"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

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29 janvier 2016

Saint Walloch, évêque-missionnaire dans le Firth (Scottie)

Walla Kirk
source photo


Saint Voloc d'Ecosse, évêque (Walloch)
Mort vers 724. Saint Voloc était un évêque missionnaire "Scot" (donc Irlandais ou Écossais) qui oeuvra en Écosse.

La partie la plus haute de la vallée du Don a été habitée depuis l'Age du Bronze, vers l'ouest jusqu'à Corgarff. Plus bas, affluent du Don, les eaux du Buchat ont créé une gorge belle et fertile jusqu'au nord de l'ancienne montagne sainte de Strathdon  - Ben Newe.

Saint Walloch fut un missionnaire Celtique dont l'église principale était à Logie-in-Mar au milieu des principales implantations Pictes qui devaient être connues sous le nom de Cro-mar. Loin vers le nord de Glenbuchat nous entr'apercevons la présence de l'Église Celtique à Kilvalauche, quelque part dans la forêt de Badeneoin (NJ 333190), qui est mentionnée sur une charte de 1507 (1). Ce nom pourrait difficilement signifier autre chose que l'église de saint Walloch. Du même document nous apprenons que Culbalauche, la retraite de saint Walloch, se trouvait dans le voisinage. Avant 1473, la chapelle de Glenbuchat était une dépendance de Logie-Mar, le lien avec saint Walloch se trouvant ainsi confirmé par l'argument le plus solide en sa faveur. Incidemment, on obtient aussi une confirmation par un document (2) qui dit que saint Walloch, en plus de ses autres fondations ecclésiales à Dunmeth (Glass) et à Balvenie, avait une église à Strathdon.

Nous n'avons aucune indication précise sur la période missionnaire de saint Walloch. Le Bréviaire d'Aberdeen le place au 5ième siècle, alors que Camerarius indique sa mort en 733. Le Bréviaire donne un intéressant récit du mode de vie de saint Walloch, couplé à un tableau peu flatteur des gens qu'il tentait de convertir :

"Il préféra une pauvre petite maison, faite d'assemblage de roseaux et de claies, plutôt qu'un palais royal. En cela il mena une vie de pauvreté et d'humilité, méprisant en tout les dignités de ce monde, afin de pouvoir atteindre une plus grande récompense au Ciel. Mais le peuple qu'il avait choisit de convertir à la Foi en Christ - et il y parvint par ses prédications et exhortations -, nul n'hésiterait à le décrire comme brutal, indocile, indécent dans ses manières et sans vertu, incapable d'écouter facilement la parole de vérité, et dont la conversation relevait plus de celle de brutes que de celle d'êtres humains."

Saint Walloch aurait été un des derniers missionnaires à avoir été envoyés vers le nord-est depuis le centre de saint Ninian à Whithorn (Candida Cassa). Bien qu'il y était familièrement appelé "Walloch l'étranger", on ignore son origine et sa nationalité. A la porte de sa fondation à Logie-in-Mar, juste hors du cimetière, on trouve un monolithe de 5 pieds 6 pouces de haut, appelé "Walloch's Stone". La "Fête de Walloch", "Walloch's Fair", était populaire dans tout le district et se déroulait le jour de sa fête, le 29 janvier.

Une source (3) nous rapporte une histoire différente, disant que le saint dont on retrouve le nom corrompu en Wolok, latinisé Volocus, serait Faelchu, 13ième abbé d'Hy (Iona) de 716 à 724. Il était de la race de Conall Gulban, l'ancêtre de la célèbre lignée de Cenel Conaill et de plusieurs saints d'Irlande, dont saint Columba lui-même. Né en 664, Faelchu avait 73 ans quand, le samedi 29 août il fut appelé à la chaire occupée autrefois par saint Columba. Il est vrai que l'on pense que Fedlimid, 14ième abbé d'Hy (722-?) fut assistant abbé, nommé pour prendre soin des affaires du fait du grand âge de Faelchu.

Walla Kirk (église de Walloch), comme on appelait l'église de Dunmeth-in-Glass se trouvait sur un endroit perdu des rives du Deveron, mais à présent on n'en trouve plus que quelques monticules. Des superstitions y courraient, même après la Déforme, car en 1648 les ministres de Strathbogie "ordonnent de censurer toutes les superstitions à Wallak Kirk". A cent yards à l'est de l'église coulait autrefois une Source Saint Wallach. On y trouve une pierre avec un trou dedans, dans lequel les gens enfonçaient des épingles pour demander la santé au saint. Du fait de l'extension de l'agriculture, la source a été détournée, et l'eau jaillit plus loin en bas sur la rive, la pierre restant là en vain. Dans le voisinage du cimetière, où une passerelle franchit le Deveron, on trouve Wallach Pot, un bassin dans la rivière qui ferait 14 pieds de profondeur. Un quart de miles plus loin au bord de la rivière on trouve une longue trouée dans le rocher, appelé Saint Wallach's Bath. Les enfants malades y étaient plongés dans l'eau. On jetait aussi des morceaux de leurs vêtements et des pièces de monnaie dans le bain comme offrande. S'il y a quoique ce soit de vrai dans la tradition qui présente l'ermitage de Saint Wallach sur un proche monticule, alors il a dû arriver ici nombre d'années avant son abbatiat à Hy.


1. Registrum Magni Sigilli, 1424-1513, No. 3159.
2. David Camerarius, De Scotorum Fortitudine (1631) p.94
3. Mackinlay, Ancient Church Dedications in Scotland, (1914) p. 143

voir aussi:
http://www.cushnieent.force9.co.uk/CelticEra/Saints/saints_walloch.htm




Abirlot Stone, pierre dressée et sculptée de croix pictes, dans l'Angus (nord de l'Écosse). Abirlot vient du gaélique "Obar Eilid", bouche d'Eliot, car c'était le territoire du Clan Eliot. Elle est mieux conservée que la pierre du cimetière de Wallac Kirk, présentée plus haut. Quantité de pareilles pierres "crossées" se trouvent en Écosse, Ile de Man, etc - certaines possèdent encore des restants de couleurs.

03 novembre 2015

Saint Hubert, évêque de Tongeren, Liège & Maastricht, Apôtre des Ardennes (+ 727)

Nihil Deo et angelis gratius animae conversione.
Rien n'est plus agréable à Dieu et aux Anges
que la conversion d'une âme.

Saint Ambroise, évêque de Milan



Tropaire de saint Hubert Ton 1
Par la puissance de Celui qui apparut
A tes yeux entre les ramures d'un cerf
A la chasse tu fus pris, saint Hubert,
Dans les filets célestes de la piété;
Comme évêque, après saint Lambert, tu as illuminé
Le plat pays et les hautes forêts.
Gloire à Celui qui a fait de toi
Non seulement le modèle des chasseurs
Mais un bon pasteur aimé de son troupeau
.

Kondakion de saint Hubert ton 8
Tu as vu dans la pénombre de la forêt,
Saint Hubert, resplendir la croix du Christ
Dans l'auréole formée par les bois d'un grand cerf;
Et tu as répondu à l'appel de ton Dieu,
Renonçant aux vaines quêtes d'ici-bas
Pour courir l'amitié sublime du Seigneur
Qui fit de toi sur terre un bon pasteur de son troupeau
.


On connaît beaucoup de "petites histoires" le concernant, mais en réalité sa vie n'est pas bien documentée de manière assurée. Il occupa le siège de saint Servais de 705 environ à 727.
Apparenté à la femme du maire du palais Pépin II, Plectrude. Il se maria comme saint Arnoul, futur évêque de Metz, et son "fils distingué", nommé Floribert, que signale son biographe, était plus qu'un fils spirituel. Ce fils devint évêque de Liège de 727 à 746.

Hubert (Hugbertus, nom germanique) travailla énergiquement à convertir la Belgique orientale. Une Vie, élaborée vers 745, nous dit, dans un des rares passages où l'on ne discerne guère d'emprunts littéraires : "Il arrachait bien des gens à l'erreur des gentils : il la fit cesser. Des pays éloignés on accourait vers lui, et il confirmait par la grâce septiforme ceux qui étaient lavés par l'eau du Baptême... Plusieurs idoles et sculptures qu'on allait adorant en Ardenne furent détruites et livrées au feu. Comme par la suite des fanatiques vénéraient d'une manière sacrilège cette poussière et ces cendres, il leur infligea 3 ans de pénitence. De même en Taxandrie (Anvers et Campine) et en Brabant (entre Dyle et Senne), il détruisit plusieurs images et beaucoup de sculptures, et il construisit en divers lieux, à la sueur de son front, des sanctuaires en l'honneur des saints martyrs".
La 13ième année de son épiscopat, le 24 décembre 717-718, il fit transporter à Liège les restes de saint Lambert, qui reposaient dans l'église Saint-Pierre de Maastricht. Dans l'église Saint-Lambert (17 septembre), on construisit pour ces reliques un mausolée magnifique. Mais il n'y eut pas de transfert officiel du siège épiscopal de Maastricht à Liège, pas plus que jadis de Tongeren (Tongres) à Maastricht.

Vers la fin de sa vie, Hubert pêchait à Nivelle-sur-Meuse, dans une barque. Il était en tenue "de sport", "succinctus". Il s'appuyait d'une main sur un piquet à enfoncer, lorsqu'un serviteur lui assena un coup de maillet, involontairement, sur la main. Les doigts furent broyés. Le lendemain, il renvoya ses gens à la pêche, et arriva lui-même. Un coup de vent chavire la barque. De la berge, Hubert prie Dieu. Le narrateur est enterré (humatus) sous l'eau, roulé, un pan de sa tunique s'enroule à un piquet. "Je le secouai 3 fois, impossible de me dégager. Assiégé par l'eau, je m'écriai : 'Par les prières [de l'évêque], au secours, Toi qui as créé mer et terres!' Aussitôt délié, je glissai entre 2 poteaux et, en quelques brasses à peine, je m'évadai jusqu'à la berge. Et tous les serviteurs s'en sortirent sains et saufs." L'évêque dut s'aliter à cause de sa blessure. La douleur l'empêchait de dormir. Il répétait sans cesse le psaume "Miserere". Dieu éprouvait Son athlète : pendant 3 mois, les doigts suppurèrent. Enfin, une nuit qu'il somnolait, un Messager de Dieu lui montra une basilique neuve en disant : "Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père (Jean, 14, 2); et celle-ci que tu vois, je te la donnerai pour que tu la possèdes devant Dieu pour l'éternité." Et il lui prédit la fin de sa tribulation au bout d'un an.

