"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

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30 janvier 2016

Sainte Bathilde, reine des Francs, puis moniale et diaconnesse (+ vers 680)


Sainte Bathilde, reine puis veuve, moniale & diaconesse
(Bathildis, Bathild, Baldechilde, Baldhild, Bauteur)

Née au Ciel le 30 janvier 680.


Bathilde, comme saint Patrick, avait été esclave. Née Anglo-Saxonne, elle fut capturée en 641 par des pirates Danois, et vendue à Erchinoald, le maire du palais de Clovis 2, roi des Francs. Elle en gagna vite les faveurs, car elle avait charme, beauté, et une nature gracieuse et douce. Elle gagna aussi l'affection de ses compagnons de servitude, car elle était serviable envers eux aussi, nettoyant leurs chaussures, réparant leurs vêtements, et son tempérament radieux et attirant la rendait chère à tous.

Le ministre, attiré par ses belles qualités, souhaita en faire sa femme, mais Bathilde, effrayée à l'idée, se déguisa avec des vieilles loques et se cacha parmi les serviteurs de rang inférieur dans le palais; et lui, ne la trouvant plus à sa place habituelle dans ce palais de Soissons - capitale des Francs à l'époque -, il pensa qu'elle s'était enfuie, et se maria avec une autre femme.

Son prétendant suivant, cependant, ne sera rien de moins que le roi en personne, car lorsqu'elle se débarassa de ses vieilles hardes et reprit sa place, il remarqua sa grâce et sa beauté, et lui déclara sa flamme. En réalité, c'est le maire de palais Archimbaut qui, voulant conserver son pouvoir et connaissant les penchants de son roi, lui présenta la jeune femme... Ainsi donc, en 649, l'esclave de 19 ans, Bathilde, devint reine des Francs. Elle mit 3 fils au monde pour Clovis : Clotaire 3, Childéric 2 et Thierry 3 - qui tous deviendront rois. A la mort de Clovis (vers 655-657, mort jeune après être devenu fou), elle fut nommée régente au nom de son fils aîné, qui n'avait que 5 ans, et dirigea avec compétence durant 8 ans, avec saint Eloi (1er décembre) pour conseiller personnel.

Ce fut une excellente reine et une dirigeante avisée. Contrairement à beaucoup d'entre ceux qui accèdent soudainement à une haute place et grande fortune, elle n'oublia jamais qu'elle avait été esclave, et fit tout ce qui était en son pouvoir pour libérer ceux vivant en captivité. 


Tout en régnant, elle partagea le royaume entre ses 3 jeunes fils, l'aîné Clotaire recevant le siège principal à savoir la Neustrie, Childéric l'Austrasie, et Thierry la Bourgogne.

On nous rapporte que "la reine Bathilde était la plus sainte et pieuse des femmes; sa pieuse munificence ne connaissait pas de bornes; se souvenant de son propre esclavage, elle utilisa de grandes sommes pour le rachat de captifs." Bathilde aida à promouvoir le Christianisme en secondant le zèle de saint Ouen (24 août), saint Léodegaire (2 octobre) et de nombreux autres évêques.

A cette époque, les plus pauvres habitants des pays Mérovingiens étaient souvent obligés de vendre leurs enfants comme esclaves, afin de payer les taxes qui les écrasaient - la tristement célèbre "capitation". Bathilde réduisit ces taxes, interdisit d'acquérir des esclaves Chrétiens et la vente de sujets de son royaume, et déclara que tout esclave posant le pied sur le sol de son pays serait dès cet instant libre. C'est ainsi que cette lumineuse femme gagna l'amour de son peuple et fut une pionnière dans l'abolition de l'esclavage. Cela ne lui valut pas une grande popularité parmi les riches...

