"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

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01 novembre 2019

Se préparer est essentiel (s. Ambroise)

Vous ne devez être très troublé par beaucoup de choses, mais vous devriez vous soucier de l'essentiel : vous préparer à la mort.
Saint Ambroise d'Optina, cité dans "Living Without Hypocrisy: Spiritual Counsels of the Holy Elders of Optina"





You must not be greatly troubled about many things, but you should care for the main thing — preparing yourself for death.
St. Ambrose of Optina, quoted from Living Without Hypocrisy: Spiritual Counsels of the Holy Elders of Optina

31 octobre 2019

Saint Varus et la prière pour les défunts non-chrétiens


Sous le règne de l'impie Maximien, empereur des Romains, vivait en Égypte un brave soldat nommé Varus, qui servait secrètement le Roi du Ciel. Par crainte, il cacha sa Foi au vrai Dieu pendant un certain temps, mais par la suite, il la révéla devant le Ciel et la terre et devint admirable devant les Anges et les hommes.
En ce temps-là [307], Maximien déclencha une persécution contre les Chrétiens et publia un décret dans chaque province de son empire ordonnant que les Chrétiens qui ne voulaient pas sacrifier aux dieux soient mis à mort. Quand cette ordonnance fut publiée en terre d'Égypte, le sang des Chrétiens fut répandu sans pitié.
Tous ceux qui adoraient le Créateur et non les créatures étaient soumis à divers tourments. Varus, un Chrétien non-déclaré, visitait à la nuit tombée les fidèles qui étaient détenus en prison suite à leur confession du Christ, soudoyant les gardes avec de l'or pour lui permettre d'entrer dans les cellules dans lesquelles ils étaient détenus. Il soignait les blessures des saints martyrs, lavait leur blessures, leur donnant à manger, baisant leurs plaies et les priant d'implorer le Christ de lui accorder miséricorde.
Il advint qu'il y avait sept Anciens des Chrétiens, des habitants du désert, qui avaient été amenés devant le prince d’Égypte. Quand le prince les interrogea, il les trouva ancrés dans la Foi. Après les avoir soumis à la flagellation, il les fit jeter en prison. Quand Varus l'apprit, il s'empressa de se rendre de nuit au donjon où les saints étaient détenus. Après avoir donné beaucoup d'or aux gardes, il fut autorisé à rendre visite aux saints.
Il leur dit qu'il les vénérait pour leur courage, mais qu'il aurait peur de confesser le Christ devant les tortionnaires. Ils l'encouragèrent, et il passa la nuit en prière avec eux, son cœur plein de zèle pour confesser le Christ et endurer le martyre avec eux.
Au matin, il déclara aux gardes surpris sa Foi en Christ, et, l'un des martyrs ayant déjà succombé à ses blessures, il a pris sa place pour que sept chrétiens achèvent leur martyre. Il est à noter qu'alors qu'ils étaient torturés, leur seule réponse était "nous sommes Chrétiens".

Il y avait une veuve qui vivait dans cette ville, elle s’appelait Cléopâtre, et était née en Palestine. Son mari, un officier, était mort en Égypte, et elle avait un fils du nom de Jean, qui était encore un petit garçon. Quand saint Varus fut torturé, elle regarda de loin ses souffrances, soupirant et se frappant la poitrine, car elle était Chrétienne. Lorsque le corps du martyr fut jeté hors de la ville, elle se leva de nuit, prit certains de ses serviteurs, et alla enlever le corps de saint Varus le très souffrant. Elle l'apporta chez elle, où elle creusa une tombe dans sa chambre. Quand Cléopâtre vit comment les Chrétiens se rassemblèrent pour prier à la tombe du saint, elle décida de construire une église qui lui serait dédiée.

Cléopâtre resta en pleurs près de la tombe du saint, puis s'endormit pour un court moment à cause de la fatigue et du chagrin. Alors qu'elle dormait, elle vit Saint Varus en songe. Il tenait son fils par la main, et ils brillaient tous les deux comme le soleil. Leur vêtement était plus blanc que la neige, et ils étaient ceints de ceintures d'or ; sur leurs têtes reposaient des couronnes d'une beauté indicible. Voyant cela, la bienheureuse Cléopâtre tomba devant eux, mais Saint Varus la releva et dit : "Femme, pourquoi m’implores-tu? Crois-tu que j'ai oublié les bonnes œuvres que tu as faites pour moi Égypte et sur le chemin qui mène ici? Crois-tu que je n'ai rien ressenti lorsque tu as retiré mon corps du milieu des carcasses de bêtes, le plaçant dans un cercueil ? N'ai-je pas toujours écouté tes prières ? Je supplie sans cesse Dieu pour toi. J'ai d'abord prié pour tes proches, avec qui tu m’as enterré, afin que leurs péchés leur soient remis, et maintenant j'ai enrôlé ton fils dans l'armée du Roi du Ciel. Est-ce que
tu ne m’as pas prié ici, sur ma tombe, de demander à Dieu de vous accorder, à toi et à ton fils, tout ce qui est conforme à Sa volonté et qui est pour votre bien? C'est pourquoi j'ai prié le bon Dieu et, dans Son ineffable bonté, Il a daigné compter ton fils parmi les rangs de l’armée céleste. Voici, vous voyez que votre fils se tient maintenant près du trône du Seigneur. Si vous le désirez, prenez-le et envoyez-le servir un roi mortel et terrestre, car vous ne désirez pas qu'il serve le Roi céleste et éternel."

"Je t'en conjure, ô porteur de la Passion du Christ : Demande à Dieu ce qui est profitable pour moi et pour mon fils unique. Je n'ose rien demander de plus que ce que le Seigneur Lui-même désire, car Il sait ce qui nous est nécessaire. Que Sa bonne et parfaite volonté soit faite en nous !"

En vertu de la grâce donnée à saint Varus d'intercéder en faveur du fils de Cléopâtre, c'est pour ses intercessions que nous nous tournons vers lui lorsque nous prions pour nos défunts amis et nos familiers non-orthodoxes. Voici le Canon de prières pour ce but.


Ô Saint, merveilleux martyr Varus, qui, brûlant de zèle pour le Roi céleste, L'a confessé devant tes bourreaux et a beaucoup souffert pour Lui !
A présent, l'Église te vénère comme un homme glorifié de la gloire du Ciel par le Christ Seigneur, qui t'a accordé la grâce abondante de t'approcher de Lui avec assurance.
Et maintenant, debout devant Lui avec les Anges, dans la joie d'en haut, contemplant clairement la Très Sainte Trinité et jouissant de la Lumière Incréée, souviens-toi de la souffrance de nos proches qui sont morts hors de la Foi, et accepte nos supplications, et comme tu as intercédé pour les ancêtres incroyants de Cléopâtre et les as libérés de la souffrance éternelle, souviens-toi de ceux qui sont morts non baptisés, ceux qui ont été enterrés d'une manière impie, et prie avec ferveur pour qu'ils soient délivrés des ténèbres éternelles, afin que nous puissions tous, d’une seule bouche et d’un seul cœur, louer le Créateur Très Miséricordieux pour les siècles des siècles. Amen


Troparion de saint Varus, ton 5
Tu as suivi la voie des martyrs/ et lutté pour la gloire du Christ, / tu as été attaché à une branche et restauré par l'Arbre de Vie, / et tes intercessions réjouissent nos âmes.

Kondakion de saint Varus, ton 4
Tu as suivi le Christ et bu Son calice, / tu as reçu la couronne du martyre, ô saint Varus, / et tu te réjouis avec les Anges : prie sans cesse pour nos âmes.






During the reign of the impious Maximian, the Emperor of the Romans, there lived in Egypt a brave soldier named Varus, who secretly served the King of Heaven. Out of fear he hid his faith in the true God for a time, but later, he revealed it before both heaven and earth and became a spectacle before angels and men. At that time Maximian raised up a persecution against the Christians and issued a decree in every province of his empire commanding that those Christians who would not sacrifice to the gods be put to death. When this ordinance was published in the land of Egypt, the blood of Christians
was shed mercilessly; all who worshipped the Creator and not things created were subjected to various torments. Varus, a secret Christian, visited
by night the faithful who were held in prison for their confession of Christ, bribing the guards with gold to permit him to enter the cells in which they were held. He bound up the wounds of the holy martyrs and washed their blood, gave them to eat, kissed their stripes, and prayed them to beseech Christ to have mercy on him.

It happened that there were seven teachers of the Christians, desert - dwellers, that were brought before the Prince of Egypt. When the Prince
questioned them, he found them to be firm in the faith. Having subjected them to flogging, he had them cast bound into prison . When Varus  learned of this, he hastened by night to the dungeon where the saints were being held. After he had given much gold to the guards, he was  permitted to visit the saints.
He told them he venerated them for their courage, but he would be afraid to confess Christ before the torturers. They encouraged him, and he spent the night in prayer with them, his heart full of zeal to confess Christ and endure martyrdom with them. In the morning, he delared his allegiance to Christ to the surprised gards, and, with one of the martyrs already having succumbed to his wounds, took his place so that seven Christians completed their martyrdom. It is notable that as they were being tortured their only answer was "we are Christians"

There was a widow living in that city named Cleopatra, who was born in Palestine. Her husband, an officer, had died in Egypt, and she had a son named John, who was still a little boy. When Saint Varus was tortured, she looked on from afar upon his sufferings, sighing and beating her breast, for she was a Christian. When the martyr's corpse was cast out of the city, she arose by night, took certain of her servants, and went to remove the long-suffering body of Saint Varus. She brought it to her home, where she dug a grave for it in her room. When Cleopatra saw how the Christians gathered to pray at t
he grave of the saint, she determined to build a church dedicated to him

Cleopatra remained weeping by the grave of the saint and then fell asleep for a short while from weariness and grief. As she slept, she beheld Saint Varus in a dream. He held her son by the hand, and they both shone like the sun. Their vesture was whiter than snow, and they were girded with golden belts; upon their heads were crowns of unspeakable beauty. Seeing this, the blessed Cleopatra fell down before them, but Saint Varus lifted her up and said, "0 woman, why do you cry unto me? Do you imagine that I have forgotten the good works you did on my behalf in Egypt and along the way to this place? Do you suppose that I felt nothing when you removed my body from amid the carcasses of beasts, placing it in a coffin? Have I not always hearkened to your prayers? I make entreaty for you at all times unto God. I have prayed first of all for your relatives, with whom you buried me, that their sins be remitted them, and now I have enrolled your son in the army of the King of Heaven. Did
you not beseech me here at my grave that I ask God to grant you and your son whatever is in accordance with His will and is to your benefit? Therefore, I have prayed unto the good God, and in His ineffable kindness He has deigned to number your son among the host of Heaven. Lo, you see that your son now stands near the Lord's throne. If you wish, take him and send him to serve a mortal and earthly king since you do not desire that he should serve the heavenly and eternal King."

