"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

17 septembre 2006

Étant toutes et tous en piteux état spirituel, la "perfusion permanente" du Christ est vitale

Dans le calendrier liturgique du Rite Occidental en vigueur dans certaines paroisses de l'Église Hors Frontières, l'Évangile proclamé ce jour était Saint Luc 10,21- (Bon Samaritain)

"À ce moment-là, Jésus tressaillit de joie dans l'Esprit-Saint, et il dit: "Je te bénis, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que, tout en cachant ces choses aux sages et aux intelligents, tu les as découvertes aux tout petits. Oui, Père, je te bénis de ce que tel a été ton bon plaisir. Toutes choses m'ont été remises par mon Père. Nul ne connaît qui est le Fils, sinon le Père, ni qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler." Puis, se tournant vers ses disciples, il leur dit en particulier: "Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez! Je vous le déclare: Beaucoup de prophètes et de rois ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu; entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu."
Un légiste se leva et lui dit pour l'éprouver: "Maître, que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle?" Jésus lui dit: "Qu'est-il écrit dans la loi? Qu'y lis-tu?" Il répondit: "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée (Dt. 6,5); et ton prochain comme toi-même (Lv. 19,18)." Jésus lui dit: "Bien répondu; fais cela, et tu vivras." Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus: "Oui, mais qui est mon prochain?" Jésus reprit: "Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba entre les mains de brigands, qui le dépouillèrent, le rouèrent de coups et s'en allèrent, le laissant à demi mort. Par hasard, un prêtre descendait la même route; il vit l'homme, et passa outre. Un lévite arriva sur les lieux, le vit, et passa outre. Mais un Samaritain en voyage, arrivé près de lui, fut, à sa vue, touché de compassion. Il s'approcha, et banda ses plaies en y versant de l'huile et du vin; puis il le jucha sur sa propre monture, et le conduisit dans une auberge où il s'occupa de lui. Le lendemain, il tira deux deniers et les donna à l'hôtelier: Prends soin de lui, dit-il, et si tu as des frais supplémentaires, je te paierai lors de mon retour. Lequel de ces trois hommes te semble avoir été le prochain de l'homme qui était tombé entre les mains des brigands?" - "C'est, répondit le légiste, celui qui s'est montré plein de pitié envers lui." - "Eh bien! lui dit Jésus, toi aussi fais de même."

Voici l'homélie du jour :

La gloire de la Nouvelle Alliance qui est notre héritage, se présente à nouveau à nous dans les lectures de l'Ecriture Sainte qui sont prévues pour la Liturgie de ce jour. La Parabole du Bon Samaritain est considérée comme appropriée pour l'époque des moissons (le 13ème dimanche après la Trinité a presque toujours lieu entre le 17 août et le 19 septembre), en ce qu'en cette période, notre gratitude pour la bonté de Dieu que nous voyons dans les moissons devrait se refléter particulièrement dans notre bonté envers ceux dans le besoin. La parabole nous explique par des phrases mystiques la surabondance de bonté du Seigneur Lui-même. Il devient le Bon Samaritain pour la nature humaine, qui a chuté entre les mains de ses ennemis spirituels, a été dépouillée de son revêtement de justice originelle, et a été laissée à moitié morte dans l'héritage du péché des origines et la continue inclination vers la transgression.
C'est de l'amour que Dieu nous a donné en envoyant Son Christ en tant que notre sauveteur, le Bon Samaritain, que vient la thérapie de guérison qui est l'essence du Christianisme. Le véritable Christianisme – c'est-à-dire le Christianisme Orthodoxe - est une thérapie, une guérison : c'est uniquement de ça qu'il s'agit. Dans son annonce de la Nouvelle Alliance, le Psalmiste dit : "Guéris mon âme, car j'ai péché contre Toi" (Ps. 40). Jérémie a plaidé pour que son péché soit guéri (Jér. 17,14). Jésus Lui-même a mit en exergue la prophétie d'Isaïe Le concernant, disant qu'Il était envoyé ".. pour guérir le coeur brisé.." (Luc 4,18; Is. 61,1). Les dons terrestres que Dieu nous donne sont pour notre santé corporelle et notre bien-être, et à leur tour, ils devraient nous faire ressentir le besoin de notre bien-être spirituel. Nous sommes vraiment dans un piteux état – comme l'homme de la parabole : nous gisons battus et proches de la mort. Nous avons besoin du Médecin Qui est le Christ, et la guérison qu'Il nous amène est administrée par Son Eglise – le Christ sur terre aujourd'hui.
Nul ne va chez le médecin avant qu'il ne ressente qu'il est malade. Il doit reconnaître son besoin
avant d'agir. Nous et toute l'humanité, nous avons désespérément besoin de la médecine que seul le Christ possède, mais tant que nous n'avons pas reconnu ce besoin, nous ne ferons rien. Ce n'est pas parce que nous sommes membres de l'Église que cela veut dire que nous sommes spirituellement solides et forts, loin de là. Pour emprunter un bon mot aux "Alcooliques Anonymes" : dans le meilleur des cas, nous sommes des pécheurs occupés à se rétablir – et aucun d'entre nous n'est jamais en état de dire qu'il est "guéri". La tendance à la transgression est si bien enracinée en nous que nous devons rester sous traitement pour le restant de notre vie terrestre si nous voulons avoir une chance de nous faufiler à travers la Porte du Ciel. C'est pourquoi, suite à une vague appréciation de notre état de maladie, nous nous sommes approchés en titubant du Christ. C'est pourquoi, malgré notre peu de compréhension, nous restons. Ceux qui ne parviennent pas à saisir leur besoin continu s'en vont. Il est facile pour nous de cesser de prendre le traitement et de retomber dans notre maladie. Nous pensons que nous sommes meilleurs – et en fait, nous n'avons pas tué le virus, en rien, nous l'avons tout au plus placé sous contrôle.
Si tout ceci semble très pessimiste, c'est hélas vrai : il n'y a rien de rassurant dans notre besoin de continuer la thérapie que le Christ nous a apportée. Nous pensons que la vie est longue alors qu'en fait, elle est désespérément courte par rapport à tout ce que nous aurions à y faire. Nous pensons que notre emploi ou travail sont le besoin primaire alors que c'est secondaire. Pour utiliser une métaphore, nous devons passer un examen qui porte sur tout le cours de notre vie : on attend de nous de le réussir – et la plupart d'entre nous ne commencent pas à songer au fait que nous sommes en examen avant d'avoir déjà dépassé les 2/3 du chemin de leur vie. Alors, que nous considérions cela comme une thérapie continue ou une concentration continue pour un examen, le fait demeure que nous ne pouvons pas nous arrêter, nous ne pouvons pas nous reposer sur des lauriers imaginaires.

prêtre Michaël, higoumène / abbé
monastère Saint-Petroc
Église Orthodoxe Russe Hors Frontières

Aucun commentaire: