"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes.
Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)
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20 mars 2019
Le vrai jeûne du Grand Carême (Triode)
Jeûnons, un jeûne que le Seigneur accepte
et qui lui soit agréable.
Le véritable jeûne est le rejet du mal,
la tempérance de la langue,
l'abstention de la colère,
l'éloignement des désirs,
de la médisance, du mensonge, du parjure.
Rompre avec ces choses est un jeûne vrai
et agréablement accueilli.
Apostiches ton 3 idiomèle, Vêpres du lundi soir de la 1ère semaine du Grand Carême, chanté avant le Martyrikon
08 février 2009
Du Triode du Carême à la Pentecôte (information importante)
Chère amie lectrice, cher ami lecteur,

En ce dimanche 8 février 2009, nous entrons dans le Triode du Grand Carême, première étape liturgique et spirituelle vers Pâques.

Le blog Saint Materne va à présent s'efforcer de prendre une allure de croisière, disons, plus détendue. Temps de "repos informatique" mais surtout aussi temps d'approfondissement spirituel.

Avant ce mois d'avril, j'ai au minimum 2 livres à traduire pour aider un monastère, j'en ai un à traduire pour moi car il me tient à coeur, et il faut que je prépare un numéro de "La Voile" si je ne veux pas la laisser s'affaler pour de bon. A côté de cela, j'ai aussi une reprise d'activités professionnelles tout à fait inespérée, que je dois gérer avec sagesse. Et un nouveau pèlerinage athonite déjà en préparation – j'y était attendu pour Noël mais ce n'était pas possible, alors on le fera avant l'été. Et puis il y a ma famille, que vous voudrez bien replacer en numéro 1 dans la liste des priorités, car je ne la place en finale que pour mieux la mettre en exergue.

Cependant, je ne vous laisse pas sans lecture spirituelle. Il y aura quelques articles préparés et postés de manière occasionnelle, 1 ou 2 par mois, rarement plus. Sans liaison nécessaire avec le calendrier liturgique, car il me faut "écouler" des textes déjà prêts et n'ayant pas trouvé le temps de publication (ou il y avait déjà de trop en ligne le jour prévu). Mais surtout, voyez en marge de gauche la partie "archives," car tout ce qui concerne la grande période liturgique depuis le Triode de Carême jusqu'à la Pentecôte, en passant par le Grand Carême, Pâques, la Semaine Radieuse et l'Ascension, tout cela a déjà reçu quantité d'articles (principalement des p. Alexander Schmemann, p. Thomas Hopko & p. Seraphim Holland). Des homélies splendides, des explications liturgiques, théologiques, iconographiques, rien ne manque pour un riche parcours. J'en ai encore autant à traduire pour ces mêmes sujets, car si on veut on ne s'arrête jamais. Et j'ai préparé des fichiers et des fichiers d'avance, plusieurs centaines d'articles encore à traduire... Mais il faut raison garder.. ou retrouver...

Aussi, pour cette période carémique, pascale & pentecostale-ci, je vous invite à replonger dans ces articles des années passées, surtout de 2007 et 2008 puisque ces 2 années-là, j'ai particulièrement "soigné" le cycle liturgique pascal & pentecostal. Vous y trouverez quantité de merveilles, je peux vous l'assurer.
Ah oui, il va sans dire que tant les commentaires des visiteurs que les articles "vanitas vanitatis" ne seront plus que très rarement postés, puisque je dois les valider pour qu'ils soient effectivement publiés. Comme mes articles seront prêts en mode "publication automatique," je n'interviendrai plus que rarement sur l'interface de gestion jusqu'à la fin de la pause spirituelle du blog.

Si vous cherchez une icône particulière pour une de ces fêtes, je vous recommande d'utiliser http://www.images.google.fr... et vous verrez que bien souvent, avec une recherche d'icône en donnant un nom français, vous retomberez sur un blog "bien connu." D'après mon moteur de recherche interne personnel, plusieurs milliers d'Icônes ornent en effet déjà les pages de ce blog.

Sinaï, 12ème s.
En ce jour où nous entrons dans le Triode de Carême, avec la Résurrection en ligne de mire, et aussi notre propre résurrection, à laquelle nous allons nous efforcer de travailler tout particulièrement, aidés par l'Église du Christ et tous ses saints Offices & prières, je vous souhaite un saint et riche périple spirituel. Merci de ne pas m'oublier dans vos prières, et le blog devrait retrouver un rythme un peu plus soutenu vers la fin du mois de mai.
La Pentecôte: la Mère de Dieu au milieu des Apôtres et disciples.
Enluminure de "l'évangéliaire du moine Ravula," 6ème siècle, Antioche.
Слизането на Св. Дух над апостолите. Може би най-древното изображение на Св. Петдесетница в Сирийското евангелие на монаха Равула (Rabbula Gospels) - VI в., Антиохийска църква.

En ce dimanche 8 février 2009, nous entrons dans le Triode du Grand Carême, première étape liturgique et spirituelle vers Pâques.

Le blog Saint Materne va à présent s'efforcer de prendre une allure de croisière, disons, plus détendue. Temps de "repos informatique" mais surtout aussi temps d'approfondissement spirituel.

Avant ce mois d'avril, j'ai au minimum 2 livres à traduire pour aider un monastère, j'en ai un à traduire pour moi car il me tient à coeur, et il faut que je prépare un numéro de "La Voile" si je ne veux pas la laisser s'affaler pour de bon. A côté de cela, j'ai aussi une reprise d'activités professionnelles tout à fait inespérée, que je dois gérer avec sagesse. Et un nouveau pèlerinage athonite déjà en préparation – j'y était attendu pour Noël mais ce n'était pas possible, alors on le fera avant l'été. Et puis il y a ma famille, que vous voudrez bien replacer en numéro 1 dans la liste des priorités, car je ne la place en finale que pour mieux la mettre en exergue.

Cependant, je ne vous laisse pas sans lecture spirituelle. Il y aura quelques articles préparés et postés de manière occasionnelle, 1 ou 2 par mois, rarement plus. Sans liaison nécessaire avec le calendrier liturgique, car il me faut "écouler" des textes déjà prêts et n'ayant pas trouvé le temps de publication (ou il y avait déjà de trop en ligne le jour prévu). Mais surtout, voyez en marge de gauche la partie "archives," car tout ce qui concerne la grande période liturgique depuis le Triode de Carême jusqu'à la Pentecôte, en passant par le Grand Carême, Pâques, la Semaine Radieuse et l'Ascension, tout cela a déjà reçu quantité d'articles (principalement des p. Alexander Schmemann, p. Thomas Hopko & p. Seraphim Holland). Des homélies splendides, des explications liturgiques, théologiques, iconographiques, rien ne manque pour un riche parcours. J'en ai encore autant à traduire pour ces mêmes sujets, car si on veut on ne s'arrête jamais. Et j'ai préparé des fichiers et des fichiers d'avance, plusieurs centaines d'articles encore à traduire... Mais il faut raison garder.. ou retrouver...

Aussi, pour cette période carémique, pascale & pentecostale-ci, je vous invite à replonger dans ces articles des années passées, surtout de 2007 et 2008 puisque ces 2 années-là, j'ai particulièrement "soigné" le cycle liturgique pascal & pentecostal. Vous y trouverez quantité de merveilles, je peux vous l'assurer.
Ah oui, il va sans dire que tant les commentaires des visiteurs que les articles "vanitas vanitatis" ne seront plus que très rarement postés, puisque je dois les valider pour qu'ils soient effectivement publiés. Comme mes articles seront prêts en mode "publication automatique," je n'interviendrai plus que rarement sur l'interface de gestion jusqu'à la fin de la pause spirituelle du blog.

Si vous cherchez une icône particulière pour une de ces fêtes, je vous recommande d'utiliser http://www.images.google.fr... et vous verrez que bien souvent, avec une recherche d'icône en donnant un nom français, vous retomberez sur un blog "bien connu." D'après mon moteur de recherche interne personnel, plusieurs milliers d'Icônes ornent en effet déjà les pages de ce blog.