Le saint augmenta son ascèse et ses aumônes. L'année se terminant, Hubert vint à la basilique Saint-Lambert, et pria longuement au tombeau. Puis il se rendit aux Saints-Apôtres, à Liège, et désigna l'endroit où il voulait reposer. On le demanda en Brabant pour la dédicace d'une église. Il consentit. Un disciple lui insinua qu'on pourrait abréger la longue cérémonie. Il répondit : "Faisons les choses amplement, de notre mieux : voilà pour aujourd'hui le programme!" Non content de la fonction liturgique, il prêcha encore de Tierce (9 heures) à Sexte (midi) sur la mort, sur sa mort. "Faites pénitence, il va venir, il est proche, le jour du jugement. La mort est voisine, elle ne tarde pas à venir, comme dit l'Écriture. Oui, de ce sommeil nous serons tous pris. Si quelqu'un de vous se sent empêtré dans une faute ou tombé dans les péchés, vite qu'il recoure aux médecines salutaires, tant qu'une porte est encore ouverte, afin que l'âme ne meure pas avec le corps. Les méfaits qu'il a commis, qu'il s'en repente de tout coeur. Et vous, frères, pesez et soupesez bien ce que vous avez fait, et maintenant faites attention à ce que vous faites. Moi, pauvre pécheur, quand je parle pour vous, c'est pour moi que je crains. Sinon autant que je le dois, du moins autant que je le puis, j'avertis. Celui qui méprise le héraut, qu'il craigne le juge! Voilà que mon Juge est là tout près qui va me dire : 'Où sont ceux que tu as instruits, où sont ceux que tu as prêchés, où sont-ils? Je t'ai constitué pour être à la tête de Mon troupeau. Rends compte de ta gestion (Luc, 16, 2) : combien as-tu exigé, combien as-tu travaillé, combien Me rapportes-tu d'argent?' Et moi, misérable, que répondrai-je, inutile serviteur, quand Il apparaîtra dans toute Sa majesté, glorieux, avec les saints Anges et Archanges, les trônes et les dominations? Le Juge sévère viendra exiger son dû et rendre ce qu'Il a promis. Alors, si je peux sortir quelques biens de vous, je dirai : 'Ceux-là, ils ont gardé Tes commandements et Tes préceptes (Jean, 17, 6); Ta Loi, grâce à mon enseignement, ils ne l'ont pas oubliée'. Et vous, contents, vous porterez vos gerbes devant le Seigneur, dans une liesse éternelle. Ah! pas de cette redoutable sentence que le serviteur mauvais et paresseux mérita d'entendre! mais plutôt celle que le fidèle serviteur a méritée : 'Dans le détail tu as été fidèle, Je vais te donner une belle situation. Entre dans la joie de ton Maître'. Et aussi : 'Venez, bénis de Mon Père, recevez le Royaume' (Matth., 25, 21; 34). Puissiez-vous mériter de venir heureusement dans ce Royaume par la grâce de Celui qui vous a appelés à la gloire, et Qui m'a donné le pouvoir de vous conduire jusqu'ici. Aujourd'hui, vous, tous, je vous recommande à Jésus-Christ pour que dans Ses préceptes, par mes paroles, vous persévériez toujours!"
L'évêque se rendit à un banquet après la cérémonie. Il accepta une coupe de vin, en but un peu, fit une prière sur la table, donna à tous des pains bénits (eulogies / prosphora). Il mangea peu, les yeux au ciel. Comme il se levait de table, un anachorète qui comptait 12 ans de vie solitaire l'invita à boire un peu plus. Il répondit : "Au revoir dans le Royaume de Dieu! mais ici, je ne boirai pas plus". Puis il gagna sa barque, probablement sur la Dyle. Quand il en sortit, il avait grand soif et grand froid. Il alla se reposer, mais fut tiré de son sommeil par ses serviteurs qui se battaient au couteau. Alors on le mit sur un cheval et, soutenu par des mains amies, il rentra chez lui (à Tervueren, entre Bruxelles et Louvain) pendant la nuit.
La fièvre grandit du lundi au vendredi. Il psalmodiait sans pouvoir dormir. Une nuit, le démon le tourmenta spécialement. Hubert appela un disciple, demanda l'heure. Le coq n'avait pas encore chanté? Il voulut de l'eau bénite, de l'huile sainte. Avant l'aube, il avait déjà récité son Office jusqu'à vêpres. Au matin, on l'entoura. Son fils Floribert, était présent. Hubert mourut le 30 mai 727, après avoir récité le Credo et le Pater.
Son corps fut porté aux Saints-Apôtres de Liège. Ainsi Hubert, après saint Lambert et saint Théodard, contribuait à rendre sainte et illustre cette villa. 16 ans après sa mort, il fut trouvé intact (reliques _incorrompues_). Le 3 novembre 743, le maire du palais Carloman aida à porter ses reliques devant l'autel. En 825, Liège les céda partiellement au monastère d'Andage qui devint Saint-Hubert, et prétendit posséder le corps dans son intégralité.

Saint Hubert est devenu l'un des saints les plus populaires de la Belgique, et, comme patron des chasseurs, de la Chrétienté. D'où vient que cet évêque pêcheur est invoqué par les dévots de la cynégétique? C'est que, très tôt, on recourut à lui contre la rage dans les forêts autour d'Andage. La coutume s'introduisit (dès 950?) de venir se faire "tailler" au monastère : la personne mordue recevait, dans une incision qu'on lui faisait au front, un fragment de l'étole du saint. Suivait une neuvaine de prière.
Après la fin de l'Église chrétienne en Belgique et le passage sous le catholicisme-romain, cela ne cessa pas. On a une statistique de 1806 à 1868 : le record est à mai 1811 avec 330 tailles. Les habitants de l'Ardenne vivaient en partie de la chasse, et il fallut bien que leur saint préféré se présentât à leur image. Les moines de Saint-Hubert élevaient des chiens de chasse pour l'Allemagne dès le 15ième siècle. On se servit de "clefs du saint" pour cautériser la plaie des bêtes suspectes d'être enragées, ou par mesure préventive pour signer les chiens au front. Un ordre de Saint-Hubert fut fondé en 1444 par Gérard, duc de Juliers, noble association qui fut imitée et eut ses succédanés militaires ou équestres, sans parler de gildes et de confréries plus modestes. Les pèlerinages au saint alimentèrent tout un commerce de "béatilles" et d'images. Il y eut un pain bénit spécial. Saint Hubert eut pour attributs la mitre, la crosse, l'étole et la clef; pour les chasseurs, le cerf crucifère, le cor, le cheval, les chiens. Et dans les nombreuses réécritures postérieures de sa Vie, selon un procédé bien connu en hagiographie, des éléments de vies d'autres saints s'y virent repris en influence ou en tout - comme l'épisode du cerf et saint Eustache.

Usuard (9ième siècle) marqua notre saint dans son martyrologe au 30 mai. Cependant d'anciens calendriers le portaient au 3 novembre.

Bibliographie : Vie, édition Levison, dans Mon. Germ. hist., Script. rer. merov., t. 6, 1913, p. 471-496. [P. 488, 11 cf. S. Grégoire, Hom., 39, 15, dans P. L., t. 76, col. 1291 C.] Cf. M. Corti, Studi sulla latinità merovingia in testi agiogr. minori, 1939. Jonas, évêque d'Orléans, retoucha le texte barbare, ajoutant le récit de la translation de 825. Les autres Vies sont moins utiles : Biblioth. hag. lat., n. 595-596. - Acta sanct., 3 novembre, t. 1, p. 759-930, avec reproduction de l'étole après la p. 868, et de la clef p. 870. - L. Van der Essen, Etude crit. et litt. sur les "Vitae" des saints mérovingiens de l'ancienne Belgique, 1907, p. 53-70. - É. de Moreau, Histoire de l'Église en Belgique, 1945, p. 101-107. - F. Baix, S. Hubert, dans La Terre wallonne, t. 16, 1927; t. 17, 1927-1928; t. 19, 1928-1929 (étude de qualité, inachevée). - L. Huyghebaert, S. Hubert patron des chasseurs, 1927; S. Hubertus patroon van de jagers..., 1949 (plus développé, important). - Dom Th. Réjalot, Le culte et les reliques..., 1928 (extrait de la Semaine religieuse de Namur). - chanoine V. Leroquais, Les bréviaires manuscrits, t. 5, p. 139 (3 novembre et une fois 4); Les sacramentaires et les missels mss., t. 3, p. 374; Les livres d'heures mss. de la Bibl. nat., t. 2, p. 415; Suppl. aux livres d'heures, p. 56; Les psautiers mss. lat., t. 2, p. 414. - H. Martin, vol. de la coll. L'Art et les saints. - Bull. monumental, t. 110, 1952, p. 264. - Enciclop. Espasa, t. 28-1, p. 515-516; t. 70, p. 88. - S. Reinach, Répert. de peintures..., table, t. 6, p. 347. - A. Michel, Hist. de l'art, Index, p. 214.








BD - "Le grand cerf blanc, la légende de Saint Hubert" - Philippe Glogowski"
On trouve cette magnifique réédition sur le site internet des éditions du Triomphe :
http://www.editionsdutriomphe.fr/saint-hubert







Père Doncoeur, l'un des fondateurs du mouvement scout en France, lui a composé ce cantique :







La Saint Hubert
O Saint Hubert, patron des grandes chasses,
Toi qu'exaltait la fanfare au galop,
En poursuivant le gibier à la trace,
Tu le forçais sous l'élan des chevaux.
Nous les derniers descendants de ta race,
Arrache-nous aux plaisirs avilis.
Emplis nos coeurs de jeunesse et d'audace
Dans la forêt, fais nous chasseurs hardis.

Sauve d'abord, du Bocage à l'Ardenne,
Notre forêt si chère aux vieux Gaulois.
Pour qu'à son chant notre jeunesse apprenne
Les fiers secrets gardés par les grands bois.
Fais nos yeux prompts et fais nos lèvres fières
Pour bien lancer, quand viendra le danger
Le cri de chasse ou le dur cri de guerre:
Sus à la bête, et courons la traquer.

Tu vis un jour au fond du hallier sombre
Où tes limiers se pressaient aux abois
La Croix du Christ que le grand cerf dans l'ombre
Couronnait par l'auréole des bois.
Mystique appel qui conquit ta grande âme:
Tu dis aux cours un méprisant adieu.
Montre à nos yeux cette divine flamme
Et conduis-nous camper sur les hauts-lieux.

Quand le Seigneur, la chasse terminée,
Appellera notre nom à son tour,
Epargne-nous les tristes mélopées:
Tu sonneras pour nous le "point du jour".
Au grand galop, pour célébrer ta gloire,
Nous bondirons en poussant l'hallali!
Et nous ferons, au fracas des fanfares,
En ton honneur trembler le paradis!





