"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

Affichage des articles dont le libellé est Suisse. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Suisse. Afficher tous les articles

16 octobre 2013

Saint Gall, apôtre d'Helvétie venu de la verte Eirin (16/10)

source icône

SAINT GALL, abbé (+ ENTRE 627 ET 645)

Il était Irlandais et fut l'un des 12 disciples qui accompagnèrent saint Colomban en Gaule. Ils se fixèrent quelque temps à Luxeuil (Haute-Saône). Vers 610, Gall accompagna son abbé jusqu'à Bregenz, en Autriche, dans le Vorarlberg, à l'est du lac de Constance ou Bodensee. Ils se séparèrent vers 612, quand Colomban poussa vers l'Italie. Gall resta en Souabe où il vécut en ermite avec quelques compagnons à l'ouest de Bregenz, près de la source de la rivière Steinach. C'est là qu'on bâtit après sa mort une église "sancti Galluni", qui avait son "prêtre et pasteur". Avant 750, elle devint le centre d'un monastère qui eut pour premier abbé saint Otmar. L'abbaye appartenait au diocèse de Constance. En 818, elle obtint de Louis le Pieux l'exemption ou l'immunité par rapport à l'évêque, et la faveur de passer monastère royal. En 854, l'abbaye était libérée de toute sujétion à l'évêché de Constance, sous réserve des rapports canoniques inévitables. On l'appela "l'abbaye de Saint-Gall" et elle devint illustre. Mais saint Gall ne l'a pas fondée, et il ne fut pas son premier abbé. Il avait seulement illustré son emplacement, et laissé des reliques dont le prestige grandit avec le temps.
Que peut-on tirer des Vies de saint Gall, dont la plus ancienne, fragmentaire, fut écrite vers 770? Selon ces Vies, Gall fut ordonné prêtre en Irlande (avant 590?). A Bregenz, il évangélisa le pays en combattant activement le paganisme (cf. P. Piper, Superstitiones et paganiae Einsidlenses, dans Mélanges Ém. Chatelain, 1910, p. 304, 306-307, 309 : sermons d'un ms. de 750 environ [cod. Einsid. 281] contre les superstitions paganisantes; mais dans quelle mesure correspondent-elles à ce que Gall a pu rencontrer? cf. Coolen, La Gaule Chrét. au 6ième siècle, dans Bull. trim. de la Soc. acad. des antiq. de la Morinie, t. 17, 1951, p. 463-470). La maladie l'empêcha de suivre son chef en Italie. Colomban se montra dur: "Je vois, frère, qu'il te paraît pénible d'endurer pour moi peines et fatigues. Eh bien! avant de partir, je t'interdis de célébrer la Messe tant que la vie animera mon corps". Pendant des années, Gall resta suspens; enfin Dieu révéla à notre moine la mort de ce terrible maître. Gall dépêcha son diacre vers Bobbio, résidence de Colomban (province de Plaisance, en Émilie-Romagne, à la date de 1950). Et le diacre revint, apportant l'absolution avec la cambutta (bâton) de Colomban (cf. Ps., 22, 4). Gall offrit le saint Sacrifice pour le repos de l'âme du défunt. Il délivra du démon la fiancée de Sigebert, roi des Francs; en remerciement, celui-ci lui offrit un terrain près d'Arbon (Suisse, Turgovie ou Thurgau, sur le lac de Constance, à l'ouest de l'embouchure de la rivière Steinach). Gall y fonda un monastère qui fut aussitôt exempt. Par 2 fois, il refusa l'évêché de Constance, et favorisa l'élection d'un diacre Jean qui se montra, lui et ses successeurs, tout dévoué à l'abbaye de Gall. On offrit au grand moine l'abbatiat à Luxeuil; il déclina également cette dignité. Il mourut âgé de 99 ans, à Arbon. On ramena son corps au monastère; des miracles se produisirent.
---------------------------------------------------

"(19) Une autre fois, il demeurait dans la même solitude, mais pas au même endroit, et il y avait déjà passé 50 jours. Son seul compagnon était un frère nommé Gall. Il lui commanda d'aller au Breuchin et de prendre des poissons. Gall partit, mais cru bon d'aller à une autre rivière, l'Ognon. Arrivé là, il jeta son filet dans l'eau et vit arriver une foule de poissons, mais ils ne s'engageaient absolument pas dans le filet : comme s'ils se heurtaient à un mur, ils retournaient en arrière. Il peina donc toute la journée sans pouvoir en prendre un seul. Au retour, il fait part au Père de ses vains efforts. Celui-ci lui reproche d'avoir désobéi : pourquoi ne s'était-il pas empressé d'aller à l'endroit indiqué ? "Va vite, répète-t-il, et rends-toi à l'endroit indiqué". Gall y alla donc, jeta son filet dans l'eau, et le filet se remplit d'une telle quantité de poissons qu'il pouvait à peine le tirer, tant il y en avait. Ce même Gall nous a souvent raconté la chose."
"Vie de saint Colomban et de ses disciples", L.1 c.11 §.19 , par saint Jonas de Bobbio, abbaye de Bellefontaine, collection Vie Monastique n°19 (extraits)



Saint-Gall à l'Unesco : http://whc.unesco.org/sites/fr/268.htm
"Brève description : Le couvent de Saint-Gall, exemple parfait de grand monastère carolingien, a été, depuis le 8e siècle jusqu'à sa sécularisation en 1805, l'un des plus importants d'Europe. Sa bibliothèque, l'une des plus riches et des plus anciennes du monde, contient de précieux manuscrits, notamment le plus ancien dessin d'architecture sur parchemin connu. De 1755 à 1768, le domaine conventuel a été reconstruit en style baroque. La cathédrale et la bibliothèque sont les principales composantes de ce remarquable ensemble architectural, reflet de 12 siècles d'activité."




