"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

05 septembre 2006

Le Commandement scandaleux (Mt 22,37-40)

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Peut-être que le Commandement le plus scandaleux donné par le Christ est celui en relation avec notre prochain. "Aime Dieu de toute ton âme, et ton prochain comme toi-même. À ces deux commandements se réduisent toute la loi et les Prophètes."
Pour l'homme moderne, paresseux et irresponsable, cette simplification semble très encourageante et sans importance. Mais pour un Juif, c'est un vrai scandale. Toute la vie du Juif était un habile slalom entre la multitude de lois et règles qui semblaient déterminer son salut. Réduire la vie à 2 Commandements, pour certains hommes qui étaient habitués à se créer un dilemme quant à manger ou non un oeuf le samedi, c'est la même chose que de dire à une femme qui est habituée à changer de vêtements à chaque fois qu'elle sort de chez elle, de ne plus utiliser qu'un seul vêtement, et avec le droit de le porter sur les 2 faces. Cette simplification coûtera la vie à Jésus. Mais une partie des croyants adopta la scandaleuse philosophie et forma une nouvelle religion, une nouvelle manière de voir le monde. A cause du nom de l'initiateur du scandale, ces croyants reçurent le surnom de "Chrétiens". Oui, ces groupes insignifiants et illégaux de l'époque portaient le même nom que les si largement Chrétiens d'aujourd'hui portent. Comment sont-ils devenus si nombreux? Beaucoup disent que c'est un miracle divin, un signe que cette foi est véritable. Moi, cependant, j'ai les plus grands doutes qu'il en est bien ainsi. Je crois que la raison de cette croissance si rapide et assurée des Chrétiens tient, une fois encore, dans le Commandement scandaleux. Depuis que ce Commandement a été mis de côté, le nombre de disciples du Christianisme a terriblement grandit. En échange, les Chrétiens ont aujourd'hui un bien plus grand nombre d'autres commandements, peut-être pas moins que les Juifs; commandements que, j'en suis sûr, si le Christ revenait pour tous les ramener à cet unique Commandement de l'amour, ils Le tueraient.
Le Christianisme est amour, le Christianisme est aussi souffrance. Le Christianisme est amour résultant de la souffrance. Quel est cet étrange Commandement apporté par le Christ, sinon souffrance? Qu'est-ce que cela signifie concrètement, que d'aimer son prochain? Lui acheter un hamburger? Lui donner un peu d'argent? Parfois c'est aussi le cas. Mais si la souffrance de votre prochain ne sait pas être soulagée ni par un hamburger ni par de l'argent, si c'est au-delà de votre pouvoir? En réalité, il me semble que tout ennui et toute souffrance sont au-delà de notre pouvoir. Alors la seule chose que nous savons faire pour notre prochain, c'est de pleurer pour sa souffrance, pour la souffrance du monde entier, si c'est possible. L'archimandrite Sofronie Saharov, écrivant à une femme malade dont le fils de 8 ans venait de mourir, raconta cette histoire. "Un jour, j'étais avec saint Silouane, et nous étions près de notre cellule sur la Sainte Montagne [Athos] et regardions vers un petit bateau pris dans la tempête. Les passagers en panique avaient à choisir entre soit rester sur le bateau et attendre jusqu'à la fin de la tempête, ou tenter de rejoindre la rive avec le bateau Les 2 solutions étaient également dangereuses. Alors un des moines éclata en sanglots et dit : "Ah que je suis triste pour eux!" Alors saint Silouane lui répondit : "Si tu es affligé pour eux, cela veut dire qu'ils sont sauvés." Et en effet, tous revinrent à terre". "Je crois aussi", continuait le bienheureux Sofronie dans sa lettre, "que la souffrance dans laquelle vous vous trouvez, sera guérie, parce que je m'afflige pour vous."
Combien d'entre ceux qui vont à l'église le dimanche, peuvent se vanter d'avoir cette souffrance accomplissant des miracles dans leurs coeurs? Je pense, cependant, qu'ensemble avec le Christ, c'est la seule chose que nous devrions convoiter et pour laquelle lutter. Peut-être le plus grand bien que nous puissions faire au monde, c'est simplement venir à la fenêtre et regarder ce qui se passe en rue, jusqu'à ce que notre coeur soit rempli de cette immense souffrance. A quoi cela pourrait-il servir, si de toute manière ces gens n'en sauraient rien? Quand bien même nous ne pourrions rien changer à cette souffrance faite nôtre, cependant nous serions fort utiles. Au moins pour le fait qu'au moins en ces moments, nous priverons le monde de notre mal personnel. Et ceci est vraiment un grand bien que nous pouvons faire au monde.

Timpul, 25 octobre 2002
hiéromoine Savatie Bastovoi,
Eglise Orthodoxe, Patriarcat de Roumanie

Une autre méditation du hiéromoine Savatie : "Jeûne et liberté"
http://stmaterne.blogspot.com/2006/08/jene-et-libert.html

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