"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

08 septembre 2006

La Nativité de la Mère de Dieu - 8 septembre (p. A. Schmemann)

La vénération de l'Eglise pour Marie a toujours été enracinée dans l'obéissance de cette dernière à Dieu, son choix volontaire d'accepter un appel humainement impossible. L'Eglise Orthodoxe a toujours mis l'accent sur ce rapport de Marie à l'humanité et s'est réjouie en elle comme en la meilleure, la plus pure, la plus sublime réalisation de l'histoire humaine et de la quête de l'homme pour Dieu, pour le sens ultime, pour le fond ultime de la vie humaine. Si dans le Christianisme occidental, la vénération de Marie a été centrée sur sa virginité perpétuelle, le coeur de la dévotion du Chrétien Orthodoxe Oriental, sa contemplation et sa joyeuse réjouissance en Marie ont toujours été en sa Maternité, son rapport de chair et de sang à Jésus-Christ. L'Orient se réjouit que le rôle humain dans le plan divin soit capital.
Le Fils de Dieu vient sur terre, Dieu apparaît afin de racheter le monde, Il devient humain pour incorporer l'homme dans Sa Divine vocation, mais l'humanité y prend part. Si c'est compris que la "co-naturalité" du Christ avec nous est la plus grande joie du Christianisme et sa profondeur, qu'Il est un véritable être humain et non pas quelque sorte de fantôme ou d'apparition incorporelle, qu'Il est l'un d'entre nous et pour toujours uni à nous à travers Son humanité, alors la dévotion à Marie devient aussi compréhensible, car elle est celle qui Lui donna Sa nature humaine, Sa chair et Son sang. Elle celle par qui le Christ peut toujours S'appeler Lui-même "Le Fils de l'Homme."
Fils de Dieu, Fils de l'Homme... Dieu descendant et devenant homme afin que l'homme puisse devenir divin, puisse devenir un participant de la nature divine (2 Pierre 1,4), ou comme les docteurs de l'Eglise l'ont exprimé, "déifié". Précisément ici, dans cette extraordinaire révélation de l'authentique nature et appel de l'homme, se trouve la source de la reconnaissance et de la tendresse qui chérit Marie comme étant notre lien avec le Christ, et en Lui, à Dieu. Et nulle part cela n'est reflété plus clairement que dans la Nativité de la Mère de Dieu. Rien de tout ceci n'est mentionné quelque part dans les Saintes Ecritures. Mais pourquoi est-ce que cela devrait s'y trouver? Y-a-t'il quoique ce soit de remarquable, quoique ce soit d'unique dans la naissance normale d'un enfant, une naissance comme n'importe quelle autre? Et si l'Eglise a commencé à commémorer l'événement par une Fête spéciale, ce ne fut pas parce que la naissance avait été quelque part unique ou miraculeuse ou sortant de l'ordinaire; mais parce qu'au contraire, le fait même que c'est routinier dévoile quelque chose de rafraichissant et lumineux à propos de tout ce que nous appelons "routine" et ordinaire, cela donne une nouvelle profondeur aux détails "non-remarquables" de la vie humaine.
Que voyons-nous sur l'Icône de la Fête lorsque nous la regardons avec nos yeux spirituels? Là, sur un lit, gît une femme, Anne selon la tradition de l'Eglise, qui vient juste de donner naissance à une fille.
A côté d'elle se trouve le père de l'enfant, Joachim, d'après cette même tradition. Quelques femmes se tiennent près du lit, lavant le bébé nouveau-né pour la première fois. L'événement le plus routinier, le moins remarquable. Est-ce vraiment le cas? Serait-ce que l'Eglise nous raconte à travers cette Icône que chaque naissance, chaque entrée d'un nouvel être humain dans ce monde et vie, c'est un miracle des miracles, un miracle qui explose toute routine, car il marque le début de quelque chose qui n'aura pas de fin, le début d'une vie humaine unique, non-reproductible, le début d'une nouvelle personne. Et avec chaque naissance, le monde en lui-même est en quelque sorte recréé et donné en cadeau à ce nouvel être humain, pour être sa vie, son chemin, sa création.
Cette Fête dès lors est une première célébration générale pour la naissance de l'Homme, et nous ne nous souvenons plus de l'angoisse, comme l'Evangile le dit, "dans la joie qu'un nouvel homme est né au monde" (Jean 16,21). Ensuite, nous savons à présent de qui nous célébrons la naissance particulière, de qui nous célébrons la venue : Marie. Nous savons l'unicité, la beauté, la grâce de cette enfant précisément, sa destinée, sa signification pour nous et pour le monde entier. Et troisièmement, nous célébrons tous ceux qui ont préparé le chemin pour Marie, qui ont contribué à son héritage de grâce et de beauté. Aujourd'hui, beaucoup de gens parlent d'hérédité, mais seulement dans un sens négatif, asservissant, un sens de déterminisme. L'Eglise croit aussi dans une hérédité spirituelle positive. Combien de foi, combien de bonté, combien de générations de gens luttant pour vivre selon ce qui est haut et saint, ont été nécessaires avant que l'arbre de l'histoire humaine puisse donner naissance à une si exquise et parfumée fleur – la toute pure Vierge et Toute Sainte Mère! Et dès lors, la Fête de sa Nativité est aussi la célébration de l'histoire humaine, la célébration de la foi en l'homme, la célébration de l'homme.
Hélas, l'héritage du mal est de loin plus visible et mieux connu. Il y a tant de mal autour de nous que cette foi en l'homme, en sa liberté, en la possibilité de transmettre un héritage brillant de bonté s'est presqu'évaporée et a été remplacée par le cynisme et la suspicion... Ce cynisme hostile et cette suspicion décourageantes sont précisément ce qui nous persuade de nous éloigner de l'Eglise lorsqu'elle célèbre avec une telle joie et foi cette naissance d'une petite fille en qui sont concentrées toute la bonté, la beauté spirituelle, l'harmonie et la perfection qui sont les éléments de la véritable nature humaine. En et à travers cette fille nouvellement née, le Christ – notre don de Dieu, notre réunion et notre rencontre avec Lui – vient pour étreindre le monde. Donc, en célébrant la naissance de Marie, nous nous trouvons nous-mêmes déjà sur la route vers Beth-lehem, en route vers le joyeux mystère de Marie en tant que Mère de Dieu.



[Extrait de, "Celebration of Faith" Sermons, Vol. 3,
"The Virgin Mary," par feu le protopresbytre Alexander Schmemann, 1995.]


France :
http://www.amazon.fr/Celebration-Faith-Alexander-Schmemann/

USA :
http://www.svspress.com/product_info.php?cPath=43_2&products_id=25

Icône Korsun :
http://southern-orthodoxy.blogspot.com/2006/09/birth-of-mother-of-god

Tropaire de la Nativité de la Mère de Dieu
Ta Nativité, Mère de Dieu,
A révélé la joie à l'univers,
car de toi s'est levé le Soleil de Justice,
le Christ, notre Dieu.
De la malédiction, Il nous délivre
et nous ouvre à Son Amour
vainqueur de la mort, Il nous donne la vie.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Happy Feast Day!

[how does one say it in French?]