"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

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16 octobre 2013

Saint Gall, apôtre d'Helvétie venu de la verte Eirin (16/10)

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SAINT GALL, abbé (+ ENTRE 627 ET 645)

Il était Irlandais et fut l'un des 12 disciples qui accompagnèrent saint Colomban en Gaule. Ils se fixèrent quelque temps à Luxeuil (Haute-Saône). Vers 610, Gall accompagna son abbé jusqu'à Bregenz, en Autriche, dans le Vorarlberg, à l'est du lac de Constance ou Bodensee. Ils se séparèrent vers 612, quand Colomban poussa vers l'Italie. Gall resta en Souabe où il vécut en ermite avec quelques compagnons à l'ouest de Bregenz, près de la source de la rivière Steinach. C'est là qu'on bâtit après sa mort une église "sancti Galluni", qui avait son "prêtre et pasteur". Avant 750, elle devint le centre d'un monastère qui eut pour premier abbé saint Otmar. L'abbaye appartenait au diocèse de Constance. En 818, elle obtint de Louis le Pieux l'exemption ou l'immunité par rapport à l'évêque, et la faveur de passer monastère royal. En 854, l'abbaye était libérée de toute sujétion à l'évêché de Constance, sous réserve des rapports canoniques inévitables. On l'appela "l'abbaye de Saint-Gall" et elle devint illustre. Mais saint Gall ne l'a pas fondée, et il ne fut pas son premier abbé. Il avait seulement illustré son emplacement, et laissé des reliques dont le prestige grandit avec le temps.
Que peut-on tirer des Vies de saint Gall, dont la plus ancienne, fragmentaire, fut écrite vers 770? Selon ces Vies, Gall fut ordonné prêtre en Irlande (avant 590?). A Bregenz, il évangélisa le pays en combattant activement le paganisme (cf. P. Piper, Superstitiones et paganiae Einsidlenses, dans Mélanges Ém. Chatelain, 1910, p. 304, 306-307, 309 : sermons d'un ms. de 750 environ [cod. Einsid. 281] contre les superstitions paganisantes; mais dans quelle mesure correspondent-elles à ce que Gall a pu rencontrer? cf. Coolen, La Gaule Chrét. au 6ième siècle, dans Bull. trim. de la Soc. acad. des antiq. de la Morinie, t. 17, 1951, p. 463-470). La maladie l'empêcha de suivre son chef en Italie. Colomban se montra dur: "Je vois, frère, qu'il te paraît pénible d'endurer pour moi peines et fatigues. Eh bien! avant de partir, je t'interdis de célébrer la Messe tant que la vie animera mon corps". Pendant des années, Gall resta suspens; enfin Dieu révéla à notre moine la mort de ce terrible maître. Gall dépêcha son diacre vers Bobbio, résidence de Colomban (province de Plaisance, en Émilie-Romagne, à la date de 1950). Et le diacre revint, apportant l'absolution avec la cambutta (bâton) de Colomban (cf. Ps., 22, 4). Gall offrit le saint Sacrifice pour le repos de l'âme du défunt. Il délivra du démon la fiancée de Sigebert, roi des Francs; en remerciement, celui-ci lui offrit un terrain près d'Arbon (Suisse, Turgovie ou Thurgau, sur le lac de Constance, à l'ouest de l'embouchure de la rivière Steinach). Gall y fonda un monastère qui fut aussitôt exempt. Par 2 fois, il refusa l'évêché de Constance, et favorisa l'élection d'un diacre Jean qui se montra, lui et ses successeurs, tout dévoué à l'abbaye de Gall. On offrit au grand moine l'abbatiat à Luxeuil; il déclina également cette dignité. Il mourut âgé de 99 ans, à Arbon. On ramena son corps au monastère; des miracles se produisirent.
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"(19) Une autre fois, il demeurait dans la même solitude, mais pas au même endroit, et il y avait déjà passé 50 jours. Son seul compagnon était un frère nommé Gall. Il lui commanda d'aller au Breuchin et de prendre des poissons. Gall partit, mais cru bon d'aller à une autre rivière, l'Ognon. Arrivé là, il jeta son filet dans l'eau et vit arriver une foule de poissons, mais ils ne s'engageaient absolument pas dans le filet : comme s'ils se heurtaient à un mur, ils retournaient en arrière. Il peina donc toute la journée sans pouvoir en prendre un seul. Au retour, il fait part au Père de ses vains efforts. Celui-ci lui reproche d'avoir désobéi : pourquoi ne s'était-il pas empressé d'aller à l'endroit indiqué ? "Va vite, répète-t-il, et rends-toi à l'endroit indiqué". Gall y alla donc, jeta son filet dans l'eau, et le filet se remplit d'une telle quantité de poissons qu'il pouvait à peine le tirer, tant il y en avait. Ce même Gall nous a souvent raconté la chose."
"Vie de saint Colomban et de ses disciples", L.1 c.11 §.19 , par saint Jonas de Bobbio, abbaye de Bellefontaine, collection Vie Monastique n°19 (extraits)



Saint-Gall à l'Unesco : http://whc.unesco.org/sites/fr/268.htm
"Brève description : Le couvent de Saint-Gall, exemple parfait de grand monastère carolingien, a été, depuis le 8e siècle jusqu'à sa sécularisation en 1805, l'un des plus importants d'Europe. Sa bibliothèque, l'une des plus riches et des plus anciennes du monde, contient de précieux manuscrits, notamment le plus ancien dessin d'architecture sur parchemin connu. De 1755 à 1768, le domaine conventuel a été reconstruit en style baroque. La cathédrale et la bibliothèque sont les principales composantes de ce remarquable ensemble architectural, reflet de 12 siècles d'activité."




explication de l'abbaye :
http://www.encyclopedie-universelle.com/abbaye%20-%20plan%20de%20Saint-Gall.html


Saint-Gall & la musique : http://www.musicologie.org/sites/s/saint_gall.html
"Fondée au 7e siècle, l'abbaye de Saint-Gall est un lieu important de diffusion et de conservation de manuscrit. Plusieurs chroniqueurs notoires et un compilateur de théorie la signalent à la musicologie. Mais son titre de gloire est de conserver le plus ancien plan d'architecture connu (et qui est peut être celui de l'ancienne abbaye reconstruite au XVIIIe siècle).
Bibliographie : VAN DOREN R., Étude sur l'influence musicale de l'abbaye de St. Gall, Louvain 1925"

