Vagues-à-l'âme d'un ami des vraies racines de la Belgique Chrétienne
"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes.
Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée,
parfois sous une couche de poussière.
Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)
"Aimons-nous les uns les autre, afin que, dans un même esprit, nous confessions le Père et le Fils et le Saint Esprit, Trinité consubstantielle et indivisible..."
Le Credo
ou Symbole de
Nicée-Constantinople
"Petit Euchologue de poche," prières pour toutes circonstances et vie de famille Chrétienne, Trad. Claude Lopez-Ginisty du "pocket prayer" de l'archidiocèse antiochien aux USA
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Quelques Liens externes
"La Voile", magazine théologique Orthodoxe en ligne (B)
Rite Occidental. Offices. Pages dédiées à saint Grégoire le Grand, évêque et pape de Rome, Père de l'Église, liturge & ascète.
Western Orthodox, par Benjamin Johnson, blogue Orthodoxe Occidental ouvert aux coutumes catholiques-romaines "tradis" (AWRV, usa)
Soleil d'Hiver : "Pour la France, défigurée et infidèle, Pour la Sainte Russie et ses martyrs, Pour l'Europe Chrétienne, Pour l'Église Une, Pour ceux qui attendent Son retour dans le froid et la nuit."
La Résurrection du Seigneur – homélie 71, saint Léon le Grand (PL 54,385-390)
Le Christ Ressuscité Karl Bryullov, années 1840 "C'est ceci qui est le coeur de notre Foi Orthodoxe.. et non pas les divagations de théologiens et d'érudits.. Vara" source
20ème homélie sur la Passion du Seigneur, prononcée le soir du Samedi Saint, pour la Vigile de Pâques
1. Dans mon dernier sermon, bien-aimés, je vous ai enseigné, non hors de propos, je le pense, la participation à la Croix du Christ, afin que la vie même des fidèles soit pénétrée du Sacrement pascal et célèbre dans les moeurs ce qu'elle honore dans la fête. Vous-mêmes certainement avez éprouvé combien c'est utile, et votre dévotion vous a appris l'avantage que retirent les âmes et les corps des jeûnes plus prolongés, des prières plus fréquentes, des aumônes plus généreuses. Il n'est, en effet, presque personne qui n'ait profité de cette ascèse et qui n'ait caché dans le secret de sa conscience quelque chose dont il puisse se réjouir à bon droit. Mais ces profits, il faut les conserver au prix d'une vigilance constante, de peur que, l'effort se relâchant, la haine du démon ne dérobe ce qu'a donné la Grâce de Dieu. Puisque nous avons voulu travailler par l'observance des 40 jours, pour ressentir quelque chose de la Croix pendant le temps de la Passion du Seigneur, efforçons-nous aussi d'être trouvés associés à la Résurrection du Christ et de passer de la mort à la vie tandis que nous sommes encore en ce corps. Car, pour tout homme, passer par une conversion, de quelque nature qu'elle soit, d'un état à un autre, signifie la fin de quelque chose: n'être plus ce qu'on était, et le commencement d'une autre: être ce qu'on n'était pas. Mais il est important de savoir à qui l'on meurt et pour Qui l'on vit, car il y a une mort qui fait vivre et une vie qui fait mourir. Or, ce n'est pas ailleurs que dans ce siècle qui passe que l'on recherche l'une et l'autre, en sorte que c'est de la qualité de nos actions temporelles que dépendra la différence des rétributions éternelles. Mourons donc au diable et vivons pour Dieu; mourons à l'iniquité pour ressusciter à la justice; que disparaisse l'état ancien pour que se lève le nouveau; et puisque, selon la parole de la Vérité, "nul ne peut servir 2 maîtres" (Mt 6,24), prenons pour maître non celui qui ébranle ceux qui sont debout pour les mener à la ruine, mais Celui Qui relève les chutés pour les conduire à la victoire.
2. Puisque, selon l'Apôtre, "le premier homme, issu de la terre, est terrestre; le second homme, Lui, vient du Ciel. Tel a été le terrestre, tels seront aussi les terrestres; tel est le Céleste, tels seront aussi les célestes. Et de même que nous avons revêtu l'image du terrestre, il nous faut revêtir aussi l'image du Céleste" (1 Co 15,47-49). Nous devons grandement nous réjouir de ce changement qui nous fait passer de l'obscurité terrestre à la dignité céleste par un effet de l'ineffable miséricorde de Celui Qui, pour nous élever jusqu'à Son domaine, est descendu dans le nôtre. Car Il a pris non seulement la substance, mais encore la condition de la nature pécheresse, et Il a permis que Son impassible divinité subît tout ce qu'expérimente l'humaine mortalitée, dans son extrême misère. C'est par un effet de cette bonté que, craignant qu'une longue tristesse ne fût une torture pour les âmes troublées des disciples, Il abrégea merveilleusement et rendit plus rapide le délai prédit des 3 jours, ajoutant au second jour entier la toute dernière partie du premier et le début du 3ème, en sorte qu'il tombât quelque chose de la durée, sans que le nombre des jours fût diminué. La Résurrection du Sauveur n'a donc pas retenu longtemps Son âme dans l'Hadès, ni Son corps dans la tombe; la vie revint si vite en Sa Chair incorrompue qu'Il sembla davantage S'être endormi qu'avoir cessé de vivre. La divinité, en effet, qui ne S'était pas retirée des 2 substances composantes de l'homme assumé, réunit par Sa puissance ce que Sa puissance avait séparé.
3. Ensuite, bien des preuves ont suivi, destinées à fonder l'autorité de la Foi qui devait être prêchée à travers le monde. Et bien que la pierre roulée, le tombeau vide, les linceuls mis à part, les Anges racontant tout l'événement, établissaient assez largement la vérité de la Résurrection du Seigneur, cependant Il Se manifesta et apparut aux femmes et plusieurs fois aux Apôtres (Actes 1,3; Mt 28,9). Non seulement Il S'entretenait avec eux, mais encore Il S'attardait au milieu d'eux, mangeait en leur compagnie, et Se laissait examiner de près et toucher curieusement par ceux que retenait le doute (Lc 24,39). Il entrait, en effet, au milieu de Ses disciples, toutes portes fermées (Jn 20,19), et Il leur donnait le Saint Esprit en soufflant sur eux. Éclairant leur intelligence, Il leur ouvrait les secrets des saintes Écritures (Lc 24,27). Il leur montrait encore la plaie de Son côté, les trous faits par les clous, et toutes les marques de toute récente Sa Passion (Jn 20,27). Tout cela pour faire connaître que les propriétés de la nature divine et celles de la nature humaine demeuraient en Lui bien séparées, et pour que nous sachions que le Verbe n'est pas identique à la chair, mais confessions que le Fils de Dieu est à la fois Verbe et chair.
4. Bien-aimés, Paul, l'Apôtre des nations, ne contredit pas cette Foi quand il dit : "Même si nous avons connu le Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus ainsi à présent" (2 Co 5,16). La Résurrection du Seigneur, en effet, n'a pas mis fin à Sa chair, mais l'a transformée, et Sa substance corporelle n'a pas été détruite par l'accroissement de Sa puissance. Les propriétés ont changé, la nature n'a pas passé. Ce Corps est devenu impassible, qui avait été crucifié. Il est devenu immortel, Lui Qui avait pu être mis à mort. Il est devenu incorruptible, Lui Qui avait pu être meurtri. Aussi l'Apôtre dit-il avec raison qu'il ignore la Chair du Christ dans l'état où elle était connue, car il n'est plus rien resté en elle de passible, plus rien d'infirme. Tout en étant elle-même en son essence, elle n'est plus elle-même en sa gloire. Est-ce d'ailleurs surprenant que l'Apôtre s'exprime ainsi à propos du Corps du Christ, puisque, parlant des Chrétiens qui vivent selon l'Esprit, il dit : "Aussi ne connaissons-nous plus désormais personne selon la chair" (2 Co 5,16), du fait, dit-il, que notre résurrection a commencé dans le Christ, du fait que, en Celui Qui est mort pour tous, la forme même de toute notre espérance nous a précédés ? Nous n'hésitons pas sous l'effet du doute, nous ne flottons pas dans une attente incertaine, mais, ayant reçu le début de ce qui nous a été promis, nous apercevons déjà des yeux de la Foi ce qui viendra plus tard. Et remplis de la joie que suscite l'élévation de notre nature, nous tenons déjà ce que nous croyons.
