"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

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24 novembre 2013

Saintes Flora et Maria de Cordoue, martyres, ou l'Espagne Orthodoxe face à l'islam conquérant (+ 851)


SAINTES FLORA ET MARIA, MARTYRES (+ 851)
Dieu merci, l'historien des saints de l'antiquité et du Moyen Age n'a pas à travailler que sur des plagiats et des faux. Il rencontre aussi des témoignages directs où l'on sent battre un coeur. Les textes de saint Euloge, prêtre de Cordoue, archevêque élu de Tolède et martyr en 859, sont de cette catégorie bénie. Son style quelquefois précieux, toujours scripturaire, aide l'émotion intense qui éclate dans son "Instruction sur le martyre" dédiée aux vierges Flora et Maria, et dans la relation qu'il nous a laissée sur leur vie et leur mort en 851.
Euloge était l'animateur de la résistance Chrétienne contre l'Islam à Cordoue, quand il vit Flora pour la première fois. Elle avait été scalpée à coups de fouet. "Et moi, écrit-il, moi, ce pécheur, ce riche en iniquités, qui dès le début de son martyre ai joui de son amitié, j'ai touché de mes mains jointes les cicatrices de cette tête vénérable et délicate, après que par des coups de fouet la chevelure virginale était tombée" (P. L., t. 115, col. 838 D; cf. 831 B). On peut lire vers la fin de l'Instruction "Puissé-je tirer profit, moi pécheur, de ce médiocre petit livre, que j'ai écrit brûlant de votre amour spirituel, dans le dessein de vous sauver" (833 B).
Née d'un loup et d'une brebis, rose épanouie sur des épines, comme parle Euloge (831 A), Flora était vers 845 dans la fleur de sa beauté, physique et morale. Sa mère, originaire d'un bourg à l'ouest de Cordoue, était Chrétienne et de famille noble. Son père, un païen de Séville, avait élu domicile dans la capitale : il y mourut bientôt. La mère restait avec un fils et 2 filles. Elle fit de Flora, la plus jeune, une Chrétienne. Elle racontait plus tard à Euloge que la petite donnait aux pauvres la portion qu'on lui servait, et "furtivement accomplissait le bienheureux jeûne". Il fallait se gendarmer pour qu'elle mangeât, et seulemnent le soir. Cependant, en grandissant, Flora trouvait honteux d'avoir un Christianisme tout caché. Son frère, musulman fanatique, la gênait fort. Elle s'enfuit un jour avec sa soeur Baldegothone et se réfugia chez des Chrétiens. Le frère prit des clercs comme otages et les fit incarcérer. Flora ne voulait pas qu'on souffrît pour elle : elle revint dans sa maison et se déclara prête à tout endurer pour Jésus-Christ. Le frère, après avoir essayé de la séduire, la mena au juge. Elle déclara avec crânerie qu'elle était au Christ depuis son enfance et qu'elle lui gardait son corps intègre. Alors 2 satellites la maintiennent par ses bras étendus, et l'on fouaille sa tête jusqu'à la rendre chauve. On la rend presque évanouie à son frère: qu'il la soigne, l'instruise et la ramène, si elle ne se convertit point. Dès qu'elle se sent guérie Flora monte la nuit sur le mur du logis et saute dans la rue. Un Chrétien la recueille dans ce "chaos nocturne". Puis elle se cache près de Tucci (Martos, diocèse de Guadix) avec Baldegothone. Cette retraite dura 6 ans (831 C).
Et Maria, compagne de Flora dans son martyre? Son père était Chrétien, originaire d'Ilipula (= Cortijo de Repla? on préfère en général Niebla). Sa mère, arabe, se convertit. Ils eurent 2 enfants, Maria, puis un garçon, Walabonse, et se fixèrent à Froniano, village dans la montagne à l'ouest de Cordoue. Le père, devenu veuf, s'orienta vers la vie monastique. Walabonse devint moine à Saint-Félix sous le prêtre Salvator, et Maria nonne à Cuteclara près de Cordoue, sous une sainte femme, Artemia. Salvator étant mort, Walabonse revint chez lui et devint diacre. Maria l'aimait comme une seconde mère. Mais il se permit de lui fausser compagnie par le martyre. Pauvre petite sainte, sans son frère... Il apparut à une nonne : patience! Maria le rejoindrait bientôt. "De ce jour, la vierge sentait son coeur brûler d'amour pour le martyre. Brusquement éclairée par le Ciel, elle soupirait après le martyre avec impatiente ardeur" (840 B).
Un jour, elle partit pour le tribunal, afin de conquérir la couronne. En route, elle entra à Saint-Aciscla, et y trouva Flora, à qui le Christ avait donné rendez-vous sur sa croix. Elles se baisèrent, firent alliance : pas de repos, tant qu'elles n'auraient
pas Flora son Christ, et Maria son Walabonse. L'assaut du juge fut facile. Flora attaqua, puis Maria. "Et moi, juge, naguère j'ai eu un frère parmi ces confesseurs magnifiques, mort après avoir démoli votre prophète. J'imite leur courage en affirmant que le Christ est Dieu en vérité, et jure que les rites de votre loi et vos cérémonies sont des rêveries démoniaques" (841 A). Le cadi les envoie en un cachot malpropre, parmi des femmes de mauvaise vie. Elles se mettent à jeûner, à prier; le chant des hymnes fait passer l'horreur de l'ergastule. Cependant Euloge, pour les fortifier contre toute tentation d'apostasie, rédigea son Instruction, à laquelle il joignit une prière, pour obtenir la grâce de consommer le martyre (834 AD).
Enfin, après un 3ième avertissement du cadi, elles sont menées au tribunal pour être humiliées. On les interroge, ensemble, séparément. C'est ainsi, que 10 jours avant la fin, Flora comparut seule. Il n'obtint rien et la renvoya au cachot. Euloge, lui aussi détenu, eut alors une audience de "sa dame". Écoutons son récit (843 B) : "Elle était belle comme un Ange, brillante de la grâce d'une clarté céleste, l'air enjoué, le visage pudique, déjà épanouie par les joies de la Patrie céleste; elle me dit en souriant 'Maître, aujourd'hui j'ai passé devant le juge, avec mon frère en face de moi, cet adversaire de notre Foi, qui m'a persécutée jusqu'à me faire choir en cette fosse. On me demanda si je le connaissais. Je dis que c'était mon propre frère. Comment se fait-il, demanda le juge, que celui-ci soit un pilier de notre foi, et que toi tu professes le Christ?
- Je répondis : Juge, avant la 8ième année, moi aussi je vivais sous les ténèbres de l'ignorance, esclave des lois de mes pères,
et servais l'erreur des païens. Mais, illuminée par l'Auteur de la piété, je choisis la Foi des Chrétiens, pour laquelle j'ai résolu
de combattre à mort.
- Quel est, aujourd'hui, ton dernier mot par rapport à ce que tu m'as déjà exprimé?...
- Juge, je répète exactement ce que tu as entendu. Si tu m'interroges encore, ce que je dirai sera encore plus raide que la première fois.
Alors, il enfle sa gueule, tire de sa gorge gonflée des sons stridents, me menace de mort et ordonne de me ramener à la geôle."
Et après que ma dame m'eut fait son rapport avec sa voix de miel, je l'encourageai comme je pus, je lui rappelai l'espoir de la couronne méritée, puis, incliné profondément, j'adorai son visage angélique, me recommandant à ses prières. Renouvelé par ses paroles très vénérables, je revins à la retraite de mon cachot."
Finalement, Flora et Maria sont menées rapidement au lieu du supplice. Elles tracent sur leur visage les signes sacrés (de la Croix). Puis elles tendent le cou, et après la bienheureuse Flora, sainte Maria est prosternée. Les corps sont laissés aux chiens et aux oiseaux, puis on les jette au fleuve. Le cadavre de Maria fut retrouvé, mais non celui de Flora. Leurs 2 têtes furent recueillies dans la basilique Saint-Aciscle. Elles moururent le 24 novembre 851, à l'heure de none (3 heures). Euloge fut libéré grâce à leur prière, assure-t-il - le 29. Le tour de l'entraîneur entraîné viendrait en 859. Il fit parvenir à Baldegothone la ceinture que Flora portait dans la prison.