Les archives de l'abbaye de Saint-Gall : http://www.sg.ch/kultur/stiftsarchiv/informationen/franzoesisch.html
"Quelques données sur les archives de l'abbaye de Saint-Gall
Les Archives de l'ancienne abbaye de Saint-Gall, propriété commune du Canton et de la Communauté catholique du canton de Saint-Gall, contiennent les documents juridiques et les actes administratifs de l'abbaye sangallienne depuis sa fondation vers 720 jusqu'à sa sécularisation en 1805. Ces archives sont riches d'environ 20 000 chartes, de plus de 2500 manuscrits, d'innombrables actes, de cartes, de plans, ainsi que d'une collection d'empreintes de sceaux. Sur ce nombre, plus de 700 chartes sur parchemin (les "traditiones") et une centaine de diplômes carolingiens et ottoniens datent d'avant l'an mil. Les premières traces d'un classement archivistique de ces fonds remontent même à plus de 1200 ans. À l'exception peut-être des Archives d'État de Milan, rares sont les archives qui peuvent être comparées à ce trésor unique au nord des Alpes. Cet ensemble de chartes revêt une importance capitale pour l'histoire - en particulier pour la période avant l'an mil si pauvre en documents - non seulement de la Suisse orientale, mais également de Zurich, de l'Argovie, de Berne, des Grisons, du Vorarlberg, de l'Alsace et de l'Allemagne du Sud. Les archives abbatiales renferment des informations historiques concernant une grande partie du canton de Saint-Gall et certaines régions voisines jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Elles constituent par conséquent un complément à la documentation conservée par les Archives d'État.
La Bibliothèque abbatiale ("Stiftsbibliothek") abrite quant à elle des manuscrits littéraires, théologiques et scientifiques formant une collection aussi ancienne que celle des Archives. À l'image de la situation qui prévalait au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime, les fonds de la Bibliothèque sont restés juridiquement et administrativement séparés des Archives.
De plus, les Archives abbatiales, qui forment un service du Département cantonal des affaires intérieures et militaires, contiennent les archives et la bibliothèque de l'ancienne abbaye de Pfäfers ("Fabaria"). Cette abbaye, dont la fondation remonte à 750 environ, a été sécularisée en 1838, date à laquelle les archives et près de 40 manuscrits, dont quelques-uns datent du 9e siècle, ont été intégrés aux Archives abbatiales.
Parmi les "codices", on ne mentionnera ici que les plus importants de nos archives: le "Liber memorialis" ou "confraternitatum" et le "Liber professionum" du 9e siècle, et, parmi le fonds de Pfäfers, le "Liber viventium" carolingien, le "Liber aureus" du 11e siècle, et un cartulaire richement enluminé, le "Vidimus Heider", réalisé en 1590 à la demande de l'abbé Johannes Heider.
La préservation d'un dépôt d'archives aussi riche n'a été possible que grâce à des soins attentifs prodigués au cours des siècles de l'existence de l'abbaye, qui se perpétuent aujourd'hui dans des locaux modernes spécialement aménagés pour résister au feu tout en offrant des conditions climatiques de conservation optimales.
En installant les Archives abbatiales dans l'aile nord restaurée du Palais du gouvernement, on a créé les conditions nécessaires à la continuité de cette tradition. Les tâches des archivistes modernes consistent notamment à répertorier les documents, à les mettre à la disposition des chercheurs, ainsi qu'à répondre à la correspondance scientifique. En organisant des expositions temporaires, on espère intéresser un plus large public aux sources historiques de notre passé.
(Traduction: Romain Jurot)"

Saint-Gall, lieu de pélerinage par excellence pour les Belges?
Le site sur l'histoire de la bière en donne la raison!
http://www.eurobru.com/visit34.htm
"La plus ancienne trace du brassage en abbayes remonte à l'an 820 (Saint-Gall, Suisse)."


SAINT OTMAR, FONDATEUR DE L'ABBAYE DE SAINT-GALL :
Vita complète en latin et en français (Mabillon) sur le site de l'abbaye catholique-romaine bénédictine Saint-Benoît du Valais, en Suisse :
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/othmar/othmar.htm

04 octobre 2008

Sainte Aurore (Aure, Aurea), abbesse de Paris, fille spirituelle de saint Éloi et saint Colomban


SAINTE AURORE, VIERGE ET ABBESSE À PARIS (+ 666)
(Aure, Aurée)
Après avoir fondé et solidement établi son monastère de Solignac en Limousin, saint Éloi, encore laïc, songea à transformer en hospice pour les voyageurs une maison qu'il possédait à Paris. Après avoir mûrement réfléchi, il changea d'avis et y installa un monastère de vierges où il rassembla jusqu'à 300 jeunes filles de nations diverses, choisies parmi ses servantes ou les nobles franques. Il mit à leur tête Aurore ou Aure, fille de Maurinus et de Quiria, en leur donnant "la sévère discipline d'une règle" qu'il faut sans aucun doute identifier avec celle de saint Colomban de Luxeuil, monastère où saint Éloi avait été formé. Saint Éloi veilla soigneusement sur sa fondation qu'il dota richement et voulut travailler lui-même à l'emménagement. Ceci se passait en 633.
Quand le monastère fut achevé, saint Éloi édifia une basilique en l'honneur de l'apôtre saint Paul pour recevoir la sépulture des servantes de Dieu. Cette église Saint-Paul, paroissiale au moins depuis le 12ième siècle, fut fermée à la Révolution et détruite en 1798.
Saint Éloi restaura un autre oratoire et, en souvenir de son origine limousine, le mit sous le patronage de saint Martial de Limoges : c'était là que la communauté venait chanter l'Office.
Parlant de sainte Aurore, saint Ouen a fait son éloge en disant qu'elle était une fille digne de Dieu. Elle fut en effet le modèle de ses soeurs qu'elle forma par son exemple et par de sages instructions puisées dans la lecture de l'Évangile, à toutes les vertus Chrétiennes et monastiques.
Dieu fit se manifester sa vertu par des miracles : elle entra dans un four ardent, et en tira des charbons tout rouges avec ses mains sans en être brûlée. L'oraison perpétuelle était sa pratique habituelle; quand elle voyait quelqu'un dans la peine ou dans la misère, elle s'empressait aussitôt, avec une charité infatigable, de le consoler ou de le secourir.
Sept ans après sa mort, alors qu'une terrible peste ravageait Paris, saint Éloi apparut dans l'église Saint-Martial à un jeune homme qui, terrifié, voulait se cacher quand l'évêque lui ordonna d'aller dire à l'abbesse qu'il l'attendait. Elle se hâta, mais il avait déjà disparu quand elle arriva: elle comprit qu'il l'invitait à quitter ce monde. Elle mourut en effet peu après, avec 160 moniales, le 3 octobre 666, et fut ensevelie à Saint-Paul. C'est en s'occupant des pestiférés et soulageant les affligés qu'elles avaient contracté la terrible maladie.
Cinq ans après, ses reliques furent transportées dans la ville et déposées dans l'église de Saint-Martial, qui changea son vocable en Saint-Éloi-et-Sainte-Aure. Cette élévation et translation de ses saints restes est la manifestation de sa canonisation à l'époque Orthodoxe de l'Église en France.
Tombé en pleine décadence, le monastère fut donné aux moines hétérodoxes de Saint-Maur-des-Fossés en 1107.
Le 3 avril 1402, on fit une translation solennelle de ses précieux restes; on les renferma dans une nouvelle châsse, et on les porta à l'église Saint-Paul, d'où ils furent rapportés au monastère de Saint-Martial. La châsse était découverte et exposée à la vénération des fidèles, à la fête de sainte Aure et aux 2 fêtes de saint Eloi. Le prieuré subsista jusqu'à la Révolution qui détruisit tout. La châsse fut enlevée par les révolutionnaires en 1792 mais les reliques de sainte Aure qui y avaient été conservées furent sauvées mais dispersées en divers lieux, nottament en Normandie. Fin du 19ème siècle, un lieu de culte hétérodoxe parisien en possédait quelques fragments (Saint-Paul-Saint-Louis).