5. Ne soyons donc pas pris par le spectacle des choses temporelles, et que les biens de la terre ne détournent pas notre contemplation de ceux du Ciel vers eux. Tenons pour dépassé ce qui n'est déjà presque plus rien, et que l'esprit, attaché à ce qui doit demeurer, fixe son désir là où ce qu'on lui offre est éternel. Bien qu'en effet, nous ne soyons sauvés qu'en espérance (Rom. 8,24) et que nous portions encore une chair corruptible et mortelle, on peut dire pourtant avec raison que nous ne sommes pas dans la chair si les passions charnelles ne dominent pas sur nous. C'est à bon droit que nous ne portons plus le nom de ce dont nous ne suivons pas le désir. Aussi, lorsque l'Apôtre dit "Ne vous souciez pas de la chair pour en satisfaire les convoitises" (Rom. 13,14), nous n'entendons pas qu'il nous interdise l'usage des choses qui s'accordent avec le Salut et que nécessite la faiblesse humaine. Mais, comme il ne faut pas se plier à toutes les convoitises ni satisfaire à tout ce que désire la chair, nous comprenons qu'il nous avertit d'adopter une certaine mesure de tempérance: à ce corps, qui est placé sous la tutelle de l'âme, n'accordons pas de superflu, ni ne refusons pas ce qui est nécessaire au corps. Aussi le même Apôtre dit-il ailleurs : "Nul n'a jamais haï sa propre chair; on la nourrit au contraire et on en prend bien soin" (Eph. 5,29). Il faut, en effet, la nourrir et en prendre soin non en vue des vices ni de la luxure, mais pour le service qu'elle doit fournir: ainsi notre nature rénovée se tiendra dans l'ordre, ses parties inférieures ne prévaudront, pas désordonnément et honteusement sur les supérieures, ni les supérieures ne se laisseront vaincre par les inférieures, en sorte, que les vices triomphant de l'âme, on ne trouverait plus qu'esclavage là où doit régner l'autorité.
6. Que le peuple de Dieu reconnaisse donc qu'il est une nouvelle créature (2 Co 5,17) dans le Christ et qu'il soit attentif à comprendre Qui l'a adopté et quel est Celui qu'il a lui-même adopté. Que ce qui a été renouvelé ne retourne pas à l'instabilité de son état ancien et que celui-là ne renonce pas à son labeur, celui qui a mis la main à la charrue (Lc 9,62). Mais qu'il regarde à ce qu'il sème, et ne se retourne pas vers ce qu'il a abandonné (Phi. 3,13). Que nul ne retombe dans les vices dont il s'est relevé, mais, même si, par suite de la faiblesse de la chair, il gît encore en proie à quelques maladies, qu'il désire prestement être guéri et rétabli. Telle est la voie du Salut, telle est la manière d'imiter la Résurrection commencée dans le Christ. Puisqu'on ne manque pas de tomber ou de vaciller sur le chemin glissant de cette vie, que les pas des marcheurs quittent les sols mouvants pour la terre ferme, car, selon qu'il est écrit, "le Seigneur mène les pas de l'homme et sa marche Lui plaît. Quand le juste tombe, il ne reste pas terrassé, car le Seigneur lui soutient la main" (Ps 36,23-24). Ces pensées, bien-aimés, ne conviennent pas seulement à la Fête de Pâques, mais nous devons encore les retenir pour sanctifier toute notre vie, et notre ascèse actuelle doit tendre à transformer en habitude des pratiques dont la courte expérience a fait la joie des âmes fidèles, à en conserver la pureté, et à détruire par une prompte pénitence tout péché qui pourrait nous surprendre. La guérison de maladies anciennes est difficile et longue: qu'on applique donc les remèdes d'autant plus vite que les blessures sont plus récentes, afin que, nous relevant toujours totalement de toutes nos chutes, nous méritions d'arriver à cette incorruptible résurrection de notre chair glorifiée dans le Christ Jésus notre Seigneur, en Lui Qui vit et règne avec le Père et avec le Saint Esprit, pour les siècles des siècles. Amen. + Léon
La cellule du bienheureux père Séraphim Rose (1934-1982) au monastère Saint-Germain-d'Alaska de Platina (Californie, EUA). tuyau
Note de l'éditeur: à titre d'exemple de l'approche simple et terre-à-terre de la vie spirituelle par le p. Seraphim, nous présentons ici une fidèle retranscription de l'enregistrement d'une de ses discussions "improvisées." Il a donné son exposé le jour de la saint Patrick, 17 mars 1977, aux moines et pélerins présents au monastère St. Herman of Alaska.
1. UNE PERSPECTIVE SUR SAINT PATRICK
LA CONFESSION DE SAINT PATRICK est un document très simple expliquant comment il a planifié de servir Dieu et quelques unes des épreuves et souffrances qu'il a dû traverser. De ce que saint Patrick écrit, nous voyons que durant sa vie terrestre, il n'a pas joui de la gloire universelle qui l'entoure aujourd'hui. Il a apparemment accomplit des miracles, et nombre de gens avaient un grand respect pour lui, mais il avait bien des difficultés avec des évêques et des hommes d'église, et il y avait une controverse quant à savoir s'il faisait les choses comme il aurait dû les faire. Cela nous montre que même ceux qui plus tard acquièrent notoriété, ont eu à traverser – durant leurs propres vies – les mêmes luttes que chacun d'entre nous doit traverser; et on ne sait pas avant la fin si une personne en parvient à sauver son âme.
Il est extrêmement important que nous ne regardions pas saint Patrick du point de vue de la gloire aux yeux des hommes, mais pour ce que lui est : à savoir, sa valeur spirituelle. C'est absolument sans importance que de nos jours tout le monde porte du vert en ce jour. Quand j'étais à l'école, vous aviez à faire quelque chose à quiconque ne portait pas de vert – l'attacher ou quelque chose du genre. De toute évidence, ceux qui faisaient ça n'avaient pas idée de ce que saint Patrick signifie, ou de quelle sorte de saint Orthodoxe il était; c'était juste que l'opinion générale dans la société, c'était qu'il était quelqu'un de très important. Progressivement, il est privé de toute signification religieuse, et à la fin, honorer sa mémoire devient quelque chose relevant de la superstition, une sorte de rituel totalement vide de sens. Bien entendu, ce n'est pas pour ça que nous devrions considérer saint Patrick. Il était un brûlant apôtre du Christ, et parce qu'il était si proche de Dieu, et parce que Dieu l'avait choisit, il fut capable de convertir tout le peuple d'Irlande.
Tous, nous sommes fort inspirés par des vies comme la sienne, et cela donne envie de soi-même faire quelque chose. Mais que peut-on faire? Le converti inexpérimenté a une idée : "Oh! Je vais aller en Irlande et faire quelque chose." Bien entendu, ça ne marchera pas. Il ne sera pas comme saint Patrick parce cela n'a pu exister qu'une seule fois. Il est possible d'un petit peu l'imiter, mais en général une telle imitation littérale ne marchera pas. Nous devrions regarder vers des vies comme celle de saint Patrick pour trouver de l'inspiration ou des conseils sur ce que nous pourrions faire nous-mêmes dans nos conditions de vie.
Qu'est-ce qui est réaliste? Que pouvons-nous faire pour être brûlants de ce même apostolat dans les conditions dans lesquelles nous vivons aujourd'hui? Nous regardons à l'entour et nous voyons qu'il ne semble pas y avoir beaucoup de ces phénomènes inspirants de l'ère de saint Patrick: des pays entiers étant convertis, de grands renouveaux monastiques, de grands élans vers l'Orthodoxie. Au contraire, nous regardons à l'entour et nous voyons des choses qui pourraient très facilement nous décourager. L'on se demande pourquoi il n'y a plus de grands Apôtres comme saint Patrick de nos jours. Bien sûr, historiquement, c'est très réaliste. Il y a eu un âge des Apôtres, il y a eu un âge où des peuples entiers étaient non-convertis et des Apôtres leur furent envoyés. De nos jours, c'est virtuellement la terre entière qui a entendu parler du Christ, et il y a bien peu de peuples totalement païens à qui l'on ne prêche l'Évangile. En Afrique, comme nous continuons à l'entendre, l'Évangile orthodoxe est prêché à ces sauvages tribus, d'un pays à l'autre, dans l'Est et le Centre de l'Afrique. Mais dans la plupart des endroits, les peuples du monde sont devenus plutôt des peuples blasés, fatigués, lassés, qui ont autrefois entendu parler du Christianisme, et que ça ennuie à présent. Il est très difficile d'inspirer quelqu'un avec ça. Ici et là, il y a bien quelques convertis qui trouvent que le Christianisme est quelque chose de rafraîchissant, que ce n'est pas la même chose que l'idée ordinaire qu'on s'en fait. Néanmoins, du point de vue de l'Orthodoxie, il n'y a pas grand chose de très inspirant quand vous regardez le monde à l'entour.