En ce jour où nous entrons dans le Triode de Carême, avec la Résurrection en ligne de mire, et aussi notre propre résurrection, à laquelle nous allons nous efforcer de travailler tout particulièrement, aidés par l'Église du Christ et tous ses saints Offices & prières, je vous souhaite un saint et riche périple spirituel. Merci de ne pas m'oublier dans vos prières, et le blog devrait retrouver un rythme un peu plus soutenu vers la fin du mois de mai.
La Pentecôte: la Mère de Dieu au milieu des Apôtres et disciples.Enluminure de "l'évangéliaire du moine Ravula," 6ème siècle, Antioche.
Слизането на Св. Дух над апостолите. Може би най-древното изображение на Св. Петдесетница в Сирийското евангелие на монаха Равула (Rabbula Gospels) - VI в., Антиохийска църква.
18 février 2008
Elle passera vite, cette semaine sans jeûne, première du Triode... (matushka Ann)
Quel que soit le calendrier liturgique que vous suiviez, si vous êtes Orthodoxes, cette semaine est une semaine sans jeûne, de sorte que quand nous mangerons notre crème glacée mercredi et notre pizza vendredi, nous nous rappellerons que nous péchons comme le Publicain plus que nous ne jeûnons comme le Pharisien, de sorte que nous devrions essayer de devenir humble comme le premier – et de jeûner comme le second.La semaine prochaine sera la dernière semaine normale jusqu'après la Semaine Radieuse. Les mercredis et vendredis seront jours de jeûne, mais nous pourront manger de la viande les autres jours.
La semaine d'après sera la semaine de la tyrophagie, dernière semaine où nous pourrons manger des laitages. Les mercredis et vendredis ne seront pas des jours de jeûne, mais nous ne mangerons cependant plus de viande, en anticipation du jeûne à venir.
Et puis ensuite, VLAM! le Lundi suivant sera là, et avec lui le Grand Carême commencera pour nous.
Aussi, en ce qui concerne cette semaine-ci, profitez-en
En Christ,
Matushka Ann Larda
17 février 2008
P. Schmemann: homélie du Dimanche du Publicain et du Pharisien
http://groups.google.be/group/alt.religion.christian.east-orthodox
Une des caractéristiques principales des Évangiles, et quelque chose d'assez unique en eux, ce sont ces courts récits appelés paraboles, dont Jésus faisait usage dans Ses enseignements et rencontres avec les gens. Ce qui est le plus frappant dans ces paraboles, prononcées il y a quelque 2.000 ans d'ici, dans des conditions complètement différentes des nôtres, dans une civilisation différente, dans une langue totalement différente, c'est qu'elle reste actuelles et frappent toujours au centre de leur cible; elles nous vont droit au coeur. D'autres livres, d'autres paroles écrites bien plus récemment, peut-être hier ou avant-hier, sont déjà de vieilles nouvelles, dépassées, oubliées, disparues dans le néant. Elles ne nous disent déjà plus rien, elles sont mortes. Mais ces paraboles, en apparence si simples et sans sophistication, continuent à remplir la vie. Nous les écoutons et quelque chose nous arrive, comme si "quelqu'un" était occupé à scruter la partie la plus profonde de notre vie, et nous dire quelque chose juste à propos de nous, juste à propos de moi.
Dans cette parabole du Publicain et du Pharisien, nous avons l'histoire de 2 hommes. Le Publicain était un collecteur d'impôt, un métier particulièrement méprisé dans l'ancien monde. Le Pharisien appartenait au parti dirigeant, l'élite de cette société et gouvernement. Dans le langage actuel, nous pourrions dire que la parabole du Publicain et du Pharisien est un récit symbolique à propos d'un respectable représentant de la classe dirigeante, d'un côté, et un minable et peu recommandable "apparatchik" de l'autre côté. Le Christ dit : "Deux hommes montèrent prier au temple; l'un était pharisien, l'autre publicain. Debout, le pharisien priait en lui-même: 'Je te remercie, mon Dieu, de ne pas être comme le reste des hommes, rapaces, malhonnêtes, adultères, ni même comme le publicain que voilà; je jeûne 2 fois la semaine; je paie la dîme de tous mes revenus.' Le publicain, lui, restant à distance, n'osait même pas lever les yeux au ciel; il se frappait la poitrine en disant: 'Ô Dieu, aie pitié du pécheur que je suis!' - Eh bien! Je vous le déclare, celui-ci redescendit chez lui justifié, au contraire de l'autre. Quiconque en effet s'élève, sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé" (Luc 18,10-14).
Dans l'Évangile, le récit ne prend que 5 courts versets, et cependant, cela contient quelque chose d'éternel, qui s'applique à toutes les époques et toutes les situations. Pour l'instant cependant, ne considérons la parabole qu'à la lumière de notre propre époque et de nous-mêmes. Si quelque chose se trouve bien au fondement de notre gouvernement, société, et oui, de notre propre vie, c'est bien l'auto-promotion, l'auto-affirmation du Pharisien, ou pour utiliser un terme plus vénérable et éternel, l'orgueil. Si nous prêtons l'oreille au battement du coeur de notre époque, nous ne pourrons qu'être étonnés par l'effrayante propagande personnelle, la vantardise et l'autosatisfaction éhontée qui est entrée dans notre vie d'une manière si complète que nous n'y prêtons pas même attention.
Toute auto-critique, tout auto-examen, toute auto-évaluation, et le moindre soupçon d'humilité sont devenus pas simplement des faiblesses, mais pire, un crime social ou même étatique. Aimer son pays veut à présent dire le vanter de manière honteuse tout en méprisant les autres nations. La loyauté veut à présent dire proclamer à jamais l'absence de péché des autorités. Être humain, à présent, cela signifie abaisser et piétiner les autres, s'élever en écrasant les autres. Analyser votre vie et la vie de votre société, sa structure de base, cela vous amènera, vous l'admettrez, à reconnaître que ceci en est une description exacte. Le monde dans lequel nous vivons est tellement imprégné d'une assourdissante vantardise qu'elle est devenue si naturelle, une part de la vie, au point que nous ne nous en rendons plus compte. C'est en effet ce qu'a fait remarquer Boris Pasternak, un des plus grands et clairvoyants poètes de notre temps : "... tout est submergé dans le pharisaïsme..."
Le plus terrifiant, bien entendu, c'est que le pharisaïsme est accepté comme une vertu. Nous avons été depuis si longtemps continuellement submergés de gloire, de réussite, de triomphes; nous avons depuis si longtemps été tenus captifs dans une atmosphère d'illusoire pseudo-grandeur, que tout cela nous semble maintenant bon et juste. Imprimée dans l'âme de générations entières, nous trouvons à présent une image du monde dans laquelle le pouvoir, l'orgueil et l'autosatisfaction éhontée sont la norme. Il est temps d'être horrifié de tout cela et de se souvenir des paroles de l'Évangile : quiconque s'exalte lui-même sera abaissé.
A présent, les rares qui ne font que commencer à parler de tout ça, à murmurer à ce sujet, ceux qui petit à petit rappellent cela au monde, ils sont traînés devant les tribunaux ou enfermés dans des hôpitaux psychiatriques. Ils sont harcelés sans pitié : "voyez ces traitres! Ils sont opposés à la grandeur et à la puissance de leur pays! Ils sont contre ses réussites! Ils doutent que nous sommes les meilleurs, les plus puissants, les plus libres, que nous avons le pays le plus heureux de tous. Soyez heureux que vous ne soyez pas comme ces malheureux renégats!" etc etc. Mais comprenez que le conflit, la guerre livrée par cette minorité assiégée, c'est un combat pour les fondements spirituels de notre vie même, parce que l'orgueil du Pharisien, ce ne sont pas que des mots. Tôt ou tard, son orgueil se remplit de haine, qui se tourne vers ceux qui refusent de reconnaître sa grandeur, sa perfection. Il s'en prend à eux par la persécution et la terreur. Ca mène à la mort. La parabole du Christ est comme un bistouri perçant le plus volumineux des bubons remplis de pus du monde contemporain: l'orgueil du Pharisien. Car aussi longtemps que grossit ce furoncle, le monde sera dirigé par la haine, la peur et le sang. Et c'est bien notre situation actuelle.
Il n'y a qu'en revenant à la puissance oubliée, discréditée et rejetée qu'est l'humilité que le monde sera purifié. Car l'humilité signifie l'acceptation et le respect de l'autre, le courage d'admettre la propre perfection, de se repentir, et de prendre le chemin de l'amendement. De quitter l'autosatisfaction, les mensonges et les ténèbres du Pharisien, et de revenir à la lumière et à la plénitude de la véritable humanité. De se tourner vers la vérité, vers l'humilité, et vers l'amour. Tel est l'appel contenu dans cette parabole du Christ, et en elle se trouve l'invitation, la première invitation de l'élan du Grand Carême...
[Extrait de
"Celebration of Faith" Sermons, Vol. 2 "The Church Year" par feu le protopresbytre Alexander Schmemann, 1994]
162 pages
éditeur: St. Vladimir's Seminary Press
ISBN 0-88141-138-8
Une des caractéristiques principales des Évangiles, et quelque chose d'assez unique en eux, ce sont ces courts récits appelés paraboles, dont Jésus faisait usage dans Ses enseignements et rencontres avec les gens. Ce qui est le plus frappant dans ces paraboles, prononcées il y a quelque 2.000 ans d'ici, dans des conditions complètement différentes des nôtres, dans une civilisation différente, dans une langue totalement différente, c'est qu'elle reste actuelles et frappent toujours au centre de leur cible; elles nous vont droit au coeur. D'autres livres, d'autres paroles écrites bien plus récemment, peut-être hier ou avant-hier, sont déjà de vieilles nouvelles, dépassées, oubliées, disparues dans le néant. Elles ne nous disent déjà plus rien, elles sont mortes. Mais ces paraboles, en apparence si simples et sans sophistication, continuent à remplir la vie. Nous les écoutons et quelque chose nous arrive, comme si "quelqu'un" était occupé à scruter la partie la plus profonde de notre vie, et nous dire quelque chose juste à propos de nous, juste à propos de moi.Dans cette parabole du Publicain et du Pharisien, nous avons l'histoire de 2 hommes. Le Publicain était un collecteur d'impôt, un métier particulièrement méprisé dans l'ancien monde. Le Pharisien appartenait au parti dirigeant, l'élite de cette société et gouvernement. Dans le langage actuel, nous pourrions dire que la parabole du Publicain et du Pharisien est un récit symbolique à propos d'un respectable représentant de la classe dirigeante, d'un côté, et un minable et peu recommandable "apparatchik" de l'autre côté. Le Christ dit : "Deux hommes montèrent prier au temple; l'un était pharisien, l'autre publicain. Debout, le pharisien priait en lui-même: 'Je te remercie, mon Dieu, de ne pas être comme le reste des hommes, rapaces, malhonnêtes, adultères, ni même comme le publicain que voilà; je jeûne 2 fois la semaine; je paie la dîme de tous mes revenus.' Le publicain, lui, restant à distance, n'osait même pas lever les yeux au ciel; il se frappait la poitrine en disant: 'Ô Dieu, aie pitié du pécheur que je suis!' - Eh bien! Je vous le déclare, celui-ci redescendit chez lui justifié, au contraire de l'autre. Quiconque en effet s'élève, sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé" (Luc 18,10-14).
Dans l'Évangile, le récit ne prend que 5 courts versets, et cependant, cela contient quelque chose d'éternel, qui s'applique à toutes les époques et toutes les situations. Pour l'instant cependant, ne considérons la parabole qu'à la lumière de notre propre époque et de nous-mêmes. Si quelque chose se trouve bien au fondement de notre gouvernement, société, et oui, de notre propre vie, c'est bien l'auto-promotion, l'auto-affirmation du Pharisien, ou pour utiliser un terme plus vénérable et éternel, l'orgueil. Si nous prêtons l'oreille au battement du coeur de notre époque, nous ne pourrons qu'être étonnés par l'effrayante propagande personnelle, la vantardise et l'autosatisfaction éhontée qui est entrée dans notre vie d'une manière si complète que nous n'y prêtons pas même attention.
Toute auto-critique, tout auto-examen, toute auto-évaluation, et le moindre soupçon d'humilité sont devenus pas simplement des faiblesses, mais pire, un crime social ou même étatique. Aimer son pays veut à présent dire le vanter de manière honteuse tout en méprisant les autres nations. La loyauté veut à présent dire proclamer à jamais l'absence de péché des autorités. Être humain, à présent, cela signifie abaisser et piétiner les autres, s'élever en écrasant les autres. Analyser votre vie et la vie de votre société, sa structure de base, cela vous amènera, vous l'admettrez, à reconnaître que ceci en est une description exacte. Le monde dans lequel nous vivons est tellement imprégné d'une assourdissante vantardise qu'elle est devenue si naturelle, une part de la vie, au point que nous ne nous en rendons plus compte. C'est en effet ce qu'a fait remarquer Boris Pasternak, un des plus grands et clairvoyants poètes de notre temps : "... tout est submergé dans le pharisaïsme..."
Le plus terrifiant, bien entendu, c'est que le pharisaïsme est accepté comme une vertu. Nous avons été depuis si longtemps continuellement submergés de gloire, de réussite, de triomphes; nous avons depuis si longtemps été tenus captifs dans une atmosphère d'illusoire pseudo-grandeur, que tout cela nous semble maintenant bon et juste. Imprimée dans l'âme de générations entières, nous trouvons à présent une image du monde dans laquelle le pouvoir, l'orgueil et l'autosatisfaction éhontée sont la norme. Il est temps d'être horrifié de tout cela et de se souvenir des paroles de l'Évangile : quiconque s'exalte lui-même sera abaissé.
A présent, les rares qui ne font que commencer à parler de tout ça, à murmurer à ce sujet, ceux qui petit à petit rappellent cela au monde, ils sont traînés devant les tribunaux ou enfermés dans des hôpitaux psychiatriques. Ils sont harcelés sans pitié : "voyez ces traitres! Ils sont opposés à la grandeur et à la puissance de leur pays! Ils sont contre ses réussites! Ils doutent que nous sommes les meilleurs, les plus puissants, les plus libres, que nous avons le pays le plus heureux de tous. Soyez heureux que vous ne soyez pas comme ces malheureux renégats!" etc etc. Mais comprenez que le conflit, la guerre livrée par cette minorité assiégée, c'est un combat pour les fondements spirituels de notre vie même, parce que l'orgueil du Pharisien, ce ne sont pas que des mots. Tôt ou tard, son orgueil se remplit de haine, qui se tourne vers ceux qui refusent de reconnaître sa grandeur, sa perfection. Il s'en prend à eux par la persécution et la terreur. Ca mène à la mort. La parabole du Christ est comme un bistouri perçant le plus volumineux des bubons remplis de pus du monde contemporain: l'orgueil du Pharisien. Car aussi longtemps que grossit ce furoncle, le monde sera dirigé par la haine, la peur et le sang. Et c'est bien notre situation actuelle.
Il n'y a qu'en revenant à la puissance oubliée, discréditée et rejetée qu'est l'humilité que le monde sera purifié. Car l'humilité signifie l'acceptation et le respect de l'autre, le courage d'admettre la propre perfection, de se repentir, et de prendre le chemin de l'amendement. De quitter l'autosatisfaction, les mensonges et les ténèbres du Pharisien, et de revenir à la lumière et à la plénitude de la véritable humanité. De se tourner vers la vérité, vers l'humilité, et vers l'amour. Tel est l'appel contenu dans cette parabole du Christ, et en elle se trouve l'invitation, la première invitation de l'élan du Grand Carême...
[Extrait de

