the Mother of their Lord. The Lord Himself is there, who is present everywhere, and filling all things, the universal Being, not in place. He is the Author and Creator of all things. Behold the Virgin, the daughter of Adam and Mother of God; through Adam she gives her body to the earth, her soul to her Son above in the heavenly courts. Let the holy city be sanctified, and rejoice in eternal praise. Let angels precede the divine tabernacle on its passage, and prepare the tomb. Let the radiance of the spirit adorn it. Let sweet ointment be made ready and poured over the pure and undefiled body. Let a clear stream of grace flow from grace in its source. Let the earth be sanctified by contact with that body. Let the air rejoice at the Assumption. Let gentle breezes waft grace. Let all nature keep the feast of the Mother of God's Assumption. May youthful bands applaud and eloquent tongues acclaim her, and wise hearts ponder on the wonder, priests hoary with age gather strength at the sight. Let all creation emulate heaven, even so the true measure of rejoicing would not be reached.

Come, let us depart with her. Come, let us descend to that tomb with all our heart's desire. Let us draw round that most sacred bed and sing the sweet words, "Hail, full of grace, the Lord is with thee. Hail, predestined Mother of God. Hail, thou chosen one in the design of God from all eternity, most sacred hope of earth, resting-place of divine fire, holiest delight of the Spirit, fountain of living water, paradise of the tree of life, divine vine-branch, bringing forth soul-sustaining nectar and ambrosia. Full river of spiritual graces, fertile land of the divine pastures, rose of purity, with the sweet fragrance of grace, lily of the royal robe, pure Mother of the Lamb of God who takes away the sins of the world, token of our redemption, handmaid and Mother, surpassing angelic powers." Come, let us stand round that pure tomb and draw grace to our hearts. Let us raise the ever-virginal body with spiritual arms, and go with her into the grave to die with her. Let us renounce our passions, and live with her in purity, listening to the divine canticles of angels in the heavenly courts. Let us go in adoring, and learn the wondrous mystery by which she is assumed to heaven, to be with her Son, higher than all the angelic choirs. No one stands between Son and Mother. This, O Mother of God, is my third sermon on thy departure, in lowly reverence to the Holy Trinity to whom thou didst minister, the goodness of the Father, the power of the Spirit, receiving the Uncreated Word, the Almighty Wisdom and Power of God. Accept, then, my good-will, which is greater than my capacity, and give us salvation. Heal our passions, cure our diseases, help us out of our difficulties, make our lives peaceful, send us the illumination of the Spirit. Inflame us with the desire of thy son. Render us pleasing to Him, so that we may enjoy happiness with Him, seeing thee resplendent with thy Son's glory, rejoicing for ever, keeping feast in the Church with those who worthily celebrate Him who worked our salvation through thee, Christ the Son of God, and our God. To Him be glory and majesty, with the uncreated Father and the all-holy and life-giving Spirit, now and for ever, through the endless ages of eternity. Amen.
monachos.net

15 août 2014

La vénération de la Vierge Marie dans l'Église antique (p. Tryphon)

Ce qu'est que depuis une époque relativement récente que nous trouvons des chrétiens qui enseignent que Marie aurait donné naissance à d'autres enfants après la naissance du Sauveur. Tous les Réformateurs des débuts du protestantisme, y compris Luther et Calvin, croyaient que Marie était la Toujours Vierge. A l'époque biblique, on parlait des cousins comme étant des frères, et aucun des premiers Chrétiens ne croyaient que Marie aurait mis au monde d'autre enfant que Jésus.

La vénération de la Vierge n'a pas commencé avec l'Église des temps médiévaux mais avec l'Église antique. La désignation de Marie comme Theotokos (Enfantrice de Dieu) est citée dans un fragment de papyrus égyptien datant vers l'an 250, prouvant que ce n'était pas une invention ultérieure. La prière dit "Sous ta miséricorde, nous cherchons refuge, Sainte Mère de Dieu, Accueille nos prières quand nous crions vers toi. Mais délivre-nous de tout danger, toi Marie, toujours vierge, glorieuse et bénie." [Sub tuum]

Le problème lorsqu'on prend la Bible comme étant la seule autorité pour la vie chrétienne, c'est que tout un chacun qui se lance dans l'interprétation personnelle de l'Écriture devient l'autorité [cfr 2 Pi 1,20], et la mémoire des enseignements et pratiques de l'Église antique est oubliée, remplacée par le désordre qui a suivi la division du christianisme en Occident en confessions.

Lorsque nous n'avons pas la sainte Tradition et la sainte Écriture sur pied d'égalité, nous nous égarons. La clé de l'affirmationde l'Orthodoxie d'être, elle, l'antique Église Apostolique préservée dans toute sa pureté, peut se voir dans son insistance à ce que la sainte Tradition a conservé inchangés sa manière de célébrer et son dogme. Il n'y a pas besoin de changement, car l'Église connaît les vérités des paroles, "la Foi qui a été remise une fois pour toute aux saints" (Jude 1,3).

C'est une vraie libération de découvrir que nous n'avons pas besoin de fouiller la Bible pour comprendre la signification de la Parole de Dieu pour nous-mêmes. Il n'y a pas besoin de réinventer le Christianisme pour cette époque moderne, dans une pâle tentative de rendre le Christianisme acceptable. Nous pouvons même éviter l'arrogance orgueilleuse de penser que nous serions en mesure de décrypter la signification de la Bible, car nous n'avons besoin que de regarder vers l'Église pour y trouver la vérité qui y a été préservée depuis les tous débuts. Nous pouvons dire avec assurance que nous gardons la Foi de nos Pères. La vénération de la sainte Vierge Marie est un des exemples de notre relation ininterrompue avec l'antique Église Apostolique.


Dans l'amour du Christ,

hiéromoine Tryphon






The Veneration of the Holy Virgin
in the Ancient Church

It is only in relatively recent times that we have Christians teaching that Mary had children after the birth of the Saviour. All the early reformers, including Luther and Calvin, believed Mary to be Ever Virgin. The practice in biblical times was to refer to all cousins as siblings, and none of the early Christians believed Mary had born any children other than Jesus.

The veneration of the Virgin did not begin with the Medieval Church, but began in the Early Church. The designation of Mary as Theotokos (Birthgiver of God) is found on an Egyptian papyrus fragment from the year 250 A.D., proving it was not a later invention. The prayer reads, "Under your mercy we take refuge Mother of God; may our petitions not be abandoned into temptation, but from danger deliver us, only pure and blessed."

The problem with viewing the Bible as the only authority for the Christian life, is that everyone who buys into the personal interpretation of Scripture becomes the authority, and the memory of the teachings and practices of the Early Church are forgotten, replaced with the mess that followed the division of the Western Church into denominations.

When we do not have Holy Tradition and Holy Scripture held side by side in importance, we go astray. The key to Orthodoxy's claim to being the Ancient Apostolic Church preserved in all her purity, can be seen in her insistence that Holy Tradition has kept her way of worship, and her dogma, unchanged. No need for change, for the Church knows the truth of the words, "the faith which was once delivered unto the saints (Jude 1:3)".

It is liberating to discover we need not search the Bible to understand the meaning of the Word of God for ourselves. There is no need to reinvent Christianity for this modern age, in a feeble attempt to make Christianity relevant. We can even avoid the prideful arrogance of thinking we can decipher the meaning of the Bible, for we need only look to the Church for the truth that has been preserved from the very beginning. We can say with certainty that we keep to the faith of our fathers. The veneration of the Holy Virgin Mary is but one example of our connection, unbroken, with the Early Apostolic Church.

With love in Christ,
Abbot Tryphon


 

15 août 2013

Fête de la Dormition / Uspenyie à Pervijze 15 août 2013


Divine Liturgie de la Dormition de la Theotokos (Uspenyie), célébrée par l'archevêque Simon de Bruxelles et Belgique ce 15 août 2013 au monastère de Pervijze, Belgique, juridiction du patriarcat de Moscou. Pour la date de célébration, voir l'étude extensive du Patriarcat de Roumanie, sur les sources de la réforme hémérologique orthodoxe pré-datant la chute de Constantinople.

Roi Céleste - FR





Tropaire de la Dormition - FR



Par les prières de la MDD - FR


Wij prijzen U - bénédiction - NL



.

12 août 2013

Dormition & exposition "Valaam" à Pervijze (août 2013)

http://www.orthodox.be


L’association "Patrimoine Russe" et le Monastère de la Mère de Dieu à Diksmuide présentent l’exposition de photos du père Sabbaty "À VALAAM"

Du 15 au 29 août 2013

Zaal Ten Berkele à Pervijze

ouverte de 14h à 17h30

01 août 2013

Carême de la Dormition (arch. Nicolae)


Avant la glorieuse fête de la Dormition de la toujours Vierge Marie, l'Église a institué une courte période de jeûne de deux semaines. Chaque période de jeûne est un temps de quête spirituelle, d'ascétisme et de prière pour atteindre un but. Dans le cas présent, il ne pourrait pas y avoir d'autre but que de percevoir une parcelle de ce grand mystère qu'est la personne de la Vierge Marie et de son rôle dans notre salut.

