"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

19 mai 2006

Génocide des Grecs du Pont : Jour de Souvenir

19 Mai 2006 17:54:00
http://news.ert.gr/en/newsDetails.asp?id=17973
Ce vendredi, le jour de commémoration nationale du génocide des Grecs du Pont a été célébré par le dépôt de couronnes, récitation de poésies et interprétation de chants traditionnels.
Les représentants des Associations Pontiques ont à nouveau appelé la Turquie à reconnaître le génocide, pendant qu'ils s'opposaient à la police durant une visite prévue au Consulat Turc, pour y remettre une pétition. A l'occasion de la célébration, 11 parlementaires de la Nouvelle Démocratie et du Pasok ont proposé l'instauration d'une minute de silence au parlement. Dimanche, les Associations Pontiques organiseront des célébrations de souvenir, telle qu'un Office de commémoration à la Cathédrale d'Athènes, déposition de couronnes au Soldat Inconnu, et envoi d'une pétition à l'ambassade de Turquie.

Traduit du Grec par Eirene Nisiriou
enisiriou@ert.gr
(en français : JMD)

En grec :
http://news.rnn.gr/gr/index.php?option=com_content&task=view&id=752&Itemid=6
Résumé du message de mgr Chrisodoulos au sujet du génocide :
Il dit, e.a., que le génocide des habitants du Pont est inscrit dans l'histoire, dans la mémoire, et ne pourra pas être effacé. Cela exige reconnaissance internationale. Et c'est un trésor précieux d'enseignement.

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"Les Arméniens ne furent pas la seule race qui eut à souffrir de ce projet : "La Turquie aux Turcs". Ce que je viens de raconter peut également, avec quelques modifications, s'appliquer aux Grecs et aux Syriens. En fait, les Grecs furent les premières victimes de ce projet de nationalisation; j'ai décrit comment, dans les quelques mois qui précédèrent la guerre européenne, le gouvernement ottoman commença à déporter ses sujets grecs le long de la côte d'Asie Mineure. Ces violences ne semblèrent pas intéresser beaucoup l'Europe, ni les États-Unis ; cependant, dans l'espace de trois ou quatre mois, environ 400.000 Grecs furent arrachés du littoral méditerranéen où ils avaient vécu si longtemps, et dirigés vers les îles grecques de la mer Egée. En général ces déportations méritaient ce nom, car elles ne furent pour les condamnés qu'un changement de pays effectué sans massacres. Ce fut sans doute l'indifférence du monde civilisé qui encouragea les Turcs à user plus tard de ces procédés en grand, non seulement avec les Grecs, mais encore avec les Arméniens, avec les Syriens, Nestoriens et autres peuples. Bedri Bey avoua même à un de mes secrétaires, que la méthode ayant si bien réussi pour les Grecs, on avait décidé de l'étendre aux autres races de l'Empire.

Le martyre des Grecs se déroula en deux phases, la première avant la guerre, l'autre au début de 1915. Dans la première, les opérations se limitèrent aux Grecs de la côte maritime d'Asie Mineure; dans l'autre, on s'attaqua à ceux qui vivaient en Thrace et dans les territoires environnant la mer de Marmara, les Dardanelles, le Bosphore et la côte de la Mer Noire, et qui furent envoyés, par centaines de mille, vers l'intérieur de l'Asie Mineure. Ils furent traités d'une façon presque analogue aux Arméniens. Ils furent d'abord incorporés à l'armée ottomane, formant des bataillons de travailleurs pour la construction de routes dans le Caucase et autres zones de combat. Tout comme les Arméniens, ces soldats moururent par milliers de faim, de froid ou privations. Toutes les maisons des villages furent fouillées, les unes après les autres, pour y prendre les armes cachées, et les habitants furent maltraités et torturés comme leurs compagnons arméniens. Ils eurent également à subir des réquisitions forcées, qui n'étaient qu'un pillage à peine dissimulé. Les Turcs voulurent les obliger à se convertir au Mahométisme, enlevèrent les jeunes Grecques, comme les Arméniennes, pour leurs harems, et les petits garçons pour les cacher chez des Mahométans. Ils les accusaient également de n'être pas fidèles au gouvernement ottoman de ravitailler les sous-marins anglais dans la mer de Marmara et d'espionner ; enfin de pousser la traîtrise jusqu'à attendre avec impatience le jour, où, délivrés du joug ottoman, ils retourneraient à leur véritable Patrie ! Cette dernière plainte était incontestablement fondée et il était bien naturel, qu'après avoir supporté pendant cinq siècles les pires calamités, cette race rêvât de libération. Les Turcs, comme dans le cas des Arméniens, s'armèrent donc de cette excuse, pour se défaire du peuple tout entier et le conduire par groupes, sous la prétendue protection de gendarmes turcs, vers l'intérieur, la plupart du temps à pied. Il est difficile d'évaluer le nombre exact des exilés ; les estimations varient de 200.000 à 1.000.000. Ces caravanes endurèrent de grandes privations, mais ne furent point soumises à un massacre général comme les Arméniens, ce qui explique l'ignorance du monde extérieur à cet égard. Et cependant ce semblant de considération n'était point de la pitié : les Grecs, au contraire des Arméniens, avaient un gouvernement pour qui le sort de la race était une question d'intérêt vital. A cette époque, les alliés des Allemands craignaient généralement que la Grèce ne se mît du côté de l'Entente ; l'extermination des Grecs en Asie Mineure aurait certainement provoqué un état d'esprit tel, que le roi germanophile aurait été incapable d'empêcher son pays d'entrer en guerre. Ce fut donc par pure raison d'ordre politique que les Grecs, soumis au joug turc, échappèrent aux tourments affreux qu'endurèrent les Arméniens. Mais néanmoins leurs souffrances furent grandes et constituent un autre chapitre de la longue série de crimes, dont la Turquie aura à répondre devant le monde civilisé."
Mémoires de l'ambassadeur Morgenthau - Extrait du chapitre 24 "l'assassinat d'une nation"



MÉMOIRES DE L'AMBASSADEUR MORGENTHAU
, 26 mois en Turquie, par Henri Morgenthau, ambassadeur des Etats-Unis à Constantinople, avant et pendant la Guerre Mondiale (PAYOT 1919)

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