Un écrivain Anglais contemporain, Eddius (le biographe de saint Wilfrid) prétend que la reine Bathile fut responsable de l'assassinat politique de l'évêque saint Annemond (Dalfinus) de Lyon (28 septembre) et de 9 autres évêques. Ce qui a réellement eu lieu est fort obscur, l'époque étant troublée, et il est totalement improbable que Bathilde soit coupable de ce crime. Parmi les décisions de sainte Bathilde, fidèle enfant spirituelle de saint Éloi, il y avait la sanction contre la simonie, interdisant aux évêques de percevoir des revenus pour les sacrements accomplis. Elle avait aussi fait interdire la pratique qui valait que les rejetons des nobles touchent une partie des revenus des abbayes. Vu les moeurs de l'époque, elle n'a pas dû que se faire des amis, y compris parmi tous ceux qui devaient leur siège épiscopal non pas aux grandes écoles monastiques "colombaniennes", mais au "fait du prince" dont souvent ils étaient un parent. Sa volonté à voir un clergé conforme à la Foi lui aura donc valu bien des calomnies. Le plus probable est que le coupable était le très cruel et peu chrétien maire de palais de son fils, Ebroïn, à la réputation épouvantable historiquement établie, qui n'hésitait pas à persécuter l'Église, et c'est de sa propre initiative que cet terrible meurtre aura eu lieu.

Sainte Bathilde fonda aussi nombre d'abbayes sous la Règle de saint Colomban, telles que Corbie, Saint-Denis et Chelles, qui devinrent des implantations de civilisation dans des régions éloignées et sauvages, habitées seulement de loups rôdant et autres bêtes féroces. Sous sa direction, les forêts et les terres en friches furent regagnées, des champs et des paturages prennant la place, et l'agriculture devint florissante. La Gaule se relevait à peine de grandes invasions qui avaient ramené sa population de 8 à 5 millions.. Suite à toutes ces invasions, le nord de la Gaule était largement déchristianisé, et les évêques missionnaires avaient beaucoup de travail pour tout relever. On trouve quantité de saintes femmes auprès de piètres rois, à cette époque, saintes qui toutes épauleront le mouvement missionnaire, souvent au péril de leur vie.


Elle fit construire des hôpitaux publics et vendit ses bijoux pour venir en aide aux nécessiteux. Mais tout cela aussi la rendait détestable aux yeux des grands du royaume. Avant de se cloîtrer à Chelles, Bathilde n'avait pas su empêcher le maire du palais Ebroïn de dominer par ses intrigues, contre les avis de saint Léger d'Autun, conseiller de la reine. Ce fut Ebroïn qui parvint à gouverner et poussera la reine à se retirer. Par là même, s'ouvrira cette terrible période de luttes intestines du royaume franc, qui s'achèvera avec l'arrivée de Charles Martel et ses Carolingiens.

Pour finir, lorsque Clotaire fut en âge de règner, elle fut donc forcée à se retirer (et sous escorte militaire!) dans sa propre abbaye royale de Chelles, à Lagny, près de Paris, où elle servit les autres moniales avec humilité et obéissance envers l'abbesse, comme si elle était la moindre des soeurs. Elle était tellement détestée des "grands" qui se souciaient très peu du bien du peuple et de l'unité du royaume, qu'elle ne sortit plus du monastère même après le début des conflits entre les royaumes de ses fils. L'assassinat d'un de ses conseillers et ami évêque lui fut un sérieux avertissement.

Peu après son arrivée au monastère, elle s'occupa des funérailles de son père spirituel, saint Éloi, qui l'avait avertie en songe de s'empresser de quitter les affaires de ce monde. Rapidement, des filles de familles influentes ou de la noblesse comme sainte Hereswithe d'Angleterre, arrivée en 655 et sa soeur sainte Hilde (614-680), ou sainte Mildred de Kent (+ 732) fondatrices d'abbayes en Angleterre, vinrent à Chelles, qui rayonnait tant spirituellement qu'au niveau de la civilisation mérovingienne.

Elle mourrut à Chelles avant d'avoir atteint ses 50 ans. La mort la toucha délicatement; étant occupé à mourrir, elle dit qu'elle vit une échelle montant de l'Autel jusqu'au ciel, et elle y grimpa en compagnie des Anges.


Selon certains auteurs, comme moniale, elle aurait été ordonnée diaconnesse. C'est tout à fait plausible, car cela aurait été une manière de la rendre intouchable aux yeux d'une partie importante des dirigeants mérovingiens qui la détestaient mais n'auraient pas osé lever la main sur un membre du clergé. Et une telle ordination "de protection" avait aussi été faite par saint Médard pour sainte Radegonde.

Sa sainteté fut reconnue de son vivant, son culte fut même étendu au diocèse de Rome par l'évêque et pape Nicolas Ier (858-867). L'essentiel de ses saintes reliques repose toujours à l'église Saint-André de Chelles, le restant se trouvant à l'abbaye de Jouarre, et à la cathédrale de Meaux.


