"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

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01 septembre 2019

La religion, grand drame de l'Orthodoxie (C. Yannaras)


Le plus grand problème des Chrétiens - et même des Chrétiens Orthodoxes - c'est qu'ils ont fait du Christianisme une forme de religiosité, ils ont transformé l'Église en une religion. Et ainsi, ils ont cultivé le fondamentalisme, les haines, les divisions, une perception magique de la relation à Dieu, et aussi une attitude compétititve les uns envers les autres, et une vision égocentriste de la vie.
Christos Yannaras, théologien

29 décembre 2017

Dieu est meilleur que ce que nous en pensons

Nous devons croire que Dieu est de loin meilleur que nos pensées à Son sujet.
Origène d'Alexandrie, Sur les Premiers Principes





We must believe that God is far and away better than our thoughts about Him.
Origen of Alexandria, On First Principles

03 juillet 2015

L'avenir de l'Institut "Saint-Serge" (Jean-François Colosimo, président ITO & directeur des Editions du Cerf)

L’avenir de l’Institut "Saint-Serge". Interview exclusive avec Jean-François Colosimo, le nouveau président de l’Institut à orthonews.ro

Ana Petrache: Vous êtes théologien, de plus un théologien orthodoxe, mais aussi un intellectuel inscrit dans l’espace public au sein de cette culture française si fière de sa laïcité. Pouvez-vous nous dire, en quelques mots, comment envisagez-vous la mission du théologien dans la Cité?

Jean-François Colosimo: Moins qu’une fierté, surtout pas une idéologie, la laïcité est en France une pratique de la Cité qui correspond à la distinction prônée par l’Évangile entre le religieux et le politique. L’Église catholique y a gagné une indépendance sans égale grâce à la loi de séparation d’avec l’État. Les communautés orthodoxes immigrées y ont trouvé une autonomie sans précédent grâce au principe d’égalité des cultes. De même pour les protestants, les juifs, les musulmans…

Tout autre est le mouvement de sécularisation que connaît l’ensemble du continent européen et qui rend la parole théologique incompréhensible ou inaudible. Mais là, les torts sont partagés. D’une part, l’Europe, pour reprendre le mot de Chesterton, est plus que jamais «remplie d’idées chrétiennes, mais devenues folles».

D’autre part, la théologie a résolument tourné au métier spécialisé, à la technicité érudite, au circuit universitaire. La surdité du monde se conjugue avec le bégaiement de l’institution. De manière anarchique, la superposition postmoderne des discours nuit à la théologie, la relativise, lui confère un air de déjà-vu.

De manière schizoïde, les théologiens professent la primauté de la prière ou de l’eucharistie et adulent la préciosité philologique. Or, c’est sur le naître, le vivre, le mourir que les attendent leurs contemporains. Ou, pour le dire en une formule, sur la notion d’humanité à la fois historique et transcendante. Pour tenir ensemble la vérité et l’espérance, il faut oser la prophétie, se ruer dans la brèche, risquer le vide. Une théologie qui ne nourrit pas les pauvres, qu’ils soient de chair ou d’esprit, est une ruse de l’idolâtrie, une insulte à l’Évangile, un blasphème cette fois avéré. Car le monde est à la fois pire et meilleur qu’on ne le raconte dans les séminaires.

Aussi, si l’on veut apporter un témoignage du salut qui nous dépasse, faut-il plonger dans la fournaise, aller à la rencontre des nouveaux damnés de la mondialisation et accepter d’être quelque peu changé par eux. Bénir lucidement plutôt que maudire aveuglément : c’est la seule façon de réveiller le Christ qui dort immanquablement en tout temps et tout lieu, dans toute culture, plus singulièrement encore au sein de la nôtre et précisément dans ce que par quoi elle peut nous apparaître désenchantée, déshumanisée, déchristianisée.

A.P. : Spécialiste en patrologie et en byzantinologie, vous vous confrontez, en tant que professeur à l’Institut ”Saint-Serge”, à la mentalité byzantine de certains évêques. Comment, et dans quelles limites, croyez-vous que soit possible l’autonomie de la théologie au regard de la hiérarchie dans l’Église orthodoxe ?

J.-F. C.: ”Saint-Serge” se confronte fort heureusement non pas à l’épiscopat, mais uniquement et strictement à un cas individuel et problématique de confusion de la fonction épiscopale avec une omnipotence arbitraire, en vertu d’une conception totalisante et finalement totalitaire de cette charge, dont on ne trouvera pour cette raison nulle trace parmi les plus extrêmes théorisations césaristes ou papistes de la Byzance ou de la Rome médiévales.

L’Institut se félicite au contraire de la propension de nombre de ses anciens étudiants devenus évêques, en France et dans le reste du monde, à vouloir servir l’Église plutôt que de s’en servir. Quant au modèle byzantin, on aurait tort de le confondre avec l’univers pyramidal, statique et immuable auquel on le réduit trop souvent. Ce modèle repose au contraire sur la tension auquel il soumet les divers ordres existants en les plaçant en concurrence face à l’avènement charismatique et à l’achèvement eschatologique qui sont censés les authentifier. Autrement dit, en faisant de l’Esprit et du Royaume les seules instances définitives du jugement.

Au regard d’un Saint Maxime puni de l’amputation de la main et de la langue pour avoir opposé l’orthodoxie de la foi à l’hétérodoxie «du plérôme de tous les patriarches, hiérarques, abbés, prêtres et fidèles» de son temps, comme le stipule l’acte de sa condamnation, la liberté de la théologie ressort des plus claires. Plus prosaïquement, pour ce qui est de l’enseignement théologique, l’Orient a emprunté, aux Temps modernes, le système de l’Occident. À savoir, celui de l’universitas fondée dans l’Europe latine, au XIe siècle, par les clercs, les «intellectuels» d’alors, soucieux de s’affranchir des écoles capitulaires qui étaient contrôlées par le pouvoir ecclésiastique. Et ce, afin de mener en toute indépendance leur tâche de recherche et de transmission.

La Sorbonne en a été le prototype et il en reste, dans le droit français, la «franchise universitaire» qui interdit aujourd’hui encore aux forces de police d’entrer dans une université sans l’accord de son président. Cette liberté n’est donc pas un luxe ou un caprice, c’est un impératif. Une nécessité spirituelle. Un onzième commandement, si l’on veut. Si les évêques comprennent également la révélation comme liberté, où pourrait être le hiatus? Et si cette liberté est réelle, où pourraient être ses limites, autres que celles que commande la confession droite de la foi, c’est-à-dire l’orthodoxie?

A.P. : Vu de Roumanie, pays majoritairement orthodoxe, la crise de l’Institut confirme l’opinion selon laquelle un des grands soucis des Églises Orthodoxes est d’ordre ecclésiologique. La définition du poste d’évêque n’est pas toujours claire et un certain chaos canonique contribue aux tendances autoritaires des certains chefs religieux ou spirituels. Qu’en pensez-vous?

J.-F. C.: L’ecclésiologie orthodoxe réelle, en chair et en os, non pas celle que célèbrent les manuels canoniques, mais celle que dévoilent les exercices concrets et quotidiens, représente un «souci» comme vous le dites, et aboutit à un «chaos» comme vous le dites encore, parce qu’elle participe d’un bricolage consensuel qui s’assimile toujours plus à une hérésie acceptée. Nul besoin d’aller chercher dans le lointain passé ses origines: il y va d’une hybridation de la modernité.

À savoir, la réinterprétation déviante de l’héritage impérial byzantin qui associe peuple et foi dans ses métamorphoses séculières successives, ottomane, révolutionnaire, nationaliste, communiste, aujourd’hui populiste, qui assimilent ethnie et confession, hiérarchie religieuse et appareil politique.

Avec pour effet, dans les pays de tradition orthodoxe, la confusion perpétuelle entre une Église et un État qui sont par ailleurs tous deux défaillants; et, entre les juridictions orthodoxes, une guerre des territoires au mépris de l’unité, mais aussi de la mission comme le signale le terme ahurissant de «diaspora».

Phénomène courant, plus la réalité contredit la théorie, plus enfle la théorie. Il en découle la mise en forme idéologique d’un «épiscopalisme» dont l’absence absolue de contre-pouvoir, inconnue même à Rome, garantirait la qualité divine de l’Église.

La vulgate dominante ne manque pas, certes, de se parer d’un trompe-l’œil théologique en se revendiquant des travaux de Jean Zizioulas qui, à mon sens, constituent une réponse lacunaire au défi posé par Vatican II – et quitte, au passage, à omettre la contradiction manifeste entre la position ecclésiologique du théologien Zizioulas et la position ecclésiastique du hiérarque Zizioulas, entre le penseur de la koinonia du Plérôme et l’évêque in partibus de Pergame.

C’est pourquoi cette idéologisation n’est jamais que le cache-misère d’une ecclésialité en souffrance. On ne peut à la fois critiquer la papauté comme principe de gouvernement et offrir le spectacle de son détournement caricatural à l’échelle de surcroît médiocre d’un diocèse, d’une nation ou d’une région. Il faut également en finir avec l’amalgame entre épiscopat et monachisme, justifié dans l’Antiquité et injustifiable aujourd’hui en tant qu’il ne sert plus qu’à induire une obligation structurelle d’obéissance subordonnée qui n’a de sens que dans le seul cadre de la paternité spirituelle. Il faut enfin et surtout repenser, dans les termes de l’Encyclique des patriarches orientaux de 1848 et du Concile russe de 1917, la notion de «Peuple de Dieu» comme «dépositaire de la vérité de l’Église».

C’est ce qu’éprouvent, je crois, ces formidables jeunes évêques jetés sur les routes du monde, privés des ressources habituelles des pays traditionnellement orthodoxes, courant après leurs fidèles disséminés au sein d’univers étrangers et qui s’épuisent à assurer leur ministère pastoral sans moyens et sans certitudes autres que la Providence. Eux savent d’ores et déjà que la richesse incessible de l’épiscopat tient dans sa pauvreté assumée.

A.P. : Il y a beaucoup de gens dans le milieu orthodoxe qui pensent que le seul devoir d’une école de théologie est de former des prêtres et c’est pour cela que la dimension culturelle de la théologie en dialogue avec la société contemporaine est parfois oubliée. Comment peut-on convaincre la hiérarchie qu’on a besoin d’une théologie libérée des contraintes ecclésiastiques?

J.-F. C.: La théologie n’a d’autre source, propos et finalité qu’elle-même. Pour être une grâce, elle requiert cette gratuité. Elle n’est ni résultat d’une production, ni schéma d’une construction. Elle n’a pas de fonctionnalité qui la destinerait à former des fonctionnaires, quand bien même il s’agirait de fonctionnaires du culte. Que ceux qui se destinent au sacerdoce soient préparés à la transmission de la foi à laquelle ils consacreront leur vie, c’est une bonne chose. Mais ce n’est pas une affaire de diplôme, de certificat apposé en coin d’un rouleau enrubanné.

Encore faut-il que les écoles théologiques orthodoxes transmettent elles-mêmes une orthodoxie vivante et une théologie vécue, qu’elles soient des écoles de vie. Nous ne pouvons plus nous contenter de l’utilité supposée de cette sorte de néoscolastique orientale d’occasion que nous opposons volontiers à la grande scolastique occidentale, dont nous sommes par ailleurs incapables, et qui sert trop souvent de programme à l’enseignement de l’orthodoxie.

La prédication étant au cœur de la transmission de la foi, non pas seulement dans l’Église mais au dehors de l’Eglise, «pour la vie du monde», ce sont non pas de prédicateurs mais de «prêchants», d’exemples incarnés du lien entre la doctrine et l’existence, dont nous avons besoin.

Enfin, l’éducation à la foi ne vaut que si elle est éducation pour tous et de tous. C’est à cette école-là, permanente, que doit se mettre chaque orthodoxe qu’il soit homme ou femme, baptisé par naissance ou par conversion, laïc ou clerc, simple fidèle ou éminent évêque. Son témoignage au sein de la société s’ensuivra, sans qu’il ait à le penser, le projeter, le calculer. Car ce sera alors une œuvre par surabondance de l’Esprit.