"Celebration of Faith" Sermons, Vol. 2 "The Church Year" par feu le protopresbytre Alexander Schmemann, 1994]

*-*-*-*-*-*
Description du livre sur Amazon.com162 pages
éditeur: St. Vladimir's Seminary Press
ISBN 0-88141-138-8
Dimanche du Publicain et du Pharisien, commencement du Triode du Grand Carême (OCA)
http://ocafs.oca.org/FeastSaintsViewer.asp?FSM=2&FSD=17
Le dimanche qui suit le Dimanche de Zachée est consacré au Publicain et au Pharisien. Aux Vêpres la veille au soir, commence le TRIODON (le livre liturgique utilisé pour les offices du Grand Carême).
Deux hommes allèrent au Temple pour prier. L'un était un Pharisien qui observait scrupuleusement les règles religieuses: il priait, jeûnait et contribuait financièrement au Temple. Ce sont de très bonnes choses, qui devraient être imitées par quiconque aime Dieu. Celui qui ne remplit pas ces obligations aussi bien que le Pharisien le fait ne devrait pas se sentir autorisé à le critiquer pour être fidèle. Son péché à lui, c'était son mépris, sa condescendance vis à vis du Publicain, et de se sentir justifié du fait de ses observances religieuses extérieures.
Le second était un Publicain, un percepteur d'impôts, méprisé par le peuple. Cependant, lui, il fit preuve d'humilité, et cette humilité le justifia devant Dieu (Luc 18,14).
La leçon à apprendre, c'est que nous ne possédons ni la piété religieuse du Pharisien, ni la repentance du Publicain, à travers laquelle nous pouvons être sauvés. Nous sommes appelés à nous voir nous-mêmes tels que nous sommes réellement dans la lumière de l'enseignement du Christ, Lui demandant de nous être miséricordieux, de nous délivrer du péché, et de nous guider sur le chemin du Salut.
Le dimanche qui suit le Dimanche de Zachée est consacré au Publicain et au Pharisien. Aux Vêpres la veille au soir, commence le TRIODON (le livre liturgique utilisé pour les offices du Grand Carême).
Deux hommes allèrent au Temple pour prier. L'un était un Pharisien qui observait scrupuleusement les règles religieuses: il priait, jeûnait et contribuait financièrement au Temple. Ce sont de très bonnes choses, qui devraient être imitées par quiconque aime Dieu. Celui qui ne remplit pas ces obligations aussi bien que le Pharisien le fait ne devrait pas se sentir autorisé à le critiquer pour être fidèle. Son péché à lui, c'était son mépris, sa condescendance vis à vis du Publicain, et de se sentir justifié du fait de ses observances religieuses extérieures.Le second était un Publicain, un percepteur d'impôts, méprisé par le peuple. Cependant, lui, il fit preuve d'humilité, et cette humilité le justifia devant Dieu (Luc 18,14).
La leçon à apprendre, c'est que nous ne possédons ni la piété religieuse du Pharisien, ni la repentance du Publicain, à travers laquelle nous pouvons être sauvés. Nous sommes appelés à nous voir nous-mêmes tels que nous sommes réellement dans la lumière de l'enseignement du Christ, Lui demandant de nous être miséricordieux, de nous délivrer du péché, et de nous guider sur le chemin du Salut.
Le Triode du Grand Carême: explications, homélie & articles pour comprendre et méditer
Avec le Dimanche du Publicain et du Pharisien, l'Église inaugure la période liturgique du TRIODE qui couvre 10 semaines préparatoires à la fête de Pâques et qui se termine au Samedi Saint. Cette période s'appelle ainsi parce qu'à l'Office des Matines, les Canons ne comprennent plus que 3 odes (tri-odes) au lieu de 9 et qu'ils sont contenus dans le livre liturgique propre à ce temps qui porte lui-aussi le nom de "Triode."
Ce premier jour du Triode, nous faisons mémoire de la parabole du pharisien et du publicain. Qui est comme le pharisien, qu'il s'éloigne du sanctuaire, car le Christ est dedans, qu'on doit recevoir dans l'humilité.