"I beseech thee, O passion-bearer of Christ: Ask God for that which is profitable for me and for mine only son. I do not dare ask for anything
more than what the Lord Himself wisheth, for He knoweth what is needful for us. May His good and perfect will be done in us!"
By virtue of the grace given to St. Varus to intercede on behalf of Cleopatra's son, it is to his intercessions that we turn when we pray for our non-Orthodox departed friends and family. The canon to him for such prayers may be found here.

O Holy, wondrous Martyr Varus, who, burning with zeal for the Heavenly King, didst confess Him before thy torturers and didst greatly suffer for Him!
Now the Church doth venerate thee, as one glorified with the glory of heaven by Christ the Lord, Who granted thee the abundant grace to approach Him boldly.
And now, standing before Him together with the Angels, rejoicing on high, beholding the Most Holy Trinity clearly, and enjoying the Uncreated Light,  remember the suffering of our relatives who have died outside the Faith, and accept our pleas, and as thou didst intercede for the unbelieving ancestors of Cleopatra and didst free them from eternal suffering, remember those who have died unbaptized and have been buried in an ungodly manner, and pray earnestly that they may be delivered from eternal darkness, that we may all, with one mouth and one heart, praise the Most Merciful Creator unto the ages of ages. Amen


Troparion (Tone 5)
Thou didst follow in the steps of the martyrs/ and contend for the glory of Christ./ Thou wast tied to a beam and restored by the Tree of Life,/ and thine intercessions gladden our souls.

Kontakion (Tone 4)
Thou hast followed Christ and drunk His chalice;/ thou didst receive the crown of martyrdom, O holy Varus./ Thou art rejoicing with the Angels: pray unceasingly for our souls


source
http://www.orthodox.net/trebnic/to-martyr-varus-for-the-reposed-outside-the-church.pdf

discussion
https://www.facebook.com/priestseraphim.holland/posts/10218035773427500

01 novembre 2018

Saint martyr Varus et la prière pour le repos des non-chrétiens (et non-orthodoxes)

Source : p. Seraphim Holland, Eorhf
http://www.orthodox.net/trebnic/to-martyr-varus-for-the-reposed-outside-the-church.pdf

Ô Saint, merveilleux martyr Varus, qui, brûlant de zèle pour le Roi céleste, L'a confessé devant tes bourreaux et a beaucoup souffert pour Lui !
A présent, l'Église te vénère comme un homme glorifié de la gloire du Ciel par le Christ Seigneur, qui t'a accordé la grâce abondante de t'approcher de Lui avec assurance.
Et maintenant, debout devant Lui avec les Anges, dans la joie d'en haut, contemplant clairement la Très Sainte Trinité et jouissant de la Lumière Incréée, souviens-toi de la souffrance de nos proches qui sont morts hors de la Foi, et accepte nos supplications, et comme tu as intercédé pour les ancêtres incroyants de Cléopâtre et les as libérés de la souffrance éternelle, souviens-toi de ceux qui sont morts non baptisés, ceux qui ont été enterrés d'une manière impie, et prie avec ferveur pour qu'ils soient délivrés des ténèbres éternelles, afin que nous puissions tous, d’une seule bouche et d’un seul cœur, louer le Créateur Très Miséricordieux pour les siècles des siècles. Amen





O Holy, wondrous Martyr Varus, who, burning with zeal for the Heavenly King, didst confess Him before thy torturers and didst greatly suffer for Him!
Now the Church doth venerate thee, as one glorified with the glory of heaven by Christ the Lord, Who granted thee the abundant grace to approach Him boldly.
And now, standing before Him together with the Angels, rejoicing on high, beholding the Most Holy Trinity clearly, and enjoying the Uncreated Light,  remember the suffering of our relatives who have died outside the Faith, and accept our pleas, and as thou didst intercede for the unbelieving ancestors of Cleopatra and didst free them from eternal suffering, remember those who have died unbaptized and have been buried in an ungodly manner, and pray earnestly that they may be delivered from eternal darkness, that we may all, with one mouth and one heart, praise the Most Merciful Creator unto the ages of ages. Amen

01 novembre 2015

Funérailles chrétiennes: que faire si la famille ne l'est pas? (p. Tryphon / EORHF)

Cimetière chrétien orthodoxe
monastère de Pervijze


Certains Chrétiens Orthodoxes, dont des membres de la famille ne sont pas Orthodoxes, ou ne pratiquent plus la Foi Orthodoxe, pensent qu'ils devraient évacuer l'Église des funérailles. Ils s'imaginent que leurs propres parents ne viendraient pas assister à un Office, vu la pratique courante de la crémation des corps et les cérémonies funèbres laïques, se demandant dès lors pourquoi se fatiguer à prévoir des choses qui ne signiferont rien pour les proches. Cependant, nous devons nous souvenir que ce qui compte, ce n'est pas si nous avons des proches qui viennent à nos funérailles, car en finale, l'Office des défunts, c'est pour nous qu'il est important. Nous avons tous besoin des prières de l'Église au moment de quitter cette vie, dès lors il est important que nous prévoyions des funérailles Orthodoxes.

Il y a aussi le rôle que les cimetières peuvent jouer dans notre propre vie spirituelle, car un cimetière est un clair rappel de notre propre état de mortel. J'ai déjà choisi l'endroit où mon corps sera enseveli sur le terrain de notre monastère, et j'ai fait réaliser mon cercueil (qui servira d'étagère pour des livres qu'on pourra facilement enlever le jour venu). Voir l'endroit où l'on sera enterré plus tard est une bonne manière de nous souvenir de l'importance de mener une vie de repentance, étant toujours prêt pour le jour où notre vie arrivera à son terme. Et lorsque surviendra ce jour, nous aurons la bienheureuse assurance que l'Église, qui nous aura soutenu durant notre vie, sera là pour nous soutenir au moment où nous quitterons ce monde.

Dans l'amour du Christ,
Higoumène Tryphon

01 novembre 2014

Prières des défunts


Requiem aeternam dona ei Domine. Et lux perpetua luceat ei. Requiescat in pace. Amen.
Seigneur, donne-lui [/donne-leur] le repos éternel, et que la lumière perpétuelle luise pour lui [/pour eux]. Amen




Anima eius et animae omnium fidelium defunctorum per misericordiam Dei requiescant in pace. Amen.
Que par la miséricorde Dieu, son âme et celle de tous les fidèles défunts reposent dans la paix. Amen.



DOMINE Iesu Christe, Rex gloriae, libera animas omnium fidelium defunctorum de poenis inferni et de profundo lacu; libera eas de ore leonis, ne absorbeat eas tartarus, ne cadent in obscurum; sed signifer sanctus Michael repraesentet eas in lucem sanctam, quam olim Abrahae promisisti et semini eius. Amen.
Seigneur, Jésus-Christ, roi de gloire, délivre les âmes de tous les fidèles défunts du châtiment de l’enfer et du gouffre profond. Délivre-les de la gueule du lion ! Que l’abîme ne les engloutisse pas, qu’elles ne tombent point dans la nuit ! Mais que Saint Michel, le porte-étendard, les introduise dans la lumière sainte que jadis tu as promise à Abraham et à sa postérité. Amen

 


30 juin 2013

icône de la Toussaint & tropaire de tous les saints


Tropaire de tous les saints, ton 4
Du sang de Tes martyrs dans le monde entier,
comme de pourpre et de lin précieux parée
Ton Église Te crie par eux, ô Christ notre Dieu :
A Ton peuple accorde Ta compassion,
donne la paix à Ta cité,
et la grande miséricorde à nos âmes.

 

02 novembre 2011

Toussaint, jour des défunts, Avent et le Credo (p. Michael, EORHF)