2. LES CONDITIONS DE LA VIE MODERNE
Il y a bien entendu des raisons précises à cela. Les conditions du monde actuel sont plutôt différentes de ce qu'elles ont été dans le passé. Le phénomène entier de l'apostasie, de l'éloignement par rapport à la vérité, signifie que les gens ne savent pas comment accepter l'Évangile de manière neuve. Ils en ont déjà entendu parler et ont été inoculés contre lui. Dès lors, très peu d'entre eux viennent, quand ils entendent le message de l'Orthodoxie.
Il y a autre chose dans l'air de nos jours, qui est différent des temps plus anciens, c'est cette atmosphère "mickey mouse." C'est le manque de sérieux que l'on voit régner, jusque dans toutes les coutumes au quotidien. Par exemple, quand les gens se quittent, ils disent "t'en fais pas" – comme pour dire "à l'aise, t'en fais pas, il n'y a rien d'important dans tout ça. Accepte, quoi qu'il advienne." Nous avions l'habitude de dire des choses comme : "que Dieu soit avec toi." Même "adieu" vient du mot "Dieu."
Les jeunes d'aujourd'hui sont très absorbés par le monde de fantaisie de la télévision. Le lieu de "mickey mouse" est même appelé disneyland, disney world. Toute notre apparence spirituelle et sobre en est affectée – même les points de vue religieux. Il y a un fondamentaliste Protestant très sincère en Floride qui a une grande propriété près de Disney World, et qui va y fabriquer une réplique du Temple de Jérusalem, afin d'y attirer les gens qui vont à Disney World, pour qu'ils viennent y voir quelque chose de spirituel, au même niveau. Ils diront des "ah!" et des "oooh!" - ça sera la même chose que tous les châteaux féériques qu'ils virent à Disney World. Toute cette atmosphère – cette atmosphère irréelle, de type cinématographique, elle est très présente, non seulement autour de nous, mais dans maisons mêmes. Elle affecte tout le sérieux de la vie, la manière dont les enfants sont élevés – quoique de toute évidence, les enfants ne soient plus du tout élevés. L'idée même de les élever, des les éduquer selon un certain moule, elle a disparu à présent. Ils s'élèvent eux-mêmes, se mettent à suivre n'importe quelle influence à l'entour, et le résultat est tout sauf sérieux. C'est la raison principale pour laquelle, lorsque les jeunes deviennent indépendants, tant d'entre eux deviennent dingues et sont impliqués dans diverses religions sauvages et drogues, pourquoi ils se livrent au crime et à toutes sortes de folies. Dans leur enfance, ils n'ont jamais eu de contact terre-à-terre, que ce soit avec la vie spirituelle, ou simplement avec le sérieux que représente vivre l'aujourd'hui et le lendemain. C'est une des raisons principales qui rend notre époque si différente et si difficile pour les efforts spirituels.
Une autre chose, ce sont toutes les facilités modernes qui nous entourent et qui, sans aucun doute, dépersonnalisent et font que les gens se sentent moins concernés les uns avec les autres, et plus concernés avec les biens matériels, les gadgets. L'idée même du téléphone signifie que vous pouvez avoir instantanément contact avec quelqu'un pour le simple principe de l'appel – rien de personnel avec ça. Si vous avez à parcourir une grande distance pour le rejoindre, vous aurez votre âme dans un autre état d'esprit que si vous n'avez qu'à composer un numéro. Tout cela rend notre époque différente et très inconfortable pour toute sorte d'activité spirituelle telle que l'apostolat, l'activité missionnaire, mener simplement une vie spirituelle ordinaire, une vie monastique, et le restant.
Il y a aussi quelque chose dans l'air auquel nous, Chrétiens Orthodoxes, devons être soucieux, et c'est le poids de la tradition. Si nous acceptons tout ce que l'Église nous transmet simplement comme étant quelque chose de déjà accomplit, quelque chose qui nous est donné sans effort, comme si c'était déjà là et que nous pouvions le tenir pour acquis – cela, déjà, nous endormirait spirituellement, parce que tout ce qui est élevé, il faut le conquérir de haute lutte, il faut se battre pour l'avoir. C'est une raison pour laquelle les facilités modernes ne font que dépersonnaliser. Tout l'effort pour rendre tout plus pratique enlève l'élément de la lutte, qui est l'étoffe, la fibre de la vie.
Avec toutes ces choses en vue, l'entièreté de la vie moderne devient extrêmement oppressante. Depuis un bon bout de temps déjà, depuis l'époque de William Butler Yeats, il y a quelque 75 ans, tout a été accomplit et fait dans l'époque moderne, toutes les graines ont été semées. Le 20ème siècle n'a presque rien à se rajouter. Il n'a fait que rendre effectif ce qui avait déjà été semé au cours des 18ème et 19ème siècles. Le résultat est qu'il n'y a plus rien eu à faire. Tout est accomplit, c'est sans espoir. Comme le sensible poète Irlandais William Butler Yeats l'exprime dans son poème "La Seconde Venue" :
Tournant, tournant dans le cercle toujours s'élargissant, Le faucon ne peut plus entendre le fauconnier; Tout se disloque; le centre ne peut tenir. L’anarchie se déchaîne sur le monde Comme une mer noircie de sang : et partout On noie les élans de l’innocence. Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires Se gonflent de l’ardeur des passions mauvaises.
Assurément, quelque révélation va survenir. Assurément, la Seconde Venue, c’est pour bientôt. La Seconde Venue! A peine ces mots prononcés, Qu'une immense image du Spiritus Mundi Trouble ma vue : quelque part dans les sables du désert, Une forme avec corps de lion et tête d’homme Et le regard blanc vif et impitoyable comme le soleil Se meut, glissant les pattes, tandis qu’autour Tournoient les ombres d’une colère d’oiseaux… La ténèbre, à nouveau; mais je sais, maintenant, Que vingt siècles d’un sommeil de pierre, Furent fâchés par un bruit de berceau, cauchemardant, Et quelle bête sauvage, son heure enfin venue, Traine la patte vers Bethléem, afin d'y naître?
C'est une sorte de vision factuelle de la vie : les pires gens sont simplement immergés dans les mauvais actes, et les meilleurs deviennent désespérés, car il n'y a plus de spiritualité, il n'y a plus rien qui vaille la peine, tout a été enlevé, le matérialisme est triomphant, il n'y a plus d'espérance pour le monde, et "la bête sauvage traine la patte vers Bethléem, afin d'y naître" – la vision de l'Antichrist. Le monde s'effondre désespérément et il n'y a nul espoir d'en sortir.
3. LA VIE SPIRITUELLE INTEMPORELLE
Tout cela, ce sont les côtés négatifs que nous voyons nous entourer aujourd'hui, et c'est une partie très réelle de l'atmosphère que nous respirons chaque jour. D'un autre côté, nous avons la révélation Chrétienne Orthodoxe; c'est-à-dire la révélation de Dieu à Son Église. Elle nous a été transmise tout au long de ces 2.000 ans, très riche, avec nombre de témoignages des Écritures et des saints Pères, nous donnant une perspective spirituelle définie, une loi de vie spirituelle définie. La vie spirituelle et son but ne changent pas d'une époque à l'autre. En fait, nous savons que depuis les tous débuts, depuis le temps où l'Évangile fut prêché pour la première fois jusqu'à nos jours, des citoyens d'un royaume sont rassemblés hors du monde, allant vers le Royaume céleste. Tous ces citoyens parleront la même langue, et chacun connaîtra chacun, parce qu'il auront mené chacun la même vie Orthodoxe, le même combat spirituel, selon les lois de la vie spirituelle.
Les saints Pères ont parlé des derniers temps comme des temps de grande faiblesse, au cours desquels il n'y aurait plus ces grands signes qui furent accomplis aux temps anciens des Apôtres et dans le désert par les premiers moines, lorsque des milliers de miracles furent accomplis, que les grands Pères relevaient des gens d'entre les morts, que nombre d'événements surnaturels avaient lieu; et ces mêmes saints Pères ont dit que cet éblouissant âge des miracles finirait par s'évanouir, et qu'à la fin, il n'y aurait presque plus rien de semblable. En fait, ceux qui se sauveraient eux-mêmes sembleraient totalement impossible à distinguer de n'importe qui d'autre, sauf qu'ils auraient quelque part gardé vivante la lutte contre toutes ces tentations. Rien qu'avoir préservé intacte l'étincelle de la vraie Foi Chrétienne, sans avoir accomplit de miracles, sans avoir rien fait d'autre que des choses ordinaires, s'ils persévèrent jusqu'au bout, cela les rendrait déjà aussi grands voire même plus que ces grands Pères qui accomplirent des miracles.
