"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

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06 juin 2020

La vraie Tradition de l'Église n'est pas un musée de coutumes figées (p. Stephen)


Se souvenir des Fins dernières

Le Christianisme Orthodoxe semble souvent être intrinsèquement conservateur. La place indéfectible qu'occupe la tradition dans sa vie semble prête à devenir un rempart conservateur contre un monde trop prêt à oublier tout ce qui est bon ou beau. Il existe des distinctions subtiles mais importantes qui rendent cette considération à propos de l'Orthodoxie trompeuse, et peuvent conduire à la déformation de la Foi et à une image presque inversée de notre véritable Salut. Le Christianisme Orthodoxe ne cherche pas à préserver quelque chose qui est maintenant passé - ce n'est pas une Foi liée à l'Histoire. Elle professe plutôt que ce qui a été donné à un moment de l'Histoire n'est rien d'autre que ce qui sera à la fin de toutes choses. La Foi n'est donc correctement vécue que lorsqu'elle est radicalement orientée vers ce qui est à venir. Le Royaume de Dieu n'est jamais autre chose que la fin et l'accomplissement de toutes choses, ce pour quoi la création elle-même est venue à l'existence.

"Je suis l'Alpha et l'Omega, le commencement et la fin", dit le Seigneur, "qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant". (Ap 1, 8)

Comprendre la véritable nature de la "fin des choses" ou, en termes théologiques, de "l'eschatologie", est une tâche difficile au début. Elle enfreint de nombreuses règles de l'espace et du temps (oui, Dr. Who adore, c'est vrai), et nécessite un certain changement de perspective. On trouve un exemple de ce changement dans la prière eucharistique de Saint Jean Chrysostome où le prêtre prie :

"Faites cela en mémoire de Moi ! En vous souvenant de ce commandement salvateur et de toutes ces choses qui se sont passées pour nous : la Croix, la Tombe, la Résurrection au troisième jour, l'Ascension au Ciel, le siège à la Droite, et la Seconde et glorieuse Venue."

Le prêtre fait référence à la Parousie / Seconde Venue au passé. Il ne s'agit pas d'une doctrine étrange selon laquelle ce retour aurait déjà eu lieu dans l'Histoire. Il s'agit plutôt de la reconnaissance du fait que la Divine Liturgie se déroule dans un lieu mystique à partir duquel il est correct de décrire la Seconde Venue de cette manière. Car la Divine Liturgie est vraiment la "dernière" Cène, le repas à la fin de toutes choses.

Les Pères ont affirmé que la vérité doit être identifiée avec la fin. Saint Maxime le Confesseur en Orient, et Saint Ambroise en Occident, ont tous deux écrit un schéma en trois parties dans lequel l'Ancien Testament est "l'ombre", le Nouveau Testament est "l'icône", tandis que la "vérité" est l'âge à venir. Cette conception comporte plusieurs aspects.

Premièrement, la vérité de toute chose ne se trouve pas dans le présent, mais dans son "telos", sa fin. Une graine n'est pas reconnue tant qu'elle n'est pas devenue un arbre. Mais, surtout, cette réalisation de la vérité n'est pas considérée comme une progression graduelle, une construction vers la vérité. Un tel schéma suggérerait que la vérité n'est "pas encore". La vérité, cependant, est / existe déjà et maintenant. Nous pouvons dire que la vérité, qui existe déjà dans l'âge à venir, attire tout vers elle. Ou bien, nous pouvons dire que la vérité, qui existe déjà dans l'âge à venir, se manifeste dans le temps, même maintenant, pour ceux qui ont les yeux pour voir.

Notre façon la plus courante de voir le monde est de privilégier l'Histoire, de présumer que le passé est immuable et est la cause de toutes les choses dans le présent. Cela fait de nous les auteurs de la Création, les créateurs de l'Histoire de l'Univers. C'est très séduisant, même si cela porte en germe l'anxiété et la guerre. Mais Dieu n'a pas constitué la créature de manière à en faire le créateur de son propre destin, le maître de son propre destin.

Lors de la Création, Dieu observe son travail et dit : "C'est très bon". Ce n'est pas simplement une observation du travail qu'Il a accompli, mais une proclamation de la nature même de la Création. Sa nature est révélée en sa finalité. Elle appelle la création, toujours vers ce pour quoi elle a été créée. C'est ce que décrit saint Paul :

"Il nous a fait connaître le mystère de Sa volonté, ce dessein bienveillant qu'Il avait formé en Lui par avance, pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres." (Éph 1, 9-10)

Ce verset doit également être lu en même temps que la déclaration de Saint Paul dans Romains 8 :

"Et nous savons qu'avec ceux qui L'aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien, avec ceux qu'Il a appelés selon Son dessein". (Rom 8,28)

C'est le "bon" ou le "très bon" selon lequel toutes les choses ont été créées. Ce même bien, cependant, est caché. Il n'est en aucune façon évident pour nous, sauf lorsque nous voyons le Christ Lui-même.

Considérez le monde, vers 1000 avant J.-C. Un peuple totalement obscur, à peine plus qu'un ramassis de tribus, est engagé dans une lutte pour un morceau de terre presque inutile côté fertilité et insignifiant dans sa situation et sa taille. Dans la même région, cependant, de puissants royaumes et civilisations s'élèvent et prospèrent, produisant richesse, puissance et innovation. Leurs monuments resteront debout pendant des milliers d'années. Mais dans cet endroit obscur, un jeune homme affrontera un géant au cours d'un seul combat et gagnera. À l'échelle de l'Univers, c'est presque rien, sans signification. Mais c'est l'histoire de David et de Goliath, et ce David deviendra l'ancêtre du Dieu incarné, qui est Lui-même le "bien" du monde.