A.P. : ”Saint-Serge” est un institut essentiel pour la théologie et la culture orthodoxe, sa fermeture marquerait la fin d’un très beau chapitre de l’histoire du Christianisme de tradition byzantine. À votre avis, quelles sont les solutions pour empêcher la clôture définitive de l’institut ?

J.-F. C.: Il est en effet une gloire de l’Institut qui accablerait ses légataires actuels s’il n’y avait la miséricorde du Christ. ”Saint-Serge” a renversé l’exil en miracle. ”Saint-Serge” a été la seule école de théologie orthodoxe continument libre au cours du sombre XXe siècle sur le continent du Goulag et de la Shoah.

”Saint-Serge” a permis le rayonnement de cette orthodoxie de la liberté via l’institution-sœur qu’est ”Saint Vladimir” au sein du Nouveau Monde. ”Saint-Serge” a reçu des étudiants orthodoxes des cinq continents qui sont devenus des enseignants, des prêtres, des évêques, des patriarches de l’Église orthodoxe aux quatre coins de la planète.

”Saint-Serge” a ainsi initié, soutenu et confirmé un sentiment panorthodoxe sans lequel l’orthodoxie ne serait pas aujourd’hui ce qu’elle est. De plus, c’est à Paris que s’est pleinement manifestée la créativité de la théologie orthodoxe contemporaine, dont la sophiologie de Serge Boulgakov, la double économie de Vladimir Lossky, l’écclésiologie pneumatologique de Nicolas Afanassieff, le renouveau patristique de Georges Florovsky, liturgique d’Alexandre Schmemann, palamite de Jean Meyendorff.

C’est parce qu’il y avait Paris que Dimitru Stăniloae en Roumanie, Justin Popovitch en Serbie, Sergueï Averintsev en Russie, Christos Yannaras en Grèce, Georges Khodr au Liban et tant d’autres ailleurs savaient qu’ils n’étaient pas seuls à confesser une orthodoxie essentielle. C’est parce que ce Paris-là a existé qu’aujourd’hui encore des élèves nous viennent de l’Afrique profonde ou de la lointaine Asie pour apprendre cette même orthodoxie émancipée des scories de l’histoire, disposée à se confronter au monde tel qu’il va.

Oui, tel est le bilan de ces 90 années qui fait que l’Institut n’est la propriété de personne, mais de tous les orthodoxes. Un héritage écrasant qui découle de la leçon originelle de nos Pères fondateurs: entrer dans le dialogue avec l’Occident, la philosophie, la science, la société, les autres confessions chrétiennes, les autres religions, les cercles de pensée, mais avant tout d’y entrer sans crainte. Près d’un siècle d’une telle quête peut-il s’éteindre d’un coup ? L’apport de ”Saint-Serge” n’est-il pas plus que jamais indispensable au monde orthodoxe soumis aux tentations de la crispation et du repli ? N'arrive-t-il pas aussi aux institutions de mourir, comme les individus, parce qu’elles ont fait leur temps ? Toutes ces questions valent également dans l’instant. Demain tranchera. Pour l’heure, notre manière de continuer l’inspiration de nos Pères fondateurs est précisément, quelle que soit l’issue, de n’avoir pas peur. Et c’est là l’unique vraie condition de notre avenir.



Original en roumain
http://www.orthonews.ro/exclusiv-ce-se-intampla-cu-institutul-saint-serge-cititi-maine-un-interviu-de-exceptie-cu-jean-francois-colosimo-presedintele-prestigioasei-scoli-teologice/

source traduction Alexandra de Moffarts




En 2013, J-F Colosimo devenait patron des prestigieuses Éditions du Cerf.. Nul n'est prophète etc etc!



Un orthodoxe nommé à la tête des Éditions du Cerf…
26 juin 2013
http://www.riposte-catholique.fr/riposte-catholique-blog/un-orthodoxe-nomme-a-la-tete-des-editions-du-cerf
Une nouvelle somme toute assez surprenante… annoncée par le quotidien La Croix à la suite d’un communiqué de presse d’hier des Éditions du Cerf actuellement en difficultés financières :

 La province dominicaine de France a annoncé mardi 25 juin la nomination de Jean-François Colosimo, 52 ans, démissionnaire le même jour de la présidence du Centre national du livre, comme président du directoire des Éditions du Cerf. Premier laïc à la tête de ce fleuron de l’édition religieuse, il succède au P. Éric de Clermont-Tonnerre.


 2 comments

    Jeanne SAINT-CYR
    27 juin 2013 à 17 h 16 min
    Pourquoi pas ?
    Un laïc croyant et pratiquant peut être tout autant respectable et digne de notre confiance que bien des prêtres ou religieux qui ont sabordé l’Eglise de France depuis le début des années 60;
    Je ne connais pas ce monsieur mais je lui accorde sans a priori toute ma confiance. Nous verrons bien !

    Jean-Claude Bazinet
    1 juillet 2013 à 2 h 45 min
    Colosimo est un intellectuel de première classe, un homme d’affaire aguerri et un remarquable spirituel. Les Éditions du Cerf ne pouvait faire un meilleur choix.

22 mai 2015

Commémoration des Pères du Deuxième Concile Oecuménique

LE SECOND CONCILE OECUMENIQUE
Ce Concile fut convoqué durant le règne de l'empereur Théodose le Grand, à Constantinople, en 381. Son but était de confirmer l'enseignement Orthodoxe concernant l'Esprit Saint, à propos duquel le patriarche Macedonius de Constantinople enseignait des erreurs. Il se trompait en enseignant que l'Esprit Saint serait une créature de Dieu, et non pas une Personne divine (Hypostase) égale au Père et au Fils, et Un en essence avec Eux dans la Sainte Trinité. Macedonius fut condamné par ce Concile et l'enseignement concernant la Saint Esprit fut rajouté au Symbole Nicéen de la Foi (le Credo de Nicée).

Prologue d'Ochrid, saint Nicolas Velimirovic





Enluminure du Ménologue de Basile II


THE SECOND ECUMENICAL COUNCIL
This Council was called during the reign of Emperor Theodosius the Great in Constantinople in the year 381 A.D. Its goal was to confirm the Orthodox teaching concerning the Holy Spirit about Whom the Patriarch Macedonius of Constantinople erroneously taught. He erroneously taught that the Holy Spirit is God's creature and not a divine person [Hypostasis] equal to the Father and Son and One in essence with Them in the Holy Trinity. Macedonius was condemned by this Council and the teaching about the Holy Spirit was added to the Nicaean Symbol of Faith [the Nicene Creed].

02 septembre 2014

La vie ascétique comme seule voie de la vraie théologie (p. Sophrony)

Le problème spirituel contemporain, qui est théologique, concerne la personne [πρόσωπο]…  La révélation biblique nous explique le "Je suis Celui Qui sera" (Exode 3,14). Si Il dit "Je suis", cela signifie qu'il est une Personne. Le terme "Je" a une grande signification. Car il exprime la personne. Dieu dit, "Créons l'homme à Notre image, selon Notre ressemblance" (Genèse 1,26). La Science ne peut pas dire cela. Seule la révélation peut le dire. Et nous devons nous baser sur la révélation, que le Seigneur n'a jamais réfutée.. La théologie est le contenu de nos prières (1). Et un exemple de cette théologie, c'est la Liturgie de saint Basile le Grand. Toute l'anaphore est théologie, est s'exprime par la prière. Mais alors la théologie devient une manière d'être. Jean le Théologien, d'un point de vue académique, n'était pas un théologien, il exprimait les choses simplement. Cependant sa théologie est manière d'être. Quoi qu'il dise, cela devient dogme pour chacun. Mais la seule l'étude qui nous permette d'appréhender ce que Dieu est, c'est la vie ascétique selon les commandements de l'Évangile. Lorsque notre vie est vécue en accord avec la volonté de Dieu, alors nous comprennons qu'il ne saurait y avoir une différence entre les Commandements et la pensée de Dieu Lui-même. Lorsque nous pensons selon les Commandements, alors notre esprit s'habitue à penser comme Dieu Lui-même pense.
Et à propos de la déification / theosis, ils disent : mais qu'est-ce donc que la theosis? On en trouve le commencement par l'obéissance au père abbé, lorsqu'on renonce à sa volonté propre, alors dans l'obéissance aux Commandements de l'Évangile, on parvient à cet état. nous accomplissons de petites choses, mais les résultats peuvent devenir grands. Par l'obéissance, nous entrons dans la vie de l'Être divin. Nous avons de bonnes descriptions de cela dans les écrits de saint Nicodème l'Hagiorite. J'ai expliqué à d'autres interlocuteurs que lorsqu'ils apprennaient ce genre de chose du monde, ils vivaient alors dans le péché. Ils ont besoin de se libérer eux-mêmes par l'ascétisme. C'est ainsi que j'ai essayé de leur faire comprendre le besoin de patience. (De même que l'Incarnation était un grand acte kénotique, lorqsue le Christ Dieu est devenu homme en une personne, et a porté nos péchés patiemment avec humilité et amour. En Le suivant, nous devenons de véritables personnes en Lui, et nous ralisons notre vie, et vivons pleinement notre liberté. C'est là que vraiment, la personalité trouve son plus grand accomplissement : en revêtant le Christ, et par Son inhabitation en nous par le Saint Esprit envoyé par Dieu le Père. L'essence même de notre vie doit devenir une rencontre personnelle constante avec le Christ, et en cela, nous devenons vraiment des personnes, vraiment libres, vraiment aimantes. c'est ainsi que la personalité est comprise dans la déification. Nous accomplissons notre vraie personnalité en vivant en Christ, et par Son inhabitation en nous, et de même qu'Il a rendu la nature humaine parfaite, Il nous surélève dans la liberté, dans l'amour, dans l'accomplissement de notre humanité, comme d'authentique personnes en Lui.)

Ancien Sophrony (Sakharov)



(1) Lex orandi, lex credendi - vieille maxime chrétienne orthodoxe latine qui nous rappelle aussi à ne pas utiliser de prière "d'origine non contrôlée"



The contemporary spiritual, theological problem concerns the person [πρόσωπο]… Revelation reveals that “I am who I am” (Exodus 3:14). If He says, “I am” it means that He is a person. The word “I” has great significance. For it expresses the person. God says, “Let Us make man in Our image, according to Our likeness” (Genesis 1:26). Science cannot say this. Only revelation can say this. And we need to base ourselves on revelation, which the Lord never refuted…Theology is the content of our prayers. And an example of this theology is the Liturgy of St. Basil the Great. The whole anaphora is theology and is expressed through prayer. But then theology comes as a state of being. John the Theologian, from an academic point of view, was not a theologian, he says things simply. His theology, however, is a state of being. Whatever he says becomes dogma for everyone. But the only study that enables us to sense what God is like, is the ascetic life according to the commandments of the Gospel. When our life is lived according to the will of God, then we understand that there cannot be a difference between the commandments and the mind of God Himself. When we think according to the commandments, then our mind gets used to thinking as God Himself thinks. And regarding theosis, they say: but what is theosis? With obedience to the abbot from the beginning, one’s will is cut off, then in obedience to the Gospel commandments one reaches this state. We do small things but the results must become great. Through obedience we enter into the life of divine Being. We have good descriptions of this in the writings of St. Nicodemus the Athonite. I have told others, as well, that when they learn things from the world, they are living in sin. They need to free themselves through asceticism. This is how I tried to make them understand the need for patience. [Just as the Incarnation was a great kenotic act, where Christ God became man as one person and bore our sins patiently with humility and love. In following Him, we become true persons in Him and realize our life and fully live our freedom. It is here where personhood finds its greatest achievement: in putting on Christ and His indwelling in us by the Holy Spirit sent from God the Father. The very essence of our life must become constant personal encounter with Christ, and in this we become truly persons, truly free, truly loving. This is how personhood is understood in theosis. We fulfill our personhood in living in Christ and His dwelling within us, and inasmuch as He has perfected humanity, He raises us in freedom, in love, to the fulfillment of our humanity, as true persons in Him.]
Elder Sophrony (Sakharov)

19 mai 2014

Théologiens et philosophes (p. Tryphon, EORHF)

Il n'y a que quelques rares saints Orthodoxes qui ont eu l'honneur d'être appelés « théologiens ». Saint Jean le Théologien et saint Syméon le Nouveau Théologien, pour citer 2 exemples, ont été déclarés théologiens par l'Église, parce que leur théologie était le fruit de leur rencontre avec le Dieu Vivant.