Pour ce faire, nous pourrions méditer sur une des icônes de la Theotokos, à savoir celle qui est appelée la Miséricordieuse (Eleousa). La plus ancienne référence mènet à une icône russe du XIIème siècle, bien connue et vénérée en Russie et dans le monde Orthodoxe. Sur cette icône, le Christ Enfant est tenu à deux mains par la Vierge Marie, et lui caresse le visage de Sa main. La Mère de Dieu incline son visage vers l'Enfant, comme pour répondre aux caresses de son Fils. L'Enfant Jésus tient un rouleau qui nous fait penser à ces paroles de saint Jean l'Évangéliste "et le Verbe S'est fait chair" (Jn 1,14). Les pieds croisés de l'Enfant symbolisent sans nul doute Sa future Passion.

L'icône de la Mère de Dieu Miséricordieuse montre l'amour mutuel de la Mère et du Fils. La mère enlace son fils avec le désir de Le protéger; le Fils répond à l'amour de Sa mère. Dans cet enlacement nous découvrons le mystère de l'amour de la Mère et du Fils, l'amour qui a racheté le monde: c'est le mystère du sacrifice, de l'amour crucifié pour sauver l'homme qui s'est éloigné de la face de Dieu. La Mère de Dieu tient dans ses bras le Rédempteur. Elle est la miséricordieuse, celle qui a donné au monde son Fils pour que le monde soit sauvé. La pitié pour son Fils Qui a été crucifié devient miséricorde pour nous tous les rachetés par le sacrifice du Fils. L'étroite étreinte d'une mère, ceux qui la reconnaissent comme Mère la ressentent aussi.

Dans l'hymne acathiste à la Theotokos, joie de tous les affligés, nous prions la Sainte Vierge de nous aider dans nos épreuves: O très sainte Vierge et Mère de Dieu, toi qui est plus élevée que les Chérubins et plus incomparablement plus glorieuse que les Séraphins, ô la Vierge divinement élue, Joie de tous les affligés, accorde-nous la consolation à nous qui sommes noyés par l'affliction, car en dehors de toi nous n'avons nul refuge ni aide. Tu es la seule Médiatrice de notre joie, car tu es la Mère de Dieu et Mère de miséricorde, tu te tiens devant le Trône de la Très Sainte Trinité, tu es en mesure de nous aider, car personne ne venant à toi n'est confondu.

De l'icône et de la prière, nous recevons aussi la compréhension de cette miséricorde de la Mère de Dieu. Et sa miséricorde pour nous devrait se refléter dans notre miséricorde envers ceux dans l'épreuve. Que ceux d'entre nous qui perçoivent l'étreinte de la Mère de Dieu répandent cette miséricorde sur ceux qui sont dans l'affliction en ce monde. Je renouvelle mon appel à la prière et la charité pour nos frères de Roumanie qui souffrent de l'inondation. C'est le bon moment pour ajouter la charité Chrétienne à notre jeûne.

Je prie pour notre Sauveur Jésus-Christ et Sa miséricordieuse Mère d'avoir pitié de nous et de nous aider à vivre le Carême de la Dormition avec profit spirituel..

+ NICOLAE, archevêque





01 août 2012

Ne jeûnez pas seulement du ventre (saint Jean Chrysostome)


J'ai dit tout cela non pas pour que nous puissions mépriser le jeûne, mais que nous puissions l'honorer. Car l'honneur du jeûne ne consiste pas seulement en l'abstinence d'aliments, mais en s'éloignant de pratiques pécheresses; car c'est celui qui limite son jeûne à l'abstinence de viande qui particulièrement néglige le jeûne.

Tu jeûnes? Donnes-moi en la preuve par tes oeuvres!

Est-il expliqué quelles sortes d'oeuvres?

Si tu vois un pauvre, aie pitié de lui!

Si tu croise un ennemi, sois réconcilié avec lui!

Si tu vois un ami qui est honoré, ne l'envie pas!

Si tu croise une femme attirante, ignore-la!

Ne laisse pas seulement la bouche jeûner, mais aussi les yeux, et les oreilles, et les pieds, et les mains, et tous les membres de nos corps.

Que les mains jeûnent en étant pures de rapine et d'avarice.

Que les pieds jeûnent en cessant de courir pour aller à des spectacles dégradants.

Que les yeux jeûnent, qu'ils apprennent à ne jamais se fixer avec envie sur une personne attirante, ou se laisser captiver par de troublantes beautés.

Car regarder, c'est l'aliment pour les yeux, mais si ce qu'ils font est immoral ou interdit, cela anéanti le jeûne; et cela porte atteinte à la santé de l'âme toute entière. Mais si c'est moral et digne, alors cela orne le jeûne.

Saint Jean Chrysostome


Publié le 1er août 2012, début du Carême de la Dormition... et du jeûne qui l'accompagne!

15 août 2011

Dormition ou Assomption? (père Jean Breck / Pravmir)


Dormition de la Mère de Dieu - Успение Богородично


http://www.pravmir.com/article_713.html


Dans notre tradition Orthodoxe, nous distinguons généralement avec grand soin la "Dormition " de la Mère de Dieu et son "Assomption" au Ciel. La première notion est, selon nous, clairement Orthodoxe, tandis que la seconde nous apparaît comme une désignation purement occidentale, provenant d'une "incompréhension" catholique-romaine de la signification de cette fête, universellement célébrée le 15 août.

Il est vrai que certaines interprétations très sincères, mais erronées de la mort de Marie et de son exaltation se trouvent aussi bien dans les écrits spirituels catholiques-romains que dans des icônes occientales contemporaines : une tendance, par exemple, à exalter la Sainte Vierge à un niveau de "divinité" qui efface de manière effective la distinction essentielle et absolue entre la vie humaine et divine. Les théologiens Orthodoxes insistent pour que la "déification" (theôsis) qu'a connue la Mère de Dieu, n'implique en aucune façon une transformation ontologique de son être, de l'humanité créée à la divinité. Elle a été et restera toujours une créature humaine : la plus exaltée de toutes celles qui portent l'image de Dieu, mais cependant toujours un être humain, dont la gloire apparaît dans son humilité, dans son simple désir d'accepter "que cela soit", selon la volonté divine.



Dès lors, les icônes orthodoxes traditionnelles de son "endormissement" se concentrent particulièrement sur sa mort et mise au tombeau. Les disciples, "rassemblés de toutes les extrémités de la terre", l'entourent, dans une attitude de douleur et de lamentation. Derrière le cercueil sur lequel elle repose, se trouve son Fils glorifié, tenant dans ses bras un enfant vêtu d'habits blancs radieux, c'est l'image de l'âme de Sa mère. C'est un thème inverse. Sur tous les iconostases orthodoxes, l'on trouve une image sacrée de la Mère de Dieu, tenant dans ses bras son enfant nouveau-né, l'Homme-Dieu qui "a pris chair" pour sauver et sanctifier une humanité déchue, pécheresse, brisée. Ici, dans l'icône de la Dormition, le Fils tient dans Ses bras et offre à ce monde Sa sainte Mère, comme elle le faisait avec Lui à l'époque de Sa Nativité. Lors de sa dormition, Il reçoit son âme, sa vie, afin de l'exalter en Lui et avec Lui, pour la gloire, la beauté et la joie de la vie éternelle.

Toutefois, dans de nombreuses icônes orthodoxes, cette image primaire est complétée par une autre : la représentation de la Mère de Dieu montant au Ciel, accompagnée par une foule d'anges. Nous trouvons ce double motif notamment dans les icônes post-byzantines telles que la Koimesis (Dormition) du monastère de Koutloumousiou au Mont Athos, datée d'environ 1657. (Vladimir Lossky signale d'autres représentations semblables dans son commentaire sur la Dormition, dans "the Meaning of Icons" (Signification des Icônes), Boston, 1969, p. 215.) Doit-on en conclure que ce double thème, qui représente à la fois la Dormition et l'Assomption de la Mère de Dieu, est simplement le résultat de l'influence occidentale?



En fait, peu importe que nous l'étiquetions "Assomption" ou "Ascension" de la Mère de Dieu, cette image complète celle de la "Koimesis" d'une manière qui est en parfait accord avec la théologie Orthodoxe. Tout comme le Christ est mort et reposait dans la tombe, pour être ressuscité et élevé au Ciel, ainsi Sa sainte Mère "s'endort", pour être élevée par son Fils et exaltée avec Lui dans le Ciel. Par Sa Résurrection et l'Ascension, Il fournit les moyens par lesquels la "Mère de la Vie", avec tous ceux qui demeurent en Lui, peuvent être ressuscités de la mort et élevés à la Vie transcendante.