14 juillet 2015

Saint Vincent de Soignies, de la vie de noble mérovingien et père Chrétien, à moine évangélisateur (7ème siècle)


SAINT VINCENT DE SOIGNIES

L'époux de Waudru s'appelait à l'origine Madelgaire ou Mauger. Franc mérovingien de bonne et noble famille, il était né au château de Strépy vers 608. Il épousa Waudru et se mit avec elle sous la direction de saint Aubert de Cambrai. Ils eurent 4 enfants: Maldeberge, Adeltrude, Dentelin et Landry. Officier chrétien, Madelgaire fut envoyé en Ibérie (Irlande) par son roi. Là, au milieu des missionnaires, il travailla au relèvement matériel et moral des populations de la contrée. Il revint par la suite avec un grand nombre de saints missionnaires qui prêchèrent l'Évangile dans nos contrées  - selon les sources, il s'agissait rien de moins que les saints Feuillen, Ultan, Fursy, Eloquie, Adalgise, Etton et Algise!
De retour dans nos régions, il fut chargé de seconder son souverain, le roi Dagobert 1er, dans le gouvernement du Hainaut.
C'était l'époque où saint Ghislain commençait à bâtir son monastère de Celles, et à édifier toute la contrée par ses vertus et ses oeuvres saintes. Mauger lui-même s'y faisait remarquer par ses inclinations vertueuses et ses brillantes qualités. Charitable et compatissant envers les pauvres, il prenait soin des malheureux et des infirmes, non seulement matériellement mais aussi en les exhortant par des paroles saintes.
A l'exemple de sa pieuse épouse, Mauger apportait un très grand soin à l'éducation de ses enfants. Landry, l'aîné, promettait déjà de devenir un fidèle imitateur de ses vertus; les deux filles qui le suivaient, Aldétrude et Madelberte, faisaient aussi voir une grande piété dans toute leur conduite. Dentelin, le plus jeune, ne devait pas tarder à remettre son âme innocente à son Créateur, tout en ayant mené une vie pieuse en sa courte jeunesse. Mauger remplissait avec bonheur tous les devoirs d'un père de famille chrétienne, tout en faisant preuve de loyauté, sagesse et fidélité envers son roi terrestre, s'acquittant convenablement de ses tâches.
Son fils Landry demanda avec insistance à pouvoir entrer dans le sacerdoce, voire même les ordres monastiques, et Mauger finit par acquiescer. Son épouse Waudru l'envisageait aussi pour eux deux afin de conclure leur vie terrestre sous l'habit monastique.
Saint Ghislain ayant terminé le monastère qu'il bâtissait dans la région, invita leur évêque saint Aubert, et saint Amand qui l'avait aidé de ses conseils, à venir en faire la consécration. Le comte Mauger assista à cette cérémonie, et fut si touché des homélies que, les deux évêques prononcèrent en cette solennité, que dès ce moment, il décida d'envisager à son tour la vie monastique. Le Ciel le confirma dans cette intention, car une nuit, pendant son sommeil, un Ange lui apparut et lui ordonna de la part de Dieu de bâtir une église à Hautmont, en l'honneur de saint Pierre, et il en dessina la forme avec un roseau qu'il tenait à la main. Encouragé par cette vision, il l'exposa à son épouse sainte Waudru, ils décidèrent de commun accord de se séparer pour embrasser la vie religieuse. Ensuite il partit à l'endroit désigné, où, par un autre miracle, il fut confirmé davantage dans son projet : il trouva tout le champ couvert d'une rosée blanche comme de la neige, à l'exception de l'emplacement de l'église désigné par l'ange : faveur presque semblable à celle que la sainte Vierge fit autrefois à Jean, patrice romain, qui trouva un matin du mois d'août, sur le mont Esquilin, dans Rome, la forme d'une église qu'il devait bâtir, couverte de neige.
Il se rendit sans tarder à Cambrai auprès de saint Aubert, en reçut l'habit monastique et alla fonder le monastère d'Hautmont, sur la Sambre, près de Maubeuge, qui devint en peu de temps un des plus florissants de la contrée.
C'est à partir de ce moment qu'on lui donna le nom de Vincent, pour signifier la victoire qu'il venait de remporter sur le monde. A la cour, en effet, dans l'Austrasie et même dans tout le royaume, on admirait le courage et la générosité avec lesquelles un si puissant seigneur abandonnait les dignités et ses charges brillantes pour se faire humble serviteur de Jésus-Christ. Bientôt même un nombre considérable d'anciens amis et de nobles que son exemple avait gagnés, vinrent se placer sous sa conduite dans cette abbaye d'Hautmont.
A certaines époques on y voyait aussi affluer des hommes de Dieu qui travaillaient en différents lieux à la ré-évangélisation de nos contrées. Parmi eux, saint Ghislain, grand ami de saint Vincent, saint Wasnulfe ou Wasnon, qui évangélisait les peuples du pays de Condé, saint Etton de Dompierre, saint Humbert de Maroilles et saint Ursmer de Lobbes qui commençaient leur vie apostolique, saint Amand qui après des épreuves reprenait la vie d'évangélisation itinérante suite à son abandon de son siège épiscopal de Maastricht, et saint Aubert qui, comme évêque du lieu, présidait à ces réunions. C'est là que tous ces vénérables personnages parlaient des besoins spirituels des populations et qu'ils venaient se ressourcer dans le calme et la solitude.
Cependant, l'affluence de saints célèbres et les foules que ça attirait rendait la vie de solitude voulue plus difficile. Saint Vincent partit fonder un autre monastère dans un recoin du pays plus éloigné. Il choisit un lieu désert dans les solitudes du Hainaut, à l'endroit où se trouve aujourd'hui la ville de Soignies. C'est là qu'il continua la vie sainte qu'il avait commencée à Hautmont, et s'appliqua à guider les moines qui l'élurent comme père abbé, vraisemblablement selon les Règles irlandaises vu les moines qui l'avaient formé à la vie monastique.
Comme partout en Europe où la vie monastique se développait, l'endroit se cultivait aussi bien spirituellement que matériellement. Ils se livraient aux pénibles travaux de l'agriculture et rendaient féconde par leurs sueurs une terre longtemps inculte. Ils enseignaient alentour. Et ils vivaient leur vie liturgique riche, fécondant les âmes par leurs prières.
Ce que tout le monde admirait, c'était ce saint Vincent, qui de grand seigneur dans le monde, s'était fait humble serviteur de Jésus-Christ, et père spirituel de cette nombreuse famille. C'était lui qui entretenait dans la communauté cette ferveur et cet esprit qui la rendaient si prospère.
Son exemple de vie parlait plus que ses discours, car il menait une vie ascétique parfaite.
Dieu permit que sur la fin de sa vie, diverses infirmités le frappent.
Sentant que sa fin approchait, il fit appeler son fils Landry, qui entre-temps était devenu évêque de Meaux. Il lui confia les monastères d'Hautmont et Soignies. Il mourrut le 14 juillet 677. On le fête donc le 14 juillet, son "dies natalis". On l'invoque même pour faire fuir les chenilles, car il sauva par ses prières les cultures de la région menacées par ces animaux. La collégiale de Soignies lui est consacrée, où se déroule le lundi de pentecôte catholique-romaine une procession antérieure à 1261. C'est aussi à Soignies que se trouvent ses reliques : Lors des invasion des Normands, le comte de Hainaut, Régnier au Long Col, vaincu par ces féroces envahisseurs à la bataille de Walcheren, voulut porter lui-même sur ses épaules les reliques de saint Vincent, qu'il allait cacher avec beaucoup d'autres dans la ville de Mons. Grâce à lui, nous pouvons les vénérer encore de nos jours.

Saint Vincent fut inhumé dans son monastère, qui devint comme le berceau de la ville de Soignies.
On le représente :
1. avec une église sur la main, comme fondateur de monastères;
2. dans un groupe, avec sainte Waudru, son épouse, et ses quatre enfants.
Il est patron de Mons et de Soignies.

Soignies , petite ville avec sa majestueuse collégiale romane, Saint-Vincent, édifiée sur l’emplacement d’une abbatiale bénédictine vers l’an 1000 par les chanoines de Saint-Augustin. Elle inaugure la grande architecture romane qui se développe dans la partie occidentale du pays, sous l’influence anglo-normande. Contrastant avec la haute nef romane, le jubé et le chœur déçoivent par leur décoration baroque qui sent fort les Jésuites du 17ème. On retrouve dans la collégiale :
    - une belle « Vierge maternelle » (Vierge allaitant) en pierre polychrome du XIV siécle.
    - les massives stalles de chêne sculpté du chœur.
    - le maître autel abritant plusieurs chasses précieuses. Au centre la chasse contenant les reliques de Saint Vincent.
    - dans un coin, une mise au tombeau en pierre, très sanguinolante, typique de l'Occident du XVe siècle.
    - la charpente, très bien conservée, des deux branches de cloitre restant.
    - le jardin du cloitre, espace clos, paisible, compartimenté selon le modèle du moyen-âge : fleurs, rosiers, plantes aromatiques ou médicinales s’y côtoient.

A découvrir en payant : les richesses du musée, les différentes salles des chanoines



Tropaire de saint Vincent de Soignies, ton 4

Héritier de la noblesse des fils de Mérovée,
tu découvris une noblesse éternelle aux pieds du Christ, ô Vincent notre père,
et renonçant aux honneurs de ce monde, tu oeuvras aux honneurs à rendre à Dieu.
Renonçant aussi au mariage avec ta sainte épouse Waudru,
après avoir élevé vos quatre enfants dans la pure sainteté,
vous avez embrassé chacun de votre côté la vie monastique la plus ardue.
Fondant les monastères d'Hautmont et Soignies, tu contribuas à la ré-évangélisation de nos contrées,
en y ayant amené Saint Feuillen et ses frères.
Toi qui a ensemencé nos terres avec le bon grain du saint Évangile,
par tes saintes prières, fait refleurir en notre pays l'amour de Dieu,
afin qu'on y connaisse comme toi la vraie joie,
et par tes saintes prières, tous soient sauvés
.








16 février 2015

Les saints d'Occident dans le calendrier de l'Église Orthodoxe aujourd'hui (Lecteur Claude)

LIMITES DE PRUDENCE POUR LES DATATIONS D'ORTHODOXIE
http://www.forum-orthodoxe.com/synaxaire_presentation.php

JE ME PERMETS D'AJOUTER CETTE NOTE LIMINAIRE pour rappeler les principes déjà suivis précédemment dans la rédaction la rubrique "Calendrier des Saints" de ce forum.

Le problème concerne les saints occidentaux qui figurent dans les martyrologes catholiques-romains et qui n'ont pas fait l'objet d'une décision de canonisation de la part de l'Église orthodoxe.

Pour les personnes mortes avant 794 et le début du travail de sape de Charlemagne pour séparer l'Occident de l'Orthodoxie, il n'y a pas de problème, le patriarcat de Rome de cette époque étant resté orthodoxe.