Comme pour tous les saints de l'Occident Orthodoxe, sainte Aurore a vu sa vie accaparée par la nouvelle religion, avec transformations et amplifications tardives. C'est dans la vie de saint Colomban de Luxeuil écrite par son disciple saint Jonas et celle de saint Éloi écrite par saint Ouen, que l'on trouve les informations les plus concrètes et sûres concernant sainte Aure et ses moniales à Paris :
a. Vie de S. Colomban, liv. 2, chap. 10 (Biblioth. hag. lat., n. 2773) : fondation par saint Éloi d'un monastère de femmes à Paris sous la direction de sainte Aure.
b. Vie de saint Éloi, liv.1, chap. 15 et liv. 2, chap. 49 (Biblioth. hag. lat., n. 2474), donnent chiffres et détails, mais ayant été réécrite au 11ème siècle, c'est sujet à caution. Ces réécritures sont démontrées par la science paléographique, ce ne sont donc pas de vaines remarques d'urticaire anti-hétérodoxe, mais une saine prudence face à des falsifications prouvées. Même les Bénédictins hétérodoxes mettent ces réécritures en évidence.


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"(17) De leur côté, Abelin et les autres évêques gaulois s'emploient désormais à soutenir les institutions du bienheureux Colomban. Nombreux, dès lors, sont ceux qui, pour l'amour de Colomban, construisent des monastères observant sa Règle, réunissent des communautés, rassemblent des troupeaux du Christ. Parmi eux, un homme qui portait alors le titre d'Illustre et qui gouverne à présent, comme évêque, l'Eglise de Vermand - puisqu'il est encore en vie, je dois m'abstenir de faire son éloge, sous peine d'être accusé de flatterie - Eloi, donc, construisit près de Limoges, au bord de la rivière de Vienne, le fameux monastère de Solignac, à 4 milles de la cité, ainsi que plusieurs autres moutiers dans la même région. De plus, il bâtit à Paris un monastère de femmes, que lui avait octroyé la munificence royale, et il mit à sa tête la vierge du Christ Aurea."
"Vie de saint Colomban et de ses disciples", par saint Jonas de Bobbio,
abbaye de Bellefontaine, collection Vie Monastique n°19,(extraits)


Évangéliaire dit de sainte Aure, milieu du IXe siècle, école de Reims. Reliure d'ivoire et d'orfèvrerie.

source : gallica.bnf.fr

23 novembre 2007

Saint Columban: restons sur la barque du Christ!

Vie voir à la fête principale, le 21/11
http://stmaterne.blogspot.com/2007/11/2111-triple-fte-orthodoxe-saint.html

Vie selon le Synaxaire Byzantin & cantique à chanter au réfectoire le jour de sa fête
http://stmaterne.blogspot.com/2006/11/saint-colomban-aptre-et-pre-de-leurope.html

"A l'image et à la ressemblance de Dieu.. difficile à vivre", sermon de saint Colomban de Luxeuil - cette traduction offerte au lectorat francophone est inédite en français)



Chant du bateau
texte latin:

Coupée dans les forêts, voguant au long du Rhin aux deux bras,
Notre quille, solide et calfeutrée, maintenant flotte sur la mer.
Heia, les hommes! Laissez retentir notre "heia" en écho!

La houle en rafales sauvages, les chutes fracassantes des torrents,
Mais la force de l'homme sait dompter l'orage.
Heia, les hommes! Laissez retentir notre "heia" en écho!

A l'effort sérieux, les nuages et la tempête rapportent ;
L'ardeur et le travail incessants conquièrent tout.
Heia, les hommes! Laissez retentir notre "heia" en écho!

Supportez et sauvez-vous pour de meilleures choses ;
O vous qui avez souffert pire, ceci terminera aussi.
Heia, les hommes! Laissez retentir notre "heia" en écho!

Ainsi quand l'Ennemi détestable attaque nos coeurs,
Tentant et secouant les profondeurs de nos coeurs avec les passions,
Hommes, que vos âmes se souviennent du Christ! Criez "heia"!

D'une ferme résolution, rejetez les volontés de Satan.
Armés par les vertus, défendez-vous avec valeur.
Hommes, que vos âmes se souviennent du Christ! Criez "heia"!

La Foi ferme et la sainte ardeur conquièrent tout.
L'antique Ennemi, battu, casse ses flèches.
Hommes, que vos âmes se souviennent du Christ! Criez "heia"!

La Source du Bien et de l'Être, le plus Haut Pouvoir,
Offre au lutteur et donne au vainqueur des récompenses.
Hommes, que vos âmes se souviennent du Christ! Criez "heia"!



Une très belle "vie de saint Columban" a été publiée en bande dessinée aux éditions Fleurus, au début des années 1990, mais apparemment elle est épuisée de nos jours. C'est la vie de saint Colomban et de ses fondations à travers les pérégrinations d'un de ses héritiers spirituels. A chaque fois, un détail vestimentaire est mis en valeur, et resitué dans le cadre de la vie des Mérovingiens. Avec notices archéologiques et historiques. Riche bibliographie qui suit plusieurs pages de textes & photos sur l'époque et les lieux des faits. Magnifique. Encouragez les éditions Fleurus à le ressortir!


Colomban, aventurier de l'Europe"
co-éditions Fleurus & Cercle Girardot (cercle d'archéologie du Jura, à Lons-le-Saunier)
26/1/1990
ISBN 2-215-01440-7



Office byzantin à saint Colomban de Luxeuil, en grec, par le protopsaltis Panagiotis Somalis
Il est demandé à celles et ceux qui célébreront cet Office de bien vouloir y commémorer pour Panagiotis les personnes suivantes :
a. son défunt père Michael, partit pour le Royaume Eternel le 21/2/2005
b. l'évêque de Telmessos, mgr Hristoforos, qui a été 8 ans évêque auxiliaire à Londres et son père spirituel durant leur séjour commun en Angleterre.

21 novembre 2007

21/11, triple fête Orthodoxe : saint Colomban de Luxeuil, Entrée de la Mère de Dieu au Temple, Synaxe des Archanges

Pour les Orthodoxes byzantins de calendrier réformé, c'est :
L'Entrée de la Mère de Dieu au Temple (p. Alexander Schmemann)


Pour les Orthodoxes occidentaux, c'est la fête d'un des 3 "Pères de l'Europe" Orthodoxe, à savoir saint Columban de Luxeuil & Bobbio (les 2 autres étant saint Martin de Tours, 11 novembre, et saint Amand, 6 février)

Pour les Orthodoxes byzantins suivant le calendrier russe, c'est :
Synaxe des saints Archanges


A la Divine Liturgie, j'ai tout de suite "repéré" un nouvel arrivant, grâce à une coutume Serbe qui détonne au premier coup d'oeil dans une paroisse de Grecs... Il a expliqué qu'il habitait depuis peu à 5 minutes de l'église, et que comme c'était fête pour eux. J'ai pris mon calendrier "mixte" (ancien & nouveau, un travail génial des Serbes) et vu que pour eux c'était donc la Synaxe des archanges. Il venait à l'église pour acheter un méga-cierge et demander au prêtre la bénédiction des pains & vin pour leur "slava", la fête religieuse familiale. J'ai expliqué la coutume, inconnue du prêtre Grec, qui s'est fait un devoir de bénir le tout.



ensuite, le Serbe a expliqué que ses enfants avaient été baptisés dans cette même église 17 ans auparavant, puis qu'il était reparti en Serbie, et venait seulement de se réinstaller chez nous. Et avait donc pris une maison toute proche de l'église. Ma question : combien d'entre nous placeraient comme priorité numéro un dans leur recherche d'une maison la proximité de leur paroisse ou d'une autre église Orthodoxe?... Une belle leçon que j'ai reçue.


