"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

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12 juin 2014

L'Autel dans le Rite Orthodoxe Occidental (hiéromoine Michael)

Saint Bede le Vénérable nous rapporte que saint Benoît Biscop, abbé de Wearmouth, "apporta avec lui des images de saintes représentations, afin d'orner l'église de Saint Pierre qu'il avait construite; à savoir une représentation de la Vierge Marie et des 12 Apôtres, dont il comptait orner la nef centrale, sur des panneaux placés d'un mur à l'autre; et aussi des personnages de l'histoire ecclésiastique sur le mur sud, et d'autres représentant l'Apocalypse de saint Jean sur le mur nord. De sorte que quiconque entrant dans l'église, même sans savoir lire, où qu'il porte son regard, verrait la belle apparence du Christ et de Ses saints, comme si ils étaient là mais en image, et que les esprits alertes puissent méditer sur les bénéfices de l'Incarnation de notre Seigneur, et ayant devant leurs yeux les périls du Jugement Dernier, puissent examiner leurs coeurs d'une manière plus stricte à cet égard."
Ce récit parle donc des icônes et du jubé en Angleterre vers 620. Nous savons cependant que l'Église Celtique avait de l'iconographie depuis plus tôt que cela.
Bien sûr, il ne reste presque plus rien de cette époque à l'heure actuelle - soit qu'on a construit par dessus, soit qu'on a réutilisé pour construire du neuf à bien des reprises depuis 1400 ans. Cependant, il subsiste quelques exemples dans l'architecture.
Nous savons par exemple que les Autels étaient entièrement dépourvus d'ornements. Il n'y avait rien d'autre que le Calice, la Patène et le Livre d'Autel qui étaient permis sur l'Autel. Les cierges se trouvaient à côté, par terre - ou fixés à des proches murs. Une croix pouvait se trouver au dessus sur le mur ou un rebord. Les exemples plus tardifs ci-dessous n'ont bien sûr plus les icônes ni le jubé décrits ci-avant par saint Bede - mais au moins nous avons une idée valable de l'environnement pour la Liturgie de Saint Jean le Théologien (ndt : liturgie gallicane / celtique / Stowe Missal).
Nous avons notre héritage - notre héritage Orthodoxe gravé dans la pierre et marqué dans les livres, prêt pour notre utilisation.
Hiéromoine Michael (Wood)






Benedict Biscop, Abbot of Wearmouth according to Saint Bede "brought with him pictures of sacred representations, to adorn the church of St. Peter, which he had built; namely, a likeness of the Virgin Mary and of the twelve Apostles, with which he intended to adorn the central nave, on boarding placed from one wall to the other; also some figures from ecclesiastical history for the south wall, and others from the Revelation of St. John for the north wall; so that every one who entered the church, even if they could not read, wherever they turned their eyes, might have before them the amiable countenance of Christ and his saints, though it were but in a picture, and with watchful minds might revolve on the benefits of our Lord's incarnation, and having before their eyes the perils of the last judgement, might examine their hearts the more strictly on that account."
That account is of icons and Rood Beam in England around AD620. We know however that the Celtic Church had iconography much earlier.
Of course, little or nothing of that age is left today - mostly having been built over or re-built many times in the intervening 1,400 years. Nevertheless, there are some examples today of the architecture.
We know for instance that the Altars were entirely without ornaments. Nothing other than the Chalice, Paten, Book were permitted on the Altar. Candles stood beside it on the floor - or were fixed to the walls nearby. A cross could be above on the wall or ledge. The (later) examples below of course lack the icons and Rood described above by Saint Bede - but at least we have a fair idea of the setting of the Liturgy of Saint John the Divine referred to in the post below.

We have our heritage - our Orthodox heritage in stone and book ready for our use.
P. Michael

27 avril 2008

Exultet: des Gaules, le feu de la joie pascale se répandit dans l'Occident Orthodoxe


Resurrexit Christus!








xultet est le premier mot de cette célébration, mais on l'appelle aussi "Laus cerei", "Consecratio cerei", "Benedictio cerei" ou "Praeconium paschale". C'est la splendide hymne de louange du cierge pascal chantée par le diacre, lors de la Divine Liturgie de la Vigile de Pâques, au soir du Samedi Saint. Il faut le redire, encore une fois, ce n'est pas de Rome que provient ce rite occidental. Si on le trouve à Rome, on trouve cependant cet usage très ancien ailleurs en Italie dans la "zone gallicane" (Milan), dans les Gaules, en Espagne, etc, dans des versions antérieures. En Afrique du Nord aussi, si on comprend bien ce dont parle saint Augustin d'Hippone (De Civ. Dei, XV, xxii) – car il faut voir si il parle d'un usage là où il a été reçu dans l'Église, ou d'un usage qu'il a introduit dans son diocèse.
Le Liber Pontificalis attribue son introduction dans le rite local de l'Église de Rome à l'évêque Zozime. D'autres formules que ce "praeconium" existaient ("ut digne et competenter annunties suum Paschale praeconium"), mais aucune n'a survécu. Le "Liber Ordinum" a une formule de bénédiction, et le Sacramentaire Gélasien, qui n'est bien entendu pas du pape Gélase mais postérieur de quelque 3 siècles et composé par les théologiens Francs, a "Deus mundi conditor" comme prière, qu'on ne retrouve nulle part ailleurs, et aussi une "louange des abeilles" aux accents virgiliens.


La louange des abeilles
Rouleau de l'Exultet, codex barberini Lat. 592, manuscrit bénéventin de la fin du 11ème siècle.


La date de composition de l'Exultet, en versets métriques, est, selon les érudits, du 5ème jusqu'au 7ème siècle, mais pas plus tard. Les plus anciens manuscrits survivants où on le retrouve sont tous les 3 des Sacramentaires gallicans :
Missel de Bobbio (7ème siècle - (Bibliothèque Nationale, Paris ms. Lat. 13.246), Missale Gothicum ( Autun, 8ème s. - Biblioteca apostolica Vaticana, Reg. lat. 317), Missale Gallicanum vetus, (7ème s. - Biblioteca apostolica Vaticana, Palat. Lat. 493). (on remarquera en passant que ce sont encore une fois des livres liturgiques Orthodoxes qui sont détenus par le vatican...)
Le plus ancien manuscrit du Sacramentaire Grégorien, dont la composition originale a eu lieu dans le nord de la France (Chelles, 8-9ème siècle), est le Vat. Reg. 337 et ne comporte pas l'Exultet. Mais il y a été ajouté dans un supplément appelé vaguement Sacramentaire d'Hadrien (Hadrianum) et c'est probablement sous la direction d'Alcuin, l'écolâtre de Charlemagne, qu'il a été rédigé. C'est cette introduction via sources carolingiennes qui me fait penser que là se trouve la source du "felix culpa" qu'on retrouve dans les versions postérieures. Le Missel de Bobbio n'a pas cette théologie "augustinienne." Logique, les influences liturgiques et théologiques des rites gallicans sont en Orient, Cappadoce, Égypte, etc, pas en Afrique du Nord.

Quelques études de manuscrits (extraits de bibliographies trouvées sur divers sites internet traitant du sujet):
G. Suñol: Praeconium paschale ambrosianum ad codicum fidem restitutum (Milan, 1933)
Le codex 121 de la Bibliothèque d’Einsiedeln (Xe–XIe siècle): antiphonale missarum Sancti Gregorii, PalMus, 1st ser., iv (1894/R), 171–96
G. Suñol: ‘Versione critica del canto del “Praeconium paschale ambrosianum”’, Ambrosius, x (1934), 77–95
E.H. Kantorowicz: ‘A Norman Finale of the Exultet and the Rite of Sarum’, Harvard Theological Review, xxxiv (1941), 129–43
Le codex 903 de la Bibliothèque nationale de Paris Xie siècle: graduel de Saint-Yriex, PalMus, 1st ser., xiii (1925/R), 71–3
Le codex 10673 de la Bibliothèque vaticane fonds latins (XIe siècle): graduel bénéventin, PalMus, 1st ser., xiv (1931–6/R), 375–424, pls.70, XXVI, XXVII, XLVI

Exultet pascal, enluminure


La forme de l'Exultet dans la Liturgie est comparable à la bénédiction des Rameaux, et est en 3 parties.
A. invitation aux fidèles présents à se joindre au diacre pour l'invocation de la bénédiction de Dieu, afin que la louange du cierge soit célébrée dignement. L'invite peut être comparée à une "orate fratres" amplifiée; son antiquité est attestée dans le rite ambrosien, à avoir gallican du Nord de l'Italie, rite qui diffère du rite romain. L'introduction, "Exultet jam angelica turba," est sous forme d'exhortation, d'un style comparable aux invites dans la Liturgie gallicane; la préface de consécration du cierge était à l'origine improvisée ou composée par le diacre. Le texte de cette préface se fixa au fil du temps dans les diverses régions, selon un processus connu dans tout étude liturgique (inspiration des grandes cathédrales ou monastères, notoriété d'un auteur fort poétique, etc). Les vers étaient permis. Saint Augustin d'Hippone a cité 3 lignes d'une "Benedictio cerei" qu'il avait composée durant sa jeunesse, lorsqu'il était encore diacre. Le manuscrit d'Escorial contient une bénédiction métrique qui lui est attribuée, se basant sur cette citation.
Cette invite, "Exultet jam angelica turba," semble du 4ème ou 5ème siècle, et elle était déjà connue à Pavie au temps d'Ennodius. Elle devint obligatoire pour toutes les liturgies qui adoptèrent le principe d'une "préface" pour la consécration du cierge pascal. On y retrouve plusieurs expressions typiques des liturgies gallicanes, comme l'interpellation "fratres carissimi" ou les couples "Rex aeternus" et "divina ministeria." S'achevant par "per omnia saecula saeculorum," la doxologie de conclusion de l'invite introduit au dialogue d'ouverture de la "contestatio."

B. suivent "Dominus vobiscum... Sursum corda....Gratias agamus" etc, c'est l'introduction pour le "praeconium" qui est dans une forme ressemblant au canon eucharistique pour en marquer la solennité.

C. enfin, le propre de la prière, le "praeconium," appelé une "contestatio" par le Missale Gallicanum Vetus, partie qui a reçu le terme de "préface" dans le rite romain qui le postdate. La contestatio / préface consacrant le cierge commence par une série de versets que l'on trouve habituellement dans les liturgies gallicanes : "Dignum et justum est, vere quia dignum et justum est;" les sacramentaires romains ont abrégé en "Vere dignum et justum est," comme dans les autres préfaces. Le texte poursuit sur son élan lyrique en parcourant les thèmes; comme expliqué plus haut, c'est le diacre qui composait.
On y établit un parallèle entre la Pâque de l'Ancien Testament et Pâques du Nouveau Testament, le cierge étant ici comme une des Colonnes de la Nuée de feu. La poésie liturgique s'élève très haut, mystique au sens noble du terme, puisque reflet du mystère de la Lumière divine incréée. Dans la symbolique parallèle, il y a aussi ce sacrifice consumé, comme l'agneau de la Pâque, comme le Christ. La "praeconium" s'achève par la prière d'intercession pour tous ceux présents, fidèles et clergé, pour l'évêque et pour les souverains. Dans les cathédrales diocésaines, le métropolite est mentionné, et dans les cathédrales métropolitaines, c'est le patriarche qui est commémoré. Ce qui n'est théologiquement plus possible en Occident, puisqu'il n'y a plus de patriarche canonique depuis plus de mille ans déjà.
Ce rite gallican a une force symbolique très profonde pour l'aspect "lumière," comme en Orient. Lorsque le cierge est allumé, de lui part la lumière pour toutes les lampes et bougies et cierges de l'église, qui étaient éteints depuis la fin des Matines du Samedi Saint.