La chute de l'Occident hors de l'Orthodoxie, constatée par les patriarcats orientaux en 1054, a été le résultat d'un travail de sape mené pendant deux siècles par les partisans du Filioque et de la Papauté, travail de sape qui s'est heurté à des résistances, entraînant une "guerre civile" au sein de la théologie occidentale. Le parti filioquiste (essentiellement appuyé sur l'Empire germanique) en est sorti victorieux, imposant dès lors toutes sortes d'innovations doctrinales et disciplinaires, en particulier au moment de la "Réforme grégorienne".

Au cours de cette lutte, certains papes et patriarches de Rome ont clairement pris parti pour la foi orthodoxe: saint Léon III (pape de 795 à 816; mémoire le 12 juin), qui condamna le Filioque en 809 et fit suspendre au-dessus du tombeau de saint Paul des boucliers d'airain sur lesquels était gravée la vraie formule du Credo en grec et en latin; Benoît III, pape de 855 à 858, qui recommanda chaleureusement aux patriarches orientaux de ne recevoir dans leur communion aucun pape de Rome qui n'aurait pas professé le symbole de Nicée et Constantinople sans altération; Jean VIII, pape de 872 à 882, qui reconnut la légitimité de saint Photios et mit fin au schisme de son prédécesseur Nicolas Ier; saint Adrien III, pape de 883 à 885, qui se déclara pour la procession monodique du Saint-Esprit.

D'autres papes de Rome furent clairement hérétiques ou schismatiques: Léon IV, pape de 847 à 855, qui utilisa les Décrétales pseudo-isidoriennes à l'appui de ses prétentions; Nicolas Ier, pape de 858 à 867, schismatique et véritable inventeur de la doctrine hérétique de la Papauté; Etienne V, pape de 885 à 891, qui prétendit interdire l'emploi du slavon dans la liturgie en Moravie; Serge III, pape de 904 à 911, qui accorda à l'empereur byzantin Léon VI la permission d'un quatrième mariage, ce qui amena saint Nicolas le Mystique, patriarche de Constantinople, à le rayer des dyptiques.

Pour la plupart des autres, par exemple le sublime mathématicien auvergnat Sylvestre II (pape de 999 à 1003), on ne connaît pas exactement leur position. Beaucoup d'orthodoxes qui se sont intéressés la question penchent en faveur de son orthodoxie, en raison de son opposition à la doctrine de la Papauté, opposition dont j'ai déjà cité un exemple sur ce forum.

De même, je suis assez enclin à trancher en faveur de Pascal Ier, pape de 817 à 824, qui figure au calendrier de l'Église catholique romaine. Il fut un défenseur énergique de la cause des saintes Icônes alors menacée en Orient comme en Occident.

Le dernier pape et patriarche de Rome vraiment favorable à l'Orthodoxie, Philagatos, pape sous le nom de Jean XVI, fut soumis à un traitement terrible par les soldats d'Otton III , avec la bénédiction du pape allemand Grégoire V et malgré les protestations de saint Nil de Rossano: langue coupée, yeux crevés, nez coupé, exhibition humiliante dans les rues, monté à l'envers sur un âne (998). Il fut ensuite enfermé dans un monastère où il mourut en 1013, quelques mois avant le triomphe définitif de l'hérésie.

Ces nouvelles méthodes peu orthodoxes donnaient le ton de ce qu'allait bientôt être la nouvelle religion: il n'est pas indifférent de noter que le premier bûcher d'hérétiques est dressé à Orléans en 1022. La chute hors de l'Orthodoxie s'accompagne ainsi immédiatement de l'apparition de la violence caractéristique de la Papauté, le pieux pape Jean XVI n'ayant été que la première victime avant des millions d'autres, jusqu'à nos frères serbes immolés sous le régime de Pavelic et du cardinal Stepinac en 1941-45.

A noter que les papistes d'aujourd'hui font de Jean XVI un antipape, ce qui a beaucoup de saveur quand on voit que dans la liste officielle des papes il y a un Jean XV (985-996) et un Jean XVII (1003), mais pas de Jean XVI entre les deux. Si le Romain Siccone prit le nom de Jean XVII à son avènement sur le trône pontifical en 1003, c'est qu'il devait bien savoir, lui, moins savant que les cuistres modernes, que Jean XVI avait été un vrai pape...

Après le martyre de Jean XVI, il y eut une alternance de papes romains et de papes serviteurs de l'Empereur germanique jusqu'en 1012. Alors le trône échut au comte Théophylacte de Tusculum, cardinal de Porto, qui devint pape sous le nom de Benoît VIII. Empêtré dans des querelles politiques, celui-ci fit appel à l'aide du roi Henri II d'Allemagne, qui, en échange de son aide, obtint la couronne impériale et ... l'insertion définitive du filioque dans le Credo (14 février 1014).

A partir de cette date de 1014, on peut considérer que l'Orthodoxie était morte en Occident: 220 ans de répression avaient fait leur oeuvre, et le dernier bastion orthodoxe d'envergure, le patriarcat de Rome, venait de tomber.

Dès lors il convient de clore à 1014, et non 1054, le calendrier des saints orthodoxes d'Occident.

Dans l'intervalle entre 1014 (chute sans rémission de l'Église de Rome dans l'hérésie) et 1054 (schisme final entre le patriarcat de Rome et les patriarcats occidentaux), les résistances aux innovations germaniques ont continué, mais nous n'en savons en définitive que peu de choses. A Rome, il y a eu des orthodoxes clandestins dont l'un s'enfuit en Russie et est inscrit au calendrier orthodoxe sous le nom de saint Antoine le Romain (mémoire le 3 août); mais quand ont-ils disparu?

Les Italiens orthodoxes ont réussi à faire vivre le monastère des Amalfitains au Mont Athos pendant encore plus d'un siècle après le schisme de 1054; c'est donc qu'ils devaient être suffisamment nombreux. En Italie du Sud hellénisée, l'Orthodoxie est restée dominante jusqu'à la fin du XIème siècle, et a survécu dans des poches de résistance (de plus en plus difficilement après la création de l'Inquisition en 1215) jusqu'au XVIème siècle. Un cas limite a même été retrouvé en 1961 (dissimulé sous un badigeon) dans la haute vallée de la Roya, anciennement italienne, par les services français des Monuments Historiques : une fresque piémontaise de 1490, représentant une Dormition de la Mère de Dieu parfaitement conforme à l'iconographie orthodoxe en plein chœur du sanctuaire N.D. des Fontaines, à La Brigue.

Il y a aussi eu des résistances au papisme et au filioquisme en Angleterre (raison pour laquelle le pape Alexandre II appuya la conquête de ce pays par les Normands en 1066) et dans les pays celtiques (raison pour laquelle le pape Adrien IV autorisa en 1155, par la bulle Laudabiliter, le roi d'Angleterre Henri II à entreprendre la conquête de l'Irlande "en vue d'étendre les bornes de l'Église, de faire connaître la vérité à des peuples ignorants et grossiers et d'extirper des champs du Seigneur des pépinières de vices"- ce langage suggère bien que l'Irlande ne devait pas être en communion avec la Papauté...), résistances qui prirent définitivement fin avec la suppression de la métropole celtique de Dol-de-Bretagne en 1199.

En définitive, c'est dans les pays les plus tardivement gagnés au christianisme - Bohême, Scandinavie et Hongrie - qu'une influence orthodoxe parvint à se faire sentir le plus durablement (jusqu'au premier quart du XIIIème siècle en Hongrie).

Pour tous les Occidentaux ayant vécu en communion avec le patriarcat de Rome entre 1014 et la rupture définitive de 1054, je ne retiens dans notre calendrier que les trois sur lesquels l'Église orthodoxe s'est prononcée : saint Olaf de Norvège (mort en 1030), saint Etienne de Hongrie (mort en 1038) et saint Procope de Sazava (mort en 1053). De ce dernier, en particulier, il est attesté qu'il fut un résistant aux innovations. Le monachisme orthodoxe qu'avait incarné saint Procope parvint à se maintenir en Bohême jusqu'en 1095.

La question de la canonisation orthodoxe pourrait se poser pour le roi d'Angleterre Édouard le Confesseur, mort en 1066, car l'Église anglo-saxonne avait rompu avec Rome depuis 1052 et ne pouvait donc pas tomber sous le coup des anathèmes de 1054; c'est Guillaume le Conquérant qui remit l'Angleterre dans l'obédience romaine.

Cependant, pour les Occidentaux qui ont vécu après 1014, je m'en suis tenu aux trois qui ont fait l'objet d'un culte dans l'Orthodoxie, dont deux ont été officiellement inscrits au calendrier.

Ayant ainsi posé les bornes de 794 et de 1014 (sauf pour les trois saints reconnus par l'Orthodoxie pour la période 1014-1054), que faire au sujet des personnages ayant vécu entre 794 et 1014 et qui ne figurent pas encore au calendrier de l'Eglise orthodoxe?

Pour certains, nous savons qu'ils ont refusé les innovations: saint Léon III, saint Angobard de Lyon... Nous savons aussi que d'autres sont des hérétiques qui ont été rajoutés au calendrier des diocèses d'Occident (le pseudo-bienheureux Charlemagne, par exemple).

Mais pour la plupart, nous ne savons pas quel parti ils ont réellement pris dans le long conflit qui a amené la séparation de l'Occident d'avec l'Orthodoxie.

Les critères de " mort avant 1014 ", de " vénéré avant 1054 " ou de " n'ayant pas fait la promotion active de l'hérésie " ne sont pas suffisants, car l'on risque de mettre au calendrier des hérétiques sur lesquels nous ne sommes pas informés. Pour certains personnages, leur vie de thaumaturge (saint Géraud d'Aurillac, saint Odon de Cluny) plaide en faveur de leur Orthodoxie. Mais l'Église orthodoxe ne s'est prononcée pour l'instant que sur saint Ansgar (Anschaire, Oscar), évêque de Hambourg mort en 865, canonisé par une conférence des évêques européens de l'Église russe hors frontières tenue à Genève sous la présidence de l'archevêque saint Jean Maximovitch les 29 et 30 septembre 1952.

Je suis obligé d'appliquer en l'état actuel des choses des critères dont je reconnais qu'ils sont subjectifs - mais qui essaient d'être prudents.

Il est évident que la Germanie a été gagnée très tôt par l'hérésie, comme le montrent les persécutions infligées dès 880 par un clergé allemand filioquiste aux orthodoxes tchèques. A priori, je ne retiens pas de saint allemand postérieur à 794, sauf saint Oscar canonisé par l'Église russe hors frontières et des cas particuliers où la sainteté est indiscutable comme sainte Gunhild ou des martyrs morts par la main des Vikings au IXème siècle. Idem pour les Pays-Bas, l'Espagne, le Portugal, la Slovénie et la Croatie.