Tropaire de la Résurrection, ton 5
Verbe coéternel au Père et à l’Esprit,+ Toi qui es né de la Vierge pour notre Salut,/ nous Te chantons, nous les fidèles, et T’adorons, Seigneur ;// car Tu as bien voulu souffrir en montant sur la Croix pour y subir la mort en Ta chair/ et ressusciter les morts en Ta sainte et glorieuse Résurrection.//
Kondakion du dimanche du Publicain et du Pharisien (ton 3)
Pécheurs comme le publicain, implorons le Seigneur. Il est notre Maître, prosternons-nous devant Lui, car Il veut le salut de tous les hommes et donne l'absolution à ceux qui se repentent. Il s'est incarné pour nous, Dieu avec le Père sans commencement.
Kondakion du dimanche du Publicain et du Pharisien (ton 4)
Fuyons l'orgueil du pharisien mais apprenons l'humilité du publicain. Implorons et invoquons le Sauveur : Pardonne-nous, seul Réconciliateur.
Épître du Triode : 2 Timothée 3, 10-15
Quant à toi, Timothée, tu t'es appliqué à me suivre dans mon enseignement, ma conduite, mes projets, dans ma Foi, ma patience, mon amour, ma constance, dans les persécutions et les épreuves qui me sont survenues à Antioche, à Iconium, à Lystres. Quelles persécutions n'ai-je pas eu à subir! Et toujours le Seigneur m'en a délivré. Aussi bien, tous ceux qui voudront vivre pieusement dans le Christ Jésus auront à subir la persécution. Tandis que les méchants et imposteurs, séduits en même temps que séducteurs, s'enfonceront toujours plus dans le mal.
Évangile du Triode : Luc 18, 10-14
En ce temps-là, Jésus dit la parabole suivante.
"Deux hommes montèrent prier au temple; l'un était pharisien, l'autre publicain. Debout, le pharisien priait en lui-même: 'Je te remercie, mon Dieu, de ne pas être comme le reste des hommes, rapaces, malhonnêtes, adultères, ni même comme le publicain que voilà; je jeûne 2 fois la semaine; je paie la dîme de tous mes revenus.' Le publicain, lui, restant à distance, n'osait même pas lever les yeux au ciel; il se frappait la poitrine en disant: 'Ô Dieu, aie pitié du pécheur que je suis!' - Eh bien! Je vous le déclare, celui-ci redescendit chez lui justifié, au contraire de l'autre. Quiconque en effet s'élève, sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé."
Or, durant ces 3 semaines de mise en condition vitale pour vivre correctement le temps du Carême, l'Église ne cesse de nous dire : "Vous allez jeûner, prier, faire de nombreuses métanies. C'est très bien et je suis la première à vous inviter à le faire. Mais attention! "La sagesse qui conduit au Salut, c'est la Foi dans le Christ Jésus" (cf. l'épître d'aujourd'hui). Cette foi est mystérieusement suscitée en vous par la Grâce divine. Détournez-vous donc de vous-mêmes, de vos œuvres, de vos mérites, de votre moralité, voire de votre piété. Renoncez à vous faire valoir devant Dieu et les hommes, puisque vous ne vivez que par la Grâce divine. Décrassez les vitres, raclez la peinture qui les rendent opaques, mais ne cédez surtout pas à l'imbécile tentation de croire que, ce faisant, vous produisez la lumière qui doit passer à travers les vitres. Ne vous prenez surtout pas pour des agents de votre propre divinisation."
Et aujourd'hui la sainte Église entreprend de nous tenir ce langage avec l'épisode du Pharisien et du Publicain. Elle nous dit: Jeûnez, mais pas avec la mentalité du Pharisien. Jeûnez, mais en ayant les sentiments du Publicain.
Qu'était-ce, au temps de Jésus, qu'un pharisien ?
Les pharisiens étaient une association qui se flattait de connaître plus exactement que quiconque la Loi de Dieu, dans son texte et dans sa tradition organisée, pour la pratiquer ponctuellement et pour l'imposer aux autres. A une connaissance plus approfondie de la Loi et de la tradition dont ils étaient fiers, ils joignaient en principe l'application la plus stricte de la Loi et des points qu'ils en avaient déduits. La Loi n'avait pas tout prévu. Il fallait régler un grand nombre de cas au jour le jour, c'est-à-dire rendre des arrêts. Ceux des anciens faisaient autorité. D'autres venaient s'y joindre. Chez les Juifs, personne n'avait un pouvoir législatif comparable à celui de Moïse. Il y avait donc une situation fausse pour les docteurs, s'efforçant vainement de mettre des déductions plus ou moins justes sur le même rang que le texte lui-même. Se croyant obligés de faire prévaloir une autorité qu'ils n'avaient pas, il leur arrivait de tomber dans une infatuation voisine de la présomption et de l'orgueil. Mais le principal danger était de se faire de la supériorité dans la doctrine et dans la pratique une raison de se séparer des autres et de les mépriser. C'est ce qui se produisit notamment par la façon dont les docteurs insistèrent sur le sabbat, le soin de la pureté légale et le paiement des dîmes aux lévites et aux prêtres. On en était arrivé à refuser de manger un œuf pondu le jour du sabbat ou un fruit tombé de l'arbre à pareil jour ! L'erreur fondamentale du pharisaïsme fut de faire du zèle religieux une raison d'éviter les relations cordiales avec le prochain et presque un devoir de le mépriser comme impur. En effet, une observation très stricte de la Loi, souvent impossible au commun des mortels, mettait les Pharisiens dans une classe à part, grandement scandalisée des dérogations aux règles nouvelles qu'ils avaient posées.
"Mon Dieu, dit le Pharisien au Temple, "je Te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste du monde".
L'Église, elle, nous prépare au Grand Carême en cultivant un certain humour : au cours de la semaine qui suit ce dimanche, elle nous autorise à manger de la viande, même le mercredi et le vendredi. En ne nous abstenant pas de viande ces jours-là, nous devons penser à la "jactance du Pharisien" (kondakion du jour). Nous devons nous dire que notre Carême sera un excellent moyen d'aller en enfer, si nous en faisons l'occasion de nous faire valoir aux yeux de Dieu et des hommes, surtout aux yeux de ceux qui ne pratiqueront pas la même ascèse. Et dans la nuit de Pâques, la sainte Église, ayant gardé la même préoccupation, nous fera lire la catéchèse dite de saint Jean Chrysostome: "Vous qui avez jeûné et vous qui ne l'avez pas fait, réjouissez-vous aujourd'hui".
archiprêtre André Borrély
paroisse Saint Irénée (patriarcat de Constantinople)
1, Rue Raoul Ponchon, 13010 Marseille
(introduction & homélie d'après une page de 2006 du site de l'Église Orthodoxe en Estonie)
Le Grand Canon de saint André de Crête, explications et textes:
http://pagesorthodoxes.net/metanoia/grand-canon1.htm

Une vibrante invitation à ne pas retarder sa confession pour bien entamer le Grand Carême :
http://www.orthodoxie.com/2008/02/dimanche-du-pub.html
Très intéressant à (re)lire ou à découvrir :
Le Triode du Grand Carême, un exposé de la Moniale Evfrosyna présenté au 5ème Stage de Chant liturgique du Diocèse d'Europe Occidentale au Couvent de Lesna en juillet 1997 :
http://pagesperso-orange.fr/stranitchka/VO23/Le_Triode_de_Careme.html
Et alors, ils jeûneront... (Matthieu 9,14-16) - méditation historico-spirituelle sur le sens du jeûne, du Grand Carême, de la vie Chrétienne et de Pâques, par Mgr Isaiah (Kapsimalis), métropolite de Denver
P. Schmemann – La structure liturgique du Grand Carême
La veille de ce jour-là, à savoir le samedi lors de l'Office de Vigile, le Triode, livre liturgique de la période de Grand Carême, fait sa première ...
Dimanche du Publicain et du Pharisien (Début du Triode de Carême) - une méditation de Matthew C. Steenberg (Londres, enseigne la patrologie orthodoxe à Oxford)

Dans l'Église du Christ, dans ses paroisses de Rite Orthodoxe Occidental, c'est la Septuagésime, ancien nom occidental pour cette période préparatoire au même Grand Carême, avec même rythme de jeûne & prière que dans les paroisses Orthodoxes des divers Rites orientaux. Une Église qui est Une, avec diversité de peuples, langues, cultures et Rites liturgiques: telle est la divine symphonie de l'Église Indivise.
Septuagésime pour les paroisses de Rite Occidental du Synode Hors Frontières au sein du Patriarcat de Moscou :
lectures & homélie d'après le Saint-Colman Prayer Book EORHF 2005
Explicatif de cette période dans le Rite Orthodoxe Occidental :
Le Grand Carême & les dimanches en "gésime" (AWRV)
Ce premier jour du Triode, nous faisons mémoire de la parabole du pharisien et du publicain. Qui est comme le pharisien, qu'il s'éloigne du sanctuaire, car le Christ est dedans, qu'on doit recevoir dans l'humilité.