Bibl. - Textes d'Euloge dans P. L., t. 115, col. 819-845; notes, col. 899-903. Le Documentum martyrii (martyriale) ou "Instruction sur le martyre" est trop long pour que nous le traduisions. Euloge le soumit à son confrère Paul Alvare, futur martyr lui aussi, pour qu'il en vérifiât la correction dogmatique. Alvare répondit que l'Esprit-Saint parlait dans cet écrit; il l'avait lu rapidement pour ne pas le retenir, mais souhaitait vivement une copie. Le prologue indique le but : encourager, pour le rush final, les vierges emprisonnées. Mais Euloge ne dispose que de moyens pauvres : le riche pense et fait; le pauvre pense et défaille. L'opuscule évoque d'abord Esther et Judith. Le voisinage de femmes perdues ne doit pas décourager Flora et Maria : "Comme un lis parmi les épines, ainsi mon amie parmi les filles" (Cant., 2, 2). Les violences des bourreaux ne souilleraient pas leur âme, comme le déclarent saint Augustin et saint Jérôme (Quest. hébr. Gen., 12, 15; P. L. t. 23, éd. Vallarsi, col. 324-325) "Ce n'est pas la brutalité subie qui souille les saintes, mais la volupté consentie". Euloge allègue la constance de plusieurs héros de l'Ancien Testament, puis ces captifs Jonas, Malc (ici, t. 10, p.689), Paulin de Nole (ici, t. 6, p. 361 épisode légendaire). Courage! L'Eglise est opprimée. "Les divins tabernacles connaissent l'horreur de la solitude; l'araignée a couvert le temple, tout est silencieux" (cf. Saint Jérôme, Epist., 107, 1). On a engagé les détenues à rétracter leur déclaration de Christianisme devant le juge. "Mais nous, nous vous interdisons de le faire". Les tentateurs ont beau alléguer l'Église anéantie, il ne faut pas les écouter, en ajoutant au crime que serait le reniement de la vérité, cet autre crime de manquer à la confession de la vérité. Le silence serait une connivence intolérable avec le mal. L'occupant prétend réglementer, minimiser l'exercice du Christianisme. L'héroïsme des 2 martyres sera une bonne leçon pour la couardise publique. Euloge évoque les cicatrices de Flora qu'il a touchées d'une main tremblante, car il n'osait les baiser, sur ce crâne aux cheveux arrachés. "Après t'avoir quittée, longtemps et profondément j'ai réfléchi et soupiré".  Il pensait à saint Pierre libéré par un Ange, en se rappelant la jeune femme fuyant de nuit la prison fraternelle. Courage! Les vaillants soldats de Dieu, leurs frères, les ont précédées. Euloge énumère 12 martyrs récents, dont Walabonse : Maria retrouvera son frère. Pour finir, une prière au Seigneur Dieu tout-puissant demande le courage de boire le calice de la Passion avec entrain, et se termine par un souvenir au pauvre Euloge qu'il obtienne une petite place, la dernière, au pays des vivants!
- Le Documentum a des mouvements à la manière de saint Jérôme: § 22 début, cf. Jérôme, Epist., 77, 12; 137, 14; domina soror mea, cf. Epist., 22, 26; ici t. 9, p. 574 milieu; ou Lettres, éd. Labourt, t. 1, p. 138, 10. - § 23, occurret..., cf. Epist., 22, 41; éd. Labourt, p. 159, 3.
R.    Dozy, Hist. de Los Musulmanes espanoles... (711-1110), trad. F. de Castro, t. 2, 1878, p. 144-149, 176-183. - F. J. Simonet, Hist. de los Mozarabes de Espana, 1897-1903, p. 413-425 (Mens. de la R. acad. de la Hist., t. 13). - J. Perez de Urbel, Ano Cristiano, t. 4, 1933, p. 298-303, et S. Eulogio de Cordoba, 1928, rééd. 1942.




Tropaire des martyrs de Cordoue, ton 3
O martyrs de Cordoue, parfaite éloge de l'Hispanie, vous avez combattu le bon combat et exalté la Foi Orthodoxe, dénonçant les croyances des infidèles Hagarènes, et avec grande audace, proclamé le Christ comme Unique Fils de Dieu. Dès lors intercédez pour nous, afin que nos âmes reçoivent grande paix et abondante miséricorde.


Elles ont une rue qui leur est dédiée.. Ces héroïnes de l'univers n'ont qu'une rue.. pas de cathédrale orthodoxe, pas même une chapelle orthodoxe, rien, nous avons oublié tous nos ancêtres dans la Foi s'ils ne sont pas "ethniquement corrects" (à savoir orientaux).. et même nombre d'entre eux sont passés à la trappe.. honte à nous les "vrais" chrétiens...
http://callejero.interbusca.com/CORDOBA/CORDOBA/Calle-santos+flora+y+maria+n56-1.html




22 décembre 2008

Espagne: guerre des crucifix à l'école publique, 1-0 pour les athées


Le lecteur de ce "blog" se souviendra d'une lointaine annonce de "retour de flamme" prévisible en Espagne. Le gouvernement de l'ancien premier ministre José Maria Aznar, qui était ouvertement membre de la secte vaticane "Opus Dei," avait imposé dans l'enseignement public espagnol les cours de religion catholique-romaine pour tous les élèves, quelle que puisse être leur éventuelle conviction personnelle ou la confession des parents. Dernier pays où avait sévi la cruelle et violente institution du vatican appelée "Inquisition," avant de se transformer en 1836 en "Saint-Office" puis ensuite, sans jamais changer de programme et buts, en "congrégation pour la doctrine de la foi," une telle décision dans un tel pays avec un tel premier ministre, si elle était à craindre, elle n'avait rien de surprenant. Pas plus que les applaudissements de ses mentors de la république des ténèbres, le vatican.
De même, il n'était pas du tout imprévisible qu'un changement de régime politique allait amener à un retour de balancier fulgurant, qui ne ferait pas dans la dentelle et casserait tout sans discernement. Et de fait, tout ce qu'Aznar avait instauré de force dans son pays en suivant les diktats du vatican, le gouvernement athée que les Espagnols ont massivement élu s'est empressé de rapidement commencer à le démantibuler.
Nouvel épisode de cette guerre: les crucifix dans les écoles publiques. On n'a pas encore vu un juge faire interdire les tchadors, les halloween avec tous leurs symboles païens, les symboles athées des ligues "de libre pensée," les bannières de clubs de foot (nouvelle religion quasi obligatoire sur terre), etc. Mais le crucifix, aahh, quelle atteinte à la liberté..
Nous n'avons aucune sympathie pour l'intolérable intolérance catholique-romaine, ses siècles de massacres, de prédation, etc. Mais de là à s'en prendre à un symbole qui n'est pas du catholicisme-romain, bien que ce dernier l'ai détourné à son profit, c'est à nouveau jeter le bébé avec l'eau du bain. Il fallait s'y attendre, toute cette violence contre les consciences allait nécessairement générer une violence contraire. Pauvre Espagne.