Homélie de Toussaint, p. Michael
"Ce mois-ci, nous auront 3 événements particuliers – la Toussaint, le jour des défunts et l'Avent. Ensemble, on les retrouve repris dans les paroles du Credo apostolique : "Je crois en.. la communion des saints, la rémission des péchés .. et la vie éternelle. Amen."
La Toussaint et l'Avent sont étroitement liées, car la célébration des saints ne pourrait pas faire autre chose qu'aussi nous rendre conscients du Jugement de Dieu. Les saints qui se tiennent devant le Trône de gloire se sont aussi tenus au préalable devant le Trône du Jugement. Lumière et ténèbre humaines sont nous véritables facettes, à nous tous – bien que nous soyons tous appelés à devenir saints, nous nous connaissons comme pécheurs. C'est le temps pour nous de contempler la destinée de l'Église dans l'éternité. Nous savons que nous sommes à la fois pris dans une si grande nuée de témoins, et cependant, nous sommes aussi dans l'attente, l'expectative de la seconde Venue du Christ, quand toutes choses seront récapitulées dans le Royaume de Dieu. Nous attendons dans l'espérance, et nous sommes inspirés. Aujourd'hui, nous sommes inspirés par les 2 lectures de la Liturgie qui contiennent beaucoup d'encouragement.
Tout juste a avoir vécu, à avoir été agréable à Dieu, ou à avoir lutté contre ses propres péchés, ou vraiment cru en la Résurrection, est repris dans la fête de ce jour, car notre Seigneur a dit : "Et quiconque aura laissé pour moi, maisons, frères, soeurs, père, mère, enfants, ou terres, recevra le centuple et possédera la vie éternelle. Bien des premiers seront derniers, et des derniers premiers" (Mt 19,29-30). Ceci décrit la vie qui est agréable aux yeux de Dieu, la vie que nous sommes appelés à mener. Nous devons abandonner tout ce qui nous alourdit, le péché qui nous écrase si facilement, et même ce qui nous est le plus cher si cela nous freine, si cela nous tient éloignés du Royaume de Dieu.
Tout au long de l'année, l'Église commémore des saints particuliers, mais en ce jour, nous commémorons et célébrons tous les saints, et ainsi donc, la miséricorde et l'amour de Dieu pour nous, car c'est Dieu Qui donne la sainteté. Bien que les martyrs aient été commémorés liturgiquement dès les débuts de l'Église organisée (vers 270), une célébration des saints (ceux qui ont servi Dieu mais sont morts dans la Foi plutôt que pour la Foi) à une date commune, est mentionnée pour la première fois par saint Ephrem le Syrien en 373, et saint Jean Chrysostome en parle en 407.
Première tentative locale d'instaurer cette fête de tous les saints, du 6ème au 8ème siècle, dans les Gaules, on avait essayé de placer une fête générique de saints au 1er novembre en lui assignant des saints dont le "dies natalis" (l'anniversaire) était inconnu: saint Bénigne de Dijon, saint Ludre de Déols, saint Mathurin de Larchant, saint Austremoine d'Auvergne, saint Vigor de Bayeux, etc. On les retrouve dans l'antique martyrologe romain orthodoxe, et le matyrologe "hiéronymien" (dit de saint Jérôme, et surtout de ses continuateurs) contient des additions gauloises plus nombreuses qu'en tout autre jour.
L'archevêque Egbert d'York apporta cette fête en Angleterre après 735. "All Saints" (Tous les Saints ou Toussaint) est la deuxième dédicace la plus populaire pour les églises anglaises. Il y en a quelque 1.255, un chiffre qui n'est surpassé que par les dédicaces à la Vierge Marie – 2.162.
De pieux auteurs ont caractérisé la fête comme étant l'accomplissement de la Pentecôte. Le don du Saint Esprit par le Christ après Sa Résurrection et Son Ascension est Son don de sainteté à toute l'humanité, le Saint-Esprit répandu, le don du Saint-Esprit sur tous dans l'Église, qui nous rend capables d'avoir part à ce choeur des saints. C'est ce qui aide tous les hommes à parvenir à la connaissance de Dieu et à une vie juste. L'épître aux Hébreux dit que c'est par la Foi qu'ils ont accompli tout cela. Et elle parlait de l'époque de l'Ancien Testament, avant le don de l'Esprit-Saint. Combien plus remarquables sont les exploits des saints d'avant la venue du Christ, parce que le Saint-Esprit ne demeurait pas encore en eux. Le Saint-Esprit influençait leurs vies, les guidait, les aidait, mais ne demeurait pas en eux. C'était prévu pour une autre époque. Et l'épître aux Hébreux de continuer : "Et tous ces martyrs de la foi n'ont cependant pas connu la réalisation des promesses, parce que Dieu, qui avait en vue un sort meilleur pour nous, ne voulait pas qu'ils arrivent sans nous à la perfection du bonheur" (Heb. 11,39-40). L'auteur pointait vers la venue du Dieu-homme, Jésus-Christ, et ensuite l'envoi du Saint-Esprit après que Jésus-Christ ai montré et accompli ce qui était effectivement nécessaire pour notre Salut. Il nous a montré comment vivre, et a vécu en conformité avec Ses Commandements, et S'est relevé de Lui-même d'entre les morts. Et ensuite la venue du Saint-Esprit a pu nous éclairer, nous renforcer, et nous permettre d'accomplir la volonté de Dieu, et d'obtenir la promesse.
Demain, c'est le Jour des âmes défuntes, aussi appelé Commémoration des Fidèles partis. C'est Saint Odilon, 4ème abbé du célèbre monastère de Cluny, qui l'institua en 998 – et à l'époque Cluny était encore Orthodoxe. Il n'est bien entendu pas possible de classer les morts. La célébration de ce jour offre une opportunité pour commémorer "ceux que nous avons aimés mais ne pouvons plus voir." Les Offices reconnaissent aussi la douleur du chagrin humain, et sa fragilité, d'une manière que la célébration de la Toussaint ne saurait pas le faire. L'Office célébré ce jour met l'accent sur l'unité entre vivants et morts, un seul corps en Christ, que l'on célèbre dans le pain rompu à l'Eucharistie. Nous nous souvenons de tous nos aimés qui se sont endormis dans l'éternité, de même que nous visitons leurs tombes, et dès lors aussi, nous les présentons en ce jour devant Dieu.
L'Avent est une période d'attente et de préparation, elle exprime notre aspiration après la Venue du Christ, pour renaître en nous à nouveau et à jamais. Elle a aussi un fort caractère pénitentiel, car nous devons être prêts en âme et en esprit et en tout temps à nous retrouver devant le Trône de Dieu. Au cours de la Divine Liturgie, dans le Rite de Sarum, on ne chante plus pendant cette période le "Gloria in Excelsis", accroissant le poids de la dimension pénitentielle de l'Avent.
L'atmosphère méditative se trouve renforcée par l'ornement de l'église, dans la simplicité, notre fragilité est révélée, et notre vie complexe est mise à nu. L'époque ne sait pas comporter la même solennité que le Grand Carême, car nous sommes plongés dans les aspects concrets de la vie et l'excitation croissante (tant séculière que spirituelle) à l'approche de la sainte Nativité du Christ – et dans l'espoir de la Seconde Venue du Christ. L'Avent est un temps pour examiner notre désir et notre liberté pour nous abandonner. Non pas dans le sens final de rendre notre dernier soupir, mais comme une réponse d'amour quotidienne. Notre renonciation même avec ceux envers qui nous aurions plutôt tendance à nous refermer. Car en cette période, nous nous préparons à saluer notre Sauveur, Qui quitta Son Trône pour naître dans une mangeoire, et sur une Croix, abandonna Sa vie au monde.
Ces 3 parties de l'année ecclésiale: toute la compagnie au Ciel, la nuée de témoins, les saints avec qui nous nous rassemblons pour louer Dieu; la Résurrection des morts; et Celui Qui revient en gloire pour juger les vivants et les morts; voilà donc les sujets de méditation pour le restant de l'année civile.
Amen."
P. Michael, hiéromoine / abbé, Saint-Petroc monastery, EORHF/Rocor
http://www.orthodoxresurgence.com/petroc/index.htm
http://orthodoxwesternrite.wordpress.com/
http://forwardinorthodoxfaith.blogspot.com/

“Coming to Rome, much labour and little profit! The King whom you seek here, unless you bring Him with you, you will not find Him.” saint Samthana, Church Mother, Ireland 9th century.

01 novembre 2011

Plus de deuil - Dieu nous appelle! (saint Cyprien de Carthage / Toussaint)

Donc, mes frères bien-aimés, ranimons notre foi, fortifions notre âme, préparons-nous à accomplir la volonté divine et, bannissant toute crainte de la mort, songeons à l'immortalité qui doit la suivre. Que notre conduite s'accorde avec notre croyance: ne pleurons plus la perte de ceux qui nous sont chers et, quand l'heure du départ sonnera pour nous, allons, sans hésitation et sans retard auprès du Dieu qui nous appelle
saint Cyprien de Carthage, "sur la mortalité", 24

Icône de tous les Saints
Russie, 1813. Musée mémorial P.D.Korin, Moscou


With a sound mind, with a firm faith, with a robust virtue, let us be prepared for the whole will of God: laying aside the fear of death, let us think on the immortality which follows. By this let us show ourselves to be what we believe, that we do not grieve over the departure of those dear to us, and that when the day of our summons shall arrive, we come without delay and without resistance to the Lord when He Himself calls us.
Saint Cyprian of Carthage


19 juin 2011

Toussaint d'été (poème d'Alfred de Musset)

Geoff Kersey "Arbres à l'aquarelle", Fleurus ed.


Chers amis, quand je mourrai,

plantez un saule au cimetière.

J'aime son feuillage éploré;

la pâleur m'en est douce et chère

et son ombre sera légère

à la terre où je dormirai.


Alfred de Musset





nb : dans l'Église Orthodoxe, la majorité utilisant le rite oriental célèbre la Toussaint le 1er dimanche après la Pentecôte; les paroisses de rite occidental conservent la date traditionnelle du 1er novembre, qui est à l'origine une date Orthodoxe, comme le démontrent les calendriers liturgiques d'époque conservés, et cela même si les religions occidentales l'ont reprise à leur compte. Les 2 choix ont leurs avantages & inconvénients, et leurs fondements patristiques respectifs.

01 mars 2008

Samedis des (âmes des) défunts – psychosabbaton

Épitre: 1 Thes 4,13-17
Au sujet des morts, nous ne voulons pas frères, que vous soyez dans l'ignorance, afin que vous ne vous affligiez pas, comme le font les autres hommes, privés d'espérance. Si nous croyons que Jésus est mort et ressuscité, il nous faut croire aussi que Dieu emmènera avec Lui ceux qui sont morts en appartenant à Jésus. Voici ce que, d'après la Parole du Seigneur, nous vous déclarons: lors de l'avènement du Seigneur, nous, les vivants qui serons encore là, nous ne devancerons pas les morts. Au signal donné, à la voix d'un Archange, au son de la trompette de Dieu, le Seigneur Lui-même descendra du Ciel, et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront les premiers. Ensuite, nous, les vivants
qui serons encore là, nous serons enlevés ensemble avec eux sur les nuées, à la rencontre du Seigneur dans les airs. Ainsi, pour toujours, nous serons avec le Seigneur.

Évangile: saint Jean 5, 24-30
[Jésus rajoute] En vérité, en vérité Je vous le dis, celui qui écoute Ma parole et croit à Celui qui M'a envoyé, a la vie éternelle, et il échappe à la condamnation: il est passé de la mort à la vie. En vérité, en vérité Je vous le dis, l'heure vient, et c'est maintenant, où les morts vont entendre la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l'auront écoutée vivront. Car, tout comme le Père dispose de la vie, ainsi a-t-Il donné au Fils d'en disposer aussi, et Il Lui a donné le pouvoir d'exercer le Jugement, parce qu'Il est le Fils de l'Homme. Ne vous étonnez pas si l'heure vient où tous ceux qui gisent dans la tombe en sortiront au son de Sa voix: ceux qui ont fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui ont fait le mal ressusciteront pour la damnation. De moi-même, Je ne puis rien faire: Je juge d'après ce que J'entends; et Mon Jugement est juste, parce que Je ne veux pas faire Ma volonté, mais la volonté de Celui qui M'a envoyé.

(Lecture ci-après adaptée de la page de l'archidiocèse grec-orthodoxe des Amériques)


Tropaire / Apolytikion des défunts, ton 4
Ô Toi seul Artisan, qui dans Ta profonde Sagesse et Ton Amour de l'homme, disposes de toutes choses, fais reposer les
âmes de Tes serviteurs, car en Toi ils ont mis leur espérance. Toi l'Auteur, le Seigneur, le Créateur, notre Dieu.

Kondakion des défunts, ton 4
Fais reposer avec les Saints, Ô Christ, l’âme de Ton serviteur, là où il n’y a ni douleur, ni tristesse, ni gémissement, mais une vie sans fin. Toi seul es immortel, Toi qui as créé et façonné l’homme. Mortels, nous avons été formés de la terre et à la terre nous retournerons, ainsi que Tu l’as ordonné, Toi qui as dit : Terre tu es, et à la terre tu retourneras. Transformons les sanglots funèbres en chant de louange : Alléluia, Alléluia, Alléluia!



