"Extra Ecclesiam nulla salus." (Saint Cyril d'Alexandrie, ndt)
Hors de l'Église, il n'y a pas de Salut, car le Salut, c'est justement l'Église. Parce que le Salut, c'est la révélation du parcours de tout un chacun qui croit au nom du Christ. Cette révélation ne se retrouve que dans l'Église. Parce que l'Église, en tant que Corps du Christ, dans son organisme théanthropique (divino-humain, ndt), le mystère de l'Incarnation, le mystère des "deux Natures", uni de manière indissoluble, s'accomplit continuellement.
P. Georges Florovski, "La catholicité de l'Église"
Extra Ecclesiam nulla salus. Outside the Church there is no salvation, because salvation is the Church. For salvation is the revelation of the way for everyone who believes in Christ's name. This revelation is to be found only in the Church. In the Church, as in the Body of Christ, in its theanthropic organism, the mystery of incarnation, the mystery of the "two natures," indissolubly united, is continually accomplished.
Fr. Georges Florovsky
"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes.
Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)
Affichage des articles dont le libellé est Florovsky. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Florovsky. Afficher tous les articles
07 février 2017
04 octobre 2016
Peut-on être chrétien hors de l'Église, sans l'Église? (saint Cyprien / P. Florovsky)
Saint Cyprien de Carthage a écrit: "Ceux qui ne sont pas dans l'Église du Christ ne sauraient être qualifiés réellement de 'Chrétiens.' De même que vous ne sauriez avoir Dieu pour Père si vous n'avez l'Église pour Mère. Dès lors, sans l'Église, il n'y a pas de Salut." P. Georges Florovsky considérait ceci comme une tautologie exprimant le fait que le Salut ne pouvait se trouver qu'au sein de l'Église du Christ.
P. John
St. Cyprian of Carthage wrote: "Those not in the Church of Christ cannot rightly be called 'Christian.' Nor can you have God as Father if you do not have the Church as Mother. Therefore, without the Church there is no salvation." Fr. Georges Florovsky considered this to be a kind of tautology expressing the fact that salvation can only be found within the Church of Christ.
Fr. John
P. John
St. Cyprian of Carthage wrote: "Those not in the Church of Christ cannot rightly be called 'Christian.' Nor can you have God as Father if you do not have the Church as Mother. Therefore, without the Church there is no salvation." Fr. Georges Florovsky considered this to be a kind of tautology expressing the fact that salvation can only be found within the Church of Christ.
Fr. John
23 janvier 2015
Il n'existe qu'une seule véritable Église - celle où j'ai été baptisé! (p. Georges Florovsky)
Je crois que l'Église dans laquelle j'ai été baptisé et élevé "est" en vérité "l'Église", c'est-à-dire "la véritable" Église, et "la seule" vraie Église.. Dès lors, je suis forcé de regarder les autres églises chrétiennes comme étant déficientes, et dans bien des cas je suis en mesure d'identifier ces déficiences avec précision.
Dès lors, pour moi, la réunification Chrétienne, c'est tout simplement la conversion universelle à l'Orthodoxie. Je n'ai aucune loyauté confessionnelle; ma loyauté n'appartient qu'à l'Unam Sanctam. Sant aucun doute, la prétendue "théorie des branches" (ou l'ecclésiologie "des deux poumons") est inacceptable.
Cette théorie décrit les clivages du monde Chrétien d'une manière trop complaisante et confortable. Le spectateur peut ne pas immédiatement êre à même de discerner les branches schismatiques [hérétiques] du tronc Catholique. De plus, par essence, un schisme [corps hérétique] n'est pas juste une branche. C'est aussi une volonté pour le schisme [ou l'hérésie]. Le Christ a conquis le monde. Cette victoire consiste en Sa création de Sa propre Église. Au milieu de la vanité et de la pauvreté, de la faiblesse et de la souffrance de l'histoire humaine, Il a posé les bases d'un "nouvel être." L'Église est l'oeuvre du Christ sur terre. Elle est l'image et la demeure de Sa bienheureuse Présence en ce monde. Et au jour de la Pentecôte, le Saint Esprit descendit sur l'Église, qui était alors représentée par les onze Apôtres et ceux qui étaient là avec eux. Il est entré dans le monde afin de demeurer avec nous, et d'agir bien plus qu'Il ne l'avait fait auparavant, "car l'Esprit n'avait pas encore été répandu, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié" (Jn 7,39). Le Saint Esprit est descendu une fois pour toutes. C'est un mystère exaltant et insondable. Il vit et demeure sans cesse dans l'Église. Et dans l'Église, nous recevons l'Esprit d'adoption (Rom. 8,15). Par le fait d'atteindre et par l'acceptation du Saint-Esprit, nous devenons éternellement Dieu. Dans l'Église notre Salut va être perfectionné; la sanctification et la transfiguration, la déification (theosis) du genre humain sont accomplies. Extra Ecclesiam nulla salus: Hors de l'Église, il n'y a pas de Salut. Toute la force catégorique et le point central de cet aphorisme se trouvent dans sa tautologie. À l'extérieur de l'Église il n'y a aucun Salut, parce que le Salut est l'Église. Car le Salut est la révélation du chemin pour quiconque croit du Nom du Christ. Cette révélation ne se trouve que dans l'Église. Dans l'Église, comme dans le Corps du Christ, dans son organisme theanthropique, le mystère de l'Incarnation, le mystère "des deux Natures," indissolublement uni, est continuellement accompli. Dans l'Incarnation du Verbe se trouve la plénitude de la Révélation, une révélation non seulement de Dieu, mais aussi de l'Homme. "Car le Fils de Dieu est devenu le Fils de l'Homme," écrit saint Irénée, "afin que l'Homme aussi puisse devenir Fils de Dieu" (Contre les Hérésies 3,10, 2). En Christ, comme Homme-Dieu, la signification de l'existence humaine est non seulement révélée, mais accomplie. En Christ, la nature humaine est perfectionnée, renouvelée, reconstruite, recréée. La destinée atteint son but, et dès lors la vie humaine est, selon le mot de l'Apôtre, "cachée avec le Christ en Dieu" (Col 3,3). En ce sens, le Christ est le "Dernier Adam" (1 Co 15,45), l'homme véritable. En Lui se trouve la mesure et la limite de la vie humaine. Il S'est relevé comme "prémices de ceux qui se sont endormis" (1 Co 15,20-22). Il est monté aux Cieux, et siège à la droite du Père. Sa Gloire est la gloire de toute l'existence humaine. Le Christ est entré dans la gloire pré-éternelle. Il y est entré en tant qu'Homme et a appelé toute l'humanité à demeurer avec Lui et en Lui. "Mais Dieu, Qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos péchés, nous a fait revivre avec le Christ (..) avec Lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux Cieux, dans le Christ Jésus" (Eph 2,4-6). C'est là que réside le mystère de l'Église en plénitude (Τò πληρωμα),
c'est-à-dire son accomplissement, son achèvement (Eph 1,23). Voici comment saint Jean Chrysostome explique les paroles de l'Apôtre : L'Église est l'accomplissement du Christ, de la même manière que la tête complète le corps et que le corps est complété par la tête. C'est pour cela que nous comprennons pourquoi l'Apôtre voit que le Christ, en tant que Tête, a besoin de tous Ses membres. Parce que si nombre d'entre nous n'étaient pas l'un la main, l'autre le pied, et l'autre encore un autre membre, Son corps ne serait pas complet. Ainsi, Son corps est formé de tous ses membres. Cela signifie 'que la tête sera complète seulement lorsque le corps sera parfait, lorsque nous serons tous très fermement unis et affermis." (In Ephes. Hom. 3, 2 (Migne, P.G. Ixii. c. 26)).
L'évêque Théophane reprend l'explication de saint Jean Chrysostome : "L'Église est l'accomplissement du Christ de la même manière que l'arbre est l'accomplissement de la graine. Tout ce qui est contenu dans la graine de manière condensée, reçoit son plein développement dans l'arbre.. De Lui-même, le Christ est absolument complet et parfait, mais cependant pas encore en ce qu'Il attire l'humanité à Lui pour l'accomplissement final. Ce n'est que progressivement que l'humanité entre dans la Communion avec Lui, et ainsi apporte une nouvelle plénitude à Son oeuvre, qui par là atteint sa pleine réalisation. L'Église est l'accomplissement en lui-même; elle est la prolongation et l'accomplissement de l'union théanthropique. L'Église est l'humanité transfigurée et régénérée. La signification de cette régénération et transfiguration, c'est que dans l'Églie, l'humanité devient une unité "un de corps" (Eph 2,16). La vie de l'Église est unité et union. Le corps est "tissé ensemble" et réalise ainsi sa "croissance en Dieu" (Col 2,19) dans l'unité de l'Esprit, dans l'unité de l'amour. Le royaume de l'Église est unité. Et bien entendu, cette unité n'est pas externe, mais interne, intime, organique. C'est l'unité du corps vivant, l'unité de l'organisme. L'Église est une unité non seulement dans le sens qu'elle est une et unique; elle est avant tout unité parce que son être même consiste à réunir l'humanité séparée et divisée. C'est cette unité qui est la "sobornost" ou catholicité de l'Église. Dans l'Église, l'humanité entre dans un nouveau niveau, elle commence une nouvelle manière d'existence. Une nouvelle vie devient possible, une vie vraie, entière et complète, une vie catholique "dans l'unité de l'Esprit, dans le lien de la paix" (Eph 4,3). Une nouvelle existence commence, un nouveau principe de vie "Comme Toi, Père, Tu es en Moi et Moi en Toi, qu’eux aussi soient en nous (..) pour qu’ils soient un comme Nous sommes Un" (Jn 17,21-23). Ceci est le mystère de la réunion finale dans l'image de l'Unité de la Sainte Trinité. Elle est réalisée dans la vie et la construction de l'Église, c'est un mystère de sobornost, un mystère de catholicité.