Si nous comprenons "l'Assomption" de la Mère de Dieu à la lumière de l'Ascension de son divin Fils, nous pourrons alors apprécier cette double représentation de la Dormition et de l'Ascension que l'on retrouve dans nombres de nos icônes orthodoxes. La Sainte Mère de Dieu, la Théotokos ou "Enfantrice de Dieu", est le premier des fruits de l'accomplissement eschatologique qui amènera toute l'oeuvre créatrice et rédemptrice de Dieu à sa fin. Elle est le vase dans lequel la Deuxième Personne de la Sainte Trinité "a pris chair" et S'est fait homme, afin d'apporter le Salut à la race humaine. Son sein, "plus vaste que les Cieux", contenait Celui Que rien ne peut contenir. Il a pris d'elle Son existence humaine, et elle l'a accompagné avec amour et prière pendant toute la durée de Son ministère terrestre, jusqu'au pied même de la Croix. Elle partagea pleinement Sa souffrance, supportant Sa crucifixion et Sa mort dans les profondeurs de son âme. Par conséquent, elle est l'image parfaite de l'Église, la communion éternelle de tous ceux qui vivent et meurent dans le Christ.




Comme elle, ils seront ressuscités en Lui et exaltés à la même gloire à laquelle Il a élevé et transformé leur nature humaine déchue. Elle est ainsi un précurseur de leur Salut, une image prophétique de la vie glorifiée qui attend tous ceux qui portent le Christ dans les profondeurs intérieures de leur être, comme elle L'a porté au plus profond de ses entrailles.

Pourtant, elle est bien plus que cela. Elle n'est pas seulement un modèle de la destinée commune du peuple Chrétien. Elle l'accompagne également à toutes les étapes de son voyage, lui offrant - nous offrant - sa prière et son amour incessants. Dans sa Dormition et dans son élévation au Ciel, elle "n'abandonne pas le monde", mais, comme le proclament les hymnes liturgiques de la fête, elle reste la Mère de la Vie, qui est "constante dans la prière" et "notre ferme espérance," qui, par ses prières "délivre nos âmes de la mort!"



15 août 2010

Dormition de la Mère de Dieu (saint Jean Damascène)


cathédrale de la Dormition de la Mère de Dieu, Helsinki, Finlande


Saint Jean Damascène :
Troisième discours sur la Dormition de la toute sainte Théotokos (Mère de Dieu)


1. La coutume de ceux qui brûlent d'amour pour un objet, est d'avoir son nom toujours dans la bouche et de se le représenter en esprit nuit et jour. Que nul ne me reproche donc, si après les deux précédents je prononce ce troisième panégyrique de la Mère de mon Dieu, comme une offrande en l'honneur de son départ, non pour lui faire une grâce, mais pour servir, à moi-même et à vous ici présents, divine et sainte assemblée, un mets utile à nos âmes et salutaire, comme le veut cette nuit sacrée, et pour satisfaire notre goût spirituel. Nous souffrons tout à coup, vous le voyez, d'une pénurie d'aliments. Aussi j'improvise le repas; s'il n'est pas somptueux, ni digne de celle qui nous invite, puisse-t-il à tout le moins calmer notre faim! Car elle n'a nul besoin de nos éloges, mais c'est nous qui avons besoin de la gloire qui vient d'elle (Rom 3,23). L'être qui est glorifié, quelle gloire peut-il recevoir encore? La source de la Lumière, comment serait-elle illuminée? Mais ce faisant, c'est pour nous-mêmes que nous tressons une couronne. "Je suis vivant, dit le Seigneur, et Je glorifierai ceux qui Me glorifient" (2S 2,30).
Sans doute le vin est agréable, il est une boisson délicieuse, et le pain est un aliment nourrissant: l'un réjouit, l'autre fortifie le coeur de l'homme (Ps 104,15). Mais qu'y a-t-il de plus suave que la Mère de mon Dieu? Elle a captivé mon esprit, elle règne sur ma langue, jour et nuit son image m'est présente. Elle, la Mère de la Parole, me fournit aussi de quoi parler. Fille d'une mère stérile, elle rend fécondes les âmes stériles. Voilà celle dont nous fêtons la sainte et divine translation aujourd'hui!
Accourez-donc, et gravissons la montagne mystique! Après avoir délaissé les images de la vie présente et de la matière, et pénétré la ténèbre divine et incompréhensible, une fois établis dans la Lumière de Dieu, célébrons la puissance infinie. Par quel mystère, Celui Qui de sa hauteur suressentielle, immatérielle et transcendante, est descendu, sans quitter le sein du Père, dans le sein virginal, pour être conçu et s'incarner; celui qui à travers les souffrances marche volontairement à la mort, et qui, avec son corps né de la terre ayant gagné par sa mort l'immortalité, est retourné au Père; par quel mystère a-t-il attiré vers son Père sa mère selon la chair? Elle qui fut vraiment un ciel sur la terre, comment l'a-t-Il élevée jusqu'à la terre du Ciel (Ex 24,9; Ex 24,18) ?

2. Aujourd'hui, l'échelle spirituelle et vivante, par laquelle le Très-Haut est descendu pour se rendre visible et converser avec les hommes (Ba 3,38), est, par les degrés de la mort, remonté de la terre au ciel. Aujourd'hui la table terrestre, qui, sans qu'il y ait eu des noces, a porté le Pain céleste de la Vie et la braise de la divinité, fut enlevée de la terre aux Cieux; et pour la porte orientale, pour la porte de Dieu, les portes du Ciel se sont surélevées (Ez 44; Ps 24,7; Ps 24,9) .
Aujourd'hui, de la Jérusalem terrestre la Cité vivante de Dieu est ramenée vers "la Jérusalem d'en haut"; celle qui avait conçu comme son premier-né et fils unique le Premier-né de toute créature et le Fils unique du Père, vient habiter dans "l'Église des premiers-nés (Héb 12,23)"; l'arche du Seigneur, vivante et spirituelle, est transportée dans le repos de son Fils (Ps 132,8) .
Les portes du Paradis s'ouvrent pour accueillir la terre productrice de Dieu, où germa l'arbre de la vie éternelle qui a effacé la désobéissance d'Ève et la mort infligée à Adam. C'est le Christ, cause de la vie universelle, qui reçoit la grotte creusée, la montagne non travaillée, d'où se détacha sans intervention humaine la pierre qui remplit la terre.
Celle qui fut le lit nuptial où s'accomplit la divine Incarnation du Verbe, est venue reposer dans le tombeau plein de gloire comme dans une chambre de noces, et elle s'élève de là jusqu'à l'appartement des noces célestes, où elle règne en pleine lumière avec son Fils et son Dieu, après avoir légué son tombeau lui-même comme une couche nuptiale à ceux qui restent sur la terre. Un lit nuptial, ce tombeau? Oui, et le plus éclatant de tous ce n'est pas par les reflets de l'or, la blancheur de l'argent, les feux des pierreries qu'il resplendit, ni par des fils de soie, ni pour être recouvert de broderies d'or et de tissus de pourpre, mais par la lumière divine, rayonnement de l'Esprit très saint. Il procure, non l'union des corps aux époux de la terre, mais à ceux qu'enchaînent les liens de l'Esprit, la vie des âmes saintes, c'est-à-dire auprès de Dieu une condition meilleure et plus douce que toute autre.
Ce tombeau est plus gracieux que l'Éden: pour ne pas redire ce qui s'est passe dans celui-ci, la séduction de l'ennemi, son conseil amical, si j'ose ainsi parler, son fiel, sa tromperie, la faiblesse d'Ève, sa crédulité, l'appât doux et amer auquel son esprit se laissa prendre et par lequel elle surprit son époux, la désobéissance, le bannissement, la mort de peur que ce rappel ne fasse de notre fête un sujet de tristesse, je dirai que ce tombeau a élevé un corps mortel de la terre au Ciel, tandis que le premier Eden, d'en haut a fait tomber notre ancêtre sur la terre. N'est-ce pas en lui que l'homme fait à l'image divine entendit cette condamnation: "Tu es terre, et tu retourneras en terre" (Gen 3,19)?
Ce tombeau, plus précieux que l'ancien Tabernacle, a contenu le Candélabre spirituel et vivant, brillant de la lumière divine, et la table porteuse de vie, qui reçut, non les pains d'offrande, mais le Pain céleste, non le feu matériel, mais le Feu sans matière de la divinité.
Ce tombeau est plus fortuné que l'Arche mosaïque, puisqu'il eut en heureux partage, non les ombres et les figures, mais la Vérité même. Il accueillit l'urne pure comme l'or, productrice de la céleste manne (Ex 16,33; Héb 9,4); la vivante table de pierre qui reçut la Parole, quand elle allait s'incarner par l'action de l'Esprit, doigt tout-puissant de Dieu, c'est-à-dire le Verbe subsistant; il accueillit l'autel d'or des parfums, je veux dire celle qui porta dans son sein la Braise divine et embauma toute la Création.


