"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

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13 décembre 2015

Aimer son prochain et vouloir qu'il soit sauvé à l'exemple de saint Jean Maximovitch

"Il interdisait à son clergé toute participation aux offices ’panorthodoxes’ à cause de la canonicité douteuse de certains participants ; et il secouait la tête en signe d’incrédulité devant les activités des ’oecuménistes’. Il était d’une rigueur absolue en ce qui concerne la sainte doctrine de l’orthodoxie... Quiconque l’a vu n’est pas près d’oublier le regard redoutable de Vladika abaissant les trikeria (chandeliers) épiscopaux lors de la proclamation des anathèmes contre les hérétiques, le Dimanche de l’Orthodoxie ; alors, il ne faisait qu’un avec l’Eglise excluant de son sein tous ceux qui rejettent la foi intègre et salvatrice de l’orthodoxie. Cette attitude procédait non de quelque ’pharisaïsme’ ou ’fanatisme’ étroit, mais de la même crainte de Dieu que Vladika conserva toute sa vie, et qui interdit à quiconque de transgresser la Loi de Dieu sinon au péril de son propre salut."
Vie de notre Père dans les Saints, Jean Maximovitch, Archevêque de Shangaï, Bruxelles et San Francisco (1896-1966). par Presbytera Anna

24 juillet 2013

Fuyez division ET fausses doctrines! (saint Ignace d'Antioche)

Et vous, enfants de lumière et de vérité, fuyez les divisions et les mauvaises doctrines. Soyez où se trouve le pasteur : brebis dociles, marchez à sa suite. Il y a des loups en grand nombre qui on su se concilier la confiance. Ils séduisent, par de dangereux attraits, ceux qui courent dans la carrière du Seigneur et les conduisent ensuite en esclaves au gré de leurs caprices.
Mais votre étroite union ne les laissera pas pénétrer dans le troupeau.
"Éloignez-vous des herbes vénéneuses. Ce n’est pas Dieu qui les cultive, et Il ne les a pas semées."
Saint Ignace, évêque d'Antioche (+ vers 107), épitre aux Philadelphiens




"Keep away from the poisonous seeds which grow where Christ does not till the soil, for they are not of the planting of the Father"
source English text

07 mai 2008

Saint Alexis Toth, Confesseur, défenseur de l'Orthodoxie en Amérique du Nord (+ 1909)


http://ocafs.oca.org/FeastSaintsViewer.asp?FSID=101300

Notre saint père Alexis, défenseur de la Foi Orthodoxe et zélé ouvrier du Vignoble du Seigneur, naquit en Autriche-Hongrie le 18 Mars 1854, dans une pauvre famille Carpatho-Russe. Comme beaucoup d'autres dans l'empire Austro-Hongrois, les Toths étaient de rite Catholique Oriental. Le père d'Alexis et son frère étaient prêtres, et son oncle était évêque dans l'église Uniate. Il reçut une excellente éducation et apprit plusieurs langues (carpatho-russe, hongrois, russe, allemand, latin, et la lecture du grec). Il épousa Rosalie Mihalich, la fille d'un prêtre, et fut ordonné le 18 Avril 1878 pour servir comme second prêtre dans une paroisse Uniate. Son épouse mourût peu après, suivie par leur unique enfant - pertes que le saint endura avec la patience de Job.

En Mai 1879, le père Alexis fut désigné comme secrétaire de l'évêque de Presov et administrateur de l'Administration diocésaine. Il reçut aussi la charge de directeur d'un orphelinat. Au séminaire de Presov, père Toth apprit l'Histoire de l'Église et le Droit Canon, ce qui lui servira beaucoup dans sa vie future en Amérique. Saint Alexis ne resta pas longtemps comme professeur ou administrateur, le Seigneur ayant d'autres projets pour lui ailleurs. En Octobre 1889, il fut désigné pour servir de pasteur d'une paroisse Uniate à Minneapolis, Minnesota. Tel un nouvel Abraham, il quitta son pays et sa parenté pour accomplir la volonté de Dieu (Gen 12:1).

Dès son arrivée en Amérique, le père Alexis se présenta de lui-même à l'autorité diocésaine catholique-romaine locale, l'archevêque John Ireland, vu qu'il n'y avait pas d'évêque Uniate en Amérique à cette époque. L'archevêque Ireland faisait partie de ces catholiques-romains américains qui voulaient "l'américanisation" de tous les catholiques-romains. Sa vision du futur était fondée sur une croyance et des coutumes communes, et l'utilisation de la langue anglaise pour tout sauf les célébrations liturgiques. Naturellement, les paroisses "ethniques" et le clergé de rite non-romain ne rentrait pas dans sa vision. Dès lors, quand le père Toth vint lui présenter ses lettres de créance, l'archevêque Ireland le reçut froidement. Il refusa de le reconnaître comme un prêtre catholique-romain légitime, voire même de lui permettre de servir dans son diocèse.

Comme historien et professeur de Droit Canon, le père Toth connaissait ses droits liés à l'Uniatisme, et n'était pas prêt à accepter l'injuste décision de l'archevêque Ireland. En Octobre 1890, 8 des 10 prêtres Uniates en Amérique se réunirent à Wilkes-Barre, Pennsylvanie, sous la présidence du père Toth. A cette époque, les évêques américains avaient écrit au Vatican (Rome) pour demander de rappeler en Europe tous les prêtres Uniates d'Amérique, craignant que les prêtres Uniates et leurs paroisses puissent freiner l'assimilation des immigrants dans la culture américaine. Les évêques Uniates en Europe refusèrent de donner suite aux demandes d'aide des prêtres.

