Observations sur le texte préparé pour le Concile Pan-Orthodoxe : « Relations de l'Église Orthodoxe avec le reste du monde chrétien »
Prof. Dimitrios Tselengidis
Source: Impantokratoros
3 février 2016
Professeur de l'École de Théologie à l'Université Aristote de Thessalonique, le prof. Dimitrios Tselengidis a communiqué ses premières observations théologiques aux hiérarques Orthodoxes de plusieurs Églises Orthodoxes locales (y compris celles de Grèce, Russie, Serbie, Géorgie, Bulgarie, Alexandrie et Antioche) au sujet du texte « Relations de l'Église Orthodoxe avec le reste du monde chrétien »
* * *
Ce texte démontre l'inconsistence théologique et contradiction récurrentes. C'est ainsi qu'en son premier article, il proclame l'identité ecclésiastique de l'Église Orthodoxe, la considérant – et cela de manière très légitime – comme étant « l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. » Cependant, dans l'article 6, il y a une contradiction par rapport à la formulation de l'article sus-mentionné (1). On y fait remarquer que « l'Église Orthodoxe reconnaît l'existence historique d'autres Églises et Confessions Chrétiennes qui ne sont pas en communion avec elle. »
Aussitôt surgit une question théologique raisonnable : si l'Église est « Une » conformément à notre Credo et l'identité propre de l'Église Orthodoxe (art. 1), alors pourquoi y-a-t'il mention d'autres Églises Chrétiennes ? Il est clair que ces autres Églises sont hétérodoxes.
Cependant, les « Églises » hétérodoxes ne sauraient absolument pas êtres appelés « Églises » par les Orthodoxes. Considérant les choses d'une perspective dogmatique, il n'est pas possible de parler d'une pluralité « d'Églises » avec des dogmes différents, et cela, en effet, vu les nombreux problèmes théologiques. Par conséquent, aussi longtemps que ces « Églises » persisteront dans les croyances erronées de leur foi, il n'y a aucune justification théologique pour leur accorder la reconnaissance ecclésiale – et ceci officiellement – en dehors de « l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. »
Dans le même article (6), l'on trouve une autre grosse contradiction théologique. Au début de l'article, on lit ceci : « Selon la nature ontologique de l'Église, il est impossible que (son) unité soit brisée. » A la fin de ce même article, on lit cependant que par sa participation au Mouvement Oecuménique, l'Église Orthodoxe a comme « but objectif de paver le chemin qui mène à l'unité. »
Aussitôt surgit la question : puisque l'unité de l'Église est un fait reconnu, quelle sorte d'unité d'Églises est recherchée dans le contexte du Mouvement Oecuménique ? Peut-être cela signifie-t'il le retour des chrétiens occidentaux à l'Église UNE et unique ? Cependant, une telle signification n'apparaît pas ni dans la lettre ni dans l'esprit de la lettre du texte tout entier. Au contraire, en effet, il donne l'impression qu'il existerait depuis longtemps une division dans l'Église, et que la perspective des dialogues [oecuméniques] met l'accent sur cette unité de l'Église rompue.
La confusion théologique est aussi causée par l'ambiguïté de l'article 20, qui dit « Les perspectives des dialogues théologiques de l'Église Orthodoxe avec les autres Églises et Confessions Chrétiennes seront toujours déterminées sur la base de ses critères canoniques de la tradition ecclésiastique déjà établie (7ème Canon du 2ème Concile Oecuménique et Canon 95 du Concile en Quinisexte).”
Mais le 7ème Canon du 2ème Concile Oecuménique et le Canon 95 du Concile en Quinisexte traitent de la réception d'hérétiques particuliers qui ont démontré leur désir de rentrer dans l'Église Orthodoxe. Néanmoins, il est apparent tant dans la lettre que dans l'esprit du texte, évalué d'un point de vue théologique, qu'il n'y a pas la moindre discussion quant au retour des hétérodoxes vers l'Église Orthodoxe, qui est l'unique Église. Au contraire, dans le texte, le baptême des hétérodoxes est considéré comme un fait accepté depuis le début – et ceci sans la moindre décision pan-Orthodoxe. En d'autres termes, le texte endosse la « théologie baptismale. » Simultanément, le texte ignore délibérément le fait historique que les hétérodoxes occidentaux contemporains (catholiques-romains et protestants) n'ont pas une, mais bien une multitude de dogmes qui divergent de l'Église Orthodoxe (en plus du filioque, de la grâce créée dans les Sacrements, de la primauté du pape, de l'infaillibilité du pape, du rejet des icônes, et du rejet des décisions des Conciles Oecuméniques, etc).