Espagne - Les crucifix chassés d'une première école publique
http://www.ledevoir.com/2008/11/24/218239.html

AFP - Édition du lundi 24 novembre 2008

Madrid -- Un juge a ordonné, pour la première fois en Espagne, à une école publique de retirer les crucifix ornant les murs des salles de classe, annonçaient hier plusieurs journaux.

Un juge du tribunal administratif de Valladolid, Alejandro Valentin, a demandé à l'école publique Macias Picavea de Valladolid de «retirer les symboles religieux des salles de classe et espaces publics», selon la décision du magistrat, citée notamment par le journal conservateur ABC.

Le magistrat, qui ainsi accède à la demande formulée dès 2005 par un parent d'élève et une association locale de défense de l'école laïque, s'appuie sur la constitution espagnole qui garantit la «liberté de religion et de culte» et assure le caractère «laïque et neutre» de l'État espagnol.

«La présence de ces symboles dans les zones [...] où des mineurs en pleine phase de formation reçoivent des cours, peut provoquer chez eux le sentiment que l'État est plus proche» de la religion catholique que d'autres confessions, argumente le juge.

C'est la première fois que la justice espagnole prend une telle décision, selon l'association plaignante, militante de la laïcité à l'école, citée par ABC.




Espagne : les crucifix chassés de l’école publique pour la 1ère fois
http://www.fairelejour.org/breve.php3?id_breve=1820
dimanche 23 novembre 2008

AFP 23.11.08 - Un juge a ordonné, pour la première fois en Espagne, à une école publique de retirer les crucifix ornant les murs des salles de classe, annoncent dimanche plusieurs journaux. Un juge du tribunal administratif de Valladolid (nord), Alejandro Valentin a demandé à l’école publique Macias Picavea de Valladolid de "retirer les symboles religieux des salles de classe et espaces publics", selon la décision du magistrat, citée notamment par le journal conservateur ABC. Le magistrat qui ainsi accède à la demande formulée dès 2005 par un parent d’élève et une association locale de défense de l’école laïque, s’appuie sur la constitution espagnole qui garantit la "liberté de religion et de culte" et assure le caractère "laïque et neutre" de l’Etat espagnol. "La présence de ces symboles dans les zones (...) où des mineurs en pleine phase de formation reçoivent des cours, peut provoquer chez eux le sentiment que l’Etat est plus proche" de la religion catholique que d’autres confessions, argumente le juge. C’est la première fois que la justice espagnole prend une telle décision, selon l’association plaignante, militante de la laïcité à l’école, citée par ABC. Une affaire similaire avait éclaté à Jaén (sud) en 2006, mais cette fois le gouvernement régional (en charge des questions d’éducation) avait pris les devants et fait retirer les crucifix d’une école publique avant l’intervention de la justice, selon le journal. Malgré la constitution espagnole de 1978 assurant du caractère aconfessionnel de l’Etat et de ses institutions, les symboles catholiques demeurent très présents en Espagne, 30 ans après la fin de dictature franquiste qui avait érigé le catholicisme au rang de religion d’Etat. En particulier, tout nouveau chef de gouvernement doit jurer fidélité à la constitution devant un crucifix, lors de sa prestation de serment.




Santa Maria Quintanilla de la Vinas, Burgos, 9ème siècle.
L'Espagne a été Orthodoxe, mais l'islam puis le catholicisme-romain ont tout ravagé, chacun à son tour. Restent quelques témoignages dans la pierre...

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06 novembre 2008

Saint Léonard de Noblat "le libérateur," ermite & patron des prisonniers (+ vers 599)

Saint Léonard le Libérateur, prie le Christ Dieu pour nous
afin qu'Il nous libère des chaînes des passions terrestres
et nous fasse vivre dès ici bas la vie céleste.




Collégiale de Saint-Léonard-de-Noblat, 11ème siècle
photo wikimedia

"Les dons de Dieu ne s'achètent pas à prix d'argent : c'est la Foi qui les mérite, et le Seigneur les distribue aux fidèles suivant la mesure de leur Foi."
Saint Léonard de Noblat


Comme pour tous les saints Orthodoxes d'Occident, vu qu'églises, sanctuaires, reliques & manuscrits ont quasiment tous soit disparu soit été violemment détournés par la nouvelle religion catholique-romaine lors de son avènement au 9ème siècle, ses armées s'emparant de tout ce que nos Pères avaient fait sous la guidance de l'Esprit Saint, il faut être prudent avec les textes qui nous parlent de la vie de nos Pères occidentaux dans la Foi. Il faut vérifier les sources, recouper avec les données d'archéologie religieuse et autre, la paléographie quand on peut avoir accès à un manuscrit, etc. Et souvent les "vieilles traditions populaires" invoquées de ci de là pour "attester" un peu de tout, quand on les analyse un brin, on s'aperçoit vite que leur côté ancien ne dépasse que rarement 2 ou 3 siècles, dans le meilleur des cas. Ils sont rarissimes, les saints de chez nous dont on dispose de suffisamment de certitudes et preuves sur la plupart des éléments de leurs vies, car certains édits carolingiens ont bien veillé à ce que tout ce qui ne pouvait pas être réécrit soit détruit.
Saint Léonard n'échappe pas à la règle. La plus ancienne forme écrite de sa Vita est de l'époque Ottonienne tardive, donc après les Carolingiens. Heureusement, et ce n'est pas le seul détail valable, mais le sarcophage semble bel et bien antérieur à ces 2 dynasties franques, et donc un sérieux garant quelque part de l'existence du saint, et de la vénération post-mortem dont il n'a cessé d'être l'objet. Ce qui autorise sa présence dans le sanctoral Orthodoxe. Quant aux détails du texte tardif, on les recevra avec précaution.

saint Léonard de Noblat, statue murale
Italie, 11ème s.