explication de l'abbaye :
http://www.encyclopedie-universelle.com/abbaye%20-%20plan%20de%20Saint-Gall.html


Saint-Gall & la musique : http://www.musicologie.org/sites/s/saint_gall.html
"Fondée au 7e siècle, l'abbaye de Saint-Gall est un lieu important de diffusion et de conservation de manuscrit. Plusieurs chroniqueurs notoires et un compilateur de théorie la signalent à la musicologie. Mais son titre de gloire est de conserver le plus ancien plan d'architecture connu (et qui est peut être celui de l'ancienne abbaye reconstruite au XVIIIe siècle).
Bibliographie : VAN DOREN R., Étude sur l'influence musicale de l'abbaye de St. Gall, Louvain 1925"

Les archives de l'abbaye de Saint-Gall : http://www.sg.ch/kultur/stiftsarchiv/informationen/franzoesisch.html
"Quelques données sur les archives de l'abbaye de Saint-Gall
Les Archives de l'ancienne abbaye de Saint-Gall, propriété commune du Canton et de la Communauté catholique du canton de Saint-Gall, contiennent les documents juridiques et les actes administratifs de l'abbaye sangallienne depuis sa fondation vers 720 jusqu'à sa sécularisation en 1805. Ces archives sont riches d'environ 20 000 chartes, de plus de 2500 manuscrits, d'innombrables actes, de cartes, de plans, ainsi que d'une collection d'empreintes de sceaux. Sur ce nombre, plus de 700 chartes sur parchemin (les "traditiones") et une centaine de diplômes carolingiens et ottoniens datent d'avant l'an mil. Les premières traces d'un classement archivistique de ces fonds remontent même à plus de 1200 ans. À l'exception peut-être des Archives d'État de Milan, rares sont les archives qui peuvent être comparées à ce trésor unique au nord des Alpes. Cet ensemble de chartes revêt une importance capitale pour l'histoire - en particulier pour la période avant l'an mil si pauvre en documents - non seulement de la Suisse orientale, mais également de Zurich, de l'Argovie, de Berne, des Grisons, du Vorarlberg, de l'Alsace et de l'Allemagne du Sud. Les archives abbatiales renferment des informations historiques concernant une grande partie du canton de Saint-Gall et certaines régions voisines jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Elles constituent par conséquent un complément à la documentation conservée par les Archives d'État.
La Bibliothèque abbatiale ("Stiftsbibliothek") abrite quant à elle des manuscrits littéraires, théologiques et scientifiques formant une collection aussi ancienne que celle des Archives. À l'image de la situation qui prévalait au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime, les fonds de la Bibliothèque sont restés juridiquement et administrativement séparés des Archives.
De plus, les Archives abbatiales, qui forment un service du Département cantonal des affaires intérieures et militaires, contiennent les archives et la bibliothèque de l'ancienne abbaye de Pfäfers ("Fabaria"). Cette abbaye, dont la fondation remonte à 750 environ, a été sécularisée en 1838, date à laquelle les archives et près de 40 manuscrits, dont quelques-uns datent du 9e siècle, ont été intégrés aux Archives abbatiales.
Parmi les "codices", on ne mentionnera ici que les plus importants de nos archives: le "Liber memorialis" ou "confraternitatum" et le "Liber professionum" du 9e siècle, et, parmi le fonds de Pfäfers, le "Liber viventium" carolingien, le "Liber aureus" du 11e siècle, et un cartulaire richement enluminé, le "Vidimus Heider", réalisé en 1590 à la demande de l'abbé Johannes Heider.
La préservation d'un dépôt d'archives aussi riche n'a été possible que grâce à des soins attentifs prodigués au cours des siècles de l'existence de l'abbaye, qui se perpétuent aujourd'hui dans des locaux modernes spécialement aménagés pour résister au feu tout en offrant des conditions climatiques de conservation optimales.
En installant les Archives abbatiales dans l'aile nord restaurée du Palais du gouvernement, on a créé les conditions nécessaires à la continuité de cette tradition. Les tâches des archivistes modernes consistent notamment à répertorier les documents, à les mettre à la disposition des chercheurs, ainsi qu'à répondre à la correspondance scientifique. En organisant des expositions temporaires, on espère intéresser un plus large public aux sources historiques de notre passé.
(Traduction: Romain Jurot)"

Saint-Gall, lieu de pélerinage par excellence pour les Belges?
Le site sur l'histoire de la bière en donne la raison!
http://www.eurobru.com/visit34.htm
"La plus ancienne trace du brassage en abbayes remonte à l'an 820 (Saint-Gall, Suisse)."