Tropaire de la Résurrection, ton 5
Verbe coéternel au Père et à l’Esprit,+ Toi qui es né de la Vierge pour notre Salut,/ nous Te chantons, nous les fidèles, et T’adorons, Seigneur ;// car Tu as bien voulu souffrir en montant sur la Croix pour y subir la mort en Ta chair/ et ressusciter les morts en Ta sainte et glorieuse Résurrection.//
Kondakion du dimanche du Publicain et du Pharisien (ton 3)
Pécheurs comme le publicain, implorons le Seigneur. Il est notre Maître, prosternons-nous devant Lui, car Il veut le salut de tous les hommes et donne l'absolution à ceux qui se repentent. Il s'est incarné pour nous, Dieu avec le Père sans commencement.
Kondakion du dimanche du Publicain et du Pharisien (ton 4)
Fuyons l'orgueil du pharisien mais apprenons l'humilité du publicain. Implorons et invoquons le Sauveur : Pardonne-nous, seul Réconciliateur.
Épître du Triode : 2 Timothée 3, 10-15
Quant à toi, Timothée, tu t'es appliqué à me suivre dans mon enseignement, ma conduite, mes projets, dans ma Foi, ma patience, mon amour, ma constance, dans les persécutions et les épreuves qui me sont survenues à Antioche, à Iconium, à Lystres. Quelles persécutions n'ai-je pas eu à subir! Et toujours le Seigneur m'en a délivré. Aussi bien, tous ceux qui voudront vivre pieusement dans le Christ Jésus auront à subir la persécution. Tandis que les méchants et imposteurs, séduits en même temps que séducteurs, s'enfonceront toujours plus dans le mal.
Évangile du Triode : Luc 18, 10-14
En ce temps-là, Jésus dit la parabole suivante.
"Deux hommes montèrent prier au temple; l'un était pharisien, l'autre publicain. Debout, le pharisien priait en lui-même: 'Je te remercie, mon Dieu, de ne pas être comme le reste des hommes, rapaces, malhonnêtes, adultères, ni même comme le publicain que voilà; je jeûne 2 fois la semaine; je paie la dîme de tous mes revenus.' Le publicain, lui, restant à distance, n'osait même pas lever les yeux au ciel; il se frappait la poitrine en disant: 'Ô Dieu, aie pitié du pécheur que je suis!' - Eh bien! Je vous le déclare, celui-ci redescendit chez lui justifié, au contraire de l'autre. Quiconque en effet s'élève, sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé."
HOMÉLIE
Nous sommes à 70 jours de Pâques. Ce dimanche est dans le rite byzantin, l'équivalent du Dimanche de la Septuagésime dans le rite romain. L'Église qui est une mère pleine de bonté, qui connaît le cœur de l'homme, se conduit avec nous en pédagogue. Elle ne veut pas nous faire passer brusquement d'une vie qui trop souvent, hélas, est loin de la ferveur des premières générations chrétiennes, à l'intensité de prière et d'ascèse du Grand Carême. C'est pourquoi, de même qu'un vestibule en forme de portique (le "narthex") ménage une transition entre la rue et la nef de l'église, de même un porche liturgique et spirituel de 3 semaines nous prépare aux labeurs de l'ascèse du Grand Carême. En Orient, ce sont les dimanches du Pharisien et du Publicain; de l'Enfant Prodigue; du Carnaval; et du Laitage. En Occident, ce sont les dimanches de la Septuagésime, de la Sexagésime et de la Quinquagésime.Or, durant ces 3 semaines de mise en condition vitale pour vivre correctement le temps du Carême, l'Église ne cesse de nous dire : "Vous allez jeûner, prier, faire de nombreuses métanies. C'est très bien et je suis la première à vous inviter à le faire. Mais attention! "La sagesse qui conduit au Salut, c'est la Foi dans le Christ Jésus" (cf. l'épître d'aujourd'hui). Cette foi est mystérieusement suscitée en vous par la Grâce divine. Détournez-vous donc de vous-mêmes, de vos œuvres, de vos mérites, de votre moralité, voire de votre piété. Renoncez à vous faire valoir devant Dieu et les hommes, puisque vous ne vivez que par la Grâce divine. Décrassez les vitres, raclez la peinture qui les rendent opaques, mais ne cédez surtout pas à l'imbécile tentation de croire que, ce faisant, vous produisez la lumière qui doit passer à travers les vitres. Ne vous prenez surtout pas pour des agents de votre propre divinisation."
Et aujourd'hui la sainte Église entreprend de nous tenir ce langage avec l'épisode du Pharisien et du Publicain. Elle nous dit: Jeûnez, mais pas avec la mentalité du Pharisien. Jeûnez, mais en ayant les sentiments du Publicain.
Qu'était-ce, au temps de Jésus, qu'un pharisien ?
Les pharisiens étaient une association qui se flattait de connaître plus exactement que quiconque la Loi de Dieu, dans son texte et dans sa tradition organisée, pour la pratiquer ponctuellement et pour l'imposer aux autres. A une connaissance plus approfondie de la Loi et de la tradition dont ils étaient fiers, ils joignaient en principe l'application la plus stricte de la Loi et des points qu'ils en avaient déduits. La Loi n'avait pas tout prévu. Il fallait régler un grand nombre de cas au jour le jour, c'est-à-dire rendre des arrêts. Ceux des anciens faisaient autorité. D'autres venaient s'y joindre. Chez les Juifs, personne n'avait un pouvoir législatif comparable à celui de Moïse. Il y avait donc une situation fausse pour les docteurs, s'efforçant vainement de mettre des déductions plus ou moins justes sur le même rang que le texte lui-même. Se croyant obligés de faire prévaloir une autorité qu'ils n'avaient pas, il leur arrivait de tomber dans une infatuation voisine de la présomption et de l'orgueil. Mais le principal danger était de se faire de la supériorité dans la doctrine et dans la pratique une raison de se séparer des autres et de les mépriser. C'est ce qui se produisit notamment par la façon dont les docteurs insistèrent sur le sabbat, le soin de la pureté légale et le paiement des dîmes aux lévites et aux prêtres. On en était arrivé à refuser de manger un œuf pondu le jour du sabbat ou un fruit tombé de l'arbre à pareil jour ! L'erreur fondamentale du pharisaïsme fut de faire du zèle religieux une raison d'éviter les relations cordiales avec le prochain et presque un devoir de le mépriser comme impur. En effet, une observation très stricte de la Loi, souvent impossible au commun des mortels, mettait les Pharisiens dans une classe à part, grandement scandalisée des dérogations aux règles nouvelles qu'ils avaient posées.
"Mon Dieu, dit le Pharisien au Temple, "je Te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste du monde".
L'Église, elle, nous prépare au Grand Carême en cultivant un certain humour : au cours de la semaine qui suit ce dimanche, elle nous autorise à manger de la viande, même le mercredi et le vendredi. En ne nous abstenant pas de viande ces jours-là, nous devons penser à la "jactance du Pharisien" (kondakion du jour). Nous devons nous dire que notre Carême sera un excellent moyen d'aller en enfer, si nous en faisons l'occasion de nous faire valoir aux yeux de Dieu et des hommes, surtout aux yeux de ceux qui ne pratiqueront pas la même ascèse. Et dans la nuit de Pâques, la sainte Église, ayant gardé la même préoccupation, nous fera lire la catéchèse dite de saint Jean Chrysostome: "Vous qui avez jeûné et vous qui ne l'avez pas fait, réjouissez-vous aujourd'hui".
archiprêtre André Borrély
paroisse Saint Irénée (patriarcat de Constantinople)
1, Rue Raoul Ponchon, 13010 Marseille
(introduction & homélie d'après une page de 2006 du site de l'Église Orthodoxe en Estonie)
Le Grand Canon de saint André de Crête, explications et textes:
http://pagesorthodoxes.net/metanoia/grand-canon1.htm

Une vibrante invitation à ne pas retarder sa confession pour bien entamer le Grand Carême :
http://www.orthodoxie.com/2008/02/dimanche-du-pub.html
Très intéressant à (re)lire ou à découvrir :
Le Triode du Grand Carême, un exposé de la Moniale Evfrosyna présenté au 5ème Stage de Chant liturgique du Diocèse d'Europe Occidentale au Couvent de Lesna en juillet 1997 :
http://pagesperso-orange.fr/stranitchka/VO23/Le_Triode_de_Careme.html
Et alors, ils jeûneront... (Matthieu 9,14-16) - méditation historico-spirituelle sur le sens du jeûne, du Grand Carême, de la vie Chrétienne et de Pâques, par Mgr Isaiah (Kapsimalis), métropolite de Denver
P. Schmemann – La structure liturgique du Grand Carême
La veille de ce jour-là, à savoir le samedi lors de l'Office de Vigile, le Triode, livre liturgique de la période de Grand Carême, fait sa première ...
Dimanche du Publicain et du Pharisien (Début du Triode de Carême) - une méditation de Matthew C. Steenberg (Londres, enseigne la patrologie orthodoxe à Oxford)