En ce moment même, nous ne pouvons pas juger ou mesurer le "bien" dans le monde, ni l'ensemble du mal. Rien n'a de sens tant qu'il n'est pas interprété à la lumière de la fin de toutes choses. David n'a de sens que rétrospectivement. C'est sa progéniture qui le "fait" avoir un sens et une signification. Plus que cela, nous devons comprendre que la "cause" de la renommée de David attirait déjà toutes choses vers elle. Le Christ enfant provoquait la résurrection de David et établissait son royaume.

De la même manière, nos propres vies sont "causées" par la fin pour laquelle elles ont été créées. C'est ce que dit encore Saint Paul :

"Non, frères, je ne me flatte point d'avoir déjà saisi ; je dis seulement ceci : oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l'avant, tendu de tout mon être, et je cours vers le but, en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir Là-haut, dans le Christ Jésus." (Phi 3,13-14)

Nous ne nous appuyons pas sur le passé ni ne cherchons à le préserver. Les fondements du Royaume de Dieu ne sont pas dans ce monde, ni de ce monde. Ils sont "inébranlables", selon les mots de l'Écriture. Ce que l'Église appelle "tradition" n'est pas une vague mémoire historique ; c'est la vie toujours renouvelée de l'Esprit qui est "une fois pour toutes délivrée aux saints". La continuité de la Tradition ne dépend pas de la mémoire. Elle est toujours et partout la même, car c'est la réalité donnée une fois pour toutes qui existe depuis toujours et vers laquelle nous sommes attirés.

C'est une perspective étrange pour la plupart des gens et qui va à l'encontre du sens purement humain du conservatisme. Cela peut sembler conservateur à un observateur extérieur, mais si ce qui est maintenu n'est préservé que de manière historique, ce n'est pas la vie ni la vérité de la Tradition. Il faut se vider à chaque instant et de toutes les manières et recevoir constamment la vie qui est donnée. Jésus-Christ est le même "hier, aujourd'hui et toujours". Et c'est le contenu de la Tradition. Je ne Le connais pas aujourd'hui parce que je L'ai connu hier. Je ne Le connais peut-être que maintenant.

27 Mai 2020
P. Stephen Freeman
Saint Anna's Orthodox Church


04 juin 2020

Epoque difficile? Préparez vos enfants par la FOI!! (staretz Ephraim)

"Les événements mondiaux qui se déroulent et les prophéties de notre Église indiquent que les jours difficiles approchent. Il est possible que nous soyons actuellement sur le périmètre extérieur et que, par la suite, nous commencions à tourner en spirale vers les cercles intérieurs jusqu'à ce que nous atteignions le centre. Ce dont nous devons nous préoccuper en substance, c'est de "la seule chose nécessaire". Nous devons nous préparer spirituellement chaque jour, nous devons préparer notre âme, nous devons nous purifier de tout péché, nous devons nous repentir pour les péchés que nous avons commis ou pour tout ce que nous ferons désormais, afin que nous soyons bien préparés pour la fin de notre vie. Nous ne savons pas si, même de nos jours, nous nous retrouverons devant le martyre.
Les parents doivent diligemment enseigner la FOI à leurs enfants. Ils doivent implanter et transmettre leur propre FOI Orthodoxe à leurs petits. Ils devraient approfondir le thème de Dieu, afin que leurs enfants puissent croire en Lui - car les enfants d'aujourd'hui sont bousculés par l'esprit d'athéisme, qui prévaut partout. Si nos enfants ne possèdent pas une FOI solide dans leur âme, comment pourront-ils affronter l'Antéchrist à l'avenir ? Comment vont-ils affronter les nombreux antéchrists existants, comme les Témoins de Jéhovah et toutes les autres hérésies horribles s'ils ne possèdent pas la foi pure en Christ ? Bien sûr, il serait très bénéfique que certains entretiens aient lieu à un moment donné dans l'avenir pour discuter de sujets tels que la Foi en Dieu et la preuve de l'existence de Dieu, afin que les enfants acquièrent une base solide - car sans fondation, toute maison s'effondre. Ils doivent acquérir un fondement de FOI sûr et inébranlable en eux-mêmes, afin d'être en mesure, plus tard, d'entrer dans l'arène (de la vie) et de confesser la divinité de notre Christ.
Nous devons tous faire un effort pour aider les enfants, car je discerne que, malgré leur bonne nature et leur simplicité caractéristiques, ils sont faibles en matière de FOI. C'est parce qu'ils n'ont pas trouvé ce que nous avons trouvé en grandissant dans notre pays. Ils y ont trouvé une nourriture spirituelle défaillante et il est donc tout à fait naturel qu'ils soient faibles. Il est essentiel que nous les renforcions et les vivifions dans la FOI. Cette leçon, bien sûr, aura lieu dans le futur ; que Dieu nous aide à le faire car cela sera très bénéfique pour les enfants".'
Homélie 18 du livre "L'art du Salut", staretz Ephraim d'Arizona

