"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

03 juin 2006

Les Apôtres et la Fondation de l'Eglise



Une réflexion apologétique sur la Résurrection du Seigneur mène logiquement au sujet de l'ecclésiologie, l'institution des Douze étant le lien entre les 2 sujets. Nous avons appris la Résurrection par le témoignage de ceux qui l'ont vue, et dès le départ, l'Eglise a été formée et structurée autour du témoignage et de l'autorité d'hommes bien précis qui furent les témoins choisis de Jésus ressuscité. Ces hommes étaient originellement simplement appelés "les Douze" (1 Corinthiens 15,5; Jean 6,67; 20,24).

Il est certain que le Seigneur est apparu à d'autres en dehors des Douze (cf. 1 Corinthiens 15,5-8; Matthieu 28,9; Marc 16,9-12; Luc 24,13-35; Jean 20,11-18). Cependant, chacun des 4 Evangiles met l'accent sur la révélation spécifique aux Douze (ou, plus précisément, aux Onze, de fait de la récente défection), une révélation dans laquelle le Seigneur ressuscité donna mission à ces hommes, avec une autorité particulière, en tant que Ses témoins choisis (Matthieu 28,16-19; Marc 16,14-15; Luc 24,47-49; Jean 20,21; 21,15-17). Bien que les 4 Evangélistes diffèrent notablement quant aux détails concernant cette révélation – et même le lieu précis où elle a eu lieu – le fait est que la révélation apostolique est la même dans chaque récit, et tous contiennent une forme donnée du Grand Envoi en Mission.

Cela signifie que l'autorité de ces Douze est dans tous les cas reliée à leur qualification pour témoigner de la vérité factuelle de la Résurrection. Les 4 Evangélistes, de manières diverses et en accord avec les traditions locales sur lesquelles ils s'appuyaient, apportent témoignage à cette autorité apostolique commune. Du fait de ce commissionnement spécial donné par Jésus ressuscité Lui-même, ces Douze formaient une unité collective, unie, d'autorité apostolique dans l'Eglise.

En effet, leur nombre même fut estimé important pour la fondation de l'Eglise. Lorsque les Douze furent réduits à Onze du fait de la défection de Judas, ils s'empressèrent de trouver un autre pour prendre sa place, avant la descente du Saint-Esprit. Cela vaut la peine de revoir comment le choix s'est opéré : "Il faut donc que, parmi ceux qui nous ont accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis le baptême de Jean jusqu'au jour où Il nous a été enlevé, il y en ait un qui se fasse avec nous, témoin de Sa Résurrection" (Actes 1,21-22).

Lorsque le choix de Dieu se porta sur Matthias, alors il "prit rang parmi les Onze Apôtres" (1,26). Choisit parmi le grand nombre de ceux qui avaient vu Jésus ressuscité, Matthias était dès lors incorporé, "compté parmi", ce corps particulier de témoins autorisés. Ce ne fut pas un appel individuel mais collectif. Matthias est devenu un "témoin" de la Résurrection "avec" eux. A ces Douze, tous choisis par Dieu, fut confiée une autorité spéciale pour parler à et pour l'Eglise, en particulier au sujet de la Résurrection.

Les Apôtres n'ont pas d'eux-mêmes choisit Matthias. Il n'a pas été élu. Il a été choisit, nous dit le Texte Sacré, "par tirage au sort". De fait, le terme grec pour ce tirage au sort, c'est "kleros", et cela vaut la peine de faire remarquer que ce terme est à la base du mot "clergé". Matthias est donc devenu, littéralement parlant, un "clerc", un homme choisit par tirage au sort.

Le ministère de ces hommes ainsi choisis comme témoins autorisés était enraciné dans la Résurrection du Seigneur. Cette vérité est peut-être le plus clairement exprimée dans la version de Matthieu du Grand Envoi en Mission, quand Jésus y déclare "Toute autorité m'est dévolue, au Ciel et sur la terre." C'est en vertu de cette autorité que Jésus prescrit à ce groupe d'hommes choisis "Allez donc, enseignez toutes les nations" (Matthieu 28,18-19).

Le lien important de ce passage est ce "donc". C'est-à-dire, la mission des Douze est la conclusion appropriée découlant de l'autorité et glorification de Jésus, par la vertu de la Résurrection. L'office et le ministère de l'apostolicité est inséparable et dépend totalement de la Résurrection du Christ. L'autorité apostolique dans l'Eglise a été fondée sur la Résurrection comme étant son principe de validation.

Dès lors, dans la mesure où ils ont été des témoins oculaires, les Douze n'auraient pas su avoir des "successeurs". On ne sait pas remplacer un témoin, et l'institution des Douze n'aurait pas su être remplacée. Cette institution ne se rapporte qu'à la fondation de l'Eglise, pas à son histoire ultérieure. La "succession apostolique" de l'Eglise ne comporte pas une succession de l'institution des Douze. Dès lors, après qu'un d'entre eux fut martyrisé (Actes 12,2), il ne lui fut choisit aucun remplaçant. D'autres hommes ont été appelés "apôtres" dans le Nouveau Testament, mais aucun n'a pu prendre la place de ces Douze. Leur ministère a été unique, parce qu'il est "fondateur" de l'origine de l'Eglise (cfr Apocalypse 21,14).

Le p. Patrick Reardon est le pasteur de l'église orthodoxe Antiochienne de Tous les Saints à Chicago, Illinois (USA), et éditeur principal de Touchstone : a Journal of Mere Christianity. Il est aussi l'auteur de "Christ in the Psalms" et "Christ in His Saints" (ces 2 livres étant publiés par Conciliar Press).
Posted: 19-May-06

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