Dans l'Église du Christ, dans ses paroisses de Rite Orthodoxe Occidental, c'est la Septuagésime, ancien nom occidental pour cette période préparatoire au même Grand Carême, avec même rythme de jeûne & prière que dans les paroisses Orthodoxes des divers Rites orientaux. Une Église qui est Une, avec diversité de peuples, langues, cultures et Rites liturgiques: telle est la divine symphonie de l'Église Indivise.
Septuagésime pour les paroisses de Rite Occidental du Synode Hors Frontières au sein du Patriarcat de Moscou :
lectures & homélie d'après le Saint-Colman Prayer Book EORHF 2005
Explicatif de cette période dans le Rite Orthodoxe Occidental :
Le Grand Carême & les dimanches en "gésime" (AWRV)
02 avril 2007
P. Schmemann: Stucture et explication liturgique des jours de la Semaine Sainte (1)
LUNDI, MARDI, MERCREDI : LA FIN
Ces 3 jours, que l'Église appelle Grands et Saints, ont un but bien précis au coeur du développement liturgique de la Semaine Sainte. Toutes leurs célébrations sont mises en perspectives de la Fin; ils nous rappellent la signification eschatologique de Pâques. Bien trop souvent, la Semaine Sainte est considérée comme une des "magnifiques traditions" ou "coutumes", une "partie" de notre calendrier qui coule de source. Nous la prenons telle qu'on la donne, et la chérissons comme un événement annuel apprécié que nous avons "observé" depuis l'enfance, nous admirons la beauté de ses Offices, la pompe de ses rites, et bien sûr, et ce n'est pas la moindre des choses, nous aimons tout le remue-ménage à propos de la table Pascale. Et ensuite, quand tout cela est fini, nous reprenons le cours habituel de notre vie. Mais est-ce que nous comprenons que lorsque le monde a rejeté son Sauveur, quand "Jésus commença à ressentir tristesse et angoisse.. avec Son âme triste à en mourir" (Mt 26,37-38), lorsqu'Il mourut sur la Croix, la "vie normale" parvint à son terme, et elle n'est plus possible. Car c'était des gens "normaux" qui ont hurlé "Crucifies-Le!", qui Lui ont craché dessus, et qui L'ont cloué sur la Croix. Et ils Le haïssaient et L'ont tué précisément parce qu'Il dérangeait le cours de leur vie normale. C'était en effet un monde parfaitement "normal" qui préféra les ténèbres et la mort à la Lumière et à la Vie... Par la mort de Jésus, le monde "normal", et la vie "normale" ont été irrévocablement condamnés. Ou plutôt, ils ont révélé leur véritable et anormale incapacité à recevoir la Lumière, tant est terrible le pouvoir du mal qui les habite. "Maintenant est le jugement de ce monde" (Jean 12,31). La Pâque de Jésus signifia sa fin à "ce monde", et il en est ainsi depuis lors. Cette fin peut bien durer pour des centaines de siècles, cela n'enlève en rien à la nature de l'époque que nous vivons, ce sont bien les "derniers temps.""Car elle passe, la figure de ce monde..." (1 Cor. 7,31).
Pâque signifie passage. La fête de la Pâque était pour le Juifs la commémoration annuelle de toute leur histoire de salut, et d'un salut en tant que passage depuis l'esclavage en Égypte à la liberté, de l'exil à la Terre Promise. C'était aussi une anticipation de l'ultime passage – vers le Royaume de Dieu. Et Christ fut l'accomplissement de Pâque. Il accomplit l'ultime passage : de la mort à la vie, de ce "vieux monde" au nouveau monde dans le nouveau temps du Royaume. Et Il nous ouvrit la possibilité de ce passage. Vivants en "ce monde-ci", nous pouvons déjà "ne plus être de ce monde", c-à-d être libres de l'esclavage du péché et de la mort, participants au "monde à venir." Mais pour cela, nous devons aussi accomplir notre propre passage, nous devons condamner le vieil Adam en nous, nous devons revêtir le Christ dans la mort baptismale et avoir notre véritable vie cachée en Dieu avec le Christ, dans "le monde à venir..."
Dès lors, Pâques n'est pas une commémoration annuelle, solennelle et magnifique d'un événement passé. C'est l'Événement par excellence, qui nous est donné comme un moyen toujours efficace pour nous révéler notre monde, notre temps, notre vie, comme étant parvenus à leur fin, et annonçant le Commencement de la nouvelle vie.. Et le rôle des 3 premiers jours de la Semaine Sainte est précisément de nous stimuler avec cette signification ultime de Pâques et nous préparer à la comprendre et à l'accepter.
1. Ce défi, cette émulation eschatologique (ce qui signifie ultime, décisive, finale) nous est tout d'abord révélée dans le tropaire commun à ces 3 jours:
Tropaire, ton 8: "Voici, le Fiancé arrive au milieu de la nuit. Et bienheureux le serviteur qu'Il trouvera veillant. Mais indigne celui qu'Il trouvera nonchalant. Veille donc, mon âme, à ne pas sombrer dans le sommeil, afin de n'être pas livrée à la mort et enfermée hors du Royaume. Mais reviens à toi et chante : Tu es Saint, Saint, Saint notre Dieu. Par la Mère de Dieu, aie pitié de nous!"

Minuit, c'est le moment où le vieux jour est arrivé à sa fin et commence le nouveau jour. C'est donc le symbole des temps dans lesquels nous vivons en Chrétiens. Car d'un côté, l'Église est encore dans ce monde, partageant ses faiblesses et tragédies. De l'autre côté, son être véritable n'est pas de ce monde, car elle est l'Épouse du Christ, et sa mission est d'annoncer et de révéler l'arrivée du Royaume et du nouveau jour. Sa vie est veille perpétuelle et expectative, une vigile qui attend l'aurore de ce nouveau jour. Mais nous savons à quel point est puissant notre attachement à ce "vieux jour", à ce monde avec ses passions et péchés. Nous savons à quel point nous appartenons encore à "ce monde". Nous avons vu la Lumière. Nous connaissons le Christ, nous avons entendu parler de la paix et de la joie de la nouvelle vie en Lui, et cependant ce monde nous retient dans son esclavage. Cette faiblesse, cette constante trahison envers le Christ, cette incapacité à donner la totalité de notre amour à l'unique véritable aimable, tout cela s'exprime admirablement bien dans l'exapostilarion de ces 3 jours :"Je vois Tes Demeures, mon Sauveur, mais je n'ai pas la tunique pour y entrer dignement. Seigneur, donne-moi une digne tunique pour revêtir mon âme, et sauve-moi."
2. Le même thème continue son développement dans les lectures des Évangiles de ces jours. En tout premier, la lecture de l'entièreté du texte des 4 Évangiles (jusqu'à Jean 13,31) est accomplie aux Heures (Prime, Terce, Sexte et None). Ce récapitulatif montre que la Croix est l'apogée de toute la vie terrestre et de tout le ministère de Jésus, la Clé pour leur bonne compréhension. Tout dans l'Évangile mène à cette heure ultime de Jésus, et tout doit être comprise à la lumière de cela. Dès lors, chaque Office a sa lecture particulière de l'Évangile:
Le Lundi Saint:
A Matines : Matthieu 21,18-43 – l'histoire du figuier desséché, le symbole de ce monde créé pour porter des fruits spirituels et échouant dans sa réponse à Dieu.
A la Liturgie des Dons Présanctifiés : Matthieu 24,3-35 – le grand discours eschatologique de Jésus. Les signes et l'annonce de la Fin. "Le ciel et la terre passerons, mais Mes Paroles ne passerons jamais..."
"Lorsque le Seigneur S'en allait à Sa Passion volontaire, chemin faisant, Il dit à Ses Apôtres: 'Voyez, nous montons à Jérusalem, et le Fils de l'Homme y sera livré, comme il est écrit de Lui.' Dès lors, allons, et accompagnons-Le, avec nos esprits purifiés des passions de cette vie, et soyons crucifiés et mourons avec Lui, afin que nous puissions vivre avec Lui, et que nous puissions L'entendre nous dire : 'J'entre à présent, non pas dans la Jérusalem terrestre pour souffrir, mais auprès de Mon Père et votre Père, et Mon Dieu et votre Dieu, et Je vous rassemblerai dans la Jérusalem céleste, dans le Royaume des Cieux...." (Matines du Lundi)
Protopresbytre Alexander Schmemann
"Holy Week: a Liturgical Explanation for the Days of Holy Week", Orthodox Worship, n° 3 (Crestwood, NY: SVS Press, 1961)
http://www.svots.edu/Faculty/Faculty/Protopresbyter_Alexander_Schmemann/