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Résumé de la vie passionnante de saint Columban de Luxeuil et Bobbio, ce géant de la Foi, ce vrai "responsable" du "siècle des saints" en Europe du nord (7-8ème siècles) grâce à l'école monastique qu'il s'en ira fonder en vers et contre tous (surtout les rois mérovingiens en pleine décadence et le haut clergé des Gaules qui leur était semblable) dans le Jura, l'antique "désert des saints" de France.

(Texte "recyclé" de l'ancien site www.amdg.be, récemment supprimé)

Saint Columban d'Irlande, Abbé et Fondateur de l'abbaye de Luxeuil en France, et Bobbio en Italie
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Né dans le West Leinster, Irlande vers 530-543; mort le 23 Novembre 615.

La vie de Saint Columban (Columbanus) enseigne les bienfaits de l'obéissance confiante à Dieu et à ceux qui ont reçut l'autorité sur nous. A chaque fois que les événements semblaient mal tourner, ils menaient Colomban à une nouvelle aventure, lui permettant d'accomplir sans cesse de plus grands travaux encore pour le Royaume de Dieu. Quand Dieu ferme une porte, Il en ouvre toujours une autre - et toujours une qui nous rapproche plus encore de Lui - si nous allons dans l'obéissance vers là où Il nous mène.

Il existe peu de manuscrits reprenant toute la vie de saint Columban, mais l'abbé Jonas a rédigé sa biographie moins de 30 ans après la mort du saint. L'idée courante qu'on se fait de Colomban est celle d'un homme sévère hurlant des anathèmes et explosant souvent de colère (pour, par exemple, fait tomber un arbre de 50 ans d'un seul souffle). Son biographe nous présente au contraire un homme affable, dévot, rigoureux et cependant parlant doucement. Si Colomban a soufflé avec la puissance de Dieu, il a aussi brillé avec l'amour du Christ.

Le bon abbé Jonas nous rapporte que saint Columban naquit d'une noble famille du Leinster et reçut une éducation classique à Clonard, la grande mère-école d'Irlande, que saint Finian (12 décembre) avait fondée avec une teinte de sainteté et d'érudition toute Gaélique.

Jonas rapporte que Columban était un très beau jeune homme de fort bel aspect, et très vite il croisa le diable sous la forme de "lascivae puellae," filles dévergondées. C'est vers cette époque que le roi de Cualann envoya sa fille à saint Finnian à Clonard pour lui apprendre à lire le Psautier en latin.

Jonas écrit à ce sujet :

"Pendant qu'il méditait sur toutes ces choses, il vint à la cellule d'une religieuse toute vouée à Dieu. Après l'avoir saluée d'une voix modeste, il se gonfla de tout le courage qu'il put afin de lui demander conseil, avec toute l'impertinence de la jeunesse.

"Quand elle le vit dans toute la force émergente de la jeunesse, elle dit : "Moi, allant de l'avant avec toute ma force, j'entamai le combat. 12 ans durant, je n'ai pas eu de maison. Depuis que j'ai cherché ce lieu d'exil - le Christ étant mon guide - je n'ai jamais suivit le monde; ayant posé ma main sur la charrue, je n'ai jamais regardé en arrière. Si je n'avais pas été du sexe faible, j'aurais traversé les mers et cherché pour un lieu encore plus isolé pour mon pèlerinage.


"'Tu es enflammé des feux de la jeunesse, et pourtant tu demeures dans le pays de ta naissance. Tu prêtes l'oreille bon gré mal gré à des faibles voix, ta propre faiblesse te faisant plier. Et cependant tu penses que tu peux librement éviter les femmes. Te souviens-tu d'Eve, câlinant, et Adam, se soumettant, et Samson affaiblit par Dallila, et David éloigné de son ancienne justice par la beauté de Beth-sheba, et Salomon le Sage trompé par l'amour des femmes?

"Pars', dit-elle, 'pars, enfant, et détourne-toi de la ruine dans laquelle tant sont tombés. Quitte le chemin qui mène aux portes de l'enfer'. Effrayé par ces mots et - au delà de ce que vous pourriez croire pour un jeune invincible - frappé de terreur, il remercia celle qui venait de le réprimander, et souhaitant l'au-revoir à ses compagnons, il partit. Sa mère le supplia de ne pas la quitter.. Se jetant sur le sol, elle refusait de le voir partir. Mais lui, franchissant le seuil et sa mère, l'implora de ne pas se laisser briser par les regrets, disant qu'elle ne le verrait plus en cette vie, mais où que se trouve le chemin de la sainteté, c'est là qu'il irait."

Columban fit ce que plus tard il écrira dans son "Sur la mortification", au sujet de la recherche et de l'obéissance au conseil : "Rien n'est plus doux que la paix de la conscience, rien n'est plus sûr que la pureté de l'âme, et cependant personne ne sait se les donner parce que ce sont proprement des dons d'autrui".

Un temps durant, Columban se retira de la bataille en vivant avec un autre saint homme, Sinnel, sur Cluain Inis, une des centaines d'îles de Lough Erne. Le conseil de ce saint homme était non pas qu'il devait décliner le combat avec son ennemi, mais qu'il devait décliner de le faire sur le terrain de l'ennemi. Comme son Maître, il accepta le combat sur le champ choisit pour lui par l'Esprit de Dieu.

Durant ce temps sur l'île, il devint si érudit dans les Saintes Ecritures qu'il rédigea un commentaire sur les Psaumes.

Sur une proche île, saint Comgall (11 mai) se préparait à accomplir l'oeuvre de sa vie en vivant en anachorète. Lui et Columban peuvent s'être rencontrés alors ermites, car lorsque Comgall commença sa fondation du monastère de Bangor sur les rives sud du Belfast Lough, il trouva vite Columban dans sa hutte en claie - un des premiers moines de Bangor.

Des années durant, à Bangor, l'Esprit Saint inspira Columban à devenir missionnaire. Mais, peu confiant pour interpréter les mouvements de l'Esprit en lui, Columban demanda à Comgall la permission; elle lui fut refusée jusqu'à ce que Comgall reconnaisse en Columba la marc de l'obéissance à un appel divin.



Vers 580-585 (âgé de près de 45 ans), il quitta l'Irlande avec un groupe de 12 moines, et il oeuvra au Pays de Galles, où il suscita encore plus de moines pour partir avec lui. Saint Gall (16 octobre), qui évangélisa les Suisses et fonda un fameux monastère, fut un de ces disciples qui l'accompagnèrent. (Une source dit qu'ils ont prêché en Angleterre).

A leur arrivée en Gaule, les moines Irlandais prêchèrent au peuple tant par les paroles que par les actes, charité, pénitence et dévotion. Leur réputation impressionna tant le roi Burgonde Guntramnus (Gontran, un petit-fils de Clovis) que vers 590, il offrit à Columban un terrain pour leur premier lieu d'exil, à Annegray, dans les montagnes des Vosges. Columban en recevait les 2 choses qu'il désirait : la paisible contemplation de Dieu et le travail parmi les âmes. Les noires forêts montagneuses avec leurs cavernes encore plus sombres lui donnait une constante isolation de ce monde que l'amour de Dieu lui enseignait à fuir. Les païens simples et illettrés de ces forêts avaient besoin de son enseignement de la Foi.

Durant quelque temps, les moines habitèrent un hameau fortifié en ruine à Annegray, en Haute-Saone, se contentant de bivouaquer parmi les ruines. Columba rassembla vite un tel nombre de disciples qu'ils eurent à trouver une nouvelle demeure, à quelque kilomètres de là, à Luxeuil. C'est là, bâtit avec les pierres de bains et d'un temple romains en ruines, que se trouve le monastère qui a rendu Luxueuil célèbre, pas seulement en France mais dans toute l'Eglise. Columban gouverna Luxeuil durant 25 années heureuses.

L'abbé Jonas rapporte ici que Columban et la communauté prièrent pour l'épouse d'un homme, et elle fut instantanément guérie, bien qu'ayant été malade depuis plusieurs années. Mais en même temps, l'air de rien, il nous rapporte comment cet homme avait opportunément apporté un chariot plein de pain et de légumes au monastère, qui était si pauvre qu'ils n'avaient que des racines et des écorces à donner à un frère malade.

Se promenant à travers les bois, portant les Saintes Ecritures, Columban débattait avec lui-même sur ce qu'il préférerait, tomber entre les pattes de bêtes sauvages ou les mains d'hommes maudits. Il se bénit maintes fois tout en réfléchissant à la question, s'enfonçant toujours plus dans la forêt. Sa question obtint une réponse par l'apparition de 12 loups venant sur lui. Se tenant sans bouger pendant qu'ils l'encerclaient, il pria, "O Dieu, vient à mon aide: O Seigneur, viens vite à mon secours". Ils vinrent tout près, reniflèrent ses vêtements pendant qu'il se tenait immobile. Puis ils repartirent et reprirent leur errance à travers les bois.

Pensant que sa question avait trouvé réponse, il continua son chemin. Il n'avait pas avancé de beaucoup qu'il entendit la voix de voleurs Souabes qui hantaient la région. Encore une fois, sa fermeté fut mise à l'épreuve mais ils le laissèrent sans le toucher.

Une autre fois, s'enfonçant encore dans la forêt, il vit, grande joie pour un ascète, une caverne bien sombre. Il la fit sienne, en chassant le gros ours à qui elle appartenait. (une autre histoire dit qu'il tua l'ours à mains nues - un exploit en effet!)

Cependant, l'évêque Chamnoald, autrefois disciple de Columban, disait qu'il ne fallait pas être surpris que oiseaux et bêtes obéissent aux ordres de l'homme de Dieu. Chamnoald rapporte que Columban appelait à lui les créatures sauvages quand il allait dans les bois pour jeûner ou prier, et qu'elles venaient aussitôt à lui. Il les prenait de la main et les caressait : et les bêtes sauvages et les oiseaux sautaient et gambadaient vers lui, de pure joie, comme des petits venant vers leur maître. L'évêque dit que lui-même l'avait vu, et que même des écureuils répondaient à son appel, grimpant sur les mains et les épaules de Columban et courant entre les plis de son capuchon.

Toute sa vie durant, son souci principal sera de discerner la Volonté de Dieu et de l'accomplir. Quand l'amour qu'il suscitait par ses dons d'âme et même de corps était évident même pour lui, il fuyait vers sa caverne d'ours pour être seul avec Dieu. Il semble qu'il avait peur d'attirer l'amour des autres et de les distraire de l'amour de Dieu.

Un jour qu'il priait dans sa caverne, il reçut une révélation divine l'avertissant que nombre de ses moines bien-aimés étaient malades. Il partit aussitôt en hâte pour Luxeuil. Il dit aux frères malades de se lever et de piler le maïs dans l'air à battre. Les frères obéissants, nous dit Jonas, furent instantanément guéris; le désobéissant resta malade une grande partie de l'année et faillit mourir.

Un jour avant le repas de midi, le cellérier tirait de la bière de la barrique, quand il fut appelé ailleurs par Columban. Dans l'empressement, il oublia de remettre le bouchon au robinet. Il est inutile de dire qu'à son retour au cellier, le cellérier ne trouva pas la moindre goûte gaspillée! Jonas en dit, "O grand était le mérite de celui qui commandait; et grande l'obéissance de celui qui fit ce qu'on lui avait ordonné".

La croissance de Luxeuil amena à la création d'un second monastère à Fontaines. Bien vite, ses disciples se répandirent à travers toute l'Europe, bâtissant des monastères en France, Germanie, Suisse et Italie.

Avec sa croissance en nombre et influence, des conflits devinrent inévitables. Columban faisait naître l'hostilité, en particulier de la part des évêques Francs, par les usages Celtiques qu'il promulguait pour ses monastères, et parce qu'il refusait de reconnaître la juridiction de ces évêques sur eux. Il défendit ses pratiques dans des lettres à Rome et refusa de se présenter à un Synode Gallican à Chalons en 603, quand on le convoqua pour s'expliquer sur ses usages Celtiques.

Ses vertes protestations contre les désordres de la court Franque firent qu'en 610, le roi Thierry (Theoderic) exila Columban et tous les moines qui n'étaient pas d'origine Gauloise. La querelle rapportée par l'abbé Jonas est démontrée par l'Histoire. Le jeune roi de Burgondie, Thierry 2, avait accueilli sa grand-mère la reine Brunehault (Brunhilda) quand elle fut chassée de chez elle par les nobles Austrasiens. Brunehault était en rage contre Columban parce qu'il lui avait refusé l'entrée de son monastère, parce qu'au contraire des coutumes Franques, Columban interdisait l'accès aux femmes, et même aux hommes laïcs.

Thierry et Columban se disputèrent sur la morale sexuelle, et, bien entendu, le saint ne trouva aucun soutien de l'épiscopat local, qui dépendait de la couronne. Le pape de Rome saint Grégoire le Grand (3 septembre), par ses lettres à la reine Brunehault et son petit-fils sur la nécessité de mettre un terme à la simonie, en particulier dans l'épiscopat, nous mène à penser que les évêques de Burgondie et d'Austrasie n'étaient pas des hommes à corriger la morale Mérovingienne. Si les choses en arrivaient à un point de rupture entre Luxeuil et Thierry, ces prélats pouvaient penser trouver leur conscience coïncidant avec celle du roi.

Le roi Thierry, non-marié, était déjà le père de 4 enfants, pour qui la reine Brunehault, du milieu de sa court, demandait la bénédiction à Columban. Le saint répondit : "Bénissez-les! Bénissez les fruits de l'adultère, les enfants de la honte, le témoignage de toutes les débauches de leur père! Au Nom du Seigneur qui châtie les pécheurs, je les maudits!"

Cela peut sembler un peu dur, mais qu'est-ce que ces peuples barbares auraient pu comprendre d'autre? Le seul argument qui aurait pu convaincre ces bêtes de proies, ces envahisseurs Germains qui 150 ans auparavant s'étaient installés sur les ruines de l'empire Romain d'Occident, c'était la peur. La peur de l'enfer, la peur du tourment éternel, la peur du Dieu de vengeance - car il n'y avait pas d'autre moyen pour tenir en laisse la violence qui était déjà prête à éclater.

Mais provoquer la rupture avec un homme aussi largement vénéré que Columban se devait de se faire avec un doigté tout diplomatique. Il semblait qu'une occasion se présentait avec l'occasion de la date de la Pâques. C'était alors, et c'est encore toujours une question si obscure que certains auteurs ont accusé les Eglises Anglaises et Irlandaises d'être des "Quartodécimans", en célébrant la Pâques en même temps que les Juifs célébraient la leur (probablement parce que Rome leur en avait parlé à l'origine), à un jour déterminé par la pleine lune, même si ça n'était pas un Dimanche.