En Italie, le "praeconium" était écrit sur de longs rouleaux de parchemin, appelés "Rouleaux d'Exultet," richement enluminés, comportant aussi le portrait des souverains du moment qui sont repris en fin de la prière d'intercession. C'était un usage typiquement italien. Voir illustration plus haut avec la "louange des abeilles." Entre autres illustrations, il y avait les thèmes de l'Exultet : la nuit, le monde, la traversée de la Mer Rouge, la Résurrection du Christ, etc. Dans le centre et le sud de l'Italie, le texte de l'Exultet différait de la version gallicane. Le diacre posait les longs rouleaux du "Benedictio cerei" sur l'ambon d'où l'Évangile étant normalement proclamé pendant la Liturgie.

Exultet pascal, enluminure


Dans la contestatio / préface, le diacre développait les thèmes qui viennent naturellement à l'esprit lors de la Vigile de Pâques : les miracles de la première Pâque lorsque les Juifs furent libérés de leur captivité en Égypte, et l'oeuvre rédemptrice du Christ libérant Adam et tous les défunts du joug du démon. C'est sur cet aspect que l'on retrouve les variantes : les uns insistaient sur la rédemption du Christ, d'autres sur le retour du printemps et la renaissance de la nature; mais tous brodaient sur les "géorgiques" de Virgile, qui mentionne les abeilles et leur mode virginal de reproduction.
Les emprunts à Virgile ne sont pas limités à ce thème. C'est souvent introduit avec beaucoup d'habileté littéraire, faisant penser à saint Ambroise de Milan, ce qui amena certains (dont Honorius d'Autun) à lui attribuer l'Exultet gallican; une théorie, sans plus. Le Praeconium paschale est similaire aux oeuvres liturgiques de saint Ambroise, mais ses écrits sont une des sources générales de la liturgie gallicane, qui a été (comme toutes les autres) réalisée par des emprunts et des compositions originales. Les similitudes stylistiques entre les prières de Pâques dans le rite gallican et l'Exultet, les citations bibliques, etc, montrent simplement que le compositeur de l'Exultet était membre d'une Église gallicane, et qu'il était familier des écrits de Virgile et de saint Ambroise de Milan. Et qu'il vivait au 6ème siècle.
Ca c'est ce qui peut être dit de certain sur le texte.

Pour la mélodie, c'est beaucoup plus compliqué, notamment par la rare notation à l'époque, sa difficulté d'interprétation (paléo-neumes et neumes), et la rareté des manuscrits survivants aux réformes carolingiennes, où beaucoup a été détruit sur ordre. Si une seule mélodie avait été conservée dans les traditions des diverses régions, les critiques musicaux pourraient, en les analysant, déterminer leur concordance dans le temps avec le texte du 6ème siècle. C'est ce qui est réalisé pour le Te Deum, lui aussi d'origine gallicane, et non pas romaine. Seulement, il subsiste de nombreuses versions pour les différentes parties, l'analyse est donc difficile.
Selon un Ordo romano-franc du 8-9ème siècle, après le dialogue suivant l'introduction ("Dominus vobiscum. Et cum spiritu tuo. Sursum corda..." etc) le diacre doit chanter la consécration du cierge sur le ton de la préface eucharistique qui ouvre le Canon de la Messe : "Inde vero [diaconus] accedit in consecrationem cerei decantando quasi canonem." C'est le schéma suivit par la majorité des Exultet. La partie consécratoire à proprement parler est chantée comme une récitation solennelle. Comme pour tous les récitatifs de ce genre, cela consiste en une intonation, la récitation sur une note et une inflexion finale. Dans les phrases plus longues, une inflexion intermédiaire suivie d'une seconde intonation interrompt la récitation monotonale. Naturellement, ce récitatif est adapté au texte selon les règles du cursus et de l'accentuation – ce qui doit encore être travaillé pour la version Orthodoxe francophone... La seule variante de ce schéma musical basique se trouve dans l'embellissement lyrique ornant l'exclamation d'admiration face à la nuit pascale, p. ex. :

Certains manuscrits donnent même un développement plus étendu à ce passage.
Récitatif très simple, identique à la préface eucharistique, mais pas universel pour autant, car certaines sources ont des mélodies plus élaborées, avec des mélismes dans les intonations et des inflexions. A Milan, la mélodie du Praeconium ambrosien est mixte : l'introduction est chantée comme un récitatif syllabique, mais la constestatio est chantée sur une mélodie avec des inflexions ornées. C'est une tradition unique, à la fois textuellement et mélodiquement, car à Milan, la préface de l'Exultet diffère du texte le plus connu de nos contemporains, repris dans ce missel romain qui le postdate de plusieurs siècles.

Il existe 3 familles de mélodies pour cette préface, sans qu'on puisse déterminer la plus ancienne avec certitude, mais bien quelle est la moins ancienne.
a. Le récitatif bi-tonal très austère et sobre de Lyon, Chartres, Saint-Bénigne, Dijon, et quelques monastères normands réformés par Guillaume de Volpiano (abbé de Saint-Bénigne, + 1031).
b. la mélodie qu'on trouve dans la plupart des manuscrits de l'ouest de la France et à Paris.
c. la mélodie connue à l'époque contemporaine, présente sur la plupart des disques vendus, qui est celle du missel romain hétérodoxe de Pie 5, aux antécédents en Germanie, au texte bien entendu hérétique (mais ici il est question de mélodie), et ce sont les franciscains qui, dans les années 1250, lors de leur massacre du rite romain (dont ils ont extirpé tout ce qui subsistait d'Orthodoxe (*) qui l'auraient introduit dans le nouveau rituel de la Rome déchue. On ne leur prêtera cependant pas sa composition! car ils l'ont emprunté aux rites Anglo-Normands et ont supprimé la vieille mélodie bénéventaine vers le milieu du 13ème siècle. On retrouve cette 3ème mélodie notamment dans "Officium et missa ultimi tridui majoris hebdomadae" (Solesmes, 1923).

[*] voir Dom Pierre Salmon, "L'Office divin au Moyen-Age - histoire de la formation du bréviaire du 9ème au 16ème siècle", collection Lex Orandi, n° 43, éditions du Cerf, Paris, 1967 : sa description scientifique du travail de saccage méthodique qui a eu lieu n'est pas piquée des hanetons. Il y a de quoi rire à gorge déployée quand on lit après ça des auteurs (même Orthodoxes) affirmer que la réforme liturgique de pie 5 c'est la "tradition apostolique" de l'Occident... enfin.. rire.. non, pleurer.

Exsultet ou Exultet – texte et usage liturgique contemporain dans l'Église Orthodoxe :
http://stmaterne.blogspot.com/2007/04/exultet-pascal-rite-orthodoxe.html
note importante : le texte en question est une adaptation, une version définitive n'est pas possible tant que les divers usages gallicans subsistent les manuscrits n'ont pas pu être étudiés de manière plus approfondie, et une bonne phraséologie manque dans cette version; de plus, musicalement, c'est une adaptation de documents tardifs, il manque de l'érudition pour la restitution gallicane correcte. C'est pas le Codex 359 de Sankt-Gallen avec sa notation ultra-complète, donc... Ya du boulot!


Bari, archives municipales, ms. 1, 11ème siècle

en recherche de d'illustrations paléo-grégoriennes, à savoir des rescapés dont les textes n'auraient donc pas été falsifiés par les usurpateurs, je n'ai hélas pas trouvé de copie en ligne des manuscrits d'avant la déforme carolingienne et l'introduction de la nouvelle religion en Occident. Par contre, j'ai trouvé par les hasards de google du chant "vieux romain" sur un site d'un groupe vaticaniste "sédévacantiste" : "Chants de l'Église de Rome des VIIe et VIIIe Siècles." Le site (et le groupe) ne me dit rien que vaille, mais le chant est intéressant :
Messe de Pâques - Introït: Resurrexi


Ayant enrichit le trésor spirituel et liturgique de l'Église pendant des siècles, avec certains éléments encore et toujours utilisés (p.ex. le Te Deum), la Liturgie gallicane a toute sa légitimité dans l'Église Orthodoxe; aux évêques de prendre leurs responsabilités en la matière. Après tout, l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières et le patriarcat d'Antioche l'ont bien déjà fait pour ce qui concerne le rite romain. Pour le Gallican, les sources nombreuses permettent cette restauration sans avoir besoin d'emprunts byzantins voire postérieurs au Schisme d'Occident. De ce que j'en sais, des équipes liturgiques y travaillent au sein de l'Église. Espérons que leur travail ne restera pas sans lendemain. Oremus!


de l'Église, le feu pascal se répand dans les foyers...

06 février 2008

Saint Vaast, évêque d'Arras (+ 540), par le bienheureux Alcuin

L'évêque Vigile règnait sur le siège de l'Église du Christ à Rome, et Childebert 1er était roi des Francs, lorsque saint Vaast acheva ici bas son ministère sacré de pontife de l'Église du Christ à Arras. Moins connu que saint Rémi de Reims, saint Vaast (Gaston en français, Foster en anglais), fut pourtant d'une importance capitale dans la conversion de Clovis 1er, et par la suite du peuple Franc, au Christianisme Orthodoxe. Car à l'époque, en Europe, en dehors du Christianisme Celtique, seuls les Francs seront Orthodoxes. Et c'est tant aux prières de sainte Clothilde qu'à la catéchèse mystagogique de saint Vaast que ce peuple devra son Salut. Voici une Vita certes tardive, certes poétique mais ne manquant pas d'intérêt par les parallèles bibliques et encouragements évanégliques lancés par Alcuin à ses lecteurs, ceux d'antan comme ceux d'aujourd'hui.
A Dieu soit la gloire, en tout et pour tout.
JM


Alcuini epistola 74
Dümmler, Ernst: Epistolae Karolini aevi (II), Berlin 1895, M.G.H.


Vie de Saint Vaast
écrite vers 800 par le bienheureux Alcuin


Alcuinus Radoni abbati Vedastino vitam Sancti Vedasti emendatam mittit eumque et monachos eius ad morum honestatem cohortatur.

Au bien-aimé fils de l'abbé Radonis, Alcuin [Albinus], humble moine, envoie ses meilleures salutations.

Suivant avec amour l'ordre de votre grandeur, j'étais dans l'ardent désir de publier la vie de saint Vaast, votre père et notre intercesseur, non pas que je me sois considéré en quoi que ce soit comme digne de ses si excellentes vertus, mais parce que j'ai pensé qu'il ne me convenait pas de manquer au moindre des ordres de votre révérence. Dès lors, honorer ou censurer ces lettres n'appartient qu'à vous. J'espère que quel que soit le sort qui leur adviendra, elles vous seront agréables, à vous et aux frères. Je vous supplie dès lors de daigner me payer pour mes efforts par le réconfort de vos prières; afin que je puisse mériter d'être un des vôtres dans la charité commune; toujours soucieux de garder le commandement de Celui Qui a dit "Voici Mon Commandement, c'est que vous vous aimiez les uns les autres" (Jn 15,12). Car le Salut de tous se trouve dans ce précepte; tous le savent nécessaire par dessus tout, en particulier pour ceux qui entreprennent de diriger le troupeau du Christ. Dès lors vous, très bien-aimé, qui avez entrepris de diriger le troupeau, vous devez vous efforcer d'enseigner diligement par l'amour fraternel et la sainte admonition, et vous aurez les mains occupées à guider le troupeau à travers les pâturages de la vie. Vous avez l'assistance du Christ et saint Vaast pour intercesseur pour toute votre bonne oeuvre. Par votre grand effort, vous avez une maison de Dieu magnifiquement ornée et dotée de généreux dons. Dès lors, dirigez vos serviteurs pour qu'ils s'ornent eux-mêmes des bonnes oeuvres, et qu'ils s'assemblent pour l'Office divin. Et puisque les Anges sont sans cesse à l'office dans le Ciel, qu'il en soit de même à l'église pour les frères. A vous d'ordonner, à eux d'obéir. A vous de guider, à eux de suivre. Et ainsi la volonté de tous doit être une, de sorte qu'il y aura une récompense dans le Royaume de Dieu.