*-*-*-*-*-*-*
Réflexions sur ce temps qui est passé et auquel on s'accroche pourtant.Si vous épousez votre époque, quand elle sera morte, vous serez veuf. Car comme disait le philosophe Jean Guitton, "Etre dans le vent, c’est avoir un destin de feuille morte" (autre version : "C'est le propre des feuilles mortes que d'être dans le vent").
Triode du Grand Carême selon le calendrier 2007 :
http://www.orthodoxa.org/FR/orthodoxie/calendrier/triode2007.htm
Texte de la Diaconie apostolique sur le Lundi Saint:
http://monastere-orthodoxe.chez.tiscali.fr/
En la fête de saint Longis et sainte Agneflète, et saint Nizier de Lyon, nos pères et mère dans la Foi vénérés ce jour.
28 janvier 2007
Dimanche du Publicain et du Pharisien (Début du Triode de Carême)
http://www.monachos.net/library/Sunday_of_the_Publican_and_Pharisee
Texte de M. C. Steenberg, 2001
"Deux hommes montèrent prier au temple; l'un était pharisien, l'autre publicain. Debout, le pharisien priait en lui-même : "Je Te remercie, mon Dieu, de ne pas être comme le reste des hommes, rapaces, malhonnêtes, adultères, ni même comme le publicain que voilà; je jeûne deux fois la semaine; je paie la dîme de tous mes revenus." Le publicain, lui, restant à distance, n'osait même pas lever les yeux au ciel; il se frappait la poitrine en disant : Ô Dieu, aie pitié du pécheur que je suis! - Eh bien! je vous le déclare, celui-ci redescendit chez lui justifié, au contraire de l'autre. Quiconque en effet s'élève, sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé" (Luc 18,10-14).
Les paroles par lesquelles sont entamées les semaines préparatoires au Grand Carême parlent d'un paradoxe. " Quiconque en effet s'élève, sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé." Alors que ces paroles sont proclamées dans nos églises à travers le monde en ce premier Dimanche du Triode, communément appelé le Dimanche du Publicain et du Pharisien, nous venons d'entendre juste avant cela un autre paradoxe proclamé pendant l'Épître de ce dimanche : "Aussi bien, tous ceux qui voudront vivre pieusement dans le Christ Jésus auront à subir la persécution" (2 Tim 3,12). L'humilité amène à être élevé, la pratique de la piété amène la persécution; et c'est ainsi que nous tournons nos yeux vers le Carême.
Le cri du Publicain, "Dieu, aie pitié de moi, pécheur!", c'est une phrase qui n'est pas étrangère au monde Orthodoxe. En effet, c'est en partie en référence à ce passage scripturaire que l'on peut attribuer les paroles de la Prière de Jésus dans sa forme la plus usuelle; et sous la forme de la Prière, les paroles du percepteur d'impôts sont dès lors répétées par nombre de fidèles, des centaines si pas des milliers de fois dans leur propre vie. Mais qu'en est-il de ces mots que nous prions?
"Dieu, aie pitié de moi" est une demande que l'on retrouve avec une fréquence inégalée dans le culte et la prière de l'Église. D'innombrables litanies la reprennent comme un refrain, les offices de prière et les offices de mémorial la répètent sans cesse, et il y a des parties des Offices dans lesquelles on la dit en séquence de 3, 12, 40 ou même 50 fois. C'est la phrase par excellence que nombre de fidèles, peu importe l'éventuelle limite de leur connaissance linguistique, connaîtrons dans les 3 langues traditionnelles de l'Église : Seigneur prend pitié. Kyrie, eleison. Gospodi, pomilui.
Ces mots sont simples et cependant puissants. Supplier la miséricorde de Dieu est un mystère grave et terrible en lui-même, car la miséricorde de Dieu est le fondement de l'univers. Nous sommes audacieux pour oser demander rien de moins que ce don qui va au delà de toute compréhension et entendement, ce don par lequel les planètes mêmes et les étoiles ont leur être, et nous mortels humains, notre respiration. Ce cri ne contient pas peu de chose.
Mais l'Évangile de ce Dimanche ne parle pas tant des mots que le percepteur d'impôts prononce, mais plutôt de ce qu'ils ne disent pas. Sa prière n'est pas rapportée avant que nous n'ayons entendu les paroles de l'autre homme, le Pharisien, un qui appartenait à la caste des enseignants religieux de la fin du monde Juif, un dont la justice cependant sera dépassée par quiconque entrant dans le Royaume des Cieux (Matthieu 5,20). Il est intéressant de remarquer que c'est cette prière du Pharisien qui abonde de mots, de choses dites. "Je Te remercie, mon Dieu, de ne pas être comme le reste des hommes, rapaces, malhonnêtes, adultères, ni même comme le publicain que voilà; je jeûne deux fois la semaine; je paie la dîme de tous mes revenus."
Le Pharisien a fait ce qui pourrait sembler être une prière raisonnable, si nous retirons un instant son accent peu charitable. Il n'extorque pas, et il rend grâce à Dieu pour ce fait. Il garde la justice, ce pour quoi il rend à nouveau grâce. Il n'est ni adultère ni collecteur d'impôts, ce dernier groupe étant connu pour la fraude, la tromperie et le vol, en particulier au détriment des pauvres et infortunés. Il respecte les jeûnes. Il paye la dîme de sa fortune au Temple. En tout, il semble "religieux."
Mais sa prière en a dit de trop à son sujet, elle a révélé quelque chose de lui qu'il n'avait sûrement pas l'intention de dire, et qui n'en est cependant pas moins vraie. Il a fait des éléments de sa vie religieuse des objets, montrant par là qu'il ne comprenait pas leur but véritable et plus profond. Il a jugé autrui, même si sous l'apparence de "justice", et dès lors attiré le jugement sur son propre cas. Son ascèse l'a rendu fier, et dès lors n'a pas seulement échoué face à son but prévu, mais l'a en même temps contrecarré. Et dès le tout début, la prière du Pharisien l'a mis à l'écart de ses frères. "Je Te remercie, mon Dieu, de ne pas être comme le reste des hommes." La prière, qui par son engendrement de l'union avec Dieu doit dès lors en pureté rendre les hommes unis, a été faussée et transformée en un acte diviseur qui sépare les hommes.
Cependant, nous ne devons pas juger le Pharisien. Nous ne devons pas entendre les paroles de l'Évangile et en nous-mêmes nous écrier "Merci à Toi, O dieu, que je ne prie pas comme celui-là le faisait!", car alors, par un autre grand paradoxe, nous prierions exactement comme il le faisait. Le saint Évangile ne rapporte pas la prière du Pharisien afin que nous puissions voir comment d'autres prient, des hommes plus pauvres, mais afin que nous puissions constater d'une perspective objective comment nous, nous prions. Bien que nous puissions être plus familiers avec les paroles du Publicain, nous devons admettre avec le coeur brisé que de ces 2 hommes, le Pharisien est bien plus ressemblant à nous que nous ne le sommes de l'humble percepteur d'impôts s'humiliant.
Comme avec tant de ce qu'est ce mystère de la gracieuse révélation de Dieu dans les Écritures, nous découvrons que cette histoire est notre histoire. Il n'est pas seulement question du Publicain et du Pharisien, 2 personnages éloignés et effacés, qui vont au temple pour prier, mais de nous-mêmes qui approchons de la grande miséricorde de Dieu. Et c'est nous-mêmes qui nous tenons et proclamons, que ce soit dans nos moments de prière ou dans les activités de nos vies quotidiennes, que "nous ne sommes pas comme les autres gens; nous sommes justes; nous ne sommes pas adultères; nous jeûnons; nous payons la dîme; nous sommes fidèles." Et c'est à nous que le bien aimant Jésus proclame "Quiconque s'élève sera abaissé."
Que c'est bon pour nos âmes de nous écrier avec saint André de Crête, comme nous le feront bientôt durant quelques semaines :
"115. Mon coeur est fier, vain et follement enivré d’orgueil; ne me condamne pas avec le pharisien, mais donne-moi l’humilité du publicain, et que sa part soit aussi la mienne, ô Juge compatissant." (Lc 18,13-14) (Grand Canon, Complies du Jeudi, Ode 4).
Tel est le message que l'Évangile de ce dimanche souhaite instiller en nos coeurs : non pas que nous prions comme le Publicain, peu importe combien de fois nous puissions répéter ses paroles; mais que nous prions en réalité comme le Pharisien – que nous sommes orgueilleux et hautains, et que dès lors nous devons nous humilier. Le percepteur d'impôts n'est pas notre associé mais notre exemple, celui que nous avons à suivre et devons nous efforcer d'imiter. "Donne-moi l'humilité du Publicain."
Le Pharisien est celui qui parle de nous, mais le Publicain est celui qui nous parle. "Dieu, aie pitié de moi", telles doivent être les paroles de notre prière; mais elles ne savent pas devenir purement notre prière tant que nous continuons à prier que "nous ne sommes pas comme les autres", que nous sommes "justes." La justice est bien éloignée de ce que nous sommes, qui en réalité ne sont, comme le proclamait le percepteur d'impôts, que des pécheurs. Nous n'avons pas d'influence auprès de Dieu, pas de droit à Sa grâce. Nous n'avons que la capacité de venir devant Lui exactement tels que nous sommes et d'implorer Sa miséricorde.
Le Grand Carême approche. Dans 3 semaines, les Vêpres du Pardon introduiront au jeûne, la période même de "joyeuse tristesse" qui marque le voyage vers Pâques. Mais déjà maintenant l'Église commence à se placer dans cet état d'esprit qui est nécessaire pour la joie, pour l'affliction, pour la repentance : l'esprit d'humilité qui ne peut venir que dans la mesure où notre fierté est abaissée, et dans la profondeur de nos coeurs, nous réalisons qu'il n'y a nul autre cri que l'homme mortel ne puisse faire en présence de son Roi que ces paroles de l'humble collecteur d'impôts : Dieu, aie pitié de moi, pécheur!