Un Synode d'évêques Mérovingiens fut rassemblé par le roi Thierry sur avis du pape de Rome Grégoire, afin de réformer divers points, mais pas la célébration de Pâques. Pourtant, le point principal de ce Synode fut d'accuser Luxeuil pour sa manière de calculer la date de Pâques; dès lors, Columban écrivit au pape de Rome. Il écrivit aussi poliment et avec éloquence au Synode, mais sans résultat. Lui et ses frères furent exilés. Apparemment, sa lettre à Saint Grégoire n'arriva jamais à destination.

Que Columban avait le coeur non-souillé, on s'en rend compte avec la vision qu'il eut de la bataille et de la mort violente de Thierry. Il se réveilla en sueur, et fut conseillé de prier pour la victoire contre Thierry. Mais le vieux saint répondit, "Ton conseil est fou, pas saint, et n'est pas la volonté de Dieu, Qui nous a dit de prier pour nos ennemis".

Les moines furent escortés par les soldats au long de la Loire par Orléans et Tours jusqu'au port de Nantes, où il rédigea une célèbre lettre aux moines Francs restés à Luxeuil. Puis on les fit embarquer sur un navire pour l'Irlande. Le navire, cependant, s'échoua sur des rochers. C'est ainsi qu'ils ne retournèrent pas en Irlande. Au contraire, ils partirent et voyagèrent par Paris et Meaux jusqu'à la court du roi Théodebert 2 de Neustrie (Austrasie), qui leur offrit refuge à Metz. De Metz, les moines commencèrent à prêcher l'Evangile parmi les païens Alamans autour de Bregenz sur le Lac de Constance, parmi les ruines de la ville romaine, où ils demeurèrent 3 ans, et où 2 des moines furent tués par des habitants hostiles. Durant leurs voyages, ces moines Irlandais fondèrent près de 100 monastères en France et Suisse!

On rapporte que sa prédication en convertit beaucoup, dont saint Ouen (24 août), qui fondit Jouarre, et sainte Fare (3 avril), la fille d'une noble famille qui fonda Faremoutiers. Son influence fut vaste.

Thierry, après avoir conquis la région de Bregenz et étant devenu le roi Austrasie, chassa à nouveau Columban, qui avait 70 ou 80 ans, vers un exil avec un seul compagnon. Mais Columban trouva sa récompense dans la paix à la fin de sa vie.



La province de Lombardie, dans laquelle il entra après avoir franchit les Alpes, était dirigée par Agilulph, un Arien. Sa femme était la sage, noble et sainte Théodelinde, à qui Saint Grégoire avait dédié ses "Dialogues". La renommée de Columban semblait avoir déjà atteint la court. Le roi Agilulph, on était quelques années avant qu'il n'assiège Rome et ne fasse de la Campagna un désert, accueilli le saint exilé presque comme un atout national.

Dans les Appenins, entre Milan et Gènes, en un endroit à présent célèbre sous le nom de Bobbio, il y avait une basilique en ruine dédiée à Saint Pierre. Si, comme il n'est pas improbable, ces ruines étaient l'oeuvre de ces impitoyables Lombards Ariens, il devait y avoir un sentiment de pénitence et de restitution en Agilulph l'Arien en faisant ce don à Columban.

Un incident jette la lumière sur l'inébranlable ouvrier. Pour restaurer la basilique, le petit groupe de moines coupait et traînait des troncs d'arbres d'un bois voisin. Parfois de grands arbres tombaient là où les chariots pour porter les troncs ne pouvaient pas aller. Les moines étaient forcés de porter de grands troncs sur leurs épaules. Cependant, Dieu semblait si manifestement aider ces hommes à s'aider eux-mêmes que les lourds troncs qui, selon les mots de Jonas, auraient nécessité 30 ou 40 hommes pour arriver à peine à les soulever du sol, étaient portés à travers les rochers sur les épaules du vieux Columban et de 2 ou 3 moines.
Avec un soupçon de poésie, Jonas ajoute que l'abbé et ses moines portèrent leur charge "d'un pied si leste qu'on eut dit qu'ils jouaient et avec joie".

Cette abbaye fit florès durant 12 siècles, jusqu'à ce que Napoléon la ferme en 1802. Son immense bibliothèque fut divisée parmi diverses bibliothèques d'Europe.

La prière de la reine Théodelinde et le plan de conversion de son Ariende mari et des Lombards reçut un soudain renforcement par l'illustre exilé de Luxeuil. La haine d'une reine, Brunehault, fut l'opportunité pour un très grand bien - Dieu arrange toute chose pour le bien de ceux qui L'aiment et son appelés selon Ses voies.

Bien que 10 ans s'étaient écoulés depuis qu'Agilulph avait commencé à sympathiser avec le pape saint Léon le Grand, ce qui aurait pu finir par bientôt porter des fruits pour la conversion du roi, la mort de saint Grégoire avait mit un terme à la principale influence cléricale sur la pensée du roi Arien. Avec la venue de Columban, Théodelinde vit la possibilité de renouveler l'influence de Grégoire.

Mais en Lombardie, Columban rencontra pour la première fois la subtile atmosphère de 2 grandes hérésies Orientales : le roi et la plupart de ses sujets étaient Ariens. Le reste de son peuple, même le clergé, était Nestoriens, empêtrés dans la fameuse controverse des Trois Chapitres. Columban avait son esprit de croyant nourri de paix bien déconcerté face à ces palabres Orientaux et ces historiens composeurs de belles formules creuses, c'était en contradiction avec lui et avec les sources de son histoire, quand on voyait descendant les pentes des Alpes une espèce de chien pisteur en quête de sang de la controverse. Face à de telles hérésies, Columban rédigea un traité, et devint impliqué dans l'opposition aux Trois Chapitres, qui avaient été condamnés par le 5ième Concile Oecuménique de Constantinople. Les évêques d'Istrie et certains de Lombardies défendaient ces écrits avec une telle vigueur, au point de rompre leur communion avec Rome.

Mais la reine Théodelinde vit que son imperturbable amoureux de la vérité et de la paix était envoyé par Dieu pour apporter la paix à son roi et au peuple, à travers la vérité. Bien que sa vie restante ne se comptait plus qu'en mois, il ne put s'empêcher de répondre à la demande de Théodelinde lorsqu'elle souhaitât amener les Lombards Ariens et Nestoriens à la Foi orthodoxe.

A la demande d'Agilulph, saint Columban écrivit une lettre au pape de Rome du moment, Boniface 4 (8 mai), concernant la nécessité de réunir un Synode pour ramener la paix dogmatique. Il y écrit : ".. le schisme du peuple est une peine pour (Agilulph), à cause de la reine et de son fils, et peut-être pour son propre salut aussi; voyant qu'on pense qu'il dit que s'il avait connu la vérité, il aurait cru.. le roi vous demande, la reine vous demande, tous vous demandent, que toutes choses puissent être unies au plus vite, afin que comme il y a la paix dans la patrie, il puisse y avoir la paix dans la "foi" et que le troupeau du Christ tout entier soit dès lors un.

Columban rédigea une défense de Rome et de la Foi orthodoxe envers un interlocuteur anonyme, probablement un évêque Arien du nord de l'Italie : "Dès lors je vous réponds comme je le peu.. car je crois que le Pilier de l'Eglise est toujours inchangé à Rome".

L'abbé Jonas nous assure que, sans aucun doute en réponse aux souhaits du roi Agilulph et de la reine Théodelinde, il s'installa près de Milan, afin, "par l'arme des Ecritures", de déchirer et de détruire les tromperies des hérétiques, c'est à dire l'hérésie Arienne, contre laquelle il rédigea un savant livre.