Pour les régions restées le plus longtemps fidèles à l'esprit de l'Orthodoxie - Italie, Provence, Scandinavie, îles britanniques -, je pars du principe inverse, et, sauf engagement manifeste en faveur de l'hérésie, j'ai tendance à inscrire dans ce calendrier toutes les personnes figurant sur les calendriers catholiques-romains et mortes avant 1014.

Les cas difficiles restent les pays francophones: Belgique, France hors Provence, Luxembourg, Monaco, Suisse, qui se trouvent dans une situation intermédiaire entre les Églises locales en pointe de l'hérésie et les Églises locales restées le plus longtemps orthodoxes. Le problème est d'autant plus délicat que la France, dans ses frontières actuelles, représentait un bon quart de la population de tout l'Occident.

En principe, j'inscris au calendrier ceux qui ont vécu avant 950, et je suis circonspect pour ceux qui ont vécu après 950, tout en reconnaissant que la période qui pose le plus de problèmes va de 950 à 1000. Il convient d'essayer de trouver des traces indéniables d'orthodoxie dans leur Vita.

Un autre principe est d'exclure tous les personnages qui ont été trop manifestement liés à l'Empire germanique dont on a vu les interventions incessantes contre les papes orthodoxes de Rome entre 962 et 1014, d'autant plus qu'on a trop manifestement voulu les canoniser pour justifier ce qui s'est passé. Je ne retiens donc pas, par exemple, la mémoire de l'impératrice Adélaïde (fille de la reine Berthe dont le souvenir est longtemps resté vivant en Suisse romande).

Cette attitude ne préjuge naturellement pas de la sainteté d'Occidentaux qui ont vécu entre 794 et 1054 et que je n'ai pas retenus dans le Calendrier. On l'a vu, l'esprit d'Orthodoxie a survécu en Irlande, en Italie, en Scandinavie ou en Hongrie jusqu'à la fin du XIIème siècle, et ce qui reste des sublimes fresques de Berzé-la-Ville est là pour nous montrer qu'il avait encore laissé des traces chez les moines de Cluny cinquante ans après le schisme. Mais le problème n'est pas là.

Le but recherché est de ne pas commettre d'imprudence qui aboutirait à rendre un culte public à des personnages qui s'avéreraient en fait avoir été des ennemis de l'Orthodoxie et des responsables conscients des événements qui ont amené à la chute et à la rupture.

Naturellement, les quelques principes exposés ici ne sont qu'un pis-aller tant que l'Église ne se sera pas prononcée officiellement sur l'opportunité d'inscrire au calendrier ecclésiastique la mémoire de tel ou tel Occidental. On aura constaté que le Patriarcat oecuménique de Constantinople n'a pas eu peur, en 2000, de procéder à la canonisation officielle du roi Etienne de Hongrie. Quelle Église locale aura le courage d'inscrire au calendrier les deux papes orthodoxes martyrs de Rome, Jean VIII, assassiné à coups de marteau en 882, et Jean XVI, mutilé dans d'atroces conditions en 998?

Claude LAPORTE

PS - A titre d'exemple, j'ai eu à appliquer les principes énoncés plus haut en écrivant la liste des saints du 2 janvier du calendrier ecclésiastique, dans le "Calendrier des Saints" du forum.

En effet, tant le calendrier des saints orthodoxes du patriarcat de Rome établi par le prêtre André Philips de l'Église russe hors frontières en Angleterre que le calendrier 2004 de la "Fraternité orthodoxe en Europe occidentale" font figurer à cette date "saint" Adélard, abbé de Corbie en Picardie (Corbie qui devient étrangement "Corveg" sur le calendrier de la "Fraternité orthodoxe en Europe occidentale").

Or, à propos de ce petit-fils de Charles Martel, mort en 826 (en 827 selon la "Fraternité orthodoxe en Europe occidentale"), il suffit de se reporter au tome Ier des Petits Bollandistes, par Mgr Paul Guérin, camérier de Léon XIII (édition des Editions Saint-Rémi, Cadillac 2001, qui reproduit le texte de la 7ème édition de 1874) pour lire, page 85, ce qui suit: "Adélard fut député par Charlemagne et le concile d'Aix-la-Chapelle, 809, auquel il avait assisté, vers le pape Léon III, pour faire approuver par le Saint-Siège l'addition, au Symbole, de ces deux mots, filioque, destinés à exprimer plus clairement (sic! - NdL) que le Saint-Esprit procède à la fois du Père, et du Fils, comme d'un seul principe."

On voit par conséquent qu'Adélard de Corbie non seulement fut filioquiste, mais qu'en plus il fut parmi ceux qui tentèrent de faire tomber le patriarcat de Rome, à ce moment citadelle de l'Orthodoxie en Occident, dans l'hérésie dont l'usurpateur Charlemagne faisait la promotion pour justifier ses prétentions impériales.

Les conséquences de l'attitude qui consiste à recopier les calendriers catholiques romains en s'arrêtant à 1014 ou 1054 et sans lire les vies des saints sont dangereuses: si on suit le calendrier du père Philips ou celui de la "Fraternité orthodoxe en Europe occidentale", on aboutit ainsi à faire la promotion dans l'Orthodoxie du culte d'un personnage qui figura parmi les premiers responsables de la tragique séparation de l'Occident d'avec l'Orthodoxie.


Lecteur Claude Laporte



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NB : en Belgique, un travail de longue haleine a été accompli sur certains saints locaux. C'est ainsi que sainte Godelieve, qui selon les critères ci-dessus "passerait à la trappe", est vénérée dans l'Horologion Orthodoxe officiel de Belgique. Et bien d'autres encore. C'est aussi un travail essentiel que chaque Église locale est censée accomplir, si son évêque est conscient de sa mission sur terre.

Lecteur Jean-Michel.

07 octobre 2014

Saint Pallade de Saintes (Auvergne) et la vie épiscopale mouvementée en Mérovingie

Ce n'était pas de tout repos, être évêque à l'époque mérovingienne. Certes la Foi Orthodoxe prédominait, mais elle était si peu pratiquée par la plupart des dirigeants, et même une partie de l'épiscopat & clergé - comme on le verra dans la vie de saint Columban de Luxueil, qui formera quantité de grands saints pour remplacer tout ce petit monde si peu Chrétien..

A la fin du 6ième siècle, époque de sanglantes perturbations, on voit paraître la douce figure de saint Pallais ou Pallade, évêque de Saintes. C'est un noble type des évêques de cette époque, dont on a dit avec justice qu'ils ont formé la France comme les abeilles forment leurs rayons de miel. Nous les voyons apporter leurs lumières dans les conseils des rois mérovingiens, maintenir dans les Conciles la discipline ecclésiastique et la pureté de la Foi, puis rentrer dans la retraite et le silence pour reparaître, aux jours des grandes fêtes Chrétiennes, dans les cathédrales qu'ils ont bâties.
Issu de la famille des Pallades, de la noblesse de l'Auvergne, son père était comte de Gévaudan. Le plus brillant avenir séculier semblait donc déjà préparé au jeune Pallais. A tous ces honneurs, il préféra celui de servir Dieu et ses frères en entrant dans le clergé. A la mort de l'évêque Didyme, vers l'an 570, les "3 Ordres" de la ville de Saintes se tournèrent vers le jeune patricien récemment ordonné prêtre pour gouverner le diocèse. L'influence des évêques était alors la meilleure sauvegarde des intérêts temporels et spirituels des cités.

Dès l'an 573, Pallais assistait, avec 30 autres évêques, au Concile convoqué à Paris par Gontran, roi d'Orléans et de Bourgogne. Dans ce Concile fut déposé Promotus, nommé à l'évêché de Châteaudun par Sigebert, roi d'Austrasie. On s'occupa ensuite de réconcilier les rois Chilpéric et Sigebert; mais tous les efforts de l'épiscopat venaient échouer devant l'animosité réciproque des 2 reines Frédégonde et Brunehaut, cause principale des troubles qui alors ensanglantaient la Gaule Mérovingienne.

En 579, saint Pallais tint lui-même un Synode à Saintes. On y jugea Nantinus, comte d'Angoulême, coupable de violences et de déprédations sacrilèges pour lesquelles il était excommunié. Comme il manifestait du repentir, il obtint son absolution. Mais il se livra de nouveau aux mêmes excès, et mourut en proie à un mal étrange dans lequel on a cru reconnaître les symptômes de la maladie connue au moyen âge sous le nom de Feu-Saint-Antoine. Saint Grégaire de Tours rapporte, en effet, que le cadavre de Nantinus avait l'aspect d'une chair brûlée sur des charbons ardents.

Dans le but de procurer la paix de l'Eglise et de l'Etat, saint Pallais écrivit au roi Sigebert. Mais les vicissitudes politiques qui firent changer plusieurs fois de maître à la Saintonge rendaient inutile le zèle du saint homme, et lui firent encourir un jour la disgrâce de Gontran. La vertu de Pallais, soumise en cette circonstance à une rude épreuve, se démentit un instant. Les fautes des saints nous montrent qu'ils ne furent pas d'une nature différente de celle des autres hommes; mais la faiblesse est toujours rachetée chez eux par la pénitence. Pour établir les faits dans toute leur vérité, il suffira d'en emprunter le récit à saint Grégoire de Tours, témoin oculaire et véridique.

