Jeunesse & Orthodoxie: "Joie" n'est pas un gros mot
P. Aris Metrakos
Au cours des 3 semaines écoulées, j'ai travaillé sur 3 différents programmes de ministère auprès de la jeunesse, un pour le camp d'été de notre métropole, et les 2 autres pour des mini-retraites en Roumanie. En dehors du contexte ou de la langue utilisée, chacune de la bonne douzaine de parties que j'ai préparées a quelque chose de très important en commun avec les autres – elle ne commence pas avec quelqu'un qui parle à un groupe de jeune, mais avec des enfants participant à une activité où il s'agit de rompre la glace.
Les jeux du genre "brise-glace" sont parfois un peu fous, mais souvent des jeux où l'on se dépense beaucoup, et qui brisent les murs entre les gens. On demande à une centaine de participants de se regrouper avec tous ceux qui ont le même mois de naissance qu'eux. Des équipes s'affrontent pour trouver sur chacun de son groupe des objets qui représentent toutes les lettres de l'alphabet. Un cercle de 20 personnes essaie de compter jusqu'à 100, en substituant le mot "buzz" pour tous les nombres qui sont multiples de 5, et "fizz" pour ceux qu'on sait diviser par 7. Devinez ce qui arrive à 35?!
Toutes ces activités font quelque chose de bien plus essentiel que simplement échauffer un groupe. Elles nous font rire, bien souvent de nous-mêmes. L'amusement est une partie essentielle de l'éducation religieuse. Nous pouvons expliquer cela en termes psychologiques, anthropologiques et bibliques.
Nous apprenons tant de manière cognitive qu'affective, cela se passe à la fois avec notre cerveau logique, côté gauche, et notre cerveau émotif, côté droit. La mémorisation des tables de multiplication est plutôt une tâche pour la partie gauche du cerveau, alors que cesser de se ronger les ongles est plutôt une question affective. Les jeux actionnent notre partie affective, de sorte que nous puissions entrer dans une activité en étant plus qu'une demi-personne. Les cours et conférences font plus appel à la partie gauche qu'à la partie droite de notre cerveau, ce qui explique probablement pourquoi tant de personnes sortent de conférences sans avoir changé. La Foi se développe tant à travers notre raison que notre coeur. Les jeux de brise-glace ne font pas qu'échauffer un groupe, ils échauffent nos coeurs.
L'anthropologie Chrétienne Orthodoxe affirme cette réalité. Nous définissons la prière comme étant la descente de notre esprit dans notre coeur, de sorte que nous puissions rencontrer Dieu. Nous soumettons notre esprit à notre coeur, mais nous n'en jetons pas pour autant notre raison par la fenêtre. En fait, la véritable spiritualité dépend de notre raison (esprit) et de notre coeur. L'Orthodoxie rejette la "foi" basée sur les sentiments, qui est si en vogue chez nombre de Chrétiens contemporains (avez-vous vérifié votre baromètre spirituel aujourd'hui?), et l'hyper rationalisme des prétentieux prêcheurs du "mythe Jésus." Il n'y a rien de tel qu'un bon jeu de Buzz-Fizz qui a déraillé pour échauffer les 2 parties de notre cerveau, tout en soumettant simultanément notre esprit à notre coeur.
Jésus explique simplement et succinctement la nécessité d'être plus qu'un froid rationaliste : "Oui, vous dis-Je, celui qui ne recevra pas le Royaume de Dieu comme le fait un petit enfant, n'y entrera point" (Marc 10,15). Les enfants savent comment jouer et avoir une joie innocente, un comportement à 180° à l'opposé de celui du pompeux stoïcisme des Pharisiens.
Une des erreurs que j'ai commises quand j'étais jeune prêtre, c'était de ne pas accorder suffisamment de temps à la frivolité en préparant des programmes d'activités. Ces événements ratés qui mettaient l'accent sur l'apprentissage intellectuel tout en ignorant les jeux où l'on fait connaissance et les moments où l'on chante tous ensemble, fournissent tous de cruelles leçons aux inexpérimentés responsables de retraites. De nos jours, je ne planifierais plus jamais la moindre activité pour jeunes sans qu'elle ne comporte plusieurs éléments "marrants."
Les activités pour adultes ont aussi besoin de moments de détente. Je ne peux imaginer organiser une retraite pour adultes qui ne prévoirait pas de temps consacré à l'un ou l'autre jeu cocasse. Ceci m'amène au point principal où je voulais en venir.
Nous les Orthodoxes, nous sommes bien trop sérieux. Nous comptons nos "Kyrie eleison" comme une compteuse de billets de banque égrène ses billets. Nous nous exprimons dans les assemblées paroissiales en fronçant les sourcils et d'une voix véhémente. Nous ne nous saluons pas mutuellement d'une sainte accolade, mais en grimaçant.
Ce n'est pas surprenant que tant de paroisses soient spirituellement atrophiées – nous n'avons rien d'autre que des chiffres dans nos coeurs. Dans tous nos plans stratégiques et nos réunions de comités, nous avons oublié cette vérité qui est la plus importante : "celui qui ne recevra pas le Royaume de Dieu comme le fait un petit enfant, n'y entrera point."
Conseils de paroisse – arrêtez-vous plus tôt, et sortez pour aller dîner ensemble. Enseignants de l'école du dimanche, catéchistes – laissez de côté la Théologie Mystique de l'Église d'Orient, et achetez quelques livres de jeux coopératifs. Choeurs et chantres – rappelez-vous le Psaume 66,2, quand on enlève la joie, il ne reste que du bruit...
Je sais que la vie peut être pesante, nous remplissant de soucis et de douleur. Mais je ne peux croire que nous vivions dans des temps plus difficiles que ceux qui ont enduré la peste et l'invasion brutale d'armées ennemies. Et oui, nous avons besoin de clergé, de responsables laïcs, et de fidèles qui sont sérieux et zélés. Mais nous avons aussi besoin de nous rappeler les leçons durement apprises par les professionnels du ministère auprès des jeunes.

Le prêtre Aris P. Metrakos est un prêtre Grec-Orthodoxe, pasteur de l'église Holy Trinity Greek Orthodox Church, à Columbia, Caroline du Sud. Ancien pilote de l'aéronavale dans la US Navy, il a passé 7 années en service actif avant de rentrer au Séminaire.
Régulièrement, il anime des retraites et donne des conférences tant pour jeunes que pour adultes. Il va chaque année en Roumanie pour y aider l'Église Orthodoxe à fonder une pastorale de la jeunesse roumaine. Vous pouvez le contacter (en anglais) via :
FrMetrakos@orthodoxytoday.org
Article original posté le 24 Mai 2007





