SAINT OTMAR, FONDATEUR DE L'ABBAYE DE SAINT-GALL :
Vita complète en latin et en français (Mabillon) sur le site de l'abbaye catholique-romaine bénédictine Saint-Benoît du Valais, en Suisse :
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/othmar/othmar.htm

06 avril 2011

Saint Notker le bègue, enlumineur, hymnographe, grand saint de l'Occident Orthodoxe (Saint-Gall + 912)


saint Notker le Bègue, page 339 du Codex 14 de l'abbaye de Saint-Gall
Codices Electronici Sangallenses (CESG) – Virtuelle Bibliothek

Saint Notker, moine de Saint-Gall, surnommé Balbulus, parce qu'il était bègue, est né dans une famille aisée vers le milieu du 9ème siècle, à Heiligenau, en Thurgovie, Suisse.
Il a été élevé dans l'abbaye de Saint-Gall, appelée aussi "l'abbaye des Irlandais, où il a ensuite fait profession monastique.
Il avait un grand don pour la musique. A Saint-Gall, il y avait une école interne et une école externe au monastère, et il reçut la charge de la première. En dehors de sa charge scolaire, il travaillait à composer divers ouvrages et à retranscrire des manuscrits.
Il n'était pas que talentueux, il était aussi sage et réputé de vie sainte. Le roi Charles le Gros le consulta régulièrement pour avoir son avis sur divers problèmes du royaume.

Un jour un officier vint le voir de la part du roi. Il trouva Notker arrachant dans le jardin des mauvaises herbes qu'il remplaçait par de bonnes plantes. L'envoyé lui ayant fait part de sa mission, pour toute réponse, Notker lui dit : "Tu vois ce que je fais, va dire au roi qu'il en fasse autant."

Une autre fois, le roi était allé lui-même à Saint-Gall pour consulter le saint homme, qui était son père confesseur. Il était accompagné de son chapelain, religieux savant mais orgueilleux, jaloux que son maitre mette toute sa confiance dans un moine qu'il regardait comme un ignorant. Le chapelain en voyant arriver près d'eux l'humble Notker : " Je vais lui poser une question qui démontrera son ignorance."
Et il lui demanda "Dis donc, toi qui es si savant, explique-moi un peu ce que Dieu fait actuellement dans le Ciel?". Notker répondit "Il élève les humbles et abaisse les orgueilleux."
Le chapelain en fut très vexé. Il quitta le monastère, choqué de cette réponse qui le tournait en ridicule. Mais son cheval se cabra, le faisant chuter, et il se blessa à la figure et se cassa un pied. Les moines coururent le relever et le rapporter au monastère pour lui donner les soins dont il avait besoin. Mais le mal ne cessa de s'aggraver. Alors ils conseillèrent au chapelain d'avoir
recours aux prières de Notker, ce qu'il refusa aussi sec. Le temps passant, vaincu par la violence du mal, il s'écria enfin qu'il acceptait - "Faites venir le serviteur de Dieu, afin qu'il me pardonne et me bénisse, tout indigne que j'en sois." Notker s'étant rendu près de lui, le chapelain lui dit "père, j'ai péché contre Dieu et contre toi, pardonne-moi, et touche mon pied afin qu'il soit guéri." Notker s'étant mis à prier avec ferveur, le chapelain fut guéri à l'instant.

Entre autres oeuvres liturgiques, il a composé un chant d'intercession (paraclesis). L'origine de ce chant si simple et beau est particulière. Un jour saint Notker, en regardant des ouvriers qui construisaient un pont au-dessus d'un abîme, fut si frappé des dangers imminents qu'ils couraient, qu'aussitôt il alla composer pour eux cette belle prière, aux accents de "Trisagion."

Media vita in morte sumus, quem quaerimus adjutorem, nisi Te adjutorem, nisi Te, Domine, qui pro peccatis nostris juste irasceris.
Vivants, nous sommes sans cesse menacés par la mort. Qui nous assistera, si ce n'est Toi, Seigneur, Toi qui es justement irrité contre nous à cause de nos péchés?

In Te speraverunt patres nostri, speraverunt, et liberasti eos.
R. Sancte Deus.
Nos pères ont espéré en Toi, ils ont espéré et Tu les as sauvés.
R. Dieu saint


Ad Te clamaverunt patres nostri, clamaverunt, et non sunt confusi.
R. Sancte fortis.
Nos pères T'ont invoqué, ils T'ont invoqué, et ils n'ont pas été confondus.
R: Saint Fort.


Ne despicias nos in tempore senectutis, cum defecerit virtus nostra, ne derelinquas nos.
R. Sancte et misericors Salvator, amarae morti ne tradas nos.

Quand l'âge aura blanchi notre chevelure, quand les années auront brisé nos forces, ne nous abandonne pas.
R. Saint et miséricordieux Sauveur, ne nous abandonne pas à l'amertume de la mort!


Notker a rédigé un Martyrologe, se basant sur ceux d'Adon de Vienne en Provence (+ 875) et Raban Maur de Fulda, Germanie (+ 856). Cet ouvrage a longtemps été utilisé dans les églises de Germanie.
Il a aussi écrit ou composé :
* une "Vie de Saint-Gall" en vers;
* "Traité sur les interprètes de l'Écriture" - analyse de commentaires patristiques et catalogues d'Actes de Martyrs authentiques;
* "Livre des Séquences" - 38 "sequentiae" pour la Liturgie grégorienne. Il s'est inspiré de l'antiphonaire de l'abbaye de Jumièges (Normandie, à l'époque Neustrie);
Divers Hymnes. Dont 4 en l'honneur de saint Étienne le protomartyr, saint patron de la cathédrale de Metz, adressés à l'évêque Ruodbert de Metz, ancien moine de Saint-Gall. Ses hymnes sont dans la Patrologie Latine, tome LXXXVII, colonnes 37-54. Le "Victimae Paschali laudes" plein d'allégresse, utilisé à Pâques dans cette même Liturgie de l'Occident Orthodoxe, est aussi son oeuvre;
* "Écrits sur la musique", dont les fragments sont reproduits dans la Patrologie latine, tome LXXXI, colonnes 1169-1178.
* "Traité sur les fractions des nombres", un manuel d'arithmétique, dont on a des fragments;
* et un "Psautier" en langue locale, le tudesque (vieux germanique).

