"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

30 septembre 2006

Belgrade 09/2006, ou Florence-Ferrare revisité

Avertissement : article à caractère hautement polémique... si on n'accepte pas que l'Église ne saurait être divisée et ne saurait contenir en son sein des doctrines et dogmes radicalement contraires. Sinon simple opinion d'un pécheur. Pax tecum, ami lecteur!

J-M


Apparemment, mgr Hilarion de Vienne a reçu un fameux
"coup de téléphone spirituel" de saint Marc d'Éphèse!
Deo gratias!




<<- mgr Hilarion de Vienne
mgr Jean de Pergame ->>








Le représentant de l'Église Orthodoxe de Russie adresse une protestation au cardinal Kasper contre la procédure dans le dialogue entre Orthodoxes et Catholiques-romains

http://www.interfax-religion.com/?act=news&div=2053

Belgrade, 25 Septembre 2006, 16:03, Interfax – Le représentant de l'Église Orthodoxe de Russie auprès des Institutions Internationales Européennes, l'évêque Hilarion de Vienne et d'Autriche, a déposé une protestation officielle auprès du président du conseil pontifical pour la promotion de l'unité chrétienne, le cardinal Walter Kasper, contre la procédure dans le dialogue entre Orthodoxes et Catholiques-romains.

L'évêque Hilarion considère inadmissible de chercher des solutions à des problèmes dogmatiques et ecclésiologiques par le biais du vote [1]. Il estime que ces problèmes ne peuvent qu'être résolus par consensus, a déclaré ce lundi à Interfax le service de presse de l'évêque Hilarion.

La protestation a été émise lors de la 9ème session de la Commission Mixte pour le Dialogue théologique entre l'Église Orthodoxe et l'église Catholique-romaine qui a achevé ses travaux à Belgrade ce dimanche. Une semaine durant, les participants ont discuté du document "Conséquences ecclésiologiques et canoniques de la nature sacramentelle de l'Église." Le document avait été compilé en 1990 mais jamais discuté du fait de graves détériorations des relations inter-confessionnelles dans certains pays d'Europe Orientale [2].

"Dans l'ensemble, la 9ème session de la Commission Mixte s'est déroulée dans une atmosphère de dialogue constructif," a déclaré l'évêque. Cependant, lors de la session finale, une forte controverse est apparue sur une partie du document concernant l'autorité des Conciles Oecuméniques, qui déclarait entre autres qu'après la rupture de communion entre l'Orient et l'Occident au 9ème siècle, la convocation d'un "Concile Oecuménique" dans le sens fort du terme devint impossible, mais "les 2 Églises ont continué à convoquer des conciles 'généraux' rassemblant les évêques des Églises locales en communion avec le Siège de Rome ou le Siège de Constantinople." [3]

L'évêque Hilarion a émis quelques objections de principe sur ce problème. Il a dit que dans la tradition Orthodoxe, "la communion avec le Siège de Constantinople" n'avait jamais été perçue comme étant un terme liant de conciliarité tel que "communion avec le Siège de Rome" était perçu par les Églises Occidentales [4]. Le modèle de structuration de l'Église Orthodoxe diffère dans le principe de celui de l'Église Catholique-romaine, et le patriarche de Constantinople n'a jamais joué le rôle que l'évêque de Rome joue dans l'Église Catholique-romaine, a fait remarquer l'évêque Hilarion.

Il a souligné qu'après le 7ème Concile Oecuménique et jusqu'à nos jour, aucun concile "général" ou pan-Orthodoxe n'a été tenu dans l'Église Orthodoxe [5]. Les préparatifs pour un tel Concile sont en cours depuis les années 1960, mais sont actuellement suspendus. Dès lors, une affirmation contenue dans le document, comme quoi les Églises en communion avec Constantinople auraient continué à tenir des Conciles "généraux" (c-à-d pan-Orthodoxes) au cours du 2ème millénaire n'est pas en accord avec les faits.

"Pour finir, l'idée que dans les conditions de la continuité de la division entre l'Orient et l'Occident, la convocation d'un Concile Oecuménique est impossible, provoque l'objection de certains théologiens Orthodoxes, qui basent leur opinion sur le fait que l'Église Orthodoxe est l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique qui a été fondée par le Christ, et n'a donc pas perdu sa conciliarité après le "grand schisme" (entre l'Orthodoxie et le Catholicisme-romain – note Interfax) au 11ème siècle, a noté le représentant du patriarcat de Moscou.

Le métropolite Jean de Pergame (patriarcat de Constantinople) s'est fortement opposé aux remarques de l'évêque Hilarion, insistant sur la nécessité de mentionner le Siège de Constantinople au côté de celui de Rome dans le document. A titre de compromis, le métropolite Jean proposa l'amendement suivant : "en communion avec le Siège de Rome ou, bien que cela soit compris différemment, avec le Siège de Constantinople." Du point de vue du représentant du patriarcat de Moscou, l'amendement ne changeait rien au noeud du problème. Malgré cela, le co-président de la Commission Mixte, le cardinal Walter Kasper, a soumis la motion au vote. La majorité des participants Orthodoxes a voté affirmativement, les délégués du patriarcat de Moscou votant contre.

Au cours de la discussion, l'évêque Hilarion a rappelé qu'aucun vote ne pourrait forcer les participants du dialogue bi-latéral entre Orthodoxes et Catholiques-romains à un compromis théologique ou à adopter un point de vue contraire à leur compréhension ecclésiologique. Les participants Orthodoxes ne sont pas autorisés à "inventer" un modèle ecclésiologique pour l'Église Orthodoxe qui serait similaire à celui existant pour l'Église Catholique-romaine afin que le patriarche de Constantinople puisse occuper une place équivalente à celle que le pape occupe dans l'Église de Rome.

Le cardinal Kasper a prit la protestation du représentant de l'Église Orthodoxe de Russie en considération et a a promis de réexaminer la question controversée lors de la prochaine réunion de la Commission Mixte en octobre 2007.

*-*-*-*-*-*-*

En parle aussi avec de plus larges extraits du texte de mgr Hilarion:
http://www.orthodoxie.com/2006/09/une_protestatio.html

Et sur le site de mgr Innocent (diocèse de Chersonèse) :
http://egliseorthodoxerusse.blogspirit.com/archive/2006/09/26/reunion

Étant l'auteur de ce blogue sur lequel je travaille plusieurs heures par nuit blanche, je m'y permet parfois des commentaires qui me semblent convenir sur les articles que j'ai la joie de traduire – quitte à me corriger lorsque je me trompe, ce qui arrive parfois puisque je ne suis pas infaillible. Si vous connaissez quelqu'un sur terre qui est "objectivement infaillible dans des conditions objectivables données", faites-moi signe...
Voici, sous forme de notes au texte ci-avant, les réflexions et remarques que m'inspire ce texte – ce sont mes opinions et je les partage.

[1] C'est une des raisons objectives du retrait du Conseil Oecuménique des Églises par plusieurs Églises Locales (donc Orthodoxes), puisque dans cette assemblée, on y procède de la sorte aussi en matière "dogmatique". Dieu merci, l'évêque Hilarion n'a pas cédé. Il comprendra sûrement mieux maintenant ce que son homologue et aîné dans l'épiscopat, mgr Hilarion de Sidney, a dit (entre autres), en arrière-plan de sa déclaration de ce dimanche 24/9.

[2] Encore et toujours l'uniatisme.. Autre preuve que ce pseudo-dialogue est illusoire : l'Etat du Vatican avait tout d'abord reconnu que ce n'était pas admissible, en 1993 à Ballamand. Pour ensuite ignorer sa propre parole et amplifier son effort séditieux par le biais du fric déversé en Russie via les organismes de soi-disante charité. Et le nouveau président de cet Etat du Vatican s'est résolument engagé dans la voie de l'aggravation de la situation. A Ratisbone, il a aussi parlé de la Russie comme d'un grand champs manquant d'ouvriers. S'il était dans l'Église, ce ne serait pas non plus son territoire canonique, donc il ne le mentionnerait pas. Preuve supplémentaire que dans sa tête, les intentions et actions belliqueuses de son prédécesseur sont bien vivantes. Hélas.