Il continua à prêcher à de larges foules, qui étaient toutes émues à la vue de ses longs cheveux et barbe blancs, et de son visage qui bien que profondément buriné par l'âge et les fatigues, brillait pourtant toujours du zèle pour le Christ, et était à même de remuer les âmes.

C'est ainsi que Dieu convertit tant Agilulph que son peuple à travers Columban. Des siècles durant, Bobbio sera la citadelle de la défense scientifique, qui devra son existence à l'homme qui avait uni la culture et la sainteté en un seul esprit et coeur. Quand les ruines furent son lot des siècles plus tard, les trésors accumulés dans sa bibliothèque enrichirent les bibliothèques qui enrichissent encore et toujours les érudits du monde.

La prophétie de Columban au sujet de la mort de Thierry, l'accession de Clotaire, et le meurtre brutal de Brunehault, amena Clotaire à inviter Columban à revenir en Gaule française. Il ne voulut pas revenir, demandant au roi de veiller gentiment sur les moines de Luxeuil.

enluminure



saint Colomban de Luxueil et Bobbio, Père et Apôtre de l'Europe


La Règle et le Pénitentiel de Columban.

L'Eglise est aussi redevable à Saint Columban pour 2 contributions de grand prix - sa Règle et son Pénitentiel.

Sa Règle n'est pas originale, mais elle incorpore la sévère ascèse de ses compatriotes et en particulier ses confrères moines à Bangor. A la fin on finira par trouver que la Règle moins exigeante de Saint Benoît serait plus acceptable pour les moines Occidentaux. Bien que la Règle plus stricte a partout cédé face à la plus molle, tous les mouvements visant à réformer la Règle de Saint Benoît ont été des mouvements en direction de l'idéal de Saint Columban.

Plus grand encore que sa Règle, c'est son Pénitentiel, contenant les prescriptions des pénitences à imposer aux moines pour chaque faute, aussi légère soit-elle. Concernant ce Pénitentiel, Oscar Watkins en écrivait :

"Un fait extrêmement important concernant le Pénitentiel de Columban est que bien qu'il ne corresponde à aucune pratique existante que l'on puisse trouver auparavant appliquée même d'une manière plus ancienne en Europe continentale, il reproduisait les principales caractéristiques du système particulier que l'on avait vu à l'oeuvre dans les Eglises Celtiques.. Comme dans les systèmes Anglais et Irlandais, la pénitence et la réconciliation étaient privées." (p. 615).

"Il n'est pas peu remarquable que dès la fin du 7ième siècle, la Règle de saint Columban, pour quelque raison que ce soit, avait pratiquement disparu, et la règle de Saint Benoît était devenue la norme. Mais son système de Pénitentiel non seulement survécut dans les monastères qui venaient d'être fondés, mais fut destiné, avec le temps, après l'influence Anglaise postérieure, à devenir le système pénitentiel général d'Europe Occidentale." (Watkins, p. 124).

Il faut porter au crédit d'une nature pécheresse que ce Sacrement de Pénitence, dont notre Rédempteur n'a pas fait tant une obligation qu'un privilège, serait cependant à fréquenter comme si c'était une obligation. Peut-être sommes-nous près du motif de cette humble pratique en pensant à sa relation, par le moyen de la purification, du grand Banquet du Corps et du Sang. Une des principales gloires des compatriotes de Columban sera que c'est à lui plus qu'à quiconque d'autre que l'Eglise Occidentale doit cette modeste pratique.

Voir "Irish Penitentials : And the Sacrament of Penance Today" par Hugh Connolly
ISBN: 1851821619

Le dernier testament littéraire de Columban fut une lettre au pape de Rome, Boniface 4, lettre qui mènerait le lecteur à croire qu'il était un guerrier de la Foi pas encore fatigué, plutôt qu'un homme courbé par la maladie et le poids des ans. Il écrivit aussi un charmant poème en vers Adoniques, adressé à son ami Fedolius, dans lequel il se montre moins comme un Tertullien que comme un Grégoire de Nazianze (2 janvier) ou un Prudence (6 avril).

La seule date certaine de sa vie, c'est son "dies natalis", bien que nous ne sachions pas comment il est mort. Nous savons que l'exilé a finalement trouvé sa maison auprès de son Père, et y fut accueillit. Son corps a été enterré au coeur des Appenins, où il se trouve encore.

Sa défense vigoureuse des pratiques liturgiques Celtiques contre les Romaines et l'austérité de sa Règle, en font une personnalité plutôt intimidante; mais d'un autre côté, par ses très nombreuses abbayes, fondées par lui et par ses disciples, il a exercé une influence déterminante et de longue durée sur la civilisation Occidentale.



*-*-*


"Vie de saint Colomban et de ses disciples", par saint Jonas de Bobbio,
abbaye de Bellefontaine, collection Vie Monastique n°19, extraits.
http://perso.wanadoo.fr/abbaye.bellefontaine/vmo/vmo19.htm

"Règle et pénitentiel de saint Colomban",
abbaye de Bellefontaine, collection Vie Monastique n°20.
http://perso.wanadoo.fr/abbaye.bellefontaine/vmo/vmo20.htm


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Prière de saint Columban
"Seigneur Dieu, détruis et déracine tout ce que plante en moi l'adversaire. Ces iniquités une fois détruites, mets dans ma bouche et mon coeur de penser et d'agir bien, en sorte que mon action et ma volonté Te servent, Toi uniquement, que je comprenne Tes Commandements, que je Te cherche. Donne-moi la mémoire. Donne-moi la charité. Donne-moi la chasteté. Donne-moi la Foi. Donne-moi tout ce que Tu sais être utile à mon âme, Seigneur. Fais en moi le bien, et accorde-moi ce que Tu sais être opportun, Toi qui règnes, Père, Fils et Saint-Esprit, Dieu Un, maintenant et à jamais. Amen".

manuscrit
Codex Sangall. 23, un manuscrit de la bibliothèque de Sankt Gallen
un des fruits de la "méthode saint Columban",
puisque saint Gall était un de ses disciples directs
source





23 novembre 2006

Saint Colomban, Apôtre et Père de l'Europe

VIE DE SAINT COLOMBAN DE LUXEUIL
d'après le Synaxaire byzantin (édition FR épuisée)