Archiprêtre Georges V. Florovsky
Quelle est la différence entre l'Église et une secte?
https://www.youtube.com/watch?v=ZTAaxSOvyeE
===========================================
I believe that the church in which I was baptized and brought up ‘is’ in very truth ‘the Church’, i.e. ‘the true’ Church and the ‘only’ true Church . . . I am therefore compelled to regard all other Christian churches as deficient, and in many cases can identify these deficiencies accurately enough. Therefore, for me, Christian reunion is simply universal conversion to Orthodoxy. I have no confessional loyalty; my loyalty belongs solely to the ‘Una Sancta’. Without a doubt, the so-called 'branch' theory [Or "Two Lungs" ecclesiology] is unacceptable. This theory depicts the cleavages of the Christian world in too complacent and comfortable a manner. The onlooker may not be able immediately to discern the schismatic [heretical] 'branches' from the Catholic trunk. In its essence, moreover, a schism [heretical body] is not just a branch. It is also the will for schism [or heresy]. Christ conquered the world. This victory consists in His having created His own Church. In the midst of the vanity and poverty, of the weakness and suffering of human history, He laid the foundations of a "new being." The Church is Christ’s work on earth; it is the image and abode of His blessed Presence in the world. And on the day of Pentecost The Holy Spirit descended on the Church, which was then represented by the twelve Apostles and those who were with them. He entered into the world in order to abide with us and act more fully than He had ever acted before; "for the Spirit was not yet given, because Jesus was not yet glorified" (John 7:39). The Holy Spirit descended once and for always. This is a tremendous and unfathomable mystery. He lives and abides ceaselessly in the church. In the Church we receive the Spirit of adoption (Rom. 8:15). Through reaching towards and accepting the Holy Ghost we become eternally God’s. In the Church our salvation is perfected; the sanctification and transfiguration, the theosis of the human race is accomplished. Extra Ecclesiam nulla salus: [Outside the Church there is no salvation]. All the categorical strength and point of this aphorism lies in its tautology. Outside the Church there is no salvation, because salvation is the Church. For salvation is the revelation of the way for every one who believes in Christ's name. This revelation is to be found only in the Church. In the Church, as in the Body of Christ, in its theanthropic organism, the mystery of incarnation, the mystery of the "two natures," indissolubly united, is continually accomplished. In the Incarnation of the Word is the fullness of revelation, a revelation not only of God, but also of man. "For the Son of God became the Son of Man," writes St. Irenaeus, "to the end that man too might become the son of God" (Adv. Haere. 3:10, 2). In Christ, as God-Man, the meaning of human existence is not only revealed, but accomplished. In Christ human nature is perfected, it is renewed, rebuilt, created anew. Human destiny reaches its goal, and henceforth human life is, according to the word of the Apostle, "hid with Christ in God" (Coloss. 3:3). In this sense Christ is the "Last Adam" (1 Cor. 15:45), a true man. In Him is the measure and limit of human life. He rose "As the first fruits of them that are asleep" (1 Cor. 15:20-22). He ascended into Heaven, and sitteth at the right hand of God. His Glory is the glory of all human existence. Christ has entered the pre-eternal glory; He has entered it as Man and has called the whole of mankind to abide with Him and in Him. "God, being rich in mercy, for His great love wherewith He loved us, even when we were dead through our trespasses, quickened us together with Christ ... and raised us up with Him, and made us to sit with Him in the heavenly places, in Christ Jesus" (Eph. 2:4-6). Therein lies the mystery of the Church as Christ's Body. The Church is fulness, (Τò πληρωμα) that is, fulfilment, completion (Eph. 1:23). In this manner St. John Chrysostom explains the words of the Apostle: "The Church is the fulfilment of Christ in the same manner as the head completes the body and the body is completed by the head. Thus we understand why the Apostle sees that Christ, as the Head needs all His members. Because if many of us were not, one the hand, one the foot, one yet another member, His body would not be complete. Thus His body is formed of all the members. This means, "That the head will be complete, only when the body is perfect; when we all are most firmly united and strengthened" (In Ephes. Hom. 3, 2 (Migne, P.G. Ixii. c. 26)). Bishop Theophanes repeats the explanation of Chrysostom: "The Church is the fulfilment of Christ in the same manner as the tree is the fulfilment of the grain. All that is contained in the grain in a condensed manner, receives its full development in the tree ... He Himself is complete and all-perfect, but not yet has He drawn mankind to Himself in final completeness. It is only gradually that mankind enters into Communion with Him and so gives a new fulness to His work, which thereby attains its full accomplishment. The Church is completeness itself; it is the continuation and the fulfilment of the theanthropic union. The Church is transfigured and regenerated mankind. The meaning of this regeneration and transfiguration is that in the Church mankind becomes one unity, "in one body" (Eph. 2:16). The life of the Church is unity and union. The body is "knit together" and "increaseth" (Col 2:19) in unity of Spirit, in unity of love. The realm of the Church is unity. And of course this unity is no outward one, but is inner, intimate, organic. It is the unity of the living body, the unity of the organism. The Church is a unity not only in the sense that it is one and unique; it is a unity, first of all, because its very being consists in reuniting separated and divided mankind. It is this unity which is the "sobornost" or catholicity of the Church. In the Church humanity passes over into another plane, begins a new manner of existence. A new life becomes possible, a true, whole and complete life, a catholic life, "in the unity of the Spirit, in the bond of peace (Eph. 4:3). A new existence begins, a new principle of life, "Even as Thou, Father, art in Me, and I in Thee, that they also may be in Us ... that they may be one even as We are one" (John 17:21-23). This is the mystery of the final reunion in the image of the Unity of the Holy Trinity. It is realized in the life and construction of the Church, it is the mystery of sobornost, the mystery of catholicity.
Fr. Georges V. Florovsky
Dès lors, pour moi, la réunification Chrétienne, c'est tout simplement la conversion universelle à l'Orthodoxie. Je n'ai aucune loyauté confessionnelle; ma loyauté n'appartient qu'à l'Unam Sanctam. Sant aucun doute, la prétendue "théorie des branches" (ou l'ecclésiologie "des deux poumons") est inacceptable.
Cette théorie décrit les clivages du monde Chrétien d'une manière trop complaisante et confortable. Le spectateur peut ne pas immédiatement êre à même de discerner les branches schismatiques [hérétiques] du tronc Catholique. De plus, par essence, un schisme [corps hérétique] n'est pas juste une branche. C'est aussi une volonté pour le schisme [ou l'hérésie]. Le Christ a conquis le monde. Cette victoire consiste en Sa création de Sa propre Église. Au milieu de la vanité et de la pauvreté, de la faiblesse et de la souffrance de l'histoire humaine, Il a posé les bases d'un "nouvel être." L'Église est l'oeuvre du Christ sur terre. Elle est l'image et la demeure de Sa bienheureuse Présence en ce monde. Et au jour de la Pentecôte, le Saint Esprit descendit sur l'Église, qui était alors représentée par les onze Apôtres et ceux qui étaient là avec eux. Il est entré dans le monde afin de demeurer avec nous, et d'agir bien plus qu'Il ne l'avait fait auparavant, "car l'Esprit n'avait pas encore été répandu, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié" (Jn 7,39). Le Saint Esprit est descendu une fois pour toutes. C'est un mystère exaltant et insondable. Il vit et demeure sans cesse dans l'Église. Et dans l'Église, nous recevons l'Esprit d'adoption (Rom. 8,15). Par le fait d'atteindre et par l'acceptation du Saint-Esprit, nous devenons éternellement Dieu. Dans l'Église notre Salut va être perfectionné; la sanctification et la transfiguration, la déification (theosis) du genre humain sont accomplies. Extra Ecclesiam nulla salus: Hors de l'Église, il n'y a pas de Salut. Toute la force catégorique et le point central de cet aphorisme se trouvent dans sa tautologie. À l'extérieur de l'Église il n'y a aucun Salut, parce que le Salut est l'Église. Car le Salut est la révélation du chemin pour quiconque croit du Nom du Christ. Cette révélation ne se trouve que dans l'Église. Dans l'Église, comme dans le Corps du Christ, dans son organisme theanthropique, le mystère de l'Incarnation, le mystère "des deux Natures," indissolublement uni, est continuellement accompli. Dans l'Incarnation du Verbe se trouve la plénitude de la Révélation, une révélation non seulement de Dieu, mais aussi de l'Homme. "Car le Fils de Dieu est devenu le Fils de l'Homme," écrit saint Irénée, "afin que l'Homme aussi puisse devenir Fils de Dieu" (Contre les Hérésies 3,10, 2). En Christ, comme Homme-Dieu, la signification de l'existence humaine est non seulement révélée, mais accomplie. En Christ, la nature humaine est perfectionnée, renouvelée, reconstruite, recréée. La destinée atteint son but, et dès lors la vie humaine est, selon le mot de l'Apôtre, "cachée avec le Christ en Dieu" (Col 3,3). En ce sens, le Christ est le "Dernier Adam" (1 Co 15,45), l'homme véritable. En Lui se trouve la mesure et la limite de la vie humaine. Il S'est relevé comme "prémices de ceux qui se sont endormis" (1 Co 15,20-22). Il est monté aux Cieux, et siège à la droite du Père. Sa Gloire est la gloire de toute l'existence humaine. Le Christ est entré dans la gloire pré-éternelle. Il y est entré en tant qu'Homme et a appelé toute l'humanité à demeurer avec Lui et en Lui. "Mais Dieu, Qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos péchés, nous a fait revivre avec le Christ (..) avec Lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux Cieux, dans le Christ Jésus" (Eph 2,4-6). C'est là que réside le mystère de l'Église en plénitude (Τò πληρωμα),
c'est-à-dire son accomplissement, son achèvement (Eph 1,23). Voici comment saint Jean Chrysostome explique les paroles de l'Apôtre : L'Église est l'accomplissement du Christ, de la même manière que la tête complète le corps et que le corps est complété par la tête. C'est pour cela que nous comprennons pourquoi l'Apôtre voit que le Christ, en tant que Tête, a besoin de tous Ses membres. Parce que si nombre d'entre nous n'étaient pas l'un la main, l'autre le pied, et l'autre encore un autre membre, Son corps ne serait pas complet. Ainsi, Son corps est formé de tous ses membres. Cela signifie 'que la tête sera complète seulement lorsque le corps sera parfait, lorsque nous serons tous très fermement unis et affermis." (In Ephes. Hom. 3, 2 (Migne, P.G. Ixii. c. 26)).
L'évêque Théophane reprend l'explication de saint Jean Chrysostome : "L'Église est l'accomplissement du Christ de la même manière que l'arbre est l'accomplissement de la graine. Tout ce qui est contenu dans la graine de manière condensée, reçoit son plein développement dans l'arbre.. De Lui-même, le Christ est absolument complet et parfait, mais cependant pas encore en ce qu'Il attire l'humanité à Lui pour l'accomplissement final. Ce n'est que progressivement que l'humanité entre dans la Communion avec Lui, et ainsi apporte une nouvelle plénitude à Son oeuvre, qui par là atteint sa pleine réalisation. L'Église est l'accomplissement en lui-même; elle est la prolongation et l'accomplissement de l'union théanthropique. L'Église est l'humanité transfigurée et régénérée. La signification de cette régénération et transfiguration, c'est que dans l'Églie, l'humanité devient une unité "un de corps" (Eph 2,16). La vie de l'Église est unité et union. Le corps est "tissé ensemble" et réalise ainsi sa "croissance en Dieu" (Col 2,19) dans l'unité de l'Esprit, dans l'unité de l'amour. Le royaume de l'Église est unité. Et bien entendu, cette unité n'est pas externe, mais interne, intime, organique. C'est l'unité du corps vivant, l'unité de l'organisme. L'Église est une unité non seulement dans le sens qu'elle est une et unique; elle est avant tout unité parce que son être même consiste à réunir l'humanité séparée et divisée. C'est cette unité qui est la "sobornost" ou catholicité de l'Église. Dans l'Église, l'humanité entre dans un nouveau niveau, elle commence une nouvelle manière d'existence. Une nouvelle vie devient possible, une vie vraie, entière et complète, une vie catholique "dans l'unité de l'Esprit, dans le lien de la paix" (Eph 4,3). Une nouvelle existence commence, un nouveau principe de vie "Comme Toi, Père, Tu es en Moi et Moi en Toi, qu’eux aussi soient en nous (..) pour qu’ils soient un comme Nous sommes Un" (Jn 17,21-23). Ceci est le mystère de la réunion finale dans l'image de l'Unité de la Sainte Trinité. Elle est réalisée dans la vie et la construction de l'Église, c'est un mystère de sobornost, un mystère de catholicité.