3. Que s'enfuient les démons, que gémissent les Nestoriens trois fois misérables, comme autrefois les Égyptiens, avec leur chef le nouveau Pharaon, le cruel fléau et le tyran! Car ils furent engloutis dans l'abîme du blasphème. Mais nous, les sauvés, qui avons passé à pied sec et franchi la mer salée de l'impiété, chantons à la Mère de Dieu le chant de l'Exode. Que Miriam, qui est l'Église, prenne de ses mains le tambourin et entonne le chant festival; que les jeunes filles de l'Israël spirituel sortent "avec des tambourins et des choeurs" (Ex 15,20) en poussant des cris de joie! "Que les rois de la terre" et les juges avec les princes, "que jeunes hommes et vierges, vieillards et enfants" (Ps 148,11-12), célèbrent la Théotokos ! Que réunions et discours de toute forme, races et peuples dans la diversité de leurs langues composent "un chant nouveaué (Ps 40,4; Ps 149,1)! Que l'air résonne des chalumeaux et des trompettes de l'Esprit, et inaugure par l'éclat de ses feux le jour du salut! Réjouissez-vous, cieux, "et que les nuées pleuvent" (Is 45,8) l'allégresse! Bondissez, béliers du troupeau élu de Dieu, divins apôtres qui, comme des montagnes élevées et sublimes, aspirez aux plus hautes contemplations; et vous aussi, agneaux de Dieu, peuple saint, jeunes enfants de l'Église, tendus par votre désir comme des collines vers les hautes montagnes (ps 114)!
Hé quoi? Elle est donc morte, la source de la vie, la Mère de mon Seigneur! Oui, il fallait que l'être formé de la terre retournât à la terre, et par cette voie montât au Ciel, en recevant de la terre, après lui avoir remis son corps, le don d'une vie parfaitement pure. Il fallait que, comme l'or, une fois rejeté le poids terrestre et opaque de la mortalité, la chair, devenue dans le creuset de la mort incorruptible et pure, revêtue de l'éclat de l'incorruption, ressuscitât du tombeau (1 Co 15, 49-55).

4. Aujourd'hui commence pour elle une seconde existence, qu'elle reçoit de Celui qui la fit naître à la première, comme elle-même avait donné une seconde existence la vie corporelle à Celui dont l'existence première et éternelle n'eut pas de commencement dans le temps, bien que le Père en fût le principe, comme cause de sa vie divine. Réjouis-toi, Sion, montagne divine et sainte, où habitait l'autre montagne divine, celle qui est vivante, la nouvelle Béthel, où l'onction fut versée sur la stèle (Gen 28,18), où la nature humaine reçut l'onction de la divinité! De toi, comme d'un jardin d'oliviers, son Fils S'est élevé vers les hauteurs célestes (Ps 68,18-19). Qu'une nuée se prépare, universelle et cosmique, et que les ailes des vents amènent les Apôtres des confins de la terre jusqu'à Sion! "Qui sont ceux-là, qui comme des nuées" et des aigles "volent" (Is 60,8) vers le corps source de toute résurrection, pour servir la Mère de Dieu?" Quelle est celle-là qui monte, dans la fleur de sa blancheur", "toute belle", brillante "comme le soleil" (Ct 8,5; Ct 4,7; Ct 6,10)? Que chantent les cithares de l'Esprit, je veux dire les langues des Apôtres; que retentissent les cymbales, c'est-à-dire les plus éminents hérauts de la Parole de Dieu! Que ce vase d'élection, Hiérothée, consacré par l'Esprit divin, à qui l'union divine valut de souffrir et d'apprendre les réalités divines, soit tout ravi hors de son corps que transporté tout entier par sa ferveur, il fasse retentir la cadence de ses hymnes! Que toutes les nations battent des mains (Ps 47,2), que tous célèbrent la Théotokos! Que les anges rendent un culte à un corps mortel! Filles de Jérusalem, faites cortège derrière la Reine, et comme les vierges "ses compagnes", dans la jeunesse de l'esprit, portez-vous avec elle vers l'Époux pour la placer "à la droite" du Seigneur (Ps 45,15). Descends, descends, ô Souverain, viens payer à Ta mère la dette qu'elle mérite pour T'avoir nourri! Ouvre Tes mains divines: reçois l'âme maternelle, Toi qui sur la Croix remis Ton esprit entre les mains du Père. Adresse-Lui un doux appel: Viens, ô belle, "ma bien aimée" (Ct 2,10), par la beauté virginale plus que le soleil resplendissante; Tu m'as fait part de tes biens: viens, jouis avec moi de ce qui m'appartient. Approche, ô Mère, de ton Fils approche et partage la puissance royale avec Celui qui, né de toi, vécut avec toi dans la pauvreté (Ps 45). Éloigne-toi, ô Souveraine, éloigne-toi! Ce n'est plus l'ordre donné à Moïse: "Monte et meurs..." (Deut 32,49-50). Meurs plutôt, et élève-toi par cette mort même! Remets ton âme aux mains de ton Fils, et rends à la terre ce qui est de la terre: aussi bien cela même sera emporté avec toi.
Levez les yeux, ô peuple de Dieu, levez les yeux! Voici en Sion l'Arche du Seigneur Dieu des armées, et corporellement les Apôtres sont venus l'assister; ils rendent les derniers soins au corps qui fut principe de vie et réceptacle de Dieu. Immatériellement et invisiblement, les anges l'entourent avec crainte, assistant comme des serviteurs la Mère de leur Maître. Le Seigneur Lui-même est là, Lui présent partout, Lui qui remplit tout, qui embrasse l'univers, et qui n'est dans aucun lieu, puisque l'univers est en Lui, comme dans la Cause qui l'a créé et qui le contient (Jr 23,24; Sg 1,7). Voici la Vierge, fille d'Adam et Mère de Dieu: à cause d'Adam, elle livre son corps à la terre, elle élève son âme aux tentes célestes à cause de son Fils. Sanctifiée soit la ville sainte, et que, déjà bénie, elle recueille une bénédiction éternelle! Que les anges précèdent le passage de la divine demeure et apprêtent le tombeau; que l'éclat de l'Esprit le décore. Préparez des aromates pour embaumer le corps tout immaculé et tout rempli d'un délicieux parfum. Que vienne une onde pure, et qu'elle puise la bénédiction à la source sans souillure de la bénédiction. "Que se réjouisse la terre" (Ps 96,11) de recevoir le corps, et que l'air tressaille de l'ascension de l'esprit! Que les brises soufflent, douces comme la rosée et pleines de grâce! Que toute la Création célèbre la montée de la Mère de Dieu les groupes de jeunes gens par leur jubilation, les langues des orateurs par leurs effusions lyriques, le coeur des sages en dissertant sur cette merveille, les vieillards à la blancheur vénérable en livrant doucement le fruit de leurs contemplations. Que toutes les créatures réunies apportent leur concours! Même ainsi elles ne sauraient suffire à la moindre partie de l'hommage mérité.

5. Eh bien, tous, en esprit, quittons ce monde avec celle qui s'en va. Oui, tous, par l'élan du coeur, avec celle qui descend au tombeau descendons aussi! Rangeons-nous autour de la couche très sainte. Chantons des hymnes sacrés, et que nos mélodies s'inspirent de ces paroles "Réjouis-toi, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi." Sois dans la joie, toi qui fus prédestinée à être Mère de Dieu. Sois dans la joie, toi qui fus élue avant les siècles par un dessein de Dieu, germe tout divin de la terre, habitacle du feu divin, chef-d'oeuvre sacré de l'Esprit-Saint, source d'eau vive, paradis de l'Arbre de Vie, rameau vivant qui portas la divine Grappe d'où coulent le nectar et l'ambroisie, fleuve plein des aromates de l'Esprit, terre qui produisis l'Épi divin, rose éclatante de la virginité, d'où s'exhale le parfum de la Grâce, lys du Vêtement royal, agnelle qui engendras l'Agneau de Dieu effaçant le péché du monde, instrument de notre Salut, supérieure aux puissances angéliques, servante et Mère!
Venez, rangeons-nous autour du tombeau immaculé, et puisons la grâce divine! Venez, embrassons en esprit et portons le corps toujours virginal! Entrons dans le sépulcre; mourons avec lui, en rejetant les passions du corps, mais en vivant avec lui une vie sans convoitise et sans souillure. Écoutons les hymnes divins sortis des lèvres immatérielles des anges. Entrons pour adorer, apprenons à connaître le surprenant mystère: comment ce corps fut enlevé, puis emporté dans les hauteurs, puis ravi au Ciel, comment la Vierge est placée auprès de son Fils au-dessus de tous les ordres angéliques: rien en effet ne s'interpose entre la Mère et le Fils!