N'ôtez rien des heures canoniques de divine louange, de peur que par quelque négligence, la place que quelqu'un soit vacante à la vue de Dieu; et que les paroles de Dieu offertes dans les églises visent à toucher le coeur au plus profond; et que les Offices soient célébrés avec grande révérence envers le Dieu tout puissant; que tout dans le service de Dieu soit accomplit avec humilité et dévotion. Que l'obéissance soit fidèlement et vigoureusement observée par tous, même au milieu des nécessités de ce monde. Certainement, que règne entre tous la plus harmonieuse paix, et la sainte charité et la dévotion à la vie de la Règle. Que l'ancien enseigne le plus jeune par le bon exemple et l'admonition diligente – que les anciens les aiment tels des fils, et que les fils honorent leurs anciens tels des pères, obéissant à leurs préceptes avec tout empressement. En effet, votre révérence, votre conversation devrait être un exemple de rectitude. Veillez à ne scandaliser personne par la moindre partie de votre vie,mais édifiez-les et renforcez-les sur le chemin de la vérité, parce que votre récompense dépendra de leur bon parcours. Les cheveux blancs annoncent la venue du dernier jour. Pour cette raison, soyez prêt à tout moment pour vous endormir dans le Seigneur Dieu. Vous devriez vous préparer une échelle pour monter au Ciel construite grâce à l'amour fraternel, la charité envers les pauvres, et par une vie chaste. Préparez vous avec diligence pour une éternité de jours heureux. Vous avez l'honneur de ce monde, qui vous deviendra spirituellement abondant.
Que la Parole de Dieu soit prêchée au peuple venant à l'église les jours de fêtes; et où que vous alliez, que les clercs accomplissent complètement le service de Dieu; que ceux qui vous accompagnent soient sobrement vêtus et ne s'adonent pas à l'hilarité; que la respectabilité de leurs vies soit une leçon de Salut pour les autres. Et où que vous alliez, vous devriez toujours avoir le plus grand soin pour les pauvres, les veuves et les orphelins, afin qu'ayant en plus accomplit d'autres oeuvres charitables,vous puissiez entendre du Seigneur Christ au Jour redoutable "ce que tu as fait au plus petit d'entre ceux-là, c'est à Moi que tu l'as fait" (Mt 25,40). Soit tel un père pour les pauvres, et examine soigneusement toutes les plaintes qui te sont présentées, et épargne ceux qui pèchent contre toi, afin que Dieu puisse t'épargner tes péchés. Soit juste dans tes jugements, et miséricordieux dans les dettes. Soit un maître de vertu, aux manières irréprochables, agréable en parole, digne de louange dans ta manière de vivre, pieux dans toutes les oeuvres de Dieu. Exhorte aussi les frères à lire très consciensieusement les saintes Écritures. Ils ne devraient pas croire pour avoir ouï dire, mais par connaissance de la vérité, afin qu'ils soient eux aussi à même de résister à ceux qui parlent contre la vérité. Nous sommes en des temps dangereux, comme les Apôtres l'avaient prédit, car nombre de faux docteurs surgissent, introduisant de nouvelles doctrines, brillants pour souiller la pureté de la Foi de l'Église par de mauvaises affirmations (2 Tim. 3,1; 2 Pi 2,1). Dès lors, il est nécessaire pour l'Église d'avoir nombre de gardiens qui, non seulement par la sainteté de vie, mais aussi par la doctrine de la vérité, sont capables de défendre bravement la forteresse de Dieu.
J'ai rédigé cette brêve missive de pieuse admonition non pas comme si adressée à un peuple ignorant, mais afin de montrer la Foi et la vraie charité dans mon coeur. Que fait un ami s'il ne se montre pas tel en paroles? Si le riche ne refuse pas le petit présent que lui ferait un pauvre, pourquoi les flots de votre sagesse devraient-ils repousser les ruisselets de notre intelligence? Car les grands fleuves se forment des petites rivières s'écoulant en eux, et le Seigneur Lui-même loua les 2 piècettes de la veuve qui, d'une main généreuse, offrit à Dieu tout ce qu'elle possédait dans sa pauvreté (Lc 21,2). Et moi, bien que pauvre en connaissance, j'ai cependant composé ces pieux petits présents avec amour, adressés à votre fidèle fraternité, vous implorant de les considérer comme dignes d'être pris en considération par l'humilité de la fraternité, puisque nous avons été pressé de rédiger cette charitable dévotion de nous pour vous.
Puisse le Dieu tout puissant vous faire prospérer, vous et vos frères, en toutes bonnes choses, et qu'Il daigne vous permettre de parvenir à la béatitude de la gloire éternelle.


Chapitre I - Dans lequel saint Vaast explique la doctrine Chrétienne au roi Clovis.

Lorsque notre Seigneur et Dieu Jésus-Christ vint du Ciel en ce monde, (naissant) du sein virginal, afin de rechercher la brebis perdue (Lc 15,4), et que toute Son alliance et notre Salut furent accomplis en leur plénitude, et lorsqu'Il repartit en triomphe au Siège de la paternelle Majesté, afin de chasser les terribles ténèbres de l'ignorance loin de toute la terre, Il dispersa à travers le monde entier les nombreuses lumières des saints érudits, brillants de la radieuse lumière de la sainte prédication de l'Évangile, de sorte que de même que le ciel est orné des étoiles brillantes bien qu'éclairées par un unique soleil; de la même manière, le vaste espace de toutes les terres puisse devenir clair et radieux par les saints enseignants qui sont cependant illuminés par l'éternel Soleil. Afin qu'ils puissent éclairer par l'illumination et le glorieux Nom du Christ les sombres ténèbres de l'ignorance face à la vraie Foi, de sorte queceux qui ont faim depuis le début des temps puissent être rassasiés au banquet de la Vie éternelle. D'entre eux sorti le saint prêtre de Dieu et exceptionnel enseignant, Vaast, au temps des très puissants rois des Francs – au temps de Clovis – qui vint en ces régions, dirigé par la Grâce divine, pour le Salut d'une multitude, de sorte que soutenu par l'aide céleste, il puisse libérer ces peuples égarés par les fraudes diaboliques et pris au filet du piège de l'erreur, et les ramener sur le chemin de l'éternel Salut et de la vérité qui n'est qu'en Christ. Mais afin que cela soit réalisable devait d'abord advenir, selon ce que l'Apôtre autrefois déclara, "le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut" (2 Co 6,2), pour que le Seigneur Jésus, Qui désire qui désire que tous les hommes soient sauvés, répande la compétence en Son disciple afin qu'il puisse être un ministre efficace de la Parole de Dieu.
Et il advint ainsi que Clovis, roi des Francs, livrait guerre contre les Alamans, qui avaient à l'époque leur propre gouvernance: mais il ne les trouva pas non-préparés, bien qu'il l'aurait aimé. Ayant rassemblé une très forte armée, ils se dirigèrent en grand nombre pour venir à la rencontre du roi près des rives du Rhin, afin de défendre leur patrie avec une vertu toute martiale, ou pour mourir pour leur patrie en hommes libres. Et le combat fit rage dans les 2 camps; les uns afin de ne pas perdre la gloire d'un triomphe, et les autres afin de ne pas perdre la liberté de leur patrie; ils s'affrontèrent ainsi dans un massacre mutuel. Alors le roi, profondément frappé de terreur lorsqu'il vit que l'ennemi combattait bien plus fort et que ses propres hommes étaient à se faire exterminer, commença à désespérer, pensant plus à trouver l'échappatoire que la victoire. Il s'empressa pour demander l'aide du Christ, mais faut-il préciser, non pas par désir de renaître en Christ, mais par une pressante nécessité. Et parce que la reine, nommée Clothilde, était pieuse et illuminée par le Sacrement du Baptême, il s'écria, levant les yeux au ciel : "O Dieu de toute puissance et de la plus grande majesté, que la reine Clothilde adore et célèbre, à qui elle se confie, donne-moi ce jour victoire sur mes ennemis. Car à partir de ce jour-ci, Toi seul sera mon Dieu et Ta puissance sera vénérée. Donne-moi le triomphe et je Te promet une éternité de service." Aussitôt, par l'oeuvre de la divine compassion, les Allamans se détournèrent, et la victoire échu au roi et aux Francs. Ô merveilleuse miséricorde du Dieu tout puissant, ô ineffable bonté, qui écoute et jamais n'abandonne ceux qui espèrent en Lui! C'est avec grande Foi que les Chrétiens doivent invoquer Sa compassion, quand on voit comment un roi païen obtint par une simple prière une si grande victoire. A qui, dans les temps anciens, devrions-nous comparer l'aide de cette divine assistance, si ce n'est à celle accordée au roi Ezechias, qui en un moment de larmes obtint un même fameux triomphe; qui dans un océan de périls obtint, par une seule prière, que non seulement il verrait la ville défendue par la protection divine contre une imminente dévastation, mais de plus en cette même nuit en laquelle il avait élevé des prières vers les divines oreilles, joyeux et libéré, vit 185.000 ennemis tués (2 Rois 19)?


En vérité, cette victoire du roi et de son peuple, au sujet de laquelle nous parlions juste avant, fut cause de Salut éternel; et de peur qu'on ne maintienne cette lampe, à savoir saint Vaast, cachée sous le boisseau, plaçons-la sur un candélabre, illuminant la maison de Dieu par l'exemple de sa prédication, afin de guider nombre de peuples hors de l'erreur de l'idolatrie et de l'opacité de l'ignorance, les amenant sur le chemin de la vérité. Aussi donc, ses ennemis ayant été vaincus, les choses s'arrangèrent paisiblement, et les Allamans soumis à son règne élevèrent des louanges pour son triomphe, et le roi rentra dans sa patrie. Et afin que Celui Qui lui avait accordé une telle victoire soit manifesté aux fidèles, il se hâta pour être instruit par les saintes paroles des serviteurs du Christ, et être lavé et purifié par le saint Sacrement du Baptême. Et il vint en la ville de Toul, où il savait que Vaast servait Dieu dans une louable sainteté et pour jouir des doux fruits de la vie contemplative. Il le prit pour compagnon; et ensuite il s'empressa d'aller auprès de Rémi, un très célèbre prêtre du Christ, dans la ville de Reims, afin qu'éduqué par les saines leçons de chaque, initié dans les fermes fondements de la Foi de l'Église, et préparé par la foi et la connaissance de la vertu, il puisse être spirituellement lavé aux fonts baptismaux par un si grand prêtre, et encouragé par les dons célestes de l'autre, car cet homme, marchant devant la divine miséricorde, était le début de la prédication de l'Évangile. L'un mena le roi à se hâter vers la fontaine de la Vie; l'autre (Rémi) l'y lava. Les 2 pères étaient égaux en piété; l'un (Vaast), par les doctrines de la Foi, l'autre, (Rémi) par les eaux baptismales: tous deux offrirent comme don acceptable au Roi éternel un roi temporel. Ces hommes sont 2 oliviers, 2 candélabres lumineux, par lesquels le roi prémentionné, éduqué dans les voies de Dieu, par la miséricorde de Dieu, étant entré par le portail de la Lumière perpétuelle et croyant en Christ avec son très puissant peuple Franc, firent d'un peuple élu une nation sainte (1 Pi 2,9), de sorte que les vertus de ce Dieu Qui les avait appelés des ténèbres à Sa merveilleuse Lumière puissent être manifestées en eux.