https://www.amazon.com/Art-Salvation-Elder-Ephraim/dp/0972550445






''The unfolding world events and the prophecies of our Church indicate that the difficult days are approaching. It’s possible that we are presently on the outer perimeter and, in following, we will start spiraling toward inner circles until we reach the center. What we must be concerned with in essence is “the one thing needful.” We should prepare ourselves spiritually each day, we should prepare our soul, we should purify ourselves from every sin, we should repent for the sins we have committed or for whatever we will do henceforth, so that we are found well prepared for the end of our life. We do not know if, even in our days, we will find ourselves before martyrdom.
Parents must diligently teach the faith to their children. They should implant and transmit their own Orthodox faith to their little ones. They should expand on the topic of God, so their children can believe in Him–because children today are shaken by the spirit of atheism, which is prevalent everywhere. If our children do not possess strong faith in their soul, how will they be able to confront the Antichrist in the future? How will they confront the numerous existing antichrists, like the Jehovah’s Witnesses and all the other awful heresies if they do not possess the pure faith in Christ? Of course, it would be very beneficial if certain talks took place at some point in the future to discuss topics such as faith in God, and proof of God’s existence, so that the children acquire a strong foundation–because without a foundation, every house crumbles. They must acquire a secure and unshakable foundation of faith within themselves, so that, later, they can be in a position to enter the contest and confess the Divinity of our Christ.
We all must make an effort to help the children, because I discern that, despite their characteristic good nature and simplicity, they are weak in matters of the faith. This is because they did not find what we found growing up in our homeland. Here they found deficient spiritual nourishment and consequently it is quite natural for them to be weak. It is essential that we strengthen and vitalize them in the faith. This lesson, of course, will take place sometime in the future; may God help us to do this because it will be of great benefit to the children.'''
Homily 18 of the book "The Art of Salvation" by Elder Ephraim of Arizona
Spiritual Fragrance Publishing

13 septembre 2017

Ce monde tourne fou (p. Païssios)

Ce que je vois autour de moi pourrait me rendre fou, si je ne savais pas que peu importe ce qui se passe, Dieu aura le dernier mot.
Saint Païssios l'Athonite

11 décembre 2015

Le Christ, célébrant de l'Eucharistie (p. Tryphon, Eorhf)

Le caractère eschatologique de l'Eucharistie

Certains pourraient dire que nos églises Orthodoxes et les vêtements liturgiques portés par notre clergé sont trop extravagants, et que nous devrions simplifier la manière d'exprimer notre foi religieuse. Mais lorsque nous contemplons le caractère eschatologique de l'Eucharistie, nous prenons conscience que nous arrivons dans le règne du sacré, où ni le temps ni l'espace existent, et où nous entrons dans le Royaume du siècle à venir. Dans la Divine Liturgie, nous expérimentons "le jour qui ne connaît ni fin ni soir, ni lendemain, le siècle qui ne connaît ni fin ni ne vieillit", selon les paroles de saint Basile le Grand.

L'expression de notre humilité comme Chrétiens doit avoir lieu en dehors de la Liturgie, car nous n'oserions pas transformer la célébration Eucharistique en une opportunité pour faire étalage de notre humanité, car c'est le Christ Lui-même Qui offre et est offert. C'est le Christ qui est le véritable Célébrant, et réellement le Christ Ressuscité qui vient dans Sa gloire au dernier jour. Les prêtres ne sont pas les véritables célébrants de l'Eucharistie, mais simplement les icônes de ce Christ eschatologique, Celui que nous adorons. Cet honneur rendu à l'icône passe de là au Prototype, Qui est le Christ glorifié.

Dans l'amour du Christ,
Higoumène Tryphon

Photo: Icône récemment peine pour l'Autel de notre monastère, par Matushka Ann Margitich de Santa Rosa, Californie.

01 juillet 2013

Notre Christianisme est préparation (P. Seraphim Rose)



Notre Christianisme est une religion qui nous explique ce que nous ferons dans la vie éternelle, c'est-à-dire qui nous prépare pour quelque chose d'éternel, qui n'est pas de ce monde-ci.
P. Seraphim Rose de bienheureuse mémoire

15 avril 2012

Dimanche de Pâques et sa signification (orthodoxwiki)



Un Jour sans déclin
http://orthodoxwiki.org/Pascha#Day_without_evening
Pour les Chrétiens Orthodoxes, la célébration de Pâques / Pascha révèle le mystère du Huitième Jour. Elle n'est une simple répétition historique de l'événement de la Résurrection du Christ. Elle est une manière d'expérimenter la nouvelle Création du monde, un avant-goût du Jour nouveau et sans fin du Royaume de Dieu.

Ce Jour Nouveau est exprimé aux fidèles dans la longueur des offices religieux pascals, dans la répétition de l'ordo pascal dans tous les offices de la Semaine Radieuse qui suit, et dans les éléments pascals particuliers qui seront repris dans les offices 40 jours durant, jusqu'à l'Ascension. En quelque sorte, ces 40 jours-là sont traités comme un seul jour.