Sa Vie fut écrite par un contemporain. Le monastère de Chelles avait beaucoup de contacts avec l'Angleterre anglo-saxonne, ce qui amena à répandre son culte dans les Îles Britaniques.


On dépeint généralement Sainte Bathilde en reine couronnée, ou en moniale devant l'Autel de la Vierge Marie, 2 Anges supportant un Enfant sur une échelle (cette échelle étant aussi un jeu de mot sur le nom du monastère, Chelles), et aussi avec la vision qu'elle dit avoir eu de sa mort. On peut aussi la représenter :
(1) tenant un balai, rappel de son ancien esclavage;
(2) donnant l'aumône ou du pain;
(3) portant un modèle de l'abbaye de Chelles (Roeder, White).
Elle est la sainte patronne des enfants (Roeder).




Tunique ou "chasuble" de sainte Bathilde, Musée municipal "Bono" à de Chelles. Cette sorte de chasuble était placée dans son cercueili, et par son style de couture, elle imite les brodures de bijoux helléniques. Réalisé en soie sur lin.
Source

Shirt
neck
Closeup
Face avant. 
Gros-plan du col.
Brodure du col.
Cross
medaillons
Roundel
Gros-plan de la bordure de croix.
Médaillons en demi-cercles.
Médaillon du centre.
Roundel
Roundel
Roundel
2ème en partant de droite.
Médaillon de droite.
2ème en partant de gauche.

Voir à ce sujet (en allemand) "Brettchenweben"




Tropaire de sainte Bathilde, ton 6
Vendue comme esclave n'étant encore que petite fille,*
Tu devins par la suite l'épouse du roi Clovis II et la reine des Mérovingiens.*
Devenue régente après la mort de ton époux terrestre,*
Tu fis abolir l'esclavage et tu fonda nombre de monastères et d'hôpitaux publics. *
Fidèle aux enseignements de nos saints pères Éloi et Ouen, *
Quand ton fils devint roi, tu te fis moniale à Chelles. *
Sainte Bathilde, prie Dieu pour notre salut !


Voir aussi + source icône:
http://orthodoxologie.blogspot.be/2011/05/sainte-bathilde-moniale-de-chelles-et.html


A (re)lire aussi, ce texte de 2007 :
Saintes Aldegonde, Bathilde, Martine & les 3 saints Docteurs
http://stmaterne.blogspot.com/2007/01/saintes-aldegonde-bathilde-martine-les.html





Sacramentaire de Ratoldus, abbé de l'abbaye royale de Corbie (dit "grégorien", en réalité de type "gélasien"), anno 975, réédition latine, texte critique & notes :
http://www.boydellandbrewer.com/store/viewItem.asp?idProduct=11738


Collégiale de l'ancienne abbaye de Corbie, fondation de sainte Bathilde. Un trésor de saintes reliques s'y trouve exposé sur tout le pourtour intérieur de l'église!



Carte routière depuis la paroisse des saints Anargyres à Péronnes-lez-Binche (B) jusqu'à la collégiale Saint-Etienne à Corbie (F)


Source ("couture de saints patrons sur vêtements")

25 juillet 2012

Ordination et historique de la diaconesse dans l'Église Orthodoxe (Mega Evchologion, rite oriental)

Un sujet certes "polémique", mais qui ne sera abordé que sous ses aspects liturgiques, patristiques & historiques. Comme seule remarque hors texte, je dirais que n'est pas parce qu'aujourd'hui, après des siècles de persécutions externes, de transformations internes et d'uniformisation impériale souvent imposée de force (hé oui), etc, nous ne connaissons plus telle ou telle institution ou forme de vie dans l'Église, qu'elle n'appartient pas à la volonté divine pour le fonctionnement de Son Corps, qui est cette Église. Il y a 5 ou 6 ans, dans le "SOP", un métropolite Grec dont j'ai hélas oublié le nom faisait remarquer qu'à son avis, on avait beaucoup perdu en n'ayant plus d'évêques mariés, quand il voyait la "qualité" de certains de ses confrères, tous issus (comme lui) d'une certaine forme de vie monastique.. Ce qui était hier, de par la volonté de Dieu, et qui a disparu par les vicissitudes de l'Histoire et du temps, peut bien un jour revenir. Pas nécessairement mais cela se peut. A Dieu appartient la direction de l'Eglise, car "le Christ est le chef de l'Église" (Ephésiens 5,23)