Lecture (d'après les Synaxaires):
L'Église a reçu des saints Apôtres la coutume de prier pour les défunts, le 3ème, le 9ème et le 40ème jour après leur décès (Constitutions Apostoliques 8,42). En outre, chaque samedi est consacré à la mémoire des saints et des défunts, l'Église rendant grâces à Dieu pour les saints et le suppliant en faveur des défunts.
Depuis que beaucoup, à travers les siècles, à cause d'une mort imprévue dans un lieu éloigné, ou d'autres circonstances adverses, sont morts sans avoir bénéficié des offices de funérailles prévus, les saints Pères, poussés par leur amour pour l'humanité, ont décrété qu'une commémoration commune devrait être faite en ce jour, veille du Dimanche du Jugement Dernier, en faveur de tous les pieux Chrétiens Orthodoxes qui se sont endormis dans la mort au fil des temps, de sorte que ceux qui n'ont pas eu de funérailles particulières puisse être inclus dans cet Office commun. De plus, l'Église du Christ nous enseigne qu'il nous faut faire l'aumône aux pauvres en faveur des parents défunts, comme mémorial pour ces derniers.

Pourquoi le samedi et non pas comme en Occident n'importe quel jour tombant le 2 Novembre (*)? C'est parce que le samedi, ou sabbat en hébreu, est le jour du repos par excellence. Or nous confessons que les défunts attendent dans le repos le jour de la juste rétribution. Le Christ S'est reposé de toutes Ses oeuvres dans le Sépulcre le jour de Sabbat et c'est ce jour qu'annonçait l'Écriture en disant que le Seigneur S'est reposé le septième jour. Dimanche étant consacré au retour du Christ et au Jugement dernier, la sainte Église supplie Dieu en ce jour de samedi, pour tous les défunts et surtout pour ceux qui, nombreux, sont morts en mer, dans les terres lointaines, ont péri dans les cataclysmes, dans les cavernes et les antres de la terre et n'ont pas eu de service de funérailles. Tous les défunts attendent dans le repos provisoire le jour fixé où Dieu jugera le monde selon la justice, par l'homme qu'Il a désigné, ce dont Il a donné à tous une preuve certaine en le ressuscitant des morts" (Ac 17,31). Voir aussi Hébreux 11,39-40.

C'est ainsi que 4 fois l'année, le samedi qui précède le dimanche du Carnaval, de même que celui qui précède le dimanche des Laitages, également le premier samedi du Grand Carême et le samedi qui précède le dimanche de la Pentecôte, les saints Pères ont commandé de célébrer solennellement la mémoire des défunts.
Il y a encore une raison à la célébration en ce samedi-ci : la mémoire de tous les défunts rappelle en ce temps de Carême que la mort est commune à tous les hommes. C'est comme un appel à la pénitence, car comme le dit le saint Apôtre Pierre dans sa seconde épître: "Le Seigneur sait délivrer de l'épreuve les hommes pieux et réserver les impies pour être punis au jour du Jugement" (2 Pierre 2,9).

*-*-*-*

(*) fête occidentale d'origine monastique, instaurée par saint Odilon de Cluny pour les monastères clunisiens, lieux où les défunts étaient déjà commémorés régulièrement. Ce n'est que très longtemps après le Schisme des Occidentaux, en 1915, que leur chef Benoît 15 repiquera cette commémoration pour la rendre obligatoire dans ses succursales, mais détachée de la théologie qui la fondait. Car pas plus que les pères de l'Occident Orthodoxe, saint Odilon ne connaissait de "lieu intermédiaire" tel ce fumeux "purgatoire," ces soi-disant "trésors de mérites" que les gens pourraient récolter en payant, etc.. il fallait le rappeler, car sur ce point aussi, il n'existe pas le moindre début de retour à la Foi chez les pontes vaticanistes, rien qui puisse les ramener dans la communion salutaire de l'Église, et leur rendre la grâce perdue...


funerailles


Prière pour les défunts
http://orthodoxwiki.org/Prayer



Les défunts sont commémorés par un Office spécial appelé "samedi des âmes," célébré 4 fois par an : les 2 samedis précédant le Grand Carême, le premier samedi du Grand Carême, et le samedi avant la Pentecôte. Les Orthodoxes croient qu'il est du devoir des vivants de se souvenir et de prier pour les défunts. Une prière générale est prononcée pour les personnes spécifiques, et pour toutes les âmes inconnues qui n'ont personne pour prier à leur mémoire. Les paroissiens apportent de petits plats de "kollyva" à l'église (plats de blé cuit mêlé à des épices, sucre, raisins, etc), et remettent une liste des prénoms de leurs bien-aimés défunts au prêtre.

kollyba, le gateau de commemoration des defunts chez les Orthodoxes byzantins


Homélie sur les défunts (saint Augustin d'Hippone)
"Les soins apportés à l'ensevelissement, le choix de la sépulture, l'apparat des obsèques sont plutôt une consolation pour les vivants qu'un profit pour les morts. Il ne faut cependant pas pour autant mépriser et abandonner les corps des défunts, surtout ceux des justes et des fidèles, dont l'esprit s'est servi saintement, comme d'organes et d'instruments pour toutes les bonnes oeuvres. Car si l'habit et l'anneau d'un père et les autres objets de ce genre sont d'autant plus chers aux descendants que leur amour filial est plus grand, on ne peut absolument pas dédaigner les corps eux-mêmes, unis à nous plus intimement et plus étroitement que n'importe quel vêtement. Ils ne font pas partie des ornements ou des instruments que nous nous ajoutons du dehors, mais de la nature même de l'homme. Aussi s'occupait-on avec une piété empressée des funérailles des justes d'autrefois, de la célébration de leurs obsèques, de la préparation de leur tombeau; et eux-mêmes, durant leur vie, avaient ordonné à leurs enfants d'ensevelir ou même de transférer leurs corps.
Témoigné aux défunts par des fidèles qui leur sont chers, un amour qui se souvient et qui prie est certainement profitable à ceux qui, durant leur vie corporelle, ont mérité que de telles choses leur soient utiles après cette vie. Mais si, par nécessité, il n'y a aucun moyen d'ensevelir les corps, ou de les inhumer dans les lieux saints, il ne faut pourtant pas oublier les supplications pour les âmes des morts. Pour tous ceux qui sont morts dans la communion Chrétienne, la sainte Église a pris sur elle de faire ces prières, même sans mention de noms particuliers, dans une commémoration générale, afin qu'à ceux qui n'ont pour cet office ni parents ni enfants ni proches ni amis, ce service soit rendu par la tendre Mère de tous. Mais si l'on omettait ces supplications d'une foi et d'une piété bien profondes, pour les défunts, je pense qu'il ne servirait de rien à leurs esprits d'avoir leurs cadavres ensevelis dans des lieux saints.
Cela étant, ne pensons pas atteindre les morts dont nous prenons soin, autrement que par les solennelles supplications des sacrifices de l'Autel, des prières ou des aumônes, bien qu'ils ne profitent pas à tous ceux pour qui on les fait, mais à ceux-là seuls qui en ont, durant leur vie, mérité le profit. Toutefois, comme nous ne les connaissons pas, il faut faire ces choses pour tous les Baptisés, afin que pas un de ceux que ces bienfaits peuvent et doivent atteindre, ne soit oublié. Ils seront superflus à ceux auxquels ils ne peuvent ni servir ni nuire; cela vaut mieux que s'ils faisaient défaut à ceux auxquels ils doivent profiter. On accomplit cependant ces choses avec plus d'empressement pour ses proches, afin de les obtenir des siens à son tour. Maintenant, tout ce que l'on consacre à l'inhumation du corps n'est pas une aide pour le Salut, mais un devoir d'humanité imposé par cet amour qui défend de détester sa propre chair. Aussi doit-on se soucier le plus possible de la chair de son proche, quand celui qui la portait est parti. Et si ceux qui ne croient pas à la résurrection de la chair agissent ainsi, combien plus doivent le faire ceux qui y croient : pour que ce devoir, rendu au corps qui est mort mais appelé à ressusciter et à demeurer dans l'éternité, soit comme un témoignage de cette foi."
extrait de "sur les devoirs envers les morts," ch. 2, 3, 4 et 18.