Les théologiens, dans le sens strict du terme, sont ceux qui ont acquis une maîtrise de l'art de la prière. La pure théologie ne vient pas de la recherche humaniste ou philosophique des choses de Dieu, mais au contraire de la rencontre avec le Dieu Vivant. La véritable théologie n'est pas la résulat de rationalisme, et d'une recherche abstraite de Dieu, mais le résultat de la grâce divine donnée par Dieu. Cette grâce divine est le don de Dieu à ceux qui Le cherchent par pureté de coeur, et lutte ascétique. La théologie, ce n'est pas parler de Dieu, mais Le rencontrer.

Dans l'amour du Christ,
higoumène Tryphon

10 février 2014

Je suis étudiant en théologie... (humour)

voici comment la manière dont l'étudiant en théologie est vu...


Comment me voient :
mes amis - ma famille - la société
mon épouse - je me vois - et je vois mon avenir...

27 mars 2013

Théologie académique, danger de l'orgueil (p. Tryphon, Eorhf)

Un terrain piégé que nombreux ne remarquent pas, qui imite la vie spirituelle. La théologie académique, bien qu'elle puisse servir à l'Église, a aussi été la source de destruction spirituelle de beaucoup de gens. La véritable théologie découle d'une maîtrise de la prière, elle n'est pas liée à un degré académique. Lorsque la théologie devient notre philosophie de vie, nous ne sommes en rien différents des païens, et nous permettons à l'orgueil de s'installer en nous, et l'assurance que nous avons peut devenir le terrain miné où notre âme finira par se détruire.

Le véritable théologien est celui qui, par la maîtrise de la prière et en cultivant l'humilité, découvre Dieu noétiquement, dans son coeur. "Le diable n'est pas en chasse après ceux qui sont perdus; il chasse ceux qui sont conscients, ceux qui sont proches de Dieu. Il leur enlève la confiance en Dieu, et commence par les affliger en leur insufflant la confiance en soi, la logique, le rationalisme, la critique. Nous ne devrions jamais faire confiance à notre esprit logique. Ne croyez jamais vos pensées." (Ancien Païssios l'Athonite).

De même que le théologien académique, un moine qui se croit être une autorité en matière de vie monastique, mais qui n'a jamais vécu dans l'obéissance à un ancien, ne connaît en réalité rien au monachisme. Car ce n'est pas quelque chose qu'on peut étudier de manière distante, mais qui doit être vécu en communauté, dans l'obéissance.

L'acquisition d'un coeur humble et contrit, c'est le coeur du monachisme et de la théologie Orthodoxes, sans lequel on ne sait rien en connaître. Saint Jean Chrysostome avertissait ainsi ceux qui cherchaient Dieu sans l'humilité "le chemin de l'enfer est pavé de crânes de prêtres!" Probablement particulièrement le clergé, mais nul n'est immunisé contre la tentation de croire connaître ce qui concerne Dieu, quand en réalité on ne connaît que l'orgueil qui a pris racine dans la recherche académique de Dieu. Nous devons préserver nos coeurs, en extirpant toute trace d'orgueil, et alors seulement nous pourrons devenir de vrais théologiens. La théologie sans Dieu n'est que de la philosophie. Le monachisme sans lutte ascétique et obéissance n'est rien d'autre qu'un style de vie alternatif.

Dans l'amour du Christ,
Hiéromoine Tryphon

13 octobre 2012

Être théologien sans avoir de diplôme officiel - l'Église captive du mirage occidentaliste (p. John Romanides, metr. Ephraïm de Boston)



THÉOLOGIENS SANS DIPLÔMES
Métropolite Ephraïm de Boston


Le peloton d'exécution.
Il y a une cinquantaine d'années, alors que j'étais étudiant à l'académie de théologie, notre professeur de dogmatique, le père Ioannis Romanides, nous raconta une histoire de ses années d'étude à l'Académie Théologique de l'université d'Athènes. Afin d'obtenir son doctorat de l'université, père Ioannis, nouvellement ordonné prêtre à l'époque (années 50), avait à défendre sa dissertation devant un panel de professeurs de théologie. Le sujet de la dissertation était "Le péché des origines" (c-à-d le péché de nos ancêtres, Adam et Eve, terme que l'on traduit souvent mal par "péché originel"). Comme les questions fusaient de tous ces professeurs qui avaient tous reçu leurs titres et diplômes dans des universités catholiques-romaines ou protestantes en Europe occidentale, le père Ioannis répondait du mieux qu'il pouvait, avec tout son talent bien connu. Pour finir, le doyen du département de théologie, le grand ponte en personne, le professeur Panayiotes Trembelas, pointa du doigt le p. Ioannis, qui était habitué à ces interrogations et se tenait debout devant ce panel de professeurs assis :

"Dans votre mémoire, vous avez nombre de citations des écrits de Syméon le Nouveau Théologien," dit le prof. Trembelas.

"C'est exact, monsieur le professeur," répondit le père Ioannis, avec la déférence requise.

"Vous devez les supprimer toutes," continua le prof. Trembelas. "Syméon ne peut pas être cité comme source dans votre travail, car il n'a jamais reçu de diplôme théologique."

(Oui, vous avez bien lu!)

Sans sourciller face à l'incroyable remarque de Trembelas, le père Ioannis répondit calmement "Fort bien, ce que vous dites, monsieur le professeur. Voudriez-vous aussi que je supprime toutes mes références à Matthieu, Marc, Luc et Jean les Évangélistes, car eux non plus n'ont pas reçu de diplôme de théologie? Eux aussi n'étaient pas des théologiens diplômés."

Un léger murmure amusé se fit entendre parmi les distingués professeurs...


La captivité latine
C'est triste à dire, mais la remarque malheureuse de Trembelas était une preuve solide de la maladie qui a longtemps affligé les écoles théologiques "orthodoxes", et en frappe encore aujourd'hui. Cette maladie est appelée "la captivité latine." C'est l'histoire de quelque 200 ans pendant lesquels la théologie académique, scolastique et pédante (ou plus précisément du rationalisme) de l'Occident a été au coeur des académies théologiques orthodoxes, imprégnant tout de fond en comble. Le métropolite Anthony Khrapovitsky, père George Florovsky et père Ioannis Romanides se sont longuement plaints dans leurs écrits, de cette peste spirituelle. En certains endroits de Russie et d'Ukraine, cette "captivité" était si forte que même les cours théologiques dans certains séminaires orthodoxes étaient donnés en latin. A l'occasion, en ces terres, les séminaristes étaient obligés de prêcher en latin dans les paroisses avoisinantes! Imaginez un peu la pauvre babushka qui devait s'en tirer avec ça....
En ayant cela à l'esprit, on comprend plus facilement pourquoi les grands dirigeants religieux orthodoxes sont si empressés de s'unir aux non-orthodoxes dans le mouvement oecuménique. Pensez-y un instant : si vous avez toujours crû que l'Église Orthodoxe était si appauvrie théologiquement qu'elle n'avait pas même une théologie du Saint Esprit, ou avait des saints qui n'avaient pas leur diplôme de théologie et n'étaient pas des "docteurs en théologie", alors vous aussi vous auriez été attiré par d'autres appartenances religieuses.
L'Église a sa méthode traditionnelle pour préparer son clergé, et cette méthode a bien fonctionné pendant des siècles, bien avant que les séminaires ne furent inventés au 17ème siècle. Comme nous l'avons mentionné en d'autres occasions, le père George Florovsky, un des plus éminents théologiens orthodoxes du 20ème siècle, n'a jamais été étudiant dans la moindre académie théologique.
Son éducation théologique, il ne l'a tirée que des offices sacrés. Et si vous voulez être sérieusement étudiant en théologie, alors vous pouvez entamer des études théologiques telles que celles du tropaire final pour les saints moines : "par le jeûne, les vigiles et la prière, tu as obtenu les dons célestes," comme saint Syméon le Nouveau Théologien - malgré le fait que, selon le prof. Panayiotes Tremblas, ce saint n'était pas un "théologien diplômé".
Hélas, la "captivité latine" est toujours très présente. Un séminaire orthodoxe en Amérique avait un prêtre catholique-romain y enseignant la patristique, jusque récemment. Un autre séminaire orthodoxe en Amérique a plusieurs catholiques-romains dans son comité de direction. Dès lors, on comprend mieux pourquoi cette orthodoxie mondaine est si avide de s'impliquer dans le mouvement oecuménique. Un problème mène inexorablement à l'autre.

L'école du Saint Esprit
Mais, Dieu merci, l'Orthodoxie prévaut encore dans notre hymnologie et dans les divins offices, et dans le coeur de nombre de clercs et de fidèles.
Que nous enseigne par exemple le tropaire final de la Pentecôte?
Tu es béni, Ô Christ notre Dieu,
Toi qui fit descendre sur tes apôtres le Saint Esprit,
transformant par Ta sagesse de simples pêcheurs en pêcheurs d'hommes

Oooh, nous y voilà, c'est là que Matthieu, Marc, Luc et Jean ont obtenu leurs diplômes théologiques! De l'école du Saint Esprit. Je savais que la grâce divine devait avoir quelque chose à faire dans cette histoire. Rien d'étonnant que nous appelions nos saints "inspirés de Dieu" et "théophores!" Rien d'étonnant que nous les invoquions pour la guérison de l'âme et du corps! rien d'étonnant que nous vénérions leurs saintes reliques, et célébrions leur mémoire, et sollicitions leur intercession! Rien d'étonnant que nous vénérions des gens tels que saint Jean de Cronstadt, et saint Nectaire d'Égine, et le prophète Élie, et saint Seraphim de Sarov, et même ce saint Syméon le Nouveau Théologien qui n'avait pourtant pas de diplôme universitaire!

Anecdote
Il y a quelques années, avant mon ordination, je marchais en compagnie d'un des pères dans notre monastère à Brookline, Massachussets.
"Alors, tu es diplômé en théologie à présent?" me demanda-t'il.
"J'en sais trop rien. C'est ce qu'ils m'ont dit, en tout cas."
"Et alors, que va-tu faire avec ton diplôme?"
J'ai un peu réfléchi, et pour finir j'ai répondu "Et bien je vais veiller à toujours le porter autour du cou lorsque je sortirai. Comme ça au moins, je suis sûr que je ne serai pas embarqué par la fourrière..."


Nb
Les académies théologiques ont leur place dans l'Église Orthodoxe. Cependant, elles doivent être convenablement dirigées, dans la prière et avec beaucoup de discrétion. Il n'existe pas de système éducatif parfait. Mais si on suit convenablement des règles bien précises, telles que celles des "Trois niveaux d'éducation chrétienne" qui ont été inspirés par Joseph l'Hésychaste de la sainte Montagne, alors on a un guide de très bonne qualité pour un tel système.

+ Ephraim

Riche site internet consacré au père Romanides :
http://www.romanity.org/

28 avril 2012

Christ Pantocrator, pivot de la théologie

le Christ Pantocrator
Icône copte moderne, couvent de Sainte demiana, El Barary, Egypte



Saint Paul dit que "Dieu est tout en tous" (1 Cor. 15,28).
C'est la définition même de la "pantocratoria", le règne du Dieu trinitaire sur le monde. La souveraineté de Dieu sur le monde, son rapport avec l’échange relationnel qui existe au sein du Dieu Trinitaire, rapport qui, par la vie spirituelle, vient à exister entre Dieu et nous, tel est le point pivot de la théologie.