L'adultère était hélas fréquent chez les rois et nobles Francs. Clotaire 1er avait eu un fils naturel nommé Gondovald, plus connu sous le nom de Gondebaud. A cette époque, les bâtards n'étaient pas exclus du droit de succession. Gondovald pouvait donc prétendre à celle de Clotaire. Dans cette vue, sa mère avait pris un soin particulier de son éducation et l'avait présenté à Childebert, roi de Paris, comme son neveu. Ce prince, qui n'avait pas d'enfants, fit élever Gondovald et lui permit de porter les cheveux longs comme les portaient les princes du sang royal. Clotaire, l'ayant appris, déclara que Gondovald n'était pas son fils et lui fit couper les cheveux. Mais, à la mort de Clotaire, le jeune prétendant laisse de nouveau croître sa chevelure avec l'agrément de Charibert, qui le reconnaît pour son frère, malgré Sigebert. Il passe alors en Orient, où il acquiert une fortune considérable. Les dissensions des rois de Bourgogne et d'Austrasie facilitaient les desseins de quelques grands seigneurs qui aspiraient à l'indépendance. Afin de mieux exécuter leurs projets, ils appellent Gondovald, et lui offrent le trône d'Aquitaine. Cette province, restée romaine dans ses moeurs et ses institutions, avait peu de sympathie pour la domination des Francs. Gondovald est proclamé, à Brives-la-Gaillarde, roi de tous le pays qui s'étend de la Charente aux Pyrénées. Il se présente devant Périgueux, dont l'évêque lui ferme les portes; mais il s'empare de tout ce qui lui résiste; il parvient même à gagner Mummolus, ancien général de Gontran, et Bertchramne, évêque de Bordeaux. Il lui fut donc d'autant plus facile de se faire reconnaître par l'évêque de Saintes, que ce prélat trop peu préoccupé des débats politiques pouvait fort bien ignorer que Gontran eût dit, tantôt que Gondovald était le fis d'un meunier, tantôt qu'il l'était d'un lainier; ou, s'il le savait, il lui était bien permis de penser que la vérité était du côté du prétendant, proclamé de fait par la majorité des populations, reconnu par sa propre mère, par les rois Childebert et Charibert et tous les vassaux, plutôt que du côté de Gontran trop intéressé à nier les faits. On avait déjà vu en peu de temps la Saintonge passer en tant de mains, que l'on y pouvait ignorer auquel il fallait obéir. Du reste, Gontran lui-même excusait Théodore, évêque de Marseille, qui, le premier, avait accueilli Gondovald. Saint Pallais pouvait donc se croire autorisé à céder aux exigences du prétendant en matières purement spirituelles. Il s'agissait de donner un successeur à l'évêque d'Acqs qui venait de mourir. Chilpéric, légitime souverain de la contrée, exigeait que ce fût le comte Nicetius encore laïc. Gondovald et Mummolus firent nommer le prêtre Faustien. L'archevêque de Bordeaux, Bertchramne, souffrant d'une ophthalmie, chargea l'évêque de Saintes de sacrer le nouveau prélat. Les agents de Gondovald, pour mieux s'assurer du consentement de Pallais, se saisirent de sa personne et l'emmenèrent de force.
Des courtisans de Gontran trouvèrent l'occasion favorable pour desservir le saint évêque auprès de ce prince. Pallais aurait pu rejeter tous les torts sur son métropolitain. Il eut la générosité d'assumer sur lui la responsabilité d'un acte qui lui avait été extorqué. Aux reproches que lui adressaient à ce sujet les évêques et les nobles de la cour d'Orléans, il répondait avec sa loyauté ordinaire : "Mon métropolitain était affligé d'une douloureuse maladie des yeux. D'un autre côté, maltraité, rançonné, et emmené de force comme je le fus, je me suis vu dans l'impossibilité de résister aux injonctions de celui qui se déclarait maître de toute la Gaule". Malgré ces excuses, Pallais ne laissa pas d'encourir, avec Bertchramne, l'indignation de Gontran.

Peu après Gondovald, vaincu par les rois de Bourgogne et d'Austrasie, tombait sous le poignard de ceux mêmes qui l'avaient acclamé. Les évêques s'étaient réunis à Tours pour se concerter sur les moyens de faire la paix avec Gontran. Ce prince arrive dans cette ville sans y être attendu; et saint Grégoire, qui en est évêque, l'invite à un repas avec tous les évêques réunis à Tours en cette circonstance. Bertchramne et Pallais s'y étaient rendus. Malgré les instances de leurs collègues, le roi exige que tous ceux qu'il ne connaissait pas encore lui soient présentés. Bertchramne entra. "Quel est celui-ci ?" demanda le prince, car il ne l'avait pas vu depuis longtemps. "C'est Bertchramne, archevêque de Bordeaux", répond-on. Alors s'adressant à ce prélat, "Je vous suis reconnaissant", lui dit le roi, "de la manière dont vous servez les intérêts de notre famille; car vous devez savoir, bien-aimé père, que nous sommes parents par nos mères, et vous avez appelé contre notre maison un étranger qui en a été le fléau !..." Il fit encore à Bertchramne beaucoup d'autres reproches de ce genre. Puis se tournant vers l'évêque de Saintes, "Quant à vous, Pallais", lui dit-il, "je ne dois pas vous avoir beaucoup d'appréciation de votre conduite. Voilà la 3ième fois que vous me trahissez; ce qui est bien peu digne d'un évêque. Les messages que vous m'adressiez sont pleins de duplicité. Pendant que vous vous excusiez par vos lettres, vous écriviez à mon frère pour l'attirer dans votre pays. Mais Dieu a fait éclater la justice de ma cause. Je vous honorais comme un père de l'Eglise, et vous aviez la perfidie d'agir contre moi". Gontran, s'adressant ensuite à Nicaise, évêque d'Angoulème, et à Antidius, évêque d'Agen : "Et vous, saints pères", dit-il, "quelles mesures avez-vous jugé utile de prendre dans l'intérêt du pays et de notre trône ?" Les évêques contristés gardaient le silence. Le roi, néanmoins, se lava les mains, demanda aux évêques leur bénédiction, et se mit à table, dissimulant sous un visage serein et un air de gaîté le ressentiment qu'il venait de laisser éclater.

Le dimanche suivant, Gontran vint à l'église pour assister à la Liturgie. Tous les évêques avaient déféré à saint Pallais, comme au plus digne, l'honneur de célébrer les saints Mystères. Comme il commençait la lecture de la prophétie, le roi demande le nom du célébrant. C'est Pallais, lui dit-on. - "Quoi !" s'écrie-t-il en colère, "celui qui m'a toujours été infidèle, qui m'a trahi, c'est lui qui va prêcher devant moi ! Non, je sors de l'église, pour ne pas entendre la prédication de mon ennemi". A ces mots, il se lève pour sortir. Tous les évêques, affligés de l'humiliation de leur frère, disent au roi : "Prince, nous l'avons vu à votre table; vous avez reçu sa bénédiction. Pourquoi maintenant le roi ne veut-il plus l'accepter en sa présence ? Si nous avions su qu'il vous fût désagréable à ce point, nous l'aurions éloigné, et un autre aurait été désigné pour célébrer la Liturgie. Permettez au moins qu'il achève la cérémonie commencée. Plus tard nous examinerons les griefs que vous pouvez avoir contre lui, et nous vous ferons justice dans les formes canoniques". Pallais, supportant cet affront avec une rare humilité, s'était retiré à la sacristie. Mais le roi le fit rappeler, et il continua la célébration.

Néanmoins, l'âme loyale du saint évêque se révoltait en se voyant abandonné à toute l'indignation de Gontran par Bertchramne, principal auteur de sa disgrâce. Saint Grégoire de Tours ajoute que, invités de nouveau à la table du roi, les 2 évêques, au commencement du repas, se disputèrent, et dans la chaleur de la discussion se laissèrent emporter à des injures réciproques. Plusieurs riaient de ce débat; d'autres, plus sensés, gémissaient de voir entre des prêtres du Seigneur la discorde soufflée par l'esprit infernal. Bertchramne et Pallais prirent congé du roi, promettant sous caution de comparaître au prochain Concile convoqué à Mâcon pour le 10 des calendes de novembre (23 octobre).

A l'époque fixée, continue saint Grégoire, le Concile s'ouvrit à Mâcon. Faustien, ordonné évêque d'Acqs par ordre de Gondovald, fut déposé. L'archevêque Bertchramne, Oreste, évêque de Bazas, Pallais, évêque de Saintes, qui avaient consacré Faustien, furent condamnés par le Concile à payer à ce dernier une pension annuelle de cent sous d'or. Enfin, Nicetius qui, encore laïc, avait été présenté par Chilpéric, fut élevé à l'épiscopat.
Les évêques qui avaient embrassé le parti de Gondovald eurent à se justifier, et nous ne voyons pas que saint Pallais ait eu à rendre compte, comme les autres, de sa conduite politique tant elle paraissait à l'abri de tout reproche. Notre saint évêque avait néanmoins contre lui plusieurs membres de son clergé et Bertchramne, son métropolitain, qui ne ménageaient ni les intrigues ni les calomnies. Ce dernier prélat mourut à son retour du Concile. Saint Pallais put alors se faire rendre justice. Les clercs qui l'avaient calomnié furent défroqués, puis livrés selon la rigueur des lois de l'époque à des châtiments corporels.
Dès lors l'évêque de Saintes s'appliqua à mettre en vigueur dans son diocèse les sages règlements adoptés par le Concile de Mâcon et devenus loi de l'Etat par la sanction royale dont ils avaient été revêtus.

L'année suivante (587) notre Saint vit encore s'élever une nouvelle tempête. Le bruit avait été habilement répandu par ses ennemis qu'il favorisait secrètement les projets de Frédégonde contre Gontran. Il aurait soi-disant donné asile à des émissaires de cette reine dans sa ville épiscopale, et fourni le moyen d'arriver jusqu'en Espagne où ils se dirigeaient. On était alors en Carême. Le saint évêque se retirait habituellement pendant ces jours de pénitence dans une des îles de son diocèse, où il restait jusqu'à la solennité du Jeudi Saint. Au moment donc où tout le peuple attendait son retour, Pallais se voit arrêté en chemin par Antestius comte d'Angers. Ce magistrat, sans s'informer de la vérité des faits imputés au saint évêque, lui dit : "Vous n'entrerez pas à Saintes; mais vous allez être conduit en exil, pour avoir accueilli les émissaires de l'ennemi de notre roi". - "J'ignore ce que vous voulez dire", réplique l'évêque, "mais comme nous sommes dans la Semaine Sainte, rendons-nous à la ville. Après les fêtes, vous pourrez instruire l'affaire. Il me sera d'autant plus facile de me justifier, qu'il n'y a rien de vrai dans tout ce que vous alléguez". -" Pas question", dit Antestius, "vous ne mettrez pas les pieds dans votre église, parce que vous êtes déclaré coupable de haute trahison". Là-dessus, il fait mettre les biens de l'église sous séquestre, et livre au pillage la maison de l'évêque. En vain les habitants de Saintes supplient le comte d'attendre au moins, pour agir, que les fêtes de Pâques soient passées. Il résiste longtemps; mais sa cupidité, seul véritable motif qui le pousse à traiter ainsi notre saint, finit par se trahir. "Que votre évêque m'abandonne par acte de vente le domaine qu'il possède aux environs de Bourges, et je vous accorde ce que vous me demandez; sinon il ne sortira de mes mains que pour aller en exil". Pallais tenait moins à ses biens qu'à sa liberté ; il la racheta au prix de son patrimoine; écrivit et signa un acte de vente; promit de se justifier en présence du roi; donna des garants de sa promesse, et put rentrer dans Saintes. Les fêtes terminées, il se rend à la cour de Gontran. Antestius s'y présente aussi; mais ce dernier ne peut établir aucun des faits dont il charge le saint Evêque.
Le roi renvoie celui-ci dans son diocèse, et remet à un prochain Concile l'examen de cette affaire. Dès lors la paix du vénérable évêque n'est plus troublée, et il en profite pour restaurer les églises de son diocèse et en construire de nouvelles.