L'archevêque Ireland envoya une lettre à ses paroisses, ordonnant à leurs membres de ne pas fréquenter la paroisse du père Toth, ni d'accepter le moindre service ministériel de sa part. S'attendant à une déportation imminente, le père Toth expliqua la situation à ses paroissiens et leur suggéra qu'il serait peut-être mieux pour tous qu'il parte et retourne en Europe.

"Non", dirent-ils. "Allons voir l'évêque Russe. Pourquoi devrions-nous toujours nous soumettre à des étrangers?" Il fut décidé d'écrire au consul Russe à San Francisco pour lui demander le nom et l'adresse de l'évêque Russe. Ivan Mlinar partit pour San Francisco afin d'établir un premier contact avec l'évêque Vladimir; puis, en février 1891, le père Toth et
son sacristain, Paul Podany, effectuèrent à leur tour le voyage. Ensuite, l'évêque Vladimir vint à Minneapolis et le 25 Mars 1891, il reçut le père Toth et 361 paroissiens dans l'Église Orthodoxe, celle de leurs ancêtres. Les paroissiens considérèrent cet événement comme un nouveau "Triomphe de l'Orthodoxie", s'exclamant avec joie : "Gloire à Dieu pour Sa grande Miséricorde!"

Cette initiative venait des fidèles eux-mêmes, elle ne fut donc pas le résultat de pressions extérieures. L'Église Orthodoxe de Russie ignorait en fait la présence de ces immigrants slaves Uniates en Amérique, mais répondit positivement à leur demande de réintégration dans l'Église Orthodoxe.

L'exemple de saint Alexis et de sa paroisse revenant à l'Orthodoxie fut un encouragement pour des centaines d'autres Uniates. Notre saint fut comme une bougie sur un chandelier, illuminant les autres (Mt 5,15), et son troupeau comme le levain dans la pâte qui fait lever tout l'ensemble (Mt 13,33). Par ses intrépides prédications, il arracha les mauvaises racines qui auraient pu lever et contaminer la vraie doctrine, et expliqua les erreurs dans les enseignements qui les avaient égarés. Bien qu'il n'hésitait pas à montrer les erreurs doctrinales des autres confessions chrétiennes, il fut toujours fort prudent, voulant préserver ses fidèles de l'intolérance. Ses écrits et ses sermons sont remplis d'admonitions à respecter les autres personnes et d'éviter d'attaquer leur religion.

Bien qu'il soit exact qu'il ai parfois utilisé un langage ferme, en particulier dans sa correspondance privée avec l'administration de l'Église, il faut se rappeler que cela se faisait dans le cadre de la défense de l'Église Orthodoxe et de la Mission américaine, contre des accusations mensongères proférées par des gens utilisant par ailleurs un vocabulaire bien plus agressif que le père Toth. Ses opposants peuvent être caractérisés par l'intolérance, un comportement agressif, des méthodes amorales et des menaces contre lui et ses paroissiens. Pourtant, quand le père Alexis était offensé ou trompé par autrui, il pardonnait, et il demandait à son évêque de lui pardonner ses omissions et erreurs.

Au milieu des grands écueils, ce héraut de la divine théologie et de la juste doctrine se répandait en une source inextinguible d'écrits Orthodoxes en faveur des nouveaux convertis, dans lesquels il expliquait comment vivre d'une manière Orthodoxe. Par exemple, son article "Comment devrions-nous vivre en Amérique" insiste sur l'importance de l'éducation, de la propreté, de la sobriété, et de la présence des enfants à l'église les Dimanche et Jours de Fêtes.

Bien que la réception de la paroisse de Minneapollis dans l'Église Orthodoxe date de mars 1891, il fallu attendre juillet 1892 avant que le Saint-Synode de Russie reconnaisse et accepte la paroisse dans le Diocèse d'Alaska et des Aléoutiennes. La décision ne parvint en Amérique qu'en Octobre 1892. Pendant ce temps, il régnait un climat d'hostilité religieuse et ethnique envers les nouveaux convertis. Le père Alexis fut accusé d'avoir vendu ses propres concitoyens Carpatho-Russes et sa religion aux "Moscovites" par intérêt financier.

En vérité, il ne reçut pas le moindre soutien financier durant une longue période, et sa paroisse était très pauvre. Avant que son salaire de prêtre n'arrive de Russie, notre juste dût travailler dans une boulangerie pour assurer sa subsistance. Et bien que ses revenus soient maigres, il ne négligea jamais de faire l'aumône aux pauvres et aux nécessiteux. Il partageait son argent avec d'autres clercs qui étaient dans un état pire que le sien, et contribua à la construction d'églises et à l'éducation des séminaristes à Minneapolis. Il ne s'inquiéta jamais pour sa vie (Mt 6,25), à propos de ce qu'il aurait à boire ou à manger ou à s'habiller. S'abandonnant en confiance à Dieu pour prendre soin de lui, saint Alexis suivit la recommandation de notre Sauveur de "chercher d'abord le Royaume de Dieu et Sa justice, et le restant sera donné par surcroît" (Mt 6,33). Alors il supportait tribulations, calomnies, et les attaques physiques avec patience et joie spirituelle, se rappelant que "la piété est plus forte que tout" (Sagesse de Salomon 10,12)

Les évêques Vladimir, Nicolas, saint Tikhon et Platon reconnurent les dons particuliers du père Toth, et de ce fait l'envoyèrent souvent prêcher et enseigner où il y avait des gens d'origine Slave. Bien qu'il fut conscient de ses limitations et insuffisances, il obéit aux instructions des évêques. Il n'hésita pas ni ne chercha de prétextes, mais remplit immédiatement ses missions. Saint Alexis visita nombre de paroisses Uniates, expliquant les différences entre l'Orthodoxie, le protestantisme, le catholicisme-romain et l'Uniatisme, insistant sur la juste voie du Salut dans l'Orthodoxie.

