"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

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03 juin 2014

Vies des saints / hagiographies: Occident & Orient, hier & aujourd'hui

J'ai retrouvé dans les archives d'Internet cet article qui m'avait beaucoup marqué en 2004, lorsque j'avais entamé mon défunt site "amdg". Qu'un professeur d'université occidentale expose si clairement cet historique est remarquable.


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http://www.ditl.info/arttest/art1740.php

ETYMOLOGIE / etymology

Du grec γoς «saint, sacré» et γραϕ «écriture». Le substantif hagiographie apparaît en 1813. Il dérive du substantif masculin pluriel hagiographes (apparu à la fin du XVe siècle) et de l'adjectif masculin pluriel hagiographes (apparu au début du XVIe siècle: cf. l'expression les livres hagiographes). Ces deux termes résultaient eux-mêmes d'un emprunt au bas-latin hagiographa (substantif neutre pluriel) et désignaient les livres de l'Ancien Testament n'appartenant ni au Pentateuque, ni aux Prophètes, i.e. les livres sapientiaux ou historiques, comme les Psaumes, Job, ou les Rois.

ETUDE SEMANTIQUE / Definitions

Le genre hagiographique comporte six formes: la mention, la notice, l'anecdote, les miracula, les actes, la vita.

1. La mention
a- Mention isolée: l'épitaphe (v. l'article
b- Mention dans un calendrier ecclésiastique: prénom du saint, statut ecclésial, lieu où il est vénéré, époque où il a vécu.
c- Mention dans les Ménées: même composition, hexamètre iambique.

2. La notice
a- Dans un martyrologe: même composition, résumé de la vie du saint. Martyrologe d'Usuard (IXe siècle).
b- Dans un synaxaire: idem. Ex.: Synaxaire de Saint Nicodème l'Hagiorite.
c- Dans un légendier: vie abrégée du saint. Ex.: Légende dorée de Jacques de Voragine (XIIIe siècle).
d- Dans une collection critique: idem, commentaire critique. Ex.: Acta Sanctorum, éd. par les Bollandistes (1643-1894).

3. L'anecdote [sur l'anecdote profane, v. l'article, pp. 33-37]
Dans un recueil, elle est toujours assortie de maximes spirituelles attribuées au saint qu'il s'agisse d'un recueil systématique(ex: série alphabétique des Apophtegmes des pères du Désert, du début Ve siècle); thématique(ex.: Histoire des moines d'Égypte du Ve siècle); arbitraire(ex.: Histoire lausiaque de Pallade, v. 420).
Dans un traité ascétique, elle a une fonction didactique.(ex.: L'échelle de saint Jean Climaque, v. 645).
Dans un traité théologique, la preuve est apportée par la tradition. Ex.: Traités sur les saintes icônes de saint Théodore Studite (v. 815).
Dans un vademecum catéchétique sa fonction est illustrative, (ex.: littérature occidentale médiévale des exempla.
Dans une chronique. Ex.: Historia Francorum de saint Grégoire de Tours (581-587).
Dans une lettre. Ex.: Lettre à Bassula de Sulpice Sévère (v. 398).

4. Les miracula
a- Recueil de miracles: souvent anonyme. Ex.: Miracles de St. Démétrios de Thessalonique.[V. l'article PASSIONNAIRE].
b- Récit de translation ou d'invention de reliques: dans une vita ou une chronique. Ex.: Invention des reliques des Saints martyrs Gervais et Protais relatée dans le Vie de saint Ambroise de Milan (v. 422).

5. Les actes
a- Actes proconsulaires. Ex.: Actes des martyrs scillitains (v. 180).
b- Actes remaniés ou panégyrique. Ex.: Actes des saintes Félicité et Perpétue (IIIe siècle).
c- Passion fabuleuse. Ex.: Passion de sainte Cécile de Rome (début IVe siècle).

6. La vita
a- Vita indépendante. Ex.: Vie de saint Antoine par saint Athanase (v. 360).
b- Dans un recueil systématique ou ménologe. Ex.: Ménologe de saint Syméon Métaphraste (Xe siècle).
c- Dans un recueil thématique. Ex.: Histoire philothée de Théodoret de Cyr (v. 440).
PP