[3] Il n'y a pas eu réellement de "rupture de communion", c'est une façon de parler. Depuis 1014 et le sacre d'Henri II de Germanie, officiellement, Rome ne professait plus la Foi de l'Église. En 1054, Rome a aggravé son cas en rentrant en Schisme. Bien clairement : c'est Humbert qui est venu à Constantinople déposer son acte de schisme sur le saint Autel, et pas l'inverse. On ne doit pas confondre. Ce n'est pas le patriarche Michel Cérulaire qui a commis l'acte de schisme, mais le légat du dirigeant d'une Rome qui ne professait d'ores et déjà plus la Foi apostolique. Ce sont les faits, bon sang, qu'on cesse de les oublier!
A partir de cet acte-là, il n'y a plus d'Église à Rome, ter-mi-né, c'est remplacé par une institution séculière qu'on appellera ici "christianisme occidental". Mais c'est abusif et cela leurre les gens, et attire sur le Christ l'opprobre et le rejet causés par les actions militaires que cette institution n'aura de cesse de commettre tout au long des siècles.
Et progressivement, par le jeu pervers des alliances politico-militaires, tout l'Occident se trouvera fort vite privé d'Église. Parce que quand on quitte l'Église et qu'on professe des croyances contraires à l'enseignement pluri-séculaire de l'Église, on ne peut pas prétendre encore en faire partie. L'eau ne se mélange pas avec le feu. D'où la question de comment dialoguer quand en face, on a une institution séculière. Institution dont certains membres "malgré cette appartenance" sont très bons, peuvent même être Chrétiens – j'en ai connu qui professaient la Foi de l'Église bien que vivant en dehors, un peu comme saint Paul demandant à être damné pourvu que tous ses frères du Judaïsme puissent en être sauvé.. Mais ça reste toujours "hors de l'Église".

[4] D'après le Schisme, uniquement, puisqu'avant ce n'était pas le cas, loin s'en faut.

[5] Il me semble que voilà un petit raccourci historique qui passe au-dessus d'un importantissime Concile, mais je comprend que l'évêque Hilarion n'a pas surchargé : c'est déjà difficile à faire comprendre à des gens hors de l'Église ce que veut dire "Église" ou "Foi", et tant d'années ont montré leur obstination à faire exprès de comprendre de travers. Comme l'a fort bien fait remarquer feu mgr Basil (Krivochéine), ancien archevêque de Bruxelles pour le patriarcat de Moscou, dans son ouvrage "les textes symboliques dans l'Église Orthodoxe", le Concile de 869-870, où l'Église du Christ qui était à Rome avait condamné sans la moindre ambiguïté, ensemble avec les autres Églises locales du monde Chrétien, l'affreuse hérésie du "filioque" qui s'était répandue dans la Germanie et menaçait tout l'Occident, ce Concile est bel et bien Oecuménique. Mais le principe même de la réception a posteriori n'a pas pu avoir pour ce 8ème Concile général puisque justement, par la suite, l'Occident a intégralement succombé à l'hérésie que l'évêque de Rome de 870 et ses confrères en épiscopats avaient tous unanimement rejetée et condamnée. Le nestorianisme que l'on retrouve dans certaines hérésies ultérieurement inventées dans cette institution fait comprendre pourquoi il faut à tout prix rejeter jusqu'à l'ombre d'une virgule d'hérésie dans tout l'enseignement de la sainte Église : un hublot d'entrouvert, et l'eau de la mer du monde s'engouffrera dans la barque et menacera très vite son intégrité et la vie de ses passagers, mille sabords!