Saint Jean Chrysostome : Sur la mort du pécheur, le vrai deuil, les vrais sujets de larmes, les aumônes utile aux morts et les offrandes pour les défunts.
4. Comprendrez-vous enfin qu'il n'y a pas là un sujet de larmes? Ce mystère est la plus grande marque de la sagesse de Dieu. Comme on abandonne une maison, ainsi fait l'âme, pressée de se réunir à son Seigneur. Et vous êtes dans le deuil? Il fallait donc pleurer à la naissance de l'enfant, car la dernière naissance est bien plus heureuse. L'âme s'en va vers une autre Lumière; elle s'échappe comme d'une prison; elle retourne comme on revient, d'un combat. Sans doute, m'objectera-t-on, mais vous parlez des justes; et que t'importe, ô homme? auprès des justes éprouves-tu ce que je dis ? Eh bien, dites-moi, que peut-on reprocher à l'enfant, au petit enfant? Pourquoi votre deuil pour le nouveau baptisé, car, pour celui-ci encore, la condition est la même? Pourquoi donc votre deuil? Ne voyez-vous pas que c'est comme un pur soleil qui s'élève? Que l'âme pure, quittant son corps, est une lumière brillante? L'empereur, faisant son entrée dans la ville, ne mérite pas le silence de l'admiration autant que l'âme rejetant son corps pour s'en aller avec les Anges. Réfléchissons donc sur l'âme, sur le saisissement, sur l'admiration, sur la volupté qu'elle éprouve. Pourquoi votre deuil, encore une fois? Ne pleurez-vous donc que sur les pécheurs? Plût au Ciel qu'il en fût ainsi! Je ne l'empêcherai pas ce deuil-là; plût à Dieu que telle en fût la cause! De là les larmes apostoliques; de là les larmes du Seigneur. Jésus aussi, Jésus pleura sur Jérusalem. Je voudrais que ce fût à ce caractère qu'on reconnût le deuil. Mais lorsqu'aux exhortations qu'on vous adresse, vous n'opposez que des mots, l'habitude, les liaisons rompues, la protection qui vous est enlevée, vous ne parlez pas du vrai deuil, je ne vois là que des prétextes. Faites le deuil du pécheur, versez sur lui des larmes; et moi aussi, j'en verserai avec vous, j'en verserai plus que vous, d'autant qu'il est plus exposé aux châtiments, le pécheur; et moi aussi, je me lamenterai, et de mes lamentations je vous dis la cause, et ce n'est pas vous seulement qui devez pleurer le pécheur, mais la cité tout entière et tous ceux que vous rencontrez, comme vous pleurez sur les malheureux que l'on mène à la mort, car c'est la réalité, c'est une mort sinistre que celle des pécheurs. Mais toutes les idées sont confondues. Voilà le deuil que commande la sagesse, qui est un grand enseignement, l'autre n'est que faiblesse, pusillanimité. Si nous sentions tous le vrai deuil, nous corrigerions les vivants. Si l'on vous donnait des remèdes contre la mort qui frappe les corps, vous ne manqueriez pas d'y recourir; si vous saviez pleurer la mort du pécheur, vous l'empêcheriez, vous l'écarteriez, et de vous, et de lui.
Mais, ce que nous voyons c'est une énigme; nous pourrions empêcher cette mort, nous ne l'empêchons pas; et, quand elle arrive, nous nous livrons au deuil. O hommes, vraiment dignes d'être pleurés, quand ils se présenteront au tribunal du Christ, quelle parole entendront-ils, quel traitement leur faudra-t-Il subir? C'est en vain qu'ils ont vécu, ou plutôt non, ce n'est pas en vain, mais c'est pour leur malheur. Il convient de dire, en parlant d'eux : "Il eut mieux valu pour eux de ne pas être nés " (Marc 14, 21.) Car quelle utilité pour eux, répondez-moi, d'employer tant de temps pour assurer le malheur de leurs têtes? S'ils n'avaient fait que le perdre, la perte ne serait pas si grande. Répondez-moi : qu'un mercenaire dissipe 20 ans de sa vie en labeurs inutiles, ne le verrez-vous pas se lamenter et gémir? Ne paraîtra-t-il pas le plus misérable de tous les hommes? Eh bien, voici un pécheur qui a dissipé, sans profit, sa vie entière; il n'a pas vécu un seul jour pour lui; il a tout livré aux plaisirs, à la luxure, à la cupidité, au péché, au démon; ne devons-nous pas le pleurer? Répondez-moi. N'essaierons-nous pas de l'arracher à ses dangers? Car nous pouvons, oui, nous pouvons, nous n'avons qu'à le vouloir, alléger son châtiment. Prions pour lui sans cesse, faisons l'aumône. Quand ce pécheur serait indigne, Dieu nous exaucera. Si en faveur de Paul, Il a sauvé des pécheurs; si en faveur des uns Il fait grâce aux autres, pourquoi, par égard pour nous, ne le ferait-Il pas? Faites-vous des richesses de votre prochain, de vos propres richesses. des ressources de qui vous voudrez, un moyen de secours; versez l'huile goutte à goutte, ou plutôt épanchez l'eau en abondance. Un tel n'a pas les moyens de faire l'aumône? Qu'il puisse au moins avoir pour lui les aumônes de ses parents; il ne peut pas se prévaloir des aumônes qu'il a faites? Qu'il montre au moins les aumônes faites pour lui. C'est ainsi que l'épouse priera avec confiance dans l'intérêt de l'époux, présentant pour lui le prix qui le rachètera; et plus il a été pécheur, plus il a besoin de l'aumône. Et ce n'est pas là la seule raison c'est qu'il n'a plus maintenant la même force qu'autrefois, ou plutôt il a bien moins de pouvoir. Ce n'est pas la même chose pour le Salut de travailler pour soi ou de laisser travailler les autres. Ce dernier moyen étant par lui-même moins efficace, compensons du moins ce désavantage à force de zèle.
Ce n'est pas auprès des monuments, ce n'est pas auprès des sépulcres qu'il nous faut nous fatiguer; protégez les veuves, voilà le plus grand des devoirs à rendre aux morts. Prononcez un nom, et dites à toutes les veuves qui entendent ce nom, d'adresser à Dieu leurs prières, leurs supplications, voilà qui apaisera le Seigneur. Si Dieu ne regarde pas celui qui n'est plus, Il regardera celui qui fait l'aumône dans l'intention du mort; preuve touchante de la bonté de Dieu. Les veuves qui vous entourent, en versant des larmes, peuvent vous affranchir, non pas de la mort présente, mais de la mort à venir. Un grand nombre d'hommes ont été fortifiés par les aumônes des autres à leur intention. Supposez qu'ils n'aient pas été entièrement délivrés, ils ont du moins reçu quelque consolation; s'il n'en était pas ainsi, expliquez le Salut des petits enfants. Certes, d'eux-mêmes, ils ne font rien, leurs parents seuls font tous les frais; souvent des femmes ont reçu et conservé, comme présents du Seigneur, des enfants qui n'avaient rien fait pour être sauvés. Le Seigneur nous a donné, pour le Salut, des ressources nombreuses, c'est à nous de ne pas les négliger.
5. L'aumône, répondra-t-on, mais si l'on est pauvre? A mon tour je réponds : La valeur de l'aumône, ce n'est pas le don, mais l'intention. Donnez dans la mesure de vos ressources, et vous avez payé votre dette. Mais, m'objectera-t-on, un étranger qui est seul, qui ne connaît personne? Dites-moi, pourquoi ne connaît-il personne? Cela même est un châtiment de n'avoir pas un ami, de ne pas connaître un honnête homme. Si nous ne sommes pas, par nous-mêmes, en possession de la vertu, sachons au moins nous faire des amis vertueux, nous ménager une épouse, un fils qui ait la vertu en partage, afin que nous puissions, par eux, en recueillir quelque fruit, un fruit si mince qu'il soit, mais enfin que nous puissions recueillir. Procurez-vous, non pas une épouse riche, mais une épouse vertueuse, ce sera votre consolation. Appliquez-vous à donner à votre fils, non la fortune, mais la piété; à votre fille, la chasteté; ce sera, pour vous encore, une consolation. Si c'est à de tels biens que vous attachez votre coeur, et vous aussi, vous serez vertueux. C'est une partie de la vertu de savoir se ménager de tels amis, une telle épouse, de tels enfants.
Ce n'est pas en vain que l'on fait des offrandes pour ceux qui ne sont plus; ce n'est pas en vain qu'on fait pour eux des prières; ce n'est pas en vain qu'on distribue pour eux des aumônes. L'Esprit-Saint a disposé toutes ces pratiques, afin que nous puissions nous aider les uns les autres. Car, voyez ce qui arrive, vous portez secours à celui-là, et celui que vous avez aidé vous aide à son tour; vous avez, d'un instinct généreux, méprisé les richesses, et celui que vous avez sauvé vous enrichit des grâces de l'aumône. Ne mettez pas en doute le fruit qu'il vous sera donné de recueillir. Ce n'est pas en vain que le diacre vous crie : "Pour ceux qui sont morts dans le Christ et pour ceux qui gardent leur souvenir." Ce n'est pas le diacre qui fait entendre cette parole, c'est l'Esprit-Saint lui-même; et je vous annonce le don de l'Esprit. Que dites-vous? Dans les mains du prêtre est la sainte offrande, et tout est prêt; arrivent les Anges, les Archanges, arrive le Fils de Dieu; une sainte frayeur s'empare de tous; et, dans le silence universel, les diacres élèvent seuls la voix; et vous pensez que tout cela se fait en vain? Et tout le reste aussi se fait donc en vain, et les offrandes au nom de l'Église, et les offrandes au nom des prêtres, et les offrandes pour obtenir la plénitude. Loin de nous cette pensée! Mais tout s'accomplit avec Foi. Que signifient les offrandes au nom des martyrs, invoqués à cette heure solennelle? Quelle que soit la gloire des martyrs, même pour ces glorieux martyrs, c'est une grande gloire que leur nom soit prononcé en la présence du Seigneur, au moment où s'accomplit cette mort, ce sacrifice plein de tremblement, cet ineffable mystère. Lorsque l'empereur est présent, assis sur son trône, tout ce que l'on veut de lui on peut l'obtenir; une fois qu'il s'est levé, toutes les paroles sont inutiles; de même ici, au moment où s'accomplissent les mystères, c'est pour tous un honneur insigne d'obtenir un souvenir. Voyez, en effet, méditez; on annonce le mystère terrible, Dieu qui S'est livré Lui-même pour le monde; au moment où s'accomplit ce miracle, c'est avec un grand sentiment d'à propos que le prêtre évoque le souvenir de ceux qui ont péché. Quand les rois sont conduits en triomphe, alors on célèbre aussi tous ceux qui ont pris leur part de la victoire; en même temps on relâche les prisonniers, parce que c'est un jour de fête; la fête une fois passée, celui qui n'a rien obtenu, n'en recueille aucun fruit : il en est de même ici, dans ce triomphe du Seigneur. Car, dit l'Apôtre, "toutes les fois que vous mangez ce pain, vous annoncez la mort du Seigneur" (1 Cor. 11, 26.) C'est pourquoi ne nous approchons pas à la légère, et ne disons pas que ces choses se font au hasard. D'ailleurs si nous rappelons le souvenir des martyrs, c'est parce que nous croyons que le Seigneur n'est pas mort; et c'est un témoignage que la mort est morte, de voir que le Seigneur a passé par la mort. Pénétrés de cette vérité, considérons quelle magnifique consolation nous pouvons apporter à ceux qui ne sont plus; au lieu de nos larmes, au lieu de nos lamentations, au lieu de nos monuments, donnons-leur nos aumônes, nos prières, nos pieuses offrandes, afin de leur obtenir, d'obtenir pour nous-mêmes, les biens qui nous ont été promis, par la grâce et par la bonté du Fils unique de Dieu, à qui appartient, comme au Père, comme au Saint-Esprit, la gloire, la puissance, l'honneur, et maintenant, et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
Homélie sur Actes 21


Pourquoi les funérailles Orthodoxes sont-elles joyeuses?
[...] Ainsi, comme nous sommes remplis de joie, nous chantons des Psaumes en l'honneur des défunts, et ces Psaumes nous exhortent à avoir bon courage au sujet de la mort. En effet le Psalmiste nous dit : O mon âme, tourne-toi vers le lieu de ton repos, parce que le Seigneur t'a comblée de biens (Ps. 119,7.) Le voyez-vous? La mort est un bienfait et une cessation de travaux; car, une fois entré dans ce paisible Séjour, on se repose de ses oeuvres, comme Dieu S'est reposé des Siennes. [...]
saint Jean Chrysostome, extrait du ch. 3 de l'homélie sur les saintes martyres Bernice, Prosdoce et Domnine.