Dès lors, à notre époque, il semble que l'activité apparente est grandement limitée pour les Chrétiens Orthodoxes en comparaison avec les temps passés. Tel semble bien être le cas. Cependant, l'activité spirituelle intérieure doit être aussi juste que possible pour ceux qui veulent lutter. Et, en fait, nous regardons autour de nous, et nous voyons quelques exemples plutôt spectaculaires à notre époque : saint Jean de Cronstadt, qui accomplit des milliers de miracles, probablement plus que quiconque dans l'histoire de l'Église; saint Nectaire en Grèce, une personne très humble, en complète disgrâce comme évêque, mais particulièrement thaumaturge après sa mort; et notre propre archevêque Jean [saint Jean Maximovitch, glorifié en 1994], qui vécut et parcouru notre propre sol, et passa à moins de 25km d'ici à plusieurs reprises, bénissant sans aucun doute toute cette région, en particulier avec l'icône Kursk de la Mère de Dieu. Et il est ainsi évident, en regardant vers ces gens-là et réalisant à quel point ce sont des géants spirituels, qu'il est possible de faire quelque chose, même en notre époque mauvaise.
4. CONSCIENCE
Cela nous amène à quelque considérations pratiques concernant les qualités requises pour être spirituellement créatif et porter fruit. Il y a quelques points importants qui viennent à l'esprit. D'abord, c'est que nous devons voir les choses telles qu'elles sont; à savoir ne pas s'avancer aveuglément, agir aveuglément sans savoir ce qui se passe dans le monde. Nous devons être conscients qu'il y a cette apostasie, qu'il y a nombre de différentes sortes de gens qui s'appellent eux-mêmes chrétiens, qu'ils agissent de manières différentes, et certains d'entre eux sont sans aucun doute en conflit les uns avec les autres et contre nous, et il n'est pas possible qu'ils aient tous raisons et sont sur la bonne voie. Historiquement, nous voyons combien de sortes de différentes erreurs, de vues erronées, de sortes d'actions erronées ont été mêlées avec la foi chrétienne. Nous voyons le terrifiant mouvement révolutionnaire moderne; à savoir le mouvement qui est totalement éloigné de la religion, qui a pour but d'aller vers un grand empire mondial d'athéisme, dont nous voyons la préfiguration dans le communisme. Ce n'est pas seulement parmi les incroyants ou ceux qui ne croient pas selon la manière Orthodoxe, mais même parmi les Orthodoxes. Nous regardons à l'entour et nous voyons nombre d'Orthodoxes qui sont simplement, totalement mondains, et ne pensent même pas aux aspects élevés de leur Foi. Ils la prennent pour acquise. "Tout est automatique. Ca a été transmis. Il y a toujours un prêtre quelque part. Et s'il n'est pas dans cette ville-ci, il l'est dans la ville d'à côté. Il a les sacrements et la sainte Communion. On va comme ça chez lui, on va y chercher ce dont on a besoin, et c'est tout.. On rentre chez soi et on est satisfait..."
En lisant et acquérant un recul historique, nous voyons que dans le temps, cela n'était pas considéré comme suffisant, même par des laïcs ordinaires. Ils s'efforçaient sans cesse de faire des choses hors de l'ordinaire. Ils se levaient très tôt le matin. Chaque village avait ses Offices quotidiens. A 4 ou 5 heures du matin, les Matines commençaient. Les gens se réveillaient et allaient à l'église chaque matin, et à nouveau le soir pour les Vêpres. Nous prenons beaucoup, beaucoup de vies de saints, et nous y lisons qu'ils entendaient la cloche sonner, quand ils étaient enfants. Si l'enfant était très zélé pour Dieu, c'est lui qui aurait été le premier à se lever au matin, puis à aller lever ses parents, afin qu'ils soient prêts pour aller à l'église. Si le père ne savait y aller parce qu'il devait travailler aux champs, l'enfant réveillait sa mère et ils allaient ensemble à l'église. Parfois, il y allait de lui-même. C'était une ambiance empreinte de vie en église. Et à présent, nous voyons le matérialisme à la place. Très rarement, nous arrivons à trouver un endroit où les Offices quotidiens sont encore célébré, dans ce monde. Les gens ont grandit sans être habitués à l'idée qu'il est censé y avoir tous les jours célébration à l'église, tous les jours des Offices.
C'est donc une des très nombreuses choses que nous voyons devant nous : cette attitude mondaine de gens qui sont eux-mêmes dans l'Église. Nous devons regarder ça avec réalisme, et voir les choses telles qu'elles sont : apostasie, erreur, mal, activité démoniaque, et matérialisme, tel que cela n'a jamais existé auparavant dans l'histoire du monde. Ces choses sont anti-spirituelles, anti-Orthodoxes. Elles font chuter; et si quiconque suit ces chemins, ils ne mènent personne au Salut.
Dès lors, après avoir accomplit cela – c'est-à-dire avoir regardé les choses telles qu'elles sont et être réaliste à leur égard – il faut apprendre à se battre sur les bons champs de bataille. Toute la vie spirituelle est une lutte. On doit apprendre où il faut se battre, ce qu'il faut faire. C'est extrêmement important, car il est très facile dans l'étape du débutant de s'égarer totalement, en prenant et lisant un livre qui parle de spiritualité, hésychasme, etc.
5. SPIRITUALITÉ DE L'IMITATION
Le saint évêque Théophane le Reclus (+ 1894), lorsqu'il citait quelque saint Père, omettait délibérément nombre des passages qui parlaient des aspects physiques de la prière. Il fit cela en sachant que – même à son époque, le 19ème siècle – nombre de gens prendraient ces aspects physiques comme une fin et commenceraient à imiter sans parvenir à l'essence de la prière. Dès lors, il laissait ces parties des écrits hors de ses oeuvres. Mais à présent, nombre d'entre eux sont publiés dans nos langues, et vous pouvez lire comment vous êtes supposé vous asseoir sur une chaise avec la tête penchée vers le bas, etc. Les gens commencent à imiter; ils commencent à penser : "ça y est, j'y suis!" - et c'est un fait que si vous jeûnez pendant une longue période et faites certaines sortes d'exercices, vous commencerez à avoir toutes sortes de choses vous arriver. Mais ce n'est pas la vie spirituelle. Au contraire, c'est presque garanti qu'il s'agit de l'activité des démons. La vie spirituelle est une chose bien plus sérieuse, bien plus terre-à-terre, et dès lors ce n'est pas là que vous êtes supposés avant tout la trouver.
Habituellement, on sait repérer des gens qui ne sont pas sérieux et qui imitent. Nous avons même une histoire à ce sujet, qui vient des débuts de notre communauté... A San Francisco, il y en avait un qui s'était enflammé à propos de la Prière de Jésus. Il commença à ajouter prière sur prière, et pour finir, il arriva au matin avec 5.000 prières. Là, en plein milieu du monde, au milieu de la ville, au matin, avant de faire quoi que ce soit d'autre, avant de manger, il était capable de dire 5.000 fois la Prière de Jésus sur le balcon, et il se sentait admirablement revigoré et inspiré. Il advint un matin que quelqu'un vint travailler sous le balcon, s'y occupant pendant que la personne était là à dire son dernier millier de prières, et il advint que cette personne s'énerva tant de cette perturbation qu'il finit par jeter des assiettes à celui qui travaillait! Comment pouvez-vous faire face à quelqu'un qui s'occupe lui-même de vie spirituelle, avec la Prière de Jésus, quand soudain, alors qu'il est occupé à la réciter, il est capable de se mettre à balancer des assiettes?
Ca signifie qu'à l'intérieur de lui, les passions étaient libres, parce qu'il avait quelque fausse idée ou opinion sur sa capacité de discernement sur ce qui était spirituellement bon pour lui. Il agit selon sa propre opinion, mais sans discrétion, pas selon la connaissance; et lorsque l'opportunité se présenta, les passions s'exprimèrent. Dans ce cas, il est plus profitable de ne pas ces 5.000 Prières de Jésus, mais de faire quelque chose d'autre qui soit spirituel.
Dès lors, ce n'est pas là que nous devrions livrer le combat. Nous devrions livrer le combat au niveau de l'état de conscience, en étant conscient que nous sommes entourés de forces matérialistes. Nous devons les combattre en gardant nos esprits constamment élevés plutôt qu'abattus; c'est-à-dire en ayant les choses célestes à l'esprit (j'expliquerai brièvement ce que cela implique). Pour tous les aspects pratiques, à notre époque, cela signifie que nous aurons à être un peu fous; c'est-à-dire que nous ne serons pas en phase avec ce que les paroissiens ordinaires font. Nous serons un peu considérés, au moins un petit peu, comme hors de l'ordinaire, ou même fous. C'est une chose absolument essentielle. J'y reviendrai.