Au cours du premier millénaire, il y a eu plusieurs tristes et authentiques ruptures de communion au sein de l'Église du Christ. Si les pontifes de telle ou telle Église locale qui les soutenaient se trompaient, et bien souvent soutenaient des hérésies, en général, ils n'en développaient pas eux-mêmes. Et si tel était le cas, assez exceptionnel – comme avec la célèbre hérésie du "monothélisme", où TOUS les patriarches sont tombés dans le panneau, et où l'Église du Christ a dû voir se lever un géant comme saint Maxime le Confesseur pour la sortir du bourbier, ou la sulfureuse "Union" à Florence-Ferrare et saint Marc d'Éphèse -, toujours, toujours, le Saint-Esprit suscite un champion de la Foi pour empêcher que l'Église ne sombre. La différence radicale étant qu'en Germanie, un certain Henri II est parti se faire sacrer à Rome, et imposer une nouvelle religion, radicalement nouvelle. Et que ceux qui étaient à Rome l'ont acceptée. Depuis lors, pas le moindre champion de la Foi n'est apparu en Occident – que le romantisme n'égare personne, de grâce, la vie apparemment évangélique de tel ou tel célèbre personnage occidental n'a rien à voir avec un champion de la Foi restaurant l'Église dans la plénitude de la Foi! Dès lors, c'est à un éloignement toujours plus radical par rapport à l'enseignement apostolique que ce groupe s'est destiné. Jusqu'à avoir proclamé la fin de son appartenance à l'Église du Christ en remplaçant le Christ sur terre par un homme devenu dogmatiquement et "infaillible" et à la juridiction universelle, tant dans le domaine spirituel que temporel (voyez Vatican 1, merci). De tels "dogmes" sont irrémissiblement incompatibles avec la Foi apostolique. On ne sait rien échanger, rien discuter, avec ceux qui y souscrivent. Rien. Donc avec ceux de "l'appareil" qui y sont le plus fermement attachés. Avec les simples croyants, dont 99% n'y croit pas, c'est autre chose bien sûr. Encore faudrait-il qu'ils acceptent de comprendre que quand on ne souscrit pas à un dogme obligatoire dans l'institution où l'on se trouve par le hasard des choses, et qu'on découvre (facilement) que l'on ne saura rien changer de l'intérieur puisque sinon tout l'édifice s'effondre et finit le lucratif business, cela mériterait de se poser la question de ce qu'on y fait. C'est ce que j'ai fait, ou plutôt, ce qu'on m'y a invité à faire, il y a quelques années, quand on m'en a mis à la porte (merveilleux acte que je n'osais accomplir, Dieu les bénisse, vraiment!).

Pour en revenir à cette institution séculière, c'est parce qu'elle est radicalement opposée à la Foi apostolique que toute discussion "théologique" est aussi illusoire qu'avec des Hindouistes - nulle notion péjorative, c'est juste pour citer une religion radicalement différente, c'est tout. Car même si nous utilisons un vocabulaire relativement semblable à celui des représentants du Vatican, eux ont une autre compréhension de ce que signifient ces mots et concepts. Ce n'est pas un jugement mais un fait bien concret, une réalité profonde. Dans l'Église, c'est l'Église qui donne la signification exacte du vocabulaire, afin que la théologie ne se trouve pas à changer du fait d'un changement de vocabulaire, de la mode, etc. Pas chez eux, puisqu'ils ne suivent pas ce qu'enseigne l'Église. D'où des mots rigoureusement les mêmes composant un même document qu'eux et nous signerions ne seraient jamais interprétés de la même manière, en admettant seulement qu'ils se comportent en honorant leur signature, ce qui serait assez rare pour les en féliciter – l'exemple pas si ancien de Ballamand est là pour rappeler que ce n'est pas une vaine accusation mais un simple constat des méthodes usuelles. Dès lors, ce système séculier s'opposant à la Foi apostolique, il est intrinsèquement mauvais. Par nature, il est pervers. Ceux qui en font partie et qui souscrivent pleinement à ses erreurs s'opposent à la Foi apostolique, et donc au Christ. Ils commettent donc un immense tort (admettons-le, souvent sans claire conscience du fait), et on ne peut pas "bricoler" des "unions" avec des gens consciemment opposés à la Foi de la sainte Église.

Et prendre prétexte sur les menaces terrestres (contingence) de tel groupe ou telle religion, c'est faire bien peu de cas de la Foi Chrétienne, et des saints Martyrs et Confesseurs qui ont tenu bon envers et contre tout pour ne pas la renier et nous la transmettre, au prix de leur sang. Jamais saint Jean Damascène n'aurait transigé avec les hérétiques de son époque dans l'illusion qu'une fausse union "malgré les dogmes" pourrait sauver politiquement son pays des envahisseurs Musulmans. Jamais. Parce qu'il savait bien que ce qui est contingent n'est pas éternel, mais que brûler son âme dans une hérésie, ça, c'est une apostasie, et le risque est une rupture éternelle d'avec Dieu. Impossible à accepter pour un vrai Chrétien, qui aime Dieu "de tout son âme, de toute sa force, de toute son intelligence".