Archiprêtre Georges V. Florovsky
Quelle est la différence entre l'Église et une secte?
https://www.youtube.com/watch?v=ZTAaxSOvyeE
===========================================
I believe that the church in which I was baptized and brought up ‘is’ in very truth ‘the Church’, i.e. ‘the true’ Church and the ‘only’ true Church . . . I am therefore compelled to regard all other Christian churches as deficient, and in many cases can identify these deficiencies accurately enough. Therefore, for me, Christian reunion is simply universal conversion to Orthodoxy. I have no confessional loyalty; my loyalty belongs solely to the ‘Una Sancta’. Without a doubt, the so-called 'branch' theory [Or "Two Lungs" ecclesiology] is unacceptable. This theory depicts the cleavages of the Christian world in too complacent and comfortable a manner. The onlooker may not be able immediately to discern the schismatic [heretical] 'branches' from the Catholic trunk. In its essence, moreover, a schism [heretical body] is not just a branch. It is also the will for schism [or heresy]. Christ conquered the world. This victory consists in His having created His own Church. In the midst of the vanity and poverty, of the weakness and suffering of human history, He laid the foundations of a "new being." The Church is Christ’s work on earth; it is the image and abode of His blessed Presence in the world. And on the day of Pentecost The Holy Spirit descended on the Church, which was then represented by the twelve Apostles and those who were with them. He entered into the world in order to abide with us and act more fully than He had ever acted before; "for the Spirit was not yet given, because Jesus was not yet glorified" (John 7:39). The Holy Spirit descended once and for always. This is a tremendous and unfathomable mystery. He lives and abides ceaselessly in the church. In the Church we receive the Spirit of adoption (Rom. 8:15). Through reaching towards and accepting the Holy Ghost we become eternally God’s. In the Church our salvation is perfected; the sanctification and transfiguration, the theosis of the human race is accomplished. Extra Ecclesiam nulla salus: [Outside the Church there is no salvation]. All the categorical strength and point of this aphorism lies in its tautology. Outside the Church there is no salvation, because salvation is the Church. For salvation is the revelation of the way for every one who believes in Christ's name. This revelation is to be found only in the Church. In the Church, as in the Body of Christ, in its theanthropic organism, the mystery of incarnation, the mystery of the "two natures," indissolubly united, is continually accomplished. In the Incarnation of the Word is the fullness of revelation, a revelation not only of God, but also of man. "For the Son of God became the Son of Man," writes St. Irenaeus, "to the end that man too might become the son of God" (Adv. Haere. 3:10, 2). In Christ, as God-Man, the meaning of human existence is not only revealed, but accomplished. In Christ human nature is perfected, it is renewed, rebuilt, created anew. Human destiny reaches its goal, and henceforth human life is, according to the word of the Apostle, "hid with Christ in God" (Coloss. 3:3). In this sense Christ is the "Last Adam" (1 Cor. 15:45), a true man. In Him is the measure and limit of human life. He rose "As the first fruits of them that are asleep" (1 Cor. 15:20-22). He ascended into Heaven, and sitteth at the right hand of God. His Glory is the glory of all human existence. Christ has entered the pre-eternal glory; He has entered it as Man and has called the whole of mankind to abide with Him and in Him. "God, being rich in mercy, for His great love wherewith He loved us, even when we were dead through our trespasses, quickened us together with Christ ... and raised us up with Him, and made us to sit with Him in the heavenly places, in Christ Jesus" (Eph. 2:4-6). Therein lies the mystery of the Church as Christ's Body. The Church is fulness, (Τò πληρωμα) that is, fulfilment, completion (Eph. 1:23). In this manner St. John Chrysostom explains the words of the Apostle: "The Church is the fulfilment of Christ in the same manner as the head completes the body and the body is completed by the head. Thus we understand why the Apostle sees that Christ, as the Head needs all His members. Because if many of us were not, one the hand, one the foot, one yet another member, His body would not be complete. Thus His body is formed of all the members. This means, "That the head will be complete, only when the body is perfect; when we all are most firmly united and strengthened" (In Ephes. Hom. 3, 2 (Migne, P.G. Ixii. c. 26)). Bishop Theophanes repeats the explanation of Chrysostom: "The Church is the fulfilment of Christ in the same manner as the tree is the fulfilment of the grain. All that is contained in the grain in a condensed manner, receives its full development in the tree ... He Himself is complete and all-perfect, but not yet has He drawn mankind to Himself in final completeness. It is only gradually that mankind enters into Communion with Him and so gives a new fulness to His work, which thereby attains its full accomplishment. The Church is completeness itself; it is the continuation and the fulfilment of the theanthropic union. The Church is transfigured and regenerated mankind. The meaning of this regeneration and transfiguration is that in the Church mankind becomes one unity, "in one body" (Eph. 2:16). The life of the Church is unity and union. The body is "knit together" and "increaseth" (Col 2:19) in unity of Spirit, in unity of love. The realm of the Church is unity. And of course this unity is no outward one, but is inner, intimate, organic. It is the unity of the living body, the unity of the organism. The Church is a unity not only in the sense that it is one and unique; it is a unity, first of all, because its very being consists in reuniting separated and divided mankind. It is this unity which is the "sobornost" or catholicity of the Church. In the Church humanity passes over into another plane, begins a new manner of existence. A new life becomes possible, a true, whole and complete life, a catholic life, "in the unity of the Spirit, in the bond of peace (Eph. 4:3). A new existence begins, a new principle of life, "Even as Thou, Father, art in Me, and I in Thee, that they also may be in Us ... that they may be one even as We are one" (John 17:21-23). This is the mystery of the final reunion in the image of the Unity of the Holy Trinity. It is realized in the life and construction of the Church, it is the mystery of sobornost, the mystery of catholicity.
Fr. Georges V. Florovsky
20 janvier 2015
Relativisme et historicité dans l'oecuménisme (p. Florovsky)
Pour nombre d'entre nous, l'historicité est à relativiser. Mais c'est une approche très restrictive et particulière, et je doute sérieusement qu'elle soit une approche biblique ou scripturale. L'histoire sacrée du Salut ne consiste pas en de simples faits qui passent et sont en tant que tels sans importance, mais en des événements qui sont là pour toujours. L'histoire du Salut est toujours en cours, toujours rendue active dans la communauté des rachetés, dans l'Église de Dieu. Il n'y a ici pas seulement des choses qui se passent, mais des événements qui sont là pour durer. La formulation du dogme Chrétien était un de ces événements ou accomplissements permanents.
P. George Florovsky, "L'Église Orthodoxe d'Orient et le mouvement oecuménique", Theology Today, vol. 7, no. 1, April 1950, 68-79, at 76.
"For many of us, historicity means relativity. But it is a very narrow and particular approach, and I doubt seriously whether it is a true Biblical or Scriptural approach. The sacred history of salvation does not consist of mere happenings that pass away and are irrelevant as such but of events that stay for ever. The history of salvation is still going on, is still enacted in the redeemed community, in the Church of God. There are here not only happenings, but events too, that are to stay. The formulation of Christian dogma was one of these permanent events or achievements."
Florovsky, “The Eastern Orthodox Church and the Ecumenical Movement,” Theology Today, vol. 7, no. 1, April 1950, 68-79, at 76.
P. George Florovsky, "L'Église Orthodoxe d'Orient et le mouvement oecuménique", Theology Today, vol. 7, no. 1, April 1950, 68-79, at 76.
"For many of us, historicity means relativity. But it is a very narrow and particular approach, and I doubt seriously whether it is a true Biblical or Scriptural approach. The sacred history of salvation does not consist of mere happenings that pass away and are irrelevant as such but of events that stay for ever. The history of salvation is still going on, is still enacted in the redeemed community, in the Church of God. There are here not only happenings, but events too, that are to stay. The formulation of Christian dogma was one of these permanent events or achievements."
Florovsky, “The Eastern Orthodox Church and the Ecumenical Movement,” Theology Today, vol. 7, no. 1, April 1950, 68-79, at 76.
25 juin 2014
Adapter l'Évangile au monde? Quelle erreur! (p. Florovsky)
Les théologiens actuels, Orthodoxes, catholiques-romains et autres, veulent sortir de la confusion généralisée mais ils le font par la mauvaise méthode. Ils commencent par les mauvais problèmes, qui sont posés par la pensée contemporaine, et ils adaptent le message Chrétien à ces mauvaises questions, et rien de bon ne peut en sortir. Mais la véritable méthode théologique commence par le message, et tente de comprendre les interrogations du temps présent à la lumière du message. Mon impression, c'est que nombre de théologiens demandent "comment pourrions-nous ajuster la méthode à la mentalité actuelle ?" Et ma question, c'est "comment pourrions-nous impressionner les gens de maintenant par le message, comment présentez-vous le message à ces gens pour qu'ils en soient marqués?" C'est un problème de méthode. Il est vrai qu'un médecin doit commencer par la maladie, mais il considère la maladie comme une maladie, et s'il ne la considère pas comme une maladie, mais comme un simple fait, il ne guérira jamais la maladie. Les gens d'aujourd'hui sont si marqués par la confusion qui règne, qu'ils tentent d'y adapter l'Évangile. Désolé, mais c'est impossible.
P. George Florovsky, notes non-publiées prises par sa secrétaire Maria Vorobiova, fin des années 1960.
"Theologians today, Orthodox, Catholic and others, want to get out of the confusion, but they do so by the wrong method. They start with the wrong problems, which are posed by contemporary thought, and they adjust the Christian message to these wrong questions, and nothing good can come out of these. But the true theological methodology starts with the message and tries to understand the queries of today in light of the message. My impression is that many theologians ask 'how can we adjust the method to the hippies' mentality,' and my question is 'how can the hippy be impressed by the message, how do you present the message to the hippy to impress him with it.' This is a methodological problem. It is true that the physician must start with the illness, but he regards the illness as illness, and if he does not regard as illness, but just as brute fact, he will never heal the illness. People are so impressed by the confusion of today, that they try to adjust the Gospel to it. Well, it is impossible."