Psautier Hunterian, université de Glasgow

28 mars 2012

Pauvreté intellectuelle et grandeur de coeur (saint Bède le Vénérable)


Il vaut mieux un frère stupide et illettré qui, travaillant aux bonnes oeuvres qu'il connaît, mérite les Cieux, qu'un qui bien que très remarquable par sa connaissance des saintes Écritures, voire même en charge de doctorat, ne possède pas un coeur charitable.
saint Bède le Vénérable



"Better a stupid and unlettered brother who, working the good things he knows, merits life in Heaven than one who though being distinguished for his learning in the Scriptures, or even holding the place of a doctor, lacks the bread of love."
Saint Bede the Venerable

12 février 2012

Médecin des âmes - Dieu n'est pas un Procureur mais un Médecin (hiéromoine Tryphon, EORHF)



Les saintes Écritures, les oeuvres des Pères de l'Église antique, et les textes liturgiques de l'Église, tous attestent du fait que l'Église antique n'enseignait pas que l'Incarnation du Christ était destinée à être une propiation de la justice divine (ndt: apaiser un "courroux"). Au contraire, le Christ est venu comme un Médecin, avec l'intention d'apporter la guérison à l'humanité déchue. L'Incarnation du Christ a amené toute la nature humaine à Sa divine Nature, pour une guérison. Sa médecine spirituelle apporte la guérison, enlève la souillure du péché qui avait introduit la mort dans le cosmos, et rend tout à la plénitude.

Cette condescendance de Dieu, assumant notre chair humaine, et nous adjoignant Sa divinité, ne saurait se voir en termes légalistes, mais doit être comprise d'un point de vue médical. Nous sommes malades. Notre péché n'est pas une question de loi, mais de maladie. Dans notre état déchu, nous avons quitté la communion d'avec Dieu, et la mort du Christ sur la Croix n'a pas été accomplie parce que le Père aurait exigé du sang, mais parce qu'Il désire nous guérir, et restaurer la vie pour Ses créatures qui avions hérité de la mort de notre ancêtre déchu, Adam. Le fait que le Christ aie assumé notre nature humaine a rendu le traitement curatif possible.

Le Seigneur Jésus a fondé Son Église pour être l'hôpital de l'âme, et c'est entre ses murs que nous recevons le remède qui nous amène à la guérison dont nous avons besoin. Dieu ne désire pas la souffrance, ni même notre sang, mais uniquement que nous soyons restaurés à l'image qu'Il avait voulue pour nous. Ce Père aimant n'est pas un procureur, mais notre Médecin.

Dans l'amour du Christ,
hiéromoine Tryphon
All-Merciful Saviour Orthodox Christian Monastery, EORHF


21 juillet 2011

Dieu Incarné, des larmes d'Enfant à la Résurrection (Origène, Peri Archon livre 2)

Il est au delà de la capacité de la faiblesse du mortel de comprendre ou ressentir comment l'incommensurable puissance de la divine Majesté, le Verbe même du Père et la Sagesse même de Dieu, en Qui toutes choses visibles et invisibles furent créées, peut être imaginé comme ayant existé dans les limites de cet homme venu de Judée.
Impossible d'imaginer comment la Sagesse de Dieu peut être entrée dans le sein d'une femme, et être née en un enfant, et avoir poussé des gémissements comme les petits enfants!
Et qu'après cela il faudrait en dire qu'Il fut profondément troublé par la mort, au point d'en dire que "Mon âme est peinée à en mourir", et que finalement Il fut mis à mort de la manière la plus humiliante pour l'homme, et rescussita le 3ème jour...
En à présent quand nous pensons à Dieu, nous voyons un mortel; et si nous pensons à un homme, nous Le contemplons sortant du tombeau, chargés des marques après avoir vaincu l'empire de la mort.
Il convient de contempler cela avec crainte et respect, car on peut clairement montrer la vérité des deux natures dans ce seul et même Être, de sorte que rien d'indigne ou inconvenant ne puisse être perçu en cette substance divine et ineffable, ni tout ce qui s'est passé ne puisse être supposé être une illusion d'apparitions imaginaires.
Origène d'Alexandrie, Traité des Principes, livre 2

17 avril 2011

Propos sur la sainte Trinité (p. Dumitru Staniloae)



http://valahia.wordpress.com/2009/08/09/words-on-the-trinity/#more-200


A l'origine de toute existence, il y a une existence sans cause première. En d'autres termes, il doit y avoir eu un Quelque chose, là, de toute éternité. Il ne pourrait PAS y avoir eu – à un "moment" donné (au "commencement") – juste du "rien." Il y a (toujours) eu Quelque chose, qui provient de l'éternité. Maintenant, cette Chose sans cause doit avoir la perfection, elle doit comprendre tout en elle. Et c'est Dieu. Et une existence parfaite – une existence qui n'est pas secondaire, de laquelle aucun "rien" ne pourrait s'ensuivre, doit avoir avant tout une conscience. Et elle doit aussi avoir l'amour. Ainsi un Dieu éternel – un Dieu qui vient de l'éternité, Qui est source de toute existence, Qui est la base de l'existence, Qui n'a pas reçu l'existence de quelqu'un d'autre, ni du néant – ne saurait être une Personne seule, mais une Personne qui aime d'autres Personnes. Et quelle est la forme d'amour la plus pure entre une personne et une autre, autre que celle entre un père et son fils? Ainsi il y a un Père, et il y a aussi un Fils. Un Père qui aime différement de tout père humain, et un Fils qui répond à l'amour de Son Père d'une manière différente de tout fils humain. Et il y a aussi quelqu'un d'autre, un Troisième, Qui est une source de joie pour l'Un – apportant la joie au Père en se tenant auprès de Lui, et considérant le Fils autant que le Père le fait. "Voilà! Il y a là une autre Personne. Vois donc comme Mon Fils est beau! Mon Fils n'est-Il pas beau?" La joie est bien plus grande. Et lorsque le Fils dit à l'Esprit "Vois comme Mon Père est bon" – "Oui, Il l'est!" - et Sa joie est encore plus grande. Ainsi, le véritable amour est entre 3 et non pas 2 personnes. Car deux le limitent déjà. Il y a en cela une limite, une frontière. Pour qu'une frontière n'existe pas, il faut aussi un troisième élément – les gens ont beaucoup de ce genre de "troisième" mais c'est parce que nous sommes des créatures limitées. Avec Dieu, il ne pourrait y avoir qu'une Personne comme troisième élément, et c'est pourquoi l'Esprit est Celui qui vient près du Père, comme Personne, et Se réjouit à côté de Lui, dans le Fils. L'Esprit est projeté par le Père sur le Fils, et répand la lumière sur le Fils, et rend le Fils radieux pour le Père, et rend le Père radieux pour le Fils. [...].
Dumitru Stăniloae

16 mars 2011

Présanctifiés - différences de pratique entre Grecs et Slaves (mgr Basile Krivochéine)

http://www.holy-trinity.org/liturgics/krivoshein-greekandrussian.html



[...]
On ne pourrait pas dire cela à propos du Grand Canon de saint André de Crète. Il est très populaire parmi les Russes, étant un de ces moments qui amènent à une attitude de repentance durant le Grand Carême. Il a lieu de manière presque imperceptible chez les Grecs. Pour eux, un Office de Carême plus populaire et aimé et bien suivi (à l'exception de la Semaine de la Passion), c'est l'Acathiste à la Mère de Dieu. Les Grecs ne se contentent pas de l'avoir aux Matines de la Cinquième Semaine, comme le prescrivent les anciens Typikons, mais ils l'ont plus souvent, l'ayant divisé en 4 parties et le célébrant à Complies pendant les 4 premières semaines du Grand Carême. Ici, l'on peut trouver une vénération plus intense de la Théotokos durant le cycle du Carême, s'il n'y avait pas eu d'autres facteurs contradictoires dont nous parlerons plus loin. Paradoxalement, les prières pour les Catéchumènes deviennent une marque caractéristique du Grand Carême puisque, en dehors de la Liturgie des saints Dons Présanctifiés, les Grecs ne les entendent pas durant les autres périodes de l'année.

On pourrait penser que la Liturgie des saints Dons Présanctifiés pourrait avoir la même signification pour les Grecs et pour les Russes. Les fidèles aiment cet Office et sont nombreux à y participer, en particulier s'il est célébré au soir, comme cela devrait être le cas, bien que cette "audacieuse nouveauté" rencontre encore de fortes objections et n'est pas partout pratiquée, excepté chez les Orthodoxes en Occident. Cependant, quand bien même il n'y aurait pas de notables différences dans la célébration de la Liturgie des Présanctifiés, qui pourrait avoir un impact sur l'expérience spirituelle des fidèles, il y a pourtant d'importantes différences théologiques, qui bien que non-officiellement formulées, marquent les actions et les paroles des célébrants derrière les iconostases.

A la grande surprise de nombre de laïcs et même de clergé qui ne suspectent même pas cela, c'est ici que surgit la question : est-ce que le vin dans le Calice, durant la Liturgie des saints Dons Présanctifiés, se change pour devenir le Précieux Sang du Seigneur, comme cela a lieu durant les Liturgies de saint Jean Chrysostome et saint Basile le Grand, ou est-ce que cela reste ce que c'est, en dehors du fait que cela a été béni et sanctifié? En tout cas depuis l'époque de Pierre Mogila, la Liturgie russe répond par la négative : le vin n'est pas changé. Ce point de vue est démontré par le fait que le célébrant consommant le Corps du Christ présanctifié, qui a été humecté avec le Précieux Sang sanctifié à la Liturgie chrysostomienne ou basilienne, boit au Calice sans prononcer les paroles qu'il prononce lorsqu'il consomme lors d'une Liturgie "complète." De plus, s'il célèbre sans diacre et qu'ensuite il consomme le restant des Dons lui-même, il ne boira pas du Calice. Le diacre qui consomme le restant des Dons à la fin de la Liturgie ne boit jamais du Calice même quand il reçoit la Communion. Boire du Calice est vu comme un empêchement pour consommer le restant des Dons, comme l'expliquent les "Notes concernant certaines procédures pour la célébration de la Liturgie des saints Dons Présanctifiés," qui remonte à l'époque de Pierre Mogila :"Si le prêtre célèbre seul.. il ne boit pas du Calice jusqu'à la fin de la Liturgie. Même si le vin est sanctifié en y versant des parcelles (du saint Corps), il n'est pas transubstantié en Divin Sang, puisque les paroles de l'Institution n'ont pas été prononcées dessus comme c'est le cas lors des Liturgies de saint Jean Chrysostome et saint Basile le Grand." Cette même opinion est exprimée dans la pratique de l'Église de Russie, qui n'admet pas les petits enfants à la Communion durant la Liturgie des Présanctifiés, car à leur âge, ils sont incapables d'avaler une parcelle du Corps du Christ et le vin n'est pas considéré comme ayant été changé en Précieux Sang. Comme mentionné dans les livres liturgiques bien que pas de manière très explicite, la pratique grecque laisse supposer ce qui semble être une position théologique complètement différente. Concernant la Liturgie des Présanctifiés, il est brièvement noté : "Le prêtre consomme... des Saints Dons comme durant la Liturgie de saint Jean Chrysostome." A savoir que lorsqu'il boit du Calice, il dit "Le précieux et saint Sang de notre Seigneur et Dieu et Sauveur Jésus-Christ m'est donné.." Dès lors, ce qui est dans le Calice est considéré comme étant le Sang du Christ. Ce point est soutenu par la pratique de boire 3 fois au Calice, comme pendant les Liturgies chrysostomienne et basilienne, ce qui n'aurait pas beaucoup de sens si ce qui était prononcé ne l'était qu'à propos de vin et non pas du Saint Sang. Après tout cela, le célébrant consomme les Saints Dons comme durant les Liturgies habituelles. Quant aux explications théologiques, nous les retrouvons chez les liturgistes helléniques à partir du 11ème siècle : lorsque les parcelles du Corps du Christ sont déversées dans le Calice, le vin se change en Précieux Sang du Seigneur au contact avec Son Corps.