6. REGARDER VERS LÀ HAUT
Les Saintes Écritures, les écrits des saints Pères, les exemples des vies des Saints, les Offices de l'Église – toutes ces choses n'ont rien à voir avec le matérialisme dans notre vie quotidienne, mais avec notre guidance pour nous amener au Ciel. En regardant ces choses, nous sommes amenés à avoir du zèle; c'est-à-dire à voir qu'il y a quelque chose au dessus de cette routine matérialiste, qui est très lassante, décourageante, et qui ne mène nulle part. Mais toutes ces choses plus élevées – ces Offices, ces récits de gens qui sont revenus de la mort, ces vies de saints, écrits des saints Pères, saintes Écritures, les interprétations des passages de l'Écriture par les saints Pères, qui sont parfois très profonds – toutes ces choses nous rendent toujours très zélés, si nous avons une étincelle d'amour pour Dieu en nous. Nous voulons nous-mêmes vivre dans un tel état, et aller au Ciel. Mais ce zèle, en lui-même, doit être d'une autre sorte que celui qui jaillit soudain et finit par s'effacer. Il doit être de la sorte qui durera. Cela signifie un zèle qui doit être tempéré par quelque chose de plus profond, et ce quelque chose de plus profond, c'est ce que saint Seraphim de Sarov appelle la détermination; c'est-à-dire un zèle qui est constant et qui continue – une sorte de point constant pour votre vie toute entière. Il vous amène à toujours aller de l'avant, même quand vous êtes découragés, car vous voyez qu'il y a quelque chose d'autre au-dessus, après lequel vous aspirez, et qui ne dépend pas de vos humeurs ou de vos opinions. C'est quelque chose qui doit être votre possession constante. C'est votre détermination d'aller au Ciel. Et cette détermination, ou plutôt ce zèle qui devient détermination, elle doit être constante, de sorte qu'elle n'aura pas des hauts et des bas au risque de s'épuiser.
En tout ce qui survient, nous devons regarder vers le côté le plus haut, à savoir le côté spirituel; parce que si nous regardons parfois vers le plus haut, et parfois vers le plus bas, nous aurons des hauts et des bas. Et le côté le plus bas est si puissant, à l'oeuvre même à travers ce que nous avons vu dans la vie de saint Patrick, à l'âge d'or du Christianisme: même à travers des évêques, à travers ceux qui sont supposés être ceux-là même qui guident le troupeau vers le Ciel. Ils peuvent bien se révéler faisant le contraire, parce qu'ils sont aussi humains. Ils peuvent être vraiment découragés, gardant le peuple éloigné de ce but, à notre époque, bien sûr, c'est pire encore.
Dès lors, si nous sommes parfois à regarder vers le haut et parfois vers le bas, si nous allons un pas en avant, un pas en arrière, et un pas en avant, et deux pas en arrière, nous ne parviendrons tout simplement pas à la porte du Ciel. En tout temps, là où nous nous trouvons, nous devons être d'une manière ou d'une autre à contempler la réalité spirituelle. J'ai une intéressante citation d'abba Dorothée de Gaza, que nous avons récemment lue à l'église, et qui donne un petit conseil à cet égard. Il dit : "Il est bon, ô frères, comme je vous le dit tout le temps, de placer en tout acte votre espoir en Dieu, et de se dire que rien n'advient sans la volonté de Dieu. Bien entendu, Dieu savait que cela était bon et utile et profitable, et dès lors, Il l'a fait, quand bien même cela a aussi eu quelque cause externe. Par exemple, je pourrais dire que vu que j'ai mangé avec les pèlerins et me suis forcé un peu afin de jouer l'hôte convivial avec eux (c-à-d qu'il a trop mangé), dès lors mon estomac fut surchargé, et j'en ai subit un engourdissement dans mes pieds, et de cela, je suis tombé malade. Je pourrais aussi citer diverses autres raisons pour celui qui en cherche. Pour celui qui en veut, il n'en manque jamais. Mais la manière la plus sûre et profitable, c'est de dire : en vérité, Dieu savait que cela serait plus profitable pour mon âme, et dès lors, c'est advenu ainsi. Car en tout ce que Dieu crée, il n'y a rien qui puisse être dit qu'il ne soit pas bon. Car au commencement, Il créa tout, et voyez, tout fut très bon. Et dès lors, c'est ainsi que nul ne devrait se lamenter sur ce qui se passe, mais en tout il devrait placer son espoir en la Providence de Dieu, et être en paix." *
7. TROUVER LES VRAIES CAUSES
Il y a un très intéressant livre datant de la période d'abba Dorothée (6ème siècle), écrit par saint Grégoire de Tours, c'est l'Histoire des Francs, qui rapporte toute la vie à la court à l'époque et la vie religieuse. On y trouve vraiment beaucoup d'intéressantes vies de saints, de même que les vies des rois. Les rois de de cette époque offraient un spectacle particulièrement peu édifiant. Ils s'empoisonnaient sans cesse les uns les autres. Les femmes étaient pires encore.. Il y avait cette Brunehilde et sa soeur Frédégonde. Elles tentaient de faire accéder leurs fils et petit-fils sur le trône, et que n'ont-elles pas fait pour y parvenir! Faisant traîner des gens par des chevaux et les tuant, et mentant, et trichant, et d'autres tas de choses folles – vraiment peu inspirant. Mais cet évêque, saint Grégoire, était là, et il écrivait l'histoire de ce peuple, écrivant de telle manière que cela en devienne très inspirant. Il y a une signification derrière chaque chose. Saint Grégoire est sans cesse à l'affut de comètes, tremblements de terre, etc. Quand un roi fait quelque chose de mal, on voit un tremblement de terre dans le coin, ou s'il part et tue une personne ou tout un village injustement, survient une famine: et saint Grégoire voit toujours Dieu qui veille. Il y a toujours quelque chose de spirituel lorsqu'un événement se produit – on voit une comète, le roi meurt, etc. Il y a toujours une relation entre ce qui se passe dans le monde et l'état moral du peuple. Même quand l'état moral est très mauvais, tous les incessants tremblements de terre et famines et tout le restant, cela nous rappelle que c'est la mauvaise manière de se comporter, et cela inspire le peuple à changer de comportement. De nos jours, les historiens disent que c'est une manière terriblement démodée que de regarder les choses ainsi, que c'est très "vieillot" et naïf" et simpliste, et que bien entendu plus personne ne saurait penser ainsi de nos jours. Ils trouvent que c'est mièvre de regarder après ça après tous ces siècles et de voir comment les gens d'alors pensaient. "Mais bien entendu," disent-ils, "nous les historiens sérieux, nous cherchons les véritables causes." Par véritables causes, ils entendent ce qu'une personne a mangé et ce que ça a causé à ses pieds et ainsi de suite. Cependant, le point de vue Chrétien est que tout ça, ce ne sont pas les véritables causes, mais les causes secondaires. La véritable cause, c'est l'âme et Dieu: tout ce que Dieu fait et tout ce que l'âme fait. Ces 2 choses réalisent toute l'histoire, et tous les événements externes – quel traité fut signé, ou les raisons économiques du mécontentement des masses, etc – sont totalement secondaires. En fait, si vous regardez l'histoire moderne, tout le mouvement révolutionnaire, il est évident que ce ne sont pas les questions économiques qui sont le facteur dirigeant, mais les diverses idées qui pénètrent l'âme des gens pour chercher à bâtir un paradis sur terre. Une fois que l'idée s'y est installée, alors des choses incroyables sont accomplies, parce que c'est une chose spirituelle. Quand bien même elle vient du diable, elle se situe au niveau spirituel, et c'est là que l'histoire réelle est accomplie; toutes les choses externes n'ont aucune signification.
C'est pourquoi saint Grégoire regarde en fait l'histoire de la manière correcte, parce qu'il voit qu'il y a une première cause, qui est ce que Dieu fait dans l'histoire et comment l'âme y réagit, et que la cause secondaire, ce sont des événements ordinaires. Dès lors, à chaque fois qu'il voit un grand événement tel qu'une comète ou une éclipse, il tente d'y donner un sens. A un endroit, nous rapportant un étrange signe qui avait été vu dans le ciel des Gaules, il dit en toute simplicité : "je n'ai pas la moindre idée sur tout ce que cela signifie" **. Bien sûr, d'un point de vue scientifique, nous savons qu'on sait prédire ces choses, qu'elles sont causées par l'ombre de la lune, etc; mais du point de vue de saint Grégoire, pourquoi Dieu choisit donc de nous effrayer de la sorte? Quelle est la signification morale de cela? Il cherchait toujours vers là haut, jamais vers ici bas.