Florovsky, unpublished remarks noted by his secretary Maria Vorobiova, late 1960's
P. George Florovsky, notes non-publiées prises par sa secrétaire Maria Vorobiova, fin des années 1960.
"Theologians today, Orthodox, Catholic and others, want to get out of the confusion, but they do so by the wrong method. They start with the wrong problems, which are posed by contemporary thought, and they adjust the Christian message to these wrong questions, and nothing good can come out of these. But the true theological methodology starts with the message and tries to understand the queries of today in light of the message. My impression is that many theologians ask 'how can we adjust the method to the hippies' mentality,' and my question is 'how can the hippy be impressed by the message, how do you present the message to the hippy to impress him with it.' This is a methodological problem. It is true that the physician must start with the illness, but he regards the illness as illness, and if he does not regard as illness, but just as brute fact, he will never heal the illness. People are so impressed by the confusion of today, that they try to adjust the Gospel to it. Well, it is impossible."
Florovsky, unpublished remarks noted by his secretary Maria Vorobiova, late 1960's
29 mai 2014
"Et Il monta aux Cieux" (Ascension / p. Georges Florovsky)
Archiprêtre George Florovsky, D.D.
"Je monte vers Mon Père et votre Père, vers Mon Dieu et votre Dieu" (Jn 20,17).
C'est par ces paroles que le Christ Ressuscité à décrit à Marie Madeleine le mystère de Sa Résurrection. Elle devait transmettre ce mystérieux message à Ses disciples, qui "étaient à se lamenter et pleurer" (Mc 16,10). Les disciples avaient écouté cees bonnes nouvelles avec crainte et effarement, avec doute et manque de confiance. Ce n'était pas seulement Thomas qui a douté, parmi les Onze. Au contraire, il semble que seul un des Onze n'aie pas douté - saint Jean, le disciple "que Jésus aimait." Lui seul avait saisi immédiatement le mystère de la tombe vide : "il vit et il crû" (Jn 20,8). Même Pierre avait quitté le sépulcre dans l'effarement, "se demandant ce qui s'était passé" (Lc 24,12).
Les disciples ne s'étaient pas attendus à la Résurrection. Les femmes non plus. Elles étaient quasiment sûres que Jésus était mort et reposait dans la tombe, et elles étaient allées "à l'endroit où on L'avait déposé", avec les onguents qu'elles avaient préparé, pour pouvoir L'y oindre. Elles n'avaient qu'une pensée "qui nous roulera la pierre de la tombe?" (Mc 16,1-3; Lc 24,1). Et dès lors en ne trouvant pas le corps, Marie Madeleine était effondrée et se plaignait "ils ont enlevé my Seigneur et je ne sais pas où ils L'ont mis" (Jn 20,13). En entendant la bonne nouvelle de l'Ange, les femmes avaient fuit le sépulcre dans la peur et le tremblement "et elles ne dirent rien à personne, tant elles avaient peur" (Mc 16,8). Et lorsqu'elles finirent par parler, personne ne donna crédit à leurs paroles, de même que personne n'avait crû Marie Madeleine, qui avait vu le Seigneur, ou les disciples qui avaient marché dans le pays (Mc 16,13) et qui L'avaient reconnu à la fraction du pain. "Enfin Il Se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu’ils étaient à table, et Il leur reprocha leur incrédulité et leur obstination à ne pas ajouter foi à ceux qui L’avaient vu ressuscité." (Mc 16,10-14).
D'où venait cette dureté de coeur et cette hésitation? Pourquoi leurs yeux étaient-ils comme fermés, pourquoi les disciples étaietn si effrayés des nouvelles, et pourquoi la joie de Pâques n'entrait que si lentement et si difficilement dans les coeurs des Apôtres? N'avaient-ils pas, eux qui étaient avec Lui depuis le départ, "depuis le baptême de Jean", vu tous les signes de puissance qu'Il avait accomplis en présence de tout le peuple? Le paralytique marchait, l'aveugle voyait, le mort était ressuscité, et toutes les infirmités étaient guéries. N'avaient-ils pas vu, à peine une semaine plus tôt, comment Il avait relevé Lazare d'entre les morts, lui qui était déjà depuis 4 jours dans la tombe? Pourquoi dès lors était-ce si étrange pour eux que le Maître Se serait Lui-même relevé? Comment se fait-il qu'ils en soient venus à oublier ce que le Seigneur leur avait exposé à tant de reprises, qu'après la souffrance et la mort Il se releverait le 3ème jour?
Le mystère de "l'incroyance" des Apôtres est partiellement dévoilé dans le récit de l'Évangile: "Nous espérions, nous, que c’était Lui qui allait délivrer Israël", avaient dit avec désillusion et regret les deux disciples à leur mystérieux Compagnon sur la route d'Emmaüs (Lc 24,21). Ils voulaient dire : Il a été trahi, condamné à mort, et crucifié. Les nouvelles de la Résurrection apportées par les femmes n'avaient fait que les "étonner". Ils étaient toujours dans l'attente d'un triomphe terrestre, d'une victoire externe. La même tentation imprégnait leurs coeurs, qui leur avait auparavant empêché d'accepter "la prédication de la Croix" et les avaient fait discuter à chaque fois que le Sauveur avait essayé de leur révéler Son mystère. "Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans Sa gloire?" (Lc 24,26). C'était encore difficile pour eux de le comprendre.
Il avait le pouvoir de Se relever, pourquoi avait-Il permis que tout cela arrive? Pourquoi avait-Il accepté de subir disgrâce, blasphème et blessures? Aux yeux de tout Jérusalem, au milieu de cette immense foule rassemblée pour la Grande Fête, Il avait été condamné et souffert une mort honteuse. Et à présent, Il n'entrait pas dans la Ville Sainte, ni pour le peuple qui avait vu Sa déchéance et mort, ni pour les Grands Prêtres et le sanhédrin, ni pour Pilate - afin qu'Il puisse leur faire comprendre leur crime odieux et rabaisser leur orgueil. Au contraire, Il avait envoyé Ses disciples vers la lointaine Gallilée, et leur apparaissait là-bas. Déjà auparavant, les disciples s'étaient étonnés "Seigneur, comment se fait-il que tu doives te manifester à nous et non pas au monde?" (Jn 14,22). Leur étonnement continue, et même au jour de Sa glorieuse Ascension, les Apôtres Lui demandent "Seigneur, est-ce maintenant, le temps où tu vas restaurer la royauté en Israël?" (Actes 1,6). Ils ne comprennaient toujours pas la signification de Sa Résurrection, ils ne comprennaient pas ce que signifiait qu'Il "montait" vers le Père. Leurs yeux allaient s'ouvrir plus tard, lorsque la "promesse du Père" serait accomplie.
Dans l'Ascension réside la signification et la plénitude de la Résurrection du Christ.
Le Seigneur n'était pas revenu à la vie afin de simplement revenir à l'ordre de la vie de la chair, comme pour revivre et communier avec les disciples et les multitudes par le moyen de la prédication et des miracles. A présent, Il n'avait même plus à rester avec eux, mais seulement à leur "apparaître" pendant 40 jours, de temps en temps, et toujours d'une manière miraculeuse et mystérieuse. "Il n'était plus toujours avec eux, à présent, comme Il l'était avant la Résurrection," commente saint Jean Chrysostome. "Il est venu et a redisparu, les amenant progressivement à de plus hautes conceptions. Il ne leur a plus permis de continuer leur ancienne relation avec Lui-même, mais avait pris des mesures pour assurer ces deux objectifs : que l'on croie à la réalité de Sa Résurrection, et que Lui-même soit par la suite toujours appréhendé comme plus grand qu'un homme." Il y avait quelque chose de neuf et d'inhabituel dans Sa Personne (cf Jn 21,1-14). Comme le dit saint Jean Chrysostome "ce n'était pas une présence ouverte, mais un certain témoignage du fait qu'Il était présent." C'est pourquoi les disciples étaient confus et effrayés. Le Christ n'était pas revenu à la vie de la même manière que ceux qui avaient été ramenés à la vie avant Lui. Eux, c'était une résurrection pour un temps durant, et ils étaient revenus à la vie dans le même corps, qui était sujet à la mort et à la corruption - retournant au précédent mode de vie. Mais le Christ S'était relevé éternellement. Il S'était relevé dans un corps de gloire, immortel et incorruptible. Il S'est relevé, pour ne plus jamais mourir, car "Il a relevé ce qui est mortel dans la splendeur de l'incorruptibilité." Son Corps glorifié était déjà exempt de l'ordre charnel d'existence. "Semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel. S’il y a un corps psychique, il y a aussi un corps spirituel" (1 Co 15,42-44). Cette mystérieuse transformation des corps humains, dont parlait saint Paul dans le cas de notre Seigneur, a été accompli en 3 jours. L'oeuvre du Christ sur terre était accomplie. Il avait souffert, était mort et enseveli, et maintenant relevé à un mode supérieur d'existence. Par Sa Résurrection Il a aboli et détruit la mort, aboli la loi de la corruptibilité, "et relevé avec Lui toute la race d'Adam." Le christ est Ressuscité, et maintenant "il n'y a plus de morts dans les tombes" (cfr sermon chrysostomien de Pâques). Et à présent, Il monte vers le Père, et cependant Il "ne part pas," mais demeure pour toujours avec les fidèles (cfr Kondakion de l'Ascension). Car Il élève toute la terre avec Lui au Ciel, et même plus loin que tout ciel. La puissance de Dieu, selon la phrase de saint Jean Chrysostome, "ne se manifeste pas seulement dans la Résurrection, mais dans quelque chose de plus fort encore." Car "Il a été reçu dans les Cieux, et S'est assis à la droite de Dieu" (cfr Mc 16,19)
Et avec le Christ, la nature humaine monte aussi.
"Nous qui semblions indignes de la terre, nous sommes à présent élevés aux Cieux," disait saint Jean Chrysostome. "Nous étions indignes du royaume terrester, et nous voilà élevés au Royaume céleste, élevés plus haut que le ciel, nous sommes arrivés pour occuper le trône du Roi, et cette même nature dont les Anges gardaient l'entrée en Paradis, elle n'a pas été arrêtée jusqu'à ce qu'elle soit élevée jusqu'au trône du Seigneur." Par Son Ascension, le Seigneur n'a pas seulement ouvert à l'homme l'entrée du Ciel, n'a pas seulement paru devant la face de Dieu en notre faveur et pour notre salut, mais en même temps a "transféré l'homme" vers les hauts lieux. "Il a honoré ceux qu'Il a aimés en les rapprochant du Père." Dieu nous a relevés et élevés avec le Christ, comme dit saint Paul, "Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus" (Eph. 2,6). Le Ciel a reçu les habitants de la terre. "Les premiers frutis de ceux qui dormaient" sont à présent là-haut, et en Lui toute la Création est résumée et réunie. "La terre se réjouit dans le mystère, et les Cieux sont remplis de joie."