Notker est né au Ciel le 6 avril 912. Il fut enterré dans la chapelle de Saint-Pierre. Plusieurs miracles survenus à son tombeau lui ont valu un culte public, et à Saint-Gall, sa fête se célèbrait le troisième dimanche après Pâques.

Dans l'iconographie traditionnelle, on le représente avec un moulin parmi ses attributs. Un épisode de sa vie nous en livre la raison : une nuit, en passant par un dortoir, il entendit le bruit languissant et saccadé du tic tac d'un moulin privé d'eau. Il se mit aussitôt à composer la mélodie et le rythme d'une invocation au Saint-Esprit; il savait que l'homme n'est rien sur terre, sans la grâce du Saint-Esprit il est comme un moulin sans eau.

saint Notker le Bègue (c)
Icône du diacre Claude Lopez-Ginisty, Jeudi Saint 2012


20 décembre 2008

Claude Lopez-Ginisty est ordonné Lecteur (17/12/2008)




http://www.diocesedegeneve.net/index.php

Vevey, 17 décembre 2008: La fête paroissiale de l’église Sainte-Barbara à Vevey réunit cette année comme d’habitude non seulement les paroissiens locaux, mais aussi le clergé et les paroissiens de plusieurs paroisses appartenant aux différentes Eglises Orthodoxes Autocéphales.

La Divine Liturgie fut présidée par S. E. Michel, évêque de Genève et d’Europe occidentale et S. E. l’évêque Ambroise, recteur de la paroisse, qui furent assistés par l’archimandrite Martin (Patriarcat de Moscou), les archiprêtres Paul Tzvetkoff et Emilian Pocinoc, l’higoumène Paul (Patriarcat de Moscou), les prêtres Pierre Méan (Patriarcat de Serbie), Peter Sturm et Adrien Echevarria, les protodiacres Pierre Figurek, Georges Jonneret, Michel Vernaz et le diacre Alexandre Sadkowski (Patriarcat de Constantinople).

Aux heures Mgr Michel ordonna lecteur Claude Lopez-Ginisty, paroissien de l’église Sainte-Barbara, auteur de plusieurs ouvrages sur l’Orthodoxie (nous recommandons de visiter son blog http://www.orthodoxologie.blogspot.com). Nous félicitons au nouveau lecteur beaucoup de succès dans son nouveau service pour l’Eglise!

Après la Divine Liturgie, eut lieu la procession de fête – très belle sous la neige qui tombait à gros flocons – suivie du molében devant l’icône de la Sainte Grande Martyre Barbara. Un diplôme fut solennellement remis par Mgr Michel à Madame Olga Englert, chef de choeur de la paroisse depuis des nombreuses années, en signe de reconnaissance de son travail dévoué pour l’Eglise.

Le repas traditionnel de fête dans le sous-sol de l’église réunit tout le monde dans l’ambiance de joie et d’amitié.








-------------------------------------------------------

notre cher ami Claude est à présent Lecteur Claude


AXIOS!!



.

28 février 2008

Les Pères du Jura, ou l'Athos de l'Occident Orthodoxe

Saint Romain et saint Lupicin construisant leur monastère.
Missel de Saint-Claude,
Bibliothèque de l'Assemblée Nationale (France)


En 460, alors que saint Léon le Grand dirigeait l'Église du Christ qui était à Rome (imparfait de rigueur), dans les froids sommets du Jura s'éteignait un des 2 fondateurs des monastères du Mont Jura, saint Romain, l'abbé de Condat. Dans cette Burgondie où l'arianisme était la norme de bien des rois, et qui avait alors Gundioc pour souverain, le Jura devint le "bastion spirituel" de la Foi en Christ. Voici un bref rappel de la vie de saint Romain, et une évocation de son frère et successeur, saint Lupicin.