L'article 21 soulève aussi une question appropriée, car il note que « l'Église Orthodoxe .. pose un regard favorable sur les documents adoptés par la Commission [référence au Comité « Foi et Constitution »].. pour le rapprochement des Églises. » Il faut ici faire remarquer que ces documents [du Comité] n'ont jamais été reconnus par les Hiérarques des Églises Orthodoxes locales.
Pour finir, l’article 22 donne l’impression que le futur Grand et Saint Concile juge à priori de l’infaillibilité de ses décisions, puisqu’il considère que « la préservation de la Foi Orthodoxe pure n’est sauvegardée que par le système conciliaire, qui, depuis toujours au sein de l’Église, constitue le juge désigné et ultime en matière de foi ». Dans cet article, on ignore un fait historique, à savoir que dans l’Église Orthodoxe, le critère final est toujours la conscience dogmatique vigilante du plérôme de l’Église qui, par le passé, a validé ou considéré comme « brigandages » des Conciles oecuméniques. Le système conciliaire en lui-même n’assure pas mécaniquement la justesse de la Foi Orthodoxe. Cela se produit seulement lorsque les évêques conciliaires ont le Saint-Esprit et la Voie Hypostatique - le Christ - qui agissent en eux et ainsi, comme « syn – odikoi » (c-à-d "faisant route ensemble") en actes « suivent les saints Pères. »
Évaluation générale du texte
Par tout ce qui est écrit et ce qui est clairement sous-entendu dans le texte susmentionné, il est manifeste que ses initiateurs et auteurs entreprennent une légitimation institutionnelle du syncrétisme-œcuménisme chrétien par la décision d’un Concile Panorthodoxe. Or, ce serait catastrophique pour l’Église Orthodoxe. Pour cette raison, je propose humblement le retrait total du texte.
* * *
Pour terminer, j'ai une observation théologique sur le texte «Le sacrement du mariage et ses empêchements ». Il est mentionné dans l’article 5.1 : « Le mariage entre Orthodoxes et non-orthodoxes ne peut être béni selon l’acribie ("la règle") canonique (Canon 72 du Concile Quinisexte in Trullo). Toutefois, il peut être célébré par indulgence et amour de l’homme à la condition que les enfants issus de ce mariage soient baptisés et élevés dans l’Église Orthodoxe ». Ici, la condition expresse que « les enfants issus de ce mariage soient baptisés et élevés dans l’Église Orthodoxe » contredit la protection théologique du mariage comme Sacrement de l’Église Orthodoxe et ce du fait que la maternité reviendrait – en fonction du Baptême des enfants dans l’Église orthodoxe – à légitimer la célébration du mariage mixte, laquelle est clairement interdite par un Canon d’un Concile oecuménique (72ème Canon In Trullo). En d’autres termes, un concile non-oecuménique, comme l’est le futur Grand et Saint Concile, relativise explicitement une décision d’un Concile Oecuménique. C'est inacceptable. Et encore une autre question : si le mariage célébré ne donne pas d’enfants, est-ce que ce mariage est simplement légitimé par le fait de l’intention de l’épouse hétérodoxe de faire entrer tout enfant éventuel dans l’Église Orthodoxe ?
Si l’on veut être conséquent théologiquement, l’article 5.1. doit être enlevé.
--------------------------------------------------
Archimandrite Basile (monastère d’Iviron, Mont-Athos) sur le Grand Concile de l’Eglise orthodoxe.
(Texte magnifique du 3 février 2016, à lire, à relire et à méditer!)
« ...L’Eglise n’est pas de ce monde, mais elle vient lui donner le témoignage de la vie et du royaume à venir... Le grand devoir des Orthodoxes n’est pas de tenir ou non un concile général. Mais de laisser se manifester le concile perpétuel du ciel et de la terre, que nous vivons liturgiquement comme mystagogie théologique. Et c’est un don de l’incarnation du Verbe de Dieu ainsi que de la présence du Saint Esprit qui construit tout l’édifice de l’Eglise. »
http://orthodoxie.com/archimandrite-basile-monastere-diviron-mont-athos-sur-le-grand-concile-de-leglise-orthodoxe/
.