"La terrible ascension..." Les armées célestes frappées de stupeur et tremblantes contemplent l'Ascension du Christ. En en tremblant se demandent l'un à l'autre "Quelle est cette vision? Celui qui est homme en apparence monte en Son corps plus haut que les Cieux, en tant que Dieu."
C'est ainsi que l'Office de la Fête de l'Ascension dépeint le mystère, dans un language poétique. Comme aux jours de la Nativité du Christ, la terre était ébahie de contempler Dieu dans la chair, à présent les Cieux tremblent et s'écrient "Le Seigneur des Puissances, Qui règne sur tout, Qui est Lui-même la tête de tout, Qui est prééminent en toutes choses, Qui a restauré la Création dans son ordre originel - C'est Lui, le Roi de Gloire." Et les Portes célestes sont ouvertes : "Ouvrez-vous, ô Portes célestes, et recevez Dieu dans la chair." C'est une allusion ouverte au Psaume 24,7-10, à présent prophétiquement interprété : "Portes, levez vos frontons, élevez-vous, portails antiques, qu’Il entre, le Roi de Gloire! Qui est-Il, ce Roi de Gloire? C’est le Seigneur, le fort, le vaillant, le Seigneur, le vaillant des combats. Portes, levez vos frontons, élevez-vous, portails antiques, qu’Il entre, le Roi de Gloire! Qui est-Il, ce Roi de Gloire? C’est le Seigneur Sabaot, c’est Lui, le Roi de Gloire." Saint Jean Chrysostome en dit "A présent, les anges ont reçu ce pour quoi ils attendaient depuis longtemps, les archanges ont vu ce après quoi ils aspiraient depuis toujorus. Ils ont vu notre nature brillant sur le trône du Roi, étincellante de gloire et de beauté éternelle.. Dès lors, ils descendent afin de voir cette merveilleuse et inhabituelle vision : l'Homme apparaissant dans les Cieux."
L'Ascension est l'annonciation de la Pentecôte, le signe de sa venue, "Le Seigneur est monté aux Ciel et enverra le Consolateur au monde."
Car le Saint Esprit n'était pas encore dans le monde, avant que Jésus ne soit glorifié. Et le Seigneur Lui-même avait dit aux disciples "Si Je ne m'en vais pas, le Consolateur ne viendra pas à vous" (Jn 16,7). Les dons de l'Esprit sont "dons de réconciliation", un sceau d'un salut accompli, et l'union ultime du monde à Dieu. Et cela ne fut accomplit que dans l'Ascension. "Et l'on vit miracle après miracle," dit saint Jean Chrysostome", dix jours avant, notre nature était montée jusqu'au trône du Roi, alors qu'aujourd'hui le Saint Esprit est descendu sur notre nature." La joie de l'Ascension se trouve dans la promesse de l'Esprit. "Tu as donné la joie à Tes disciples par la promesse du Saint Esprit." La victoire du Christ est accomplie en nous par la puissance du Saint Esprit.
"Là Haut est Son corps, ici avec nous est Son Esprit. Et ainsi nous avons Sa marque là Haut, à savoir Son corps, qu'Il a reçu de nous, et ici nous avons Son Esprit avec nous. Le Ciel a reçu le Saint Corps, et la terre a accepté le Saint Esprit. Le Christ est venu et a envoyé l'Esprit. Il est monté, et avec Lui notre corps est aussi monté," disait saint Jean Chrysostome. La révélation de la Sainte Trinité était achevée. A présent l'Esprit consolateur est répandu sur toute chair. "De là vient la connaissance de l'avenir, la compréhension des mystères, la découverte de ce qui est caché, la distribution des précieux dons, la citoyenneté céleste, une place dans le choeur des anges, une joie sans fin, demeurer en Dieu, être rendu comme Dieu, et plus encore que tout, être fait Dieu!" (saint Basile, Traité du Saint Esprit, IX). Commençant avec les Apôtres, et par la communion avec eux - par le biais d'une succession ininterrompue - la Grâce est répandue sur tous les croyants. Par le renouvellement et la glorification dans le Christ monté aux Cieux, la nature humaine est devenue réceptive à l'Esprit. "Et au monde, Il donne des forces qui relèvent par Son corps humain," disait l'évêque Théophane. "Il le tient complètement en Lui-même et le pénètre de Sa force, hors de Lui-même; et de même Il attire à lui les anges à travers l'esprit de l'homme, leur donnant un espace pour agir et ainsi les bénissant." Tout cela est accomplit à travers l'Église, qui est le "Corps du Christ;" c'est-à-dire Sa "plénitude" (Eph. 1,23). "L'Église est l'accomplissement du Christ," poursuit l'évêque Théophane, "peut-être de la même manière que l'arbre est l'accomplissement de la graine. A savoir que ce qui est contenu dans la graine sous forme condensée reçoit son développement en l'arbre."
L'existence même de l'Église est le fruit de l'Ascension. C'est dans l'Église que la natur de l'homme est vraiment élevée jusqu'aux Divines hauteurs. "Et Il a tout mis sous Ses pieds, et l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Église" (Eph. 1,22). Saint Jean Chrysostome commente : "Que c'est étonnant! Regardez de nouveau, de quelle manière Il a élevé l'Église. Comme s'Il la levait par quelqu'engin, Il l'a élevée jusqu'aussi haut, et placée sous le trône. Car là où se trouve la Tête, là est aussi le Corps. Il n'y a plus intervale ou séparation entre la Tête et le Corps; car s'il y avait séparation, alors il n'y aurait plus un corps, et il n'y aurait plus une tête." Toute la race humaine doit suivre le Christ, même en Son ultime exaltation, "pour suivre Son parcours." Au sein de l'Église, par l'acquisition du Saint Esprit dans la fréquentation des Sacrements, l'Ascension continue encore, et elle continuera jusqu'à l'accomplissement de tout. "La Tête aura satisfaction lorsque le corps sera rendu parfait, lorsque nous serons liés ensemble et unis", conclu saint Jean Chrysostome.
L'Ascension est un signe et un témoignage de la Parousie, du Retour du Christ. "Ce Jésus qui, d’auprès de vous, a été enlevé au ciel viendra comme cela, de la même manière que vous L’avez vu S’en aller vers le ciel." (Actes 1,11)
Le mystère de la Providence de Dieu sera accompli avec le Retour du Seigneur Ressuscité. Lors de l'achèvement des temps, la puissance royale du Christ sera révélée et répandue dans toute l'humanité des fidèles. Le Christ compare le Royaume avec tous les fidèles. "et Moi Je dispose pour vous du Royaume, comme Mon Père en a disposé pour Moi: vous mangerez et boirez à Ma table en Mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël." (Lc 22,29-30). Ceux qui L'auront fidèlement suivi siègeront avec Lui sur leur trônes au Jour de Son Retour. "Le vainqueur, Je lui donnerai de siéger avec Moi sur Mon trône, comme Moi-même, après Ma victoire, J’ai siégé avec Mon Père sur Son trône" (Apoc 3,21). Le Salut sera consommé dans la Gloire. "Concevez pour vous-mêmes le trône, le trône royal, concevez l'immensité du privilège. Cela, au moins si nous en faisons le choix, pourrait êtr eplus à même de nous motiver, oui, mieux encore que l'Hadès." (Saint Jean Chrysostome)
Nous devrions trembler plus à la pensée de toute cette abondante Gloire qui est prévue pour le racheté, qu'à la pensée des ténèbres éternelles. "Pensez à côté de Qui votre tête est posée..." Ou plutôt, Qui est la Tête. En vérité, "merveilleuse et terrible est Ta divine Ascension depuis la montagne, ô Donateur de Vie." Une terrible et merveilleuse hauteur, que le trône du Roi. En face de tant de hauteur, toute chair se tient silencieuse, dans la crainte et le tremblement (*). "Il est de Lui-même descendu dans les plus grandes profondeurs de l'humiliation, et a élevé l'homme dans la plus haute exaltation."
Que devrions-nous faire, dès lors? "Si vous êtes le corps du Christ, portez la croix, car Il l'a portée" (saint Jean Chrysostome)
"Par la puissance de Ta Croix, Ô Christ, affermis mes pensées, de sorte que je puisse chanter et glorifier Ta salutaire Ascension"
Publication originale dans : St Vladimir’s Seminary Quarterly, Vol. 2 # 3, 1954.
Used with permission.
(*) "Que toute chair humaine fasse silence, et se tienne dans la crainte et le tremblement" - une hymne de la Liturgie de Saint Jacques, utilisée dans la Liturgie "Sarum" (Western Rite Orthodoxy) (NDT)
03 mai 2014
L'Évangile ne sait pas être adapté à "l'homme moderne"! (P. Georges Florovsky)
Nul ne saurait sans cesse adapter l'Évangile au soi-disant homme moderne.. C'est tout simplement impossible.. Car on n'est pas face à un développement linéaire de pensée. Ca va en zig-zag.. L'homme moderne change si vite qu'il est impossible de tenir compte de tous ses changements.. A peine quelqu'un dans l'Église pense s'être mis au diapason de l'homme moderne, que ce soi-disant homme moderne est déjà autrement.. Bien sûr, nous devons parler un language compréhensible.. Mais le vieux message restera toujours le même. Ce n'est pas le message qui devrait être ajusté à l'homme, mais l'homme qui devrait s'ajuster au message... Le monde moderne s'est éloigné du Christianisme et y reviendra. Le cadre moderne est fait de critique et de réforme. Certaines conditions compliquent le message pour l'homme moderne. Pourquoi ne pouvons-nous pas critiquer la mentalité moderne? La pensée humaine a toujours trouvé plus simple de s'en tenir à des idées générales qu'à l'unique Dieu dans l'histoire. Les Juifs attendaient un signe. Le signe fut la Croix, et ils le considérèrent comme une insulte. Les Grecs se moquèrent des discours de Paul à propos de la Résurrection. Les gnostiques tentèrent d'amoindrir le choc en spiritualisant le message. L'homme a toujours voulu représenter l'Église d'une manière universelle, comme une vérité universelle. La vérité universelle existe, mais elle est aussi revêtue de l'histoire.. Il y aura toujours une certaine tension entre la parole et le contenu du message de l'Évangile, mais on ne résoudra pas le problème en tirant l'Évangile hors de l'Histoire et le plongeant dans une autre sphère. A chaque fois qu'on aura utilisé un language qui soit au niveau de l'homme moderne, il ne faudra pas oublier l'identité / contenu du message.
P. George Florovsky, commentaires enregistrés à Elsa Breen, “Det gamle budskap i ny emballasje?”, Familien [Oslo], 3 Janvier 1968, 14, 47.