23 juillet 2009

Mariage Chrétien (3) : mariage & service (Dynamis)



Épître pour le jeudi de la 7ème semaine après la Pentecôte : 1 Corinthiens 7,24-35
http://groups.yahoo.com/group/orthodoxdynamis/message/3731

"Frères, que chacun demeure donc devant Dieu dans la condition où il était lors de son appel. Pour ce qui est des vierges, je n'ai pas d'ordre du Seigneur; mais, comme un homme qui par la miséricorde du Seigneur est digne de confiance, je donne un conseil. J'estime donc, à cause des difficultés présentes, qu'il est bon de demeurer dans cet état; qu'il est bien pour l'homme de vivre de la sorte. Es-tu marié? Ne cherche pas à rompre. N'es-tu pas marié? Ne cherche pas de femme. Toutefois, si tu te maries, tu ne pèches pas; et si la jeune fille se marie, elle ne pèche pas. Mais ceux-là subiront des épreuves dans leur chair; et je voudrais vous les épargner. Mais voici ce que je vous dis, frères: le temps se fait court. Il faut donc que ceux qui ont une femme vivent comme s'ils n'en avaient pas; ceux qui pleurent, comme s'ils ne pleuraient pas; ceux qui sont dans la joie, comme s'ils n'étaient pas dans la joie; ceux qui achètent, comme s'ils ne possédaient pas; et ceux qui usent de ce monde, comme s'ils n'en usaient pas. Car elle passe, la figure de ce monde. Or, je désire que vous soyez exempts de préoccupations. Celui qui ne se marie pas s'occupe des choses du Seigneur, cherchant à lui plaire. Celui qui est marié a souci des choses du monde, cherchant à plaire à sa femme; et il est préoccupé. De même la femme qui n'est pas mariée, ainsi que la jeune fille, s'occupe des choses du Seigneur, cherchant à être sainte de corps et d'esprit; celle qui est mariée a souci des affaires du monde cherchant à plaire à son mari. C'est dans votre intérêt que je vous parle; ce n'est pas pour vous prendre au piège, mais pour vous porter à ce qui convient le mieux et qui vous attache au Seigneur sans partage."

Mariage Chrétien (3) - mariage & service: 1 Corinthiens 7,24-35, en particulier les versets 32 & 35: "Or, je désire que vous soyez exempts de préoccupations[.. et désire pour vous] ce qui convient le mieux et qui vous attache au Seigneur sans partage."



Dans les lectures des 2 jours passés, saint Paul nous rappelait à nous qui affirmons être Chrétiens que nous avions été rachetés à grand prix (1 Co 6,20), et devrions dès lors chercher à glorifier Dieu (1 Co 7,23), et qu'en tout ce que nous faisons, nous devrions servir le Christ comme Ses dignes serviteurs (1 Co 7,21-22). En quelqu'état de vie que nous nous trouvions en ce monde, résidence, famille ou emploi, utilisons les grâces qui viennent avec l'appartenance au Christ, afin de plaire au Seigneur (1 Co 7,32), car Sa volonté dirige tout.
Tout au long des siècles, servir Dieu est resté une question de priorité pour le Chrétien digne de ce nom. L'Église vit dans une conscience aiguë de l'imminence du retour du Seigneur, de la toute proche Parousie. Comme saint Paul le rappelle, quelle que soit l'époque, le temps est proche (v. 29). Après 2.000 ans, à chaque fois que nous récitons le Credo, nous déclarons que le Seigneur est occupé à revenir pour juger les vivants et les morts. Hélas, Son retour n'est pas une question d'urgente actualité pour certains membres de l'Église, malgré le fait qu'à la mort, ou si Son retour nous surprend vivants, tous nous aurons à nous présenter au redoutable jugement du Christ. Il vaut mieux Lui demander dès à présent "comment pourrais-je Te servir maintenant sans partage?" (v. 35)!
L'Apôtre suggère un point de départ : nous devons avoir pour premier centre d'intérêt le service du Seigneur dans notre situation de vie présente. Que chacun reste avec Dieu dans l'état dans lequel il a été appelé (v. 24). Si nous sommes mariés, ne pas chercher à nous séparer (v. 27) et si nous sommes dans le célibat, ne pas chercher un conjoint (v. 27), car il est bon de rester tel qu'on est (v. 26). S'inquiéter parce qu'on est marié ou parce qu'on n'arrive pas à se marier sont simplement des distractions par rapport au premier problème des Chrétiens dans cette vie – plaire au Seigneur (v. 32). Cependant, dans sa grande sagesse, l'Apôtre savait très bien que tous ne savaient pas ou ne désiraient pas être aussi absorbés que lui l'était en tout temps par l'oeuvre de l'Église et du Maître. Saint Paul comprenait que les soucis de la vie de famille apportaient des problèmes, et c'est pour cela qu'il disait vouloir nous en épargner (v. 28). Non pas parce qu'il aurait pensé que le mariage était un péché! Au contraire, il le précisait bien, même si on se marie, ce faisant, on ne pèche pas (v. 28). L'Apôtre désire que chacun d'entre nous se concentre sur les affaires du Seigneur, car ce monde est en train de passer (v. 31).
L'Apôtre voyait bien qu'il y a une différence entre une femme mariée et une vierge consacrée au Seigneur Dieu. Cette dernière s'occupe des affaires du Seigneur, afin d'être sainte tant de corps que d'esprit. Mais la femme mariée a tant de choses de ce monde à s'occuper, et à aussi plaire à son mari (v. 34). La préoccupation de saint Paul c'est que même ceux qui sont mariés cherchent, dans la mesure du possible, à vivre dans l'urgence évangélique. Pour les Chrétiens, les oeuvres du Seigneur devraient être prises avec le plus grand sérieux, de sorte qu'au moins au sens ultime, mêmes ceux qui sont mariés soient comme s'ils ne l'étaient pas (v. 29).
La meilleure manière de parvenir à un tel état de détachement est d'avoir toujours hautement présente dans notre conscience la nature transitoire de l'existence présente. Si nous sommes parmi ceux qui sont dans l'affliction, souvenons-nous que toutes choses vont passer, disparaître. Alors ceux qui sont tristes seront capables d'agir comme s'ils ne se lamentaient pas, ceux qui se réjouissent comme si ce n'était pas le cas, et ceux qui acquièrent des biens comme s'ils n'avaient rien, et ceux qui font usage de ce monde comme s'il n'en était rien (v. 30-31).
Pour les Chrétiens de notre époque, la recommandation de saint Paul peut sembler rigoureuse ou radicale. Cependant, le Peuple de Dieu a toujours été béni en adoptant une attitude ferme, apostolique, empressée pour le Seigneur, car Il est la véritable Vie, et nous tirera hors de la fange de l'indulgence sécularisée et auto-satisfaite. Le Christ nous renouvellera comme membres de Sa famille éternelle, afin de servir le Seigneur sans partage (v. 35).