Avant toute critique, qu'on me dise si une chose sait être totalement noire et totalement blanche à la fois, en tout. Ceux qui professent des doctrines et surtout des choses qu'ils ont unilatéralement proclamés "dogmes" alors que c'est contraire à ce que l'Église professe depuis 2000 ans, qu'on le veuille ou non, que ça plaise ou non, ce n'est pas possible de dire "même Église". On ne sait pas être une chose et son contraire. Et ce n'est pas parce que l'institution vaticane reconnaît dans certains de ses textes (et nie catégoriquement dans d'autres!) la "validité" de ce qui se passe dans la sainte Église que nous devrions "par sympathie" leur réciproquer la "reconnaissance". Et d'ailleurs, nulle part dans l'enseignement de l'Église il n'est dit que "c'est équivalent" ou "valide" : pas en communion signifie hors de l'Église, donc il faut y revenir, et il n'y a pas de question de marchandage de vendeur de carpette. On est dans le domaine de la Foi, du Salut, de la vie éternelle, pas dans un partage de sacs de billes dans la cour de récréation.

Je lis de ci de là des gens, y compris dans le sein de l'Église, qui, dans la panique face à certains événements, en appellent à une sorte "d'union sacrée" avec ceux qui disent professer le Christ... tout en voulant rester hors de l'Église. Pseudo-union afin de faire front contre l'Islam pour les uns, contre les franc-maçons, ou tel groupe politique, ou telle autre religion ou philosophie ou "la laïcité" pour les autres, peu importe. J'ai la faiblesse de considérer, à la lumière de l'enseignement des saints Pères et Mères de l'Église, et de l'expérience des saints Confesseurs et Martyrs, que c'est une grave erreur que de transiger sur la Foi, seule salvatrice, et d'en faire si peu de cas pour l'illusion d'une résistance à un groupe donné – même si dans tel ou tel cas, il pourrait objectivement poser l'un ou l'autre problème plus ou moins grave. D'autant que les plus violents de ces groupes finissent toujours par s'auto-détruire, principe naturel aussi vieux que le monde – voyez l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques et toutes les "démocraSSies populaires".
C'est une vision POLITIQUE qui fait que certains cherchent ces alliances contre nature et contre la Foi de la sainte Église. Une vision Chrétienne leur ferait prendre conscience que:
a) tout cela n'est que contingence – le saint prophète Jérémie n'a pas appelé à transiger sur la Foi pour s'allier avec les hérétiques de son époque. Mieux valait rester fidèle à Dieu et subir le joug passager de l'ennemi terrestre, son message est bien explicite. Car ce joug n'était que la conséquence d'un abandon de l'Alliance, donc la conséquence des actes de la majorité de la population. Conséquence qui n'est que méritée pour l'Occident actuel, dont la majorité a massivement apostasié et non seulement refuse de s'en repentir, mais aggrave chaque jour plus son cas. Comparez les moeurs et les "styles de vie alternatifs" qu'on y trouve avec l'enseignement éternel de Dieu, je n'en dirai pas plus.
b) c'est du domaine de la contingence et donc temporaire, et le temps de Dieu n'est pas le nôtre. A nous de recommencer à vivre "accrochés" à Dieu et nous saurons regarder les choses selon le regard de Lumière qu'a Dieu sur toute chose.
c) encore contingentiel mais de beaucoup plus longue durée et frappant une majorité d'innocents, c'est le drame écologique. Le désastre, la catastrophe. Des peuplades entières sur toute la terre sont lourdement frappées par les flots d'ordures et de déchets toxiques que notre Occident sur-développé et sur-con-sommateur produit. Nous empoisonnons l'eau que nous buvons, l'air que nous respirons, la terre qui produit la nourriture que nous mangeons. Les nôtres et ceux des autres. Au lieu d'être de bons gestionnaires de cette nature au sommet de laquelle Dieu nous a placés – non pas pour être dictateurs mais des "économes" (oikos - nomos), on ne le répète jamais assez – nous gaspillons, nous détruisons et nous ne rendons même pas grâce pour tant de merveilles. Le désastre écologique est déjà occupé à nous frapper un peu partout. De grands scientifiques comme Yves Paqualet ou Jean-Marie Pelt n'ont pas cessé de tirer la sonnette d'alarme, et on leur a massivement rit au nez. A présent, c'est là, et c'est parti pour des siècles. Nous avons profondément déréglé les cycles de la nature. Est-ce qu'apostasier pour nous allier à tel ou tel groupe pour faire face à un épiphénomène local (même de certaine échelle) va nous aider face à cette catastrophe qui va durer des siècles?
d) tout à fait hors du domaine du contingent, mais bien éternel : l'abandon de la Foi, ne fut-ce que sur un "iota", mène tôt ou tard à l'apostasie. En ce qui concerne l'Occident, ce serait l'apostasie du "petit reste". Là, les conséquences ne sont plus pour quelques années, dizaines d'années, voire siècles. Elles sont éternelles.