Je ne m'exprimerai pas personnellement concernant cette question théologique importante. Poser une décision à propos de cette différence (si elle existe réellement, car on ne saurait tirer de conclusion sérieuse sur base de différentes pratiques qui concernent des différences de croyance), ce serait au delà de ma compétence, car l'Église, ni dans le monde hellénique, ni en Russie, n'a adopté la moindre décision conciliaire sur le sujet. Je remarquerai seulement que l'explication du changement du vin en Sang du Christ par le contact avec une parcelle du Corps me semble étrange, et est inconnu des anciens Pères. Quant à la "note" de Pierre Mogila, elle est de toute évidence non-applicable vu sa terminologie scolastique ("transubstantiation") et sa théologie non-Orthodoxe d'après laquelle, l'Épiclèse est remplacée par les paroles de l'Institution durant la sanctification des Dons Eucharistiques.

Les éditeurs des livres liturgiques en Russie l'ont bien compris : bien qu'ils incorporent la "note" de Pierre Mogila dans le texte, sa partie la plus choquante, que nous avons partiellement citée ci-dessus, est mentionnée entre parenthèses. D'un autre côté, la théorie d'un changement par le contact est aussi faible : elle ne laisse nulle place à l'Épiclèse. En ce qui concerne la pratique russe, elle semble être plus correcte, mais elle est contradictoire puisqu'elle prescrit au célébrant de boire à 3 reprises du Calice (quel sens cela pourrait-il avoir si ce n'est pas le Sang du Christ?). Et pourtant elle est excessive car elle lui interdit d'en boire s'il célèbre seul.

13 juin 2008

Lumière Incréée et simples villageois (Grèce, 03/2008)

lumière créée, le soleil brille sur l'île de Santorin

Un extrait de l'homélie du prêtre Nicolas Loudovikos,
donnée le 15 mars 2008 à l'école Diakideios à Patras.

original grec
http://manitaritoubounou.wordpress.com/2008/03/27/eley8eria-or8odoxia-loydobikos-1/


En conclusion, je voudrais vous rapporter un événement dont j'ai été un jour le témoin oculaire..

J'étais un jeune prêtre officiant à l'époque, et je desservais quelques églises de villages dans les faubourgs de Thessalonique. En même temps, j'étais l'assistant d'un très important théologien de l'école de théologie. Ce qui m'arrivait été très contrasté, alors que j'étais occupé à rédiger mes sermons à l'école de théologie : d'un côté, à l'école, j'étais en contact avec tout ce que la théologie a de grand et d'étrange et d'incompréhensible, avec la profondeur de sa signification, etc, et de l'autre côté, j'étais prêtre champêtre pour 10 villages différents où mon évêque m'avait nommé en même temps... et aussi 3 ou 4 autres villages où je devais aller comme prédicateur.. Voilà ce que ma tâche de l'époque.. Je me sentais désespérément seul, car je sentais que personne ne me comprenais.. ou je devais être responsable de leur incapacité à me comprendre..

Alors je leur disais 4 ou 5 choses, je voyais comment les gens écoutaient, puis baissaient la tête, et ensuite s'en retournaient à leur routine, comme si rien ne s'était passé. Cette sensation de solitude m'écrasait... Je ne cessais de me demander "mais qu'est-ce que donc je fiche, comme prêtre, ici et maintenant? Qu'est-ce que ça veut dire de venir ici le dimanche, pour parler à ce village, si les gens eux ne..." Oui, je n'en pouvais plus. Je ne dis pas que c'est tâche facile, mais comme je vous l'ai dit auparavant, j'ai choisi de parler de quelque chose de difficile.. je crois que vous êtes un auditoire capable de saisir ces choses. Quoi qu'il en soit, à partir de ce jour-là, j'avais appris nombre de choses, malgré les difficultés rencontrées.

L'événement miraculeux dont j'ai été témoin dans ce village, c'était comme si Dieu m'accordait diverses leçons..

Un de ces dimanches, après la Divine Liturgie, le prêtre – un homme très simple – et deux acolytes, tout aussi simples – et illettrés – m'invitèrent au café du village afin de partager une tasse de café avec eux, avant de repartir. "Venez, ne partez pas ainsi," insistèrent-ils. C'est ainsi qu'après la Divine Liturgie, et me trouvant bien triste dans ma solitude, etc etc, nous partîmes vers le café. Alors que nous étions à déguster notre café, un des acolytes se tourna soudain vers moi, me regarda de face et me dit :

"Père, vous savez, moi et Ioannis (c'était l'autre acolyte illettré), nous avons une question. Notre église n'avait jamais été consacrée – ils n'avaient jamais fait "les choses" nécessaires pour ça – et nous nous étions demandés, puisqu'elle n'était pas consacrée par un évêque, si les sacrements et la Divine Liturgie qui y étaient accomplis étaient canoniques."

Waouh! Pensais-je en moi-même – dites donc alors! Quelle interrogation! J'étais impressionné. Mais il continua:

"Alors vous savez ce qu'on a fait? Nous avons tous décidé de jeûner pendant 3 semaines, dans l'espoir que Dieu nous montre la réponse. Alors nous avons jeûné. Et en fait, un dimanche, avant que l'évêque ne vienne pour faire "les choses" nécessaires, nous avons revu cette lumière pendant la Divine Liturgie."

J'ai commencé à bafouiller :

"La lumière? Quelle lumière?"

"Cette lumière – vous savez, celle qui brille toujours – quand vous regardez ensuite vers le soleil, que vous croyez que c'est noir – une lumière qui descend et vous voyez toutes sortes de choses – beaucoup, beaucoup de choses, de situations, du présent, du passé, du futur, etc, de tout dedans.."

J'ai vacillé.. j'étais confronté à des gens ici qui avaient eu la même expérience que saint Grégoire Palamas et saint Siméon le Nouveau Théologien!

Et le prêtre qui donnait ses bénédictions, etc, en rajoutait – oui, oui, .. et c'était comme si tous ces gens-là étaient dans la même "conspiration"! Cette expérience me bouleversait.. Bien entendu, les choses ne s'arrêtèrent pas là; je commençai à interroger en profondeur cette personne si simple.

"Dites-moi, comment vivez-vous," lui demandai-je (après le choc initial qui allait m'accompagner de longues années durant) – "Comment vivez-vous?"

"Comment je vis? Bien. Simplement."

"Et que faites-vous donc, comment se déroule exactement votre journée, que faites-vous pendant le jour?"

"Je ne fais absolument rien de spécial" (répondit-il). "Je n'ai pas de 'choses' spéciales à faire – j'aime simplement Dieu, mais je pratique un peu de patience. Je pratique la patience."

Cette personne avait la patience! Vous savez ce que "patience" signifie? "Patience," c'est ce crucifix de la liberté, par lequel nous étreignons les autres. C'est là que Dieu Se révèle Lui-même.

Et voilà la grandiose leçon : cet hésychasme est une expérience concrète, physique. Vous les théologiens, n'allez pas croire que c'est un accomplissement individuel (comme le professent les Hindouistes) ou quelque chose comme ceux qui abolissent leur volonté dans l'attente de voir quelque chose. C'est l'ouverture de soi-même vers la société, et c'est par là que des révélations majeures sont données à l'humanité... ce dont moi, candidat au doctorat, n'ai pas été honoré – ni ne l'ai été depuis...

Merci pour votre patience.


Note:
Le prêtre Nicolas Loudovikos a étudié la psychologie, la pédagogie, la théologie et la philosophie à Athènes, Thessalonique, Paris et Cambridge. Il est docteur en théologie de l'université de Thessalonique, et a aussi travaillé au "research center for Primeval Christianity", Tyndale House, Cambridge. Il a enseigné à l'école de théologie de l'université de Cambridge, de même qu'à l'université de Durham. Il est professeur de dogmatique et de philosophie à la haute école ecclésiastique de Thessalonique; scientifique associé au programme théologique de post-bachelier à l'université hellénique ouverte, et aussi conférencier à temps partiel à l'institut Orthodoxe de l'université de Cambridge.
source
http://www.oodegr.com/english/asynithista/empeiries/xwrikoi1.htm

paysan Serbe

Par sa foi simple, le paysan Orthodoxe qui a été bien "nourrit spirituellement" sait fréquemment ressentir ce que les mots ne savent exprimer. D'où l'Histoire ecclésiastique nous rapporte bien des cas où a existé (et existe encore) un profond hiatus entre lui et certains hiérarques et théologiens, ces "modernistes" qui vivent loin de la mystique de l'Église, de ses enseignements apostoliques et patristiques, et n'ont que leurs opinions personnelles comme horizon...


Icône d'une famille paysanne, Russie


île d'Andros, Grèce
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11 avril 2008

La prière pour les défunts: μνημόσυνον / panikhide (Grand Carême, Hadès/enfer, koliva/κόλλυβα, etc)




table mémoriale

Le Samedi des âmes est un jour prévu pour la commémoration des défunts dans le calendrier de l'année liturgique de l'Église Orthodoxe de rite byzantin. Le samedi est jour de prière traditionnel pour les morts, parce que le Christ Se trouva mort dans la Tombe un samedi.
Il y a plusieurs "samedi des âmes / défunts" dans l'année. Ces jours sont consacrés à la prière pour les parents défunts et les autres d'entre les fidèles qui ne peuvent pas être commémorés comme saints. On ajoute des hymnes spéciales aux divins Offices de ces jours-là pour commémorer les défunts. Il y a normalement un Office de commémoration ou panikhide qui est célébré soit le samedi matin après la Divine Liturgie, soit lors des Vêpres du vendredi soir; un plat de "kolyva" est réalisé (blé cuit avec du miel, voir plus bas) et placé en face de la croix ou d'une Icône devant laquelle la panikhide sera célébrée. Après l'Office, le prêtre bénit le koliva, et il est partagé et mangé comme mémorial par tous ceux présents.

tombe du cimetière Lazarev, Laure saint Alexandre Nevsky

Panikhide ou Office de commémoration des défunts
http://en.wikipedia.org/wiki/Panikhida

En grec : μνημόσυνον, mnemósynon, "mémorial", ou παραστάς, parastás, "éveil"
En slavon : паннихида, panikhída, translitéré par "panikhide"

L'Office
Dans le rite byzantin, les diverses prières pour les défunts ont pour buts : prier pour le repos des défunts; réconforter les vivants; et rappeler à ceux qui restent leur propre mortalité, et la brièveté de cette vie terrestre. Pour cette raison, les Offices de commémoration ont un ton de pénitence (1) et sont généralement célébrés de manière plus fréquente pendant les 4 grandes périodes de jeûne (Grand Carême, Avent, Jeûne des Apôtres et Jeûne de la Dormition).
Si l'Office est pour une personne particulière, il aura souvent lieu à sa tombe. Si c'est une commémoration générale de tous les défunts, ou que la tombe de la personne est trop éloignée, l'Office aura lieu à l'église, face à une "table mémoriale" spéciale. La table mémoriale est une petite table sur laquelle on place un crucifix, parfois aussi des Icônes de la Théotokos (Mère de Dieu) et de l'Apôtre saint Jean. La table doit aussi permettre de poser des cierges allumés (dans la tradition russe, c'est un multi-porte cierges où nombre de fidèles viennent poser leur cierge pour leurs propres défunts).
Le diacre, et en son absence le prêtre, encensera la table pendant l'Office, et un desservant se tiendra en tenant un cierge allumé. On distribue à tous les fidèles un cierge mince, allumé, prévu pour ce genre d'Office. Vers la fin de l'Office, pendant le tropaire final, tous éteindront leurs cierges, ou les placeront sur les porte-cierges sur la table mémoriale. Chaque cierge symbolise l'âme individuelle, que symboliquement, chaque personne tient en ses propres mains. L'extinction (ou la dépose) du cierge à la fin de l'Office symbolise le fait que chaque personne aura à rendre sa propre âme à la fin de sa vie.
L'Office se compose de Psaumes, d'echténies (litanies), hymnes et prières. Son schéma suit le schéma général des Matines (2), c'est en fait un Office de funérailles abrégé. Certaines des plus notables parties de l'Office sont le kondakion des défunts (3), et la finale, le chant lent et solennelle du "mémoire éternelle" (slavon : Вечная память , Vyechnaya Pamyat; grec : , éônia imnimie)
L'Office de commémoration est la plupart du temps célébré après la Divine Liturgie; cependant, il peut aussi être célébré après les Vêpres, les Matines, ou comme Office célébré seul.