Je suis un pèlerin sur cette terre; Ô Maître, dirige mes pas vers l'accomplissement de Ta volonté.


09 septembre 2007

Explication Orthodoxe du Second Avènement du Christ - p. Demshuk, homélie du 15ème dimanche après la Pentecôte

1 Thessaloniciens 4,13-5,11
Au sujet des morts, nous ne voulons pas frères, que vous soyez dans l'ignorance, afin que vous ne vous affligiez pas, comme le font les autres hommes, privés d'espérance. Si nous croyons que Jésus est mort et ressuscité, il nous faut croire aussi que Dieu emmènera avec Lui ceux qui sont morts en appartenant à Jésus. Voici ce que, d'après la parole du Seigneur, nous vous déclarons: lors de l'Avènement du Seigneur, nous, les vivants qui serons encore là, nous ne devancerons pas les morts. Au signal donné, à la voix d'un Archange, au son de la trompette de Dieu, le Seigneur Lui-même descendra du Ciel, et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront les premiers. Ensuite, nous, les vivants qui serons encore là, nous serons enlevés ensemble avec eux sur les nuées, à la rencontre du Seigneur dans les airs. Ainsi, pour toujours, nous serons avec le Seigneur. Que ces paroles soient donc votre mutuel réconfort. Pour ce qui est de l'époque et du moment, vous n'avez pas besoin, frères, qu'on vous écrive. Vous savez très bien vous-mêmes que le Jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit. Quand les hommes diront: "Paix et sécurité", c'est alors qu'une catastrophe soudaine fondra sur eux, comme les douleurs sur la femme enceinte, et ils n'y échapperont pas. Mais vous, frères, vous n'êtes pas dans les ténèbres pour que ce jour vous surprenne comme un voleur. Vous êtes tous enfants de la Lumière et enfants du jour. Nous ne sommes point de la nuit ni des ténèbres; ne dormons donc point comme les autres, mais veillons, et soyons sobres. Ceux qui dorment, s'endorment la nuit; ceux qui sont ivres, s'enivrent la nuit. Si nous sommes enfants du jour, soyons sobres; prenons pour cuirasse la foi et la charité, pour casque, l'espérance du Salut. Car Dieu ne nous a pas destinés à la colère, mais à la possession du Salut par notre Seigneur Jésus Christ. Il est mort pour nous, afin que, à l'état de veille ou dans le sommeil, nous vivions en union avec Lui. Ainsi donc, comme vous le faites déjà, réconfortez-vous les uns les autres, et édifiez-vous mutuellement.

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit

Christ est parmi nous! Hristos po sredi nas!

Dans l'Office des funérailles des défunts de l'Église Orthodoxe, la lecture de l'Épître est prise dans la première épître du saint Apôtre Paul aux Thessaloniciens. L'Apôtre Paul parle du Second Avènement du Seigneur. Voici notamment ce qu'il en dit : "...lors de l'Avènement du Seigneur, nous, les vivants qui serons encore là, nous ne devancerons pas les morts. Au signal donné, à la voix d'un Archange, au son de la trompette de Dieu, le Seigneur Lui-même descendra du Ciel, et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront les premiers. Ensuite, nous, les vivants qui serons encore là, nous serons enlevés ensemble avec eux sur les nuées, à la rencontre du Seigneur dans les airs. Ainsi, pour toujours, nous serons avec le Seigneur. Que ces paroles soient donc votre mutuel réconfort" (1 Thes. 4,15b-18).

Lorsqu'il est question de la manière dont s'accomplira le retour du Seigneur, c'est soit cause d'anxiété soit une source d'encouragement.