Chapitre II – Les miracles et vertus de saint Vaast – le Baptême du roi Clovis
Par l'autorité des Évangiles, l'histoire sainte nous raconte que lorsque le Seigneur Jésus vint à Jéricho afin d'encourager les coeurs des gens présents à avoir la Foi en Sa majesté, le peuple cria après Lui afin qu'Il rende la vue à un aveugle (Lc 8), de sorte qu'à travers la chair de ce seul aveugle, le coeur d'une foule soit spirituellement illuminé. Et ainsi de même Vaast, ayant été donné par le Christ Dieu, par le miracle de la vue rendue à un aveugle, renforça le coeur du roi dans cette Foi qu'il lui avait prêchée en paroles, de sorte que le roi comprenne que la lumière du coeur lui était aussi nécessaire à lui que ne l'était l'ouverture des yeux pour l'aveugle, et que la Grâce divine était à l'oeuvre à travers les prières de Ses serviteurs, oeuvrant sur les yeux fermés par les ténèbres de la nuit. Ceci afin que par la parole de son serviteur et par la puissance à l'oeuvre à travers lui, il puisse être parfait par la connaissance de la lumière spirituelle allumée en son coeur. A présent, alors que la très distinguée cour d'une très noble compagnie, avec une très grande multitude de gens, suivait son chemin à travers ces champs, elle parvint en un certain district que les les gens de ce pays ont coutume d'appeler Vungise, près de la villa de Regulia, qui se trouve sur les rives fleuries de l'Axona. Et voilà qu'alors un groupe d'hommes avec le roi parmi eux s'apprêtait à traverser ladite rivière par un pont, un aveugle, privé de la lumière du soleil depuis longtemps – non pas aveugle par sa faute mais afin que les oeuvres de Dieu soient manifestées à travers lui et qu'à travers son illumination les coeurs des nombreux présents puissent être spirituellement illuminés – voilà cet aveugle qui les arrêta sur leur chemin un long moment. Lorsqu'il apprit que Vaast, le saint serviteur du Christ, était en leur compagnie, il cria "Vaast, saint et élu de Dieu, ait pitié de moi et supplie puissament Dieu en ton coeur aimant, afin que tu puisse me relever de ma misère. Je ne demande ni or ni argent, mais que la sainteté de tes prières rende la lumière à mes yeux." Et ainsi le saint de Dieu libéra la puisssance présente en lui, non pas tant pour l'aveugle mais plus pour le peuple présent; il se plongea entièrement dans de saintes prières, confiant en la divine miséricorde, et avec le Signe de la Croix, plaça sa main droite sur les yeux de l'aveugle en siant : "SeigneurJésus, Toi Qui est la vraie Lumière, Qui ouvrit les yeux de l'aveugle de naissance qui criait vers Toi, ouvre aussi les yeux de cet homme, afin que ce peuple ici présent puisse comprendre que Toi seul es Dieu, Qui accomplit les merveilles au Ciel et sur terre." La vue de l'homme fut aussitôt restaurée, et il s'en alla son chemin dans la joie. Par la suite, une église fut construite en cet endroit par des hommes pieux, en témoignage de ce miracle, église dans laquelle les dons divins sont jusqu'à nos jours accordés à ceux qui prient et croient.

Alors le roi, tout imprégné des doctrines évangéliques par l'homme de Dieu et fermement renforcé dans la Foi par le miracle présent, ne tarda plus en chemin, ni n'hésita en sa foi, mais avec grand empressement en son âme et avec grande hâte il se dépécha pour aller voir le très saint évêque de Reims, de sorte qu'avec le Saint Esprit à l'oeuvre à travers ce saint ministère, il puisse être lavé dans les eaux vives du Baptême catholique [*] pour la rémission de ses péchés et l'espérance de la vie éternelle. Il fut cependant retardé en cela pendant plusieurs jours, afin de se soumettre à la règle ecclésiastique, afin d'être d'abord lavé dans ses larmes de repentance, suivant le précepte donné par saint Pierre, prince des Apôtres : "Repentez-vous et que chacun d'entre vous soit ensuite baptisé au Nom de Jésus-Christ" (Actes 2,38). Et ainsi il fut prêt à recevoir le Ba ptême au Nom du divin mystère de la Sainte Trinité. A cet effet, le bienheureux pontife, sachant que l'Apôtre Paul a dit "que tout se passe dignement et en bon ordre" (1 Co 14,40), fixa le jour où le roi devrait entrer dans l'église pour y recevoir le Sacrement de la divine bonté. La joie de l'Église du Christ était telle que la sainte joie de Dieu lorsqu'on vt le roi de Ninive qui, à la prédication de Jonas, descendit de son trône de majesté et se coucha dans la cendre de pénitence et plaça sa tête sous la paternelle amin droite du prêtre de Dieu afin de s'humilier plus encore (Jon. 3,3). Et ainsi, le roi fut baptisé avec nobles et son peuple, qui se réjouit en acceptant le Sacrement par lequel la Grâce divine venait en ce bain du Salut.

Ayant obtenu à la fois la victoire sur ses ennemis et son propre Salut assuré par sa promesse, il rentra pour prendre la direction et la gouvernance avec le sceptre du royaume, et confia saint Vaast aux soins du bienheureux pontife Rémi. Il y resta et devint célèbre par les exemples des vertus de sa vie, et il devint aimé et vénéré de tous. Car il était religieux en dignité, distingué dans la charité, d'un profond amour fraternel, exceptionnel dans la vertu d'humilité, sans cesse veillant en prière, modeste en discours, chaste de corps, sobre dans le jeûne, un consolateur pour les souffrant. Ne pensant pas à demain, mais toujours confiant dans la compassion de Dieu ,et tous ceux qui venaient à lui, il en prenait soin avec la nourriture de la vie éternelle. Il ne méprisait personne qui était dans la détresse, mais par de pieuses paroles de consolation, il relevait les affligés. Il ne blessait personne en paroles, mais par un amour fraternel, il s'occupait toujours à quelque bonne oeuvre. Il était souvent visité par des personnes empressées, car par sa conversation, quiconque pouvait recevoir en son affliction la consolation de sa sollicitude, et pouvait entendre de sa bouche toute la vérité sur l'enseignement de l'Église. Et ainsi, par le moyen de sa pieuse admonition, nombreux furent délivrés des pièges du démon, et avec l'aide de la miséricorde divine, furent amenés sur le chemin de la Vie éternelle.

C'est ainsi donc que, comme nous l'avons dit plus haut, nombre de de personnes, tant nobles que du peuple, venaient visiter l'homme de Dieu du fait de sa si grande réputation de sainteté, afin de pouvoir être consolés par la grâce qui abondait sur ses lèvres, et parce que sa bouche répandait l'abondance des biens de son coeur (Mt 12,34), et parce qu'il était plein d'amour fraternel pour quiconque venait à lui, se montrant affable envers tous. Considérant que le Salut d'autrui, tel était sa richesse, il ne fut pas avare face à cette richesse, il n'enterra pas les talents du Seigneur, mais s'efforça de les multiplier quotidiennement, ne voulant pas que son Seigneur paraissant, Il ne le trouve indigne d'être en Sa présence.
C'est ainsi qu'un homme noble et pieux vint en compagnie visiter le serviteur du Christ, afin de pouvoir recevoir de lui le rafraîchissement du céleste enseignement. Et comme son discours de si douces et consolantes paroles s'était tant prolongé, le soleil passa au delà de l'horizon et se cacha derrière les ombres croissantes, et l'homme de Dieu ne voulut point renvoyer son hôte sans lui avoir charitablement donné provision pour le voyage. Il ordonna à un garçon d'apporter une coupe de vin à son cher ami, afin qu'il rentre chez lui tant avec l'âme rafraîchie que le corps réconforté. Mais du fait de la foule d'hôtes du jour et de la grande générosité de l'homme de Dieu envers tous, qui n'était pas avare en oeuvres dans la charité du Père, le garçon trouva vide la cruche avec laquelle il était habitudé de servir le vin. Aussitôt il s'en affligea, et il murmura doucement ce fait aux paternelles oreilles. Vaast rougit de honte; cependant, par la douceur de la charité abondant en son coeur et ayant confiance dans les divines faveurs, il fit silencieusement élever des prières vers Dieu, ne doutant pas de l'aide divine ni de l'effet de ses requêtes, mais croyant fermement en la miséricorde de Celui Qui, de pierres sèches abreuva un peuple assoiffé par une source d'eau vive (Ex. 17, Nb 20); et à Cana de Gallilée changea l'eau en un vin merveilleux (Jn 2). Il dit au garçon "va, confiant dans la bonté de Dieu, et ne tarde pas à nous rapporter quoi que ce soit que tu trouveras dans la cruche." Obéissant prestement à cet ordre paternel, il se pressa et retrouva la cruche remplie du meilleur des vins. Rendant grâce à Dieu en son âme pour le rapide et fructueux retour du garçon, Vaast restaura son ami qui, doublement restauré en esprit comme en coeur, repartit auprès des siens. Mais le serviteur du Christ, de crainte qu'il ne se trouve vainement glorifié par de creuses paroles et rumeurs du peuple, ordonna au garçon, et sous serment, de garder silence sur ce miracle tant qu'il vivrait, désirant plutôt être connu de Dieu seul que des autres hommes. Il savait avec certitude que la véritable garde de la vertu en toutes choses était dans l'humilité, et que telle était l'échelle de charité avec laquelle il pourrait gravir les célestes échelons vers le Royaume des Cieux, la Vérité Elle-même ayant déclaré "quiconque s'abaisse sera exalté" (Mt 23,12).

[* ndt & rappel historique : à l'époque, catholique est rigoureusement synonyme d'orthodoxe. Car "catholique" est un terme théologique forgé par le très Orthodoxe saint Ignace d'Antioche (+ 110) à une époque où il n'y avait encore nul pape à Rome et où l'Église n'avait pas encore été répandue sur toute la terre. Dans les textes d'avant le Schisme, il signifie exclusivement "selon la plénitude" et il était alors sans la moindre connotation confessionnelle. Car l'Église est Une, et la Foi de saint Rémi et saint Vaast était authentiquement Orthodoxe.]