Sainte Bathilde, reine puis diaconesse


Ordination de diaconesse selon l'Euchologue
http://www.anastasis.org.uk/ordinations.htm

Le rite pour ordonner les femmes-diacres, ou diaconesses, n'est plus utilisé, bien qu'il était encore repris dans l'édition imprimée de l'Euchologue au 17ème siècle. La traduction actuelle vient de Goar, qui utilisait l'édition vénitienne de 1638 pour son Euchologue. On peut trouver un certain nombre d'autres versions du rite dans l'Euchologue de Dmitrievsky. Si aux premiers jours de l'Église les diaconesses avaient un rôle liturgique dans l'administration du Baptême et plus généralement dans le ministère auprès des femmes de l'assemblée, rôle analogue à celui des diacres auprès des hommes, à partir du 6ème siècle, comme le montre une lettre de Sevère d'Antioche adressée à une "archimandrite et diaconesse," le diaconat féminin semble avoir été conféré plus comme un honneur, en particulier aux abesses et moniales âgées, plutôt que comme une nécessité pratique: "Dans le cas d'une diaconesse, en particulier dans les monastères, l'ordination n'est pas tant reçue pour le besoin de l'administration des Mystères, mais pour l'honneur seulement." Les 2 prières du rite, en particulier la seconde, semblent refléter le côté monastique de ce développement. Je pense qu'il n'y a pas de preuve que les diaconesses auraient joué un rôle équivalent à celui des diacres dans le rite eucharistique. Le 19ème Canon du 1er Concile de Nicée semble impliquer que les diaconesses ne seraient pas ordonnées, mais seraient des laïques. A partir de Chalcédoine, la situation semble avoir changé, et le rite étendu reflète ce développement. L'ordination a lieu au même moment de la Liturgie que pour les diacres, et le rôle principal du diaconat comme ministre du Calice est mis en évidence par la remise du Calice à la diaconesse nouvellement ordonnée. Cela indique clairement que la nouvelle ordonnée était admise dans le Sanctuaire et se tenait près de l'Autel. Le canoniste du 14ème siècle Mathieu Blastares note que "hormis pour quelques détails, l'ordination de diaconesses doit être accomplie comme celle pour les diacres." Il note en particulier que "on l'amène à la sainte Table." Les détails de rubrique dans les livres plus anciens sont rares, et le formulaire actuel d'ordination n'est pas complet. Suite à cela, nous ne savons pas comment la candidate était décrite ni quel était son état ecclésiastique avant l'ordination. Je ne crois pas que le fait qu'elle ne fait que se courber et ne s'agenouille pas aie la moindre signification théologique. La proclamation de l'Évangile est la tâche première de l'évêque, qui est ordonné devant l'Évangéliaire. Le diacre est le ministre du plus bas rang à qui il est permis de lire l'Évangile dans l'assemblée Chrétienne.


Ordo pour l'ordination d'une femme-diacre
http://www.anastasis.org.uk/woman_deacon.htm

Après l'accomplissement de la sainte Anaphore et l'ouverture des portes, avant que le diacre ne dise "ayant commémoré tous les saints" (1), celle qui va être ordonnée est amenée devant l'évêque. Alors qu'il prononce l'invocation, "divine grâce" (2), etc, elle courbe la tête, et il y pose la main. Il trace trois fois le Signe de Croix sur elle et prononce la prière suivante:
Dieu Saint et Tout-Puissant, Toi qui as sanctifié le sexe féminin par la naissance selon la chair de Ton Fils unique et notre Dieu d'une Vierge et qui as accordé non pas seulement au hommes mais aussi aux femmes, le don de Ta grâce et de la venue de Ton Esprit Saint, maintenant encore, Ô Maître, daigner regarder Ta servante que voici, appelle-la à l'œuvre de Ton service (3), et fais descendre sur elle les dons précieux de ton Saint Esprit. Garde la dans la Foi Orthodoxe, dans une vie irréprochable, menée selon ce qui T'est agréable, accomplissant son ministère (4) continuellement (5). Car à Toi appartiennent toute gloire, honneur et adoration, Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
Après le "amen", un des diacres prononce la prière suivante : En paix, prions le Seigneur. Et la suite, comme pour l'ordination d'un diacre masculin, avec les nécessaires changement de genre dans la prière pour la candidate.