"One cannot forever fit the Gospel to the so-called modern man. . . . It is simply impossible . . . One isn’t dealing with a linear development of thought. It goes in zigzags … Modern man changes so quickly that it is impossible to keep up with the ins and outs. . . . As soon as one from the church thinks he has adjusted himself to modern man, the so-called modern man is another. . . . Of course we must speak so that it is understandable . . . But the old message will always remain the same. It is not the message which should adjust to man but man which should adjust to the message. . . . The modern world has arisen from Christianity and will turn back to it. The modern frame is open for criticism and for reforms. Certain conditions complicate the message for modern man. Why can we not criticize the modern mentality? Human thought has always found it easier to acquire general ideas before the unique: God in history. The Jews waited for a sign. The sign was the cross and they considered it to be an insult. The Greeks laughed at Paul’s speech about the resurrection. The Gnostics tried to soften the shock by spiritualizing the message. Thus man has always wanted to represent the church in a universal way, as a universal truth. Universal truth does exist, but it is also dressed in history. . . . There will always be a certain tension between word and content in the message of the Gospel, but one doesn’t solve the problem by shoving the Gospel out of history and into another sphere. In each endeavor after having used a language which communicates with modern man one must never forget the identity of the message."
Florovsky, recorded comments in Elsa Breen, “Det gamle budskap i ny emballasje?”, Familien [Oslo], 3 January 1968, 14, 47.
P. George Florovsky, commentaires enregistrés à Elsa Breen, “Det gamle budskap i ny emballasje?”, Familien [Oslo], 3 Janvier 1968, 14, 47.
"One cannot forever fit the Gospel to the so-called modern man. . . . It is simply impossible . . . One isn’t dealing with a linear development of thought. It goes in zigzags … Modern man changes so quickly that it is impossible to keep up with the ins and outs. . . . As soon as one from the church thinks he has adjusted himself to modern man, the so-called modern man is another. . . . Of course we must speak so that it is understandable . . . But the old message will always remain the same. It is not the message which should adjust to man but man which should adjust to the message. . . . The modern world has arisen from Christianity and will turn back to it. The modern frame is open for criticism and for reforms. Certain conditions complicate the message for modern man. Why can we not criticize the modern mentality? Human thought has always found it easier to acquire general ideas before the unique: God in history. The Jews waited for a sign. The sign was the cross and they considered it to be an insult. The Greeks laughed at Paul’s speech about the resurrection. The Gnostics tried to soften the shock by spiritualizing the message. Thus man has always wanted to represent the church in a universal way, as a universal truth. Universal truth does exist, but it is also dressed in history. . . . There will always be a certain tension between word and content in the message of the Gospel, but one doesn’t solve the problem by shoving the Gospel out of history and into another sphere. In each endeavor after having used a language which communicates with modern man one must never forget the identity of the message."
Florovsky, recorded comments in Elsa Breen, “Det gamle budskap i ny emballasje?”, Familien [Oslo], 3 January 1968, 14, 47.
30 octobre 2013
Dénoncer tout ce qui sacrifie la dignité humaine et agir en bien (p. Florovsky)
Nous devons dénoncer toute philosophie de vie qui est prête à sacrifier la dignité et la liberté humaine pour n'importe quel but impersonnel. Cependant, la seule manière efficace de combattre le mal, c'est de faire le bien. Il ne suffit pas de repousser une mauvaise solution pour être vraiment en possession de la bonne. La véritable réponse des Chrétiens à la crise actuelle, ça sera leur effort à accomplir dans leurs propres vies les grands Commandements du Christ.
P. Georges Florovsky, dans son entretien "Le Christianisme face aux problèmes actuels", une entrevue sur Radio Europe Libre en 1950, dans laquelle Florovsky défend la démocratie moderne comme étant la meilleure expression politique des principes chrétiens de "la dignité de la personne humaine et l'égalité de tous les hommes"
We have to denounce any philosophy of life which is prepared to sacrifice human dignity and freedom for any impersonal end. Yet, the only effective way of fighting evil is to do good. It is not enough to discard a wrong solution to be in actual possession of the right one. The true response of Christians to the present crisis will be their effort to accomplish in their own lives the great commandments of Christ.
Fr Georges Florovsky in "Christianity Facing the Problems of our Time," an address on Radio Free Europe in 1950, in which Florovsky defends modern democracy as the best political expression of the Christian principles of "the dignity of human Personality and the equality of all men."
P. Georges Florovsky, dans son entretien "Le Christianisme face aux problèmes actuels", une entrevue sur Radio Europe Libre en 1950, dans laquelle Florovsky défend la démocratie moderne comme étant la meilleure expression politique des principes chrétiens de "la dignité de la personne humaine et l'égalité de tous les hommes"
We have to denounce any philosophy of life which is prepared to sacrifice human dignity and freedom for any impersonal end. Yet, the only effective way of fighting evil is to do good. It is not enough to discard a wrong solution to be in actual possession of the right one. The true response of Christians to the present crisis will be their effort to accomplish in their own lives the great commandments of Christ.
Fr Georges Florovsky in "Christianity Facing the Problems of our Time," an address on Radio Free Europe in 1950, in which Florovsky defends modern democracy as the best political expression of the Christian principles of "the dignity of human Personality and the equality of all men."
13 octobre 2012
Être théologien sans avoir de diplôme officiel - l'Église captive du mirage occidentaliste (p. John Romanides, metr. Ephraïm de Boston)
THÉOLOGIENS SANS DIPLÔMES
Métropolite Ephraïm de Boston
Métropolite Ephraïm de Boston
Le peloton d'exécution.
Il y a une cinquantaine d'années, alors que j'étais étudiant à l'académie de théologie, notre professeur de dogmatique, le père Ioannis Romanides, nous raconta une histoire de ses années d'étude à l'Académie Théologique de l'université d'Athènes. Afin d'obtenir son doctorat de l'université, père Ioannis, nouvellement ordonné prêtre à l'époque (années 50), avait à défendre sa dissertation devant un panel de professeurs de théologie. Le sujet de la dissertation était "Le péché des origines" (c-à-d le péché de nos ancêtres, Adam et Eve, terme que l'on traduit souvent mal par "péché originel"). Comme les questions fusaient de tous ces professeurs qui avaient tous reçu leurs titres et diplômes dans des universités catholiques-romaines ou protestantes en Europe occidentale, le père Ioannis répondait du mieux qu'il pouvait, avec tout son talent bien connu. Pour finir, le doyen du département de théologie, le grand ponte en personne, le professeur Panayiotes Trembelas, pointa du doigt le p. Ioannis, qui était habitué à ces interrogations et se tenait debout devant ce panel de professeurs assis :
"Dans votre mémoire, vous avez nombre de citations des écrits de Syméon le Nouveau Théologien," dit le prof. Trembelas.
"C'est exact, monsieur le professeur," répondit le père Ioannis, avec la déférence requise.
"Vous devez les supprimer toutes," continua le prof. Trembelas. "Syméon ne peut pas être cité comme source dans votre travail, car il n'a jamais reçu de diplôme théologique."
(Oui, vous avez bien lu!)
Sans sourciller face à l'incroyable remarque de Trembelas, le père Ioannis répondit calmement "Fort bien, ce que vous dites, monsieur le professeur. Voudriez-vous aussi que je supprime toutes mes références à Matthieu, Marc, Luc et Jean les Évangélistes, car eux non plus n'ont pas reçu de diplôme de théologie? Eux aussi n'étaient pas des théologiens diplômés."
Un léger murmure amusé se fit entendre parmi les distingués professeurs...
La captivité latine
C'est triste à dire, mais la remarque malheureuse de Trembelas était une preuve solide de la maladie qui a longtemps affligé les écoles théologiques "orthodoxes", et en frappe encore aujourd'hui. Cette maladie est appelée "la captivité latine." C'est l'histoire de quelque 200 ans pendant lesquels la théologie académique, scolastique et pédante (ou plus précisément du rationalisme) de l'Occident a été au coeur des académies théologiques orthodoxes, imprégnant tout de fond en comble. Le métropolite Anthony Khrapovitsky, père George Florovsky et père Ioannis Romanides se sont longuement plaints dans leurs écrits, de cette peste spirituelle. En certains endroits de Russie et d'Ukraine, cette "captivité" était si forte que même les cours théologiques dans certains séminaires orthodoxes étaient donnés en latin. A l'occasion, en ces terres, les séminaristes étaient obligés de prêcher en latin dans les paroisses avoisinantes! Imaginez un peu la pauvre babushka qui devait s'en tirer avec ça....
En ayant cela à l'esprit, on comprend plus facilement pourquoi les grands dirigeants religieux orthodoxes sont si empressés de s'unir aux non-orthodoxes dans le mouvement oecuménique. Pensez-y un instant : si vous avez toujours crû que l'Église Orthodoxe était si appauvrie théologiquement qu'elle n'avait pas même une théologie du Saint Esprit, ou avait des saints qui n'avaient pas leur diplôme de théologie et n'étaient pas des "docteurs en théologie", alors vous aussi vous auriez été attiré par d'autres appartenances religieuses.
L'Église a sa méthode traditionnelle pour préparer son clergé, et cette méthode a bien fonctionné pendant des siècles, bien avant que les séminaires ne furent inventés au 17ème siècle. Comme nous l'avons mentionné en d'autres occasions, le père George Florovsky, un des plus éminents théologiens orthodoxes du 20ème siècle, n'a jamais été étudiant dans la moindre académie théologique.
Son éducation théologique, il ne l'a tirée que des offices sacrés. Et si vous voulez être sérieusement étudiant en théologie, alors vous pouvez entamer des études théologiques telles que celles du tropaire final pour les saints moines : "par le jeûne, les vigiles et la prière, tu as obtenu les dons célestes," comme saint Syméon le Nouveau Théologien - malgré le fait que, selon le prof. Panayiotes Tremblas, ce saint n'était pas un "théologien diplômé".
Hélas, la "captivité latine" est toujours très présente. Un séminaire orthodoxe en Amérique avait un prêtre catholique-romain y enseignant la patristique, jusque récemment. Un autre séminaire orthodoxe en Amérique a plusieurs catholiques-romains dans son comité de direction. Dès lors, on comprend mieux pourquoi cette orthodoxie mondaine est si avide de s'impliquer dans le mouvement oecuménique. Un problème mène inexorablement à l'autre.
L'école du Saint Esprit
Mais, Dieu merci, l'Orthodoxie prévaut encore dans notre hymnologie et dans les divins offices, et dans le coeur de nombre de clercs et de fidèles.