Après deux autres, tel est le troisième discours sur ton départ, que j'ai composé, ô Mère de Dieu, pour le respect et l'amour de la Trinité, dont tu fus la coopératrice, en vertu de la bienveillance du Père et par la puissance de l'Esprit, quand tu reçus le Verbe sans principe, la sagesse toute-puissante et la force de Dieu. Accepte donc ma bonne volonté, qui vaut mieux que mes forces, et donne-moi le salut, la délivrance des passions de l'âme, le soulagement des maladies du corps, la solution des difficultés, une condition de vie paisible, l'illumination de l'Esprit. Enflamme notre amour pour ton Fils, règle notre conduite sur ce qui lui, plaît, afin qu'en possession de la béatitude d'en haut, et te voyant resplendir de la gloire de ton Fils, nous fassions retentir des hymnes sacrés, dans l'éternelle joie, dans l'assemblée de ceux qui célèbrent, par une fête digne de l'Esprit, celui qui par toi opéra notre Salut, le Christ Fils de Dieu et notre Dieu, à Lui la gloire et la force, avec le Père sans principe et le très saint et vivifiant Esprit, maintenant, et toujours, et pour les siècles des siècles. Amen.


Icône de la Dormition de la Mère de Dieu (Uspenyie Bogomater), par saint Théophane le Grec


15 août 2008

Dormition de la Mère de Dieu (Prologue d'Ochrid) & bénédiction des primeurs

dormition de la Mere de Dieu - Uspenie
Икона. Успение Богородицы. Конец XVI в.
Icône russe du 16ème siècle - Dormition de la Mère de Dieu

La Dormition de la très sainte Mère de Dieu dans la tradition hagiographique

"Le Seigneur Qui, sur le Mont Sinaï, par Son Cinquième Commandement ordonna "Honore ton père et ta mère" (Exode 20,12), montra par Son propre exemple comment l'on devrait respecter ses parents. Pendant sur la Croix, à l'agonie, Il Se souvint de Sa mère et montrant l'Apôtre Jean, Il dit à elle : "Femme, voici ton fils" (Saint Jean 19,26).
Après cela, Il dit à Jean : "Voici ta mère" (Saint Jean 19,27). Et ayant ainsi mis Sa mère à l'abri, Il exhala Son dernier souffle. Jean avait une maison sur le mont Sion à Jérusalem, dans laquelle la Theotokos s'installa et demeura pour vivre jusqu'à la fin de ses jours sur terre. Par ses prières, bons conseils, douceur et patience, elle assista grandement les Apôtres de son Fils.
Tout d'abord, elle passa tout son temps à Jérusalem en visitant souvent les endroits qui lui rappelait les grands événements et les grandes oeuvres de son Fils. En particulier, elle visitait le Golgotha, Bethléem et le Mont des Oliviers. De ses plus longs voyages, sa visite à saint Ignace le Théophore à Antioche est mentionnée, de même que sa visite à Lazare (que notre Seigneur avait ressuscité après 4 jours), évêque de Chypre, sa visite à la sainte Montagne de l'Athos qu'elle bénit et son séjour à Éphèse avec le saint Apôtre Jean l'´évangéliste et Théologien durant la période de la grande persécution contre les Chrétiens à Jérusalem. Dans son vieil âge, elle pria souvent son Seigneur et Dieu sur le Mont des Oliviers, l'emplacement de Son Ascension, afin qu'Il la retire de ce monde le plus vite possible.
C'est ainsi qu'un jour, l'Archange Gabriel lui apparut et lui révéla qu'endéans les 3 jours, elle trouverait le repos. L'Ange lui donna une branche de palmier à porter au moment de sa procession funéraire. Elle rentra dans une grande joie à la maison, désirant revoir une dernière fois en sa vie tous les Apôtres du Christ. Le Seigneur exauça son souhait et tous les Apôtres, portés par des Anges à travers les nuages, se rassemblèrent en même temps à la maison de Jean à Sion. C'est avec beaucoup d'allégresse qu'elle revit les saints Apôtres, les encouragea, les conseilla et les réconforta. Ensuite, elle rendit son âme à Dieu en paix, sans la moindre douleur ou maladie physique. Les Apôtres prirent le cercueil avec son corps d'où une fragrance aromatique émanait, et, en compagnie de nombreux Chrétiens, le porta au Jardin de Getsémani vers le sépulcre de ses parents, saint Joachim et sainte Anne. Par la Providence divine, un nuage les cacha des méchants Juifs. Antoine, un prêtre Juif [cependant présent], empoigna le cercueil avec l'intention de le renverser, mais à ce moment-là, un Ange de Dieu lui trancha les mains. Il cria pour demander l'aide des Apôtres et fut guéri en déclarant sa foi dans le Seigneur Jésus-Christ. L'Apôtre Thomas était absent, à nouveau, par Providence divine, afin que ce nouveau et glorieux mystère de la sainte Mère de Dieu soit révélé. Le 3ème jour, Thomas arriva et désira vénérer le corps de la Toute-Pure. Mais lorsque les Apôtres ouvrirent le sépulcre, ils ne trouvèrent que le linceul et le corps n'était pas dans la tombe. Ce soir-là, la Théotokos apparut aux Apôtres, entourée d'une myriade d'Anges, et leur dit : "Réjouissez-vous, je serai toujours avec vous." On ne connaît pas exactement l'âge de la Théotokos au moment de sa Dormition, mais l'opinion générale est qu'elle devait avoir plus de 60 ans."
Prologue d'Ochrid
Saint Nicolas Velimirovitch, évêque de Zicha (+ 05 mars 1958)



Apparition de la Mère de Dieu
Mikhaïl Nesterov, années 1910
source : varvara
Comme elle l'a promis, la Mère de Dieu est proche de tous les Chrétiens


La Mère de Dieu de tendresse
Mikhaïl Nesterov, 1909
source : varvara
Icône réalisée pour le Marfa-Mariinskoye Obitel (couvent de Marthe et Marie), à la demande de sainte Élisabeth la Néo-Martyre (la grande duchesse Yelizaveta Fyodrovna)


***********************


A la fin de la Divine Liturgie de la Dormition, il y a bénédiction des fruits:



BÉNÉDICTION DES HERBES FINES, POTAGÈRES ET MÉDICINALES, DES LÉGUMES ET DES FRUITS NOUVEAUX, LE 15 AOÛT.

Le 15 Août, vers la fin de la Liturgie, après la prière de derrière l'ambon, le prêtre bénit les herbes et les primeurs.
Là où se fait la bénédiction, on aura soin de placer sur une table, en une ou plusieurs corbeilles, les différentes espèces végétales (herbes, plantes, légumes et fruits) de manière telle que le prêtre, en les désignant successivement de la main, trace de son geste une croix (même disposition que pour le pain, le froment, le vin et l'huile sur le plateau de l'artoclasie).


Le diacre: Prions le Seigneur.
Le choeur: Kyrie eleison.
Le prêtre:
Dieu éternel et tout-puissant, qui du néant par Ta Parole as créé le ciel, la terre, la mer, les choses visibles et invisibles; qui as donné l'ordre à la terre de produire les herbes et les arbres pour l'usage des hommes et du bétail, et à chaque plante de porter du fruit selon son espèce; et qui, par ineffable bonté, as voulu que l'herbe servît non seulement de nourriture aux animaux, mais aussi de médecine aux malades; nous Te demandons de coeur et de lèvres de bénir en Ta miséricorde ces herbes, ces plantes, ces légumes et ces fruits; et, par la force divine qui leur vient de Toi, de répandre la grâce de Ta nouvelle bénédiction, afin qu'ils protègent les hommes et le bétail de tout mal et de toute infirmité.
Car Tu es notre Dieu, et nous Te rendons gloire, Père, Fils et saint Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles.
Choeur : Amen.

Autre prière:
Seigneur qui par Ton serviteur Moïse as ordonné aux enfants d'Israël d'offrir aux prêtres les prémices des fruits nouveaux et de prendre les fruits du meilleur arbre pour se réjouir devant Toi, leur Dieu, viens à notre appel et, dans Ta miséricorde, répands l'abondance de Ta bénédiction sur nous et sur les prémices des nouveaux grains, des baies, des herbes et des fruits qu'en action de grâce nous Te présentons et qu'en Ton Nom, au cours de cette fête, nous bénissons; fais que pour les gens, le bétail, les animaux, ils soient une aide contre les maladies, les épidémies, les poisons, les drogues, les intoxications, les vertiges, les cauchemars, les hallucinations, les morsures des serpents et les autres bêtes venimeuses, partout où ils seront appliqués et absorbés; afin qu'avec les prémices de nos bonnes oeuvres, par les prières de notre Dame toute-bénie, la Mère de Dieu et toujours-vierge Marie, dont nous fêtons solennellement en ce jour la Dormition, là même où elle a été élevée nous soyons reçus nous aussi.
Par la miséricorde et l'amour pour les hommes de Ton Fils unique, avec lequel Tu es béni ainsi que Ton très Saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles.
Ch. Amen.
Et le prêtre encense les primeurs.