Comme Josiah, "il se comporta honnêtement dans la conversion de son peuple" (Sir 49,2). Il fut l'instrument dans la création ou du retour de 17 paroisses, plantant la Vigne du Christ en Amérique, et en augmentant considérablement la récolte des fruits. En 1909, année de son bienheureux repos, plusieurs milliers d'Uniates Carpatho-Russes et de Galicie étaient revenus à l'Orthodoxie. Ce fut un événement majeur dans l'histoire de la Mission en Amérique du Nord, et cela détermina le futur de l'Orthodoxie dans ce pays pour de nombreuses générations postérieures. Toute future croissance ou succès peut être vraiment regardé comme le résultat des travaux apostoliques du père Toth.

Qui pourra parler des combats spirituels du saint? Qui peut parler de la prière qui sourdait de sa pieuse âme et montait vers Dieu? Il ne donnait pas de démonstration publique de sa piété, mais priait Dieu en secret, avec modestie, avec contrition et dans les larmes. Dieu, Qui voit tout ce qui est fait dans le secret, le récompensa publiquement (Mt 6,6). Il est tout simplement inconcevable que saint Alexis ait pu accomplir tout ce labeur apostolique sans que Dieu ne l'y ai bénit et renforcé pour aboutir. L'Église continue encore de nos jours à récolter les fruits mûrs de ses enseignements et prédications.

Les efforts du père Toth ne restèrent pas sans reconnaissance durant sa vie terrestre. Il reçut une mitre garnie de joaillerie de la part du Saint-Synode, de même qu'il fut décoré de l'Ordre de Saint Vladimir et de l'Ordre de Sainte Anne par le Tsar saint Nicolas II pour services remarquables et dévotion à Dieu et à la patrie. En 1907, on le prit même en considération comme candidat à l'épiscopat. Il déclina cependant cet honneur, faisant humblement remarquer que la responsabilité devrait être donnée à un homme plus jeune et en meilleure santé.

Fin 1908, la santé de saint Alexis commença à péricliter, séquelle de ses maladies. Il partit pour le bord de mer dans le sud du New Jersey afin de retrouver un peu de santé, mais dût bientôt retourner à Wilkes-Barre, où il dût rester alité 2 mois durant. Le juste se reposa dans le Seigneur le vendredi 7 mai 1909 (24 avril dans l'ancien calendrier julien), en la fête des saints Sabbas et Alexis l'ermite des Cavernes de Kiev. L'amour de Saint Alexis et son souci pour ses enfants spirituels ne cessa pas à sa mort. Avant de clore la relation de sa vie, il serait approprié d'en rapporter au moins un exemple de son intercession du Ciel :

En Janvier 1993, un homme pria saint Alexis de l'aider à obtenir des nouvelles de son fils dont il était séparé depuis 28 ans. Plaçant sa confiance dans la hardiesse du saint face à Dieu, il attendit la réponse à sa prière. Le lendemain, le fils de l'homme lui téléphonait. Il semblerait que le jeune homme soit entré dans une église, et là il ressentit un soudain et irrésistible désir de rentrer en contact avec son père. Il avait pourtant été emmené dans un autre État par sa mère, et elle lui avait fait changer de nom alors qu'il était encore enfant. C'est pour cela que le père était incapable de le localiser. Ayant appris de sa mère que son père était un Chrétien Orthodoxe, il parvint à obtenir son numéro de téléphone par un prêtre Orthodoxe, numéro dans un ville lointaine. Suite à cet appel téléphonique, le jeune homme visita son père, qui se réjouit de le voir être devenu un homme. Le père remercia Dieu et saint Alexis pour l'avoir réunit à son fils.

Saint Alexis fut un vrai homme de Dieu qui guida nombre d'immigrants Carpatho-Russes et Galiciens à travers l'obscure confusion du défi religieux dans le Nouveau Monde et les ramena dans l'unité de l'Église par ses paroles remplies de grâce et son saint exemple. Dans son testament, comme dernière volonté, saint Alexis recommanda son âme à la Miséricorde de Dieu, demandant le pardon de tous et pardonnant à tous. Ses saintes reliques reposent à présent au monastère Saint-Tikhon à South Canaan, Pennsylvanie, où les fidèles peuvent venir les vénérer et implorer l'intercession de saint Alexis en leur faveur.

Tropaire de saint Alexis Toth ton 4
Ô saint père Alexis,
notre intercesseur et notre maître,
ornement divin de l'Église du Christ,
prie le Maître de l'univers
d'affermir la Foi Orthodoxe en Amérique,
d'accorder la paix au monde,
et à nos âmes, la grande miséricorde.


Kondakion de saint Alexis Toth ton 5
Fidèles, louons le prêtre Alexis,
luminaire de l'Orthodoxie en Amérique,
modèle de patience et d'humilité.
Pasteur digne du troupeau du Christ,
il rappela les brebis qui s'étaient égarées
et par sa prédication les amena
au Royaume céleste.