Saint Romain et saint Lupicin sont nés dans une honnête famille vers la fin du 4ième siècle, dans cette partie de l'ancienne province des Séquanais qu'est l'actuel Haut-Bugey, peut-être à Izernore, ville considérable à l'époque.
Romain devint moine avant son frère cadet. Ils n'avaient pas fait beaucoup d'études, car les Gaules étaient sans cesse bouleversées par les guerres et invasions barbares, et le système scolaire n'était pas encore rétablit. Par contre, leur vie Chrétienne était déjà modèle de vertu. Romain était le plus doux.
Avant de s'engager dans les pratiques de la vie monastique dont il n'existait point encore de maitre dans les montagnes du Jura, il alla se mettre quelque temps sous la conduite de l'abbé Sabin, qui gouvernait à Lyon le monastère d'Ainay, bâti au confluent du Rhône et de la Saône, proche du lieu où avaient souffert les martyrs de Lyon, en 177. Romain y étudia toutes les pratiques de la vie cénobitique, et obtint de cet abbé un exemplaire de la "Vie des Pères", et un autre des "Institutions" de saint Jean Cassien, qui étaient alors tout récemment écrites. Avec ces secours et les leçons qu'il avait reçues, il se retira à l'âge de 35 ans dans les forêts du mont Jura qui séparent aujourd'hui la Franche-Comté du pays de Gex, et se fixa, vers l'an 425, dans un lieu nommé Condat, ce qui veut dire "confluent" en langue celtique. Le Tacon et la Bienne se réunissent en effet dans cet endroit. Entre 3 montagnes, il trouva un espace de terre cultivable, une fontaine qui lui offrait une eau limpide, et des arbres qui lui fournissaient des fruits sauvages. Son temps était partagé entre la prière, la lecture et le travail manuel. Il passa ainsi quelques années dans cette solitude, au milieu des bêtes sauvages, oublié du monde qu'il avait oublié le premier. Cependant voici que Dieu, après l'avoir formé Lui-même dans le silence et la retraite, va le mettre à la tête de la nation sainte qu'Il s'est choisie dans les montagnes du Jura, pour en être le guide et le modèle.
Romain avait laissé dans le monde un frère nommé Lupicin, qui avait comme lui été élevé dans la crainte de Dieu, mais que son père avait engagé dans le mariage. Cependant, sa femme et son père vinrent à mourir, et il n'avait dans le monde que sa mère et sa soeur. Un jour, il vit son frère Romain en songe, lui demandant de le rejoindre, et il quitta ainsi le monde. Ils s'animèrent l'un l'autre par leur exemple mutuel à la pratique des vertus, et plus unis encore par la désir de se sanctifier que par les liens du sang, leur seule compétition était à qui serait
fibule merovingienne du Jura le plus humble.
L'ennemi ordinaire du Salut tâcha de détruire une si sainte communauté, et il s'en fallut de peu que par la violence des tentations il ne réussit à leur faire abandonner leur solitude et leurs premières résolutions (voir la vie de saint Lupicin, 21 mars). Dieu les ayant enfin délivrés des insultes secrètes et humiliantes de l'Ennemi, ils marchèrent avec plus d'ardeur qu'auparavant dans la voie étroite et pénible qui conduit à la Vie éternelle. Leur renouvellement devint une source de grâces et de bénédictions pour beaucoup d'autres; car l'odeur de leurs vertus, s'étant répandue au loin en peu de temps, attira dans leur désert plusieurs personnes voulant quitter le monde pour venir se mettre au service du Christ sous leur conduite. Les premiers qui découvrirent avec beaucoup de peine la retraite de nos Saints furent 2 jeunes ecclésiastiques de cette partie de la Bourgogne qui forme aujourd'hui le pays de Gex; d'autres les y suivirent, et le nombre de leurs disciples s'accrut de telle sorte qu'ils se virent obligés de bâtir un monastère régulier. On commença dès lors à leur amener des malades et des possédés: et les merveilles qu'ils opéraient sur le corps de ces malheureux en produisaient de plus grandes encore sur leurs âmes, car nombre d'entre ceux qui se trouvaient guéris par la vertu de leurs prières restaient ensuite au monastère, pour s'exercer sous leur discipline dans les veilles, les jeûnes et les autres pratiques de la vie spirituelle. Voilà quels furent les commencements de la célèbre abbaye de Condat.

La stérilité des montagnes qui environnaient le vallon, et le grand nombre de solitaires qui augmentaient tous les jours, contraignirent les 2 frères à s'étendre au delà et à bâtir un monastère dans un lieu voisin nommé Lauconne. Ils gouvernaient conjointement ces 2 communautés avec une union et une concorde que l'on pouvait regarder comme l'ouvrage particulier du Saint-Esprit, qui sait allier les choses opposées entre elles et former comme Il lui plaît un mélange salutaire des humeurs contraires des hommes pour l'exécution de ses desseins. Dieu semble quelquefois en effet prendre plaisir à varier Ses ouvrages et à diversifier les fruits de sainteté que cela produit.

Romain et Lupicin, quoique frères et animés du même esprit, étaient d'un caractère diamétralement opposé. Le premier était naturellement doux, paisible et accommodant; le second, au contraire, était ferme et rigide; la sévérité présidait toujours à ses conseils, et cela aurait semblé excessif, si Lupicin n'eût été encore plus dur envers lui-même qu'envers les autres. Mais la grâce qui avait, encore plus que la fraternité, associé ces 2 Saints, tempéra si heureusement la faiblesse de l'un par la rigidité de l'autre, qu'il en résulta une conduite excellente pour le Salut de ceux qu'ils gouvernaient. Romain prévenait toujours de sa clémence ceux qui se trouvaient en faute, sans même attendre qu'ils aient avoué et demandé pardon. Lupicin, sans s'opposer absolument à l'indulgence de son frère, la contrebalançait tant qu'il pouvait, de crainte qu'elle n'ouvrît la porte au relâchement et n'autorisât les rechutes. Romain ne croyait pas devoir imposer à ses disciples un joug plus pesant que celui qu'ils paraissaient volontairement disposés à porter; Lupicin, estimant que les moines doivent tendre à la perfection, ne jugeait pas que ce fût trop exiger d'eux de les presser par des discours qui n'étaient qu'une exposition simple de ce que lui-même et son frère pratiquaient pour leur donner l'exemple. Romain ne faisait aucune acception de personnes, et recevait indifféremment tous ceux qui se présentaient; Lupicin se montrait difficile dans le choix de ceux qu'il s'agissait d'admettre, et usait d'une grande circonspection envers les novices. Mais comme cette contrariété, qui aurait pu produire de la division entre des personnes moins unies, était toujours accompagnée d'une parfaite intelligence dans ces 2 Saints qui agissaient par un même principe et pour une même fin, on trouvait toujours dans l'un de quoi
fibule merovingienne suppléer à ce qui manquait dans l'autre. Saint Romain, quoique l'aîné, cédait souvent à saint Lupicin, soit par raison, soit par tempérament, soit par vertu; mais Dieu ne laissait pas de se déclarer de temps en temps par des effets sensibles en faveur de sa mansuétude, et l'on vit des conversions admirables de moines sortis plus d'une fois du monastère et qu'il avait reçus aussi souvent qu'ils avaient demandé à rentrer.
Un des anciens moines de sa communauté, de l'esprit et du caractère de saint Lupicin, le reprit un jour assez fortement pour cette facilité à recevoir les postulants, et de ce qu'ayant rempli le monastère de gens qui paraissaient plutôt ramassés que choisis, il ne restait pas de place pour des sujets plus dignes quand il s'en présenterait; il l'engageait même à renvoyer tous ceux en qui se trouvait le moindre défaut, et à ne garder que ceux qui donnaient les preuves d'une vertu solide et d'une vocation bien éprouvée. Saint Romain, sans témoigner qu'il trouvait déplacée cette remontrance adressée ainsi au père abbé, se contenta de lui répondre qu'il n'était pas aisé de faire le discernement qu'il souhaitait; que Dieu seul connaissait le fond et la disposition des coeurs; que parmi ses disciples il s'en était trouvé qui avaient commencé avec ferveur et qui ensuite étaient tombés dans le relâchement; que d'autres l'avaient quitté 2 ou 3 fois, et qu'étant rentrés dans le monastère, ils y avaient servi Dieu le reste de leurs jours avec une piété exemplaire; qu'entre ceux mêmes qui s'étaient tout à fait séparés pour retourner dans le monde, quelques-uns, loin de s'abandonner au vice, avaient religieusement pratiqué les maximes qu'ils avaient apprises au monastère; que d'autres même, élevés à la prêtrise, gouvernaient actuellement des églises et des monastères avec édification.