8. GAIETÉ CONSTANTE
Notre conception moderne est de regarder ici bas pour trouver les causes, les causes secondaires. Toute la conception Chrétienne est de regarder là haut, et c'est pourquoi des gens tels que saint Grégoire, comme nous pouvons le voir en lisant leurs oeuvres et leurs vies, sont toujours gais. Cela ne veut pas dire qu'ils sont excessivement joyeux, mais plutôt qu'ils sont dans un état de profonde joie, parce qu'ils regardent toujours vers là haut et gardent à l'esprit, avec détermination et constance, qu'il faut parvenir en un endroit précis, qui est le Ciel, et dès lors ils voient les détails dans le monde sous cette lumière. Si ce qu'ils voient a rapport au mal, avec les filets des démons, avec le matérialisme, l'ennui, le découragement, ou de simples détails ordinaires de vie, tout ça est secondaire et ne se voit jamais autorisé à prendre la première place. En fait, les saints Pères nous disent que nous sommes censés voir en tout quelque chose pour notre Salut. Si vous parvenez à faire cela, vous pouvez être sauvés.
D'une manière terre-à-terre, vous pouvez regarder cela comme une presse à imprimer qui ne fonctionne pas. Vous êtes à côté et vous êtes content, regardant les belles pages bien propres qui en sortent imprimées, qui vous apportent une très agréable sensation de satisfaction, et vous rêvez d'une activité missionnaire, d'aller distribuer d'autres copies dans un tas de pays différents. Mais tout d'un coup elle commence à vous causer des soucis, elle sort ses pages en pagaille. Les pages commencent à coller les unes aux autres, à se déchirer en prime. Vous constatez que toutes ces copies supplémentaires que vous avez tirées sont perdues, se détruisant les unes les autres, et à la fin vous êtes si énervé que tout ce que vous parvenez à faire, c'est de vous tenir planté là et commencez à dire la Prière de Jésus tout en tenant de ramener les choses en ordre. Bien que cela n'apporte pas de sentiment de satisfaction (comme le faisait la vision des belles copies sortant automatiquement), spirituellement, cela apporte probablement beaucoup plus, car cela vous rend nerveux et vous offre la chance de lutter. Mais si au lieu de ça, vous vous découragez au point d'en démolir la machine, alors vous avez perdu le combat. La bataille, ce n'est pas combien de copies sont produites à l'heure: la bataille, c'est ce que fait votre âme. Si votre âme sait se sauver et produire des paroles qui peuvent en sauver d'autres, c'est très bien; mais si vous produisez des paroles qui peuvent sauver d'autres personnes et êtes tout le temps occupé à détruire votre propre âme, ce n'est pas si bon.
9. INJECTIONS SPIRITUELLES QUOTIDIENNES
A nouveau, en tout, il faut regarder là haut, et non vers ici bas, vers le Royaume des Cieux, et non pas en bas vers les détails de la vie terrestre. C'est-à-dire que les détails de la vie terrestre doivent être au second plan, et cette contemplation des choses célestes doit être faite avec zèle, détermination et constance. La constance est quelque chose qui se travaille par un régime spirituel basé sur la sagesse reçue des saints Pères – non pas par une simple obéissance à la tradition pour l'amour de la tradition, mais plutôt une consciente assimilation de ce que les sages en Dieu ont vu et écrit. Pour l'aspect extérieur, cette constance se travaille par une petite prière, et nous avons cette petite prière basique dans les Offices de l'Église qui nous ont été transmis. Bien entendu, en différents lieux, ils sont accomplis selon la force de chacun, plus ou moins.
La constance implique aussi la lecture régulière de textes spirituels, par exemple lors du repas, parce que nous devons être constamment sous perfusion de ce qui va contre le matérialisme. Cela signifie nous nourrir constamment nous-mêmes avec ces textes, que ce soit dans les Offices ou les lectures, afin de combattre contre l'autre côté, contre le matérialisme qui nous ronge constamment. Si nous arrêtons ne fut-ce qu'un jour cette injection, il est évident que le matérialisme commencera à reprendre le dessus. Lorsque nous laissons un jour passer sans cela, le matérialisme nous envahit – pour deux jours, c'est pire encore. Nous découvrons que bien vite nous pensons de plus en plus selon la manière mondaine, au plus nous nous exposons nous-mêmes à cette manière de penser et au moins nous nous exposons nous-mêmes à la pensée non-matérialiste.
Ces injections – des injections quotidiennes de nourriture céleste – sont le côté extérieur, et le côté intérieur, c'est ce qui est appelé la vie spirituelle. La vie spirituelle ne signifie pas être dans la nuages et réciter la Prière de Jésus ou se passer à travers différents états. Cela signifie découvrir les lois de cette vie spirituelle telles qu'elles s'appliquent à chacun dans son état personnel, dans sa situation propre. Cela vient avec les années d'attentive lecture des saints Pères avec un carnet de note à la main, notant les passages qui semblent les plus marquants pour nous, les étudiant, cherchant à voir comment ils s'appliquent à nous, et, si besoin, révisant des points de vue les concernant que nous avons eu dans le passé, quand nous les avons un peu approfondis, découvrant ce qu'un Père a dit à cet égard, ce qu'un autre Père à dit à ce même sujet, et ainsi de suite. Il n'existe nulle encyclopédie qui vous donnera tout cela. Vous ne savez pas décider tout ce que vous voulez trouver à propos d'un sujet donné et commencer à lire les saints Pères. Il y a bien quelques index dans les écrits des Pères, mais vous ne savez tout simplement pas aborder la vie spirituelle de la sorte. Vous devez y aller pas à pas, prendre l'enseignement tel que vous êtes capables de l'assimiler, revenir à ces mêmes textes des années plus tard, les réassimiler, en découvrir plus, et graduellement, découvrir comment ces lois spirituelles s'appliquent à vous. Lorsque quelqu'un fait cela, il découvre qu'à chaque fois qu'il lit le même saint père, il découvre de nouvelles choses. Il l'approfondit sans cesse.
10. ZÈLE PERSÉVÉRANT
Si quelqu'un garde tout cela à l'esprit, ayant la possibilité de la constante nourriture spirituelle, alors il doit se dire que ce n'est pas vrai que la situation de toute l'Église est désespérée aujourd'hui, et qu'on ne sait rien faire. En fait, les activités possibles pour aujourd'hui sont plutôt surprenantes et inattendues. Ce qui pourrait en sortir, nous n'en savons rien, mais il y a toutes sortes de possibilités. Nous devrions toujours apprendre à attendre l'inattendu, être préparés pour quelque chose qui pourrait bien ne pas avoir été pareil il n'y a pas si longtemps, mais qui est encore dans les possibilités du véritable Christianisme. Cela ne sait être accomplit qu'en regardant vers le Ciel et pas vers ici bas. Nous avons juste en face de nous un exemple de quelqu'un qui fut constamment ainsi, et c'est notre archevêque Jean. Il est évident qu'il fut constamment dans un monde différent. Je me souviens que lui-même, un jour, donna un sermon sur la vie spirituelle, la vie mystique, dans lequel il dit : "nous n'avons rien de semblable à quelques uns de ces saints postérieurs de l'église latine, qui planaient en quelque sorte dans les nuages – une sorte de royaume de douceur et de lumière et de nuages roses – ça c'est la "prelest" [illusion spirituelle]. Toute notre sainteté se passe avec les pieds bien au sol, et tout en étant de la terre, ayant constamment l'esprit élevé vers le haut." Il est évident que l'archevêque Jean était lui-même comme ça. Il lui arrivait de venir de temps à autres à notre magasin à côté de la cathédrale (à San Francisco), et avait toujours quelque chose de neuf et d'inspirant à dire. Arrivant par exemple avec une petite farde, il l'ouvrait et disait "regardez! Voici une image de saint Alban et voici sa Vie." Il l'avait trouvé quelque part. Il collectionnait ce genre de choses : les vies des saints Roumains et toutes sortes de divers choses qui étaient très inspirantes et qui n'avaient rien à voir avec avec les affaires quotidiennes ou l'administration du diocèse. En fait, certains disaient qu'il était un mauvais administrateur, mais je n'en sais rien. J'en doute, parce que je sais qu'à chaque fois que quelqu'un lui écrivait une lettre, cette personne recevait toujours une réponse dans la langue qu'il avait employée, et endéans un très bref délai; par conséquent, pour ce genre d'affaires, il était très très soigneux. Mais la première chose pour laquelle il s'appliquait, c'était d'être constamment dans l'autre monde, constamment inspiré et vivant constamment de cela. Le comportement opposé, c'est de faire même de l'Église une sorte de société d'affaires, de ne regarder que les aspects administratifs ou économiques, à savoir la partie basse, matérialiste. Si vous faites cela suffisamment longtemps, vous perdrez l'étincelle, vous perdrez le côté élevé. L'archevêque Jean nous donna l'exemple de constamment regarder vers là haut, de constamment penser aux choses célestes. A la fin, au plus profond vous vous y avancerez, au plus vous verrez qu'il n'y a pas d'alternative. Si vous êtes un Chrétien Orthodoxe, vous pouvez faire cela et avoir les gens qui vous taxent de fou ou disent que vous êtes un peu dérangé, ou quelque chose du genre; mais cependant vous avez votre propre vie – vous la menez et vous allez au Ciel. L'alternative, c'est d'être enlisé dans ce monde ennuyeux, qui est totalement dominé par les machines et les conforts et les opinions. Concernant ces dernières, vous seriez surpris de savoir à quel point les opinions sur ce qui est juste et faux, sur ce qui est la manière d'agir et ainsi de suite, n'ont en fait aucun contact avec la réalité. Il y a même une opinion qui court – je dirais qu'elle est universelle parmi les gens qui vont à l'église s'ils n'y ont jamais réfléchit – opinion qui dit que bien entendu, quand vous venez à l'église, vous devez vous y trouver bien au chaud, car il est impensable de penser à des Offices religieux et se préparer pour la Communion quand vous avez à penser à vos pieds froids. Les gens nous disent ça. "C'est un grand pas en arrière," disent-ils. "Vous ne savez pas y venir et avoir les pieds gelés et penser que quelque spiritualité pourrait en sortir." Il se fait que c'est une opinion, ce n'est pas du tout exact. Les saints Pères ont vécu tout au long des siècles dans diverses conditions; et bien qu'il ne s'agisse pas ici de planifier de s'auto-infliger une torture avec des pieds glacés – néanmoins, c'est quelque chose qui peut aider à rendre un peu plus modéré pour la vie spirituelle, peut-être en aidant à apprécier ce que l'on possède, et non pas à le considérer comme un dû, et qu'on va se retrouver là comme étant bien au chaud et à l'aise et tout et tout. A notre époque, si quelqu'un entreprend quoi que ce soit dans l'Église, et n'a pas en même temps l'esprit constamment fixé sur le Royaume céleste, il perdra la flamme du zèle, l'intérêt pour les choses spirituelles, et il deviendra matérialiste. Et matérialiste signifie mort, spirituellement mort.