"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes.
Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)
Affichage des articles dont le libellé est vie ascétique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est vie ascétique. Afficher tous les articles
02 septembre 2014
La vie ascétique comme seule voie de la vraie théologie (p. Sophrony)
Le problème spirituel contemporain, qui est théologique, concerne la personne [πρόσωπο]… La révélation biblique nous explique le "Je suis Celui Qui sera" (Exode 3,14). Si Il dit "Je suis", cela signifie qu'il est une Personne. Le terme "Je" a une grande signification. Car il exprime la personne. Dieu dit, "Créons l'homme à Notre image, selon Notre ressemblance" (Genèse 1,26). La Science ne peut pas dire cela. Seule la révélation peut le dire. Et nous devons nous baser sur la révélation, que le Seigneur n'a jamais réfutée.. La théologie est le contenu de nos prières (1). Et un exemple de cette théologie, c'est la Liturgie de saint Basile le Grand. Toute l'anaphore est théologie, est s'exprime par la prière. Mais alors la théologie devient une manière d'être. Jean le Théologien, d'un point de vue académique, n'était pas un théologien, il exprimait les choses simplement. Cependant sa théologie est manière d'être. Quoi qu'il dise, cela devient dogme pour chacun. Mais la seule l'étude qui nous permette d'appréhender ce que Dieu est, c'est la vie ascétique selon les commandements de l'Évangile. Lorsque notre vie est vécue en accord avec la volonté de Dieu, alors nous comprennons qu'il ne saurait y avoir une différence entre les Commandements et la pensée de Dieu Lui-même. Lorsque nous pensons selon les Commandements, alors notre esprit s'habitue à penser comme Dieu Lui-même pense.
Et à propos de la déification / theosis, ils disent : mais qu'est-ce donc que la theosis? On en trouve le commencement par l'obéissance au père abbé, lorsqu'on renonce à sa volonté propre, alors dans l'obéissance aux Commandements de l'Évangile, on parvient à cet état. nous accomplissons de petites choses, mais les résultats peuvent devenir grands. Par l'obéissance, nous entrons dans la vie de l'Être divin. Nous avons de bonnes descriptions de cela dans les écrits de saint Nicodème l'Hagiorite. J'ai expliqué à d'autres interlocuteurs que lorsqu'ils apprennaient ce genre de chose du monde, ils vivaient alors dans le péché. Ils ont besoin de se libérer eux-mêmes par l'ascétisme. C'est ainsi que j'ai essayé de leur faire comprendre le besoin de patience. (De même que l'Incarnation était un grand acte kénotique, lorqsue le Christ Dieu est devenu homme en une personne, et a porté nos péchés patiemment avec humilité et amour. En Le suivant, nous devenons de véritables personnes en Lui, et nous ralisons notre vie, et vivons pleinement notre liberté. C'est là que vraiment, la personalité trouve son plus grand accomplissement : en revêtant le Christ, et par Son inhabitation en nous par le Saint Esprit envoyé par Dieu le Père. L'essence même de notre vie doit devenir une rencontre personnelle constante avec le Christ, et en cela, nous devenons vraiment des personnes, vraiment libres, vraiment aimantes. c'est ainsi que la personalité est comprise dans la déification. Nous accomplissons notre vraie personnalité en vivant en Christ, et par Son inhabitation en nous, et de même qu'Il a rendu la nature humaine parfaite, Il nous surélève dans la liberté, dans l'amour, dans l'accomplissement de notre humanité, comme d'authentique personnes en Lui.)