Nous devons garder à l'esprit que les différents Chrétiens ont des opinions différentes sur la Seconde Venue du Seigneur et sur ce qui est parfois appelé la "Grande Tribulation." Dans les Écritures, le mot "tribulation" est utilisé pour décrire des contraintes d'ordre général ou quelques trouble, mais certains passages associent ce terme avec un temps particulier de colère souffrante associée aux événements de la fin des temps, qui surpassent tout trouble déjà expérimenté au cours de l'histoire humaine (Math. 24,21). Ces différentes péricopes bibliques, Daniel 12,1; Matthieu 24,1-31; Marc 13,1-30; Luc 21,5-28; et Apocalypse 7,9-14 écrit par Jean le Théologien, toutes parlent de la fin des temps, et cette période de terribles épreuves pour les fidèles croyants. Le débat est vivace au sujet de la manière d'interpréter 1 Thessaloniciens 4,13-18 (passage souvent appelé "le Ravissement"), et son accord avec ces autres péricopes. Le Livre de l'Apocalypse doit être compris à la lumière des Pères de l'Église, et ce que nous savons – et ne savons pas – avec certitude à propos du Retour du Seigneur.

En tant que Chrétiens en général, et Chrétiens Orthodoxes en particulier, nous pouvons dire que nous n'y pensons pas beaucoup, ou que nous ne pensons pas être prêts pour cela, ou que nous y réfléchissons, ou que cela nous inquiète un peu.
Chers frères et soeurs, il y a bien des points de vue au sujet de la fin des temps et quant à savoir si la période de tribulation viendra avant ou suivra le Retour du Seigneur. Par exemple, certains Chrétiens croient que le Seigneur viendra et les enlèvera ("ravissement") de ce monde avant une période de terribles épreuves. Pour appuyer leur croyance, ils citent les paroles du saint Apôtre Paul en 1 Thes. 5,9 : "Car Dieu ne nous a pas destinés à la colère, mais à la possession du Salut par notre Seigneur Jésus Christ."

D'autres Chrétiens croient que les disciples du Seigneur sont destinés à traverser une période de terribles épreuves avant qu'Il ne revienne pour "ravir" l'Église. Ils voient dans ces mêmes paroles de l'Apôtre Paul (1 Thes. 5,9) un avertissement pour ne pas vivre selon les normes impies de ceux promis à la colère. Il pourrait y avoir de la souffrance, mais tous persévéreront et resteront fidèles à Dieu malgré l'opposition ou la persécution.

Ce que nous croyons à ce sujet n'est pas basé sur nos propres circonstances personnelles mais plutôt sur la compréhension de la Bible que nous donne l'Église Orthodoxe. Et comment l'Église Orthodoxe applique ce qu'elle croit à propos de la fin des temps, ceci est étroitement lié avec ce qu'elle enseigne au sujet du Second Avènement du Seigneur.

Considérons par exemple ce qui frappe les croyants en Chine. Nombre de Chrétiens Chinois doivent se réunir dans des maisons afin d'éviter les restrictions imposées à ceux qui participent au culte religieux dans les églises publiques. Mais selon un article récent du BosNewsLife, la Chine s'est attaquée à ce qu'elle considère des "activités religieuses illégales." Les autorités persécutent ouvertement les Chrétiens qui utilisent leur maison comme lieu de culte, ont arrêté nombre de dirigeants d'églises de maison, et en ont détenu ou harcelés d'autres pour avoir soit distribué soit reçu des Bibles. Selon l'article, une campagne d'un mois a récemment été lancée pour "fortement réduire la religion illégale et les mauvaises activités religieuses afin d'éliminer les éléments politiques instables dans la campagne." Les Chrétiens sont la cible principale de cette campagne.


En Chine, croire en Jésus résulte souvent en difficultés. Ceux qui prêchent l'Évangile en Chine seraient négligents s'ils ne rappelaient pas à leurs auditeurs que croire en Jésus peut amener à perdre amis et connaissances, à la persécution et à la pauvreté. Mais dans le monde Occidental, un évangile différent est parfois prêché; on le surnomme "évangile de prospérité." D'après un journaliste du Christian Post, cet "évangile" met l'accent sur la relation entre foi et prospérité. Un pasteur protestant est cité disant "Dieu nous donne la puissance pour avoir la richesse. Est-ce que cela voudrait dire qu'Il veut que vous dépendiez de l'assistance sociale publique?"


Ceux qui prêchent cet "évangile de la prospérité" croient que Dieu veut bénir les Chrétiens avec un style de vie confortable. En général, ils enseignent que le bien-être matériel devrait être la norme pour les Chrétiens et non pas l'exception.

En rentrant chez nous ce jour, pensons un peu à ces 2 groupes de Chrétiens : l'un vivant dans un pays où les croyants sont persécutés, et l'autre vivant dans un environnement relativement libre de problèmes et un haut niveau de stabilité économique et de prospérité.

Sommes-nous préparés à souffrir la colère pour notre Foi?

Il y a 2 leçons importantes dans cette lettre de l'Apôtre Paul aux Thessaloniciens. La première, c'est que nous devons attendre après ce Retour du Seigneur et ne pas laisser nos circonstances de vie nous entraîner au désespoir. Un jour, tout ceci s'achèvera. Un jour, nous serons enlevés de ce monde, de sorte que nous pourrons passer l'éternité avec le Christ. Sachant que le Christ va revenir, cela nous donne un point vers où regarder.
Et la seconde leçon, une que bien des croyants oublient, c'est que le Second Avènement du Seigneur sera précédé voire accompagné de destruction, jugement, et – pour certains – d'une séparation éternelle d'avec Dieu. Les fidèles sont avertis qu'ils doivent s'attendre à la tribulation et ne pas vivre comme s'ils ne devaient jamais expérimenter des moments très pénibles.

