"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

27 septembre 2006

Citation d'un empereur byzantin, démagogie et irresponsabilité, violence et amnésie

Certaines remarques reçues par courriel ou lues dans les commentaires de certains articles publiés tendent à dire qu'apparemment, dans les récents articles, j'aurais un peu trop "asticoté" le chef de l'Etat du Vatican, insistant trop sur certaines de ses récentes "infaillibles" bévues. Admettons.

Mais que ceux qui estiment que j'exagère fassent l'effort de se rappeler que les propos tout à fait incongrus et déplacés de cet individu ont été à la source de déclenchements de violences folles, et que des gens sont MORTS. Et des églises ont été attaquées. Et que c'est visiblement loin d'être terminé. Que certains pays qui étaient relativement épargnés par les menaces de groupuscules tout à fait insignifiants en nombre de membres fanatiques se retrouvent à présent dans la tourmente – voyez l'Italie où on ne peut plus faire ses emplettes en autobus sans devoir montrer le contenu de son cabas aux pandores omniprésents et sur les dents, avec les menaces de représailles qui ont suivit ces propos débiles.

Entre humains non-guidés par l'Esprit Saint et ne menant pas une vie Chrétienne mais uniquement l'apparence des Institutions séculières, les choses se passent presque toujours comme entre Caïn et Abel. Celui qui prétend être une intelligence supérieure et qui ignore de telles évidences devrait se poser quelques questions personnelles, genre "paille et poutre". Aussi quand il sème la tempête en racontant n'importe quoi sur autrui, il est _RESPONSABLE_ de ce qui s'ensuit. Les autres aussi, qui se laissent aller à la violence, c'est évident et il faudrait être d'une mauvaise foi absolue pour prétendre que j'aurais dit le contraire. Donc ceux qui commettent les actes violents sont coupables, mais ça ne dédouane en rien celui qui a allumé l'incendie.

J'invite par ailleurs à lire cette passionnante réflexion de Jean-François Colosimo, "L'Oecuménisme, victime collatérale de Benoît 16". On ne pourra certes pas venir me prétendre que m. Colosimo est un "fanatique" ou un "exalté" comme, paraît-il, je le serais encore. Je ne partage pas nombre de points de vue de m. Colosimo – je n'ai pas changé de culture en devenant Orthodoxe, ceci expliquant cela – mais il est indéniable, me semble-t'il, que son analyse rigoureuse est excellente.

http://www.orthodoxie.com/2006/09/lcumnisme_victi.html

Vous trouverez ici la page originale de l'article sur le site du journal "Le Monde" :
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-814885,0.html

Voir aussi la différence – tout aussi radicale – entre un Benoît 16 et le patriarche de Moscou :
http://www.orthodoxie.com/2006/09/moscou_le_patri.html

Les faits parlent d'eux-mêmes. Et des chercheurs, des savants, hors de l'Église, se demandent aussi pourquoi cette citation hors contexte, parce que c'est là que se trouve le problème, et que quand on prétend être un "ami de la raison", on ferait bien de s'en servir, de la-dite raison... Parlez de "falsafa" à un Musulman cultivé, et vous aurez un terrain de discussion tout à fait intéressant et de très haut niveau.

Ci-après une opinion d'un auteur Anglo-Saxon, non-Orthodoxe me semble-t'il, parue récemment dans un grand quotidien international. Divers Orthodoxes Anglo-Saxons l'ont lue et trouvée peut-être un peu favorisant l'Islam, mais très mesurée et très bien argumentée. Je trouve aussi. Je rajouterais que puisque la critique récente reposait sur l'absence de compétence universitaire de la part de l'auteur de ce "blogue", les critiques seront comblés : voici un docteur d'Oxford qui vous parle.


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Pourquoi citer un empereur Byzantin?
http://www.iht.com/

Erwan Lagadec, International Herald Tribune
Dimanche 24 septembre 2006

WASHINGTON – Les musulmans et le pape

Tout au long du tumulte au sujet du récent discours du pape Benoît 16, lui et les portes-parole du Vatican ont supplié les journalistes, les critiques et le public de ne pas considérer le passage incriminé "hors contexte." Essayons alors d'élucider ce contexte.

Cependant, non pas le pur contexte textuel de l'à présent tristement célèbre "citation du Paléologue", mais le véritable contexte – le contexte historique et la toile de fond intellectuelle qui aide à expliquer pourquoi le pape (qu'il l'admette ou non) s'est tourné vers ce passage pour introduire l'argument central de son discours.

C'est au mieux ironique, et au pire, perturbant, qu'un pape Romain aie cité un empereur Grec-Orthodoxe des environs de 1400 au sujet de la violence musulmane.

L'empereur Manuel II Paléologue avait été forcé par la pression stratégique des Ottomans à chercher un humiliant rapprochement avec Rome. Et cependant, Rome, pour la plupart des contemporains Byzantins, était toujours profondément étranger, et hostile, en fin de compte.

A peine 150 ans après la fin de la violente occupation de Constantinople par les Croisés Latins, il ne fait aucun doute que Manuel aurait été tenté d'accuser le Christianisme Romain de violence inhérente dans des termes très similaires aux remarques qu'il fit à propos de l'Islam.