Ancien Sophrony (Sakharov)
(1) Lex orandi, lex credendi - vieille maxime chrétienne orthodoxe latine qui nous rappelle aussi à ne pas utiliser de prière "d'origine non contrôlée"
The contemporary spiritual, theological problem concerns the person [πρόσωπο]… Revelation reveals that “I am who I am” (Exodus 3:14). If He says, “I am” it means that He is a person. The word “I” has great significance. For it expresses the person. God says, “Let Us make man in Our image, according to Our likeness” (Genesis 1:26). Science cannot say this. Only revelation can say this. And we need to base ourselves on revelation, which the Lord never refuted…Theology is the content of our prayers. And an example of this theology is the Liturgy of St. Basil the Great. The whole anaphora is theology and is expressed through prayer. But then theology comes as a state of being. John the Theologian, from an academic point of view, was not a theologian, he says things simply. His theology, however, is a state of being. Whatever he says becomes dogma for everyone. But the only study that enables us to sense what God is like, is the ascetic life according to the commandments of the Gospel. When our life is lived according to the will of God, then we understand that there cannot be a difference between the commandments and the mind of God Himself. When we think according to the commandments, then our mind gets used to thinking as God Himself thinks. And regarding theosis, they say: but what is theosis? With obedience to the abbot from the beginning, one’s will is cut off, then in obedience to the Gospel commandments one reaches this state. We do small things but the results must become great. Through obedience we enter into the life of divine Being. We have good descriptions of this in the writings of St. Nicodemus the Athonite. I have told others, as well, that when they learn things from the world, they are living in sin. They need to free themselves through asceticism. This is how I tried to make them understand the need for patience. [Just as the Incarnation was a great kenotic act, where Christ God became man as one person and bore our sins patiently with humility and love. In following Him, we become true persons in Him and realize our life and fully live our freedom. It is here where personhood finds its greatest achievement: in putting on Christ and His indwelling in us by the Holy Spirit sent from God the Father. The very essence of our life must become constant personal encounter with Christ, and in this we become truly persons, truly free, truly loving. This is how personhood is understood in theosis. We fulfill our personhood in living in Christ and His dwelling within us, and inasmuch as He has perfected humanity, He raises us in freedom, in love, to the fulfillment of our humanity, as true persons in Him.]
Elder Sophrony (Sakharov)
Et à propos de la déification / theosis, ils disent : mais qu'est-ce donc que la theosis? On en trouve le commencement par l'obéissance au père abbé, lorsqu'on renonce à sa volonté propre, alors dans l'obéissance aux Commandements de l'Évangile, on parvient à cet état. nous accomplissons de petites choses, mais les résultats peuvent devenir grands. Par l'obéissance, nous entrons dans la vie de l'Être divin. Nous avons de bonnes descriptions de cela dans les écrits de saint Nicodème l'Hagiorite. J'ai expliqué à d'autres interlocuteurs que lorsqu'ils apprennaient ce genre de chose du monde, ils vivaient alors dans le péché. Ils ont besoin de se libérer eux-mêmes par l'ascétisme. C'est ainsi que j'ai essayé de leur faire comprendre le besoin de patience. (De même que l'Incarnation était un grand acte kénotique, lorqsue le Christ Dieu est devenu homme en une personne, et a porté nos péchés patiemment avec humilité et amour. En Le suivant, nous devenons de véritables personnes en Lui, et nous ralisons notre vie, et vivons pleinement notre liberté. C'est là que vraiment, la personalité trouve son plus grand accomplissement : en revêtant le Christ, et par Son inhabitation en nous par le Saint Esprit envoyé par Dieu le Père. L'essence même de notre vie doit devenir une rencontre personnelle constante avec le Christ, et en cela, nous devenons vraiment des personnes, vraiment libres, vraiment aimantes. c'est ainsi que la personalité est comprise dans la déification. Nous accomplissons notre vraie personnalité en vivant en Christ, et par Son inhabitation en nous, et de même qu'Il a rendu la nature humaine parfaite, Il nous surélève dans la liberté, dans l'amour, dans l'accomplissement de notre humanité, comme d'authentique personnes en Lui.)