Pour des gens comme ces Chrétiens de Chine, la tribulation est déjà une réalité. Ceux qui mènent une vie plus confortable ou qui ont souscrit à cet "évangile de la prospérité" peuvent trouver dur d'accepter que "..tous ceux qui voudront vivre pieusement dans le Christ Jésus auront à subir la persécution" (2 Timothée 3,12). C'est peut-être à propos de gens qui avaient ce point de vue, de ce genre de personnes non-préparées pour les temps difficiles, que l'Apôtre Paul était le plus soucieux, lorsqu'il dit aux Thessaloniciens qu'ils ne devraient pas être surpris de la soudaineté du Retour du Seigneur.
Les Écritures semblent bien claires pour dire que les temps qui précéderont le Retour du Seigneur ne seront pas de tout repos pour ceux qui professent leur Foi en Lui. Les fidèles croyants ont besoin de s'encourager et de se soutenir mutuellement, dit l'Apôtre Paul aux Thessaloniciens (1 Thes. 5,11). Ce faisant, lorsqu'arriveront les temps des épreuves, ils ne succomberont pas à la tentation d'abandonner leur Foi.

Demandons à Dieu la sagesse pour savoir comment préparer le Second Avènement de Son Fils, et la force et la puissante volonté pour faire ce qui est nécessaire pour persévérer jusqu'au bout – peu importe arrivera ce Second Avènement.
Amen.

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit

Christ est parmi nous! Hristos po sredi nas!

Prêtre Vladimir Demshuk, Nativity of the Theotokos (St Mary’s) Serbian Orthodox Church, Clairton PA, September 9/27, 2007, 15ème dimanche après la Pentecôte, saint Pimen le Grand (vers 450), et Synaxe des Docteurs et Illuminateurs de la Serbie
8 / 9 / 2007 4:09:49 AM – First Draft; 9/8/2007 6:01 PM - Revised

La Mère de Dieu Odigitrija
Icône du monastère d'Hilandar, milieu du 13ème siècle
source & (c)

02 avril 2007

P. Schmemann: Stucture et explication liturgique des jours de la Semaine Sainte (1)

LUNDI, MARDI, MERCREDI : LA FIN

Ces 3 jours, que l'Église appelle Grands et Saints, ont un but bien précis au coeur du développement liturgique de la Semaine Sainte. Toutes leurs célébrations sont mises en perspectives de la Fin; ils nous rappellent la signification eschatologique de Pâques. Bien trop souvent, la Semaine Sainte est considérée comme une des "magnifiques traditions" ou "coutumes", une "partie" de notre calendrier qui coule de source. Nous la prenons telle qu'on la donne, et la chérissons comme un événement annuel apprécié que nous avons "observé" depuis l'enfance, nous admirons la beauté de ses Offices, la pompe de ses rites, et bien sûr, et ce n'est pas la moindre des choses, nous aimons tout le remue-ménage à propos de la table Pascale. Et ensuite, quand tout cela est fini, nous reprenons le cours habituel de notre vie. Mais est-ce que nous comprenons que lorsque le monde a rejeté son Sauveur, quand "Jésus commença à ressentir tristesse et angoisse.. avec Son âme triste à en mourir" (Mt 26,37-38), lorsqu'Il mourut sur la Croix, la "vie normale" parvint à son terme, et elle n'est plus possible. Car c'était des gens "normaux" qui ont hurlé "Crucifies-Le!", qui Lui ont craché dessus, et qui L'ont cloué sur la Croix. Et ils Le haïssaient et L'ont tué précisément parce qu'Il dérangeait le cours de leur vie normale. C'était en effet un monde parfaitement "normal" qui préféra les ténèbres et la mort à la Lumière et à la Vie... Par la mort de Jésus, le monde "normal", et la vie "normale" ont été irrévocablement condamnés. Ou plutôt, ils ont révélé leur véritable et anormale incapacité à recevoir la Lumière, tant est terrible le pouvoir du mal qui les habite. "Maintenant est le jugement de ce monde" (Jean 12,31). La Pâque de Jésus signifia sa fin à "ce monde", et il en est ainsi depuis lors. Cette fin peut bien durer pour des centaines de siècles, cela n'enlève en rien à la nature de l'époque que nous vivons, ce sont bien les "derniers temps."
"Car elle passe, la figure de ce monde..." (1 Cor. 7,31).

Pâque signifie passage. La fête de la Pâque était pour le Juifs la commémoration annuelle de toute leur histoire de salut, et d'un salut en tant que passage depuis l'esclavage en Égypte à la liberté, de l'exil à la Terre Promise. C'était aussi une anticipation de l'ultime passage – vers le Royaume de Dieu. Et Christ fut l'accomplissement de Pâque. Il accomplit l'ultime passage : de la mort à la vie, de ce "vieux monde" au nouveau monde dans le nouveau temps du Royaume. Et Il nous ouvrit la possibilité de ce passage. Vivants en "ce monde-ci", nous pouvons déjà "ne plus être de ce monde", c-à-d être libres de l'esclavage du péché et de la mort, participants au "monde à venir." Mais pour cela, nous devons aussi accomplir notre propre passage, nous devons condamner le vieil Adam en nous, nous devons revêtir le Christ dans la mort baptismale et avoir notre véritable vie cachée en Dieu avec le Christ, dans "le monde à venir..."