Une année que les fruits furent plus abondants, les moines de Condat en prirent occasion de se relâcher de leur abstinence, et ils s'élevèrent avec orgueil contre saint Romain qui les en reprenait avec sa douceur ordinaire. Le saint abbé appela à son secours son frère Lupicin qui, pour rétablir la première austérité, ne fit servir d'abord que de la bouillie faite avec de l'orge, sans sel et sans huile. Une nourriture aussi insipide ne fut pas du goût des moines relâchés : ils murmurèrent, et quand ils virent leurs murmures inutiles, 12 prirent le parti de quitter le monastère, y laissant par leur fuite la paix et la régularité.
Saint Romain, affligé de voir que la sévérité de son frère avait obligé ces religieux à quitter leur état, ne put s'empêcher de lui en faire quelques plaintes. L'austère abbé de Lauconne lui expliqua qu'il ne devait pas s'attrister de la sortie de ces individus, puisque l'aire du Seigneur avait été purgée, et que la paille légère ayant été soufflée dehors par le vent de l'orgueil, il n'était resté que le bon grain. Cette réponse, toute conforme qu'elle paraissait à l'esprit de l'Évangile, ne put consoler saint Romain de la perte de ses frères, parce qu'il ne pouvait éteindre dans son coeur cette tendre charité qui lui faisait craindre pour leur Salut; il les pleura, mais avec la confiance que Celui qui avait daigné mourir pour eux les ferait revenir à la vie : en effet, il obtint leur conversion par l'ardeur et par la persévérance de ses prières; tous revinrent, les uns plus tôt, les autres plus tard, et touchés d'un repentir salutaire, ils firent une pénitence édifiante.

Depuis que l'empereur Honorius y avait transporté le siège de la préfecture du prétoire, après la ruine de Trêves par les Barbares, le primat des Églises des Gaules était le métropolite d'Arles, et à leur époque c'était saint Hilaire. Ce dernier s'était rendu à Besançon l'an 414, pour juger Célidoine, évêque de cette ville, accusé d'avoir épousé une veuve, et qui fut déposé. Saint Hilaire entendit parler des vertus qui rendaient célèbres les 2 abbés du Jura; il envoya des clercs à saint Romain, pour le prier de venir le trouver à Besançon. L'humble moine s'y rendit, et le saint évêque l'ordonna prêtre, malgré sa résistance. Cet honneur ne produisit nul changement dans la conduite de saint Romain, qui était alors âgé d'environ 54 ans, mais donna un nouvel éclat à son humilité et à la judicieuse simplicité de sa conduite. Il ne crut pas que la dignité du sacerdoce dût le distinguer de ses frères, hors du Sanctuaire et du service sacramentel; il resta toujours simple, familier avec eux, et ne chercha jamais à les surpasser qu'en régularité et en ascèse.
La réputation de saint Romain se répandit de jour en jour plus au loin, et lui attira un si grand nombre de disciples, qu'il fut obligé de bâtir d'autres monastères, dans les Vosges et jusqu'en Germanie. L'un des plus célèbres fut celui qu'il fonda dans le diocèse de Lausanne, et qui donna naissance à un bourg, connu aujourd'hui sous le nom de Romain-Moutier, dans le pays de Vaud.
croix merovingienne vendue au Canada
Dans le monde, nos 2 Saints avaient une soeur, et elle finit par vouloir imiter leur genre de vie; ils lui bâtirent un monastère sur une roche voisine de Lauconne, pleine de cavernes, ce qui fit appeler ce couvent la Baume, nom qui signifie "caverne" en langue celtique, et qui a passé dans le patois du pays, où l'on appelle Balmes ces grottes qui se trouvent en grande quantité dans les montagnes du Bugey (le village qui se forma auprès de ce monastère porte aujourd'hui le nom de Saint-Romain-de-Roche). Cette nouvelle communauté devint si nombreuse, qu'à la mort de saint Romain en y comptait 105 moniales, qui ne sortaient de l'enceinte du monastère que pour être portées en terre. Quoique plusieurs d'entre elles eussent leurs frères ou même leurs fils dans le monastère de Lauconne qui en était si proche, elles ne leur parlaient jamais : les uns et les autres se regardaient déjà comme ensevelis, à la manière des Pères du Désert d'Égypte et de Palestine.
Saint Romain avait tiré la Règle qu'il établit dans ces monastères, des "Observances" de Lérins et des "Institutions" de saint Jean Cassien. Il avait aussi pris des moines orientaux, et surtout de la Règle de saint Basile et de celle de saint Pacôme, les usages qui pouvaient convenir au climat et au tempérament des Gaulois. Ses moines cultivaient la terre pour vivre; ils ne mangeaient jamais de chair, à moins d'être malades; mais ils mangeaient des oeufs et du laitage.
Tous les monastères établis par saint Romain et saint Lupicin les reconnaissaient pour leurs pères et leurs maîtres, et la maison de Condat pour leur mère et la source de leur origine. Aussi la Règle s'y conserva beaucoup plus longtemps qu'ailleurs dans sa pureté et son exactitude.