Que nous enseigne par exemple le tropaire final de la Pentecôte?Tu es béni, Ô Christ notre Dieu,
Toi qui fit descendre sur tes apôtres le Saint Esprit,
transformant par Ta sagesse de simples pêcheurs en pêcheurs d'hommes
Oooh, nous y voilà, c'est là que Matthieu, Marc, Luc et Jean ont obtenu leurs diplômes théologiques! De l'école du Saint Esprit. Je savais que la grâce divine devait avoir quelque chose à faire dans cette histoire. Rien d'étonnant que nous appelions nos saints "inspirés de Dieu" et "théophores!" Rien d'étonnant que nous les invoquions pour la guérison de l'âme et du corps! rien d'étonnant que nous vénérions leurs saintes reliques, et célébrions leur mémoire, et sollicitions leur intercession! Rien d'étonnant que nous vénérions des gens tels que saint Jean de Cronstadt, et saint Nectaire d'Égine, et le prophète Élie, et saint Seraphim de Sarov, et même ce saint Syméon le Nouveau Théologien qui n'avait pourtant pas de diplôme universitaire!
Anecdote
Il y a quelques années, avant mon ordination, je marchais en compagnie d'un des pères dans notre monastère à Brookline, Massachussets.
"Alors, tu es diplômé en théologie à présent?" me demanda-t'il.
"J'en sais trop rien. C'est ce qu'ils m'ont dit, en tout cas."
"Et alors, que va-tu faire avec ton diplôme?"
J'ai un peu réfléchi, et pour finir j'ai répondu "Et bien je vais veiller à toujours le porter autour du cou lorsque je sortirai. Comme ça au moins, je suis sûr que je ne serai pas embarqué par la fourrière..."
Nb
Les académies théologiques ont leur place dans l'Église Orthodoxe. Cependant, elles doivent être convenablement dirigées, dans la prière et avec beaucoup de discrétion. Il n'existe pas de système éducatif parfait. Mais si on suit convenablement des règles bien précises, telles que celles des "Trois niveaux d'éducation chrétienne" qui ont été inspirés par Joseph l'Hésychaste de la sainte Montagne, alors on a un guide de très bonne qualité pour un tel système.
+ Ephraim
Riche site internet consacré au père Romanides :
http://www.romanity.org/
17 mai 2007
P. Florovsky : "Et Il est monté aux Cieux..."
"Je monte vers Mon Père et votre Père, vers Mon Dieu et votre Dieu" (Jean 20,17).
C'est par ces paroles que le Christ Ressuscité décrivit à Marie-Madeleine le mystère de Sa Résurrection. Elle avait à porter ce message mystérieux à Ses disciples, alors qu'ils étaient "plongés dans le deuil et les lamentations" (Marc 16,10). Les disciples écoutèrent ces bonnes nouvelles avec crainte et étonnement, avec doute et méfiance. Parmi les Onze, ce n'était pas seulement Thomas qui doutait. Au contraire, il semble bien qu'un seul des Onze ne doutait pas – saint Jean, "le disciple que Jésus aimait." Lui seul avait saisit d'une fois le mystère du tombeau vide : "et il vit, et il crut" (Jean 20,8). Même Pierre avait quitté le sépulcre dans l'étonnement, et il "s'en retourna chez lui, profondément surpris de l'événement" (Luc 24,12).
Les disciples ne s'attendaient pas à la Résurrection. Les femmes non plus d'ailleurs. Elles étaient toutes plutôt convaincues que Jésus était mort et reposait dans le tombeau, et venaient au lieu "où on L'avait déposé," avec les baumes qu'elles avaient préparés, "afin de L'oindre." Elles n'avaient qu'une seule chose à l'esprit : "qui nous roulera la pierre de devant le sépulcre?" (cf. Marc 16,1-3; Luc 24,1). Dès lors, ne trouvant pas le corps, Marie-Madeleine fondit en larmes et se plaignît : "On a emmené le corps de mon Seigneur et je ne sais pas où on L'a mis" (Jean 20,13). En entendant la bonne nouvelle de l'Ange, les femmes s'enfuirent du sépulcre, dans la crainte et le tremblement, "et elles ne dirent rien à personne, tant elles avaient peur" (Marc 16,8). Et lorsqu'elles finirent par en parler, nul ne voulu les croire, de la même manière que nul n'avait voulu croire Marie, qui avait vu le Seigneur, ou les disciples, alors qu'ils traversaient le pays (Marc 16,13) et qui L'avaient reconnu à la fraction du pain. "Enfin Il Se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu'ils étaient à table; et Il leur reprocha leur incrédulité et leur obstination à ne pas croire ceux qui L'avaient vu Ressuscité" (Marc 16,10-14).
D'où vient cette "dureté de coeur" et cette hésitation? Pourquoi donc leurs yeux étaient-ils si "fermés", pourquoi est-ce que les disciples étaient si effrayés par les nouvelles, et pourquoi est-ce que la joie de Pâques n'entra dans le coeur des Apôtres que si lentement, et avec tant de difficulté? Est-ce que ceux-là, qui étaient avec Lui depuis le début, "depuis le Baptême de Jean", n'avaient donc pas vu tous les signes de puissance qu'Il avait accomplis devant le peuple tout entier? Le paralytique marchait, l'aveugle voyait, le mort était ressuscité, et toutes les infirmités étaient guéries. N'avaient-ils pas vu, à peine une semaine auparavant, comment Il avait relevé Lazare de la mort, par Sa parole, Lazare qui était déjà dans le tombeau depuis 4 jours? Alors pourquoi donc est-ce que cela leur semblait si étranger que leur Maître soit Lui-même Ressuscité? Comment donc avaient-ils pu oublier ce que le Seigneur leur avait dit en tant d'occasions, qu'après souffrances et mort, Il Se relèverait le troisième jour?
Le mystère de "l'incroyance" des Apôtres est en partie dévoilé par le récit évangélique : "Nous avions l'espoir que ce serait lui qui restaurerait Israël", disaient avec désillusion et tristesse les 2 disciples à leur mystérieux Compagnon sur la route d'Emmaüs (Luc 24,21). Ils voulaient dire : Il a été trahi, condamné à mort et crucifié. Les nouvelles de la Résurrection que les femmes leur avaient apportées ne les avaient que "déconcertés." Ils attendaient encore un triomphe terrestre, une victoire externe. Cette même tentation dominait encore leurs coeurs, celle-là même qui les avait empêchés d'accepter la "prédication de la Croix" et les avait amené à récriminer à chaque fois que le Sauveur avait tenté de leur révéler Son mystère. "Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ainsi, pour entrer dans Sa gloire?" (Luc 24,26). Malgré ça, c'était encore difficile à comprendre.
Lui qui avait la puissance de Se relever, pourquoi avait-Il permit que tout cela puisse avoir lieu? Pourquoi avait-Il prit sur Lui-même la honte, le blasphème et les blessures? Aux yeux de tous à Jérusalem, au milieu de toutes ces foules rassemblées pour la Grande Fête, Il avait été condamné et avait souffert une mort honteuse. Et à présent, Il ne retournait pas dans la Ville Sainte, ni auprès des gens qui avaient regardé Sa mort honteuse, ni auprès des grands prêtres et anciens, ni auprès de Pilate – ce qui aurait pu les amener à se rendre compte de leur crime et leur faire ravaler leur fierté. Au lieu de ça, Il envoie Ses disciples dans la lointaine Galilée, et leur apparaît là-bas. Déjà bien auparavant, les disciples s'en étaient étonnes, "Seigneur, comment se fait-il que Tu Te feras connaître à nous, et non pas au monde?" (Jean 14,22). Leur étonnement continue, et même au jour de Sa glorieuse Ascension, les Apôtres interrogent le Seigneur : "Seigneur, est-ce maintenant que Tu vas restaurer le royaume d'Israël?" (Actes 1,6). Ils n'avaient toujours pas compris la signification de Sa Résurrection, ils ne comprenaient pas ce que voulait dire qu'Il allait "monter" auprès du Père. Leurs yeux allaient s'ouvrir, mais plus tard, lorsque la "promesse du Père" aurait été accomplie.
Dans l'Ascension se trouve la signification et la plénitude de la Résurrection du Christ.
Le Seigneur ne S'est pas relevé de la mort afin de revenir dans l'ordre charnel de la vie, comme pour revivre à nouveau et communier avec les disciples et les multitudes par le moyen de la prédication et de miracles. A présent, Il ne reste pas même avec eux, mais ne fait que leur "apparaître" pendant 40 jours, de temps en temps, et toujours d'une manière miraculeuse et mystérieuse. "A présent, Il n'était plus toujours avec eux, comme Il l'était avant la Résurrection", commente saint Jean Chrysostome. "Il vint, et redisparu, les menant à de plus hautes conceptions. Il ne leur permit plus de continuer avec leur ancienne forme de relation envers Lui, mais prit des mesures effectives pour obtenir ces 2 choses-ci : le fait que l'on croirait en Sa Résurrection, et que dorénavant on comprendrait toujours qu'Il était plus grand qu'un simple homme." Il y avait quelque chose de neuf et d'inhabituel dans Sa personne (cfr Jean 21,1-14). Comme le dit saint Jean Chrysostome, "ce n'était plus une présence ouverte, mais une sorte de témoignage du fait qu'Il était présent." C'est pourquoi les disciples étaient confus et effrayés. Le Christ ne S'était pas relevé de la même manière que ceux qui avaient été ramenés à la vie avant Lui. Leur résurrection n'était qu'une résurrection pour un temps donné, et ils étaient revenus à la vie dans le même corps, qui était soumis à la mort et à la pourriture – ils étaient revenus à leur mode de vie antérieur. Mais le Christ S'est relevé pour toujours, pour l'éternité. Il S'est relevé dans un corps de gloire, immortel et incorruptible. Il S'est relevé, ne meurt plus, car "Il a revêtu la chair mortelle de la splendeur de l'incorruptibilité." Son Corps glorifié était déjà exempt de l'ordre charnel d'existence. "Semé dans la corruption, le corps ressuscite incorruptible; semé dans le mépris, il ressuscite glorieux; semé dans la faiblesse, il ressuscite vigoureux; semé corps animal, il ressuscite corps spirituel" (1 Co 15, 42-44). Cette mystérieuse transformation des corps humains, dont saint Paul parlait dans le cas de notre Seigneur, avait été accomplie en 3 jours. L'oeuvre du Christ sur terre était achevée. Il avait souffert, était mort et enseveli, et à présent relevé dans un mode d'existence supérieur. Par Sa Résurrection, Il abolissait et détruisait la mort, abolissait la loi de la corruption, "et relevait avec Lui-même la race d'Adam toute entière." Le Christ était Ressuscité, et à présent "il n'y avait plus de mort dans la tombe" (cfr le traditionnel sermon de Pâques, attribué à saint Jean Chrysostome). Et à présent, Il montait vers le Père, et cependant, Il "ne partait pas", mais demeure avec les fidèles à jamais (cfr le Kondakion de l'Ascension). Car Il élève la terre toute entière avec Lui au Ciel, et même plus haut que n'importe quel ciel. La puissance de Dieu, comme le dit saint Jean Chrysostome, "ne Se manifeste pas seulement dans la Résurrection, mais dans quelque chose de bien plus fort." Car "le Seigneur fut enlevé au Ciel, et S'en alla siéger à la droite de Dieu" (Marc 16,19).