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29 février 2008

saint Jean Cassien, ou la synthèse des Pères du Désert chez un Père d'Occident

icone russe de saint Jean CassienSaint Jean Cassien "le Romain"
icône russe, vers 1800
source


textes adaptés des articles du hiéromoine Ambrose (EORHF, Nouvelle-Zélande), de l'archidiocèse grec américain et du Orthodoxwiki



Le Synaxaire l'appelle "Notre père Cassien, choisi par Dieu pour apporter en Occident l'illumination du monachisme oriental."

Saint Jean naquit dans le Delta du Danube, dans l'actuelle ville de Dobrogea, Roumanie, vers 360 – quoique certaines sources le disent natif de Gaule. Il a été bien instruit dans les affaires du monde. Mais, assoiffé de perfection, il abandonne tout et voyage avec son ami Germanus vers la Terre Sainte. En 382, il devint moine dans un monastère à Bethléem. Après avoir vécu la vie monastique palestinienne plusieurs années durant, saint Jean désira aller plus loin dans le monachisme et fut autorisé de partir avec son ami saint Germain de Dobrogea, afin de visiter les Pères du Désert en Égypte. Ils y restèrent jusqu'en 399, hormis une brève période où ils rentrèrent à Bethléem, et où leur monastère les libéra.

Il vécu 7 ans dans le désert, apprenant de Pères tels que Moïse, Serapion, Theonas, Isaac et Paphnutius. Par les longues luttes dans sa cellule, saint Jean a développé par l'expérience personnelle une doctrine divinement inspirée sur le combat spirituel. Beaucoup disent qu'il est le premier a avoir définit les huit passions principales: gourmandise, fornication, cupidité, colère, tristesse, acédie, vaine gloire et fierté.

A cette époque, les luttes dans l'Église d'Alexandrie rendaient la vie si difficile aux moines égyptiens que saint Jean, toujours accompagné de son ami Germanus, chercha refuge à Constantinople, en 399. Et vers 400, il y sera ordonné diacre. Il devint un fervent disciple et défenseur de saint Jean Chrysostome. Il semblerait qu'un temps durant, Jean Cassien ait même été en charge du trésor de la cathédrale. Hélas, en 403, quand le saint archevêque Jean Chrysostome fut à nouveau persécuté puis déposé par un concile local impie, ses disciples, dont Jean Cassien, durent fuir. Il partit pour l'Italie où il alla plaider la cause de Jean Chrysostome auprès du pape de Rome, Innocent I – en vain, ledit pontife n'ayant que peu à dire sur les affaires internes à Constantinople... A partir de ce moment, Jean Cassien ne quittera plus l'Occident.

A Rome, il se plaça donc sous la protection du pape, l'évêque Innocent 1er. Cet exil forcé se révéla providentiel pour les Églises d'Occident, saint Jean apportant les trésors de la spiritualité du désert aux monastères occidentaux.
C'est probablement à Marseille qu'il a été ordonné prêtre. Jean Cassien y a fondé 2 monastères vers 415: un pour hommes, sur la tombe de saint Victor, et un pour femmes. A l'époque, la Provence était envahie de réfugiés fuyant les invasions barbares. La vie monastique était autant approuvée ou attaquée par des Chrétiens que par des païens. Elle avait besoin d'un exemple. En y apportant et réinterprétant les traditions égyptiennes pour les Gaules, Jean Cassien devint cet exemple.
C'est à la demande de son évêque qu'il écrivit les "Institutions Cénobitiques", dans lesquelles il adapta les pratiques austères des Pères d'Égypte aux conditions de vie en Gaule. C'est cet ouvrage capital qui servira de guide pour saint Romain et son frère saint Lupicin lorsqu'ils iront fonder la vie monastique pure au fin fond des montagnes du Jura. C'est ainsi que ces écrits monastiques, Institutions et Conférences, eurent un grand retentissement.

Les Institutions traitent de la vie communautaire, et les Conférences proposant des sermons d'ermites Égyptiens, mais ce n'est pas strictement cloisonné, on trouve des 2 sujets dans les 2 traités.
Les "Conférences", célèbres, sont devenues la chaîne principale par où la sagesse du désert oriental a pu passer aux moines d'Occident. Saint Benoît a développé une bonne partie de sa Règle (qui gouverna un temps la plupart des monastères du monde latin) en partant des "Institutions" de saint Jean, et recommandé que les "Conférences" soient lues dans tous ses monastères. (Règle 42,3)
Jean Cassien insistait sur l'origine apostolique de la vie monastique, basée sur la pratique de l'Église du temps des Actes d'Apôtres. Il affirmait la supériorité théorique de la vie érémitique, mais préférait dissuader quiconque n'était pas convenablement formé pour l'entreprendre. La solitude de l'ermite comportait cependant une discipline et une vie liturgique communes. Mais comme toujours, il s'en est trouvé parmi les lecteurs de Jean Cassien à ne pas avoir compris ce qui était plus qu'une nuance..