De plus, en 1400, Constantinople était assiégée. Un demi-siècle plus tard, elle succombera à la pression militaire des Turcs. C'est éloquent et aussi troublant que Benoît a choisit – parmi tous les autres textes et périodes – de se référer précisément à celui-ci.

Agissant de la sorte, il a ouvert grande la fenêtre sur sa propre perception de l'Islam, une qui se trouve sous l'ombre d'une mentalité d'assiégé – un siège que le Vatican pense être occupé à perdre. A la lumière de ceci, le discours du pape à l'université de Ratisbone (Regensburg) et ses récents commentaires à propos du déclin de la foi en Occident, qu'il a opposé à la vitalité de l'Islam en Orient, se dévoilent comme étant les 2 faces d'une même pièce.

Le contexte littéraire de la citation de Benoît est également problématique. Certains se sont demandés pourquoi, parmi toutes les sources potentielles, le pape a choisit un texte médiéval – un testament sorti tout droit des soit-disants "Ages de Ténèbres."

En réalité, il a fait plus que ça : il a choisit un des passages les plus noirs d'une ère et un genre qui par ailleurs donne crédit à la faculté de l'Islam à raisonner.

La "Réfutation de la foi musulmane" de Manuel II ne fut qu'un avatar tardif d'un genre littéraire qui avait de profondes racines historiques. Des gens pas moins érudits tels que Pierre le Vénérable (1094-1156) et Thomas Aquinas (1225- 1274) avaient apporté des contributions significatives à cette tradition.

Cependant, ils n'avaient pas tendance à attaquer l'Islam dans le même esprit que ne le fit Manuel II. Au contraire, ils commençaient par prémisses rationnels qu'ils assumaient partagés par les Musulmans, et, sur cette base, discutaient de ce qui était le plus convainquant entre le Christianisme et l'Islam, par la rationalité.

Dans cette joute intellectuelle, ces auteurs Chrétiens n'ont jamais mis en question la capacité des Musulmans à combiner la raison et la foi.

Si le pape déterre inexplicablement un des textes du Moyen-Age les plus polémiques au niveau culturel, cela ne pourrait-il pas suggérer que c'est notre époque, notre dialogue inter-religieux et inter-culturel, qui est "noire".

La différence de perspective entre les traités d'un Pierre le Vénérable ou Thomas d'Aquin, et le passage de Manuel II, est facile à expliquer.

Au 12ème et 13ème siècle, lorsque Pierre le Vénérable et Thomas d'Aquin écrivaient, le Christianisme était en phase de croissance. Il était occupé à reconquérir, voir simplement conquérir, des terres sur les Etats musulmans plus faibles. (Par la même occasion, dans ce processus, le monde Chrétien était occupé à massacrer et à réaliser la plupart de ses "conversions par l'épée"). Le christianisme avait confiance en sa force, y compris sa force intellectuelle. [*]

On ne savait plus rien retirer à la Constantinople de 1400. Manuel II et ses prédécesseurs avaient voué leurs vies à une bataille qu'ils savaient qu'ils allaient perdre.

L'Islam était en pleine offensive. L'empereur était assiégé, humilié tant par les Musulmans que les Chrétiens Romains. Il était en guerre, ce qui ne rend pas enclin à se fier à sa propre raison, ou à celle de l'adversaire.

Dès lors, la véritable question, c'est pourquoi donc le pape s'est-il senti dans une telle affinité culturelle avec un empereur assiégé, en guerre, humilié, et du côté perdant de l'Histoire.

Il faut espérer que l'Occident, dans son dialogue avec le monde Musulman, ne partage pas le point de vue sombre de Manuel II Paléologue, ou la conviction que ses circonstances historiques et les nôtres sont en quoique ce soit comparables. Donner foi à de telles notions nous vouerait à transformer le "choc des civilisations" en une prophétie s'auto-accomplissant.

Erwan Lagadec est actuellement chercheur associé au Center for Trans-Atlantic Relations de la Johns Hopkins University's School of Advanced International Studies. Sa dissertation doctorale à Oxford s'est concentrée sur la philosophie et la théologie des 13ème et 14ème siècles.

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[*] Ce paragraphe parle du "christianisme séculier", à savoir le catholicisme-romain, séparé de l'Église. Les mentions claires des faits historiques d'innombrables massacres et conversions par l'épée sont là pour le rappeler. Je n'invente donc rien, je me contente de développer l'euphémisme du Docteur. Ndt.

2 commentaires:

sergemaraite a dit…

Le problème, dans vos diatribes anti papistes, c'est que vous vous trompez d'ennemis et faites le jeu des islamistes et des "libre penseurs" des maçons ou des médias anti religieux qui sont tres nombreux.
Bien des commentaires d'orthodoxes l'ont montré ces derniers jours, y compris chez les russes. Je les envoie à première demande.
Fraternellement

Anonyme a dit…

Le pape, on va le mettre en ouvrier sur une chaîne de confection de vêtements, ou sur un tracteur, il montrera le bon exemple chrétien.

A moins qu'il n'utilise ses exceptionnels talents intelectuels à trouver un remède chimique contre le Sida, ou a améliorer l'internet dans les pays pauvres.

Un Catholique qui se demande s'il ne va pas se convertir à l'Islam ou au culte du Grand Architecte de l'Univers.