Occasions
Lorsque meurt un Chrétien Orthodoxe, le prêtre lit les "prières pour le départ de l'âme" appropriées. Ensuite la famille ou les amis du défunt laveront et habilleront le corps, et il est placé dans un cercueil (en Occident, où les funérailles en pleine terre sont interdites). Ensuite, un Office étendu spécial de commémoration est célébré, appelé Premier Panikhide, après quoi on commence la lecture du Psautier, et elle continue de manière ininterrompue jusqu'aux funérailles.

Traditionnellement, en plus de l'Office du jour du décès, un Office de commémoration est accomplit à la demande des proches d'un défunt les jours suivants:
- 3ème jour après le décès (4)
- 9ème jour après le décès
- 40ème jour après le décès
- premier anniversaire du décès
- 3ème anniversaire du décès (certains demanderont un mémorial tous les ans, lors de l'anniversaire du décès)

Il est aussi célébré lors des divers Samedi des âmes / défunts de l'année (5). Ces jours-là, non seulement on célèbre l'Office de commémoration, mais il y a en plus des prières particulières lors des Vêpres, Matines et pendant la Divine Liturgie. Les Orthodoxes de rite byzantin célèbrent ces jours de commémoration spéciale les :
- Samedi de Carnaval – 2 samedi avant le début du Grand Carême – dans certaines traditions, les familles et les amis offriront des Panikhides pour leurs bien-aimés au cours de la semaine qui précède, culminant dans la commémoration générale le samedi.
- les 2ème, 3ème et 4ème samedi du Grand Carême
- Radonitsa est un autre jour de commémoration, mais il ne tombe pas un samedi mais bien le lundi ou le mardi de la seconde semaine après Pâques (voir plus bas). Radonitsa n'a pas d'hymnes dédiés pour les défunts lors de la Divine Liturgie, mais une panikhide est célébrée après la Liturgie, et ensuite les fidèles vont au cimetière en emportant avec eux de la nourriture pascale, allant y saluer les défunts avec la joie de la Résurrection. (6)
- Samedi avant la Pentecôte – dans certaines traditions, les familles et les amis offriront des Panikhides pour leurs bien-aimés au cours de la semaine qui précède, culminant dans la commémoration générale le samedi.
- Les Russes commémorent aussi le samedi le plus proche du 26 septembre (saint Dimitri) et le 23 septembre (Conception de saint Jean le Baptiste et Précurseur). Voir plus bas en détail.
- Parmi les coutumes locales, chez les Orthodoxes de Serbie, on commémore les défunts les samedi avant le 8 août et avant le 24 octobre.

Litie
Une forme très abrégée de l'Office de commémoration. Elle consiste uniquement en la partie de conclusion de l'Office de commémoration. Elle est souvent célébrée dans le narthex de l'église les jours ordinaires de semaine (p. ex. lorsqu'il n'y a pas de fête de rang plus élevé), en particulier durant le Grand Carême.

Notes
1. Par exemple, la panikhide ne comporte pas le chant "Le Seigneur est Dieu.." comme le Moleben / Paraklisis; à la place, on chante l'Alléluia, réminiscence de l'Alléluia qui est chanté pendant les Offices du Grand Carême.
2. le mot grec "parastas" provient de ça, et fait référence à la vigile de toute la nuit, qui, aux temps de l'Église antique, était effectivement célébrée et vécue par tous.
3. Kondakion des défunts : "Accorde le repos avec les saints, Ô Christ, à l'âme (aux âmes) de Ton (Tes) défunt(s) serviteur(s), là où il n'y a plus ni maladie, ni affliction, ni pleurs, mais la vie éternelle."
4. En calculant le nombre de jours, celui où a eu lieu le décès est compté comme premier jour. Selon saint Macaire le Grand, la raison pour ces jours spéciaux est la suivante : du 3ème au 9ème jour après la mort, l'âme du défunt se voit présenter les demeures du Paradis (les funérailles sont normalement célébrées le 3ème jour); du 9ème au 40ème jour, l'âme se voit présenter les tourments de l'Hadès; et le 40ème jour, l'âme se trouve devant le Trône de Dieu, où elle est jugée, et part vers là où elle attendra la Seconde Venue, la Parousie du Christ. C'est pourquoi le 40ème jour est considéré comme étant le plus important. Dans certaines traditions, on commémore aussi le semi-anniversaire, 6 mois après le décès.
5. Le samedi est généralement dédié à la prière pour les défunts, car le Christ gît dans le Tombeau un samedi. Dans certains monastères et grandes églises, il est de coutume de célébrer une panikhide chaque samedi, à moins qu'une fête majeure ait lieu ce jour-là.
6. Vu la grande solennité de ces jours, la célébration des Offices de commémoration est interdite du Jeudi Saint (voire toute la Semaine Sainte) jusqu'à la fin de la Semaine Radieuse, et tous les dimanches de l'année.



Echténie durant une Panikhide

Typikon en grec
http://www.typikon.gr/


kolyva


Dans l'Ancien Testament, nous avons la célèbre péricope du 2ème livre rapportant l'épopée de Judas Macchabée et sa révolte contre les païens :
"Le lendemain, Judas et ses compagnons vinrent, comme c'était devenu nécessaire, enlever les corps de ceux qui avaient été tués, pour les déposer près des leurs dans le tombeau de leurs pères. Or, sous la tunique de chacun, ils trouvèrent des objets consacrés aux idoles de Jamnia et interdits aux Juifs par la loi; il fut dès lors évident pour tous que telle était la cause de leur mort. Ils bénirent donc la main du juste juge, du Seigneur qui fait apparaître les choses cachées, et se mirent en prière pour lui demander de pardonner entièrement le péché commis. Le noble Judas harangua la foule et l'exhorta à se garder de toute transgression, considérant le malheur de ceux qui avaient été tués pour avoir commis cette faute. Il fit ensuite une collecte et envoya environ 2.000 drachmes à Jérusalem pour qu'on offrit un sacrifice pour le péché: belle et noble façon d'agir, découlant de sa croyance en la résurrection, car s'il n'avait pas estimé que ceux qui étaient tombés ressusciteraient, il eût été vain et superflu de prier pour les morts. Mais s'il jugeait qu'une belle récompense attend ceux qui s'endorment pieusement dans la mort, c'était là bonne et religieuse pensée; voilà pourquoi il demanda un sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu'ils fussent absous de leurs fautes" (2 Macchabées 12,39-46).

Dans le Nouveau Testament, on trouve un passage en 2 Timothée 1,16-18 qui évoque cette prière:
"Que le Seigneur fasse miséricorde à la famille d’Onésiphore, car souvent il m’a réconforté, et il n’a pas rougi de mes chaînes; au contraire, à son arrivée à Rome, il m’a recherché activement et m’a découvert. Que le Seigneur lui donne d’obtenir miséricorde auprès du Seigneur en ce Jour-là. Quant aux services qu’il m’a rendus, à Éphèse, tu les connais mieux que personne."
Comme pour les versets du Livre des Macchabées, ces versets font référence aux prières qui aideront les défunts au Jour du Jugement. On ne sait pas si Onésiphore, pour qui saint Paul priait, était mort, quoique ce soit sous-entendu dans la compréhension du texte basé sur son original grec, car Paul ne fait référence à Onésiphore que dans un sens passé, et la prière comporte une demande de consolation pour sa famille.

Tradition patristique
La prière pour les défunts est bien documentée dans l'antique Église Chrétienne, tant parmi d'éminents pères de l'Église que dans les communautés Chrétiennes en général. Le point de vue Orthodoxe, occidental (premier millénaire) et oriental (de la Pentecôte à nos jours) est que les Chrétiens priaient pour "de telles âmes qui avaient quitté ce monde dans la Foi, mais sans avoir eut le temps de porter
de dignes fruits de repentance" (1).

Découverte fin du 19ème siècle, la tombe d'Averkios de Hiéropolis en Phrygie Salutaris (fin du 2ème siècle) portait l'inscription : "que quiconque comprend ceci et le croit prie pour moi, Averkios." (ταυθ ο νοων ευξαιτο υπερ Αβερκιου πας ο συνωδος) – il s'agit probablement d'Averkios Marcellos, évêque de Hiérapolis – cfr Vie d'Averkios, par st Syméon Métaphrastes.
(nb: cette tombe, ouvrage funéraire Orthodoxe, a été volée, et se trouve au musée du Latran - vatican)







saint Averkios
Paraclis de la très sainte Mère de Dieu, aile nord, s2-e1e4-32,
monastère de Gracanica, province serbe du Kosovo.
(Nous verrons en une autre occasion les inscriptions de même nature et époque, chez Pectorinus d'Autun)

Les inscriptions dans les Catacombes de Rome rendent semblable témoignage à cette pratique de prière pour les défunts, comme on l'y voit par des phrases telles que:
- puisses-tu vivre parmi les saints (3ème s.)
- Puisse Dieu faire reposer l'âme de..
- la Paix soit avec eux..

Parmi les écrivains ecclésiastiques, Tertullien (+ 230) est le premier à mentionner la prière pour le défunt, et pas comme une concession à un sentiment naturel, mais comme un devoir, car il expliquait que la veuve qui ne priait pas pour son défunt époux, c'était comme si elle en était divorcée.. La plus célèbre citation en la matière, en Occident, se trouve dans le 9ème livre des Confessions de saint Augustin d'Hippone, écrit vers 398, où il parle clairement de la prière pour sa mère, sainte Monique. Cette dernière avait d'ailleurs expliqué que la seule chose qui comptait pour elle, une fois morte, c'était de se retrouver "à la prière de l'Autel."

Un élément important dans les liturgies des diverses Églises, c'étaient les diptyques, ou listes des noms des vivants et des défunts qui devaient être commémorés dans l'Eucharistie. Être inséré dans ces listes était la confirmation de l'Orthodoxie de quelqu'un. D'un autre côté, en être biffé équivalait à une condamnation, un anathème.
Au milieu du 3ème siècle, saint Cyprien enjoignait qu'on ne fasse pas d'oblation ni de prière publique pour un laïc défunt qui aurait enfreint la règle de l'Église en prenant un administrateur clérical sous sa direction : "Il ne doit pas être cité dans les prières du prêtre, celui qui a fait de son mieux pour tenir du clergé éloigné de l'Autel."
Bien qu'il ne soit pas possible de donner une date précise pour les paroles exactes utilisées dans les anciennes liturgies, cependant la diffusion universelle de ces diptyques et des prières définies pour les défunts dans toutes les Églises aux 4ème et 5ème siècles tend à montrer à quel point de telles prières remontent aux tous débuts. Les termes utilisés dans ces prières sont très réservés, et ne contiennent pas la moindre suggestion d'une "purgatoire" ou tout autre lieu ou état de douleur. Nous pouvons citer la Liturgie de saint Jacques de Jérusalem :
"Souviens-Toi, Ô Seigneur, Dieu des esprits et de toute chair, de ceux dont nous avons fait mémoire et de ceux que nous n'avons pas commémorés, des hommes de vraie Foi, des justes depuis Abel jusqu'à nos jours; accorde-leur Toi-même le repos sur la terre des vivants, dans Ton Royaume, dans les délices du Paradis, dans le sein d'Abraham, Isaac et Jacob, nos saints pères, là où toute souffrance et affliction et lamentation sont bânies, là où la Lumière de Ta face les visite et brille toujours sur eux."
Les prières publiques n'étaient offertes que pour ceux que l'ont pensait être morts en fidèles membres de l'Église. Cependant, sainte Perpétue, qui fut martyrisée en 202, fut encouragée par une vision à prier pour son frère, qui était mort à l'âge de 8 ans. Et une vision ultérieure la rassura sur l'exaucement de ses prières, son frère avait été sauvé et était entré dans le Royaume. On trouve chez quantité de saints pères et mères d'Irlande Orthodoxe des récits de "lutte de prière" avec le Seigneur, pour arracher telle ou telle âme à l'Hadès. Et chez saint Grégoire le Grand, il y a ce développement de son cycle de 30 jours de Liturgies offertes pour un défunt, suite à l'expérience qu'il avait eue avec un de ses moines, lorsqu'il était encore abbé, moine qui était mort excommunié et l'avait supplié post-mortem de prier pour lui. Trente jours après, le défunt entrait dans le Royaume. Voir plus bas cette liaison prière-eucharistie.