(traduction du p. Denis Guillaume, in : Grand Euchologue sacerdotal, pp.405-406)


15 août 2007

Dormition de la Mère de Dieu - Rite Occidental + byzantin - textes, prières, iconographie, etc

Rite Orthodoxe Occidental - Sarum - EORHF

Matines
Psaume 37 Domine, ne in furore
Ps 38 Dixi, Custodiam
Isaïe 7,13-9,1
Écoutez, maison de David! Cela ne vous suffit-il pas de lasser la patience des hommes, que vous lassiez aussi celle de mon Dieu? Aussi le Seigneur va-t-il vous donner lui-même un signe: La jeune fille va concevoir et enfanter un fils, et tu le nommeras Emmanuel. Il sera nourri de crème et de miel jusqu'à ce qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien. Car avant que l'enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, le pays pour lequel tu redoutes les deux rois sera dévasté. Le Seigneur fera venir sur toi, sur ton peuple et sur la maison de ton père, des jours comme il n'y en eut point depuis qu'Éphraïm s'est séparé de Juda. En ce temps-là, le Seigneur sifflera les mouches qui sont aux bords des fleuves de l'Égypte et les abeilles du pays d'Assyrie. Elles viendront s'abattre en masse dans les ravins escarpés, dans les creux des rochers, sur tous les buissons et tous les pâturages. En ce temps-là, avec un rasoir emprunté au-delà du Fleuve, (avec le roi d'Assyrie), le Seigneur vous rasera la tête et le poil des jambes, ainsi que la barbe. En ce temps-là, chaque homme entretiendra une vache et deux brebis; de tout le lait qu'elles donneront on mangera la crème, car c'est de crème et de miel que vivront ceux qui subsisteront dans le pays. En ce temps-là, tout terrain qui contenait mille ceps de vigne valant mille sicles d'argent sera laissé aux ronces et aux épines. On n'y viendra qu'avec un arc et des flèches, car le pays entier sera couvert de ronces et d'épines. Sur les coteaux que l'on travaillait à la bêche, on ne se rendra plus à cause des ronces et des épines, on y laissera paître les boeufs, et ils seront piétinés par les moutons.
Le Seigneur me dit: "Prends une grande tablette, et inscris-y en caractères lisibles: Mahér-shalal-hash-baz (prompt butin, proche pillage). Trouve-moi des témoins dignes de foi, Urie le prêtre et Zacharie fils de Jébéréchie." Je m'approchai de la prophétesse, qui conçut et mit au monde un fils. Le Seigneur me dit: "Appelle-le Mahér-shalal-hash-baz, car avant que l'enfant sache dire: Papa, maman, on aura porté les richesses de Damas et le butin de Samarie devant le roi d'Assyrie." Le Seigneur me dit encore: Parce que ce peuple méprise les eaux tranquilles de Siloé, et qu'il perd contenance devant Rason et le fils de Rémalia, le Seigneur va faire monter contre eux les eaux du Fleuve, larges et puissantes, le roi d'Assyrie et toute sa puissance. Il montera partout au-dessus de ses berges, il se répandra sur toutes ses rives. Il envahira Juda, l'inondera et le submergera, il montera jusques au cou. De ses nappes répandues il couvrira toute la terre, ô Emmanuel! Apprenez-le, peuples, et soyez consternés! Prêtez toutes l'oreille, terres lointaines. Prenez les armes, vous serez brisés; prenez les armes, vous serez brisés. Préparez un plan, il échouera; donnez des ordres, ils ne s'exécuteront pas, car Dieu est avec nous. Voici ce que le Seigneur m'a dit quand il m'a empoigné et qu'il m'a mis en garde contre cette politique: "N'appelez pas conjuration tout ce que ce peuple appelle conjuration; ne redoutez pas l'objet de ses frayeurs, soyez sans crainte. C'est le Seigneur que vous devez tenir pour un conspirateur; c'est lui qu'il faut craindre, lui qu'il faut redouter. Il sera un sanctuaire, la pierre d'achoppement, le rocher où l'on trébuche, pour les deux maisons d'Israël, un piège et un filet pour les habitants de Jérusalem. Beaucoup d'entre eux chancelleront, ils tomberont et se briseront, ils seront enlacés et pris au piège!"
Je vais envelopper cette déclaration, sceller cette révélation pour mes disciples. J'aurai confiance dans le Seigneur qui se cache à la maison de Jacob, et j'espérerai en lui. Moi et les enfants que le Seigneur m'a donnés, nous sommes en Israël des signes et des présages de la part du Seigneur des armées, qui habite la montagne de Sion. Si l'on vous dit: Consultez les esprits des morts, les devins, ceux qui chuchotent et qui murmurent: Un peuple ne doit-il pas consulter ses dieux? consulter les morts en faveur des vivants? C'est ce que l'on dira pour recevoir une loi et un témoignage. Car il n'y a pas d'aurore pour lui. On errera dans le pays, fatigué et affamé; tourmenté par la faim on se dépitera, et l'on maudira son roi et son Dieu. On lèvera les yeux, puis on regardera vers la terre, et l'on ne verra que détresse, obscurité, ténèbres angoissantes, on sera repoussé dans la nuit. (Car n'y a-t-il pas ténèbres où il y a angoisse? Dans le passé il a humilié le pays de Zabulon et le pays de Nephtali; mais dans l'avenir il couvrira d'honneurs la Route de la mer, la Transjordanie et le district des nations. Le peuple qui marchait dans l'obscurité a vu une grande lumière; sur ceux qui habitaient un pays ténébreux une lumière a resplendi.

1ère Épître de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 15,16-57
Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi ne rime à rien, vous êtes encore dans vos péchés. Ceux qui sont morts dans le Christ sont donc perdus. Si c'est pour cette vie seulement que nous avons placé notre espoir dans le Christ, nous nous trouvons être les plus malheureux de tous les hommes. Mais voici que le Christ est ressuscité des morts; il est les prémices de ceux qui sont morts. En effet, c'est par un homme que la mort est venue; c'est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. Tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ, mais chacun à son propre rang: comme prémices, le Christ; ensuite ceux qui seront au Christ, lors de son avènement. Puis viendra la fin, quand il remettra le royaume à Dieu le Père, après avoir réduit à rien toute Principauté, toute domination, toute puissance. Car il faut qu'il règne, jusqu'à ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi qui sera anéanti, c'est la mort; car Dieu a tout mis sous ses pieds . Mais lorsqu'il dira que tout lui a été soumis, il est évident qu'il faut en excepter celui qui lui a soumis toutes choses. Et lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même rendra hommage à celui qui lui a soumis toutes choses. Ainsi Dieu sera tout en tous. Autrement, que veulent faire ceux qui se font baptiser pour les morts? Si les morts ne ressuscitent pas, pourquoi se font-ils baptiser pour eux? Et nous, pourquoi sommes-nous à toute heure en péril? Chaque jour, je risque la mort; aussi vrai, frères, que vous m'êtes un sujet de fierté dans le Christ Jésus notre Seigneur. Si c'est avec des vues humaines que j'ai combattu contre les bêtes à Éphèse, quel avantage m'en revient-il? Si les morts ne ressuscitent pas, mangeons, buvons, car demain nous mourrons. Ne vous y trompez pas, "les mauvaises compagnies corrompent les bonnes moeurs". Revenez à vous-mêmes, comme il convient, et ne péchez point: car il y en a qui sont dans la totale ignorance de Dieu, je le dis à votre honte.
Mais, direz-vous, comment les morts ressuscitent-ils? Avec quel corps reviennent-ils? Insensé! Ce que tu sèmes ne reprend pas vie sans mourir d'abord. Ce que tu sèmes, ce n'est pas le corps de la plante à venir, mais c'est un simple grain, disons, de blé, ou de quelque autre semence. Mais Dieu lui donne le corps comme il lui plaît, et à chaque semence, il donne le corps de la plante qui lui est propre. Toutes les chairs ne sont pas semblables: autre est la chair des hommes, autre celle des animaux; celle des oiseaux diffère de celle des poissons. De même, il y a des corps célestes et des corps terrestres; mais l'éclat des corps célestes diffère de celui des corps terrestres. Autre est l'éclat du soleil, autre est l'éclat de la lune, autre l'éclat des étoiles; et l'éclat de l'une diffère même de l'éclat de l'autre. Ainsi en est-il de la résurrection des morts. Semé dans la corruption, le corps ressuscite incorruptible; semé dans le mépris, il ressuscite glorieux; semé dans la faiblesse, il ressuscite vigoureux; semé corps animal, il ressuscite corps spirituel. S'il y a un corps animal, il y a aussi un corps spirituel. C'est ainsi qu'il est écrit: Le premier homme, Adam, a été fait âme vivante (Gn. 2,7); le dernier Adam est esprit vivifiant. Mais ce n'est pas le spirituel qui vient le premier, c'est ce qui est animal: le spirituel vient ensuite. Le premier homme, tiré de la terre, est terrestre; le second est venu du ciel. Tel est l'homme terrestre, tels sont aussi les hommes terrestres; tel est l'homme céleste, tels sont aussi les hommes célestes. Et de même que nous avons reproduit les traits de l'homme terrestre, ainsi nous reproduirons ceux de l'homme céleste. Ce que j'affirme, frères, c'est que ni la chair ni le sang ne peuvent avoir part au royaume de Dieu, et que la corruption n'aura point part à l'incorruptibilité. Voici maintenant que je vous parle d'un mystère: nous ne mourrons pas tous, mais tous, nous serons changés, en un instant, en un clin d'oeil, au son de la dernière trompette (car la trompette sonnera). Les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés. Il faut que ce qui est corruptible revête l'incorruptibilité, et que ce qui est mortel revête l'immortalité.
Quand ce qui est corruptible aura revêtu l'incorruptibilité, et que ce qui est mortel aura revêtu l'immortalité, alors s'accomplira cet oracle de l'Écriture: La mort a été engloutie dans la victoire (Is. 25,8). Mort, où est ta victoire? Mort, où est ton aiguillon (Os. 13,14)? Or, l'aiguillon de la mort, c'est le péché; la puissance du péché, c'est la loi. Mais grâces soient rendues à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ!