La 3ème oeuvre majeure de saint Jean Cassien n'est pas monastique. C'est le "Traité de l'Incarnation contre Nestorius" (De incarnatione Domini contra Nestorium), un ouvrage théologique qui lui avait été commandé par l'archidiacre du pape de Rome (l'évêque Célestin 1er), Léon, futur évêque et pape connu sous le nom de saint Léon 1er le Grand, et traité dont il se servira pour écrire son futur "Tome à Flavien", applaudit à Chalcédoine – c'est donc quelque part Jean Cassien que Chalcédoine a applaudit... par procuration!
Léon voulait que l'Occident soit avertit du danger que représentaient les écrits et idées hérétiques de Nestorius. C'est un traité peu considéré et pourtant extrêmement intéressant : Jean Cassien y analyse toutes les idées de Nestorius, les démonte l'une après l'autre de manière méthodique grâce à la théologie conciliaire, et achève par un "dossier patristique" où il cite toute une série de Pères de l'époque et d'avant. Ce dossier ne représente sur l'ensemble que 6 pages en traduction, mais c'est du plus haut intérêt, montrant notamment l'unité de Foi totale qui existait alors entre Orient et Occident, car tous deux Orthodoxes. Et on y découvre sa large culture patristique, très équilibrée avec ses choix des Pères selon le point à appuyer, pas selon leur origine géographique ou l'école théologique à laquelle ils appartenaient.
Dans cet ouvrage, il fut le premier à démontrer la parenté spirituelle entre le Pélagianisme, qui enseignait que le Christ n'était qu'un homme qui sans l'aide de Dieu avait réussi à éviter le péché, et qu'il était donc possible pour l'homme de surmonter le péché par ses propres efforts; et le Nestorianisme, qui enseignait que le Christ n'était qu'un homme utilisé comme un instrument par le Fils de Dieu, mais n'était pas Dieu fait homme; et de fait, lorsque Nestorius devint tout d'abord patriarche de Constantinople en 428, il fit preuve de fermeté et persécuta en apparence les hérétiques, à l'exception des seuls Pélagiens, qu'il reçut en communion et en faveur desquels il intercéda auprès de l'empereur et auprès de l'évêque de Rome, Célestin.

L'erreur opposée au Pélagianisme mais aussi désastreuse, c'était l'enseignement de saint Augustin d'Hippone, affirmant (sur base de ses maigres ressources scripturaires, ne disposant pas de Bible LXX ni ne sachant le grec) qu'après la Chute d'Adam, l'homme était devenu si corrompu qu'il ne savait rien faire pour son propre Salut, et que Dieu prédestinait simplement certains pour le Salut et d'autres pour la damnation – ce qui la théorie partagée par les catholiques-romains, les protestants et.. les musulmans.. Face à cette erreur si flagrante et contraire à tout l'enseignement de l'Église depuis les Apôtres, saint Jean Cassien réfuta ce blasphème.
Au Chapitre 13 de ses Conférences, Jean Cassien met en garde contre certains des excès de la théologie de saint Augustin d'Hippone – ou ou moins de celle qui lui était attribuée par ses disciples, car on sait qu'ils avaient largement dépassé leur maître. Et qu'ils n'avaient pas restitués les ouvrages réclamés par Augustin, qui voulait corriger ce qu'il avait compris comme erroné dans les 1.600 et quelques lettres, traités, livres, sermons, etc, qu'il avait écrits
(cfr sa Vita, par son disciple local, saint Possidius).
Dans ce chapitre 13 donc, il rapporte le discours d'Abba Cheremon, qui présente avec éloquence, de long en large et avec force citations des Saintes Écritures, l'enseignement Orthodoxe sur l'équilibre entre la Grâce de Dieu d'un côté, et les efforts de l'homme de l'autre, nécessaires pour notre Salut – ce qu'on appelle la synergie.
Avec la délicatesse et la grandeur du vrai saint, Jean Cassien ne citait cependant pas Augustin nommément. Ses opposants, au premier rang desquels Prosper d'Aquitaine, n'auront pas la même délicatesse, dans leur rage à s'en prendre à celui qui rappelait ainsi, par Pères du Désert interposés, la doctrine de l'Église et le Consensum Patrum. A cause de ce rappel de la vraie doctrine apostolique, les catholiques-romains et certains commentateurs protestants l'accusent encore de semi-pélagianisme.
Cependant, saint Benoît de Nursie, au chapitre 73 de sa Règle, range les Institutions ET les Conférence de Jean parmi les principaux écrits des pères du monachisme, et ordonne qu'ils soient lus dans ses monastères. Saint Jean Climaque loue hautement saint Jean Cassien au paragraphe 105 du 4ème échelon de son Échelle Sainte, dans le chapitre sur l'obéissance.

Saint Jean Cassien s'endormit en paix en 435, et a été vénéré par les moines de l'Occident Orthodoxe comme leur Père et le plus sage de leurs enseignants. Le restant de ses reliques est toujours exposé à l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, qui n'est cependant plus Orthodoxe depuis un millénaire déjà. Il est largement vénéré en Roumanie, mais aussi dans toute l'Église Orthodoxe.