Ancien Sophrony (Sakharov)
(1) Lex orandi, lex credendi - vieille maxime chrétienne orthodoxe latine qui nous rappelle aussi à ne pas utiliser de prière "d'origine non contrôlée"
The contemporary spiritual, theological problem concerns the person [πρόσωπο]… Revelation reveals that “I am who I am” (Exodus 3:14). If He says, “I am” it means that He is a person. The word “I” has great significance. For it expresses the person. God says, “Let Us make man in Our image, according to Our likeness” (Genesis 1:26). Science cannot say this. Only revelation can say this. And we need to base ourselves on revelation, which the Lord never refuted…Theology is the content of our prayers. And an example of this theology is the Liturgy of St. Basil the Great. The whole anaphora is theology and is expressed through prayer. But then theology comes as a state of being. John the Theologian, from an academic point of view, was not a theologian, he says things simply. His theology, however, is a state of being. Whatever he says becomes dogma for everyone. But the only study that enables us to sense what God is like, is the ascetic life according to the commandments of the Gospel. When our life is lived according to the will of God, then we understand that there cannot be a difference between the commandments and the mind of God Himself. When we think according to the commandments, then our mind gets used to thinking as God Himself thinks. And regarding theosis, they say: but what is theosis? With obedience to the abbot from the beginning, one’s will is cut off, then in obedience to the Gospel commandments one reaches this state. We do small things but the results must become great. Through obedience we enter into the life of divine Being. We have good descriptions of this in the writings of St. Nicodemus the Athonite. I have told others, as well, that when they learn things from the world, they are living in sin. They need to free themselves through asceticism. This is how I tried to make them understand the need for patience. [Just as the Incarnation was a great kenotic act, where Christ God became man as one person and bore our sins patiently with humility and love. In following Him, we become true persons in Him and realize our life and fully live our freedom. It is here where personhood finds its greatest achievement: in putting on Christ and His indwelling in us by the Holy Spirit sent from God the Father. The very essence of our life must become constant personal encounter with Christ, and in this we become truly persons, truly free, truly loving. This is how personhood is understood in theosis. We fulfill our personhood in living in Christ and His dwelling within us, and inasmuch as He has perfected humanity, He raises us in freedom, in love, to the fulfillment of our humanity, as true persons in Him.]
Elder Sophrony (Sakharov)
07 mars 2012
La signification de la prière carémique de saint Ephrem le Syrien (p. Alexander Men, + 1990)

Chaque jour du Grand Carême, à l'exception des samedis et dimanches, on lit la prière "Seigneur et Maître de ma vie." Selon la Tradition, cette prière a été composée en Syrie au 4ème siècle par l'ascète Mar Efrem, plus connu pour nous sous le nom d'Ephrem le Syrien. C'était un moine, poète et théologien, un des plus éminents fils de l'Église de Syrie, considéré dans la littérature mondiale comme un remarquable auteur.
Les paroles de la prière, qui ont été assez bien transposées en russe par Pouchkine (1), disent ceci lorsqu'on les traduit du syrien : "Seigneur et Maître de ma vie", c'est-à-dire Dirigeant de ma vie, Qui m'a donné la vie, Qui est le centre et le point de convergence de ma vie."
"Ne me donne pas un esprit d'indolence," c'est-à-dire de paresse, qui selon un vieil adage, est la mère de tous les vices. La paresse semble être quelque chose d'innocent, mais elle engendre ce qui est sombre et ténébreux.
"Abattement." Le Christianisme est une doctrine joyeuse; il peut aussi se réjouir, celui qui est abattu, car cet abattement va le quitter. Saint Seraphim de Sarov, le grand saint Russe du 19ème siècle, disait "nous n'avons pas moyen d'être abattus, car le Christ a sauvé tout le monde."
"Ambition." Cela signifie l'amour de l'autorité. Tout le monde l'a, n'allez pas croire que le culte de la personnalité n'existerait que chez les politiciens. Il peut aussi être présent dans la famille, ou dans n'importe quelle petite communauté. Tout le monde a en soi les semences de l'aspiration à écraser la volonté d'autrui, à l'étouffer et à le soumettre.

"Vain bavardage." J'exempte les enfants : ils ont le droit de bavarder, mais uniquement jusqu'à l'âge de 15 ou 16 ans. Lorsque les enfants bavardent, ils apprennent à communiquer et se forment à l'usage de la langue maternelle. Mais lorsque ces "enfants" ont déjà 20 ans, ou parfois plus que 40, cela signifie qu'ils n'ont pas même de pitié envers leur propre vie. Considérons donc et soyons honnêtes envers nous-mêmes : combien de temps avons-nous encore à vivre? Pas long du tout. Dès lors, je le répète, nous devrions apprécier la vie, et aimer le don que Dieu nous a fait, nous souvenant que nous n'emporterons dans l'éternité que ce que nous avons dans nos cœurs. Les commérages et vains bavardages sont de terribles paroles, car ils tuent le temps.
La prière continue en demandant "accorde à Ton serviteur un esprit de chasteté.. de patience et d'amour." La chasteté, c'est la pureté dans les relations avec le monde et avec les gens, la plénitude de l'âme, sans dualité, et sans que les passions ne puissent prendre votre contrôle.