COLLECTES POUR LA DORMITION (Matines)
Nous Te supplions de nous accorder, O Seigneur, un esprit pour toujours penser et agir avec droiture; de sorte que nous, qui ne savons rien faire de bon sans Toi, puissions être amenés par Toi à vivre selon Ta sainte volonté. Par notre Seigneur et Sauveur, Jésus-Christ, Qui vit et règne avec Toi et le Saint Esprit, Dieu Un, pour les siècles des siècles.

Liturgie
Nous qui venons de participer au banquet céleste, nous implorons Ta miséricorde, O Seigneur notre Dieu, pour que, célébrant la Dormition de la Mère de Dieu, nous puissions par son intercession être libérés de tous les maux qui nous assaillent. Par notre Seigneur et Sauveur, Jésus-Christ, Qui vit et règne avec Toi et le Saint Esprit, Dieu Un, pour les siècles des siècles.

Divine Liturgie (Sarum)
Épître : Livre de Ben Sirach le Sage Sir 24,11-27
(La Sagesse dit :) J'ai eu sous les pieds par ma puissance le coeur de tous les hommes, grands et petits ; auprès d'eux je m'enquis d'un lieu de repos, où j'habiterais dans le domaine du Seigneur. Alors la voix du créateur de l'univers m'a donné ses ordres, et celui qui m'a créée a reposé dans ma tente. Il m'a dit: "En Jacob, plante ta tente; en Israël place ton héritage; parmi les élus, étends tes racines ." Dès le début, avant tous les siècles il m'a créée, jusqu'à la fin des siècles je ne cesserai pas d'exister; dans la maison sainte j'ai exercé mon ministère devant lui, et ainsi j'ai été affermie dans Sion; dans la cité sainte j'ai trouvé mon repos, et Jérusalem est le siège de mon empire. J'ai pris racine dans un peuple mis à l'honneur, dont l'héritage est dans la part de mon Dieu, et j'ai fixé mon séjour dans l'assemblée des saints. Je me suis élevée comme un cèdre sur le Liban, comme un cyprès sur la montagne de Sion; j'ai poussé comme un palmier de Cadès, comme en Jéricho un parterre de roses. Je me suis élevée comme un olivier de belle venue dans la plaine, comme un platane sur un chemin qui longe les eaux, j'exhale une odeur de cannelle et de baume odorant, un parfum comme celui de la myrrhe de choix; comme le storax, le galbanum, l'onyx et le stacte, comme la goutte d'encens qui tombe d'elle-même, j'ai embaumé ma demeure; mon odeur est celle d'un baume sans mélang. J'ai étendu mes branches comme un térébinthe, mes rameaux sont glorieux et majestueux. Comme la vigne j'ai donné des fruits à l'odeur suave, et mes fleurs sont des fruits de gloire et d'abondance. Je suis la mère du pur amour, de la crainte (de Dieu), de la science et de la sainte espérance. En moi se trouve toute grâce de toute voie et vérité, en moi l'espérance de toute vie et de vertu. Venez à moi, vous qui me désirez avec ardeur, et remplissez-vous des fruits que je porte; car mon souffle est plus doux que le miel, plus qu'un rayon de miel, douce ma possession.

Évangile : Saint Luc 10,38-42
Ils étaient en voyage, et Jésus entra dans un village. Là, une femme, nommée Marthe, le reçut chez elle. Elle avait une soeur, du nom de Marie, qui s'assit aux pieds du Seigneur pour l'écouter parler. Survint Marthe, fort affairée par les soins du ménage: "Seigneur, dit-elle, cela ne te fait-il rien que ma soeur me laisse faire seule tout le service? Dis-lui donc de m'aider." Le Seigneur lui répondit: "Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour bien des choses, alors qu'une seule est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée."


HOMÉLIE DE LA DORMITION DE LA TRÉS SAINTE MÈRE DE DIEU

Homélie 2007 :

Homélie 2006 :
Homélie sur la Dormition de notre Toute Pure, la Théotokos, la toujours Vierge Marie, par Saint Grégoire Palamas

Hunterian Psalter (Angleterre vers 1170) source & (c)

Ensemble, l'amour et le devoir ont suscité mon homélie de ce jour, par amour pour vous. Ce n'est pas seulement que je le souhaite, du fait de mon amour pour vous, et parce que j'y suis contraint par les saints Canons, d'apporter à vos pieuses oreilles une parole salutaire et par là nourrir vos âmes, mais s'il y a bien une chose parmi celles qui lient par obligation et par amour et qui savent être rapportées avec ferveur pour l'Église, c'est la grandeur de la toujours Vierge Mère de Dieu. Le désir est double, pas simple, car il m'incite, me supplie et me persuade, en même temps que me force le devoir auquel on ne peut se soustraire, bien que le discours ne saurait atteindre ce qui le dépasse, de même que l'oeil n'est pas capable de fixer le soleil. Nul ne saurait s'exprimer sur des choses qui dépassent le langage, et cependant, c'est à notre portée par l'amour pour l'humanité de ceux qui sont loués, de composer un chant de louange et en même temps de ne pas toucher aux choses insaisissables, de satisfaire à la dette par des paroles et d'offrir les premiers fruits de notre amour à la Mère de Dieu, par des hymnes composés selon nos capacités.

Dès lors, si "la mort du juste est honorable" (cfr Ps. 115,6) et "la mémoire du juste est célébrée avec des cantiques de louange" (Prov. 10,7), combien plus devons-nous honorer avec force louanges la mémoire de la plus sainte de tous les saints, celle par qui toute sainteté est offerte aux saints, je veux parler de la toujours Vierge Mère de Dieu! C'est ainsi que nous célébrons aujourd'hui sa sainte dormition ou translation vers une autre vie, par laquelle, bien qu'étant "un peu moins grande que les Anges" (Ps. 8,6), par sa proximité avec le Dieu de tous, et dans les actes merveilleux qui furent écrits dès le commencement des temps et accomplis en ce qui la concerne, elle est montée bien plus haut que les Anges et les Archanges et toutes les puissances célestes incorporelles qui sont au-dessus d'eux. Pour elle, les prophètes consacrés à Dieu avaient prononcé des prophéties, des miracles étant accomplis pour préfigurer cette future Merveille du monde entier, la toujours Vierge Mère de Dieu. Le flot des générations et des circonstances amène à la destination de ce nouveau mystère accomplit en elle; les décrets de l'Esprit fournissent à l'avance des types de la vérité à venir. La fin, ou plutôt le début et la racine, de ces merveilles et actions divines, c'est l'annonce aux suprêmement vertueux Joachim et Anne de ce qui allait être accompli : à savoir qu'eux, qui étaient stériles depuis leur jeune âge, donneraient vie en leur vieil âge à celle qui sans semence donnerait naissance à Celui Qui est engendré de Dieu le Père avant les siècles. Ceux qui l'avaient miraculeusement enfantée firent voeu de la ramener au Donateur, elle qui avait été donnée. Dès lors, la Mère de Dieu changea étrangement de demeure, quittant celle de son père pour rejoindre celle de Dieu alors qu'elle était encore enfant. Elle passa ainsi plusieurs années dans le Saint des Saints même, où, remise aux bons soins d'un Ange, elle jouit d'une ineffable nourriture, telle qu'Adam n'avait pu en goûter; car en effet s'il l'avait pu, comme cette immaculée le fit, il n'aurait pas chuté loin de la vie. Quand bien même si c'était à cause d'Adam et de sorte qu'elle puisse prouver qu'elle était sa fille, qu'elle cédait un peu à la nature, de même que le fit son Fils, Qui est à présent monté de la terre au Ciel.