Le mot revêt actuellement les significations suivantes:
1. Rédaction du récit de la vie d'un saint.
2. (Par métonymie) Genre littéraire constitué des diverses formes de récit de la vie des saints. Il s'agit du sens littéraire retenu pour le commentaire ci-après.
L'hagiographie fait donc partie des genres narratifs; son intention étant édifiante, elle entre dans la nomenclature de la littérature didactique, et de la littérature religieuse. On pourra se reporter, entre autres aux articles BIOGRAPHIE, spécialement p. 171 (l'hagiographie est un des genres de la biographie), EXEMPLUM HEROS (le saint est le héros du récit hagiographique, personnage sur lequel repose la définition du genre; c'est aussi un héros de la religion, un homme qui a montré des vertus héroïques, et qui sert de modèle dans la construction d'une IDENTITE -v. ce terme- religieuse), HISTOIRE (l'hagiographie est une histoire, c'est aussi l'une des manières de construire et de dire l'histoire; c'est donc aussi avec toute la nomenclature de la littérature historique qu'on peut la mettre en relation), LEGENDE (dont elle est presque synonyme dans son acception principale), MIRACLE, MYTHE (entre le récit mythique et la légende religieuse, il existe des liens de nature), PASSIONNAIRE (recueil hagiographique), VITA, etc.
3.Branche de l'historiographie ayant pour objet l'étude de la vie des saints et de sa relation écrite.
4. (Par extension avec une connotation péjorative) Biographie d'un individu célèbre excessivement ou systématiquement élogieuse. «Hagiographie et iconoclastie: insolites américains» (titre d'un ouvrage collectif, Aix-en-Provence: GRENA, 1983).
JMG