"Un esprit d'humilité." Cela signifie la sagesse de la personne saine. Dans le contexte de cette prière, l'humilité signifie savoir où vous vous trouvez face à l'éternité. Ne vous gonflez pas comme la grenouille de la fable de Krylov (2) - car elle éclate à la fin. Il n'y a pas besoin d'exagérer, mais chacun devrait connaître sa vraie valeur. La sagesse de la modestie est extraordinaire et belle. La sagesse de la modestie n'est pas un abaissement devant l'orgueil, mais la bonne santé de l'âme. Voici un exemple pour vous. Lorsque quelqu'un commence à s'imaginer comme quelque chose qu'il n'est pas, il n'est qu'à quelque pas de la mégalomanie. La mégalomanie est un état pathologique de l'orgueil. Quelqu'un va se prétendre le président du conseil des ministres, ou être le vrai Napoléon, et on l'enfermera dans un hôpital psychiatrique. Un autre ne déclarera pas une telle prétention, et ne sera donc pas interné, mais dans son âme, il pense qu'il est supérieur à quiconque.
"Patience et amour." Qu'est-ce que la patience? Je vais vous le dire brièvement afin que vous puissiez vous en rappeler. La patience n'est pas l'état du bovin, qui tolère tout. Ce n'est pas l'humiliation, pas du tout. Ce n'est pas un compromis avec le mal - en aucune circonstance. La patience est la capacité à garder la sérénité d'esprit en des circonstances qui gênent une telle sérénité. La patience, c'est la capacité à atteindre ses buts lorsqu'on rencontre divers obstacle en chemin. La patience, c'est la capacité à garder un esprit joyeux même lorsqu'on subit une peine excessive. La patience, c'est une conquête et une victoire. La patience, c'est une forme de courage. Voilà ce qu'est vraiment la patience.

Et pour finir, l'amour. Joie suprême de l'homme, l'amour est la capacité de nos âmes à être ouvertes, immanentes (comme disent les philosophes), intérieurement ouverte à l'autre. Lorsque vous êtes sur un escalier mécanique dans le métro, examinez-vous pour voir si vous êtes capable d'aimer ou non. Lorsque vous regardez les personnes qui descendent dans l'autre sens, et que vous trouvez gênant de regarder leurs visages, cela signifie que toutes les pores de votre âme sont encrassées et que votre sentiment d'amour est à l'état embryonnaire.
Mais la puissance de la grâce du Christ est capable de reconstruire une personne d'une manière telle qu'il verra les gens vraiment différemment, de sorte que sa première réaction sera bienveillante. Ainsi, il verra immédiatement ce qu'il y a de beau en chaque femme et homme, un regard inspiré, même là où personne n'a rien remarqué. Dès lors, en voyant un visage souffrant, il ressentira la compassion, et il sera ouvert. Une telle personne est toujours joyeuse, car elle est unie au monde et vit dans l'amour.
A la fin, la prière conclut par "Oui, Seigneur et Roi, donne-moi de voir mes péchés et de ne pas condamner mon frère." Vous comprenez bien cela. Le plus grand remède à la condamnation, c'est la capacité à être critique envers soi-même. Nous sommes très prudents - et je devrais dire très bons observateurs et même avec une grande acuité psychologique - lorsqu'il s'agit d'examiner les péchés de notre prochain ou d'autres. Là nous faisons preuve de la plus grande connaissance de toutes les lois morales, dans toutes leurs subtilités. Nous agissons alors en juges stricts, bien que nous n'en ayons pas le droit, car nous-mêmes, nous sommes coupables des mêmes travers que nous condamnons chez autrui.
Vous me direz que ceci est peut-être une conciliation voire un compromis avec le mal? En aucune circonstance. Jamais. Nous devons appeler le mal par son nom. Mais nous devons avoir de la compassion pour la personne qui tombe dans ce péché.
Telle est l'essence de cette prière lue quotidiennement, avec prosternations, pendant le Grand Carême.
Extrait de la conférence "Grand Carême", 1er avril 1989.
Texte original en russe
http://azbyka.ru/tserkov/duhovnaya_zhizn/molitva/rukovodstvo_k_molitve_08-all.shtml#14
(1) Poème "Pères du Désert et femmes pures", composé en 1836.
(2) La fable s'appelle "La grenouille et le boeuf", composée à l'origine par le romain Esope, et adaptée en russe par Krylov, en français par Jean de la Fontaine, et bien d'autres fabulistes.
Inscription à :
Articles (Atom)