Chapitre III – saint Vaast, évêque d'Arras

Ordination de saint Vaast. Cote : Français 185 , Fol. 201v. Vies de saints, France, Paris, XIVe siècle, Richard de Montbaston et collaborateurs. Source

L'excellente réputation de cet homme de Dieu se répandit cependant, et l'abondante charité de charité de sa vie, et la puissance de la parole de Dieu en lui furent acclamées par tous et au loin. Le très bienheureux pontife Rémi vit qu'il serait plus approprié de placer une aussi radieuse lumière du Christ sur un candélabre de sorte que la splendeur de sa sainteté puisse briller plus loin et illuminer le chemin du Salut pour nombre de peuples, plutôt qu'être quasiment limité en un seul lieu. Aussi donc, par divine inspiration et suivant les bonnes recommandations du clergé, il l'ordonna évêque, et lui assigna la tâche de prêcher la Parole de Vie. Il l'envoya dans la ville d'Arras, afin que le peuple qui s'y trouvait, ployant depuis si longtemps dans les antiques erreurs et dans les coutumes maléfiques, aidé par Dieu par l'infatiguable exhortation de la sainte prédication, puisse être par lui guidé sur le chemin de la Vérité et de la connaissance du Fils de Dieu. Ayant accepté le rang d'évêque et le ministère de prédication, il fut encouragé à partir et rejoindre cette ville; mais comme gage de future prospérité et Salut, à travers le témoignage de certains miracles, Dieu annonça l'arrivé de Vaast aux citoyens du lieu.
A la porte de la ville, deux mendiants infirmes se tenaient, l'un aveugle et l'autre muet, l'arrêtant en chemin et demandant de leur voix pitoyable l'aumône à l'homme de Dieu. Sentant immédiatement toute la profondeur de leur misère, le prêtre du Christ considéra ce qu'il pourrait leur offrir. Et réalisant qu'il n'avait plus d'argent en sa besace, se confiant en la miséricorde de Dieu et conforté par l'exemple des saints Apôtres Pierre et Jean, le prédicateur apostolique dit : "Je n'ai ni or ni argent avec moi; cependant, ce que j'ai, ce sont les responsabilités de la charité et des pieuses prières adressées à Dieu, et je n'hésite pas à les offrir pour vous" (cfr Act. 3,6). Et après ces paroles, l'homme de Dieu, touché en son fors intérieur par leur misère, répandit larmes sur larmes, et d'un coeur pur, demanda une divine intervention pour leurs corps et pour la santé spirituelle du peuple présent. De telles prières aussi profondes et pieuses n'auraient pu rester sans réponse, mais selon Celui Qui dit à travers le prophète Isaïe "Au temps de la faveur Je t’ai exaucé, au jour du Salut Je t’ai secouru" (Is. 49,8). Aussitôt et face à la multitude, ils reçurent tout deux cette santé depuis si longtemps désirée; l'un reçu la pureté de la vue, et l'autre se réjouit de recouvrer l'usage de ses jambes. Ils rentrèrent chez eux, rendant grâce à la miséricorde divine, emportant avec eux de bien plus grandes choses que l'argent qu'ils avaient escompté. Mais aussi, ce miracle de leur guérison fut la cause du Salut éternel pour beaucoup, car voyant la vertu céleste se répandre à la suite des paroles du prêtre de Dieu, abandonnant leurs infectes idolatries et croyant en Christ, ils furent purifiés dans les eaux vivifiantes du saint Baptême.


En effet, grâce au témoignage du miracle prémentioné, l'homme de Dieu, soutenu par la faveur du peuple, parcouru les places désertes de la ville, l'une après l'autre, cherchant parmi les ruines des bâtiments pour voir s'il n'y trouverait les restes d'une église. Il savait que dans les très anciens temps, la religion de la sainte Foi avait fleurit en ces lieux, mais à cause du péché des habitants du pays, le jugement caché mais très juste de Dieu avait été rendu, et cette terre ainsi que les autres cités des Gaules et de Germanie avaient été livrées à Attila, le perfide roi païen des Huns, afin qu'elles soient toutes ruinées. Dans la sauvagerie de son coeur, Attila ordonna qu'il ne faudrait pas non plus honorer les prêtres de Dieu, ni respecter les églises du Christ, mais plutôt, tel une monstrueuse tempête, il fit tout détruire par le feu et par l'épée. Ensuite, à la ressemblance de la dévastation de Jérusalem par le cruel roi de Babylone, les Goths envahirent le patrimoine de Dieu, et de leurs maisons souillées, ils profanèrent les saints sanctuaires du Christ, répandant le sang des serviteurs de Dieu autour des Autels du Roi Très-Haut (2 Rois 25). Il ne fit pas cela à cause de la force des païens, mais à cause de ce que les péchés du peuple Chrétien lui avait mérité de recevoir. Enfin, le serviteur du Christ découvrit les ruines d'une ancienne église, avec des nids de vipères installés entre les pans de ses murs. Là où autrefois s'élevaient les hymnes des choeurs, à présent se trouvait le repère de bêtes sauvages, et le lieu abondait tant de détritus et saletés qu'on en distinguait difficilement le restant des murs. Voyant tout cela, il gémit de tristesse dans son fors intérieur, disant : "Ô Seigneur, tout ceci nous est survenu car nous avons péché avec nos pères, nous avons agit avec injustice, nous avons commis de mauvais actes." Pendant qu'il en était à répandre ses larmes amères, soudain un ours sortit d'un trou dans les ruines. L'homme de Dieu, indigné, lui ordonna de se retirer dans un coin sauvage et d'y chercher un repaire adéquat dans les profondeurs de la forêt, et de ne plus refranchir les bancs de la rivière. Aussi vite,l'ours s'en alla, effrayé de l'admonition, et nul ne le revit plus jamais en ces parages. Ô merveilleux pouvoir du Dieu tout-puissant en Ses saints, que même les plus féroces bêtes se mettent à leur obéir! Ô inconséquence des misérables humains qui ne craignent pas de condamner les paroles salvatrices prêchées devant eux par de saints enseignants. L'obéissance aux préceptes du saint par une bête privée de raison est bien plus utile que la raison humaine : en effet, un homme créé à l'image de Dieu, avant de recevoir la rationalité, ne comprend pas cet honneur, et par vertu de cette raison, est comparable à la folie d'un âne, et lui ressemble (Ps 49,3).
En effet, quand l'homme de Dieu eut découvert toutes les églises du Christ abandonnées, et les coeurs du peuple infectés par les erreurs de l'idolatrie, et aveuglés par les ténèbres de l'ignorance, soupirant, il se voua à l'oeuvre pieuse. Par d'assidus efforts, il guida le peuple à la connaissance de la véritable Lumière; il éleva les églises au plus haut degré d'honneur, et plaça prêtres et diacres en divers services d'églises pour être ses assistants, et là où auparavant se trouvaient les repères de bandits, là il construisit des maisons de prière. Il voulut qu'elles soient ornées de louanges divines, plutôt que d'être ornées des richesses de ce monde. En effet, il était généreux pour le pauvre, affable envers le riche au point que soit par la générosité de ses actes, soit par la douceur de ses paroles, il en vienne à guider tout le monde sur le chemin de la vérité. Sachant qu'il n'était pas possible de faire plier le fier cou des nobles sous l'humilité de la foi Chrétienne, sauf par le moyen d'admonitions pieuses et persuasives, instruit par l'exemple apostolique, il fit toutes choses pour tous (1 Co 9,12), afin de pouvoir tous les gagner, redoublant d'efforts d'honneur auprès des anciens, admonestant les jeunes d'un paternel amour, ne cherchant nulle part son intérêt dans les oeuvres de charité, mais tout ce qui était pour Dieu. Suivant les pas du Christ, il ne dédaigna pas les banquets des puissants, non pas par intérêt pour le luxe, mais pour l'opportunité d'y prêcher, de sorte que dans l'harmonie de la familiarité, il puisse plus facilement remplir les coeurs des convives avec la Parole de Dieu.
C'est ainsi qu'il advint qu'un certain Franc de noble naissance, connu pour sa puissance, appelé Ocinus, invita à diner le roi Clotaire, fils du roi prémentionné, Clovis, qui régnait avec le sceptre du royaume. Il le fit venir pour un banquet qu'il avait préparé avec grande pompe en sa demeure, pour le roi et ses nobles. Et saint Vaast fut aussi invité au banquet. Entrant dans la maison, selon son habitude, il éleva son bras droit et salua tout le monde avec la banière de la sainte Croix. Là se trouvaient quelques verres de bière, mais à cause des maudites erreurs des païens, ils avaient reçu un sort démoniaque. Aussitôt, ils éclatèrent, détruits par la puissance de la sainte Croix, et répandirent tout liquide qu'ils avaient contenu sur le sol. Alors le roi et ses accompagnants, terrifiés à la vue de ce miracle, demandèrent à l'évêque la raison de cette manifestation inattendue et effrayante. Le saint évêque répondit : "A cause d'une incantation proférée par des maléfiques, la puissance diabolique reposait en ces breuvages, afin de captiver les âmes des convives, mais terrifiée par la puissance de la Croix du Christ, elle fuit invisiblement la demeure, alors que visiblement vous avez vu le liquide se répandre sur le solet." Cet événement fut salutaire pour beaucoup, car, libérés des chaînes cachées de la tromperie diabolique, ayant rejeté la vanité des augures, renonçant à leurs traditions d'incantations magiques, ils accoururent tous ensemble vers la pureté de la vraie religion. Par la visible efficacité de ce Signe, ils surent que la puissance divine demeurait en leur compagnon, et que nulle machination de l'antique serpent ne pourrait prévaloir contre sa sainteté. Et de même que cet antique serpent en égara beaucoup sur les chemins de la perdition, Vaast en guida beaucoup sur le chemin de la rédemption par la Grâce du Christ.

