"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

23 juillet 2006

Vie chrétienne, ou le difficile équilibre entre vérité et charité

Homélie pour le 5ème Dimanche après la Trinité
Bien trop souvent, confronté à la faiblesse manifeste de nos frères en Eglise et dans le reste de la Chrétienté, nous nous en éloignons, peut-être pas physiquement, mais en nous enfermant dans une sorte de "triomphalisme" et de "rectitude" et nous perdons notre capacité à parler paisiblement avec ceux qui sont en dehors, et pire encore, avec ceux qui nous ont blessés dans leur faiblesse. Et nous pensons qu'il est de notre devoir, de notre pouvoir de "protéger et sauver" l'Eglise, alors que c'est notre propre Salut qui est en jeu, et que ce sont nos efforts obstinés, fiers et hautains accomplis soit-disant pour "le bien-être de l'Eglise" en général, qui seront un jour dévoilés comme n'étant qu'orgueil. Que pouvons-nous faire pour protéger et sauver l'Eglise, si ce n'est par le biais de ce que nous sommes appelés à faire, dans notre propre cheminement, via notre propre vocation et dans notre propre faiblesse, à savoir demeurer fidèle aux 2 grands Commandements. Là où on cherche à leur être fidèle, Dieu accorde. Je suis bien plus coupable de ce "souci à éviter la contamination" que la plupart, étant devenu conscient des dégâts qu'a causés la religion chrétienne contaminée de l'Occident dans ma propre vie, dans ma propre âme, dans ma famille et parmi mes amis. Tous ont été blessés dans le combat, qui a pris nombre d'années pour "trouver le juste milieu". Mais c'est une lutte pour surmonter une vie entière d'enseignement falsifié qui nous arrive de la culture païenne immorale et via la "religion" laxiste contaminée. Je ne sais pas comment quelqu'un pourrait être plus conscient du danger pour les âmes que ces choses "si peu orthodoxes" amènent. Quelle réponse face à cela?
De temps à autres, lorsque je suis tenté de me réfugier dans le "château" et de relever le pont-levis, tenté de "fermer les écoutilles" face à la Grande Apostasie, je dois me souvenir que nous sommes toujours concernés par la parabole du "levain" et celle du "grain de moutarde", et que le luxe de nous désengager de ce monde ne nous est pas accordé. En fait, nous devons nous engager pacifiquement mais résolument; appelés à être DANS la culture mais pas à lui appartenir – même lorsque c'est la soi-disante "culture" de la chrétienté moderne, souillée et paganisée. L'Eglise a été contaminée depuis le départ. Ce qu'en disait saint Grégoire il y a 1600 ans, à propos de l'état de la hiérarchie Orthodoxe, n'a jamais qu'été "répété" par saint Syméon il y a 950 ans, et de nombreuses voix ont fait de même depuis. Rien de neuf en la matière. Notre incapacité à comprendre cette faiblesse, et sa guérison que nous devrions tous rechercher, crée un faux triomphalisme, qui a l'air passionnant et même, pour certains de l'extérieur, faussement réconfortant. Mais lorsque nous succombons au triomphalisme, nous perdons l'humilité qui est le fondement de l'évangélisation paisible, et ne parlons pas de notre propre guérison que nous ratons aussi, et nous faisons obstacle à la potentielle, vraie et profonde guérison de ceux qui viennent vers nous. En fait, nous finissons par en faire des convertis qui viennent à nous pour raison de "maladie religieuse". Qui viennent, hautains et fiers, parce qu'ils seraient "élus" et "y seraient arrivés". Mais hélas et bien souvent, quand ils pensent "y être arrivés", ils ne trouvent que des mensonges dans une "culture" orthodoxe, dans un apparat et vêtements de traditions avec un petit "t", au lieu d'y être vraiment arrivés, c'est-à-dire à Lui, la Vérité, la Personne divine.
A chaque étape du cheminement chrétien orthodoxe, j'ai pensé que c'était bien mieux que tout ce que j'avais jusqu'alors expérimenté. A chaque étape, j'ai pensé que cette fois c'était la bonne, j'y étais enfin.. seulement pour découvrir que la route est longue avant de seulement commencer à se fondre dans la ressemblance avec Le Vrai. Je suis parfois très critique envers l'Orthodoxie de conversion, qui ressemble souvent à l'Association de l'Anachronisme Créatif croisée avec un hybride New Age Charismatique. Cependant, rien n'est ou blanc ou noir, pas même l'Orthodoxie. Ce qui est réel, c'est notre lutte de purification collective en Dieu. Ce que nous trouvons devant nous en premier, c'est la lutte, qu'Il permet, participant à la souffrance de Son Corps Vivant, dans la sagesse synergique de l'Esprit-Saint. Sa Présence dans l'Eglise en fait le lieu par excellence de la lutte pour la purification - car si tout était perfection, la lutte serait achevée.

Hiéromoine Michaël, higoumène (abbé)
EORHF
(traduction jmd)

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