COMMENTAIRE / Analysis

Histoire du genre
L'hagiographie naît au IIe siècle du désir de la communauté chrétienne persécutée de conserver la mémoire des martyrs et de trouver en eux des intercesseurs. Les premiers actes connus, tels ceux de saint Polycarpe de Smyrne (v. 156) ou des martyrs de Lyon (v. 187), reflètent déjà cette double vocation de l'hagiographie: littérature du souvenir, mais aussi de la présence efficiente de ceux qui se sont conformés au Christ en imitant son sacrifice. Les grandes persécutions du IIIe siècle (Dèce et Valérien, 250-260; Dioclétien et Maximien, 284-305) suscitent une floraison de nouveaux actes, un essor du culte des martyrs et un infléchissement de la fonction impartie à l'hagiographie. Lus par l'évêque devant la communauté réunie au jour anniversaire du martyre, les actes prennent un caractère apologétique et l'hagiographie devient l'un des véhicules privilégiés de l'enseignement de l'Eglise. Comme le montrent par exemple les actes de saint Cyprien de Carthage (v.258), la simple transcription du procès verbal d'audience se transforme alors en apologue sur la spiritualité du martyre envisagé comme confession suprême de la foi.
Une fois la paix constantinienne instaurée, l'Eglise continue à honorer la mémoire des martyrs en prononçant leur éloge funèbre et en inventoriant les miracles accomplis à leur tombeau. Ainsi apparaîtront deux nouvelles formes hagiographiques: le panégyrique, pratiqué par les Pères cappadociens, et le recueil de miracles (Miracles de saints Cyr et Jean, Miracles de saints Côme et Damien). Bientôt, l'Eglise associe à la mémoire des martyrs, celle d'autres témoins de la foi, tout aussi vénérés par le peuple: les confesseurs. En outre, prenant acte de l'extinction des persécutions et du statut privilégié qui lui est accordé par le pouvoir impérial, elle reconsidère la spiritualité chrétienne et tend à substituer au martyre du sang celui des larmes: l'ascèse. Ainsi naîtront aux confins du IVe et du Ve siècles, d'une part la biographie épiscopale dont la Vie de saint Ambroise de Milan par Paulin (v.422) et celle de saint Martin de Tours par Sulpice Sévère (v.397) demeurent les exemples les plus achevés, et d'autre part la biographie ascétique appelée à jouer un rôle déterminant dans le développement de l'Eglise. C'est la Vie de saint Antoine le Grand, rédigée vers 360 par saint Athanase, qui fonde véritablement l'hagiographie chrétienne: elle servira de modèle à toutes les compositions ultérieures, tant orientales qu'occidentales.
La biographie ascétique s'épanouit au cours du Ve siècle grâce à l'essor du monachisme dans les déserts d'Egypte, de Palestine et de Syrie. Alors sont composées, par exemple, les diverses Vies de saint Pacôme ou celles de saint Hilarion le Grand et de saint Marc par saint Jérôme. Mais, en offrant à la spiritualité chrétienne l'idéal de l'érémitisme, l'exigence monastique provoque l'apparition d'une nouvelle forme hagiographique, adaptée à la recension des exploits et des maximes des anachorètes. De cette période féconde datent en effet les grands recueils d'anecdotes sur les Pères du Désert, promis à une diffusion universelle: les séries d'Apophtegmes, l'Histoire des moines d'Egypte, l'Histoire lausiaque de Pallade, l'Histoire philothée de Théodoret de Cyr, etc.
L'implantation en Provence de la tradition monastique du désert par saint Cassien donnera à l'hagiographie occidentale un nouvel élan en accentuant son caractère ascétique. Au VIe et VIIe siècles, celle-ci connaît une sorte d'âge d'or à la faveur de l'expansion lérinienne, puis du renouveau colombanien. Des hagiographes de grand talent (Venance Fortunat, Grégoire de Tours, Jonas de Bobbio, Grégoire le Grand) exploitent la diversité des formes consacrées par la tradition pour décrire les multiples aspects de la sainteté. Ceux du Regnum Francorum, par exemple, campent, dans des biographies, des chroniques, desrecueils d'anecdotes ou de miracles, le type de la vierge consacrée( Vie de sainte Geneviève), de l'ascète du désert (Vita Patrum, Vie des Pères du Jura), du martyr thaumaturge (Miracles de saint Julien de Brioude), de l'évêque à l'infini miséricorde (Miracles de saint Martin de Tours), de la reine moniale (Vie de sainte Radegonde), du commis palatin promu à l'épiscopat (Vie de saint Eloi, Vie de saint Didier de Cahors), un fondateur d'un grand monastère (Vie de saint Mandrille de Fontenelle, Vie de saint Philibert de Jumièges), etc.
Ce remarquable équilibre atteint par l'hagiographie latine se rompt au cours du VIIIe siècle et de la première moitié du IXe siècle quand les Carolingiens brisent l'unité spirituelle de la Romania en instaurant en occident un nouvel ordre politique et culturel. La rupture avec Byzance, l'uniformisation de la vie monastique et liturgique (usage exclusif de la règle de saint Benoît et du latin), la conformisation des institutions ecclésiastiques aux institutions politiques ou la promotion d'un certain humanisme constituent autant d'innovations qui remettent virtuellement en cause non seulement l'intégrité formelle de l'hagiographie, mais aussi sa fonction spirituelle en tendant à la couper de ses racines. La production de la période carolingienne trahit, malgré de brillantes exceptions (Vie de saint Boniface par Willibad de Mayence, Vie de saint Benoit d'Aniane par Adon Smaragde), cet effritement de la tradition hagiographique, particulièrement sensible dans les Vitae remaniées par Alcuin (Vie de saint Vaast d'Arras) ou Loup de Ferrières (Vie de saint Maximin de Trèves).
Au IXe siècle, la rédaction des martyrologes historiques (Florus, v.800; Adon, v. 855; Usuard, v. 875), intégrant le corpus hagiographique au cycle liturgique, tempéra certes le déséquilibre naissant de l'hagiographie occidentale. Mais celui-ci ne tarda guère à s'accentuer à cause d'une autre initiative carolingienne: l'adhésion sans réserves des théologiens entourant Charlemagne à la doctrine trinitaire d'Augustin et à la conception de la grâce que celle-ci impliquait. Tant que l'Occident avait envisagé l'ascèse, conformément à la tradition patristique, comme une synergie de la nature et de la grâce, comme une coopération du libre effort de l'homme et des énergies divines du Christ ressuscité, ses hagiographes avaient décrit avec soin le martyre quotidien que s'inflige le chrétien aspirant à la déification. Dès lors que l'Occident, suivant Augustin, amoindrira les capacités de la nature en vertu de la souveraineté de la grâce, ses hagiographes auront tendance à présenter le saint comme un être d'élite, promis dès sa naissance à l'exercice spontané des vertus, quasiment prédestiné à la jouissance des biens célestes dès cette vie. Déjà perceptible dans certains textes du Xe siècle (cf Vie de saint Mansuy de Toul par Adson, Histoire de l'Eglise de Reims par Flodoard), ce travers, qui confinera parfois à la caricature, altérera progressivement le message spirituel de l'hagiographie occidentale. Celle-ci n'en poursuivra pas moins son développement et saura même retrouver la simplicité et la vigueur de la tradition, en particulier dans les biographies des grands réformateurs de la vie monastique: cf Vie de saint Bernard de Clairvaux par Guillaume de saint-Thierry (v.1155), Vie de saint Dominique par Jourdain de Saxe (v.1235), premières légendes franciscaines de Thomas de Celano (XIIIe siècle),etc.
Les prétentions de la papauté romaine à l'hégémonie universelle ont pourtant scellé le devenir de l'hagiographie occidentale. La rupture avec les patriarcats orientaux (1054) et l'érection du Filioque en dogme de foi (1215) l'ont définitivement coupée de ses racines traditionnelles et enfermée dans un augustinisme appelé à se systématiser. La progressive dévolution au seul siège romain du pouvoir de canoniser (1170-1634) a, en outre, réduit la dialectique de l'hagiographie et de la vénération populaire à un rapport institutionnel, sinon juridique. L'hagiographie latine subira dès lors, suivant un mouvement qui prolonge le déclin du monarchisme amorcé au XIIIe siècle, un lent, discret, mais incoercible processus de marginalisation qui restreindra graduellement ses prérogatives didactiques.
Au XVIIe siècle, la Contre-Réforme tridentine, pressée par l'iconoclasme protestant a bien essayé d'enrayer cette évolution en favorisant une révision critique du legs hagiographique. Ce sera l'œuvre des Bollandistes qui éditeront la première des grandes collections érudites: les Acta Sanctorum (1643-1894). Mais la rigueur épistémologique de la critique historique n'a pas eu l'effet escompté. Loin d'établir l'hagiographie sur des bases incontestables, elle a jeté le discrédit sur l'ensemble de ses productions, l'a rendue suspecte aux élites et a ruiné tant l'ingénuité que l'unanisme de sa réception dans l'Eglise catholique. La volonté manifestée à la même époque par la hiérarchie ecclésiastique de discipliner l'exubérance de la piété populaire pour l'orienter vers un culte christocentrique a, de plus, contribué à brider la spontanéité de l'hagiographie latine. Ces conditions peu favorables n'ont pas empêché celle-ci de jouer un rôle déterminant dans la spiritualité populaire jusqu'à la fin du XIXe siècle, ainsi qu'en témoigne le succès considérable de collections comme les «Petits Bollandistes» (1858-1860). Tel n'est plus le cas aujourd'hui. Victime de l'aggiornamento de l'Eglise catholique qui a considérablement restreint le culte des saints, l'hagiographie n'est plus, en Occident, qu'un genre mineur, volontiers méprisé par une élite moderniste, contraint de s'adresser à une infime minorité dévote ou traditionaliste ou d'emprunter le masque de la littérature, sinon du reportage.