Chapitre IV – Mort et funérailles de saint Vaast

Et ainsi, avec l'aide de la divine Grâce, le prêtre de Dieu dirigea l'Église du Christ quarante ans durant, avec une grande dévotion pour la prédication de l'Évangile et un grand amour de la piété. Et durant ce temps, par le dogme catholique, il mena une multitude de gens à la sainteté de la Foi Chrétienne. Partout, cette Église fut renommée pour sa reconnaissance de la divine Loi, le très saint Nom du Christ étant sur les lèvres de tous. Sa réputation accrut du fait de sa vie très chaste, et l'amour de notre Père célèste brûlait dans le coeur de chacun des fidèles. Les Fêtes de notre Sauveur étaient célébrées avec force réjouissances, aux jours prévus. Les aumônes charitables étaient répandues dans les demeures à l'entour, en particulier celles des pauvres, et la Parole de Dieu était prêchée tous les jours au peuple, en divers lieux, et les choeurs dans les églises chantaient les hymnes de louange à Dieu aux heures canoniques. Comme l'ont dit, "Heureux le peuple où c’est ainsi, heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu!" (Ps 144,15). Car tout était tranquile, dans la beauté de la paix; ils se réjouissaient dans la connaissance de la Vérité, et ils étaient joyeux dans la sainteté de la Foi Chrétienne.
Plus tard, cependant, ce consciencieux prédicateur et saint prêtre de Dieu, riches en vertus et comblé d'années par la miséricode de Dieu, fut destiné à recevoirle prix de ses labeurs. Il fut frappé par une forte fièvre, en cette même ville d'Arras, par la grâce de Dieu, de sorte qu'en ce lieu où il avait tant oeuvré au service de Dieu, il puisse parvenir à la palme de l'éternelle béatitude, et afin qu'il puisse remettre son âme entre les mains de son Créateur tout en étant au milieu de ses enfants bien-aimés. Et il advint que Dieu voulut montrer la mort de Son serviteur, et une colonne de la plus brillante lumière fut aperçue pendant deux heures cette nuit-là, partant du sommet du toit de la maison dans laquelle gisait le saint prêtre, s'élevant jusqu'au plus haut du ciel. Lorsqu'on rapporta cela à l'homme de Dieu, il comprit aussitôt quece signe indiquait son proche repos. Dès lors, il fit appeler ses enfants à lui, de sorte qu'accompagné de la prière des fidèles, il puisse recommander son âme au Créateur. Après ses douces admonitions de piété paternelle et ses dernières paroles de charité, ayant communié aux saints Dons (sacrosanct viaticum) du Corps et du Sang du Christ, il rendit son esprit, entre les bras de ceux qui pleuraient pour lui. Ô jour bienheureux pour ce saint prêtre, mais quelle affliction pour tout ce peuple dont le berger venait soudain de quitter la vie corporelle, sans cependant jamais devoir les oublier dans l'intercession spirituelle, s'ils restaient fidèles à suivre ses paroles d'admonitions et l'exemple de sa vie sans tache!
Et ainsi nombre de clercs, laïcs, évêques, prêtres et diacres d'autres Églises se rassemblèrent pour rendre les derniers honneurs à l'homme vénéré. Mais voilà que parmi les voix affligées chantant des psaumes ici sur terre, qu'on entendit de célestes voix religieuses se joindre; et lorsque la bière sur laquelle reposait le corps fut prête au milieu du divin office, nul ne parvint à la déplacer. De fait, ils étaient dans le doute sur ce qu'ils devaient faire et ne savaient vers qui se tourner. Un certain Scopilion, archiprêtre et homme très religieux vivant en conversation avec le saint Dieu, leur demanda si l'un d'entre eux se rappelait de Vaast ayant parlé de ses funérailles, craignant que ce qui se passait leur arrivait parce qu'ils se proposaient de l'enterrer dans l'enceinte de la ville. Ce à quoi quelqu'un répondit qu'il l'avait souvent entendu dire que nul ne devrait être enterré entre les murs de la ville, car la ville devait être un lieu pour les vivants, pas pour les morts. De ce fait, ils se proposèrent de l'enterrer dans l'église de la sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, d'où il présidait depuis le siège épiscopal. En effet, il était notoire qu'il avait arrangé son enterrement dans l'oratoire, qui était presqu'entièrement construit, en bois, près de la rive du Crientionis. Il souhaitait que ce qui convenait pour lui soit accomplit dans l'humilité qui lui était coutumière. Mais tous ceux qui étaient présent, vu l'étendue de ses vertus, pensait qu'il n'était pas digne que le corps d'un tel homme soit enterré dans un lieu si humble, en particulier parce que l'endroit n'était ni approprié pour un monument à sa mémoire, ni accessible à beaucoup, étant situé dans un marais.
Pendant qu'ils discutaient entre eux de tout cela, le vénérable Scopilion, formé dans la puissance de la prière, décida de prestement faire appel à ce à quoi il était habitué, de sorte que par la pieuse prière il puisse obtenir ce que nombre d'hommes n'étaient pas capables de réussir par la force humaine. Ému par l'afflication en son coeur et répandant les larmes, il appela tout le monde à prier. Ensuite il commença à prier par dessus le très saint corps reposant face à eux : "Hélas," dit-il, "ô bienheureux père! Par quelle puissance pourrais-je agir, voyant que le jour décline et que naît le soir, et que tous ceux qui se sont rassemblés à tes funérailles sont prêts à rentrer chez eux. Permet-moi, je t'en implore, de t'emporter au lieu qui se tient préparé pour toi par les soins de tes enfants." Et ayant dit cela, ils empoignèrent la bière sur laquelle reposait le corps sans vie du saint, ne sentant nul poids, et ils la portèrent sur leurs épaules, l'esprit vif, vers le lieu de son enterrement. Et ils l'ensevelirent dans l'église de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, à droite de l'Autel, cachant un noble trésor sous le siègne où auparavant il avait accomplit son office d'évêque. En ce lieu, il reposa quelques années durant, jusqu'à ce que Dieu révèle le lieu où à présent sa mémoire brille radieusement, lieu où eu lieu sa bienheureuse translation par les saints évêques Aubert et Omer.
A présent, que ce qui a été vu digne de se souvenir en cet évêque après sa mort soit ici exposé. Il advint que la petite maison dans laquelle le bien-aimé de Dieu était mort un jour s'enflamma soudain, et commença à brûler. Mais une femme fort pieuse, appelée Abita, vit Vaast arriver et chasser les flammes hors de sa maison, et de sorte elle resta intacte, ainsi que la couche sur laquelle le saint homme de Dieu avait élevé son âme jusqu'au céleste Royaume, de sorte que tous puissent savoir à quel point il était bienheureux dans le Ciel, celui dont même la petite chambre sur terre ne pouvait brûler.

Chapitre V – Translation du corps de saint Vaast

Il reposa donc au même endroit jusqu'au temps du bienheureux Aubert, qui lui succéda comme 7ème évêque sur le siège épiscopal. Afin que nous puissions connaître par la répétition de beaucoup, et que cela puisse être chanté par les bouches d'innomrables hommes, et parce que nous pourrions éprouver cet acte avec nos yeux, un certain jour, après l'hymne des Matines, se tenant asur les murs de la ville, avec l'aube se levant, faisant face à l'Est, Aubert vit à distance au delà de la rivière appelée Crientionis, un homme radieux tenant un bâton en ses mains, occupé à tracer la mesure d'une cathédrale. Par une révélation de Dieu, il comprit qu'il voyait là un Ange, et cela lui signifiait que le bienheureux Vaast, avec l'approbation du Christ, sans aucun doute devait recevoir translation. Renforcé par cette révélation, il invita à l'aider en cette tâche le bienheureux Omer, qui était à l'époque évêque de la ville de Tarvenna, chez les Morins, et était tenu pour éminent dans les choses de Dieu. Omer, il faut le dire, était déjà ployant sous le poids de l'âge, et affaiblit par la perte de la vue, mais cependant, ayant un esprit tel un arc tendu grâce à sa force spirituelle, il fut aussitôt prêt. Son chemin protégé par le Christ, il se hâta auprès du vénérable Aubert. Afin qu'Aubert puisse se décider, et afin que quelque chose puisse leur être montré providentiellement, par volonté égale et commun conseil et avec la grande joie du peuple qui se rassemblait de toutes parts, ils transportèrent le bienheureux Vaast jusqu'à l'endroit désigné. Au cours de cette translation, le bienheureux Omer recouvra la vue, mais par les prières qu'il offrit, il la perdit à nouveau, volontairement. Bien entendu, la vue des yeux de la chair importait peu à ceux qui avaient acquis la vision des citoyens célestes.
Cependant, les miracles qui furent consatés depuis les temps anciens et à présent se sont accomplis depuis presque 160 ans par la merveilleuse intercession du bienheureux Vaast, n'ont pas été transmis à la mémoire par la plume, mais par les paroles de l'Antienne qui est chantée par les chantres de la manière suivante :
Ici repose le bienheureux Vaast,
Dont le temple fut bâtit par les hommes sur l'ordre des Anges.

Cet endroit n'est pas loin de cette ville, qui par sa noblesse était auparavant appelée Nobiliacus. Mais le temps passant, la tombe de saint Vaast devint si éminente que c'est ainsi qu'on nomma la ville, qui à présent a disparu pour n'être plus qu'une masse de ruines. Ce lieu est embelli par la générosité des fidèles et remplit de la multitude des moines et autres dévots de Dieu. Ici, les Offices divins sont célébrés sans interruption, et ici, des actions célestes et des signes miraculeux ont fréquemment eu lieu et encore à présent, et ceux-là sont mieux attesté par la bouche des témoins et consignés par la plume. En effet, heureuse est la ville d'Arras, défenue par un si excellent patron! Même si ses murs sont réduits en ruines, cependant, elle brille par la gloire de sa noblesse. Et du fait de l'intercession de sa sainteté, que tout le peuple se réjouisse, et qu'ils élèvent d'incessantes louanges au Dieu tout puissant, qui leur a accordé un si illustre enseignant, par les prédications duquel ils ont appris le chemin de la Vérité. Et par les prières duquel, s'ils demeurent constamment dans la fermeté de la Foi et la sainteté de leur vie, ils seront préservés de toute adversité, et atteindront la parfaite gloire de la béatitude, par le don de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, avec le Père et le Saint Esprit, vit et règne, Dieu Un, pour les siècles des siècles. Amen.

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Une version anglaise de ce texte des MGH est sur la page suivante:
http://www.mtholyoke.edu/courses/cstraw/PrimaryDocuments/thelifeofsaintvedastus.html
cependant avec quelques erreurs, nottament dans des références scripturaires, etc.

Achevé de traduire et publié en ce jour de grâce où nous fêtons aussi saint Jacut, saint Amand, saint Photius, de même que saint Maël (qui consacra par erreur sainte Brigitte de Kildare avec le sacrement d'épiscopat au lieu de celui d'abbesse), et tant d'autres saintes et saints ami(e)s du Christ Sauveur. A Lui soit la gloire, à jamais.



14 décembre 2007

Saint Venance Fortunat et les Étendards du Roi

En ce jour où en Belgique Orthodoxe, nous devrions fêter liturgiquement notre père saint Folquin, évêque du siège apostolique de Thérouanne (Flandres côtières), né au Ciel en 855, nous avons cependant un très grand parmi les grands dans le calendrier des saints Orthodoxes d'Occident : saint Venance Fortunat. Hymnographe, liturge, poète (aussi un peu flagorneur dans ce rôle quand il était encore laïc, fallait bien assurer sa pitance..), chapelain de sainte Radegonde (excusez du peu) puis évêque de Poitiers, où il veillera sur le troupeau du Seigneur dans la fidélité à la Foi des Apôtres, la Foi Orthodoxe, jusqu'à son départ pour le Royaume après l'an 600. Attardons-nous un peu sur cette perle de la couronne de l'Église du Christ en Occident.



VENANTIUS HONORIUS CLEMENTIANUS FORTUNATUS (530-609)

(diverses sources ont été utilisées pour composer ce récapitulatif bien pâle de la vie de ce grand saint de chez nous)

Évêque de Poitiers et principal poète latin de son époque, il est né en 530 près de Ceneda, à Trévise, en Vénitie, dans le nord de l'Italie. C'est une région liturgiquement "gallicane," avec Milan qui n'est qu'à 300km, sur le même parallèle, Milan, l'ancien siège du grand saint Ambroise. On retrouvera ces accents flamboyants du gallicanisme milanais dans son art liturgique.
Il étudia d'ailleurs à Milan et aussi à Ravenne, dans le but de devenir un maître en rhétorique et poésie, et il acquit une bonne connaissance de la littérature latine. On trouve les mêmes traits intellectuels chez saint Sidoine Apollinaire (21/8), cet autre grand hymnographe Orthodoxe d'Occident.
En 565, suite aux menaces que les Lombards faisaient peser sur la région (il le dira d'ailleurs), il part pour la Gaule française. Cette même année, il sera guéri miraculeusement d'une ophtalmie par l'intercession de saint Martin de Tours, ce qui le décidera à accomplir auprès du tombeau de celui-ci un pèlerinage de reconnaissance, mais en prenant des chemins détournés, car pèlerinage le menant un peu partout au gré de ses inspirations poétiques.
Il sera favorablement accueilli à la court du roi Sigebert d'Austrasie. Lors du mariage de ce dernier à Metz avec la princesse Wisigothe, la jeune Brune, il les honorera en composant un épithalame, un poème lyrique en vers latins, où il fait de Brunehilde une nouvelle Vénus et de Sigebert un nouvel Achile... Brune était arienne comme son peuple et sera rebaptisée Brunehilde après son baptême Orthodoxe; en français, nous la connaissons sous le nom de Brunehaut.
Après être resté un an ou 2 à la court du roi Sigebert, il parcourt la Gaule française, se liant d'amitié avec divers grands de l'époque, composant de petites poésies sur tout ce qui l'inspirait (jusqu'à la broderie de la nappe d'une table!).
Suivant les us et coutumes de son époque, qu'on a tendance à juger d'un peu haut de nos jours alors que nous vivons dans la fange morale jusqu'au cou, il tressait facilement des couronnes et colliers de louanges pour les grands de son temps. Les érudits modernes lui reprochent aussi à mots à peine couverts d'avoir composé l'éloge de la plupart des évêques avec lesquels il s'est trouvé en rapport, certes, mais dans ce dernier cas, le calendrier des saints de l'Église nous montre que c'était mérité. Il a chanté les rois Francs, Chilpéric, Sigebert, Caribert. Ses textes prêtent bien des vertus aux rois mérovingiens, qui, bien qu'au moins nominalement Orthodoxes depuis Clovis 1er, étaient encore assez frustes et brutes selon nos normes du "bien-paraître;" et lui de néanmoins les comparer aux grands sages de la Rome antique et aux héros des mythologies d'antan.. On sait que par la douceur, saint Eloi parvenait à amener le roi Dagobert à une vie relativement pieuse... On discerne cependant dans ces poèmes un peu flatteurs toute la vie et les moeurs de l'époque. Son grand talent en fera quasiment l'hymnographe officiel pour toute la Gaule française, auquel on aura recours pour l'inauguration d'une belle église, pour un décès d'un évêque ou d'un grand du moment, etc.