A 22 kilomètres à l'est de Limoges, la petite ville de Saint-Léonard-de-Noblat a gardé l'aspect pittoresque que lui a donné sa grande prospérité au Moyen-Age. La vaste collégiale est un des plus beaux monuments romans limousins; cette église a été construite de la fin du 11ième siècle au 12ième. Elle est flanquée au Nord par un splendide clocher à 5 étages et une curieuse chapelle du Saint-Sépulcre, ajout du 12ème par les anciens Croisés; l'église fut victime d'horribles dégradations appelées "modifications" par les ultra-montains de la contre-réforme "catholique", les Bénédictins hétérodoxes évoquent en particulier celles de 1603 qui défigurèrent le choeur. La prospérité a été apportée à la ville par les pèlerins qui, venant en foule au tombeau de saint Léonard, créèrent un important mouvement commercial.
L'évêque de Limoges, Jourdain de Laron, et le célèbre chroniqueur Adhémar de Chabannes, sont la source écrite la plus ancienne que l'on possède sur saint Léonard.
Dans sa Chronique écrite vers 1028, Adhémar raconte que lorsque, vers 1017, fut découvert à Saint-Jean-d'Angély le chef de saint Jean-Baptiste, les clercs et les fidèles accoururent en foule pour le vénérer en apportant les reliques de leurs saints. On vit celles de saint Martial, de saint Cybard, de saint Léonard, confesseur en Limousin, de saint Antonin, martyr du Quercy, etc., qui accomplirent tous beaucoup de miracles.
Adhémar se contente de présenter saint Léonard comme "confesseur limousin", ce qui signifie que ses reliques reposaient dans ce diocèse.
Exactement à l'époque où Adhémar écrivait sa Chronique, peu avant 1028, un clerc, nommé Hildegaire, fit de la part de l'évêque de Limoges, Jourdain de Laron, une requête à l'évêque Fulbert de Chartres, le célèbre canoniste : il lui demandait de lui envoyer la Vie de saint Léonard, s'il pouvait la trouver. Les Limousins s'adressaient à Fulbert comme à un savant habile à découvrir les trésors des bibliothèques - de nos jours encore, on s'adresse à des chercheurs lointains pour connaître l'histoire locale. Pour ne pas commettre d'impair, Hildegaire avançait prudemment : on dit que ce saint repose dans notre diocèse. Cet "on dit" révèle assez l'ignorance de l'évêque de Limoges et de son clergé, ce qui a toujours été courant pour bien des saints locaux tombés dans l'oubli, tant en Orient qu'en Occident. A Chartres aussi, saint Léonard était inconnu. Nous ne savons si Fulbert répondit; la mort le surprit peut-être avant qu'il n'ait eu le temps de s'occuper de la question.
Cependant, et nul ne sait par qui, un beau jour du 11ième siècle, une Vie de saint Léonard et le récit de 9 miracles obtenus par son intercession furent mis en circulation. Que dit cette Vie?

Léonard naquit dans la province des Gaules au temps de l'empereur Anastase (491-518), de nobles francs, alliés du roi Clovis qui, "d'après des témoignages véridiques", voulut bien être le parrain de l'enfant. Devenu grand, Léonard refusa de servir dans l'armée royale comme tous ses parents, mais voulut suivre saint Remi, évêque de Reims.
Il est notoire que saint Remi avait obtenu des rois mérovingiens que, chaque fois qu'ils viendraient à Reims ou qu'ils y passeraient, tous les prisonniers seraient aussitôt libérés. Pour imiter cette charité, Léonard demanda que tous les prisonniers qu'il visiterait soient aussitôt libérés : le roi accorda cette faveur dont le saint usa largement.
Le renom de la sainteté de Léonard se répandait beaucoup de malades venaient le supplier de les guérir et, comme il était déjà clerc, le roi voulut lui donner un évêché, mais il refusa et se retira auprès de saint Mesmin à Micy.
Inspiré du Saint-Esprit, Léonard comprit qu'il ne devait pas se fixer à Micy. Il s'en alla en même temps que son frère Lifard, qui se rendit à Meung, alors que Léonard, traversant le diocèse de Bourges, se dirigeait vers l'Aquitaine.
Il traversait la vaste forêt de "Pavum", près de Limoges, quand il entendit des hurlements de douleur qui l'émurent tant qu'il voulut en connaître la cause. Il arriva au camp du roi, qui venait chaque année chasser dans cette forêt. La reine qui l'avait accompagné était alors en mal d'enfant; aucun médecin ne s'avérait capable de la délivrer et tous se lamentaient de sa mort prochaine. L'aspect vénérable et angélique de Léonard fit une telle impression qu'on le conduisit vite au roi, qui l'emmena dans la chambre de la reine. Le saint récita une longue prière et à peine était-il sorti que la reine mettait au monde un bel enfant. Le roi offrit de riches objets et de somptueuses étoffes à Léonard qui, les refusant, demanda de pouvoir établir un monastère dans la forêt. Le roi accepta volontiers et se préparait à donner la forêt entière, lorsque Léonard précisa qu'il se contenterait de la portion dont il ferait le tour monté sur son âne. Le roi fit poser le long du parcours des bornes de pierre.
Léonard construisit un oratoire en l'honneur de Notre-Dame et y dédia un autel en mémoire de saint Remi. Il se rendait souvent au tombeau de saint Martial.
Comme le monastère était à un mille de la Vienne (Dauphiné), il était très pénible d'aller chercher de l'eau : Léonard fit creuser un puits et par sa prière obtint que l'eau n'y manquât jamais. "Saint Léonard appela ce lieu 'Nobiliacum', parce qu'il lui avait été donné par un très noble roi (nobilissimo rege)".
Le renom de la sainteté de Léonard se répandit dans toute l'Aquitaine, la Grande-Bretagne et la Germanie. Dieu glorifiait son serviteur, de sorte que si quelque prisonnier invoquait son nom, ses chaînes se brisaient et nul ne pouvait l'empêcher de partir. Beaucoup venaient de tous pays lui apporter leurs chaînes et certains voulaient se fixer auprès de lui. Le saint leur donnait un lopin de terre pour qu'ils puissent vivre honnêtement de la culture et éviter de nouveaux vols qui les ramèneraient en prison. Il guérissait aussi les nombreux malades qui venaient à lui.
Des membres de sa famille, entendant vanter Léonard, vinrent avec leurs femmes et leurs enfants se mettre sous sa direction; il attribua à chacun une portion du domaine. Et beaucoup de fidèles tenaient à habiter près de lui.
Léonard mourut le 8 des ides de novembre (6 novembre) et il fut enterré dans l'église qu'il avait construite en l'honneur de la Vierge Marie.

La lecture un peu attentive du texte fait aussitôt se poser des questions : comment se fait-il qu'un tel personnage soit absent des Vies de saint Rémi, même les plus tardives et sujettes à caution comme celles réécrites et amplifiées par les Carolingiens? Quid des Vitae de saint Calais et saint Lifard? Pour palier au manque d'informations dépassant la notice du sanctoral accompagnant les reliques, l'auteur anonyme a simplement repiqué dans la vie de divers saints de quoi broder sur ce qu'il savait par les petites traditions locales et ce sanctoral.
Cependant, quand le biographe anonyme composa ceci, saint Léonard était déjà invoqué par les prisonniers et les dons des pèlerins avaient déjà permis le développement d'une puissante communauté de clercs qui avaient suscité autour d'elle la fondation d'une ville commerçante : clercs et marchands jouissaient de franchises avantageuses et, suivant le procédé classique, en attribuaient l'origine à leur saint patron lui-même. Cette ambiance & méthode d'hagiographie douteuse convient plutôt au 11ième siècle assez avancé.
Ensuite, Micy - les érudits qui ont étudié les sources fondatrices de cette abbaye y ont découvert un amoncellement de faux en tous genres, le but final étant toujours financier puisqu'il s'agissait de s'octroyer des exemptions de taxes, des biens fonciers, des terres, etc.. Ca pourrait cependant peut-être nous orienter vers l'origine du texte, ce détail trahissant l'auteur "à l'insu de son plein gré"?!
Que valent les indications topographiques? La forêt de Pavum n'est citée dans aucun document. Quant à l'étymologie proposée par l'hagiographe pour Noblat, Nobiliacum qu'il fait venir de nobilissimo, elle n'est sûrement pas un argument en faveur d'une fondation royale et est un peu trop dans la manière du Moyen-Age : autant que de nobilis, Nobiliacum peut venir du nom de personne Novellius joint au suffixe -acum.