Matthew C. Steenberg
Église Orthodoxe Russe, Londres
Texte de M. C. Steenberg, 2001
"Pas comme les autres hommes" – réflexions sur le Dimanche du Publicain et du Pharisien
"Deux hommes montèrent prier au temple; l'un était pharisien, l'autre publicain. Debout, le pharisien priait en lui-même : "Je Te remercie, mon Dieu, de ne pas être comme le reste des hommes, rapaces, malhonnêtes, adultères, ni même comme le publicain que voilà; je jeûne deux fois la semaine; je paie la dîme de tous mes revenus." Le publicain, lui, restant à distance, n'osait même pas lever les yeux au ciel; il se frappait la poitrine en disant : Ô Dieu, aie pitié du pécheur que je suis! - Eh bien! je vous le déclare, celui-ci redescendit chez lui justifié, au contraire de l'autre. Quiconque en effet s'élève, sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé" (Luc 18,10-14).Les paroles par lesquelles sont entamées les semaines préparatoires au Grand Carême parlent d'un paradoxe. " Quiconque en effet s'élève, sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé." Alors que ces paroles sont proclamées dans nos églises à travers le monde en ce premier Dimanche du Triode, communément appelé le Dimanche du Publicain et du Pharisien, nous venons d'entendre juste avant cela un autre paradoxe proclamé pendant l'Épître de ce dimanche : "Aussi bien, tous ceux qui voudront vivre pieusement dans le Christ Jésus auront à subir la persécution" (2 Tim 3,12). L'humilité amène à être élevé, la pratique de la piété amène la persécution; et c'est ainsi que nous tournons nos yeux vers le Carême.
Le cri du Publicain, "Dieu, aie pitié de moi, pécheur!", c'est une phrase qui n'est pas étrangère au monde Orthodoxe. En effet, c'est en partie en référence à ce passage scripturaire que l'on peut attribuer les paroles de la Prière de Jésus dans sa forme la plus usuelle; et sous la forme de la Prière, les paroles du percepteur d'impôts sont dès lors répétées par nombre de fidèles, des centaines si pas des milliers de fois dans leur propre vie. Mais qu'en est-il de ces mots que nous prions?
"Dieu, aie pitié de moi" est une demande que l'on retrouve avec une fréquence inégalée dans le culte et la prière de l'Église. D'innombrables litanies la reprennent comme un refrain, les offices de prière et les offices de mémorial la répètent sans cesse, et il y a des parties des Offices dans lesquelles on la dit en séquence de 3, 12, 40 ou même 50 fois. C'est la phrase par excellence que nombre de fidèles, peu importe l'éventuelle limite de leur connaissance linguistique, connaîtrons dans les 3 langues traditionnelles de l'Église : Seigneur prend pitié. Kyrie, eleison. Gospodi, pomilui.
Ces mots sont simples et cependant puissants. Supplier la miséricorde de Dieu est un mystère grave et terrible en lui-même, car la miséricorde de Dieu est le fondement de l'univers. Nous sommes audacieux pour oser demander rien de moins que ce don qui va au delà de toute compréhension et entendement, ce don par lequel les planètes mêmes et les étoiles ont leur être, et nous mortels humains, notre respiration. Ce cri ne contient pas peu de chose.
Mais l'Évangile de ce Dimanche ne parle pas tant des mots que le percepteur d'impôts prononce, mais plutôt de ce qu'ils ne disent pas. Sa prière n'est pas rapportée avant que nous n'ayons entendu les paroles de l'autre homme, le Pharisien, un qui appartenait à la caste des enseignants religieux de la fin du monde Juif, un dont la justice cependant sera dépassée par quiconque entrant dans le Royaume des Cieux (Matthieu 5,20). Il est intéressant de remarquer que c'est cette prière du Pharisien qui abonde de mots, de choses dites. "Je Te remercie, mon Dieu, de ne pas être comme le reste des hommes, rapaces, malhonnêtes, adultères, ni même comme le publicain que voilà; je jeûne deux fois la semaine; je paie la dîme de tous mes revenus."
Le Pharisien a fait ce qui pourrait sembler être une prière raisonnable, si nous retirons un instant son accent peu charitable. Il n'extorque pas, et il rend grâce à Dieu pour ce fait. Il garde la justice, ce pour quoi il rend à nouveau grâce. Il n'est ni adultère ni collecteur d'impôts, ce dernier groupe étant connu pour la fraude, la tromperie et le vol, en particulier au détriment des pauvres et infortunés. Il respecte les jeûnes. Il paye la dîme de sa fortune au Temple. En tout, il semble "religieux."
Mais sa prière en a dit de trop à son sujet, elle a révélé quelque chose de lui qu'il n'avait sûrement pas l'intention de dire, et qui n'en est cependant pas moins vraie. Il a fait des éléments de sa vie religieuse des objets, montrant par là qu'il ne comprenait pas leur but véritable et plus profond. Il a jugé autrui, même si sous l'apparence de "justice", et dès lors attiré le jugement sur son propre cas. Son ascèse l'a rendu fier, et dès lors n'a pas seulement échoué face à son but prévu, mais l'a en même temps contrecarré. Et dès le tout début, la prière du Pharisien l'a mis à l'écart de ses frères. "Je Te remercie, mon Dieu, de ne pas être comme le reste des hommes." La prière, qui par son engendrement de l'union avec Dieu doit dès lors en pureté rendre les hommes unis, a été faussée et transformée en un acte diviseur qui sépare les hommes.
Cependant, nous ne devons pas juger le Pharisien. Nous ne devons pas entendre les paroles de l'Évangile et en nous-mêmes nous écrier "Merci à Toi, O dieu, que je ne prie pas comme celui-là le faisait!", car alors, par un autre grand paradoxe, nous prierions exactement comme il le faisait. Le saint Évangile ne rapporte pas la prière du Pharisien afin que nous puissions voir comment d'autres prient, des hommes plus pauvres, mais afin que nous puissions constater d'une perspective objective comment nous, nous prions. Bien que nous puissions être plus familiers avec les paroles du Publicain, nous devons admettre avec le coeur brisé que de ces 2 hommes, le Pharisien est bien plus ressemblant à nous que nous ne le sommes de l'humble percepteur d'impôts s'humiliant.
Comme avec tant de ce qu'est ce mystère de la gracieuse révélation de Dieu dans les Écritures, nous découvrons que cette histoire est notre histoire. Il n'est pas seulement question du Publicain et du Pharisien, 2 personnages éloignés et effacés, qui vont au temple pour prier, mais de nous-mêmes qui approchons de la grande miséricorde de Dieu. Et c'est nous-mêmes qui nous tenons et proclamons, que ce soit dans nos moments de prière ou dans les activités de nos vies quotidiennes, que "nous ne sommes pas comme les autres gens; nous sommes justes; nous ne sommes pas adultères; nous jeûnons; nous payons la dîme; nous sommes fidèles." Et c'est à nous que le bien aimant Jésus proclame "Quiconque s'élève sera abaissé."
Que c'est bon pour nos âmes de nous écrier avec saint André de Crête, comme nous le feront bientôt durant quelques semaines :
"115. Mon coeur est fier, vain et follement enivré d’orgueil; ne me condamne pas avec le pharisien, mais donne-moi l’humilité du publicain, et que sa part soit aussi la mienne, ô Juge compatissant." (Lc 18,13-14) (Grand Canon, Complies du Jeudi, Ode 4).
Tel est le message que l'Évangile de ce dimanche souhaite instiller en nos coeurs : non pas que nous prions comme le Publicain, peu importe combien de fois nous puissions répéter ses paroles; mais que nous prions en réalité comme le Pharisien – que nous sommes orgueilleux et hautains, et que dès lors nous devons nous humilier. Le percepteur d'impôts n'est pas notre associé mais notre exemple, celui que nous avons à suivre et devons nous efforcer d'imiter. "Donne-moi l'humilité du Publicain."
Le Pharisien est celui qui parle de nous, mais le Publicain est celui qui nous parle. "Dieu, aie pitié de moi", telles doivent être les paroles de notre prière; mais elles ne savent pas devenir purement notre prière tant que nous continuons à prier que "nous ne sommes pas comme les autres", que nous sommes "justes." La justice est bien éloignée de ce que nous sommes, qui en réalité ne sont, comme le proclamait le percepteur d'impôts, que des pécheurs. Nous n'avons pas d'influence auprès de Dieu, pas de droit à Sa grâce. Nous n'avons que la capacité de venir devant Lui exactement tels que nous sommes et d'implorer Sa miséricorde.
Le Grand Carême approche. Dans 3 semaines, les Vêpres du Pardon introduiront au jeûne, la période même de "joyeuse tristesse" qui marque le voyage vers Pâques. Mais déjà maintenant l'Église commence à se placer dans cet état d'esprit qui est nécessaire pour la joie, pour l'affliction, pour la repentance : l'esprit d'humilité qui ne peut venir que dans la mesure où notre fierté est abaissée, et dans la profondeur de nos coeurs, nous réalisons qu'il n'y a nul autre cri que l'homme mortel ne puisse faire en présence de son Roi que ces paroles de l'humble collecteur d'impôts : Dieu, aie pitié de moi, pécheur!

Matthew C. Steenberg
Église Orthodoxe Russe, Londres
Matthew Steenberg enseigne la patristique Orthodoxe à Oxford
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