Mais après cette indicible nourriture, la plus mystique économie de rencontre survint à la Vierge, avec une étrange salutation surpassant toute parole, que lui adressa l'Archange descendu des hauteurs célestes, un dévoilement et salutation de Dieu qui transformait la condamnation d'Eve et d'Adam, un remède à la malédiction qui reposait sur eux, transformant cela en bénédiction. Le Roi de tout "avait désiré la beauté mystique" de la Toujours Vierge, comme David l'avait prédit (Ps. 44,11 LXX) et, "Il recourba les cieux et descendit" (Ps. 17,9 LXX) et la couvrit, ou plutôt, la Puissance "enhypostatique" (*) du Très Haut demeura en elle. Il ne manifesta pas Sa présence par la ténèbre et le feu, comme avec Moïse le voyant de Dieu, pas par la tempête et la nuée, comme avec Élie le prophète, mais c'est sans médiation, sans voile, que la Puissance du Très Haut recouvrit le sein virginal et sublimement chaste, séparé par rien qui soit, ni air ni éther ni rien de sensible, ni rien de supra-sensible. Ce n'était pas couvert par l'ombre mais une complète union. Puisque ce qui couvre est toujours coutumier de produire sa propre forme et figure en ce qui est couvert, il advint en ce sein non pas seulement une union, mais bien plus, une formation, et ce qui fut formé par la Puissance du Très Haut et du tout saint ventre virginal, ce fut le Verbe de Dieu incarné. C'est ainsi que le Verbe de Dieu prit demeure en la Théotokos d'une manière inexprimable et procéda d'elle, portant chair. Il paru sur terre et vécu au milieu des hommes, déifiant notre nature et nous accordant, selon les paroles du divin Apôtre, ce en quoi "les anges eux-mêmes désirent plonger leurs regards" (1 Pierre 1,12). C'est la louange qui transcende la nature et la suréminente glorieuse gloire de la toujours Vierge, gloire pour laquelle nulle pensée, nulle parole ne peut suffire, quand bien même elle serait angélique. Mais qui pourrait raconter tout ce qui s'est passé après Son ineffable Nativité? Car, alors qu'elle coopérait et souffrait avec cette exaltante condescendance du Verbe de Dieu, elle était aussi justement glorifiée et exaltée ensemble avec Lui, y ajoutant toujours l'accroissement surnaturel de puissantes oeuvres. Et après l'Ascension aux Cieux de Celui Qui S'était incarné par elle, il advint que ces grandes oeuvres, surpassant pensée et parole, elle les rivalisa, oeuvres qui à travers Lui étaient siennes, et elle le fit par une ascèse très vaillante et diverse, et avec ses prières et sa protection pour le monde entier, ses préceptes et encouragements qu'elle donna aux hérauts de Dieu envoyés à travers le monde. Elle était donc à la fois elle-même un soutien et un réconfort quand elle était entendue et vue, et pendant qu'elle oeuvrait avec tout le restant de toutes manières possibles pour la prédication de l'Évangile. Avec sagesse, elle vécu un genre de vie très ardu, proclamé en pensée et en parole.

(*) "enhypostatos" = qui subsiste dans le Logos en tant que seconde personne de la Trinité. Notion théologique provenant de saint Jean Damascène; si quelqu'un a une meilleure traduction, merci d'avance. NDT.

[suite en cours de traduction]

Amen.

p. Michaël, higoumène (abbé), Saint-Petroc monastery, EORHF/Rocor
http://www.orthodoxresurgence.co.uk/

*-*-*-*-*-*-*

Homélie de saint Bède le Vénérable pour la Dormition de la Mère de Dieu



Note : saint Grégoire de Tours utilisait le terme "Dormition", qui est donc aussi le terme pour les Orthodoxes d'Occient depuis toujours. Il est à regretter que dans nos pays, par contamination avec l'hétérodoxie, certains utilisent le terme "assomption", malgré les graves erreurs théologiques liées à ce terme, erreurs que l'on trouve dans le milieu où il a été forgé. Dormition est le terme que nous tenons de nos pères, qui vient des Apôtres, alors pourquoi chercher ailleurs, hors de l'héritage de la Foi apostolique? Pour faire copain-copain? C'est ça, vouloir le bien de son prochain, lui souhaiter le Salut, la vie éternelle? Ces erreurs ont des implications directes dans le domaine sotériologique, elles ne sont pas banales, elles ne sont pas des "opinions théologiques" comme certains aiment à le prétendre par confusion entre amitié et vérité de la Foi. Pour l'Orthodoxe occidental, de Rite Occidental ou byzantin peu importe, le terme est "Dormition" et la compréhension est celle que donne l'Église du Christ.
JM----------------------------------------------

Byzantins : Dormition de la Mère de Dieu


Tropaire de la Dormition
Dans ton enfantement tu as gardé la virginité; dans ta dormition tu n’abandonnes pas le monde, ô Mère de Dieu! Tu vas vers la Vie, étant Mère de la Vie, et par tes prières tu libères nos âmes de la mort!

Kondakion de la Dormition, ton 2
La Mère de Dieu, qui jamais ne se lasse d’intercéder pour nous et dont la protection ne pouvait cesser d’être notre espérance, ne se laissa vaincre par la mort ni le tombeau, puisqu’elle la Mère de la Vie et qu’elle a rejoint la Source de la Vie, Celui qui demeura dans son sein virginal.

Épître : Philippiens 2, 5-11
Frères, ayez entre vous les mêmes sentiments que ceux qui furent dans le Christ Jésus : Lui, étant Dieu par nature, n’a pas revendiqué son égalité avec Dieu, mais Il s’en est Lui-même dépouillé, Il a pris ma nature d’esclave et Il est devenu semblable aux humains. Puis, revêtu de l’humanité, Il s’humilia Lui-même, et obéit jusqu’à la mort, celle de la Croix. Aussi Dieu l’a-t-Il exalté et lui a-t-Il conféré le Nom qui dépasse tout nom, afin qu’au Nom de Jésus fléchisse tout genou, dans le ciel, sur la terre et aux enfers, et que toute langue se mette à proclamer de Jésus Christ qu’Il est Seigneur à la gloire de Dieu le Père!

Évangile : Saint Luc 10, 38-42 et 11, 27-28
En ce temps-là, comme ils faisaient route, Jésus entra dans un village et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison. Elle avait une sœur appelée Marie qui s’assit aux pieds du Seigneur, et écoutait sa parole. Marthe s’affairait à tout le service ; elle vint et dit : "Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse m’occuper seule du service ? Dis-lui donc de m’aider !" Le Seigneur lui répondit : "Marthe, Marthe ! Tu t’inquiètes et t’agites pour beaucoup de choses, mais il en faut peu : d’une seule, même, suffit. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas retirée". Alors qu’Il disait cela, une femme éleva la voix du milieu de la foule et dit à Jésus : "Heureuse, celle qui t’a porté et nourri !" Mais Il dit : "Heureux, assurément, ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent !"







Catéchèse : la foi orthodoxe en la Mère de Dieu, Toujours-Vierge et Toute-Sainte Marie - sa libre impeccabilité : élue par le Seigneur, elle s’est gardée du péché personnel. L’héritage du péché adamique a été purifié en elle par la venue sanctifiante de l’Esprit et l’habitation du Verbe, avec la synergie de sa volonté humaine. Aussi ne connut-elle pas les souffrances de l’accouchement. Elle souffrit de compassion pour son Fils et son Dieu. Elle consentit à la mort et fut exaltée ("dormition").
- sa virginité triple : avant la conception, pendant et après l’enfantement. Elle ne connut pas l’union sexuelle, et eut le Verbe comme fils unique. Les "frères" de Jésus sont ses cousins, ou des enfants de Joseph le veuf. Sur l’icône, sont les trois étoiles de la virginité glorieuse de la Toujours-Vierge.
- elle est la "Mère de Dieu", foi œcuménique (concile d’Ephèse 431) et incontournable. L’enfant conçu en elle de l’Esprit du Père est la personne divine du Verbe. En elle l’union de la divinité et de l’humanité est immédiate : elle conçoit humainement la divinité ; "théotokos" ("déipare") inclut non seulement la mise au monde, mais surtout la conception. La Vierge Marie est la Génitrice de Dieu.
- elle est la Toute-Sainte (Panaghia), première créature transfigurée et déifiée et, pour cette raison, au-dessus des chérubins et des séraphins. Elle demeure une créature, et ne prend jamais la place de Dieu.
archiprêtre Marc-Antoine Costa de Beauregard

En Grèce, la Dormition est fêtée au niveau de l'État, quelle chance!
comment-la-dormition-t-fte-mme-par.html

Textes liturgiques complets, informations, commentaires de l'Ode par saint Nicodème, différences dogmatiques radicales avec "l'assomption" hétérodoxe, etc, voir :
http://www.forum-orthodoxe.com/



broderie de sainte Marie de Paris ("Mère Marie Skobtsova")