[- Pour la paix d'en haut et pour le salut de nos âmes, prions le Seigneur.
- Pour la paix du monde entier, pour la stabilité des saintes Églises de Dieu, et pour l'union de tous, prions le Seigneur.
- Pour cette sainte maison, et pour tous ceux qui y pénètrent avec foi, piété, et crainte de Dieu, prions le Seigneur.
- Pour notre évêque N, pour l'ordre vénérable des prêtres, pour le diaconat dans le Christ, et pour tout le clergé et tout le peuple, prions le Seigneur.
- Pour le/la serviteur/servante de Dieu N, qui se fait ordonner diacre, et pour son salut, prions le Seigneur.
- Pour que Dieu, l'ami du genre humain, lui donne un diaconat sans tâche et sans scandale, prions le Seigneur.
- Faisant mémoire de notre très sainte, immaculée, toute bénie et glorieuse Dame, la Mère de Dieu et toujours vierge Marie et de tous les saints, offrons-nous nous-mêmes, les uns les autres et toute notre vie, au Christ, notre Dieu.
À toi, Seigneur."]

Pendant que le diacre dit cela, l'évêque, ayant toujours sa main posée sur la tête de celle qui est ordonnée, dit la prière suivante :
Maître et Seigneur, Toi qui ne repousses pas les femmes qui se consacrent à toi et qui veulent, suivant un divin conseil, Te servir dans tes Saintes Demeures, mais qui les accueilles dans l'ordre des ministres [du culte; ndt].
Accorde la grâce de ton Saint Esprit à Ta servante que voici, qui veut se consacrer à Toi et accomplir la grâce du diaconat, de la même façon que Tu as accordé cette grâce à Ta servante Phébée, que Tu avais appelée à l'œuvre du ministère (4).
Accorde-lui, Ô Dieu, de persévérer sans reproche dans Tes saintes églises, de veiller avec la plus grande attention à sa manière de vivre, en particulier à la chasteté, et fais la devenir Ta parfaite servante afin que lorsqu'elle se présentera devant le Jugement du Christ, elle puisse aussi recevoir la récompense qui convient à sa manière de vivre (6). Par la miséricorde et la philanthropie de Ton Fils Unique, avec Qui Tu es béni, etc.

Et après le "amen", l'évêque impose l'orarion de diacre sur l'épaule et autour de la nuque de la femme, sous le maphôrion, ramenant les deux extrémités par devant (7). Les autres diacres se tiennent debout hors du sanctuaire et disent : Ayant commémoré tous les saints, encore et encore, prions le Seigneur, etc. Après qu'elle aie reçu la Communion au saint Corps et saint Sang, l'évêque lui remet le Calice. Lorsqu'elle l'a reçu, elle le pose sur la sainte Table.


[1]. L'ordination prend place au même moment dans la Liturgie que pour les diacres masculins, et le rôle du diaconat comme ministère du Calice se voit mis en exergue par la remise du Calice à la diaconesse nouvellement ordonnée. Cela indique clairement que la nouvelle ordonnée était admise dans le sanctuaire et se tenait près de l'Autel. Le canoniste du 14ème siècle Mathieu Blastares note que "excepté sur quelques détails, l'ordination des diaconesses doit être accomplie comme celle des diacres." Il note en particulier que "elle est amenée à la sainte Table." Les détails des rubriques des anciens livres sont peu nombreux et la formule d'ordination concrète n'est pas donnée entièrement. Suite à cela, nous ne savons pas comment la candidate était décrite, ou quel était son statut ecclésiastique avant l'ordination. Je ne crois pas que le fait qu'elle ne fait que se courber et pas s'agenouiller aie la moindre signification théologique.
[2] Voir le rite d'ordination des diacres masculins.
[3] Grec: "diakonia".
[4] Grec: "leitourgia." Traduit ici et ailleurs par "ministère," et le verbe par "administrer."
[5] Cette prière est moins spécifique que pour le diaconat masculin et ne fait pas référence au "service des Mystères." D'un autre côté, il n'y a pas de distinction entre les sexes quant au "don du Saint Esprit" conferré par l'ordination.
[6] Alors que le modèle pour le diaconat masculin est saint Étienne, celui pour les diaconesses est sainte Phébée de Cenchrée, qui est clairement décrite comme "diaconesse" dans l'épître aux Romains chapitre 16. Par contraste avec la prière pour les candidats masculins, cette prière-ci souligne le fait que la femme s'est consacrée elle-même pour l'ordination, ce qui est plus une réminescence du rite la profession monastique.
[7] La diaconesse est décrite spécifiquement comme revêtue de l'orarion du diacre, mais elle le porte avec les 2 pans qui pendant devant elle, comme une étole occidentale, plutôt que par dessus son épaule gauche. Cette différence semble être une question d'ordre pratique, car la diaconesse portant le maphorion, ou ample voile monastique, cela aurait posé problème de devoir porter l'orarion sur l'épaule.