Saint Léonard est donc un saint connu du peuple, qui l'invoquait depuis belle lurette et le vénérait, et dont la vénération s'est transmise sans trop se poser de questions de détails jusqu'à ce qu'en 1028, un chroniqueur parle de l'existence attestée de ses saintes reliques en 1017, dans un cortège de clercs et de laïcs l'ayant apporté avec eux – plus que probablement dans ce cas, avec hymnes dédiées, mais le chroniqueur n'en avait pas eu connaissance. Et pour que le saints, à cette époque, se voit ainsi emmené en procession à travers le pays, il fallait qu'il soit suffisament connu pour draîner les foules. Voilà ce qu'on sait de sûr.
On peut penser raisonnablement qu'il a vécu en ermite en Limousin, puisque aucune mémoire de translation n'a été conservée. Cette absence de translation joue aussi en défaveur de l'origine noble affirmée dans la légende, car une telle absence, bien que regrettable, était courante pour des saints locaux d'origine modeste, même si grands saints aux nombreux miracles. Mais pas pour ceux d'origine noble, même si certains n'étaient saints qu'aux yeux de leurs pairs, ces derniers les canonisants loin de Dieu et du peuple de Dieu... on connaît aussi ça en Orient..
Saint Léonard a dû vivre aux alentours du 6ème siècle, comme le dit le texte, et selon l'étymologie de son nom, il est bien Franc. Le nom de Léonard composé du latin "leo", "lion", et du germanique "hard", "dur, fort", n'a pu être en usage qu'à une époque où les Germains étaient bien installés en Gaule, ce qui est le cas des Mérovingiens vers 600. Son nom signifie "fort comme un lion".

La Vie et le premier livre des Miracles, rédigés ensemble au 11ième siècle, ont certainement eu une influence pour aider à la diffusion du culte du saint, mais ils ne sont pas à l'origine de cette dévotion : ils prétendent seulement expliquer ce qui se déroulait devant eux. Et le saints avait ses reliques qui avaient été vénérées avec d'autres saints d'avant les Carolingiens, ce qui est encore une attestation et une certitude pour nous.

Retour à la légende. Le premier livre des Miracles composé au 11ème commence par raconter que les clercs de Noblat reçurent en songe l'ordre de bâtir une nouvelle église à l'endroit resté sec après une abondante chute de neige. L'auteur ne donne aucune précision chronologique ou topographique : les traditions du pays prétendent que la première église de Noblat nommée Notre-Dame-de-tous-les-Arbres se trouvait à 30 ou 40 mètres de l'église actuelle, ce qui n'est pas impossible. Elles ajoutent que la translation eut lieu au 9ième siècle, date qui n'est confirmée par aucun témoignage littéraire ou archéologique, d'où.. Cependant, le 9ème siècle, ce sont les Carolingiens, et ils aimaient bien les translations d'anciens saints Orthodoxes, pour raisons financières d'ailleurs, car cela permettait de belles collectes.. Ca nous ramène quelque part à Micy..
A la fin du 11ième siècle, la dévotion à saint Léonard se répandit très vite en France, sa fête fut célébrée à Limoges, dans les diocèses voisins, Bourges, Clermont, Le Puy, Rodez, Bordeaux, Saintes, Poitiers, dans l'Ouest à Angers et à Nantes, dans la région parisienne et en Normandie, d'où elle passa en Angleterre au moment de la conquête. Les Flandres, l'Italie la reçurent également. L'absence de relations politiques (vassalité) entre nombre de ces régions, le fait que certaines n'étaient pas encore soumises militairement aux papes de la Rome déchue, montre que la dévotion a bel et bien eu une origine spirituelle, naturelle. Par la suite en effet, les nouveaux "saints" seront imposés en remplacement des authentiques saints locaux, et les liens féodaux permettent de retracer ces impositions, de même que les changements dans les missels & autres sacramentaires viennent les confirmer.

Ce qui a aussi joué un rôle considérable dans le développement légendaire sur saint Léonard, c'est que la ville en question est devenue fin du 11ème une ville-étape vers Santiago de Compostella, en Espagne. Autre grande supercherie post-Orthodoxe, on cherchera en vain dans les textes des grands saints érudits de l'Espagne Orthodoxe la moindre évocation des prétendus faits fondateurs de Compostelle. Strictement aucun n'en parle. Par contre, passé le Schisme, ce "pèlerinage" va très fortement se développer, et générer un formidable commerce. Les villes-étapes voulant avoir un statut de haut rang chercheront sur le même mode d'invention pure (ou d'amplification de faits existants) à se donner des origines spirituellement prestigieuses. Plus ce sera réussi, plus la réussite commerciale sera au rendez-vous. Saint Isidore de Séville, un des plus grands érudits et évêques de l'Espagne Orthodoxe, encyclopédiste avant l'heure, aurait rigolé aux éclats en entendant parler de Compostelle. Savoir qu'aujourd'hui encore, ça rapporte gros aux héritiers de l'imposture lui aurait fait sortir sa croix et son eau bénite pour chasser les méchants..

Revenons-en à saint Léonard.
In fine, plus intéressant que légende forgée et douteux textes tardifs, les miracles de saint Léonard attestés par les petites gens : surtout des libérations miraculeuses de prisonniers. Le doute n'est plus permis quant à sa réalité et la force de son intercession. D'ailleurs son église est remplie de leurs ex-voto : ceps, doubles boucles. Par allusion à ces doubles boucles, les fabricants de boucles le choisirent comme patron, ainsi que les fruitiers, beurriers, fromagers et coquetiers qui, courant la campagne pour ramasser leurs denrées, risquaient en temps de troubles d'être pris par des voleurs.

Bibliographie sommaire :
Adhémar de Chabannes, Chronique, L. 3, c.56, dans Patrologie Latine, t.141, col. 69
Lettre d'Hildegaire à Fulbert de Chartres, dans P. L., t. 112, col. 273
Vie de saint Léonard (Biblioth. hag. lat., n. 4862), dans Arbellot, Vie de saint Léonard, Paris, 1863, p. 277-289
Mon. Germ. hist., Script. rer. merov., t. 3, p. 396-399 (les MGH existent in extenso en ligne sur internet)
V. Leroquais, Les sacramentaires et les missels mss dans les bibliothèques publiques de France, t. 3, p. 381; Les bréviaires mss dans..., t. 5, p. 172.