11. L'ESPRIT DES PÈRES
De nos jours, il est très difficile de regarder vers le Ciel, à cause du poids, du poids mort du matérialisme qui pèse sur nous. Si quelqu'un s'y applique constamment, cependant, il pourra commencer à le faire. Même avec un petit peu de lutte, si c'est avec constante application, il commencera à se former un point de vue totalement différent, une manière d'envisager la vie totalement différente, une toute autre possibilité pour l'action. Toute espèce d'activité spirituelle qui doit sortir de notre monde aujourd'hui, toute sorte d'activité missionnaire Orthodoxe, d'apostolat, etc, doit être basée sur une telle vision des choses. Elle doit être basée sur la vision première de ce que Dieu veut, à savoir en premier lieu sur le côté élevé, d'abord sur ce que les saints Pères pensent, et seulement ensuite regarder vers le bas, vers les moyens pratiques qu'il faudra utiliser, les problèmes d'argent, et même vers des choses telles que les maladies, parce que tout cela est envoyé pour notre bien, et nous avons à trouver comment faire sortir le bien hors de tout ça. Si quelqu'un ne fait pas cela, c'est qu'il est accablé, en particulier de nos jours. Si quelqu'un est dans une place directrice, tel un prêtre dans une paroisse, et qu'il regarde en arrière et en premier lieu vers les gens, il verra que 99% d'entre eux vont l'entraîner vers le bas, parce qu'ils ont leurs problèmes et passions, les confessions vont lui peser, et ainsi de suite. Si ce côté devient trop important pour lui, cela va tout simplement l'écraser et il ne saura pas les guider vers le Ciel. Bien entendu, un pasteur ou tout autre sorte de guide spirituel doit d'abord se guider lui-même vers le Ciel, et puis ensuite les autres, en regardant d'abord vers l'autre monde. Nous n'avons pas à imagier que cet autre monde est, ou avoir des opinions à son sujet, parce que nous avons tout le trésor des écrits des saints Pères. Récemment, nous avons eu un bien grand parmi les Pères, l'évêque Ignace Brianchininov (+ 1867), qui fut un des plus tranchants pour parler de l'apostasie, et aussi un des plus grands pour parler des saints Pères. Nous devons entrer dans leur langage, dans leur manière d'envisager les choses, parce que c'est ça l'Orthodoxie. L'Orthodoxie, bien entendu, ne change pas d'un jour à l'autre, ou d'un siècle à l'autre. En regardant le monde protestant et catholique-romain, nous pouvons voir que certains écrits spirituels y deviennent dépassés. Parfois ils reviennent à la mode, parfois ils en sortent. Il est évident qu'ils sont liés aux choses matérielles, qui plaisent aux gens un temps durant, ou plutôt à l'esprit de ces temps. Il n'en est pas ainsi avec nos saints écrits Orthodoxes. Une fois que nous avons acquis toute la conception Chrétienne Orthodoxe – à savoir la conception Chrétienne, tout simplement – qui nous a été transmise depuis le Christ et les Apôtres jusqu'à notre époque, alors tout devient contemporain. Vous lisez les paroles de quelqu'un comme saint Macaire, qui vécut dans les déserts d'Égypte au 6ème siècle, et il vous parle à vous maintenant. Ses conditions de vie étaient un peu différentes, mais c'est à vous qu'il parle maintenant, dans la même langue; il va au même endroit, il utilise le même esprit, il a les mêmes tentations et mêmes échecs, et il n'y a rien de différent en lui. Il en est de même avec tous les autres Pères de l'époque jusqu'à notre siècle, tel que saint Jean de Cronstadt (+ 1908). Ils parlent tous le même langage, une sorte de langage, le langage de la vie spirituelle, que nous devons acquérir. Quand nous faisons cela, nous pouvons nous sauver; et comme dit saint Seraphim, "lorsque tu acquiers l'Esprit de Paix, le Saint Esprit, tu peux sauver des milliers autour de toi." Il ne nous revient pas de calculer si des milliers autour de nous seront sauvés. Ce qui est de notre ressort, c'est d'acquérir le Saint Esprit, et ce que fera Dieu appartient à Dieu.
Nous avons encore à nous attendre à notre époque à nombre de choses surprenantes, dès lors nous ne devrions pas être de l'opinion qu'il serait trop tard pour faire quoi que ce soit, que tout serait fichu, que tout le monde s'en moque, que le monde s'effondre... Tout cela ce n'est qu'opinion, et l'opinion est la première étape vers l'illusion spirituelle. Dès lors, nous devrions nous libérer de toutes ces opinions qui nous frappent, et regarder les choses avec un regard neuf, c-à-d selon la vie spirituelle. Le p. Nicolas Deputatov, qui est visiblement quelqu'un qui a beaucoup d'amour pour les saints Pères, a lu leurs écrits, a souligné ce qui marquait et en a fait des livres. Il dit : "quand je me retrouve avec un coup de cafard, très découragé et abattu, alors j'ouvre un de mes carnets de notes, et je commence à relire quelque chose qui m'avait inspiré. Il est presque garanti que lorsque je lis quelque chose qui autrefois m'avait inspiré, je me retrouverai à nouveau inspiré, parce que c'est ma propre âme qui avait été autrefois inspirée, et à présent je fois que c'est quelque chose qui m'a alors inspiré, et que cela peut me nourrit maintenant. C'est comme une sorte d'inspiration automatique, ouvrir quelque chose qui m'avait inspiré auparavant."
Dès lors, quand nous pensons à quelqu'un comme saint Patrick, nous attitude ne devrait pas être simplement : "Ahh oui, mais tout ça c'était il y a bien longtemps, c'était inspirant; mais à présent, à quoi ça peut bien servir?" Au contraire, dans l'activité de saint Patrick, nous devrions voir l'activité d'une personne contemporaine, d'une âme qui était brûlante de zèle et d'amour pour Dieu. Il est parti vers ce Pays dont nous sommes tous appelés à devenir citoyens, si seulement nous luttons pour y parvenir. Nous sommes tous de la même nationalité, la race Chrétienne. La vie de saint Patrick devrait être pour nous une chose contemporaine, quelque chose qui s'applique à nous, aujourd'hui. Quelle que soit l'inspiration que nous pourrons en tirer, c'est pour nous, maintenant. Et les fruits que cela portera dépendront de notre amour pour Dieu et des opportunités. L'inspiration est à nous, gratuitement.