Récemment convertie au Christianisme par saint Patrick et ses disciples, l'Irlande connut au 6ieme siècle une floraison abondante de sainteté : les moines se réunissaient par milliers pour s'offrir au martyre volontaire de l'ascèse dans de grands regroupements monastiques semblables aux vastes concentrations de moines d'Égypte, de Syrie et de Palestine. Leur amour ardent de Dieu lié à un caractère fougueux leur faisait accomplir d'extraordinaires exploits dans la mortification mais attirait aussi sur eux la Grâce de Dieu et le pouvoir d'accomplir des miracles. Ces moines intrépides formaient le coeur de l'Église d'Irlande et contribuèrent grandement à la diffusion et à l'approfondissement de la vie chrétienne dans tout l'Occident d'alors. Parmi eux, la figure la plus attachante est certainement celle de saint Colomban, l'infatigable zélateur des commandements de Dieu.
Né vers 540 dans la province de Leinster, Colomban fut élevé dans l'étude des sciences profanes, fort en honneur parmi les chrétiens irlandais, et montra de grandes capacités. Mais, tourmenté par les ardeurs de la volupté et comprenant la vanité des espoirs terrestres, il alla se mettre sous la conduite d'un saint vieillard qui l'initia à la connaissance des saintes Écritures et à la vie ascétique. Il devint moine ensuite à Bangor, la plus célèbre abbaye d'Irlande, qui
comprenait près de trois cents moines, et compléta sa formation monastique sous la conduite de saint Comgal. Vers 590, Colomban ressentit en lui, comme nombre de ses compagnons d'ascèse, un appel particulier de Dieu à quitter sa patrie et les siens pour se soumettre à un exil volontaire et servir à l'évangélisation des peuples étrangers. Il s'embarqua donc pour la Gaule avec douze disciples, comme le Christ, et, guidé par la Providence, partit proclamer l'Évangile et la voie du repentir.
Averti de sa renommée, le roi de Burgondie, Gontran, l'invita dans les Vosges et lui offrit un terrain désert, où fut fondé le monastère d'Annegray. Les vertus de Colomban attirèrent bientôt autour de lui un grand nombre de disciples, qui voulaient, eux aussi, travailler à leur salut par les rudes travaux de l'ascèse. Il fut donc contraint de fonder à proximité un second monastère, Luxeuil; puis, un peu plus tard, un troisième, Fontaine. Le saint se trouvait à la tête de plusieurs centaines de moines. Fixé à Luxeuil, il supervisait ses trois communautés en s'appuyant sur l'autorité d'un prévôt dans chacune d'elle; mais par sa prière, il était le père de chaque moine et son intercesseur auprès de Dieu. Comme dans les laures orientales, l'organisation du monastère restait souple et soumise au caractère charismatique de la paternité spirituelle. On insistait fort sur l'ascèse corporelle, les jeûnes sévères, les fustigations et les séjours dans l'eau glacée pour soumettre le tempérament ardent des moines. Mais le monastère n'était pas seulement un lieu de combats violents contre les passions, il était aussi une image anticipée du ciel, et les moines, semblables aux anges, y célébraient une louange perpétuelle du Seigneur de Gloire. Colomban avait organisé la vie de ses trois communautés de manière à ce que les moines célèbrent sans cesse, nuit et jour, l'office divin, en se relayant par groupes (Laus perennis). (Cet usage se trouvait aussi au fameux monastère des Acémètes à Constantinople et connut une grande diffusion dans de nombreux monastères d'Occident au Moyen-âge). On observait ainsi à la lettre la recommandation de l'Apôtre : «Priez sans cesse !» (1 Thess 5,17).
Au bout de vingt ans cependant, Colomban fut chassé de Luxeuil sur l'ordre du roi Thierry, sollicité par sa grand-mère Brunehaut, dont il avait condamné énergiquement les dérèglements moraux. Il fut conduit jusqu'à Nantes pour prendre la route de l'Irlande. Mais, par la Volonté de Dieu, le navire sur lequel il s'était embarqué fut repoussé vers la côte. Le saint moine rentra donc en France et poursuivit sa sainte pérégrination, en marquant de son influence de nombreuses fondations monastiques. Il prit ensuite le chemin de Rome par la Germanie et prêcha l'Évangile aux peuples barbares qui habitaient sur les rives du lac de Constance. Il continuait aussi d'instruire ses disciples de Luxeuil et d'ailleurs par ses écrits; mais, poursuivi par la rancune de Thierry, il dut reprendre son périple vers l'Italie et s'établit en 612 au monastère de Bobbio dans l'Apennin, où il s'illustra dans ses combats contre l'arianisme jusqu'à son bienheureux trépas, en 615.saint Colomban de Luxeuil et Bobbio, icône style celtique
Cantique à chanter au réfectoire le jour de sa Fête

Tu es grand, ô illustre prêtre, enveloppé d'une auguste gloire.
Tu es la gloire des tiens, Colomba, parfum de l'univers.
Les cohortes des moines t'appelleront leur illustre père.
Sage t'ont nommé les grands, prophète t'ont appelé les rois.

5. Illustrés par tes oeuvres, tes préceptes le confirment
La beauté sacrée de la vie religieuse procure l'éclat.
On te tient pour la gloire des vertus, pour un soldat du Christ
En tenue de parade à jamais, quand tu profères tes préceptes par des discours sacrés.
De tous les métaux précieux, lesquels peuvent s'égaler à toi?

10. Les exploits des siècles passés se comparent-ils à tes saintes actions?
Ni la tête d'or, la Babylone des Perses,
Ni l'argent du vieux Darius le Mède, n'a rien eu de pareil.
Ni le bronze du Macédonien ne s'est jadis signalé ainsi à la guerre,
Ou le riverain du Nil et Cenchris noyés dans la mer.

15. Ils n'ont rien fait de grand qui ressemble à tes hauts faits,
Homère de Smyrne et Maron de Mantoue,
Ni Hannibal le Carthaginois ou Porus, l'opiniâtre Indien,
Ni Marius, Catulus, Scipion, Sylla, Gracchus,
Ni César, l'homme de fer, Bocchus le Numide, l'Ambron,

20. Le Celtibère, le Scythe, l'Ibère et le Sicambre.
Fécond comme le cèdre et le palmier, tu donnes tes fruits.
Tu es agréable comme l'or fin de Thessalie
Ton parfum a l'agrément des arbres à encens d'Arabie
Tu distilles le baume à la manière de l'arbre coupé d'Engaddi.

25. Sarment touffu, tu demeures la vraie vigne,
Onctueux comme l'olivier, tu déverses l'huile.
Grande est ta douceur, éclatante ta bonté.
Scrutant les profondeurs mystiques et pénétrant les secrets cachés,
Tu as bâti une maison fondée sur ce roc

30. Qui affermit la masse de l'univers créé.
Sur lui quiconque s'appuie, à jamais ferme il demeure.
Il est pierre d'angle, chrysoprase, jacinthe,
Sardonyx, émeraude, topase, béryl,
Chrysolithe et jaspe, saphir, améthyste,

35. Chalcédoine et sardoine, perle candide,
Mise à la base de la Jérusalem d'En-Haut.
Tu vis après la mort, achetant de ta mort la vie,
Tu voues à leur perte les fautes damnables, en subissant le dam de ta chair.
Tu t'exemptes de fautes crucifiables, en te chargeant de la croix du Christ.

40. En fuyant ta patrie, à la Patrie tu retournes.
Tu t'allies au roi éternel en méprisant les rois.
Aux délices du Paradis à tout jamais tu pénètres,
Pour y posséder le bonheur en des campagnes verdoyantes.
Le Seigneur, ami des vertus, t'a couronné,

45. En ses éternelles demeures il t'a placé.
Là, de ta voix sacrée, tu chantes des hymnes joyeuses.
A présent, tu reçois les trésors que tu as naguère mis en réserve,
Ceux que par un pieux commerce tu troquas dans le siècle.
Tu vois les choeurs des anges et des prophètes,

50. Les blanches foules des martyrs et des justes,
Inondé de lumière dorée, tu brilles en ce camp,
Où le Christ, ton chef, t'a ramené, après avoir occis par le poignard l'ennemi.
Tu as trouvé le Seigneur, ce Jésus que tu cherchais ici-bas,
Qui rend ainsi son trophée au guerrier triomphant du monde.

55. Tu marches sur la voie que tu t'es jadis préparée,
Qui conduit aux éternelles joies du paradis.
Tu as méprisé le monde, afin de posséder le Messie,
Avec qui tu demeures pour les siècles sans fin à venir.
Gloire à la Trinité, puissance à jamais digne de nos chants,

60. Dans les siècles présents et tous ceux à venir.
enluminure du Livre de Kells, évangéliaire orthodoxe irlandais du 8ème siècle