"Voici une ancienne représentation de saint Martin de Tours sur une icône du monastère Sainte-Catherine du Mont Sinaï. Peinte au XIIème siècle (probablement avant la chute du royaume de Jérusalem en 1187), l'icône représente trois saints vénérés dans le patriarcat de Jérusalem (saint Paul, saint Jacques le frère du Seigneur et saint Etienne le Protomartyr) et trois saints des pays latins, dont deux de France (saint Laurent l'Archidiacre, saint Martin de Tours et saint Léonard de Noblat le Libérateur). Les légendes sont en latin."
source (page sur saint Martin de Tours)



Tombeau de saint Léonard avec ses chaînes, sarcophage de style mérovingien
Collégiale de Saint-Léonard-de-Noblat
photo wikimedia


Retable médiéval hétérodoxe : la Mère de Dieu allaite le Christ, avec à gauche saint Léonard de Noblat, et à droite le saint Apôtre Pierre
auteur : Meister der Heiligen Magdalena, 13ème s.
108,5 × 163 cm
Yale University Art Gallery, New Haven (Connecticut)
photo wikimedia


Nous fêtons aussi aujourd'hui un grand saint "Ch'ti" - excusez l'anachronisme, mais c'est de saison, voyez vos vidéo-clubs & bureaux de postes français :-) - je veux parler de saint Winnoc de Bergues.
Je l'évoque brièvement sur une page d'avril 2008 pour saint Erkembode, et sa Vie, iconographie & hymnographie feront l'objet d'une page dédiée l'an prochain, si Dieu me prête vie.. et raison de continuer ce blog-ci.
Idem pour saint Illtud de Llantwit Major (Pays de Galles), formé par saint Germain d'Auxerre, un des plus importants saints gallois; saint Efflam; saint Germain de Kazan; etc.


27 juillet 2008

Sainte Nathalie et saint Aurèle de Cordoue et leurs compagnons de martyre (+ 852)



Le calendrier liturgique du Rite Orthodoxe Occidental comporte bien des noms de saints ignorés en Orient, même aujourd'hui où pourtant une partie non-négligeable de l'Orient de l'Église vit installée en Occident. Nous continuerons donc à apporter modeste correction à cet oubli.

Au 8ième siècle, les Chrétiens espagnols n'avaient guère été inquiétés par les conquérants musulmans, à condition qu'ils restent tranquilles. A vrai dire, la majeure partie des Chrétiens d'Espagne n'avait déjà plus de Chrétien que le nom, et ils dérangeaient fort peu les occupants musulmans. Les plus fervents et convaincus pratiquaient essentiellement en cachette, les prêtres non-apostats ne devaient pas avoir beaucoup de paroissiens.. Des siècles d'arianisme jamais guéri, des siècles d'hérésie du "filioque" (invention wisigothique de 460, par l'évêque Turibe d'Asturga et contre l'avis de saint Léon le Grand à Rome) et d'autres aventurismes théologiques, tout cela avait éloigné une bonne partie de la population du Christ. Mêmes causes, mêmes effets, voyez le restant de l'Occident de nos jours. Dans l'Espagne mozarabe, la religion Chrétienne n'était plus qu'un ensemble de coutume culturelle, ce qui a toujours été toléré par les occupants musulmans, où que cela se passe dans le monde. Normalement, les Chrétiens de l'Espagne occupée auraient pu continuer à vivre en bons dhimmis pendant des siècles sans problèmes.
Cette situation changea lorsque Cordoue eut un émirat indépendant : il y eut alors une véritable persécution. Saint Euloge, archevêque de Tolède, y fut massacré en 859. Mais avant d'être décapité, le saint conta par écrit la fin héroïque des Chrétiens qui l'avaient précédé dans le martyre. Il a consacré des pages émouvantes, dans son "Memoriale sanctorum" (2,10), aux saints que nous fêtons aujourd'hui. Parmi ces martyrs de Cordoue que nous fêtons tout au long de l'année, voici donc ce groupe important.

Aurèle était fils d'un Arabe et d'une Espagnole de la haute société. Ces derniers moururent quand il était encore jeune et le confièrent à une tante qui l'éleva Chrétiennement. Devenu grand, il se crut autorisé à faire preuve d'un certain conformisme aux usages des autorités occupantes, mais il n'abandonnait pas sa religion secrète. Mieux, il confirma dans sa Foi sa jeune épouse Sabigothe, nommée aussi Nathalie (ou Noéle), née de parents musulmans, mais qu'un beau-père Chrétien avait de très bonne heure amenée au Christianisme. Aurèle avait un parent, Félix, qui avait cru prudent d'abandonner toute profession extérieure de la Foi, mais qui la pratiquait dans l'intimité avec sa femme Liliose, fille de Chrétiens cachés. Un jour, Aurèle croisa sur sa route ce cortège tragique : un Chrétien, nommé Jean, à califourchon sur un âne, tourné vers la queue, précédé de crieurs, suivi de sbires. Son torse sanglant était fouetté par la valetaille mauresque. Aurèle voulut racheter ses petites compromissions en imitant ce saint. Il se prépara au sacrifice suprême en adoptant avec Nathalie une vie toute vouée à la pénitence et à la charité. Ils mirent de côté le strict nécessaire à l'entretien d'une fillette qu'ils laisseraient après eux.
Nathalie et Liliose parurent dans la rue sans le voile habituel aux musulmanes. Bientôt les 2 ménages durent comparaître devant le cadi, le responsable musulman local. Avec eux fut arrêté un moine quêteur venu de Palestine, nommé Georges. C'était un homme d'une égalité d'humeur parfaite, sobre, polyglotte, qui ne s'était jamais lavé depuis quelque 30 ans. Quiconque ne connaît pas l'ascèse des fols-en-Christ sera surpris de ce détail. Cependant, Georges partageait ainsi l'opinion de saint Augustin d'Hippone (Confess., 9, 30, 32) et de saint Isidore de Séville (Etym., 15,2,40; P. L., t. 82) que "balneum" venait du grec "balaneion", et signifiait "ce qui bannit l'ennui, la peine". Or la peine convient au pénitent, et il se considérait comme pénitent permanent. D'où..
Craignant d'avoir la vie sauve, en qualité d'étranger, le moine Georges fit une violente déclaration contre Mahomet, "fidèle du diable, ministre de l'anti-Christ, labyrinthe de tous les vices." C'en était trop : il fut condamné à partager le sort des autres. On tua d'abord Félix, puis Georges, puis Liliose, et enfin Aurèle et Nathalie. C'était le 27 juillet 852.
En 858, Usuard rapporta des reliques d'Aurèle et de Georges à Saint-Germain-des-Prés. Il commémora ces 2 saints dans son martyrologe au 27 août; leur translation est marquée au 20 octobre.


Note sur sainte Nathalie : Il ne faut pas la confondre avec une autre sainte Nathalie, fêtée le 26 août avec son mari saint Adrian, martyrs à Nicomédie au tout début du 4ème siècle.