Au sein de l'Eglise orthodoxe, en revanche, jamais l'audience de l'hagiographie n'a décliné. En dépit, ou peut-être à cause, des querelles théologiques et des crises politiques, celle-ci a toujours exercé pleinement sa fonction didactique: avec la liturgie et l'icône, elle est restée l'un des trois principaux vecteurs de transmission du dogme vécu. La tradition inaugurée par saint Athanase et ses disciples des Ve et VIe siècles (Pallade, Cyrille de Scythopolis, Jean Mochos) a été brillamment poursuivie par les hagiographes de la Romania byzantine, puis ottomane, et ceux des Etats convertis au christianisme orthodoxe aux IXe et Xe siècles (Russie, Serbie, Bulgarie). Toutes les formes hagiographiques ont alors été exploitées au gré des besoins et des circonstances. Certaines ont été portées à leur point de perfection, comme le recueil d'anecdotes par les rédacteurs du Paterikon de Kiev (XIIe siècle), ou la notice par le métropolite Macaire (Ménées, XVIe siècle) et saint Nicomède l'Hagiorite (Synaxaire, XVIIIe Siècle).
D'autres ont trouvé une nouvelle vigueur, tels ma mention versifiée par les hymnographes du Studion (Ménées, IXe siècle), ou les actes qui fleurirent dès que la persécution turque eut suscité de nouveaux martyrs en Grèce et dans les Balkans. Une forme hagiographique a conservé sa suprématie en atteignant une rare complexité: la biographie ascétique. La plupart des figures charismatiques de cette période se sont vu consacrer une vita: ainsi entre autres, saint Jean l'Aumônier (par Léonce de Néapolis, VIIe siècle), saint Etienne de Sabaïte (VIIIe siècle), saint Athanase l'Athonite (Xe siècle), saint André le Fol en Christ de Constantinople (Xe siècle), saint Nil de Rossano (par Barthélémy, XIe siècle), saint Syméon le Nouveau Théologien (par Nicétas Stéthatos, XIe siècle), saint Serge de Radonège (par Epiphane le Sage, XVe siècle) et surtout les grands hésychastes du XIVe siècle byzantin, comme saint Grégoire Palamas (par Philotée de Constantinople) ou saint Maxime le Capsocalyvite (par Théophane de Périthéroion).
Cette intense production, qu'aucune épreuve historique n'a tari, continue actuellement. En Grèce, en Serbie, en Roumanie, au Mont Athos, des hagiographes composent aujourd'hui des ménologes (Arch.J. Popovic, 1972-1977), des recueils d'anecdotes (H.I.Blan, Paterikon roumain, 1980), des actes (F.M. Polsky, The New Martyrs of Russia, 1972), des recensions de miracles (M.Makaria, Miracles de saint Ephrem le Nouvel Apparu, 1981) et surtout des biographies ascétiques (M.Païssios, saint Arsène de Cappadoce, 1979; M. Marthe, le saint prêtre Nicolas Planas, 1965). Dans toutes ces publications, l'hagiographie poursuit son objectif séculaire: rendre présent, grâce au récit de ses épreuves et de ses exploits, un homme déifié par la grâce.
Pierre Pasquier
Université de Paris III, 1988.