Théologie
L'enseignement doctrinal de l'Église Orthodoxe reste tel qu'il était dans l'Église antique, à savoir qu'il s'agit simplement de la prière pour les défunts dans l'Hadès. Il n'y a pas de théorie sur la manière dont les prières de l'Église aideraient le défunt. Les Orthodoxes croient simplement ce qu'enseigne la Tradition depuis les Apôtres, à savoir qu'il faut prier pour le défunt. (2)
Saint Basile le Grand (+ 379) écrit dans sa 3ème Prière pour l'Agenouillement à la Pentecôte : Ô Christ notre Dieu.. Toi qui, en cette fête éminemment parfaite et salutaire, as daigné recevoir nos prières d'intercession pour ceux que retient l'Hadès, et qui nous as donné grandement l'espérance de Te voir accorder aux défunts la délivrance des afflictions qui les accablent et leur soulagement: écoute nos prières malgré notre faiblesse et notre misère; accorde aux âmes de Tes serviteurs défunts le repos dans le séjour de la Lumière, de la fraîcheur et de la paix, en un lieu d'où sont absents la peine, la tristesse et les gémissements; place leurs âmes dans les tabernacles des justes, rends-les dignes de paix et de réconfort, car ce ne sont pas les morts qui Te loueront, Seigneur, ni les captifs de l'Hadès qui auront l'audace de confesser Ton Nom; mais nous, les vivants, nous Te bénissons et Te supplions, nous T'offrons nos prières d'intercession et nos sacrifices d'expiation pour leurs âmes." (3)
Saint Grégoire le Grand (+ 604, appelé "Dialogos" en Orient), dans ses célèbres "Dialogues" composés en 593, enseigne que "le saint sacrifice (Eucharistie) du Christ, notre salutaire Victime, apporte de grands bénéfices aux âmes même après la mort, pourvu que leurs péchés puissent être pardonnés dans la vie à venir." (4) Cependant, saint Grégoire continue en disant que la pratique de l'Église de la prière pour les défunts ne doit pas être une excuse pour ne pas mener une vie pieuse sur terre. "La manière la plus sûre, bien entendu, c'est de faire nous-mêmes en cette vie ce que nous espérons que d'autres ferons pour nous après notre mort." (5). Le p. Seraphim Rose (+ 1982) dit que "la prière de l'Église ne saurait sauver quiconque refuse le Salut, ou n'a jamais mené la moindre lutte (podvig) pour lui-même durant cette vie-ci." (6)

Pratique
Les prières de l'Église pour le défunt commencent au moment de la mort, lorsque le prêtre dirige la Prière pour le Départ de l'Âme, qui est un Canon spécifique et des prières pour la libération de l'âme. C'est ensuite que le corps sera lavé, habillé et posé dans le cercueil par les parents, après quoi le prêtre entamera la Première Panikhide. Ensuite la famille et les amis liront le Psautier à voix haute à côté du cercueil, et la lecture continuera jusqu'aux funérailles, normalement 3 jours après le décès, n'étant interrompue que par d'autres panikhides (au moins une par jour).
Voir aussi plus haut pour les divers jours où il convient de célébrer la panikhide pour un défunt.

La forme la plus importante de la prière pour les défunts a lieu lors de la Divine Liturgie. Des parcelles sont découpées de la prosphore pendant l'office de la Proskomédie, au début de la Liturgie. Ces parcelles sont placées en dessous de l'Agneau sur la patène (diskos), où elles resteront tout au long de la Liturgie. Après la Communion des fidèles, le diacre verse ces parcelles dans le Calice en disant "Lave, Ô Seigneur, les péchés de tous ceux qui sont ici commémorés, par Ton Précieux Sang, par les prières de tous Tes saints."
De ce geste, saint Marc d'Éphèse dit : "Nous ne saurions rien accomplir de mieux ou de plus grand pour les défunts que de prier pour eux, de les commémorer dans l'offrande à la Liturgie. Ils en ont toujours besoin... Le corps ne ressent plus rien: il ne voit pas ses proches assemblés, il ne sent pas le parfum des fleurs, il n'entend pas les oraisons funèbres. Mais l'âme ressent les prières offertes pour elle, et elle en est reconnaissante à ceux qui les font, et elle est spirituellement proche d'eux." (7)
En ce qui concerne les candidats à la reconnaissance de sainteté, avant leur glorification / canonisation comme saint, ils seront commémorés en célébrant des panikhides. Et la veille de leur glorification, on célébrera un Requiem solennel spécifique, appelé "la Dernière Panikhide."
Notes
1. The Longer Catechism of the Orthodox, Catholic, Eastern Church, 376
2. évêque Kallistos (Timothy Ware), L'Église Orthodoxe (ed US= The Orthodox Church, Penguin Books, 1964, ISBN 0-14-020592-6, p. 259)
3. Pentecostaire, traduction archimandrite Denis Guillaume. En anglais : Isabel F. Hapgood, Service Book of the Holy Orthodox-Catholic Apostolic Church (Antiochian Orthodox Christian Archdiocese, Englewood, NJ, 1975, 5th edition), p. 255.
4. Dialogues IV, 57.
5. Id. IV, 60.
6. P. Seraphim Rose, The Soul After Death (Saint Herman of Alaska Brotherhood, Platina, CA, ISBN 0-938635-14-X), p. 191.
7. cité dans Seraphim Rose, The Soul After Death, p. 192, op. cit.



Panikhide à la paroisse grecque-orthodoxe de Chatelineau (B)
film complet (en grec)



P. Schmemann : Le Jugement Dernier (Dimanche du Carnaval) - et la prière pour les défunts

Toussaint occidentale: l'âme, la prière pour les défunts (p. Vladimir Demshuk, Orthodox Study Bible, etc)


"Il ne fait aucun doute que ceux qui se sont endormis dans la paix reçoivent le secours des prières et des offrandes qui ont été faites en leur nom, et que cette coutume était déjà en vigueur dans l’Antiquité, nous en avons le témoignage dans des affirmations nombreuses et variées provenant oralement et par écrit d’un certain nombre de nos Pères, tant Latins que Grecs, qui se sont exprimés en divers lieux et à diverses époques.
Mais que les âmes puissent être délivrées par une souffrance purificatrice qui leur serait imposée pour un certain laps de temps par un feu prétendument purificateur, qui leur procurerait une certaine amélioration, c’est un enseignement qui ne se trouve ni dans les saintes Écritures, ni dans les prières et les hymnes que nous disons pour les défunts, ni dans les écrits des Pères."
Saint Marc (Eugenikos), évêque d'Ephèse

Toussaint: l'Époux du Cantique du Cantique, seule vision pure pour l'âme + Office Acathiste pour les défunts

prière pour ceux qui sont morts hors de l'Église



Le "koliva", qu'on translitère aussi par "kolyva" (grec, κόλλυβα, kólliva; serbe, кољиво, koljivo; roumain, colivă; bulgare, коливо, kolivo) est du blé cuit à l'eau qui est utilisé liturgiquement dans les Églises Orthodoxes de rite byzantin.
Cette nourriture rituelle est bénie lors de la panikhide qui suit la Divine Liturgie, célébré à diverses reprises après un décès; lors des funérailles; lors des mnemósyna / panikhides / offices de commémoration; lors des "slavas" (Serbes); le premier vendredi du Grand Carême, ou lors de la mnemósyna du repas de Noël. Vu son goût agréable, dans certains pays – mais pas en Grèce, on consomme aussi du koliva en d'autres occasions, non-religieuses, souvent avec de la crème.

Recette
Bien que les recettes soient nombreuses et diverses, l'ingrédient de base c'est le grain de blé; on les cuit à l'eau jusqu'à ce qu'ils soient tendres, et ils sont adoucis avec du miel, sucre et certains fruits. On peut aussi y ajouter des graines de sésame, des amandes, des morceaux de cerneaux de noix, de la cannelle, des pépins de grenade, des raisins secs, de l'anis et du persil. Le koliva est une pratique répandue dans beaucoup de pays, depuis les Balkans jusqu'à la Russie.
Quand on le sert, le koliva cuit, qui ressemble à de la terre, est mis en forme d'un tumulus funéraire. Le tout est ensuite couvert de sucre en poudre et les initiales du défunt sont dessinées au sommet. Au centre du koliva, on place et allume un cierge au début de la panikhide, et on l'éteint à la fin. Après la Liturgie, ceux qui y ont participé mangent le koliva tout en parlant du défunt et disent "que Dieu la/le pardonne."
Certaines paroisses Orthodoxes ont désigné un fidèle chargé de préparer le koliva. C'est partiellement en raison du risque de fermentation du blé si le koliva n'est pas préparé convenablement.
Parfois, le koliva est préparé avec du riz au lieu de blé. Cette pratique débuta comme réponse pragmatique à la famine qui frappait l'Union Soviétique, lorsque les fidèles n'avaient pas de blé pour le koliva, et dès lors utilisèrent du riz. Certaines communautés continuent de nos jours à utiliser du riz.

Histoire et interprétation Chrétienne
L'origine du koliva prédate le Christianisme. Le terme provient du grec ancien "kollyvo" ou κόλλυβo, qui signifiait à l'origine "graine de céréale" (serbe et bulgare: "žito" ou "blé"). Dans la Grèce antique, la "panspermia", une mixture de graines cuites et de noix, était offerte lors de la fête de l'Anthesteria. Un Grèce, on appelle donc aussi le koliva "sperna," rapport au mot "sperme." L'association entre la mort et la vie, entre ce qui est planté dans le sol et ce qui en émerge, est profondément ancrée dans la réalisation et la consommation du koliva. La nourriture rituelle a été adoptée et christianisée aux débuts du Byzantium, et de là s'est diffusée dans tout le Christianisme de rite byzantin. Elle n'a en effet jamais eu d'équivalent dans l'Occident quand ce dernier était encore heureux car Orthodoxe.
L'aspect symbolique, pour les Orthodoxes byzantins, c'est la mort et la résurrection, selon les termes mêmes de l'Évangile: "En vérité, Je vous le dis, si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il demeurera seul; mais s'il meurt, il donnera beaucoup de fruit" (Jn 12,24).
Le blé qui est semé en terre et lève en une vie nouvelle est symbolique de nos bien-aimés qui sont partis dans la mort, dans l'espoir de la résurrection, selon les paroles de saint Paul:
"Ainsi en est-il de la résurrection des morts. Semé dans la corruption, le corps ressuscite incorruptible; semé dans le mépris, il ressuscite glorieux; semé dans la faiblesse, il ressuscite vigoureux; semé corps animal, il ressuscite corps spirituel" (1 Co 15, 42-44)
Ce symbolisme trouve sa plus haute expression chez les saints, dont l'état de béatitude au Ciel a été manifesté au monde. Pour cette raison, le koliva n'est pas seulement béni pour les commémorations de défunts, mais aussi pour la commémoration des saints.

Utilisation
Le koliva est utilisé en diverses occasion :

Samedi de saint Théodore le Conscrit / Tyron
voir plus bas.