Mieux vaut mourir saint et loin des siens, que pécheur et chez soi!
[...] Il n'en est pas de même du juste : à son départ, il recueille une foule d'avantages; il est utile à tous les vivants par le souvenir de sa propre vertu, il les rend meilleurs. Les pécheurs au contraire sont encore punis par là. Car ce n'est pas seulement de leur vivant, mais jusqu'après leur mort, qu'ils nuisent à beaucoup de monde en laissant partout des exemples de leur avarice. A présent donc que vous êtes instruits sur ce point, cessez de plaindre ceux qui meurent à l'étranger, mais plaignez ceux qui meurent dans le péché; ne proclamez pas heureux ceux qui finissent leurs jours dans leur maison et dans leur lit, mais ceux qui les terminent dans la vertu; et nous-mêmes, cultivons la vertu et fuyons le vice. Car la première profite aux vivants et aux défunts; et le second nuit aux morts en 2 façons: en les couvrant de honte et en les conduisant aux châtiments éternels. Que Dieu donc, qui a daigné accorder à la sainte martyre qui nous a rassemblés ici en ce jour, la faveur de s'armer, de combattre, de vaincre, et d'être couronnée, nous juge tous dignes aussi, à notre dernier jour, de sortir de la vie présente fidèles à Ses Commandements et à Ses lois, et de pouvoir ainsi entrer dans les mêmes tabernacles que notre sainte, et y jouir des biens éternels: puissions-nous tous obtenir ce bonheur par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec lequel gloire au Père et au Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Amen.
saint Jean Chrysostome, extrait du ch. 6 de l'homélie sur sainte Drosis


Pleurer un mort, oui.. s'il était pécheur..
[...] 4. Ainsi ne pleurons pas en général ceux qui meurent , et n'ayons non plus tant de joie pour ceux qui survivent. Que ferons-nous donc? Pleurons sur les pécheurs, soit qu'ils meurent, soit qu'ils vivent. Réjouissons-nous sur les justes, soit qu'ils vivent, soit qu'ils meurent. Les premiers sont déjà morts tout vifs; les autres, même moissonnés par la mort, vivent toujours. Les uns, même habitant ce monde, méritent la compassion de tous, puisqu'ils sont ennemis de Dieu; les autres, même après le départ sans retour, sont heureux : ils sont allés à Jésus-Christ. Les pécheurs, où qu'ils soient, dans ce monde ou dans l'autre, sont loin de leur Roi et par conséquent dignes de pitié. Mais les justes, ici-bas ou au Ciel, sont avec leur Souverain, et bien plus heureux encore là-haut, parce qu'il Le voient de plus près, non plus dans un reflet, non plus dans la foi, mais, Paul le dit, face à face.
Non, tous les morts ne doivent pas être pleurés; mais ceux-là seulement qui meurent dans leurs iniquités : à eux, nos lamentations, nos gémissements, nos larmes; car enfin, dites-moi, quelle espérance reste-t-il encore, quand on s'en va, chargé de péchés, vers ce lieu où il n'est plus possible de dépouiller le péché? Du moins, tant que dura leur séjour ici-bas, il restait une grande espérance : peut-être se convertiraient-ils? Ils pouvaient s'amender! Une fois partis pour l'Hadès, ils n'ont rien à attendre de la pénitence même. "Qui, ô mon Dieu," s'écriait le prophète, "qui Te glorifiera dans la tombe?" (Ps. 6, 6.) Comment ne pas pleurer ces misérables?
Pleurons donc ceux qui meurent ainsi, je ne vous le défends pas. Pleurons, non pas toutefois au mépris des bienséances, sans nous arracher les cheveux, sans nous dénuder les bras, sans nous déchirer le visage, sans revêtir de sombres livrées, mais en silence, mais avec les pleurs amers de notre âme. On peut bien pleurer avec amertume, sans se mettre dans tous ses états, sans en faire démonstration publique : car c'est vraiment enfantillage que la douleur de quelques personnes. Ces gémissements en pleines rues ne partent pas d'un vrai chagrin, mais c'est pure montre, ambition, vanité! Bien des femmes même en font métier! Pleurez avec amertume, gémissez dans votre demeure, sans témoin: ce sera une véritable compassion, qui même vous deviendra salutaire. Qui pleure ainsi sérieusement s'étudie, en conséquence, à mériter d'autant moins un si redoutable malheur; vous en concevez d'autant plus de crainte du péché à venir.
Pleurez les infidèles; pleurez ceux qui leur ressemblent et sortent de ce monde sans avoir connu la Lumière, sans avoir été marqués du sceau de la Foi. Voilà ceux qui méritent et vos gémissements et vos larmes. Ils sont exclus de la Cour céleste, avec les damnés, avec ceux dont l'arrêt est prononcé. "En vérité, si quelqu'un ne renait pas de l'eau et du Saint-Esprit, il n'entrera pas dans le Royaume céleste." Pleurez lies riches qui meurent au sein de leur opulence, sans avoir fait servir leurs richesses à la consolation de leurs âmes; ceux qui avaient l'occasion de laver leurs péchés, et qui ne l'ont pas voulu. Oui, ceux-là, que chacun de nous les pleure en public et en particulier, mais sans jamais nous écarter des bienséances, mais en gardant toujours la gravité, mais en évitant de nous ridiculiser. Pleurons-les non pas seulement un jour ou deux, mais toute notre vie : ainsi continuent les larmes, quand elles ne coulent pas d'une émotion insensée, mais d'un amour véritable et pur. Quant aux pleurs de folle tendresse, ils sont bientôt séchés, tandis que ceux qu'inspire la crainte de Dieu sont intarissables.
Pleurons ainsi nos morts, et secourons-les de tout notre pouvoir. Préparons-leur quelque consolation, si faible qu'elle soit, mais qui puisse être vraie et efficace. Comment? Par quel moyen? Prions pour eux, faisons prier, pour eux continuellement, versons l'aumône aux pauvres. Toujours ainsi leur procurerons-nous quelque consolation. Écoutez Dieu même qui dit : "Je protégerai cette ville, et pour Moi-même, et pour David Mon serviteur." Si le seul souvenir d'un juste a eu cette puissance, que ne pourront pas des oeuvres accomplies en faveur des morts?
Aussi n'est-ce pas en vain que les apôtres nous ont laissé la coutume et la loi : vous savez que, d'après eux, dans nos saints et redoutables mystères, il doit être fait mémoire des défunts. Ils savaient quel avantage, quel bien immense ce souvenir devait leur procurer. Dans le moment, en effet, où tout le peuple fidèle, uni au corps sacerdotal, debout, les bras étendus, offre le redoutable sacrifice, comment Dieu ne serait-Il pas fléchi par les prières que nous adressons en leur faveur? Car nous parlons de ceux qui sont morts dans la Foi. Les catéchumènes n'ont aucune part à ces consolantes prières; privés de tout autre secours, il leur en reste un cependant, un seul, et lequel? C'est que nous fassions pour eux l'aumône aux pauvres : leur pauvre âme en recueillera quelque bienfait.
Dieu veut, en effet, que nous nous prêtions mutuellement secours. Pour quel autre motif nous aurait-Il commandé de prier pour la paix et pour la tranquillité publique? Pourquoi pour tous les hommes, lorsque dans cette universalité sont englobés les brigands, les profanateurs de tombes, les voleurs, et tant d'autres pervers chargés de crimes sans nombre? C'est que peut-être leur conversion s'en suivra. Comme donc nous prions pour des vivants en tout semblables à des cadavres, ainsi est-il permis de prier pour les défunts.
Job autrefois offrait des sacrifices pour ses enfants, et obtenait le pardon de leurs péchés: "Je crains," disait-il, "qu'ils n'aient péché dans leur coeur." Voilà vraiment veiller aux intérêts des siens. Loin de dire, comme le répètent aujourd'hui la plupart des hommes : Je leur laisserai des richesses! Loin de dire "J'amasserai pour eux la gloire!" Loin de dire "J'achèterai pour eux quelque propriété, quelques terres," que dit-il? J'ai peur que leur coeur n'ait péché! Quel avantage, en effet, procurent en définitive toutes ces propriétés attachées à ce bas monde? Aucun. Le Roi, le suprême Roi et Ses miséricordes, voilà ce que je veux leur laisser, certain qu'avec Lui, rien ne peut leur manquer. Car "le Seigneur me nourrit", a dit le prophète, "et rien ne me manquera." Magnifique fortune, riche trésor! Si nous avons la crainte de Dieu, nous n'aurons besoin de rien; sinon, eussions-nous gagné un royaume, nous serions encore les plus pauvres des hommes. Rien n'est grand comme celui qui craint Dieu. "Est-ce qu'en effet," dit la Sagesse, "cette crainte" du Seigneur "ne s'est pas placée au-dessus de tout?" Ah! sachons donc l'acquérir; faisons tout pour sa conquête, fallût-il rendre à Dieu notre dernier souffle, fallût-il livrer notre corps aux tourments : que rien au monde ne nous fasse reculer. Faisons tout pour gagner cette crainte salutaire. Ainsi deviendrons-nous plus riches que personne ici-bas; ainsi atteindrons-nous encore les biens à venir, en Jésus-Christ Notre-Seigneur, avec lequel soit au Père et au Saint-Esprit, gloire, puissance, honneur, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
saint Jean Chrysostome, extrait de l'homélie 3 sur l'épître de saint Paul Apôtre aux Philippiens

source des textes de saint Jean


image du synaxaire russe medieval pour le 1er novembre


Pour aller plus loin :

Hymne / Office Acathiste pour les défunts
http://www.orthodoxes.net/textes/office-defunts_acathiste-txt.pdf


pannychide pour les défunts (office de commémoration)


Samedi des Défunts :
http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/viewtopic.php?p=630


pages orthodoxes sur la prière pour les défunts



Posté en la fête de saint David de Galles et saint Aubin d'Angers

01 novembre 2007

Requiescat in pace! Liturgie de la Toussaint dans le Rite Orthodoxe Occidental (EORHF)

Icône de tous les saints de Trêves, ancienne capitale de la Gaule Belgique.
Constantin le Grand y est représenté puisque c'était sa ville d'origine.