Déjà de son vivant ce fut le cas. Mais après sa mort, ça empira : les écrits de saint Jean furent rapidement attaqués par les extrémistes Augustiniens et, comme l'Augustianisme était hélas devenu la doctrine officielle de l'Église latine, sa vénération a quasi disparu en Occident. En dehors de l'Église Orthodoxe, on n'en parle plus. En milieu hétérodoxe, on ne le commémore plus qu'à Marseille, et bien entendu uniquement symboliquement, ses écrits n'étant évidement plus pris au sérieux.
http://www.abbamoses.com/months/february.html



monastere Saint-Victor, Marseillemonastère Saint-Victor, Marseille


crypte du monastere Saint-Victor, MarseilleCrypte du monastères


icone de saint Jean Cassien dans la crypte du monastere Saint-Victor, MarseilleIcône de saint Jean Cassien



photo du reliquaire de saint Jean Cassien, voir :
http://stmaterne.blogspot.com/2007/02/s-nicodme-lhagiorite-comment-se-prparer.html


Tropaire de saint Jean Cassien, ton 8 (1)
T'étant purifié par le jeûne,
Tu parvins à la connaissance de la sagesse,
Et des Pères du désert,
Tu appris le combat contre les passions.
Dès lors, par tes prières, accorde à notre chair d'obéir à l'esprit.
Car tu es notre enseignant, ô vénérable Jean Cassien,
Et en Christ nous louons tous ta mémoire.


Tropaire de saint Jean Cassien, ton 8 (2)
L'image de Dieu fut vraiment préservée en toi, ô saint père,
Car tu pris sur toi la Croix et suivis le Christ.
Ce faisant tu nous enseigna à dédaigner la chair qui n'est que passagère
Et plutôt nous soucier de l'âme, qui est immortelle.
Dès lors ton esprit, vénérable Jean Cassien, se réjouit avec les Anges.

Kondakion de saint Jean Cassien, ton 4 (3)
En vénérable moine,
Tu consacras ta vie à Dieu,
Et radieux de vertus, ô Jean Cassien,
Tu brilles tel le soleil par la splendeur de tes divins enseignements,
Illuminant toujours les coeurs de tous ceux qui t'honorent.
Supplie ardemment le Christ en faveur
De ceux qui te louent d'un amour fervent.

icone grecque de saint Jean Cassien
-oOo-

Saint Jean Cassien et son héritage dans l'Église Orthodoxe en Grande-Bretagne, à l'époque "celtique"

...Revenons à l'Église de Grande-Bretagne qui lui était contemporaine. Nous trouvons que dans la province de Valentia, qui comprenait cette portion du nord de la Grande-Bretagne située entre les murs d'Antonin et d'Hadrien, là naquit vers l'an 360, quelqu'un dont la personnalité, au sujet de laquelle il y a beaucoup de vague et légendaire, légende qui semble pourtant permettre d'éclaircir et distinguer des faits d'avant la vision historique moderne. C'est Nynias ou Ninian, fils d'un prince ou un chef Celte Chrétien. Saint Ninian a été baptisé et a été instruit en Chrétien. Rempli de zèle religieux, il a résolu de visiter la grande ville "dont la gloire ancienne était toujours la fierté de l'empire dominant le monde ," et, les circonstances étant favorables à l'accomplissement de son voeux, il quitta sa maison et parvint à Rome. Il y étudia longtemps, et en 397 fut consacré évêque – qu'on n'aille pas en déduire un anachronique et anti-apostolique "système pyramidal" à l'époque, car même saint Augustin de Canterbury, envoyé par saint Grégoire le Grand 1 siècle plus tard en Angleterre, ne reviendra pas à Rome pour être fait évêque, mais ira chez le métropolite le plus proche, celui des Gaules en l'occurence.
Quant à saint Ninian, une fois devenu évêque, il fut renvoyé dans son pays natal. En route il traversa la Gaule, et en chemin il se détourna vers la ville de Tours sur la Loire, où Saint Martin, habituellement connu comme "le saint soldat" et alors âgé de 80 ans, présidait à un monastère qu'il avait fondé sur le modèle oriental, monastère dont saint Ninian connaissait la renommée. Comme ce séjour avec le vieux Saint Martin, auquel on le relie, portera par la suite beaucoup de fruits, et aura de très grandes conséquences plus tard dans l'Église Celte, il serait bon de nous arrêter ici un instant, le temps d'examiner brièvement la nature et les caractéristiques générales de l'antique Église des Gaules, beaucoup de ses caractéristiques devant par la suite se retrouver dans l'Église Celte & Britannique.

De ce monachisme reçu de Gaule, Saint Antoine, le Saint Copte, était le fondateur. Antoine était Égyptien de noble naissance, né à Corma, située près de la frontière entre la Basse et la Haute Égypte basse, en l'an 251. Il s'est tôt imprégné de zèle pour la vie ascétique. Au début il vivait solitaire ou ermite, mais plus tard il a recommandé la vie cénobitique. Plus tard, cette idée a fusionné et donné naissance au concept du monastère au sein duquel les frères demeureraient sous un même toit.
icone copte de saint Pacome
Pacôme, le successeur de Saint Antoine, a réuni les moines sous une Règle écrite et fondé un monastère sur l'île de Tabennae, Haut Nil, qui comptera à la fin pas moins de 7.000 membres. Le chef du monastère était l'Abbas, un mot de syriaque qui signifie le père, et la communauté a été considérée comme sa famille. La renommée et la réputation de piété de ce premier établissement se diffusa rapidement, et beaucoup de communautés similaires naquirent dans les pays avoisinants.

Ce système égyptien de monachisme s'est fermement enraciné dans les Gaules, mais pas à Rome – et saint Jérôme se plaindra amèrement de l'absence de vie monastique et pieuse dans la ville en pleine déconfiture. De cette vie monastique égyptienne, saint Martin en fût impressionné. En 360 il retourna à Poitiers et y retrouva Hilaire. Il fonda dans les environs le monastère de Ligugé. En 371, il fut élu évêque de Tours. Étant attiré par la vie de reclus il établit le monastère de Marmoutier-les-Tours sur les bords de la Loire. Cependant, il est important de noter que ce n'est pas seulement dû au nom et à la réputation de saint Antoine que saint Martin désira tant la vie ascétique.