BIBLIOGRAPHIE / Bibliographie

Aigrain, R.– L'hagiographie, ses sources, ses méthodes, son histoire.– Paris : Bloud et Gay, 1953.
«Biographies spirituelles», in Dictionnaire de spiritualité (G. Bardy, Ir. Hausherr, F. Vernet, P. Pourrat et M. Viller).
Delehaye, H.– Les légendes hagiographiques.– Bruxelles : Société des Bollandistes, 1905. Delahaye, H.– Les passions des martyrs et les genres littéraires.– Bruxelles : Société des Bollandistes, 1921.
Patlagean, E.; et Riché P. (éd).– Hagiographie, cultures et sociétés (IVe-XIIe siècle).– Paris: Etudes Augustiniennes, 1981.

02 mai 2014

Recension : "L'impératrice sainte Hélène / A la croisée de l'Orient et de l'Occident" (12/2013)



Il était une fois une très belle princesse grecque. Assurément oui, elle devait être Grecque puisqu'elle était très belle et s'appelait Hélène. Vous avez tout de même déjà entendu parler de "la belle Hélène", non ? Donc toutes les princesses s'appelant Hélène sont Grecques et belles, l'affaire est entendue. Celle-ci à vécu à cheval sur les 3ème et 4ème siècle et été la mère du plus important des empereurs que l'Église aie connu. Grâce à son impériale clairvoyance et générosité, Hélène a pu devenir une bonne Chrétienne et a été redécouvrir à Jérusalem le très sacré bois de la vraie Croix de notre Seigneur...

Voilà. Ajoutez quelques bribes de légendes, extraits de contes de fée et versets de mythes, et avec un peu d'humour et de sarcasme, je vous aurai résumé les "quatre lignes d'Hélène". Car c'est tout ce que sainte Hélène reçoit dans le Synaxaire et autres sanctoraux, et ça n'en dit pas vraiment plus. Ni rien de moins établi. Après tout, ce n'est qu'une femme, elle n'était même pas moniale, elle n'était que la mère du plus grand des empereurs, celui à qui on doit tant, ça doit bien lui suffir, donc est-ce important d'en savoir plus ?

Hé bien oui. L'honnêteté la plus élémentaire de même que le respect dû à la sainteté du personnage, tout cela fait que sainte Hélène méritait de se voir remise à la vraie place qui est sienne : une des plus grandes saintes laïques de l'Histoire de l'Église.

Pour ce faire, il aura fallu qu'une iconographe aimant le prénom reçu grâce à sa grand-mère se sente attirée par la sainte qu'elle avait pour patronne, et qu'ainsi commence une grande et belle aventure, mieux, une enquête archéologique, liturgique, numismatique, hagiographique, iconographique, géographique, presque policière, des confins verdoyants et sauvages du Pays de Galles jusqu'aux arides espaces de Syrie, de l'antique capitale impériale romaine en Gaule Belgique – Trêves la magnifique – aux marches de la Via Dolorosa à Jérusalem. Partout, Hélène Yvert-Jalu a remonté pas à pas le fil de l'histoire et de la vie de cette grande dame sans laquelle, assurément, jamais l'empereur Constantin-le-grand ne serait devenu ce qu'il est devenu.

Car si sans l'empereur, jamais sainte Hélène n'aurait pu matériellement accomplir tout ce qu'elle a accompli dans sa vie, d'un autre côté, si elle ne l'avait pas patiemment porté dans la prière, accompagné de conseils prudents, enseigné la vie chrétienne par la démonstration d'une vie exemplaire malgré la rudesse de l'époque et ses moeurs barbares, Constantin aurait fini comme tous ses prédécesseurs, dont la vie ne fut qu'un long fleuve de sang. Et d'Édit de Milan, il n'en aurait jamais été question. Imaginez un peu, rien que pour ça, la vie de l'Église aux 3ème et 4ème siècles.. et maintenant, sans la paix ayant permis les Conciles Oecuméniques ? Imaginez, et puis venons-en à ce passionnant ouvrage.