Les 2 frères visitaient fréquemment et tour à tour les maisons éloignées; et souvent ils profitaient de ces voyages pour faire des pèlerinages dans de saints lieux voisins.
A cette occasion, citons un fait rapporté par saint Grégoire de Tours; c'est le bouquet spirituel que nous présentons à nos lecteurs, en terminant cette notice.
Saint Romain, allant visiter le tombeau de saint Maurice, à Agaune, avec Pallade, son compagnon, fut surpris par la nuit près de Genève. Il se retira dans une cabane de lépreux qui lui donnèrent l'hospitalité, avec d'autant plus d'empressement qu'il ne témoigna pas la moindre répugnance en voyant l'affreuse maladie dont l'horreur les avait fait tenir éloignés de la société. Mais quelle ne fut pas leur surprise le lendemain en s'éveillant de se voir entièrement guéris! Leur bienfaiteur avait quitté la chaumière de très grand matin: sachant qu'il avait pris le chemin de Genève, ils lui coururent après pour lui exprimer leur reconnaissance; ils ne purent l'atteindre, mais cette reconnaissance s'exprima par des démonstrations publiques, et bientôt toute la ville de Genève, où ces 2 lépreux étaient connus, fut instruite du miracle qui venait de s'opérer en leur faveur.
A son retour d'Agaune, saint Romain fut accueilli en grande pompe par le clergé, par les magistrats et le peuple de Genève qui le conduisirent en triomphe, suivi des 2 lépreux guéris que l'on regardait comme sa victoire. La confusion que lui causaient tous ces honneurs fut grande, mais elle ne l'empêcha pas de profiter de cette occasion pour exhorter les Génevois à demeurer fermes dans la Foi, si fertile en miracles. Saint Romain ne pouvant supporter les louanges des hommes, alla promptement se renfermer dans son monastère de Condat, où il mourut saintement quelque temps après, âgé de 70 ans, en présence de saint Lupicin, son frère, et de sa soeur, abbesse de la Baume, auxquels il recommanda, au Nom de Jésus-Christ, tous les moines et les moniales des maisons qu'il avait fondées. L'on place sa mort au 28 février 460.

Son corps fut porté dans le monastère de la Baume, comme il l'avait accordé à sa soeur. Dieu continua de l'honorer du don des miracles après sa mort, pour attester sa sainteté et faire éclater sa gloire. Ses reliques furent conservées avec soin en ces lieux jusqu'en 1522, époque à laquelle elles furent en partie consumées dans un incendie avec celles de saint Lupicin. Aujourd'hui on conserve les derniers restes du saint abbé dans l'église de Saint-Romain-de-Roche qui a remplacé l'ancien monastère de la Baume; ils sont renfermés dans une belle châsse qui a la forme d'un mausolée du 13ième siècle. L'église (du 14ème?), est construite sur les bords d'un effrayant précipice et isolée sur la roche de la Balme. Chaque année, à certains jours de fête, les habitants de Saint-Lupicin se rendent processionnellement à ce temple solitaire. Adon et Usuard, hagiographes du 9ième siècle, l'ont mentionné au 28 février dans leur Martyrologe. Quant aux moniales que saint Romain avait établies à la Balme, elles se dispersèrent quelque temps après sa mort. Dès lors, la Balme ne fut plus qu'un simple prieuré dépendant de Condat, et qui fut appelé vulgairement Saint-Romain-de-Roche, parce que saint Romain y avait choisi sa sépulture.
Pour ce qui est de l'abbaye de Condat, première fondation de saint Romain, elle prit le nom de Saint-Oyend, lorsque cet abbé y eut été enseveli; elle le garda jusqu'au 13ième siècle. A cette époque, le culte de Saint Claude fut mis en avant, plus que probablement pour des raisons financières puisque c'est ainsi que l'Occident déchristianisé voyait alors le rôle des saints d'avant le Schisme. Dès lors, l'abbaye hétérodoxe l'abbaye qui possédait son corps ne fut plus appelée que l'abbaye de Saint-Claude; la ville qui s'était formée autour prit aussi ce nom. Le monastère passa à l'ordre des Bénédictins, mais on ne sait pas si cela eu lieu encore pendant la période Orthodoxe.
La ville de Saint-Claude fut entièrement détruite le 19 juin 1799, par un incendie affreux qui n'épargna que la maison où était caché l'avant-bras de saint Claude, retiré du feu par une femme quand le corps du saint fut livré aux flammes par les "révolutionnaires", en février 1794.
boucle de ceinture merovingienne