Une vision Chrétienne devrait prendre compte de tout cela, et alors la question de "avec qui et de quoi et pourquoi discuter" ne se poserait plus. Dans l'Église, on commencerait par un Concile Oecuménique, s'occupant des Coptes et autres Syriaques, dont une majorité partage intégralement la Foi de l'Église, et on le sait bien (le Syndesmos en cause souvent), et on y lèverait les anathèmes. Car avec eux, nul besoin de discuter et de couper des cheveux en 5, ils partagent déjà la Foi. Et certains de leurs groupes l'ont toujours fait, n'étant séparés que par la politique et les raisons raciales, c'est-à-dire des erreurs et des artifices du prince de ce monde.

Mais avec les convaincus du vatican, petit nombre y ayant tous les pouvoirs, c'est impossible : on ne parle pas de la même chose, on ne sait rien partager dans la sincérité. Par contre, avec ceux qui vivent au sein de cette institution séculière vaticane sans trop s'en faire, c'est autre chose. Mais vu qu'ils appartiennent à un système qui, lui, est objectivement mauvais, on doit prier pour eux, on peut sympathiser, coopérer dans tout un tas de domaines de la vie de tous les jours – et on le fait et c'est merveilleux parce que certains sont vraiment Chrétiens bien qu'hors de l'Église (à leur corps défendant). Pour moi, ça c'est le véritable oecuménisme, celui du coeur, de l'amitié. Mais on ne sait rien "bricoler" de théologique non plus. Rien. D'autant qu'ils n'ont pas les clés du pouvoir dans leur institution. C'est pour cela que tout échoue, dans ces "dialogues" : on est devant un marché de dupes, où les uns parlent torchons et serviettes, et les autres du Linceul du Christ qu'ils ne veulent pas voir maculé par la souillure de la mauvaise foi / Foi.

Voici un exemple de ces ruptures du premier millénaire, et des circonstances. C'est de saint Basile le Grand que l'on parle:
"Dans une autre lettre saint Basile non seulement accuse Damase de superbe et d'ignorance personnelles, mais, en élargissant son réquisitoire, affirme que les évêques de Rome favorisent et soutiennent en Orient les hérétiques. Il écrit que toute tentative d'entrer en relations avec Damase serait inutile « parce que c'est un homme arrogant (άγήνωρ). Réellement, en effet, les caractères hautains se surpassent d'habitude en mépris quand on les entoure de prévenances. Et cependant, si le Seigneur nous est favorable, de quelle autre assistance pouvons-nous avoir besoin ? Mais si la colère de Dieu persiste, quel secours peut nous apporter l'orgueil de l'Occident (της δυτικης όφρύος) ? Ces gens-là ne savent pas la vérité, ne supportent pas de l'apprendre;, mais, gagnés d'avance par de faux soupçons, ils font maintenant ce qu'ils avaient fait auparavant pour Marcel : ils étaient entrés en lutte avec ceux qui leur faisaient connaître la vérité et confirmaient par leur soutien l'hérésie. Je voulais, à titre personnel et non sous forme de lettre collective, écrire à leur coryphée (κορυφαίω). Je n'aurais rien dit des affaires ecclésiastiques, sinon juste ce qu'il fallait pour leur faire comprendre à mots couverts qu'ils ne savent pas la vérité sur ce qui se passe chez nous, et qu'ils ne prennent pas le chemin qui leur permettrait de l'apprendre ; mais j'aurais fait remarquer d'une manière générale qu'on ne doit pas s'attaquer aux hommes qui ont été humiliés par les épreuves, ni confondre la dignité avec l'orgueil, péché qui, à lui seul, suffit à créer de l'inimitié contre Dieu."
Saint Basile le Grand, Ep. 239 1.11-26 (893 AC)