En 589, son ami Grégoire de Tours lui avait envoyé, sur sa demande, des reliques de saint Martin. Pallais venait, en effet, de construire à ce glorieux thaumaturge une basilique qu'il désirait enrichir de ces précieuses reliques. Sa piété envers le saint fut récompensée par les grâces signalées qu'en obtint la ville de Saintes. Pallais écrivit à son illustre ami, que déjà 2 paralytiques dont les pieds étaient tout contractés, à peine entrés dans la nouvelle église, avaient obtenu guérison et marchaient librement. 2 aveugles avaient aussi recouvré la vue, et plus de 12 malades consumés par la fièvre quarte avaient été complétement guéris.
Saint Grégoire de Tours dit que saint Pallais fit reconstruire l'église dédiée à saint Eutrope, laquelle "située en dehors de la ville", avait été précédemment restaurée par saint Léonce de Bordeaux.
C'est là que saint Pallais fit la première translation des restes précieux de saint Eutrope. Il avait convoqué, pour assister à l'ouverture du tombeau, les abbés des monastères voisins. 2 d'entre eux, en contemplant pieusement les reliques du Saint, remarquèrent avec surprise sur le crâne une longue fracture. Les malheurs des temps avaient effacé jusqu'au souvenir du martyre de saint Eutrope, et, comme rien ne pouvait fixer à ce sujet les incertitudes, on l'honorait seulement comme confesseur. La nuit suivante, il apparut aux 2 abbés pendant leur sommeil, et leur dit : "La cicatrice que vous avez remarquée à ma tête, est la trace du coup de hache qui a consommé mon martyre". Ce fut probablement à l'occasion de cette première translation que le chef de saint Eutrope fut séparé du reste du corps, pour être exposé, dans l'église haute à la vénération des fidèles.
Saint Pallais restaura également le tombeau de saint Martin, abbé de Saintes, et voulut le transférer en un lieu plus convenable.

Saint Grégoire de Tours raconte un fait merveilleux qui signala la restauration par saint Pallais de l'église dédiée à saint Pierre par saint Vivien, et où ce dernier saint était inhumé. On y vénérait aussi le tombeau de saint Trojan placé dans une des chapelles. Dans un angle de cette chapelle, à la naissance d'un arceau, se trouvait un très grand sarcophage. Une antique tradition disait que c'était le tombeau de 2 époux, qui, dans les jours qui suivirent leur Baptême, moururent en même temps dans l'innocence, pendant qu'ils portaient encore les vêtements blancs qui en étaient le symbole. On les disait descendants de la famille de saint Hilaire de Poitiers. Ce tombeau encombrait l'entrée de la chapelle, et il avait de plus l'inconvénient d'empêcher de réparer la muraille à laquelle il était contigu, et que l'infiltration des eaux pluviales dégradait de jour en jour. Saint Pallais avait fait préparer une autre place à ce monument. Le jour où l'on devait l'y transporter, plus de 300 hommes se réunissent munis de câbles et de leviers. Ils s'épuisent en efforts inutiles, sans pouvoir même ébranler le tombeau. Les efforts redoublent, la sueur inonde tous les fronts, rien n'y fait. On entend les cris redoublés de ceux qui président au travail; maintes fois le signal est donné, mais toujours en vain. Le tombeau reste inébranlable. Toutes les forces sont épuisées, et déjà la nuit invite à prendre du repos. Dès le point du jour, Pallais n'a rien de plus pressé que d'inviter ses gens à le suivre à la chapelle. Il entre le premier, et quel n'est pas son étonnement de voir le sarcophage établi sur la nouvelle base qu'il lui avait fait construire à l'emplacement qu'il lui destinait. Un cri d'admiration et de reconnaissance s'échappe du coeur du saint évêque, pour exalter la puissance de Celui qui avait accompli si merveilleusement ce qu'aucune force humaine n'avait pu faire. Personne, ajoute saint Grégoire de Tours, n'a jamais eu révélation des noms des 2 époux dont ce tombeau contenait les restes.

De tous les évêques de Saintes, saint Pallais est celui qui a le plus fait pour le culte des Saints du diocèse, dont il devait un jour partager la gloire. Ce fut lui qui plaça saint Vaise sur nos autels. Depuis que le corps de ce jeune martyr avait été inhumé par la piété de Francus, près des rives de la Charente, des miracles n'avaient cessé de s'opérer à son tombeau. L'évêque de Saintes jugea le moment venu de procéder à la glorification ("canonisation") de ce héros Chrétien. Des enquêtes constatèrent l'authenticité de ses reliques et des prodiges qu'il opérait. Tous les fidèles du diocèse furent appelés à exprimer leurs sentiments et leurs voeux relativement au culte du nouveau saint; et bientôt, de l'avis de tous, Pallais érigeait une église et un monastère sur le tombeau de saint Vaise.
L'oeuvre la plus considérable de saint Pallais fut la construction d'une basilique dédiée aux saints Apôtres Pierre et Paul, et aux saints martyrs Laurent et Pancrace. Les proportions de cet édifice étaient grandioses. Elle renfermait 13 autels, dont 9 venaient d'être dédiés à autant de Saints. Pour les 4 qui restaient encore à consacrer, le pieux évêque envoya à Rome un de ses prêtres nommé Leuparic, pour obtenir de saint Grégoire le Grand des reliques des Saints en l'honneur desquels ces autels étaient érigés. Le pape de Rome accorda les reliques demandées, et accompagna ce don de cette lettre dans laquelle il loue la piété de l'évêque de Saintes. On lui assigne pour date l'an 596.
"Votre prêtre Leuparic, porteur des présentes lettres", écrit saint Grégoire, "est venu me faire connaître que vous avez élevé une église en l'honneur des saints Apôtres Pierre et Paul, et des saints martyrs Laurent et Pancrace, qu'il y a dans cette église 13 autels, dont 4, m'a-t-on dit, ne sont pas encore consacrés, parce que vous désirez y placer, s'il plaît à Dieu, des reliques des Saints que je viens de nommer. Je vous envoye donc les reliques demandées, et, vous souhaitant bonne réception, à les placer, Dieu aidant, avec tout le respect qui leur est dû."
Saint Grégoire avait en grande estime saint Pallais. Il lui en donne une nouvelle preuve dans la lettre par laquelle il lui recommande les missionnaires envoyés de Rome en Angleterre sous la conduite de saint Augustin futur évêque de Canterbury, lesquels devaient passer par Saintes.
Saint Grégoire le Grand, saint Augustin d'Angleterre et saint Pallais moururent à peu près à la même époque, environ vers l'an 600. La bienheureuse mort du saint évêque de Saintes arriva le 7 octobre, comme l'indiquent tous les martyrologes et le bréviaire manuscrit du 13ième siècle.
Des faveurs nombreuses obtenues à son tombeau y attiraient de nombreux pèlerins. La dévotion des peuples le regardait comme un des plus puissants protecteurs de la contrée. Dans les temps de sécheresse, la châsse qui contenait les reliques de saint Pallais était portée en procession pour obtenir de la pluie. Ce précieux trésor a été profané et détruit au 16ième siècle par le fanatisme des Protestants.

Cfr Saint Grégoire de Tours, Hist, livres 7 et 8; saint Grégoire le Grand, livre 5, lettres. 50 et 52; Gallia Christ. nova, t.2, p.1058; etc

12 septembre 2013

Saint Elvis (ou Ailbhe) d'Emly, un des Pères de l'Irlande chrétienne


icône à commander au monastère de Pervijze
http://www.orthodox.be


"The Flowering of Ireland: Saints, Scholars & Kings" par Katharine Scherman, Little Brown & Co, 1981 (reéditée en 1999 pour le St Patrick's Day). Extraits :

p 83: "Mais lui [ Patrick] avait des prédécesseurs. A travers la nimbe de mythe qui entoure l'histoire de l'ancienne Eglise Irlandaise, émergent 4 saintes figures qui y étaient avant que Patrick ne vienne.. On ne sait plus grand chose d'eux, sinon leurs noms - saint Ciaran de Saighir et Ossory, saint Ailbhe d'Emly, saint Ibar de Beg Erin et saint Declan d'Ardmore - et quelques vivantes légendes sur leurs activités miraculeuses."

pp 84-85: "Ailbhe naquit d'une jeune servante dans la maison de Cronan, seigneur d'Eliach au Comté de Tipperary. Cronan, pour des raisons non-révèlées, désapprouva cette naissance et ordonna qu'il soit exposé "aux chiens et bêtes sauvages, afin qu'il soit dévoré" (1) Le bébé fut retrouvé par une louve, qui en prit soin jusqu'à ce qu'un passant inconnu, probablement un Chrétien de Grande-Bretagne, remarquant sa beauté et sa grâce Chrétienne potentielle, le prit avec lui pour l'élever dans la foi. Après des études et une consécration à Rome, Ailbe fut dirigé par le pape, en même temps que "50  saints hommes d'Irlande", probablement des accompagnateurs récemment convertis, pour aller faire du prosélitisme parmi les païens d'un endroit inconnu en Europe. Alors, comme "la sagace abeille chargée de miel", il embarqua pour l'Irlande avec ses compagnons dans une barcasse inapropriée à la navigation maritime. En bénissant la mer, il les amena tous avec serénité dans un port au nord de l'Irlande, où il convertit le roi, Fintan, et ramena à la vie les 3 fils de Fintan, morts à la bataille.

Note de l'auteur [1]: "Les citations concernant la Vie de Saint Ailbhe à travers ce chapitre sortent du livre du Révérend John O'Hanlon, "Lives of the Irish Saints" [10 volumes, Dublin: J. Duffy & Sons, 1875].

"Saint Ailbe traversa l'Irlande, comme le fera saint Patrick après lui, convertissant en chemin, et s'installant pour finir à Emly, Comté de Tipperary, près du lieu de sa naisasnce. Là il fonda une église et une école, et promulgua la "Loi d'Ailbe", qu'on suppose être la première codification ecclésiastique en Irlande. Durant sa longue vie, il fut l'ami de nombre de saints hommes, dont bien entendu saint Patrick, qui l'aurait nommé archévêque de Munster. Quand il fut très âgé, il voulut se retirer à Tyle (Thule), l'île appelée à présent Islande, pour fuir les honneurs mondains et méditer parmi les saints ermites déjà établis sur cette blanche terre. Mais le roi Aengus de Munster (convertit par saint Patrick) refusa sa permission et plaça des gardes dans les ports de mer afin qu'il ne puisse pas échapper à ses responsabilités et les abandonnant à la multitude de ceux qui l'adulaient. Ailbe est appelé le "second saint Patrick", et il est un de ceux dont les actions et la personne se mèlent avec l'ombre du saint patron de l'Irlande."

p 86: "A Rome il [Saint Declan] rencontra Ailbé, déjà célèbre, et ils y devinrent de grands amis, ce qui devait durer jusqu'à la fin de leurs jours".