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L'Histoire nous a gardé la lecture "par erreur" par saint Maël d'Armagh du rite d'ordination épiscopale sur sainte Brigitte de Kildare, au lieu du rite d'abbesse, en faisant officiellement l'unique femme-évêque dans les faits connue dans l'Histoire de l'Église Orthodoxe.


A côté de cet épisode particulier, les murs la chapelle Saint-Zénon dans l'église de Sainte-Praxède à Rome ont encore cet étonnant témoignage du passé : "Episcopa Theodora". Cependant l'on ne tirera pas de conclusion trop hâtive car on donnait ce titre aux mères d'évêques. Néanmoins ce titre a dû choquer des extrémistes phalocrates car la terminaison du titre a été grattée sur la mosaïque..

Quelques diaconesses célèbres que l'on retrouve dans le Synaxaire :

Sainte Olympias la Confesseuse, diaconesse de saint Jean Chrysostome (cfr lettre 6)
Sainte Platonida de Nisibe en Syrie, higoumena et diaconesse (+ 308)
Sainte Macrine, soeur aînée de saint Basile le Grand et saint Grégoire de Nysse, higoumena et diaconesse (4ème s)
Martyre Publia la Confesseuse, diaconesse d'Antioche (4ième s)


Sainte Mélanie la Jeune, disciple de saint Jérôme, fondatrice de monastères en Palestine et diaconesse (+ 31 décembre 439)
Sainte Bathilde, reine des Francs Mérovingiens puis diaconesse, fondatrice de l'abbaye royale de Corbie (7ème s)
Sainte Suzanne d'Eleutheropolis, diaconesse et martyre (4ème s)
Sainte Radegonde, reine des Francs Mérovingiens, puis ordonnée diaconesse par saint Germain de Paris (6ème s)
Sainte Tatienne la Romaine, martyre, diaconesse à Rome (+ 225)
etc, et enfin
Sainte Nonna, mère de saint Grégoire le Théologien "de Nazianze":



Guide des catacombes romaines, chapelle de Sainte-Emerentienne
"Avant l'entrée de cet arénaire, plusieurs cryptes ont la forme d'une basilique, avec le vestibule, la nef, l'abside. A droite et à gauche se trouvent des chaires qui ont servi aux prêtres, aux diacres et aux diaconesses, non pour la confession, comme on l'a dit, mais pour d'autres usages liturgiques. Les arcosoles ont tenu lieu d'autels. Il ne reste aucune inscription qui puisse nous faire savoir à qui ont appartenu ces cryptes. Ce groupe intéressant est du 3ème siècle."
Éléments d'archéologie chrétienne, volume 2, Paris 1903


Les diacres Philippe, Procore et la diaconesse Phébée (fêtée le 3 septembre)
fresque de la paroisse Agios Andreas, patriarcat de Constantinople, Allemagne