Saint Martin a reçu son inspiration de Lyon, aussi fortement influencé par l'Asie mineure, par Hilaire et Symphorien, et de l'Égypte, plutôt que de Rome.

Saint Martin n'était pas seul dans son enthousiasme pour le monachisme égyptien. Jean Cassien - qui avait visité le Nil et la plupart de ses célèbres monastères, et qui est retourné rendre compte des brillants succès du mouvement en Égypte; des 500 moines sur les montagnes où Saint Antoine avait habité sa cellule; des 5.000 dans le désert de Nitrie; des 50.000 qui se rassemblaient pour célébrer la Communion de Pâques; du maigre régime alimentaire, de la macération de la chair, de la piété fervente – saint Jean Cassien donc, fonda un monastère à Marseille d'après le modèle égyptien, et publia deux livres: "De Institutione Coenobiorum" et "Collationes Patrum", qui influencèrent fortement les convictions et les pratiques religieuses en Gaule. La doctrine enseignée dans ce monastère était tout à fait opposée à l'Augustianisme qui allait faire florès et s'emparer de l'Église à Rome. Il y avait beaucoup d'autres, comme Cassien, qui se sont sentis poussés, après avoir visité l'Égypte, à chercher des retraites similaires. Dès lors les us et coutumes égyptiens se sont introduits sur les îles qui s'étendent le long des côtes de l'ouest de la Méditerranée. "La mer était à ces retraites," comme l'écrit plus tard le professeur Story, "ce que le Nil ou le désert était à leurs prototypes égyptiens; et le modèle égyptien de la vie monastique a été fidèlement reproduit en eux."

Tout comme Ephèse, Antioche, et Alexandrie ont trouvé leur chemin vers la Gaule sans faire d'étape à Rome, ainsi en était-il des relations entre l'Égypte et la Gaule qui, en effet, avait été établies bien longtemps avant l'ère Chrétienne. Bien que jusqu'alors purement sociales, commerciales, intellectuelles, devint alors aussi religieuses. Quand les éloges de saint Jérôme sur le monachisme ont été accueillis avec tant de colère par la société romaine, qu'il comprit qu'il valait mieux pour lui de prendre sa retraite à Bethléem avec Paula et Eustochium, "l'ascétisme du Nil gagnait déjà à sa façon parmi les centaines de passionnés en Ligurie [partie à l'extrême sud-ouest du nord de l'Italie] et Gallia Narbonensis [la côte du sud-est de la France moderne]."

Un autre des célèbres communautés de Gaule était celle de l'île de Lérins, fondée par Saint Honorat, le fervent Père né à Trêves, en Gaule Belgique. Lérins devint avec lui un centre d'où émanèrent les forces monastiques qui se répandirent rapidement à travers l'ensemble de l'ouest de l'Europe. C'est saint Vincent, le grand et loué docteur de ce monastère, qui a donné la célèbre définition de la véritable Tradition apostolique - "Quod semper, quod ubique, quod ab omnibus creditumi sit."" [Ce qui a toujours été la Foi, partout et pour tous]

La trace des 7 chapelles de ce monastère est toujours visible parmi les ruines, et nous rappelle forcément les sept églises à Glendalough en Irlande, les deux groupes rappelant symboliquement de l'histoire des Sept d'Asie dans l'Apocalypse.

Saint Patrick vint d'Irlande dans ce monastère, après avoir échappé au chef qui l'avait tenu en esclavage, sur la côte du Comté d'Antrim. Il étudia ici la culture et l'ascétisme qui avaient été importés de l'Orient. Dans sa "Confession" il ne parle pas d'avoir reçu son autorité de Rome, et sa vie et son enseignement entiers prouvent le contraire. Comme Saint Ninian, il a aussi visité Saint Martin, qui était son oncle, à Tours, et là-bas en apprit encore plus sur le travail du monastère.

Ici nous avons atteint une étape extrêmement intéressante dans notre progression historique. Ces deux dirigeants chrétiens - Saint Ninian, amenant de Saint Martin de Tours l'enthousiasme pour le monachisme et la culture de l'Orient, et plus tard, Saint Patrick, de la même manière imprégné avec le zèle monastique qu'il avait acquis à Lérins et à Tours - retournant dans leurs pays respectifs, l'Écosse et l'Irlande, et aux établissements des règles religieuses, qui, avant que beaucoup d'années ne s'écoulent, eurent une influence universelle, non seulement dans les îles britanniques mais aussi sur le Continent d'Europe, par le retour des missionnaires et les exils de populations Celtes Chrétiennes chassées par des envahisseurs barbares (les Saxons.)

On constate ainsi que l'influence d'Asie mineure et d'Égypte est parvenue à l'antique Église Celte en Grande-Bretagne venant de la Gaule en deux ruisseaux qui se sont rencontrés et ont finalement fusionné en un; le premier vint de Saint Martin par Saint Ninian à Whithorn, dans le Galloway, d'où, par Saint Finian il est passé à Moville en Irlande et de Moville par Saint Columba à Iona et les Celtes d'Écosse en 563 apJC. Le second de Lérins et par Saint Martin de Tours et Saint Patrick il passa à l'Irlande, où il a rejoint l'autre.

