"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

10 juin 2006

Ce Vent souffle où Il veut

"Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils se trouvaient tous réunis. Soudain retentit du ciel un fracas semblable à celui d'une bourrasque de vent et ce bruit remplit toute la maison où ils étaient assis. Alors ils virent paraître comme des langues de feu qui, se partageant, vinrent se poser sur chacun d'eux. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et se mirent à parler des langues étrangères selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. Or, en ce moment, séjournaient à Jérusalem des Juifs et des hommes pieux, originaires de toutes les nations qui sont sous le ciel. A ce bruit, ils accoururent en foule, tout interdits de ce que chacun entendait parler sa propre langue. Hors d'eux-mêmes, ils manifestaient leur stupéfaction : "Hé quoi! tous ces gens qui parlent, ne sont-ils pas Galiléens? Comment se fait-il alors que nous les entendions parler chacun notre langue maternelle? Parthes, Mèdes, Élamites, gens de Mésopotamie, de Judée, de Cappadoce, du Pont et d'Asie, de Phrygie et de Pamphylie, d'Égypte et des provinces de Libye voisine de Cyrène, pèlerins de Rome, Juifs ou prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu!"
Livre des Actes d'Apôtres, 2,1-11


"Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ", chantons-nous à chaque Baptême, en citant Saint Paul dans son Epître aux Galates (3, 27). La vie Chrétienne, ou plutôt, pour parler comme Saint Paul et comme Nicolas CABASILAS (père de l'Eglise qui vivait au 14ème siècle), la vie en
Christ ne consiste pas seulement à mettre en pratique les Commandements de Dieu : ceci est demandé à un Juif et à un Musulman autant qu'à un Chrétien.
Il s'agit, en outre, il s'agit surtout, comme nous le rappelle Saint Paul dans l'Epitre aux Romains (6, 5), de devenir "une même plante", "symphytoï " avec le Christ afin qu'Il demeure en nous et nous en Lui (Jean 6, 5 et 17, 23). "Je suis le cep, vous êtes les sarments" a dit le Christ Lui-même à Ses disciples (Jean 15,5).
Cette intégration du Chrétien au Corps du Christ se réalise par l'onction du Saint Esprit : "Vous possédez une onction (en grec "chrisma") reçue du Saint (1 Jn 11, 20); "Celui qui nous affermit avec vous en Christ et qui nous donne l'onction (chrisma), c'est Dieu" (2 Co 1, 21).
Le mot grec "chrisma", employé tant par Saint jean que par Saint Paul, renvoie aussitôt à "Christos" (en grec, "oint") et nous rappelle que l'onction du Saint Esprit, le don du Saint Esprit, le don de Pentecôte nous intègre au Christ, nous unit au Christ, sur Qui, en Qui, repose l'onction du Saint Esprit, onction Qui fait de Lui le "Oint" - "l'Esprit de Dieu est sur moi. Il m'a oint" - Il m'a fait Christ - "pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres" (Is. 61, 2). Le Christ fait don de cette même onction, de cette "chrismation" à Ses disciples pour faire d'eux des "christoi", des "oints", des christs, des Chrétiens. C'est ce don que chacun de nous a commencé à recevoir en remontant des eaux du Baptême lorsqu'il reçût le "sceau du don du Saint Esprit" dont nous avons été scellés par le Saint Chrême, par l'onction, par notre "chrismation". Cette chrismation a donc marqué le début de notre Pentecôte personnelle, c'est-à-dire l'actualisation pour chacun de nous, la réception par chacun de nous aujourd'hui, du don fait à l'Eglise toute entière le jour de la Pentecôte.
Ce don, nous l'entretenons et le ranimons par la soif et l'espérance de toute une vie tendue vers cette "acquisition du Saint Esprit" qui, Saint Séraphin de Sarov nous le rappelle, en est le but même et lui donne tout son sens.
Nous l'entretenons et le ranimons en Eglise, chaque fois que nous participons sincèrement à la Divine Liturgie, chaque fois que nous communions aux Saints Mystères, avec "crainte de Dieu, foi et amour".
C'est, en effet, par la communion eucharistique que nous entrons en Christ et Lui en nous : "celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en Moi. et Moi en lui" (Jn 6, 56). Et c'est l'œuvre de l'Esprit qui change le pain et le vin en Corps et Sang du Christ afin de changer chacun de nous qui, en communiant, devient membre de ce même corps.
C'est ainsi que le Saint Esprit, en nous unissant corps et âme à Celui qui est "l'image du Dieu invisible" (Col. 1, 15), "le resplendissement de Sa gloire et l'empreinte de Sa substance" (Hb. 1,3), rend de plus en plus brillante l'image de Dieu en chacun de nous, de sorte que "nous soyons transfigurés de gloire en gloire en cette même Image par le Seigneur qui est Esprit" (2 Co. 3, 18), "jusqu'à ce que nous parvenions tous ensemble à l'unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'adultes, à la taille du Christ dans sa plénitude" (Ep 4, 13).
Croître en Christ, Image parfaite de Dieu, pour réaliser pleinement cette ressemblance selon laquelle nous avons été créés, tel est le but de la vie que nous pourrons atteindre dans la mesure où nous supplions sans cesse le Père d'insuffler en nous Son souffle, Son Saint Esprit, pour projeter en nous l'Image du Fils, nous rendre ainsi de plus en plus semblable à notre Divin modèle et ainsi "nous unir à la Divine Beauté" (kondakion du Dimanche de l'Orthodoxie), bref nous Christifier.
Père Cyrille Argenti

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