Matines
Psaume 22 Dominus regit me.
Psaume 23 Domini est terra

1 Macchabées 2,49-70
Mais le jour de la mort vint pour Mattathias, et il dit à ses fils: "Ce qui règne à présent, c'est l'orgueil, la haine, le bouleversement et la colère. Soyez donc maintenant, mes enfants, les défenseurs de la loi, et donnez votre vie pour l'alliance de nos pères. Souvenez-vous de ce qu'ont fait nos aïeux en leur temps, et vous mériterez une grande gloire et un nom éternel. Abraham, n'est-ce pas dans l'épreuve qu'il a été trouvé fidèle? Et cela ne lui a-t-il pas été compté comme justice? Joseph a gardé les commandements dans sa disgrâce et il est devenu le maître de l'Égypte. Notre ancêtre Phinéès a reçu pour l'ardeur de son zèle la promesse d'un sacerdoce perpétuel. Josué, pour avoir accompli la parole de Dieu, est devenu Juge en Israël. Caleb rendit témoignage dans l'assemblée et il reçut un héritage dans le pays. David, par sa piété, mérita le trône royal pour tous les siècles. Élie, parce qu'il brûla de zèle pour la loi, a été enlevé au ciel. Ananias, Azarias et Misaël furent sauvés du feu pour avoir eu la foi. Daniel fut délivré de la gueule des lions à cause de sa conduite. "Rappelez-vous ainsi, de génération en génération, que tous ceux qui mettent leur espoir en Dieu ne défaillent pas. Ne redoutez pas les menaces du pécheur, car sa gloire va à la boue et aux vers: aujourd'hui il s'élève, et demain on ne le trouvera plus, parce qu'il est retourné dans sa poussière, et ses projets sont déjoués. Pour vous, mes fils, soyez courageux et vaillants dans l'observance de la loi, car c'est par là que vous atteindrez la gloire. Voici votre frère Syméon; je sais qu'il est homme de bon conseil, écoutez-le toujours et il sera pour vous un père. Judas Macchabée est brave depuis sa jeunesse; il sera le chef de l'armée et dirigera la guerre contre les Gentils. Vous attirerez à vous tous les observateurs de la loi et vous vengerez votre peuple. Rendez aux Gentils ce qu'ils nous ont faits et soyez attentifs aux préceptes de la loi." Après cela il les bénit et rejoignit ses pères. Il mourut en l'an 146, et fut enseveli à Modin, dans les tombeaux de ses aïeux, et tout Israël fit un grand deuil à cause de lui.


Romains 8,24-39

COLLECTE POUR LA TOUSSAINT
Dieu éternel et Tout-Puissant, Qui nous a accordés pour cette fête de vénérer les vertus de tous les saints, nous Te supplions, par leurs innombrables intercessions, accorde-nous en abondance cette réconciliation avec Toi, réconciliation à laquelle nous aspirons si fort. Par Ton Fils Jésus-Christ, notre Seigneur, Qui vit et règne avec Toi et le Saint-Esprit, Dieu Un, pour les siècles des siècles

O Dieu Créateur, Rédempteur de tous ceux qui croient, accorde aux âmes des fidèles qui se sont endormis dans la mort la rémission de tous leurs péchés, afin que par de pieuses supplications, ils puissent obtenir ce pardon auquel ils ont toujours aspiré. Par Ton Fils Jésus-Christ, notre Seigneur, Qui vit et règne avec Toi et le Saint-Esprit, Dieu Un, pour les siècles des siècles


Saint Jean l'Évangéliste
sculpture d'une vieille église Saxonne
source & (c)

Divine Liturgie (Sarum)
Épître : Apocalypse selon saint Jean, 7,2-12
Je vis encore un autre ange monter de l'Orient; il tenait le sceau du Dieu vivant et se mit à crier d'une voix retentissante aux quatre anges autorisés à endommager la terre et la mer: "Ne touchez ni à la terre ni à la mer ni aux arbres, que nous n'ayons marqué au front les serviteurs de notre Dieu." J'entendis alors le dénombrement des gens marqués: "144.000 marqués pour l'ensemble des tribus d'Israël; de la tribu de Juda 12.000 marqués; de la tribu de Ruben, 12.000; de la tribu de Gad, 12.000; de la tribu d'Aser, 12.000; de la tribu de Nephtali, 12.000; de la tribu de Manassé, 12.000; de la tribu de Siméon, 12.000; de la tribu de Lévi, 12.000; de la tribu d'Issacar, 12.000; de la tribu de Zabulon, 12.000; de la tribu de Joseph, 12.000; de la tribu de Benjamin, 12.000 marqués. Cela fait, je vis paraître une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, de toutes nations, tribus, peuples et langues; tout de blanc vêtus et des palmes à la main, ils se tenaient face au trône et à l'Agneau. Ils acclamaient à haute voix: "Le salut appartient à notre Dieu qui trône, et à l'Agneau." Tous les Anges s'étaient disposés autour du trône, des Vieillards et des quatre Vivants; ils s'inclinaient bien bas devant le trône et se prosternaient devant Dieu. "Amen! disaient-ils. Louange, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu pour les siècles des siècles. Amen!"

Évangile : saint Matthieu 5,1-12
À la vue de ces foules, Jésus gravit la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent de lui. Alors il ouvrit la bouche et leur donna ces enseignements: "Heureux ceux qui ont un coeur de pauvre: le royaume des cieux est à eux! Heureux ceux qui sont doux: ils posséderont la terre! Heureux ceux qui pleurent: ils seront consolés! Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice: ils seront rassasiés! Heureux les miséricordieux: ils obtiendront miséricorde! Heureux les coeurs purs: ils verront Dieu! Heureux les pacifiques: ils seront appelés fils de Dieu! "Heureux les persécutés pour la justice: le royaume des cieux est à eux! "Heureux serez-vous quand on vous insultera, quand on vous persécutera et qu'on dira faussement de vous toute sorte de mal à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux. Car c'est ainsi qu'on a persécuté vos prédécesseurs les prophètes."

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HOMÉLIE DE LA TOUSSAINT

Homélie 2006/2007
Ce mois-ci, nous auront 3 événements particuliers – la Toussaint, le jour des défunts et l'Avent. Ensemble, on les retrouve repris dans les paroles du Credo apostolique : "Je crois en.. la communion des saints, la rémission des péchés .. et la vie éternelle. Amen."
La Toussaint et l'Avent sont étroitement liées, car la célébration des saints ne pourrait pas faire autre chose qu'aussi nous rendre conscients du Jugement de Dieu. Les saints qui se tiennent devant le Trône de gloire se sont aussi tenus au préalable devant le Trône du Jugement. Lumière et ténèbre humaines sont nous véritables facettes, à nous tous – bien que nous soyons tous appelés à devenir saints, nous nous connaissons comme pécheurs. C'est le temps pour nous de contempler la destinée de l'Église dans l'éternité. Nous savons que nous sommes à la fois pris dans une si grande nuée de témoins, et cependant, nous sommes aussi dans l'attente, l'expectative de la seconde Venue du Christ, quand toutes choses seront récapitulées dans le Royaume de Dieu. Nous attendons dans l'espérance, et nous sommes inspirés. Aujourd'hui, nous sommes inspirés par les 2 lectures de la Liturgie qui contiennent beaucoup d'encouragement.
Tout juste a avoir vécu, à avoir été agréable à Dieu, ou à avoir lutté contre ses propres péchés, ou vraiment cru en la Résurrection, est repris dans la fête de ce jour, car notre Seigneur a dit : "Et quiconque aura laissé pour moi, maisons, frères, soeurs, père, mère, enfants, ou terres, recevra le centuple et possédera la vie éternelle. Bien des premiers seront derniers, et des derniers premiers" (Mt 19,29-30). Ceci décrit la vie qui est agréable aux yeux de Dieu, la vie que nous sommes appelés à mener. Nous devons abandonner tout ce qui nous alourdit, le péché qui nous écrase si facilement, et même ce qui nous est le plus cher si cela nous freine, si cela nous tient éloignés du Royaume de Dieu.
Tout au long de l'année, l'Église commémore des saints particuliers, mais en ce jour, nous commémorons et célébrons tous les saints, et ainsi donc, la miséricorde et l'amour de Dieu pour nous, car c'est Dieu Qui donne la sainteté. Bien que les martyrs aient été commémorés liturgiquement dès les débuts de l'Église organisée (vers 270), une célébration des saints (ceux qui ont servi Dieu mais sont morts dans la Foi plutôt que pour la Foi) à une date commune, est mentionnée pour la première fois par saint Ephrem le Syrien en 373, et saint Jean Chrysostome en parle en 407.
Première tentative locale d'instaurer cette fête de tous les saints, du 6ème au 8ème siècle, dans les Gaules, on avait essayé de placer une fête générique de saints au 1er novembre en lui assignant des saints dont le "dies natalis" (l'anniversaire) était inconnu: saint Bénigne de Dijon, saint Ludre de Déols, saint Mathurin de Larchant, saint Austremoine d'Auvergne, saint Vigor de Bayeux, etc. On les retrouve dans l'antique martyrologe romain orthodoxe, et le matyrologe "hiéronymien" (dit de saint Jérôme, et surtout de ses continuateurs) contient des additions gauloises plus nombreuses qu'en tout autre jour.
L'archevêque Egbert d'York apporta cette fête en Angleterre après 735. "All Saints" (Tous les Saints ou Toussaint) est la deuxième dédicace la plus populaire pour les églises anglaises. Il y en a quelque 1.255, un chiffre qui n'est surpassé que par les dédicaces à la Vierge Marie – 2.162.
De pieux auteurs ont caractérisé la fête comme étant l'accomplissement de la Pentecôte. Le don du Saint Esprit par le Christ après Sa Résurrection et Son Ascension est Son don de sainteté à toute l'humanité, le Saint-Esprit répandu, le don du Saint-Esprit sur tous dans l'Église, qui nous rend capables d'avoir part à ce choeur des saints. C'est ce qui aide tous les hommes à parvenir à la connaissance de Dieu et à une vie juste. L'épître aux Hébreux dit que c'est par la Foi qu'ils ont accompli tout cela. Et elle parlait de l'époque de l'Ancien Testament, avant le don de l'Esprit-Saint. Combien plus remarquables sont les exploits des saints d'avant la venue du Christ, parce que le Saint-Esprit ne demeurait pas encore en eux. Le Saint-Esprit influençait leurs vies, les guidait, les aidait, mais ne demeurait pas en eux. C'était prévu pour une autre époque. Et l'épître aux Hébreux de continuer : "Et tous ces martyrs de la foi n'ont cependant pas connu la réalisation des promesses, parce que Dieu, qui avait en vue un sort meilleur pour nous, ne voulait pas qu'ils arrivent sans nous à la perfection du bonheur" (Heb. 11,39-40). L'auteur pointait vers la venue du Dieu-homme, Jésus-Christ, et ensuite l'envoi du Saint-Esprit après que Jésus-Christ ai montré et accompli ce qui était effectivement nécessaire pour notre Salut. Il nous a montré comment vivre, et a vécu en conformité avec Ses Commandements, et S'est relevé de Lui-même d'entre les morts. Et ensuite la venue du Saint-Esprit a pu nous éclairer, nous renforcer, et nous permettre d'accomplir la volonté de Dieu, et d'obtenir la promesse.
Demain, c'est le Jour des âmes défuntes, aussi appelé Commémoration des Fidèles partis. C'est Saint Odilon, 4ème abbé du célèbre monastère de Cluny, qui l'institua en 998 – et à l'époque Cluny était encore Orthodoxe. Il n'est bien entendu pas possible de classer les morts. La célébration de ce jour offre une opportunité pour commémorer "ceux que nous avons aimés mais ne pouvons plus voir." Les Offices reconnaissent aussi la douleur du chagrin humain, et sa fragilité, d'une manière que la célébration de la Toussaint ne saurait pas le faire. L'Office célébré ce jour met l'accent sur l'unité entre vivants et morts, un seul corps en Christ, que l'on célèbre dans le pain rompu à l'Eucharistie. Nous nous souvenons de tous nos aimés qui se sont endormis dans l'éternité, de même que nous visitons leurs tombes, et dès lors aussi, nous les présentons en ce jour devant Dieu.
L'Avent est une période d'attente et de préparation, elle exprime notre aspiration après la Venue du Christ, pour renaître en nous à nouveau et à jamais. Elle a aussi un fort caractère pénitentiel, car nous devons être prêts en âme et en esprit et en tout temps à nous retrouver devant le Trône de Dieu. Au cours de la Divine Liturgie, dans le Rite de Sarum, on ne chante plus pendant cette période le "Gloria in Excelsis", accroissant le poids de la dimension pénitentielle de l'Avent.
L'atmosphère méditative se trouve renforcée par l'ornement de l'église, dans la simplicité, notre fragilité est révélée, et notre vie complexe est mise à nu. L'époque ne sait pas comporter la même solennité que le Grand Carême, car nous sommes plongés dans les aspects concrets de la vie et l'excitation croissante (tant séculière que spirituelle) à l'approche de la sainte Nativité du Christ – et dans l'espoir de la Seconde Venue du Christ. L'Avent est un temps pour examiner notre désir et notre liberté pour nous abandonner. Non pas dans le sens final de rendre notre dernier soupir, mais comme une réponse d'amour quotidienne. Notre renonciation même avec ceux envers qui nous aurions plutôt tendance à nous refermer. Car en cette période, nous nous préparons à saluer notre Sauveur, Qui quitta Son Trône pour naître dans une mangeoire, et sur une Croix, abandonna Sa vie au monde.
Ces 3 parties de l'année ecclésiale: toute la compagnie au Ciel, la nuée de témoins, les saints avec qui nous nous rassemblons pour louer Dieu; la Résurrection des morts; et Celui Qui revient en gloire pour juger les vivants et les morts; voilà donc les sujets de méditation pour le restant de l'année civile.
Amen.
p. Michaël, higoumène (abbé), Saint-Petroc monastery, EORHF/Rocor
http://www.orthodoxresurgence.com/petroc/index.htm
http://www.orthodoxresurgence.com