Tropaire de saint Ailbe ton 4
Quand l'Illuminateur de l'Irlande revint de sa terre natale il te trouva toi, O saint Ailbe, prêchant la Foi à Emly,/
Où à la demande d'un Ange tu avais bâtit une église./
O avisé berger des âmes et glorieux ascète,/
O ami des animaux et collaborateur dans la mission avec le célèbre Patrick,/
Prie le Christ notre Dieu afin que nous devenions nous aussi des bastions de l'Orthodoxie/
Et un brillant exemple pour nos compatriotes, les tirant hors de l'ignorance et de l'erreur/
et les amenant à la vraie Foi afin que toutes les âmes soient sauvées
.

On trouvera la Règle de saint Ailbe dans le livre "The Celtic Monk: Rules & Writings of Early Irish Monks" Uinseann O'Maidin OCR, pub. Cistercian Studies Series Number 162, 1996. ISBN: 0879076623 (pb) and 0879075627 (hb).
THE CELTIC MONK (en anglais) [ note del'éditeur : Règles et Ecrits des Anciens Moines Irlandais, traduits et annotés par Uinseann Ó Maidin, OCR. 1996      216 pp

touche personnelle : c'est en l'honneur de saint Elvis d'Emly que notre chien-loup tchèque a été appelé Elvis.

11 septembre 2013

La première célébration orthodoxe de saints d'Occident (métropolite Antoine Bloom)


http://www.metropolit-anthony.orc.ru/eng/eng_07.htm

Dès les premiers jours de son existence, l'Église a vénéré et aimé et chanté les louanges de ses saints, de ces gens qui ont été les héraults de l'amour de Dieu, et qui ont témoigné de leur fidélité, de leur engagement ferme, de leur amour, non seulement en paroles, mais par toute leur vie, et par leur mort aussi. Le premier martyr, Étienne, et après lui tant de martyrs et de témoins, et tous ceux qui ont vécu et brillé, et qui ont été sur terre le resplendissement de Dieu, la brillance de Son amour, la tendresse de Sa compassion, la pureté de Son message, ont été commémorés avec grande gratitude. Certains de ces saints sont connus, d'innombrables noms sont tombés dans l'oubli, mais tous sont commémorés et tous sont parmi nous, et c'est leur foi, leur fidélité, leur message qui ont fait qu'il nous est possible à nous d'appartenir au Corps du CHrist, d'entrer sur le chemin qu'ils ont suivit si glorieusement. Certains de ces saints sont connus dans le monde entier, d'autres vénérés localement, dans l'un ou l'autre pays, ou simplement dans une région limitée où ils ontbrillé et où leur mémoire est préservée avec vénération.

Un des premiers saints de l'Occident qui a été appelé à la vénération des émigrés Russes Orthodoxes en Europe occidentale a été sainte Geneviève de Paris, et lorsque je dis qu'elle nous a appelés à la vénérer, à la commémorer ensemble avec les nombreux autres saints Orthodoxes d'Occident, j'utilise ce terme à dessein. Dans une de nos plus pauvres et plus petites communautés à Paris, une femme se vit en songe quelque part dans les fourrés près d'un bois, et se sentit poussée à regarder ce qui s'y trouvait. Elle découvrit une porte, la franchit et marchea, et se retrouva devant la statue d'une femme, qui tenait en ses mains un livre et une gerbe de blé, et cette femme la regardait avec tristesse et lui dit : "Comment se fait-il que le peuple de ma cité, qui partage ma foi, ne m'honnore pas?" La femme se réveilla, mais elle ne savait pas quel nom donner à cette vision. Elle en parla, mais ne reçut pas de réponse avant plusieurs semaines, lorsqu'en allant à un petit endroit pas loin de Paris, appelé Sainte Geneviève des Bois, elle reconnu le lieu de son rêve, les fourrés. Elle y entra, elle trouva la porte, et découvrit la même statue, mais cette fois une inscription lui révéla que c'était sainte Geneviève, la sainte patronne de Paris avec saint Denis. Et elle rapporta la nouvelle, et dans notre petite communauté, nous avons commencé à la prier, plus tard nous avons fondé une paroisse à son nom, et ce fut le début de l'Orthodoxie française (*).

Cet événement a ouvert nos esprits et nos coeurs à quelque chose que nous avions négligé, car ayant perdu notre pays et tout ce que nous aimions, nous avions tendance à nous enfermer dans notre vie russe, ne nous souvenant que de nos ancêtres russes, à la fois spirituels et matériels, du pays que nous aimons, du peuple qui est notre parent, et des saints qui étaient la gloire de la Russie. Et voilà que soudainement, nous devenions conscients que nous étions en Occident, non pas dans une partie du monde qui nous était étrange et étrangère, mais dans une partie du monde qui avait partagé pendant près de mille ans la même foi avec nous, la même plénitude d'unité, la même joie d'appartenir tous ensemble au monde Chrétien. Nous avons commencé à nous intéresser aux saints d'Occident et dans tous les pays, à présent, cette prise de conscience a grandit, et lorsque nous venons dans un pays du monde occidental, nous savons qu'au delà de mille ans de séparations, nous rencontrons la mémoire, les prières, les noms et la présence de ces saints de l'Orthodoxie qui sont et ont été sa gloire, le resplendissement devant Dieu, nous venons auprès de notre propre peuple. Et c'est quelque chose qui est si merveilleux, et pour lequel nous sommes si profondément reconnaissants. Nous ne sommes pas des étrangers dans ce pays, des myriades d'hommes et de femmes y ont partagé notre foi. Nous ne sommes étrangers en aucun pays car l'ininterrompue unicité de l'Église il y a des centaines d'années fait de nous les parents de ceux qui en sont leur resplendissement et leur gloire.

Par la suite nous avons écrit à ce sujet à un des plus grands hommes de l'Église de Russie, au patriarche Serge à l'époque où il était encore le "locum tenens" du Siège de Moscou et toute la Russie. Il nous a encouragés, nous a appelés à la re-création, à ramener à la vie l'Orthodoxie de l'Occident. Il nous a appelé à traduire les offices, à célébrer dans la langue du pays, à rendre l'Orthodoxie vivante et accessible pour ceux qui l'avaient perdue et cependant aspiraient après sa plénitude. Et c'est ce que nous avons fait dans tous les pays dans lesquels l'Orthodoxie de tradition russe a été apportée par la tragédie de la Révolution russe et les années qui l'ont suivie.

Et maintenant, pour la première fois nous avons célébré ici, après le Dimanche de Tous les Saints traditionnellement célébré après la Pentecôte, après le Dimanche de tous les saints de Russie qui est célébré suite à la décision du Concile de 1917-1918 au moment où la Révolution était occupée à détruire tout ce qui existait, nous avons à présent célébré le Dimanche de tous les saints des Îles Brittaniques. Aujourd'hui, ignorés du monde, nous avons commencé une tradition qui ne mourra pas, nous avons ressuscité la mémoire de tous ceux qui sont nos frères dans la Foi, des exemples à suivre pour nos vies, ces gens sur les prières desquels nous pouvons compter, qui sont un avec nous. N'oublions jamais cette unicité de l'Église de Dieu, n'oublions jamais la manière par laquelle les saints de l'Occident se sont adressés à nous, défiant notre fidélité en la personne de sainte Geneviève de Paris, n'oublions jamais la sagesse pleine d'amour du patriarche Serge qui nous a appelés à être comme une semence semée dans un Occident qui est voué à la mort, parce que nos générations croissent faiblement, et ceux qui ont porté des enfants sont à présent parmi les vieux de Russie. Souvenons-nous fidèlement, avec amour, et construisons sur les fondations des Saints, sur les fondations de la Foi qui leur a été remise, le Christ étant la pierre d'angle, une Église dont la caractéristique sera l'amour, l'abnégation, être prêt à mourir afin que les autres puissent vivre, pleine de joie, ouverte, tendre et vraie. Amen.


+ Antoine, métropolite de Sourozh
Dimanche 9 juillet  1978


(*) NDT : Mgr Antoine parle bien entendu de l'Orthodoxie française de tradition russe. Car l'Orthodoxie (gallo-romaine) était déjà là au tout début du 1er millénaire... sinon nous ne prierions pas sainte Geneviève comme sainte Orthodoxe :-)
 

13 août 2013

Nos premiers évêques étaient des héros! (René Chateaubriand)

"Auprès du monde croulant du paganisme, s'éleva autrefois, comme en dehors de la société, un autre monde, spectateur de ces grands spectacles, pauvre, à l'écart, solitaire, ne se mèlant des affaires de la vie que quand on avait besoin de ses leçons ou de ses secours. C'était une chose merveilleuse de voir ces premiers évêques, presque tous honorés du nom de saints et de martyrs, ces simples prêtres veillant aux reliques et aux cimetières, ces religieux et ces ermites dans leurs couvents ou dans leurs grottes, faisant des règlements de paix, de morale, de charité, quand tout était guerre, corruption, barbarie; allant des tyrans de Rome aux chefs des Tartares et des Goths, afin de prévenir l'injustice des uns et la cruauté des autres, arrêtant des armées avec une croix de bois et une parole pacifique; les plus faibles des hommes et protégeant le monde contre Attila; placés entre 2 univers pour en être le lien, pour consoler les derniers moments d'une société expirante et soutenir les premiers pas d'une société au berceau. »
René Chateaubriand, "Le génie du Christianisme", Mémoires d'outre-tombe, 2e part., 1. 1, c. 12, éd. M. Levaillant, 1948, t. 2, p. 47



13 novembre 2006

Patience Chrétienne, démonstration par saint Martin de Tours et saint Brice

Le futur saint Brice (Brictio ou Brictius ou Brixius) était un fiefé gredin. De riche origine, rentré au monastère de saint Martin, il n'avait rien trouvé de mieux qu'avoir serviteurs et écurie. C'est pas exactement l'idéal monastique, un saint Nil Sorsky vous le dirait lui aussi...
Non content de se comporter comme un soudard, le futur successeur de Martin n'arrêtait pas de le persécuter, de se répandre en calomnies contre le saint évêque du Christ. Tout l'entourage de Martin encourageait ce dernier à le virer. Que fit Martin?
"De vita Martini" saint Sulpice Sévère
DIALOGUE III. LES VERTUS DE MARTIN, SUITE. Chapître 15 :
"Saint Martin répétait souvent :
'Si le Christ a supporté Judas, je puis bien, moi, supporter Brictio'."
"De vita Martini" sanctus Sulpicius Severus, version anglaise
DIALOGUE III. THE VIRTUES OF MARTIN CONTINUED. Chap. 15 :
"Saint Martin often repeated this saying : 'If Christ bore with Judas, why should not I bear with Brictio?'."

et le vilain Brictio devint par la suite le célèbre saint Brice, radieuse étoile qui brille au firmament de l'Église du Christ, précieuse perle de la couronne du Sauveur.

(conclusion en forme de note d'humour : pour devenir saint, apprennez à me supporter, moi l'insupportable râleur et bagarreur :-)

église Saint Brice, Couvonges, France, 12ème siècle