Diaconesses (Wikipedia)
http://en.wikipedia.org/wiki/Deaconess


Nous avons une preuve évidente dès le début du 2ème siècle, dans une lettre de Pline le Jeune à l'empereur Trajan, qui atteste le rôle des diaconnesses. Pline fait référence à 2 "desservantes féminines" comme étant des diaconnesses qu'il torture afin d'en savoir plus sur les Chrétiens. Ceci renforce l'existence de l'office de diaconnesse dans diverses parties de l'Empire romain. De plus, dans la Didascalie des Apôtres, on trouve une autre mention des femmes diacres. Dans ce livre, on affirme que Marie Madeleine était en effet devenue diaconnesse, elle avait aussi servi Jésus Christ. Le terme "diakonein" traduit comme "ministre" est utilisé dans le Nouveau Testament pour décrire Marie-Madeleine, Jeanne la femme du serviteur d'Hérode, Suzanne et d'autres qui se sont occupées de Jésus, comme groupe de service. Cependant, on pense généralement que l'institution des diaconnesses a vraiment commencé au 3ème siècle, vers l'époque où a été écrite la Didascalie. C'est le premier document qui discute spécifiquement du rôle des diacres et des diaconnesses au 3ème siècle, en Syrie. L'auteur y demande de prendre les diacres et diaconnesses comme "artisans pour la justice", dénotant par là même leur place importante dans la hiérarchie de l'Église.
Plus tard, au 4ème siècle, on retrouve les diaconnesses mentionnées au Concile à Nicée en 325, ce qui implique leur statut hiérarchique et consacré. Olympias, une des plus proches amies et soutien de l'archevêque Jean Chrysostome de Constantinople, était connue comme une diaconnesse riche et influente, au 5ème siècle. Même la législation de Justinien au sujet du clergé dans les grandes églises impériales de Agia Sophia (Sainte-Sagesse) et Blachernae au milieu du 6ème siècle, comporte des femmes diacres. Il reprenait aussi les femmes diacres parmi ceux qu'il énumérait pour le service à la Grande Église, Agia Sophia, comptabilisant hommes et femmes diacres ensemble, précisant par la suite 100 hommes et 40 femmes comme diacres.
De plus, de la radieuse période du 8ème siècle, le Codex Barberini contenant un manuel liturgique, fournit un rite de consécration pour les femmes diacres, qui est virtuellement identique au rite d'ordination pour les hommes diacres. Les diaconnesses ont continué d'exister après la période moyenne de l'empire romain d'Orient, en particulier dans la capitale de même que dans nombre de communautés monastiques.
La preuve de la continuité des rôles liturgique et pastoral est fournie par le Manuel des Cérémonies de Constantin Porphyrogénète, au 10ème siècle, (De Ceremoniis), qui parle d'une zone réservée pour les diaconnesses à Agia Sophia.


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Sainte Elisabeth, Néo-Martyre et Grande Duchesse de Russie, a tenté de restaurer l'ancien office de diaconnesse en Russie. Elle fut soutenue avec zèle par le métropolite Vladimir de Moscou, mais virulement opposée par l'évêque Hermogène de Saratov.
En particulier en Orient, la diaconnesse était un important intermédiaire entre la hiérarchie de l'Église et les femmes, pour les questions de cérémonial, d'instruction et d'aide sociale. Jusqu'à la chute de Constantinople, pendant ce qui est considéré comme l'âge d'or de l'Orthodoxie, les diaconnesses jouaient un rôle vital pour soutenir la foi de la famille. Par leur propre bon exemple, par l'enseignement, le conseil et les recommendations, elles guidaient les épouses et les mères dans la manière orthodoxe de vivre. Il est intéressant de noter qu'à l'époque contemporaine, il y a eu un important mouvement pour essayer de restaurer l'ordre des diaconnesses dans l'Eglsie. Saint Nectaire d'Égine a par exemple ordonné des diaconnesses pour son monastère.
On trouve décrit une tentative de restaurer l'ancien office de diaconnesse en Russie dans la Vie de sainte Élisabeth la néo-martyre, telle que rapportée par le métropolite Anastassy. Comme exposé plus haut, ses efforts pour restaurer cet office furent très chaleureusement supportés avec zèle par le métropolite de Moscou. Cependant, l'évêque Hermogène de Saratov s'y opposait, par méprise. Il en fut aussi loin que d'accuser la sainte de tendances au Protestantisme. Mais par la suite, il s'en repentit. Entre-temps, la Grande Duchesse abandonna son projet et se soumis à l'autorité de l'Église. Il est remarquable de voir qu'elle ne tira pas avantage de sa position comme Grande Duchesse pour parvenir à réaliser son rêve.
Presbytera Valerie Bockman




Publié en la fête de sainte Olympias, diaconnesse - gloire à Dieu en toutes choses!