Adapté d'après : "L'Église Celte et l'influence de l'Orient," John Stirton, Crathie

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La Tradition du Désert
Jay Cooper Rochelle

Quand les Chrétiens ont commencé à arriver dans l'extrême ouest de l'Empire romain, l'Irlande était une terre de petits royaumes. Le monachisme y a fait des incursions parce que le style de vie et d'habitat ressemblaient de près ce qui y existait déjà. On n'y a pas construit de villes jusqu'à la période danoise. Wexford et Dublin étaient les premières des plus grandes villes fondées à cette époque-là. Avant cela, les routes étaient pauvres et les bourgades petites. Les Romains n'ayant jamais traversé la Mer d'Irlande, aucune bonne route n'avait été posée à travers l'île.

Le voyage était difficile, ce qui explique l'importance des traditions locales et des communautés pour une vie Chrétienne prospère. L'organisation tribal ou clanique était centrée autour d'un chef. Le monastère le fut autour d'un abbé. Ces modèles n'étaient pas éloignés l'un de l'autre. L'un a rendu l'autre sensible et sain.

La tradition rapporte que le monachisme, la forme la plus ancienne de communauté Chrétienne en Irlande, est venu d'Égypte par la côte du nord. L'histoire soutient cette tradition. Les pères de désert d'Égypte, qui précèdent le développement plénier de l'Église Copte, menèrent aux travaux de saint Martin de Tours (Vers 316-397), qui est vénéré dans nombre d'églises de fond Celte. Martin a fondé le premier monastère Gallican à Ligugé près de Poitiers en 360. Il par la suite fondé un deuxième monastère à Tours, après avoir été élu évêque de cette ville.

Deux générations plus tard, saint Jean Cassien (vers 365 - vers 433) fonda deux monastères à Marseille (vers 415) pour lesquels il écrivit ses "Institutions" et ses "Conférences" comme règle et guide. Les travaux de Cassien reposaient sur son propre séjour parmi les moines égyptiens et fournit le terreau sur lequel le monachisme celte s'est établit la génération suivante.

De Gaule, le monachisme se diffusa vers l'ouest à travers les régions Celtes, jusqu'au bout du monde connu, ainsi qu'on appelait l'Irlande. Dès le sixième siècle, le monachisme était la force motrice dans la vie Chrétienne de la société dans son ensemble. Columban (543-615), né Irlandais et missionnaire prenant le chemin inverse vers la Gaule à la fin du sixième siècle, écrivit une Règle, qui est seulement deuxième en importance dans l'Église d'Occident après la Règle de Saint Benoît.

La tradition ascétique de l'Orient, qui a influencé les régions celtes, est plus austère que celle de l'Occident. Les "Dialogues" de Cassien, par exemple, parlent en détail de la renonciation, la mortification de la chair, et la vie de repentir permanent. C'est l'avant-goût de la tradition pénitentielle irlandaise tel qu'elle se développera aux huitièmes et neuvièmes siècles. De plus, Cassien enjoint ses moines à trouver un directeur spirituel, origine donc de l'anamchara ou "l'ami d'âme", que certains voulaient relier au passé pré-chrétien des terres Celtes. Cassien, dans la Conférence 13, exprime la relation entre volonté et grâce dans le Salut dans des termes Orthodoxes, une note qui trouvera des échos dans la tradition Celte. La conférence 10 appelle le moine à développer un style de prière répétitive qui aura sa consommation future dans deux formes, la "prière de Jésus" de la tradition de hésychaste en Orient, et la tradition de "la prière constante" découverte par Alexandre Carmichael dans les Iles de l'ouest, et qui est devenu si connue dans les récentes années comme partie distinctivement celte dans la foi chrétienne.

Le monachisme est une forme de martyre. Quand la frontière entre la culture du monde et la vie spirituelle n'a plus été tracée par le sang des martyrs, les moines ont repris la charge de tracer cette ligne pour maintenir le Christianisme comme une culture alternative "étant dans le monde sans en faire partie."

Au temps où les Églises Celtes se sont développées, cependant, l'âge de persécution était terminé. De plus, les endroits de persécution étaient très éloignés du centre du monde Celte. La formes que la Foi a reçue dans les régions Celtes étaient les communautés monastiques, habituelles en Irlande, sur Iona et à Lindisfarne.
adapté de "la tradition du désert," de Jay Cooper Rochelle, Th.M., Ph.D.



icone roumaine traditionnelle de saint Jean Cassien


SAINT JEAN CASSIEN, écrits aux Sources Chrétiennes, Editions du Cerf :
Conférences 1/2

Conférences 2/2

Institutions Cénobitiques.

autre collection
Traité de l'Incarnation contre Nestorius



Ancienne traduction libre, dans l'archive du beau site du hiéromoine Cassien (VCO):

Institutions

Conférences

Traité de l'Incarnation contre Nestorius, livre 1


Sfântul Ioan Casian, sa vie en roumain



voir l'intéressante notice sur forum-orthodoxe:
http://www.forum-orthodoxe.com/fev2.php

et la discussion sur le problème de l'Occident qui préféra les erreurs augustiniennes à la juste théologien de Jean:
http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/viewtopic.php?p=10594



Nous fêtons aussi aujourd'hui saint Germain de Dobrodja (+ 410), le compagnon de pérégrinations de saint Jean Cassien, mais je n'ai pas trouvé d'informations sur lui hors de ce qu'on tire de la vie de saint Jean. Ni tropaire, ni icône.