La vie de sainte Hélène telle que nous la connaissons à travers divers récits hagiographiques, mythologiques, légendaires, historiques et / ou liturgiques, c'est celle de la "femme d'Empire" qui a su garder sa foi chrétienne intacte dans une cour impériale habituée aux intrigues, révoltes de palais et autres violences. Son fils Constantin, connu sous le nom d'empereur Constantin-le-grand, était un intriguant aux multiples facettes, instable et opportuniste, cruel et orgueilleux. Tout le contraire de sa sainte mère ! Pourtant, la vie de sainte Hélène y sera encore plus intimement mélée qu'à celle de son mari, Constance Chlore. Elle saura utiliser les opportunités de la vie de cour pour collaborer à la christianisation de l'Empire romain de manière éminente. Un destin extraordinaire attendra cette femme humble et droite.

Telle une détective de l'Histoire, l'auteur a patiemment suivi les traces d'Hélène en Turquie, en Europe orientale, en Allemagne, en Angleterre, en Belgique, en Italie et en Israël pour y recueillir des indices et pour confronter sur le terrain tant les récits légendaires que des documents historiques parfois contradictoires. Hélène Yvert-Jalu le dit clairement, les très nombreuses lacunes de l'Histoire "laissent une grande latitude à l'imagination."

Tout d'abord, les origines de sainte Hélène. Les documents existants lui accordent tous une origine assurée.. mais toutes ces origines sont différentes. De princesse fille du roi de Colchester dans l'Île de Bretagne à fille d'auberge à Drépane en Syrie, voire palfrenière dans la province du Danube, il existe bien des hypothèses – celles-là et d'autres encore - et fort peu de certitudes. Comment cette humble femme a-t'elle donc rencontré l'officier romain Constance Chlore, futur grand de l'Empire, et pourquoi en a-t'il fait un temps durant son épouse ?

Un temps durant, car devenu préfet, Constance Chlore la répudiera, sa nouvelle fonction exigeait une épouse d'origine noble, ce qui n'était pas le cas... et donc élimine une série d'hypothèses sur son origine. Cependant, en bonne mère, Hélène resta en contact proche avec son fils Constantin, et l'amena progressivement à adopter sa future politique d'ouverture à l'égard des chrétiens.

En 313, à l'occasion de son déplacement pour le mariage de sa demi-soeur, Constantin a signé ce que nous appelons l'Edit de Milan, instaurant une forme de liberté religieuse, très peu compatible avec la religion d'Etat de l'Empire, dont l'Empereur était le Pontifex Maximus (Souverain Pontife) et une sorte de divinité vivante. L'influence maternelle est évidente dans cette décision. Ainsi se déforcer face au Sénat si attaché aux rites païens qui apportaient une sorte de cohésion à l'Empire, quel risque.. Pareillement face à son ennemi concurrent pour l'Empire, si farouchement païen. Certes, c'était un choix tactique – les Chrétiens étaient réputés pour leur fidélité à l'empereur lorsqu'ils servaient sous les drapeaux. Mais accepter que dans l'Empire il puisse y avoir un autre dieu que lui-même et tout le panthéon romain, un Dieu unique en tout, ne pouvait pas être une décision prise à la légère. Sainte Hélène était une bonne catéchiste.

Même si jusqu'à la fin, Constantin ne changera pas radicalement et n'adoptera le Christianisme qu'à l'article de la mort, et encore, en version hérétique, arienne, cependant, il se montrera sans cesse plus ouvert, clément et conciliant face à l'Église. L'auteur de l'ouvrage souligne le "rôle capital joué par Hélène dans l'histoire du Christianisme." Par sa foi profonde, son influence et son ouverture sur l'ensemble de l'Empire, l'impératrice fut ainsi un lien très fort entre l'Orient et l'Occident, et elle contribua à la paix dans l'Eglise.

Devenu en 324 l'empereur de tout l'Empire romain – donc Occident comme Orient – grâce à une série de guerres et complots pour élimiter tout autre prétendant au trône impérial, Constantin rendra les honneurs à sa mère, l'élevant au rang d'impératrice. Et dans la foulée, il déménagera son siège de Trêves, en Gaule Belgique, vers l'antique Byzance, qu'il fit reconstruire et transformer, puis appeler Constantinople, c'est-à-dire "ville de Constantin."