REQUIEM AETERNAM * DONA EIS, DOMINE

ET LUX PERPETUA * LUCEAT EIS

Sermon 18, des Saints : Jour de triomphe pour l'Église.
Aujourd'hui, mes bien-aimés, nous célébrons, dans la joie d'une solennité unique, la fête de tous les Saints. Le Ciel exulte de leur assemblée, la terre jouit de leur patronage, la sainte Église est couronnée de leurs triomphes. Plus leur Foi s'est tenue ferme dans la souffrance, plus elle resplendit dans l'honneur; parce qu'avec le combat s'est accrue la gloire des combattants, le triomphe du martyre est rehaussé par la grande diversité des tourments, et le poids des récompenses a été proportionné à celui des douleurs. Notre mère l'Église catholique, répandue en long et en large par toute la terre, a appris de son chef même, le Christ Jésus, à ne point craindre les injures, les croix et la mort; fortifiée de plus en plus, non par la résistance mais par la patience, elle a donné à tous ceux dont le glorieux bataillon a subi la prison comme des criminels, un sentiment de la gloire du triomphe, qui leur a fait supporter le combat avec une ardeur égale et un semblable courage.

O vraiment bienheureuse notre mère l'Église, ainsi illuminée par l'honneur de la complaisance divine, ornée du sang glorieux des Martyrs vainqueurs, revêtue du blanc vêtement de la fidélité inviolée des Vierges! A ses fleurs ne manquent ni les roses, ni les lis. Et maintenant, mes bien-aimés, que tous combattent pour recevoir la très éclatante dignité de ces 2 titres d'honneur, "les couronnes blanches de la virginité ou les couronnes pourpres du martyre". Dans les camps célestes, la paix comme les combats ont leurs fleurs, pour couronner les soldats du Christ. (1)

Car l'ineffable et immense bonté de Dieu a même pris soin de ne pas prolonger le temps des fatigues et du combat, pour ne pas le rendre long et éternel, mais court, et, pour ainsi dire, momentané. Ainsi, en cette vie brève et rapide, les combats et les peines; en celle qui est éternelle, les couronnes et récompenses des mérites; ainsi, les épreuves passent vite, certes, mais les récompenses des mérites durent toujours; ainsi, après les ténèbres de ce monde, on verra la très brillante lumière, on recevra une béatitude en comparaison de laquelle les amertumes de toutes les douleurs sont peu de chose, comme le déclare l'Apôtre quand il dit: Les souffrances de ce temps ne sont pas comparables à la gloire à venir, qui sera manifestée en nous. (Rom 8,18)
Saint Bède le Vénérable.

(1) Cette citation en italique est copiée textuellement de la lettre 10 de saint Cyprien de Carthage. Mais ce dernier oppose la vie Chrétienne dans son ensemble et non la seule virginité au martyre : "coronas vel de opere candidas vel de passione purpureas".


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Byzantins : dans le Rite Orthodoxe byzantin, la
Toussaint est célébrée le dimanche qui suit la Pentecôte. On retrouve cette pratique orientale expliquée dans la 74ème homélie de saint Jean Chrysostome.


Homélie pour la Toussaint byzantine

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit

La Mère de Dieu et les Saints dont nous faisons mémoire ce jour, ceux qui nous sont connus parce que Dieu les a révélés, et parce qu'ils ont été compris et reconnus, soit par leurs contemporains, ou des années, voire parfois des siècles plus tard, tous les saints sont la réponse sur terre à l'amour de Dieu. Et cette réponse, ils la donnent pas seulement dans leur nom propre, mais au nom de toute la Création et en nos noms à nous aussi. Parce que chacun d'entre nous a le privilège d'être appelé par un prénom, notre nom de Baptême, le nom d'un de ces saints. Et les saints dont nous portons les noms, ils se tiennent devant Dieu et ils prient pour que leur nom ne soit pas déshonoré aux yeux du Seigneur. Les saints de Dieu embrassent la Création toute entière de leur amour, de leur intercession, de leur prière, de leur présence réelle et permanente. Qu'il est merveilleux d'appartenir à cette si grande famille d'hommes, de femmes, d'enfants, qui ont tous compris ce que le Seigneur avait voulu dire en venant parmi nous, y vivant, enseignant, et mourant pour nous! Ils ont répondu de tout leur coeur, ils ont compris de tout leur esprit, et ils ont accepté Son message avec toute leur détermination, pour parvenir à vaincre en eux-mêmes tout ce qui avait été la cause de la Crucifixion. Car même s'il n'y avait eu sur terre qu'une seule personne à chuter et s'égarer loin de Dieu, le Christ l'aurait sauvée au prix de Sa vie. C'est Son propre témoignage, adressé à un saint des premiers siècles, qui priait pour que les pécheurs soient damnés; et le Christ lui était apparu, disant "Ne prie jamais pour cela. S'il n'avait existé qu'un seul pécheur, Je serais aussi mort pour lui."

Les saints sont des gens qui ont répondu à l'amour par l'amour, des gens qui ont réalisé que si quelqu'un était prêt à mourir pour eux, leur seule possible réponse de gratitude était de devenir quelqu'un d'aimant, de sorte qu'Il ne soit pas mort en vain. Prendre nos croix, cela signifie exactement ceci : nous détourner de toutes ces choses qui sont la mort et la crucifixion du Christ, de toutes ces choses qui entourent le Christ de haine et d'incompréhension. Nous sommes tous libres de faire cela, bien plus que ceux qui ont vécu à Son époque, car à l'époque, ils auraient pu se tromper à son égard; mais de nos jours, après 2.000 ans, quand nous pouvons lire les Évangiles et voir émerger du récit la stature, la Personne du Christ, alors nous avons des millions de témoins qui nous disent qu'Il a vraiment donné Sa vie pour nous, et que la seule réponse que nous puissions faire à cela, c'est de donner nos vies les uns pour les autres, en Son Nom – comment ne pourrions-nous pas réagir?

Dès lors, prenons une nouvelle résolution en ce jour : celle d'écouter de la manière dont ils écoutaient, de tout leur coeur, de tout leur esprit, de toute leur volonté, de tout leur être pour voir ce qui se passait, pour entendre ce que le Seigneur disait, pour répondre par gratitude et avec détermination. Et alors, si nous offrons ce petit peu à Dieu – notre gratitude et notre bonne volonté – la puissance et la force vont aussi grandir en nous et parvenir à l'état que Dieu a voulu pour nous, dont Il a rêvé pour nous – la puissance viendra de Dieu. Comme Il l'a dit, "Ma force se déploie dans la faiblesse, Ma Grâce te suffit..." (2 Co 12,19). Et saint Paul, qui le savait, ajouta dans un autre passage, "jJe puis tout en Christ, qui me rend fort..." (Phi 4,13).

Prenons un nouveau départ, de sorte que les saints dont nous portons les noms puissent se réjouir en nous, de sorte que la Mère de Dieu qui avait donné Son Fils à la mort puisse se réjouir, voyant que nous répondons, que nous comprenons, que nous soyons sauvés, et que le Christ puisse voir que ce n'est pas en vain qu'Il a vécu, enseigné et est mort. Soyons Sa gloire, une lumière; ça pourrait être une petite lumière, comme une toute petite bougie, elle pourra être cependant briller aussi fort que celle d'un des grands saints – soyons une lumière qui illumine le monde et le rend moins sombre! Soyons joie, afin que les autres puissent apprendre à se réjouir dans le Seigneur. Amen!

métropolite Anthony de Sourozh (+ 04.08.2003)

metropolite Antoine de SourozhSes homélies en anglais
http://www.metropolit-anthony.orc.ru/eng/eng_serm.htm