11 mars 2008

Saint Euloge de Cordoue, sceau des martyrs de l'Espagne Orthodoxe (san Eulogio de Córdoba)

Dans la liste des saints du patriarcat Orthodoxe de Rome, le p. Andrew nous mentionne pour aujourd'hui un saint d'Espagne, Euloge de Cordoue. Nous avons aussi saint Vindicien comme saint de la Belgique Orthodoxe, mais l'Espagne étant peu connue pour avoir été pacifique et Orthodoxe, cette année, je m'attarderai sur Euloge.
http://www.orthodoxengland.org.uk/saintse.htm

SAINT EULOGE DE CORDOUE, MARTYR (+ 859)
Euloge est né dans une famille bourgeoise Cordoue. Dès sa jeunesse, il fut confié à la communauté des prêtres de Saint-Zoïle. Il y fit preuve d'un vif attrait pour l'étude des saints Livres; il s'appliqua à en pénétrer le sens et en fit l'objet préféré de ses méditations. Il se mit ensuite sous la conduite d'un pieux et savant abbé, Espérandieu, qui gouvernait le monastère de Cutelar près Cordoue: c'est là qu'il connut son futur biographe, Alvare, et qu'il se lia d'une étroite amitié avec lui. En sortant de cette école, Euloge était devenu un homme de sagesse et de vertus; son humilité surtout, puis sa douceur et sa charité lui valurent l'estime, le respect, l'affection de tous ceux qui le connurent. Il enseigna pendant quelque temps les lettres à Cordoue, fut ordonné diacre, puis ensuite prêtre.
Attaché au service d'une église, il fut pour tous, prêtres et fidèles, un modèle d'ascèse. Il rédigea des Règles pour ceux qui servent Dieu dans les communautés, vécut lui-même comme un vrai moine dans le clergé, se montra un prêtre parfait au milieu des moines. Après avoir visité les monastères de son pays, il voulut voir ceux des provinces éloignées pour en comparer les constitutions avec les Règles dressées par lui, et recueillir ce qu'il trouverait de meilleur. Il revint ensuite à Cordoue pour travailler avec une nouvelle ardeur à l'oeuvre de sa sanctification.


En 850, la 20ème année du règne d'Abdérame, les Maures, pris d'une fureur subite qu'on ne put s'expliquer, commencèrent à persécuter les Chrétiens. Un évêque d'Andalousie nommé Récarède, soit par apostasie, soit par faiblesse en face de la violence, se fit l'instrument de cette nouvelle persécution : il fit arrêter les prêtres de Cordoue avec leur évêque. Tous furent jetés en prison. Euloge était d'entre eux : il employa le temps de sa détention à prier, à encourager ses frères. Il composa une exhortation au martyre pour 2 vierges, Flore et Marie. Ces saintes filles, dociles à ses instructions, souffrirent généreusement le martyre l'année suivante. Euloge et les autres prisonniers en rendirent grâces au Seigneur : quand ils sortirent de prison quelques jours après leur supplice, Euloge se hâta d'écrire l'histoire de ce supplice pour exciter les autres confesseurs à imiter leur exemple. Profitant ensuite de la liberté qui lui était laissée, il travailla par ses prédications et ses écrits à instruire les fidèles. Son zèle fut couronné de succès; sous Mohammed, fils d'Abdérame, il empêcha beaucoup de Chrétiens faibles de renier Jésus-Christ, et il renforça sur la voie du martyre des moines, des clercs, des personnes mariées. Il recueillit ensuite les Actes de ces martyrs, en composa 3 livres sous le titre de Mémorial; en même temps, dans une Apologétique, il justifiait la conduite de ces héros.

Lorsque vers la fin de 858, l'archevêque de Tolède vint à mourir, le clergé et les fidèles donnèrent leurs suffrages à Euloge : c'est qu'il était considéré comme le premier homme de l'Église d'Espagne par l'Orthodoxie de sa doctrine, sa capacité, sa vertu, comme aussi par le courage avec lequel il avait confessé la Foi de Jésus-Christ devant les persécuteurs. Mais Dieu voulut le rappeler à Lui, avant qu'il pût être sacré. Il y avait à Cordoue une vierge Chrétienne, nommée Léocritie, convertie toute jeune à la Foi de Jésus-Christ par l'une de ses parentes. Maltraitée par les siens demeurés païens ou musulmans (mahométans), en danger d'apostasier si elle cédait à leurs menaces, cette jeune fille vint chercher un refuge près d'Euloge qui la prit sous sa protection, la confia à sa soeur, l'instruisit plus amplement de ses devoirs, fortifia ses résolutions et la fit mettre en sûreté chez un ami. Les parents de Léocritie soupçonnèrent ce qui s'était passé, prétendirent qu'il y avait eu enlèvement de leur fille, et se firent autoriser par le magistrat à ouvrir une enquête. A cette occasion, beaucoup de personnes furent arrêtées et soumises à la torture. Pendant ce temps, Euloge veillait sur sa protégée, la faisait passer secrètement d'une maison dans une autre, affermissait sa Foi et la préparait au martyre, car il lui était difficile d'y échapper. Il passait les nuits en prières pour elle dans l'église de Saint-Zoïle; de son côté, Léocritie veillait, jeûnait, couchait sur la cendre pour se préparer au combat.
A la fin, tous 2 furent arrêtés; on les jeta en prison et on les traduisit devant le juge. Euloge fut accusé d'avoir séduit Léocritie, de l'avoir détournée de l'obéissance qu'elle devait à ses parents; il répondit qu'un prêtre ne pouvait refuser l'instruction aux personnes qui la lui demandaient, que selon les principes mêmes des persécuteurs, il avait eu raison de dire à Léocritie qu'elle devait dans la circonstance préférer Dieu à ses parents. Il alla même jusqu'à proposer au juge de lui montrer le chemin du Ciel, comme il l'avait fait pour cette jeune fille, de lui découvrir les impostures du faux prophète Mahomet et de lui prouver que Jésus-Christ est l'unique voie par laquelle on arrive au Salut éternel. Il n'avait pas enseigné autre chose à Léocritie.
Entendant cette proposition, le juge entra en fureur et fit fouetter Euloge : "Vous auriez plutôt fait, déclara celui-ci, de me condamner immédiatement à la mort, car de me faire changer vous n'y pouvez prétendre; je donnerais avec joie plusieurs vies, si je le pouvais, pour la défense de ma Foi." Le juge, à ces mots, fit conduire Euloge devant le conseil du roi. Cependant un des conseillers prit à part le saint confesseur; il lui déclara qu'on aurait égard à son mérite et qu'il serait épargné, s'il consentait à renier de bouche Jésus-Christ devant le tribunal; à cette condition on lui laisserait toute liberté de demeurer Chrétien. Indigné d'une telle proposition, Euloge répondit à ce conseiller " Si tu pouvais seulement connaître les récompenses qui attendent ceux qui conservent notre Foi, tu renoncerais aussitôt à toute dignité temporelle pour les obtenir" . Amené devant le conseil du roi, Euloge parla comme devant son premier juge : il alla même jusqu'à prêcher et exposer devant tout l'auditoire les vérités de l'Évangile : pour ne pas entendre cet enseignement, on le condamna aussitôt à être décapité.
Comme on le conduisait au supplice, un eunuque le frappa au visage. Euloge, sans se plaindre, lui présenta l'autre joue; l'infidèle eut l'insolence de la frapper encore. Arrivé au lieu de l'exécution, Euloge pria à genoux, étendit les mains vers le ciel, fit le Signe de la Croix sur tout son corps. Puis avec une fermeté admirable, il présenta la tête au bourreau et consomma ainsi son glorieux martyre, un samedi (11 mars 859).
Léocritie fut décapitée le mercredi suivant, 15 mars.
Le fouet qui est placé près d'Euloge dans les peintures, rappelle qu'avant son dernier supplice il fut cruellement flagellé.
Les fidèles de Cordoue rachetèrent au bourreau la tête d'Euloge et l'enterrèrent avec son corps dans l'église de Saint-Zoïle, au service de laquelle il avait été attaché comme prêtre durant toute sa vie. Le 1er juin 860, on fit l'élévation de son corps, et parce que le 11 mars, date de sa mort était ordinairement en carême, que, durant ce saint temps, l'Église mozarabe ne célébrait aucune fête, la mémoire des 2 martyrs Euloge et Léocritie fut célébrée solennellement le 1er juin à Cordoue. En 883, les 2 corps furent transférés de Cordoue à Oviédo, et on en fit l'anniversaire le 16 janvier. Une 3ème translation eut lieu le 9 janvier 1300 à Camarasanta. Ainsi s'explique comment le nom d'Euloge reparaît à ces diverses dates. Des exemplaires du martyrologe d'Usuard marquent encore ce nom au 20 septembre.
Les écrits conservés d'Euloge : Mémorial des saints ou Actes des martyrs de Cordoue en 3 livres; Exhortation au martyre, adressée aux vierges Flore et Marie; Apologétique des martyrs, et un certain nombre de Lettres sont dans P. L., t. 115, col. 736.
La Vie d'Euloge a été composée par Alvare, son ami et son contemporain : Acta sanct., 12 mars; P. L., t. 115, col. 736; L. Traube, MGH Monum. Germ. hist., Poetae latini, t. 3, p. 122