Parmi les hauts faits qui ont ponctué la vie de sainte Hélène, le plus connu est aussi celui qui est le plus imprégné de légendaire et de mythologie : la découverte de la Sainte Croix de notre Seigneur à Jérusalem. Comme les lecteurs de ce site ont pu le lire à l'envi, m'est avis que si les plus éminents Pères de l'Église d'un lieu dit et une époque donnée ne sont au courant de rien d'un événement d'importance que par la suite, des textes qui s'affirment authentiques, prétendent s'y être déroulés et en leur présence de surcroît, même si un livre liturgique prétend le contraire, il est nécessaire de n'en retenir que les leçons spirituelles. Et de ne surtout rien prendre pour argent comptant du récit légendaire. Même si c'est le Synaxaire qui le rapporte. Saint Cyril de Jérusalem est présent sur les icônes qui décrivent la légende, mais ses écrits contredisent tout cela. L'auteur fait très bien le tour de la question. A 3 semaines de la fête liturgique de sainte Hélène et son fils Constantin-le-grand (21 mai), c'est un texte à lire, assurément.

On pourra regretter le peu de sources et de citations d'auteurs chrétiens orthodoxes des 2 derniers siècles. Nul ne pourrait cependant en vouloir de cette absence à l'auteur, qui en Docteur ès Lettres, a mené son "enquête" visiblement avec rigueur. Le directeur de la faculté de théologie orthodoxe de Cambridge lui-même exposait la faiblesse de notre Église en matière patristique, et ce depuis trop de décennies. Aussi le lecteur ne devra pas s'étonner des références de l'époque moderne.

Voici donc un ouvrage tonique, spirituellement riche qui mérite sa place dans la bibliothèque de celles et ceux qui aiment le Christ et Ses amis. Alliant rigueur scientifique et ferveur chrétienne, il est à la portée de tous, chacun y trouvera une joie spirituelle autant qu'intellectuelle, selon les aspects abordés. Rien n'est lassant, tout porte à mieux cerner le personnage, à mieux l'aimer.
 

On pourra aussi valablement recommander ce livre :
- Comme préparation pour un pèlerinage aux saintes reliques qui se trouvent à Paris.
- Pour encourager des iconographes à oser rendre à sainte Hélène sa place unique, qui n'a pas besoin d'un empereur à ses côtés pour lui donner de l'importance, ni même d'une mythique Croix.
- Pour inspirer quelqu'hymnographe à lui composer un Office ou une hymne Acathiste plus en phase avec la vraie grandeur du personnage, débarrassée des encombrantes légendes.


Mazette, quel livre idéal ! On rêve de voir toujours plus d'auteurs s'en inspirer pour sortir des carquans étriqués des synaxaires et autres sanctoraux, et aller ainsi "rendre à Dieu ce qui est à Dieu" en rendant aux amis de Dieu leur juste place dans l'Histoire de la sainte Église, de ses origines dans une modeste et discrète Chambre haute à Jérusalem, jusqu'à nos jours.

In fine, la sainteté n'étant pas question bureaucratique, ne dépendant pas du choix a posteriori d'une ou quelques personnes qui seraient à même de la reconnaître " infailliblement" – car seul un(e) authentique saint(e) saurait reconnaître un pair sans risque de se tromper ! - il est bon de se rappeler que c'est vers 329 que le peuple l'aurait glorifiée – vox populi, vox Dei. Et que c'est donc peu après sa mort, avec d'innombrables témoins de sa sainteté encore vivants, qu'elle a rejoint les rangs ineffables de la cohorte des sûrs amis du Christ. Ces innombrables témoins de Dieu que notre sainte Mère l'Église nous propose à la vénération. Comme cette sainte Hélène que nous vénérons, non pas pour l'imiter en ses "podvigs" (exploits spirituels) qui ne sont pas reproductibles puisque nos vies sont différentes; mais pour la constance dans la fidélité et la confiance en Dieu, à travers les épreuves les plus éprouvantes, les revers apparement néfastes dans la destinée visible, et cet amour infini pour Dieu, Père, Fils et Saint Esprit, à Qui soient la gloire, l'honneur et l'adoration pour les siècles des siècles. Amen.

"L'impératrice sainte Hélène / A la croisée de l'Orient et de l'Occident", par Hélène Yvert-Jalu, décembre 2013, Pierre Téqui éditeur, série "Les saints du monde", 218 pages, 18€90

Par les prières des saints Pères ET des saintes Mères, Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de nous et sauve-nous ! Amen !



11 juin 2011

Croître spirituellement - grandir dans la Foi (p. Panayiotis Papageorgiou)


http://northeastcobb.patch.com/articles/growing-spiritually




La question de la "croissance spirituelle" est une question sérieuse. Nous en parlons sans cesse, mais nous n'avons pas tous la même compréhension de ce que c'est vraiment.