On représente saint Romain et saint Lupicin à genoux et en prière, pendant que le démon fait pleuvoir sur eux une grêle de cailloux. Découragés, ils quittent le lieu de leur retraite; une pieuse femme, à laquelle ils demandent l'hospitalité après une journée de marche, leur reproche de céder le terrain à l'ennemi. La scène du départ, de la halte dans la chaumière de cette villageoise, et de leur retour, peut fournir d'autres motifs.
On les figure encore en abbés, avec une crosse à la main et une petite église; lavant les pieds à des pèlerins ou à des malades; travaillant à la terre. La Vie de saint Romain et de saint Lupicin, son frère, a été écrite par saint Grégoire de Tours et par un moine de Condat. Cette dernière version est plus complète, plus tardive aussi, tout en reprenant probablement nombre d'éléments de tradition locale inconnus de saint Grégoire. Cependant, si cette version originale a sûrement dû avoir été écrite par un disciple de saint Oyend, au 6ème siècle, il est flagrant qu'elle a été "réécrite" en une période où l'Occident commençait déjà sa chute, car telle qu'en l'état, elle comporte des éléments étrangers à la Foi ("mérites surérogatoires" et autres hérésies), éléments totalement absents dans les textes religieux antérieurs aux Carolingiens... même "en germe."



actuelle ville de Saint-Claude


saint Romain de Condate, le père fondateur des "Pères du Jura", donc fondateur de notre "Athos d'Europe occidentale", dont l'essentiel des sources, comme pour presque tout notre monachisme, sera puisé en Égypte, via saint Jean Cassien et Lérins, est disponible dans la collection "Sources Chrétiennes", réédition 2004 de cette traduction de 1968.
http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/fichelivre.asp?n_liv_cerf=812


C'est surtout dans la Vita Patrum de Condate qu'on trouve le récit de la vie de nos 2 saints pères. Voici in extenso le bref récit que donne saint Grégoire de Tours :

Vie des Pères ou de quelques bienheureux

I. Des abbés Lupicinus et Romanus
[a]. - C’étaient 2 frères qui, lorsque la mort de leurs parents les rendit libres, se retirèrent dans les solitudes du mont Jura entre la Bourgogne et la Germanie, proche de la cité d’Avenche. Ils y rassemblèrent un grand nombre de moines et fondèrent l’abbaye de Condate [b], puis une maison succursale, puis un troisième monastère sur le territoire allemand. Lupicinus, homme sévère pour lui et pour les autres, en fut l’abbé ; Romanus, plus doux d’esprit, se livrait uniquement aux bonnes œuvres. Un jour il visita une maison de lépreux et commença par leur laver les pieds à tous. Ils étaient neuf. Puis il ordonna qu’on fit un large lit, où ils couchèrent tous ensemble et lui avec eux. Le matin ils étaient tous guéris. Lupicinus, déjà vieux, alla trouver le roi Chilpéric auquel obéissait alors la Bourgogne[c], et qui, à ce qu’il avait appris, habitait la ville de Genève (Januba). Lorsqu’il passa la porte, le roi, qui à cette heure était à table, sentit sa chaise trembler et dit aux siens tout effrayé : Il y a eu un tremblement de terre… On lui amena cet homme couvert de vêtements de peau et qui lui demanda de donner de quoi vivre aux brebis du Seigneur. Prenez, répondit le roi, ce qu’il vous faut de champs et de vignes. Le moine, reprit : Nous ne recevrons point de champs et de vignes, mais s’il plaît à votre Puissance, assignez-nous quelques revenus, car il ne convient pas que des moines s’enorgueillissent des richesses du monde. Alors le roi leur donna un diplôme pour qu’ils eussent chaque année trois cents muids de blé et autant de vin, plus cent sous d’or pour l’habillement des frères ; ce qu’ils touchent encore aujourd’hui, dit-on, sur les revenus du fisc. Romanus, Lupicinus ensuite, moururent pleins de jours.

[a] Mort, le premier en 480, le second en 460.

[b] Condatiscone ; appelée plus tard abbaye de Saint-Ouyan de Joux (saint Eugendi), puis abbaye de Saint-Claude.

[c] Chilpéric, frère de Gondeuch et oncle de Gondebaud, plutôt que Chilpéric fils de Gondeuch, frère de Gondebaud et père de la reine Clotilde.

source traduction
http://remacle.org/bloodwolf/historiens/gregoire



nb : les illustrations de bijoux ne font que représenter l'époque mérovingienne.. le descriptif de la visite de saint Lupicin au roi de l'époque, parlant de sa "tenue monastique," suffit à montrer à quel point nos saints étaient éloignés du clinquant, des beaux vêtements, des tiares (même d'archiprêtre), etc... On est avec saint Colomba d'Iona ou saint Antoine le Grand ou saint Cosma d'Etolie, pas avec de faux moines...
Quelques autres photos des rarissimes représentations des 2 saints fondateurs de cet Athos occidental:
http://stmaterne.blogspot.com/2007/02/
on remarquera qu'on ne dispose hélas toujours pas dans l'Église d'une représentation Orthodoxe, même pas byzantine, de nos 2 saints. Alors une représentation fidèle au canon iconographique orthodoxe occidental... dans 10 siècles peut-être?...


source