Continuant son voyage, il arrivera à Poitiers, se rendant sur la tombe de saint Hilaire. Puis il rendit visite à sainte Radegonde, princesse thuringienne, qui, après avoir été la femme du roi Clotaire, s'était retirée à 25 ans dans cette ville, vivant au monastère qu'elle avait fondé, le futur "monastère de Sainte-Croix," y menant une vie d'ascète. Fondatrice ou pas, sainte Radegonde n'en sera pourtant pas l'abbesse, mais, par choix, y servira comme diaconesse. Elle l'invitera à s'installer dans cette ville. Ordonné prêtre, probablement en 576, et de toute manière du vivant de sainte Radegonde. De laquelle, après avoir été le disciple, il sera ensuite devenu le chapelain et père spirituel. Plus de 20 ans après la mort de cette dernière, il fut élu évêque de Poitiers, en 599.

"Méprisant le monde, tu a mérité de gagner le Christ; cachée dans la clôture, tu voyais d'autant mieux le Ciel. Maintenant, tu tiens la voie étroite, pour faire au Ciel une entrée plus triomphale. En versant des larmes, tu moissonneras les joies véritables. Tu crucifie le corps, ton âme se nourrit de jeûnes : son Seigneur la garde par Son amour."
Vêpres de sainte Radegonde, par saint Venance

Il deviendra l'ami de saint Grégoire de Tours et d'autres éminents évêques de son époque. C'est poussé par saint Grégoire, l'évêque de Tours et l'historien des Francs, que Venance a réuni et publié ses poèmes en un recueil comprenant 11 livres. Ces oeuvres offrent un tableau fort intéressant de la société de l'époque.
* onze livres de Poèmes (tome 1, 2 et 3 de l'édition des Belles Lettres traduit par Marc Reydellet) ;
* In laudem sanctae Mariae (dans le tome 3 de l'édition des Belles Lettres traduit par Marc Reydellet)
* un poème en quatre chants sur la Vie de saint Martin (dans le tome 4 de l'édition des Belles Lettres traduit par S. Quesnel) ;
* une élégie sur la destruction du royaume de Thuringe, mis dans la bouche de sainte Radegonde ;
* des hymnes d’église, dont le Vexilla regis ;
* les vies en prose de plusieurs saints (voir plus bas) et une exposition de la Foi de l'Église d’après le Symbole dit "de saint Athanase d'Alexandrie."

On voit briller des éclairs de sensibilité profonde et de véritable poésie dans ses oeuvres. Mais les érudits modernes n'apprécient guère son style, ses manières, pourtant bien de son temps. Personnellement, quand je le vois composant un petit poème parce que la broderie de la nappe le touche, avec ses oiseaux et ses grappes, je suis tout sauf fermé. Ca me fait penser à une anecdote du père Païssios l'Athonite, qui rapportait l'histoire d'un saint moine du mont Athos à qui un pèlerin avait offert un petit poste de radio "pour être au courant de tout dans le monde" (alors que vivant en relation permanente avec Dieu, ils savent tout à l'avance..). Le moine avait réussi à trouver du positif dans l'objet, s'exclamant "oh, merveille, les ouvriers [chinois..] qui l'ont fabriqué sont sûrement Chrétiens, voyez, ils ont marqué la Croix ici" – ladite "croix" étant le signe "+" du bouton du volume... La marque distinctive d'un vrai saint, comme saint Venance Fortunat, c'est arriver à voir du beau et du bon en tout (bref tout mon contraire).

Saint Venance Fortunat mourut à Poitiers vers 609. Signe de son importance: sa postérité. Une épitaphe de Paul Diacre à son tombeau, aujourd'hui disparu, en la basilique Saint-Hilaire de Poitiers, l'appelle vers 785 "le plus grand des poètes", "sanctus, beatus", et demande son intercession.

L'hymne "Vexilla Regis" fut composée par saint Venance pour une occasion très particulière. Sainte Radegonde cherchait quelques reliques pour sa chapelle quand l’empereur Justin II "le jeune" et l’impératrice Sophie lui envoyèrent de Constantinople un morceau de la vraie Croix. Il est à noter que c'est une des rarissimes reliques de la vraie Croix à se trouver légitimement en Occident. Quasiment toutes les autres ont été volées par les vaticanistes durant leurs massacres, bains de sang, pillages, viols et autres innombrables exactions commis en Orient sous l'euphémisme "croisades;" un grand nombre de ces vols avec violences inouïes ont eu lieu lors de la prise de Constantinople en 1204...

Pour célébrer dignement l’arrivée de la sainte relique, l'ancienne reine demanda à saint Venance de composer une hymne pour la procession d’accompagnement jusqu’à la chapelle, hymne qui sera chantée pour la première fois le 19 novembre 569. C'est Venance, hymnographe mais probablement pas encore prêtre, qui fut choisi pour accueillir la relique à son arrivée à Poitiers. Lorsque les porteurs du saint fragment se trouvèrent à 3km de la ville, Venance, entouré d'une grande foule de fidèles, dont certains portaient bannières, croix et autres emblèmes sacrés, s'avança à sa rencontre. Tout en marchant, ils chantèrent cette hymne qu'il avait composée.











VEXILLA
REGIS


Vexilla
regis prodeunt,

fulget crucis mysterium,

quo carne carnis conditor

suspensus est patibulo.



Confixa clavis viscera

tendens manus, vestigia

redemptionis gratia

hic inmolata est hostia.



Quo vulneratus insuper

mucrone diro lanceae,

ut nos lavaret crimine,

manavit unda et sanguine.



Inpleta sunt quae concinit

David fideli carmine,

dicendo nationibus:

regnavit a ligno deus.



Arbor decora et fulgida,

ornata regis purpura,

electa, digno stipite

tam sancta membra tangere!



Beata cuius brachiis

pretium pependit saeculi!

statera facta est corporis

praedam tulitque Tartari.



Fundis aroma cortice,

vincis sapore nectare,

iucunda fructu fertili

plaudis triumpho nobili.



Salve ara, salve victima

de passionis gloria,

qua vita mortem pertulit

et morte vitam reddidit.



O Crux ave, spes unica,

in hac triumphi gloria !

piis adauge gratiam,

reisque dele crimina.



Te, fons salutis Trinitas,

collaudet omnis spiritus :

quos per Crucis mysterium

salvas, fove per saecula.
Les
étendards du Roi s’avancent,

et resplendit le Mystère de la Croix,

à laquelle pend dans Sa chair

le Créateur de la chair.



La Victime est immolée

pour la grâce de notre Rédemption,

Ses entrailles accrochées au clou,

Sa dépouille tendant les mains.



Achevé par la funeste pointe d’une lance,

Il laisse couler

l’eau et la sang

afin de nous laver de notre crime.



Voici qu’est accompli ce que chantait

David dans les psaumes de sa foi, disant aux nations :

Dieu a régné par le bois.



Choisi comme potence,

Parée de la pourpre du Roi,

cet arbre porte les membres sacrés

comme une décoration resplendissante!



Bienheureux arbre dont les branches

supportent pendu le Salut des siècles!

En échange de ce corps

l’Hadès a été
dépouillé.



Comme signe d’un noble triomphe

tu répands le parfum de ton bois,

tu y joins la saveur de ton nectar,

nous réjouissant du Fruit que tu portes.



Salut, autel, salut, Victime,

Pour la gloire de Ta Passion

Où la Vie a souffert la mort

Et par Sa mort nous a rendu la vie.



Salut ô Croix, notre unique espoir,

dans la gloire de ton triomphe!

Offre la grâce aux hommes pieux,

et détruis les crimes des coupables.



C’est Toi, Trinité, source de notre Salut,

que loue tout esprit :

par le mystère de la Croix

Tu nous sauves et nous guéris éternellement.

Notes :
a. divers couplets manquent dans les copies catholiques-romaines, les Bénédictins signalant (en 1956) qu'il a été enlevé dans les éditions de leur groupe religieux (vatican). Qu'on comprenne bien mon commentaire : ils ont le droit de faire ce qu'ils veulent, nous ne sommes pas concernés. Mais bidouiller des textes des Pères ET laisser le produit finit sous le nom de l'auteur original, c'est de la forfanterie. Leurs dirigeants ne cessent de mentir au monde.
b. Jean-Louis Palierne, notre érudit qui a récemment quitté cette "vallée de larmes", y a fait large référence dans une discussion à propos du sens pour faire son Signe de Croix.
http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/viewtopic.php
c. cette splendide Hymne a notamment été reprise dans diverses pièces liturgiques pour Pâques, tel cet "Officium sepulchri seu Resurrectionis" de Tours




Vexilla Regis, hymne de saint Venance Fortunat, en grégorien post-14ème siècle
Il est b/possible/b que la mélodie originale ait été préservée, sans certitude hélas, du fait de la destruction littérale de l'ancien plain-chant romain, le vrai grégorien, remplacé par ce que vous connaissez de nos jours.

Cliquez sur l'image pour obtenir la partition complète

Tout Chrétien d'Occident connaît sûrement l'antique légende à propos de la forêt où fut construite la cathédrale de Chartres, disant qu'avant l'arrivée des missionnaires Chrétiens, quand régnait encore l'ancienne religion des Celtes, ils y avaient une statue d'une "vierge à l'enfant." Si non e vero! En tout cas, vu le nombre d'églises et de chapelles qui seront dédiées à Notre Dame, c'est clair que depuis les tous débuts de l'Église, la Mère de Dieu y était particulièrement vénérée. Dès lors, rien d'étonnant de voir saint Venance s'adonner à la poésie liturgique en son honneur. Voici un bref couplet de sa plume.











MARIA, MATER GRATIAE


María,
Mater grátiae,

Dulcis parens cleméntiae,

Tu nos ab hoste prótege,

Et mortis hora súscipe.



Jesu, tibi sit glória,

Qui natus es de Vírgine,

Cum patre et almo Spíritu,

In sempitérna saécula.



Amen.
Ô
Marie, Mère de la Grâce,

Douce mère de la miséricorde

Préserve-nous de l'Ennemi

Et accueille-nous à l'heure de la mort.



A Toi soit la gloire, Jésus,

Qui est né de la Vierge,

Avec le Père et le Saint Esprit

Pour les siècles des siècles.



Amen.