Au contraire de la croissance physique, il n'existe aucun moyen de quantifier la croissance spirituelle. Et pourtant, nous savons le faire, non pas en utilisant un ruban-mètre ou une balance de cuisine, mais en nous mesurant par comparaison aux saints, ces héros de la Foi Chrétienne, dont tant ont donné leur vie en martyrs pour la Foi en Christ!

Pensez-vous être vraiment patient et humble? Comparez-vous aux épreuves et tribulations de saint George, ou saint Dimitri, ou sainte Catherine, ou sainte Irène, et plus encore à des saints contemporains tel que saint Nectaire d'Égine, et vous verrez immédiatement le long chemin encore à parcourir. Afin d'établir cette comparaison, vous aurez assurément à lire le récit des vies de ces hommes et femmes. Et alors, vous savez quoi? Au fur et à mesure que vous lirez leurs vies, en même temps, vous grandirez spirituellement!!! La croissance spirituelle est un processus qui commence quand vous le voulez, et ne s'arrête plus une fois entamé, à moins que vous n'y mettiez un terme.

Dès lors, voici ma question, à vous qui lisez cet article : voulez-vous vraiment grandir spirituellement? Voulez-vous vraiment savoir comment faire? Toute la responsabilité vous en incombe! Vous avez à prendre la décision et commencer l'effort. Ce n'est pas si difficile à faire. Vous n'avez qu'à monter à bord pour ce voyage, et Dieu sera là pour vous aider tout au long du parcours.

Nombreux confondent croissance spirituelle et croissance dans la connaissance de faits et la capacité à réciter l'information. Mais ce dernier point n'est pas croissance spirituelle! Certains des plus célèbres "théologiens chrétiens" au monde sont dans le meilleur des cas des "enfants" au plan spirituel, et de purs païens dans le pire des cas. D'un autre côté, certains des plus simples et moins éduqués des Chrétiens que j'ai rencontrés dans ma vie étaient par comparaison des "géants spirituels."

Voulez-vous vraiment grandir spirituellement? Voici la recette : devenez humble, tombez à genoux aux pieds d'un père spirituel et confessez vos péchés, y compris votre orgueil et votre arrogance. Je vous garanti que vous repartirez en étant un "homme nouveau", renouvellé par la puissance du Saint Esprit. Ce sera une étape majeure dans la croissance spirituelle. Vous le ressentirez dans votre coeur.

Voulez-vous conserver cet état spirituel élevé? Voici la recette: retournez encore et toujours vous confesser, avec un coeur contrit et un esprit humble. Vous commencerez certainement à vous regarder ainsi que le monde alentour dans une nouvelle lumière. Vous commencerez à avoir une appréciation différente tant des gens que de la nature. Vous ressentirez l'omniprésence de Dieu. Vous commencerez à expérimenter la joie de manière ineffable, et verrez la bonté et la douceur en autrui comme jamais auparavant.

Il n'est pas difficile d'entamer le parcours de la croissance spirituelle. C'est à vous de prendre la décision, et vous en serez le tout premier bénéficiaire.

Protopresbytre Panayotis Papageorgiou
Holy Transfiguration Greek Orthodox Church
3431 Trickum Road
Northeast Cobb (USA)


prêtre américain d'origine chypriote, ingénieur "cum laude" en chimie (NYC) et docteur en théologie (Holy Cross, Boston, 1984, etc), conférencier en diverses universités (Oxford, Calgary, Jérusalem, etc)

19 décembre 2006

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1. EDITORIAL
2. LA PRIERE, RESPIRATION DE L'AME : saint Isaac le Syrien
3. L'HYMNE DE COMMUNION DE BANGOR "Sancti venite, Christi corpus sumite"
4. HAGIOGRAPHIE : a. Qui a peur des saints?
b. Sermon de saint Jean Maximovitch pour la fête du martyre de saint Jean-Baptiste
c. Sainte Anne, pont entre Orient et Occident – Pèlerinage en Bretagne au 19ème siècle & actualité
5. HISTOIRE - DROIT CANON : Un épiscopat universel, par saint Grégoire le Grand.
6. EKKLESIA : a. L'Église est Une, par Alexis Stepanovitch Khomiakov
b. Et les relations oecuméniques alors?
7. JEUNESSE & ÉGLISE, par soeur Magdalen (Maldon, Essex)
8. ORTHODOXE EN OCCIDENT : EORHF (ROCOR) (2/2)
9. POESIE CHRÉTIENNE
10. COURRIER DES LECTEURS
11. AGENDA

48 pages, gratuitement téléchargeable via :
La Voile, magazine orthodoxe www.orthodoxes.net