extrait de :
"L'ECCLESIOLOGIE DE SAINT BASILE LE GRAND", par feu l'archevêque Basil (Krivocheine)
http://www.archiepiskopia.be/Fra/Librairie/stbasile.htm

L'Église n'a pas d'unité à refaire : elle est Une. Ceux qui professent cela tous les jours en récitant le Credo devraient un peu y penser : ce n'est pas une théorie, c'est une vérité théologique, éternelle, vitale. Donc ceux qui en sont séparés doivent en retrouver le chemin, par le repentir et la confession de la vraie Foi, la Foi apostolique, seule salvatrice. Tout dialogue est positif quand il est soit un échange amical sincère, mais la sincérité n'est pas la vérité et on ne fait par retour à l'Église en se contentant d'être ami de ceux qui y sont. Soit un échange où les 2 parties, conscientes de leurs faiblesses humaines, décident ensemble de réfléchir humblement, et où celui qui est "en dehors" fait la démarche, aussi coûteuse soit-elle pour sa "réputation" ou "situation" mondaine.
Face à des gens qui vivent hors de l'Église et ont autant d'arrogance que l'esprit de ce monde est capable d'en insuffler à qui vit loin de l'unique chemin de Dieu, je crains ne pas voir de mon vivant le moindre résultat positif, pas plus que n'en auront vu ceux qui ont vécu dans l'Église depuis 1014 et qui, comme A.S. Khomiakov, n'ont eu de cesse de prier pour que reviennent à la Foi toutes celles et ceux qui s'en étaient éloignés, peu ou prou.

Si, comme un très petit nombre d'auteurs Orthodoxes semblent le croire et surtout parmi ceux vivant en Occident (où on confond très souvent les relations amicales avec la théologie..), si malgré tout et malgré toute la campagne haineuse qu'il déploie contre la Russie et les pays d'Europe Orientale qui sont encore à majorité Chrétienne, si malgré tout, Benoît 16 avait une once d'honnêteté et de sincérité dans sa prétendue volonté de "réunion" et de "rechristianisation" de l'Europe occidentale, je serais tout d'abord le premier à m'en réjouir du fond du coeur. Et pas qu'un peu!! Mais pour cela, il faudrait qu'il commence par le prouver, irréfutablement et sans retour en arrière possible. Monter sur ce siège d'où soi-disant tout ce que les gens comme lui prononcent serait infaillible. Et déclarer que tout ce qui a été fait à cet endroit depuis 1014 n'est que foutaise, et s'en est suivit un millénaire de mensonge et d'oppression du monde entier, dont il faut se débarrasser, et tourner la page. Là, oui, je le croirais. Pas avec les pantalonnades genre Belgrade. Mais le veut-il VRAIMENT, ou ne cherche-t'il que des accords politiques, un Yalta du genre "les Orientaux pour Constantinople, les Slaves pour Moscou, et le restant pour moi, et tout le monde est content et on ne regarde pas le contenu de ce qui se prêche"? Jusqu'à présent, c'est bien ce qui se présente, et rien d'autre. En est-il conscient?

Peut-être aussi que le péché qui surabonde dans les humains qui composent la sainte Église – et en moi en premier lieu – est aussi une des raisons objectives à cette incapacité à voir l'unique chemin chez bien des gens. Nos bisbrouilles pour des queues de cerises les empêchent trop souvent de voir en nous des "porteurs du Christ"..

Kyrie eleison (x 40)

Jean-Michel

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