icône mozarabe


Eulogius Toletanus Episcopus, Patrologia Latina 115

De Vita Et Passione Florae Et Mariae

Documentum Martyriale

Epistolae

Memorialis Sanctorum Libri Tres

Scholia Ad Omnia Opera

Scholia In Divi Eulogii Vitam

Vita Operaque [Auctore Alvaro Cordubensi]


notes importantes sur ces ouvrages de la Patrologie Latine
1. Migne n'est pas Orthodoxe, c'est un membre du clergé catholique-romain du 19ème siècle. Et malgré qu'il ai collationné tant d'ouvrages Orthodoxes, il n'est pas rentré dans l'Église. Il n'était donc visiblement pas très attaché à la vérité, et ses travaux ne peuvent donc que servir d'indice, à défaut d'avoir les ouvrages originaux sous la main. Ce n'est pas une poussée de fanatisme mais un simple réalisme. Il est prouvé qu'à maintes reprises, dans son milieu, on a volontairement falsifié les documents de l'Occident Orthodoxe - du moins ceux qu'on n'y a pas brûlé, comme ce fut massivement le cas chez les Carolingiens. Et quand ce n'était pas de la falsification, c'était de la réalisation de faux (genre Donation de Constantin, etc).
2. Si Migne devait d'aventure avoir correctement collationné les ouvrages de saint Euloge, les liens donnés ci-dessus renvoient de toute manière à des fichiers réalisés en milieu hétérodoxe. Même remarque qu'en 1 de rigueur. Nous n'avons en effet hélas pas encore eu le plaisir d'une commission épiscopale s'intéressant à rendre aux Occidentaux leurs vraies racines, et pas seulement à eux, mais à toute l'Église. On voit le résultat.

La vie liturgique de saint Euloge était Orthodoxe mais n'était pas byzantine. Ni romaine. Ni gallicane, quoique. Car le Rite Mozarabe, puisque c'est de lui qu'il s'agit, dans sa version originale et Orthodoxe, était apparenté aux rites de la famille gallicane. Sur Hispania Sancta, Julio Gurrea a une belle série d'explications sur le Rite Occidental et ses raisons d'être (en anglais)
http://hispaniasancta.blogspot.com/2007_05_01_archive.html


Pour l'intérieur des églises de l'Espagne Orthodoxe, voir l'article sur le Jubé, version occidentale de l'iconostase:
http://stmaterne.blogspot.com/2006/11/historique-du-jub-ou-iconostase.html

Emblème des Asturies, la Cruz de la Victoria (Croix de la Victoire), se trouve dans la cathédrale San Salvador d'Oviedo, comme les reliques de saint Euloge de Cordoue. Cette croix latine fut portée par le roi Pelagius d'Asturias lors de la bataille de Covadonga, qu'il gagna. Elle est en chêne. Ses bras sont élargis aux extrêmes et elle possède un reliquaire en son centre. En 908, sous le roi Alfonso III, elle fut recouverte d'or et de pierres précieuses.


elle porte l'inscription "HOC SIGNO TVETVR PIVS. HOC SIGNO VINCITVR INMICVS" - "Par ce signe le pieux est protégé. Par ce signe l'ennemi est vaincu."




"La Croix d'Oviedo. Les Sages devant l'Agneau. Apoc. V
Facundus, réalisé en 1047 pour Ferdinand Ier de Castille et Leon et la reine Sancha
Madrid, Biblioteca Nacional, Ms Vit.14.2, f°6v



cathédrale d'Oviedo


Saint Euloge ou la bénédiction de Cordoue
l'Espagne Orthodoxe
http://www.orthodoxengland.org.uk/oecordob.htm

Tropaire des martyrs de Cordoue, ton 3
O martyrs de Cordoue, parfaite éloge de l'Hispanie, vous avez combattu le bon combat et exalté la Foi Orthodoxe, dénonçant les croyances des infidèles Hagarènes, et avec grande audace, proclamé le Christ comme Unique Fils de Dieu. Dès lors intercédez pour nous, afin que nos âmes reçoivent grande paix et abondante miséricorde.

Introduction.

Sous le joug des Turcs Musulmans, du 15ème au 19ème siècle, des pans entiers de l'Église Orthodoxe sont entrés dans une longue période de martyre. En tout, sous le règne des Ottomans, quelque 30.000 Orthodoxes de nombreuses nationalités – Géorgiens, Grecs, Bulgares, Serbes, Roumains, Russes.. - furent martyrisés en Asie Mineure, dans les Balkans et à Chypre. Nombre de ces martyrs furent des Orthodoxes qui avaient apostasié en faveur d'avantages matériels. Puis, se repentant, ils avaient publiquement renoncé à l'islam, se voyant dès lors condamnés au martyre. Chaque année, ils sont commémorés en commun par l'Église le 3ème dimanche après la Pentecôte.

Cependant, dans l'histoire de l'Église, il y a aussi eu une période plus courte et moins connue de martyre, sous un autre joug des Musulmans. Il eut lieu pendant une décennie, entre les années 850 et 859, dans la seule ville de Cordoue, en Espagne, lorsque exactement 48 Chrétiens Orthodoxes furent martyrisés. Bien que la plupart d'entre eux étaient Espagnols (de race Latine ou Wisigothique), un Français, un Arabe ou Berbère, et un autre de nationalité inconnue, il y avait aussi des rapports avec l'Orient Orthodoxe. En effet, un des martyrs était Syrien, un autre était moine Arabe ou Grec de Palestine, et 2 autres avaient des noms grecs caractéristiques. Le martyre de la plupart d'entre eux fut rapporté par un prêtre appelé Euloge, dont le nom en grec signifie "bénédiction." Comme nous le verrons, leurs motivations étaient en bien des cas pas différentes de celles des martyrs Orthodoxes plus tardifs en Orient, et leur exemple devait devenir une source d'inspiration dans les siècles à venir dans toute la péninsule ibérique.

Suite de la traduction en travaux, je m'excuse, je suis trop épuisé pour la terminer ce soir..