Offices de commémoration
Lors des panikhides / parastas, la famille ou les amis du défunt préparent souvent une koliva qui est donc placée sur la table de mémorial, devant laquelle l'Office sera chanté.
Pour sa bénédiction, le prêtre l'asperge d'eau bénite – dans l'Église de Bulgarie, il est coutumier que le prêtre verse du vin sur le koliva et sur la tombe (apparemment aussi dans les Balkans : coutume constatée chez les Serbes à Charleroi, lors de diverses funérailles; ndt).

Commémoration de saints
Il est aussi usuel d'offrir du koliva lors de la fête du saint patron de la paroisse, ou d'une famille (Slava des Serbes), ou pour la fête de saints d'une importance particulière. Cependant, au lieu de célébrer un Office de commémoration, le koliva est placé devant l'Icône du saint et on célèbre un office d'intercession au saint (Moleben / Paraklisis).


Plat de koliva (Кутья)


Théodore d'Amasea, ou Tyre, "Tyron", "le Conscrit"
saint militaire et martyr du 4ème siècle
.

1er samedi du Grand Carême – saint Théodore le Conscrit
http://ocafs.oca.org/FeastSaintsLife.asp?FSID=9





L'officier saint Théodore
peinture murale du 14ème siècle, par Manuel Panselinnos, église du Protaton, Karyes, Mont Athos, Grèce

Aujourd'hui, nous commémorons le miracle de saint Théodore et du blé cuit. Cinquante an après le décès de saint Théodore, l'empereur Julien l'Apostat (361-363), voulant outrager les Chrétiens, ordonna au commandant de la ville de Constantinople, au cours de la première semaine du Grand Carême, d'asperger toutes les provisions de nourriture sur les marchés de la ville avec du sang offert aux idoles. Saint Théodore apparut en songe à l'archevêque Eudoxius, lui ordonnant d'informer tous les Chrétiens, afin que nul n'achète ni ne mange rien venant des marchés, mais au contraire mange du blé cuit avec du miel (koliva).
En souvenir de cet événement, l'Église Orthodoxe célèbre annuellement le saint grand martyr Théodore le Conscrit le 1er samedi du Grand Carême. La veille au soir, lors de la Divine Liturgie de saints Dons Présanctifiés, après la prière à l'ambon, on chante le Canon au saint martyr Théodore, composé par saint Jean Damascène. Après cela, le koliva est béni et partagé entre les fidèles. La célébration du grand martyr Théodore le 1er samedi du Grand Carême a été fixée par le patriarche Nectarios de Constantinople (381-397).
Le tropaire de saint Théodore ressemble assez au tropaire du saint prophète Daniel et des 3 Jeunes dans la fournaise (dimanche avant la Nativité). Le kondakion de saint Théodore, qui souffrit le martyre du feu, nous rappelle aussi qu'il avait la Foi comme cuirasse (cfr 1 Thess. 5,8).
Saint Théodore est aussi commémoré individuellement le 17 février.


Copie de musée d'une plaque en terre cuite du 6/7ème siècle, de Vinica, en Macédoine contemporaine. Elle montre saint Théodore, identifié grâce à l'inscription latine sur son épaule, chevauchant un cheval et transperçant un ennemi. Sa lance a été confondue avec l'ancien étendard-dragon de Dacie, le draco, adopté par la suite par l'armée romaine, et habituellement dépeint dans les mains de ce qu'on appelle les "divinités cavalières de Thrace." Voir J.C.N. Coulston, "The draco standard", Journal of Roman Military Equipment Studies 2 (1991), 101-14.



Saint Théodore Tyron
Icône de 1679, par F. Zubov, cathédrale Saint-Sauveur, Kremlin de Moscou (113 x 80 cm).



bénédiction du koliva




Bible
L'Hadès est mentionné 11 fois dans le Nouveau Testament dans le grec original, et traduit parfois par "tombe", parfois par "enfer." Selon la Bible, l'Hadès est le lieu ou l'état de l'esprit de tous les défunts (1). C'est le séjour des défunts où tous, justes ou pas, attendent la résurrection générale et le Jugement.
Dans la Septante, qui est la traduction grecque que les communautés juives de culture hellénistique avaient réalisé de la Bible en hébreux et araméen, et qui est la traduction utilisée par les premiers Chrétiens et les évangélistes et auteurs des épîtres, le mot grec Hadès est utilisé pour traduire le mot hébreux "sheol" (p. ex. Isaïe 38,18) (1). Dans le judaïsme postérieur, le terme en vint a désigner le lieu de récompense des pieux défunts ou le lieu d'attente avant le Jugement (1).
En Actes 2,27, la phrase en hébreux du Psaume 16,10 donne "Tu n'abandonneras pas mon âme à l'Hadès."
La mort et l'Hadès sont associés à plusieurs reprises dans le Livre de l'Apocalypse selon saint Jean (Apoc 1,18, 6,8, 20,13-14). Le terme "Hadès" apparaît dans la promesse du Christ à l'Apôtre Pierre : ".. et les portes de l'Hadès ne prévaudront pas contre elle" (Mt 16,18) ainsi que dans l'avertissement lancé à l'encontre de Caphernaüm : "Et toi, Caphernaüm, tu ne seras pas élevée jusqu'au ciel, tu descendras jusque dans l'Hadès" (Mt 11,23; Lc 10,15).
L'occurrence revient aussi dans la parabole du pauvre Lazare et de l'homme riche, chez saint Luc, qui rapporte l'Hadès d'une manière spéciale et unique. Dans toutes les autres circonstances, l'Hadès n'évoquait que peu la récompense ou la punition après la mort, mais ici, c'est un lieu que voit Lazare (qui se trouve lui "dans le sein d'Abraham") et c'est un lieu de tourment pour l'homme riche (Lc 16,19-31).

Christianisme antique
Notion très peu explicitée par le Christ, l'Hadès était considéré par certains comme étant sous terre. Tertullien par exemple écrivait : "vous devez supposer que l'Hadès est une région sous-terraine, et garder à bonne distance ceux qui sont trop fiers pour croire que les âmes des fidèles méritent une place dans les régions inférieures" (2).
Il est nécessaire de resituer le tout dans le contexte de l'évolution de la révélation divine aux hommes, les concepts se précisant au fil des prophètes et du temps. Tant l'Hadès que le Shéol, à l'origine, étaient noirs et lugubres, sans réelle relation à une récompense ou punition d'après mort. Là, les morts attendaient la résurrection universelle au Jour du Jugement. Les premiers pères de l'Église ont défendu ce point de vue de l'après-vie contre la vue disant que l'âme allait directement au ciel ou en "enfer" après le décès du corps (3). Dans son Traité de l'Âme, Tertullien écrivait que toute âme était retenue dans l'Hadès jusqu'au Jour du Seigneur (2).
Le mot grec "Hadès" fut traduit en latin par "infernus" (monde du dessous) et donna "enfer" en français. Le terme continua d'être utilisé pour faire référence de manière générique au lieu ou à la situation des morts, juste ou méchants, comme il est dit dans le Credo dit des Apôtres, que le Christ "est descendu aux enfers." Mais, à part en grec, cet usage générique du mot "Hadès", "infernus", ou "enfer" est devenu archaïque et inhabituel. En grec, le mot "κόλασις" (littéralement "punition", cfr Mathieu 25,14, qui parle de "kolasis" éternelle) est utilisé pour faire référence à ce que nous voulons dire par "enfer" en français.

L'Hadès dans l'Orthodoxie
C'est une doctrine. Et elle est substantiellement sous sa forme Chrétienne originelle (4)(5). L'Église Orthodoxe enseigne donc qu'un Jugement universel sera prononcé sur tous les humains lorsque les âmes et les corps seront réunis à la résurrection des morts. Elle enseigne aussi que tout en attendant la résurrection générale, le sort des âmes diffère : "Les âmes des justes sont dans la lumière et le repos, avec un avant-goût de la béatitude éternelle; mais les âmes des méchants sont dans l'état inverse."(6) Cependant, les saints qui sont décédés savent intercéder pour les vivants, et les vivants peuvent aider "les âmes qui sont parties dans la Foi, mais sans avoir eu le temps de produire de dignes fruits de repentance... les prières sont offertes en leur faveur afin d'atteindre à la bienheureuse résurrection, en particulier les prières en union avec l'offrande du Sacrifice non-sanglant du Corps et du Sang du Christ, et par les oeuvres de miséricorde accomplies dans la Foi en leur mémoire." (7)
L'Église Orthodoxe représente habituellement les souffrances dans l'Hadès comme entraînant des ténèbres et de la contrainte plutôt que du feu. Joie et souffrance dans l'Hadès sont souvent vues non pas tant comme une récompense et une punition pour l'âme que comme la réponse des diverses âmes à la présence divine. Ceux qui aiment Dieu ressentent la présence avec joie, alors que les méchants ressentent cette même présence comme un tourment.
La prière pour les défunts est dite pour aider ceux qui sont dans l'Hadès, pouvant même en sauver parmi ceux qui autrement seraient damnés. La prière de sainte Perpétue pour son frère défunt semble bien refléter cette conviction.

Références
Voir aussi saint Clément d'Alexandrie, Stromates, livre 6.
1. Cross, F. L., ed. The Oxford dictionary of the Christian Church. New York: Oxford University Press. 2005
2. Tertullien, Un Traité de l'Âme
3. Par exemple, saint Hippolyte de Rome, dans Contre Platon, écrit "Mais à présent, nous devons parler de l'Hadès, dans lequel se trouvent tant les âmes des justes que des méchants."
4. Michael Azkoul, "What Are the Differences Between Orthodoxy and Roman Catholicism?"
5. "Heaven & Hell in the Afterlife, According to the Bible"
6. The Longer Catechism of the Orthodox, Catholic, Eastern Church, 372
7. The Longer Catechism of the Orthodox, Catholic, Eastern Church, 376 (= grand catéchisme de saint Philarète de Moscou)


Lazare et le riche, enluminure du Codex Aureus d'Echternach
Au dessus: le riche festoie, pendant que Lazare mendie à sa porte
Au milieu: l'âme de Lazare est emportée par 2 Anges au Paradis; Lazare est dans le sein d'Abraham.
En bas : l'âme du riche est emportée par 2 diables vers l'Hadès; il est torturé dans l'Hadès.
Codex Aureus Epternacensis, Folio 78 recto, vers 1035-1040, 30,9 × 22,4 cm
école de Reichenau, sous l'abbatiat d'Humbert d'Echternach (1028-1051)

A (re)lire :

Samedis des (âmes des) défunts – psychosabbaton - lectures, explications (synaxaires), prières, tropaire, et homélies (saint Jean Chrysostome et saint Augustin d'Hippone)
http://stmaterne.blogspot.com/2008/ 03/samedis-des-mes-des-dfunts.html

Jean-Louis Palierne, "la vie après la mort" (conférence du Dimanche du Jugement Dernier, en 2006)

From: Vassili-Régis
Forum: alt.religion.christian.east-orthodox
Sujet: Re: prayer for the deceased, kolyva, Hades, ...
Date: vendredi 11 avril 2008 22:19:41 +0200
J'apporte un petit correctif: la lecture du Psautier est plutôt réservée aux moines et membres du clergé. Pour un laïc, il est remplacé par le canon acathiste pour un défunt.
En Occident, à l'hôpital, le prêtre commence l'office après la mise en bière, cercueil ouvert, et place sur le front du défunt une banderole figurant la couronne des Saints Martyrs. Pour une personne mariée, la pose de cette banderole signifie également la fin de l'union matrimoniale.


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"La vie après la mort selon la Tradition orthodoxe", par Jean-Claude Larchet, 2e édition, Éditions du Cerf, Paris, 2004, traite aussi de diverses questions connexes (notamment des prières de l'Église pour les défunts)


Méropolite Hiérothée Vlachos, "La vie après la mort," L'Age d'Homme, Lausanne, 2002 [traduction de notre frère Jean-Louis Palierne, auquel l'Orthodoxie se devrait d'être aussi reconnaissante qu'elle ne devrait l'être envers l'archimandrite Denis (Guillaume), on a vu ce qu'il en était, hélas...]