Dès lors, Pâques n'est pas une commémoration annuelle, solennelle et magnifique d'un événement passé. C'est l'Événement par excellence, qui nous est donné comme un moyen toujours efficace pour nous révéler notre monde, notre temps, notre vie, comme étant parvenus à leur fin, et annonçant le Commencement de la nouvelle vie.. Et le rôle des 3 premiers jours de la Semaine Sainte est précisément de nous stimuler avec cette signification ultime de Pâques et nous préparer à la comprendre et à l'accepter.

1. Ce défi, cette émulation eschatologique (ce qui signifie ultime, décisive, finale) nous est tout d'abord révélée dans le tropaire commun à ces 3 jours:

Tropaire, ton 8: "Voici, le Fiancé arrive au milieu de la nuit. Et bienheureux le serviteur qu'Il trouvera veillant. Mais indigne celui qu'Il trouvera nonchalant. Veille donc, mon âme, à ne pas sombrer dans le sommeil, afin de n'être pas livrée à la mort et enfermée hors du Royaume. Mais reviens à toi et chante : Tu es Saint, Saint, Saint notre Dieu. Par la Mère de Dieu, aie pitié de nous!"



Minuit, c'est le moment où le vieux jour est arrivé à sa fin et commence le nouveau jour. C'est donc le symbole des temps dans lesquels nous vivons en Chrétiens. Car d'un côté, l'Église est encore dans ce monde, partageant ses faiblesses et tragédies. De l'autre côté, son être véritable n'est pas de ce monde, car elle est l'Épouse du Christ, et sa mission est d'annoncer et de révéler l'arrivée du Royaume et du nouveau jour. Sa vie est veille perpétuelle et expectative, une vigile qui attend l'aurore de ce nouveau jour. Mais nous savons à quel point est puissant notre attachement à ce "vieux jour", à ce monde avec ses passions et péchés. Nous savons à quel point nous appartenons encore à "ce monde". Nous avons vu la Lumière. Nous connaissons le Christ, nous avons entendu parler de la paix et de la joie de la nouvelle vie en Lui, et cependant ce monde nous retient dans son esclavage. Cette faiblesse, cette constante trahison envers le Christ, cette incapacité à donner la totalité de notre amour à l'unique véritable aimable, tout cela s'exprime admirablement bien dans l'exapostilarion de ces 3 jours :

"Je vois Tes Demeures, mon Sauveur, mais je n'ai pas la tunique pour y entrer dignement. Seigneur, donne-moi une digne tunique pour revêtir mon âme, et sauve-moi."

2. Le même thème continue son développement dans les lectures des Évangiles de ces jours. En tout premier, la lecture de l'entièreté du texte des 4 Évangiles (jusqu'à Jean 13,31) est accomplie aux Heures (Prime, Terce, Sexte et None). Ce récapitulatif montre que la Croix est l'apogée de toute la vie terrestre et de tout le ministère de Jésus, la Clé pour leur bonne compréhension. Tout dans l'Évangile mène à cette heure ultime de Jésus, et tout doit être comprise à la lumière de cela. Dès lors, chaque Office a sa lecture particulière de l'Évangile:

Le Lundi Saint:
A Matines : Matthieu 21,18-43 – l'histoire du figuier desséché, le symbole de ce monde créé pour porter des fruits spirituels et échouant dans sa réponse à Dieu.

A la Liturgie des Dons Présanctifiés : Matthieu 24,3-35 – le grand discours eschatologique de Jésus. Les signes et l'annonce de la Fin. "Le ciel et la terre passerons, mais Mes Paroles ne passerons jamais..."

"Lorsque le Seigneur S'en allait à Sa Passion volontaire, chemin faisant, Il dit à Ses Apôtres: 'Voyez, nous montons à Jérusalem, et le Fils de l'Homme y sera livré, comme il est écrit de Lui.' Dès lors, allons, et accompagnons-Le, avec nos esprits purifiés des passions de cette vie, et soyons crucifiés et mourons avec Lui, afin que nous puissions vivre avec Lui, et que nous puissions L'entendre nous dire : 'J'entre à présent, non pas dans la Jérusalem terrestre pour souffrir, mais auprès de Mon Père et votre Père, et Mon Dieu et votre Dieu, et Je vous rassemblerai dans la Jérusalem céleste, dans le Royaume des Cieux...." (Matines du Lundi)
Protopresbytre Alexander Schmemann
"Holy Week: a Liturgical Explanation for the Days of Holy Week", Orthodox Worship, n° 3 (Crestwood, NY: SVS Press, 1961)

http://www.svots.edu/Faculty/Faculty/Protopresbyter_Alexander_Schmemann/



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Réflexions sur ce temps qui est passé et auquel on s'accroche pourtant.
Si vous épousez votre époque, quand elle sera morte, vous serez veuf. Car comme disait le philosophe Jean Guitton, "Etre dans le vent, c’est avoir un destin de feuille morte" (autre version : "C'est le propre des feuilles mortes que d'être dans le vent").

Triode du Grand Carême selon le calendrier 2007 :
http://www.orthodoxa.org/FR/orthodoxie/calendrier/triode2007.htm

Texte de la Diaconie apostolique sur le Lundi Saint:
http://monastere-orthodoxe.chez.tiscali.fr/

En la fête de saint Longis et sainte Agneflète, et saint Nizier de Lyon, nos pères et mère dans la Foi vénérés ce jour.