Notes finales * Conseils d'Abba Dorotheos, ch. 12 (traduits de la version russe par le p. Seraphim Rose). ** Histoire des Francs, V, 23.
Beannachtaí na Féile Pádraig duit - joyeuse fête de Saint Patrick! Saint Patrick, évêque Celtique du 5ème siècle, Apôtre de l'Irlande, saint Orthodoxe Occidental, son rôle et héritage dans l'Église, et comment il vécut le Grand Carême de 439. Photos de pèlerinage à la montagne de saint Patrick et de la colonne de Westport, Irlande.
(statue en haut de la colonne)
source & (c) (icône en vente sur le site d'Aidan Hart)
http://www.youtube.com/watch?v=H7oYGhivIq8 Le hiéromoine Seraphim (Rose), né Eugene Dennis Rose (13 août 1934 – 2 Septembre 1982) fut un hiéromoine de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières vivant aux États-Unis d'Amérique; ses écrits ont aidé à diffuser le Christianisme Orthodoxe dans l'Amérique moderne et en Occident, et sont aussi plutôt populaires en Russie. Bien que non officiellement glorifié (canonisé), il est (certains disent que c'est prématuré) célébré par certains Chrétiens Orthodoxes comme un saint dans l'iconographie, la liturgie, et la prière.. http://orthodoxwiki.org/Seraphim_Rose Added: January 17, 2008
saint Paulin de Nole: soyez miséricordieux avec autrui et fermes dans la Foi
Homilía sancti Paulini Episcopi Sermo, alias Epistola 34 de Gazophylacio
(source? icône trouvée en archive de pages occidentales disparues d'un site américain, odox.net)
Mes bien-aimés, le Seigneur qui est tout-puissant aurait pu faire en sorte que tous les hommes soient également riches, ainsi nul n'aurait besoin de demander quoi que ce soit à autrui. Cependant, dans Son infinie bonté, le Seigneur bon et miséricordieux en a décidé autrement, afin de vous permettre de démontrer vos dispositions en la matière. Il a fait permis la misère afin qu'Il puisse voir la miséricorde exercée; Il a permis les nécessiteux, afin qu'Il puisse utiliser les riches. Car la pauvreté de ton frère, c'est ta richesse matérielle, si tu ne comprends pas le souci du nécessiteux et du pauvre, et ne considère pas comme tienne la richesse que tu as reçue. Car Dieu t'a accordé la part de ton frère en ce monde, afin que tu puisse offrir de ta propre volonté quelque chose de Ses dons à ceux dans le besoin, et afin qu'Il puisse en retour d'enrichir de cette part dans l'éternité. Car ici bas le Christ reçoit à travers eux, et plus tard, Il rendra pour eux.
Rassasie l'âme affamée, et tu ne craindras pas la colère du Jour du Jugement. Car, dit-Il, bienheureux est celui qui prend soin du nécessiteux et du pauvre; le Seigneur le délivrera au Jour de la colère. Dès lors, frère, travaille et cultive cette partie de ton champs, afin qu'il puisse porter pour toi une riche moisson, abondante d'un blé gras, t'amenant les grands intérêts de la semence multipliée des centaines de fois. Dans le désir et la poursuite de ce commerce ou de cette possession, il y a assurément une sainte et salutaire avarice; car un tel désir qui mérite le Royaume des Cieux et n'aspire qu'aux biens éternels, c'est la racine de tout bien. Dès lors, convoite de telles richesses, et prend possession d'un tel patrimoine, de sorte que ton Créancier puisse trouver en toi le fruit multiplié en abondance, et que toi et tes héritiers puissent abonder en bonnes oeuvres éternelles. Car cette possession est grande et précieuse, qui n'alourdit pas son propriétaire avec des richesses terrestres, mais l'enrichi d'éternelle récompense.
En vérité, mes bien-aimés, le souci présent et le comportement juste constant, cela ne permet pas seulement que vous puissiez aspirer après les biens éternels, mais que de plus que vous puissiez échapper à d'innombrables maux. Car nous avons besoin de fortes aides et protection, et avons besoin de nombreuses et incessantes prières pour notre défense. Car notre Adversaire n'est jamais en repos, et l'ennemi est toujours à l'affût, en embuscade près de tout ce que nous faisons afin d'oeuvrer à notre ruine.
De plus, en ce monde, nous avons quantité de croix, de très nombreuses luttes, de pestilentielles maladies, des fièvres dévorantes et des coups de douleurs qui font violence à nous âmes. Les flammes de l'avidité sont allumées; des pièges invisibles sont cachés un peu partout, de tous côtés cela grouille d'épées dressées, la vie se passe au milieu des embuscades et des combats, et nous marchons à travers des incendies habilement camouflés sous les cendres. Dès lors, avant que par votre malchance ou votre faute vous ne vous précipitiez dans une de ces si grandes calamités, hâtez-vous de devenir acceptable et précieux au Médecin de vos âmes, de sorte qu'en cas de besoin, vous auriez d'ores et déjà le remède du Salut. C'est une chose de prier seul pour vous-mêmes; et c'est tout autre chose quand c'est une multitude qui supplie Dieu pour vous. +Paulin, évêque de Nole
Faire de saint Pierre un "pape", quel anachronisme! From: jethro@thar Newsgroups: alt.religion.christian.east-orthodox,alt.religion.christian.roman-catholic Subject: Working backwards to make St. Peter a "pope" Date: 27 May 2007 18:22:24 GMT A propos des prétentions de Pierre comme étant "pape", dans le Nouveau Testament, nous voyons exprimé le rôle tel qu'il était vu parmi les premiers Chrétiens. Il a été réprimandé par Paul pour sa variation de comportement et d'enseignements selon le contexte. Paul a pris le rôle de direction dans cette réprimande, selon les instructions disant que celui qui dévie doit être ramené dans le droit chemin. Paul rapporte cet épisode aux églises éloignées. [Gal. 2] Jacques, Pierre et Jean étaient mentionnés en tant que "piliers" de l'Église, quand ils ont donné leur bénédiction à Paul pour son oeuvre parmi les païens. C'étaient ces 3-là qui étaient présents lors de la Transfiguration. Paul rapporte que son oeuvre missionnaire se déroulait parmi les païens, alors que celle de Pierre était parmi les Juifs, il n'y avait pas de rôle universel ou de chef suprême. Au Concile à Jérusalem [Actes 15,27], Pierre a émis quelques remarques, les autres gardant silence; c'est Jacques qui s'est exprimé avec autorité et ses vues et méthodes furent discutées et le concile entier les adopta par consensus. Pierre agissait de concert avec les autres des premiers Chrétiens. Dans tous les endroits, on ne se tournait pas vers lui pour obtenir la théologie, comme dans la réprimande, ni dans la pratique, comme au concile et dans la répartition des rôles pour l'évangélisation. Faire de Pierre un "pape" tel que ce sera prétendu par la suite, c'est tenter de transformer à posteriori les Ecritures pour les faire correspondre à ce qu'on veut.Les papes du vatican et leur version "développement dogmatique" From: jethro@thar Subject: The popes and the doctrine of "development" Newsgroups: alt.religion.christian.east-orthodox,alt.religion.christian.roman-catholic Date: 28 May 2007 00:21:43 GMT Voici une intéressante affirmation du Catéchisme catholique-romain : "491. Au long des siècles l’Église a pris conscience que Marie, " comblée de grâce " par Dieu (Lc 1, 28), avait été rachetée dès sa conception. C’est ce que confesse le dogme de l’Immaculée Conception, proclamé en 1854 par le pape Pie IX." Notez que si elle a été rachetée dès le moment de sa conception, cela prétend surtout que nous n'étions pas libre du péché lors de notre conception. Ce premier paragraphe est la déclaration de la doctrine du développement dogmatique. C'est tenu pour être un processus progressif où en plus de l'Écriture sainte et des 7 Conciles, une nouvelle doctrine peut être suscitée telle que révélée de manière développée au pape, comme dans cet exemple presque 2000 ans après le Christ. Par définition, cette doctrine dit qu'à la fois dans le passé la doctrine n'avait pas été reconnue dans l'Église, mais fut progressivement conçue. C'est en contraste évident avec les Conciles, où la doctrine tenue pour vraie par le premier était clarifiée et reformulée dans le suivant, de manière à traiter quelques nouveaux problèmes. L'expression particulière de la doctrine de la Sainte Trinité est un parfait exemple. La deuxième phrase de l'article précité est une tautologie logique * : elle suppose la conclusion qu'elle veut exprimer. C'est un chien qui court