POÈME SUR LA MOSELLE.
I. A Nicetius, évêque de Trêves. Son château sur la Moselle.
Une montagne surgit, penchant sa masse sur l'abîme : la rive rocheuse lève une haute tête. Sur ces rocs découverts se dresse un cime chevelue, et sur leur front escarpé règne une crête inaccessible. Les terres remontent du fond des vallées et profitent à la colline : partout le sol abaissé s'incline, et la côte s'élève. La Moselle bouillonnante et le petit Rhodanus aussi (la Dhron) l'environnent, et de leurs poissons à l'envi nourrissent la contrée. Ces fleuves vagabonds ravissent ailleurs cette proie, qui te crée ainsi, Mediolanus, un doux aliment. Plus l'onde grossit, plus le poisson abonde ; et s'approche ; et la rapacité des flots fournit une facile nourriture. L'habitant de ces lieux contemple avec joie de fertiles sillons, et fait des vœux pour que la moisson soit lourde et féconde. Le laboureur repaît ses yeux de la récolte qu'il espère : son regard moissonne les trésors avant que la saison ne les produise. Le champ s'égaye et rit, couvert de verdoyants herbages, et les prés veloutés charment l'esprit qui les parcourt. Nicetius, homme apostolique, visita ces campagnes ; et le pasteur y construisit à son troupeau la bergerie désirée. Il entoura partout la colline d'une enceinte de trente tours, et montra un monument où s'élevait auparavant une forêt. Du sommet de la colline descendent les bras d'une muraille dont les eaux de la Moselle sont la limite. Cependant le palais brille, bâti sur la cime du roc, et, sur le mont où il repose, parait lui-même une montagne. Nicetius se plut à enfermer d'un rempart ces vastes espaces, et seule cette demeure forme presque un château. Des colonnes de marbre soutiennent le faîte de ce palais, du haut duquel on voit les navires courir l'été sur le fleuve. Un triple rang d'arcades accroît encore l'étendue de l'édifice, et, monté sur le comble, on dirait que le toit recouvre des arpents. Debout devant nous, une tour domine le versant qui fait face : c'est le lieu consacré aux saints : c'est là que les guerriers se tiennent en armes. Là se trouve aussi la baliste à double charge, qui laisse après soi la mort et revient en arrière. L'onde, chassée dans les détours des conduits qui la retiennent, agite une meule qui donne au peuple sa nourriture. Sur des coteaux stériles, Nicetius apporta les raisins au jus savoureux : la vigne cultivée verdoie aux lieux où fut la ronce. Çà et là s'élèvent des vergers que la greffe féconde, et les parfums variés de leurs fleurs embaument la campagne. A toi la gloire de tous ces travaux dont nous chantons l'éloge, pasteur généreux, qui répands tant de bienfaits sur ton troupeau !

II. Sa navigation sur la Moselle.
Je rencontre les rois aux lieux où s'élèvent les remparts de Mettis (Metz) ; je suis vu des maîtres et retenu à cheval. Je reçois l'ordre ensuite de parcourir en navigateur la Moselle, aidé de la rame pour hâter ma course et glisser sur l'onde frémissante. Le navigateur monte aussitôt sur un navire, il s'élance sur un frêle esquif ; et la proue, sans être poussée par les vents, volait sur les flots. Cependant, il est un endroit où des récifs cachés près de la rive resserrent le lit du fleuve dont les vagues se soulèvent. Entraînée par un élan rapide, la nef se jette contre cet écueil, et peu s'en fallut qu'elle ne bût à plein ventre l'onde bouillonnante. Arraché du péril, je revois en liberté la plaine et l'espace, et, fuyant cet abîme, je vogue à travers de riants paysages. J'arrive à ce gouffre où les flots de l'Orna (l'Ornes) tombent dans la Moselle, et, doublant la force du courant, secondent notre marche. Sur les eaux refoulées du fleuve, je dirige ma nef avec prudence pour ne pas m'exposer à me faire repêcher dans la nasse comme un poisson. Voguant au milieu des villas dont les toits fument sur la rive, je parviens à l'embouchure où se jette la Sura (la Saur). Puis, passant entre des collines qui dominent la grève et de creuses vallées, nous glissons jusqu'à la Sara (la Sarre) sur la pente du fleuve, qui nous porte ainsi aux lieux où se découvrent les hautes murailles de Treviri (Trêves), noble reine des plus nobles cités. Le fleuve nous conduit ensuite, en côtoyant l'antique palais du sénat, à la place où cette ruine apparaît tout entière, puissante encore par ses débris. De tous côtés nous apercevons des montagnes aux crêtes menaçantes, dont les rocs aigus surgissent et percent la nue. Partout des pics escarpés projettent leurs cimes superbes, et le granit barbu grandit avec la montagne et s'élève vers les astres. Et ces durs cailloux n'ont pas la liberté d'être stériles : la roche même est féconde et le vin en découle. On aperçoit partout des collines vêtues de bourgeons : leur chevelure de pampre frissonne sous la brise qui passe. Entre les pierres se pressent les rangs de vignes, et leur ligne régulière et bigarrée attire le regard. Parmi des roches hideuses le laboureur fait briller la culture, et sur la blancheur de la pierre rougit le doux reflet de la vigne. D'âpres rochers enfantent les mielleux raisins, et sur un tuf stérile se plait la grappe féconde. La chauve montagne couronne la vigne de sa crête, et les verts ombrages du pampre couvrent les arides métaux de la montagne. Bientôt le vigneron cueille les grappes colorées, et le vendangeur semble suspendu lui-même à ces rochers qui pendent. Je trouvai du plaisir pour mes yeux et des aliments pour ma bouche dans chacun de ces agréables royaumes que j'occupais à mesure que mon navire suivait sa route. Les eaux me conduisent ensuite aux lieux où Contrua (le Cond ou Gondorf) se remplit de vaisseaux, où brilla jadis une illustre tête. Puis j'arrive au point où les affluents des deux fleuves se réunissent, d'un côté le Rhin écumant, de l'autre la fertile Moselle. Tout le long de cette route, les eaux nous apportaient leur tribut de poissons : pour les rois et les maîtres les trésors pullulent dans le fleuve. Et pour que nul plaisir ne fît faute au voyageur, je me repaissais des chants des muses et mon oreille s'abreuvait de mélodies. De leurs bruyants accords les instruments frappaient les montagnes, et les rocs suspendus nous rendaient leurs accents. La toile d'airain exhalait mollement de paisibles murmures, et l'arbre de la colline répondait à la voix du roseau. Tantôt frémissante et saccadée, tantôt calmé et unie, la musique résonne telle aux flancs des rochers, qu'elle s'échappe de l'airain. Les chants, par leur douceur, rapprochent les rives opposées : collines et fleuve n'ont qu'une voix, grâce à ces mélodies. Tels sont les plaisirs que recherche pour le peuple la bonté des rois, et toujours elle trouve quand sa sollicitude commande. J'approche rapidement des remparts du château d'Antonnacum (Andernach), en suivant ma route sur le vaisseau qui me porte. Là, quoique sur de vastes espaces la vigne garnisse les collines, d'un autre côté la plaine a des guérets fertiles. Cependant cette belle contrée abonde de richesses préférables encore : ses habitants recueillent d'autres trésors au sein des eaux. Et quand les rois de leur présence embellissent le séjour de ce palais, et que les tables en leur honneur se parent de banquets de fête, on visite les filets et ces rets d'osier d'où l'on retire le saumon. Assis sur le rempart, le roi compte les poissons, il applaudit chaque fois qu'un poisson sort du fleuve immense, il encourage le pêcheur en voyant son butin venir. Ici, témoin d'une pèche heureuse, là, rendant le palais joyeux, il repaît ses yeux d'abord de ces délices que sa bouche savoure ensuite. A sa table aussi se présente le citoyen étranger du Rhin, et la troupe des convives fait son éloge en le croquant. Que longtemps le Seigneur, seigneurs, nous offre de tels spectacles ! donnez aux peuples de beaux jours : que la sérénité de votre front répande la joie dans tous les cœurs, et que votre grandeur trouve le bonheur dans celui de vos sujets !
traduction E. F. Corpet, 1843

Venantius Fortunatus déclamant ses poèmes à la diaconesse et ex-reine sainte Radegonde
Lawrence Alma-Tadema, 1862
Musée de Dordrecht, Pays-Bas

Les poèmes de saint Venance sont parus en 4 volumes, édition des Belles Lettres, traducteur Marc Reydellet, Collection des universités de France, série latine :


Autre brève bibliographie sur saint Venance :
http://www.musicologie.org/Biographies/f/fortunatus.html

On le trouve à partir de la page 119 dans "Histoire du royaume mérovingien d'Austrasie", par m. A. Huguenin, professeur à la faculté des Lettres de Grenoble :
http://books.google.com/books/pdf/Histoire_du_royaume_m__rovingien_d_Austr.pdf


Comme on le lit plus haut, parmi ses oeuvres, on trouve l'hymne "Pange, lingua." Cependant, de l'aveu même de son groupe religieux, il existe une version modifiée de Thomas d'Aquin au 12ème siècle – probablement encore une fois afin de faire "coller" à leurs nouvelles idées.
Et la version originale a été modifiée à son tour par Urbain VIII en 1632, et pas un peu...
La version latine ci-dessous POURRAIT être correcte, Oxford n'étant pas le vatican; mais je n'en suis pas sûr car je n'ai pas vu le manuscrit utilisé par leur édition, et je me méfie de tout en la matière. Pour trouver à coup sûr un non-falsifié, il faudrait fouiller les bibliothèques des anciens monastères Orthodoxes d'Occident, mais nous n'en n'avons plus les clés depuis mille ans déjà, et tant y a été détruit et remplacé par du faux..











Pange,
lingua


Pange,
lingua, gloriosi proelium certaminis

et super crucis tropaeo dic triumphum nobilem,

qualiter redemptor orbis immolatus vicerit.



De parentis protoplasti fraude factor condolens,

quando pomi noxialis morte morsu corruit,

ipse lignum tunc notavit, damna ligni ut solveret.



Hoc opus nostrae salutis ordo depoposcerat,

multiformis perditoris arte ut artem falleret

et medelam ferret inde, hostis unde laeserat.



Quando venit ergo sacri plenitudo temporis,

missus est ab arce patris natus orbis conditor

atque ventre virginali carne factus prodiit.



Vagit infans inter arta conditus praesaepia,

membra pannis involuta virgo mater adligat,

et pedes manusque crura stricta pingit fascia.



Lustra sex qui iam peracta tempus implens corporis,

se volente, natus ad hoc, passioni deditus,

agnus in crucis levatur immolandus stipite.



Hic acetum, fel, arundo, sputa, clavi, lancea;

mite corpus perforatur; sanguis, unda profluit,

terra pontus astra mundus quo lavantur flumine.



Crux fidelis, inter omnes arbor una nobilis,

nulla talem silva profert flore, fronde, germine,

dulce lignum dulce clavo dulce pondus sustinens.



Flecte ramos, arbor alta, tensa laxa viscera,

et rigor lentescat ille quem dedit nativitas,

ut superni membra regis mite tendas stipite.



Sola digna tu fuisti ferre pretium saeculi

atque portum praeparare nauta mundo naufrago,

quem sacer cruor perunxit fusus agni corpore.



Les Vies de saints authentiquement de sa plume sont les suivantes : saint Martin, Hilaire de Poitiers, Germain et Marcel de Paris, Aubin d'Angers, Paterne (Pair) d'Avranches, Seurin de Bordeaux, et Radegonde. Il est à noter que sa "Vita Martini" est en fait une versification de celle écrite par saint Sulpice Sévère, le biographe et disciple de saint Martin de Tours.
On trouve la plupart de ses oeuvres en ligne en format "image" ici, mais je n'ai hélas pour le moment pas le temps d'aller effectuer une recherche "page par page" pour y retrouver l'édition critique du "Pange lingua"
Monumenta Germaniae Historica (MGH)


Auctores antiquissimi,
t. 4-1, 1881, poetica, éd. Leo;
t. 4-2, 1885, ed. Krusch

On voit dans les vénérations de saint Venance cette absence de cloisonnement ethno-phylétiste qui caractérise hélas l'Église de nos jours. Pour lui, saint Alban, le proto-martyr d'Angleterre, était un de ses amis spirituels. En 580, il en écrira ce bref verset : "Albanum egregium fecunda Britannia profert" ("La féconde Grande-Bretagne invoque le grand nom d'Alban").



martyre de saint Alban et son tombeau restauré