Et avec le Christ, la nature de l'homme est aussi élevée.
"Nous qui semblions indignes de la terre, nous voilà à présent élevés aux cieux," dit saint Jean Chrysostome. "Nous qui étions indignes de régner sur la terre, nous avons été élevés au Royaume céleste, nous sommes montés plus haut que le ciel, nous sommes venus pour occuper le trône du Roi, et cette même nature que les Anges empêchaient de revenir au Paradis, ne fut pas arrêtée jusqu'à ce qu'elle parvienne au trône du Seigneur." Par Son Ascension, le Seigneur n'a pas seulement ouvert à l'homme l'entrée du Ciel, n'est pas seulement apparu devant la face de Dieu pour nous et pour notre bien, mais a également "transféré l'homme" dans les hauts lieux. "Il a honoré ceux qu'Il aime en les plaçant au plus près du Père." Dieu nous a fait bouger et nous a relevés avec le Christ, comme dit saint Paul, "et nous a fait prendre place aux Cieux dans le Christ Jésus" (Ephés. 2,6). Le Ciel a reçut les habitants de la terre. "Les premiers fruits de ceux qui étaient endormis" sont à présent en haut, et en Lui toute la Création est récapitulée et rassemblée. "La terre se réjouit dans le mystère, et les cieux sont remplis d'allégresse."
"La terrible ascension.."
Frappés de terreur et tremblant, les armées angéliques se tiennent à contempler l'Ascension du Christ. Et en tremblant, ils se demandent les uns les autres : "quelle est cette vision? Qui est celui qui ressemble à un homme et qui monte en Son corps plus haut que les cieux, tel Dieu?"C'est en ce langage poétique que l'Office de la Fête de l'Ascension dépeint le mystère. Comme au jour de la Nativité du Christ, où la terre était surprise en contemplant Dieu dans la chair, à présent les Cieux tremblent et s'exclament "Le Seigneur des Armées angéliques, Qui règne sur tout, Qui est Lui-même la tête de tout, Qui domine en toutes choses, Qui a réinstauré la Création en son ordre antérieur – c'est Lui le Roi de Gloire." Et les portes célestes sont ouvertes : "Ouvrez-vous, portes éternelles, et recevez Dieu dans la chair." C'est une allusion ouverte au Psaume 23,7-10, interprété prophétiquement. "Portes, ouvrez vos vantaux, ouvrez-vous, portails antiques, afin que puisse entrer le roi de gloire! Qui est ce roi de gloire? - C'est le Seigneur, héros valeureux..." Saint Jean Chrysostome dit "à présent les Anges ont reçut ce pour quoi ils attendaient depuis longtemps, les Archanges ont vu ce après quoi ils aspiraient depuis si longtemps. Ils ont vu notre nature brillant sur le trône du Roi, scintillante de gloire et de beauté éternelle.. Dès lors ils montent afin de contempler la vision inhabituelle et merveilleuse : l'homme apparaissant au Ciel."
et des prophètes Isaïe, Ezechiel, Daniel et Jérémie
Première Bible de Charles le Chauve, Tours, France, 9ème siècle
Folio 329v
L'Ascension est la marque annonçant la Pentecôte, le signe de sa venue.
"Le Seigneur est monté au Ciel et va envoyer le Consolateur au monde."
"Le Seigneur est monté au Ciel et va envoyer le Consolateur au monde."
Car le Saint Esprit n'était pas encore dans le monde, tant que Jésus n'avait pas été glorifié. Et le Seigneur Lui-même avait dit aux disciples, "Si je ne m'en vais pas, le Paraclet ne viendra point à vous" (Jean 16,7). Les dons de l'Esprit sont "dons de réconciliation", c'est le sceau du Salut accomplit et de la réunion finale du monde avec Dieu. Et cela ne fut accomplit que dans l'Ascension. "Et l'on vit les miracles suivre les miracles", dit saint Jean Chrysostome, "dix jours auparavant cela, notre nature montait sur le trône du Roi, alors qu'aujourd'hui, le Saint Esprit est descendu sur notre nature." La joie de l'Ascension réside dans la promesse de l'Esprit. "Tu as donné la joie à Tes disciples par la promesse du Saint Esprit." La victoire du Christ est accomplie en nous par la puissance du Saint Esprit.
"Là haut se trouve Son corps, ici en bas avec nous est Son Esprit. Et dès lors, nous avons Son gage en haut, c'est Son corps, qu'Il a reçu de nous, et ici en bas nous avons Son Esprit avec nous. Les Cieux ont reçu le Saint Corps, et la terre a accepté le Saint Esprit. Le Christ est venu et a envoyé l'Esprit. Il est monté, et avec Lui, notre corps est aussi monté" (Saint Jean Chrysostome). La révélation de la Sainte Trinité était accomplie. A présent l'Esprit Consolateur est répandu sur toute chair. "C’est de là que tout provient : la prévision de l’avenir, l’intelligence des mystères, la compréhension des choses cachées, la distribution des charismes, la participation à la vie du Ciel, le chant en choeur avec les Anges, la joie sans fin, la demeure permanente en Dieu,la ressemblance avec Dieu, enfin le suprême bien désirable: 'devenir Dieu '." (Saint Basile, Traité du Saint Esprit, IX). Commençant avec les Apôtres, et à travers la communion avec eux – par une succession ininterrompue- la Grâce est répandue sur tous les fidèles. Par le renouvellement et la glorification dans le Christ Exalté, la nature humaine devint réceptive à l'Esprit. "Au monde, Il donne les forces d'éveil à travers Son corps humain," dit l'évêque saint Théophane le Reclus. "Il le tient complètement en Lui-même et l'imprègne de Sa force, de Lui-même; et de la même manière Il attire les Anges à Lui par l'esprit de l'homme, leur donnant l'espace pour agir et les bénissant de la sorte." Tout ceci est fait à travers l'Église, qui est "le Corps du Christ"; c'est à dire, Sa "plénitude" (Ephésiens 1,23). "L'Église est l'accomplissement du Christ," continue l'évêque Théophane, "on peut dire que c'est de la même manière que l'arbre est l'accomplissement de la graine. Car ce qui est contenu dans la graine sous une forme concentrée reçoit son développement dans l'arbre."
L'existence même de l'Église est le fruit de l'Ascension. C'est dans l'Église que la nature de l'homme est vraiment élevée vers les divines hauteurs. "Il a tout mis à Ses pieds, Il L'a donné, par-dessus tout, comme Tête à l'Église" (Ephésiens 1,22). Saint Jean Chrysostome commente : "Surprenant! Regardez à nouveau, comment Il a élevé l'Église. Comme si Il l'élevait à l'aide d'une machine, Il l'a élevée à une haute place, et l'a placée sur le trône là-haut; car là où se trouve la Tête, là est aussi le corps. Il n'y a pas d'espace de séparation entre la Tête et le corps; car s'il devait y avoir une séparation, alors l'un ne serait plus un corps, ni l'autre ne serait la Tête." Toute l'humanité doit suivre le Christ, jusqu'en Son ultime exaltation, "pour suivre Son sillage." Au sein de l'Église, par l'acquisition de l'Esprit dans la communion des Sacrements, l'Ascension continue, et continuera jusqu'à ce que la mesure soit pleine. "La Tête ne sera comblée que lorsque le corps aura été rendu parfait, quand nous sommes tous soudés les uns aux autres et réunis," conclut saint Jean Chrysostome.
L'Ascension est un signe et un gage de la Seconde Venue.
"Ce Jésus qui vient de vous être enlevé vers le ciel, en reviendra de la même manière que vous L'y avez vu monter" (Actes 1,11).
"Ce Jésus qui vient de vous être enlevé vers le ciel, en reviendra de la même manière que vous L'y avez vu monter" (Actes 1,11).
Le mystère de la Providence de Dieu sera accomplit dans le Retour du Seigneur Ressuscité. Dans l'achèvement des temps, la puissance royale du Christ sera révélée et répandue sur toute l'humanité fidèle. Le Christ transmet le Royaume à tous les fidèles. "Et c'est pourquoi Je dispose en votre faveur du Royaume, comme Mon Père en a disposé en Ma faveur; vous pourrez ainsi manger et boire à Ma table dans Mon royaume et siéger sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël" (Luc 22,29-30). Ceux qui L'auront fidèlement suivit siégeront avec Lui sur leurs trônes au Jour de Sa Venue. "Au vainqueur J'accorderai de siéger à Mes côtés sur Mon trône, comme Moi-même après Ma victoire J'ai pris place auprès de Mon Père sur Son trône" (Apoc. 3,21). Le Salut sera parfait dans la Gloire. "Imaginez-vous le trône, le trône royal, imaginez l'immensité du privilège. Ceci, pour autant que nous en faisions le choix, pourrait être bien plus à même de nous effarer, oui, même plus que l'Hadès" (Saint Jean Chrysostome).
Nous devrions trembler bien plus à la pensée de cette abondante Gloire qui est prévue pour les rachetés, qu'à la pensée des ténèbres éternelles. "Penses un instant près de Qui se trouve ta tête.." Ou plutôt, Qui est la Tête. En vérité, "Ta divine Ascension de la montagne est merveilleuse et terrible, O Donateur de Vie." Et le trône du Roi se trouve à une hauteur terrible et merveilleuse. Face à cette hauteur, toute chair fait silence, se tenant dans la crainte et le tremblement. "Il descendit Lui-même aux tréfonds de l'humiliation, et éleva l'homme à la hauteur de l'exaltation."
Dès lors, que devrions-nous faire? "Si vous êtes le corps du Christ, portez la Croix, car Il l'a portée" (Saint Jean Chrysostome).
"Par la puissance de Ta Croix, O Christ, affermis mes pensées, de sorte que je puisse chanter et glorifier Ta salvatrice Ascension."

Article original : St Vladimir's Seminary Quarterly, Vol. 2 # 3, 1954.
Republié dans OCA/Lives of Saints
Archiprêtre George Florovsky
*-*-*-*-*-*-*
Biographie résumée :Odessa, 1893 - Princeton, 1979
Théologien Russe. Exilé en France, il a enseigné à l'Institut Saint-Serge à Paris (1926-1948), à Harvard (1955-1964) et à Princeton (1964-1979). A oeuvré à l'ouverture à l'Occident de la théologie Orthodoxe. Parmi ses ouvrages, "La voie de la théologie russe" (1937)
Saint Philarète de Moscou : Homélie pour la fête de l'Ascension de notre Seigneur et de l'invention des reliques du saint évêque Alexis (Prononcée à l’église du monastère des Miracles, le 20 mai 1854)
Inscription à :
Articles (Atom)













