"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

28 octobre 2006

La Lumière de l'Orient

http://www.christminster.org/light.htm
par Dom James Deschene, OSB
hiéromoine, abbé du monastère bénédictin orthodoxe Christminster
Église Orthodoxe Russe Hors Frontières


Alors que la longue nuit de l'athéisme officiel décline dans l'ancienne Union Soviétique [= l'actuelle Russie], nous qui vivons en Occident ne pouvons que nous demander ce qui va se révéler dans la nouvelle aube de liberté pour la Foi Orthodoxe. Nos espoirs, aussi grands puissent-ils être, seront sûrement bien piètres face à la gracieuse réalité que Dieu accomplira, si le phoenix de l'Église persécutée se relève, renouvelé par la grâce et la repentance. Cependant, aussi intéressant que la spéculation puisse être au sujet du futur de l'Église dans l'ex-Union Soviétique, nous en Occident, nous devrions aussi nous regarder nous-mêmes dans cette nouvelle lumière.

Ce qui se trouve révélé le plus clairement dans cette lumière, c'est le propre noir secret de l'Occident – sa propre espèce d'impiété. L'athéisme de l'Occident est moins spectaculaire que l'athéisme de l'Etat Soviétique, mais il n'en est pas moins violent. Nous ne voyons pas – et telle est notre tragédie – une impiété si insidieuse qu'au contraire de celle de l'ex-Union Soviétique, elle n'a pas besoin de force externe pour répandre son mal. L'impiété de l'Occident a sa source dans le coeur de l'homme – dans son ancienne aspiration à l'autonomie, sa passion pour devenir sa propre loi, son refus de servir Dieu et d'obéir à Ses lois. Dans le coeur de l'homme occidental, le sanctuaire est bien souvent aussi vide et ruiné que n'importe quelle église rasée par les autorités communistes. Là où l'image de la Sainte Trinité aurait dû avoir son trône en nous, ordonnant doucement et avec justesse nos coeur et vie, là se trouve bien souvent l'image de notre dieu préféré, le dieu de notre véritable idolâtrie – le "moi" monarchique, autocratique, impérial, totalitaire dans sa demande pour obtenir satisfaction, pour n'en faire qu'à sa guise, toujours et à n'importe quel prix. Ecoutez, par exemple, les cris de ralliement pour obtenir des "droits" débridés, que ce soit le "droit" pour une mère d'avorter un enfant non-désiré, ou le "droit" de mener une vie sexuelle livre de restrictions morales voire même sociales, ou le "droit" à mettre un terme à la vie d'autrui. L'exercice de ces "droits" – chacun d'entre eux étant dirigé contre la vie et le Créateur de la vie – est aussi militant et violent et impie que n'importe quelle purge soviétique.

Et que dire des media – télévision, livres, films – qui soutiennent et encouragent un tel comportement autonome, une telle anarchie? Est-ce qu'un tel soutient à l'impiété n'est pas aussi efficace que n'importe quelle censure soviétique? Les media occidentaux sont prêts à accepter n'importe quelle idéologie autre que l'enseignement traditionnel Chrétien. Regardez seulement l'extraordinaire succès des doctrines du Nouvel Age [New Age] et l'empressement des media non seulement à publier de tels enseignements, mais aussi à les valoriser.

Qu'avons-nous besoin d'une autorité externe pour vider les églises et fermer les monastères, lorsque l'Occidental, de sa propre initiative, abandonne les églises et méprise la vie monastique, la traitant de folie ou d'insensée? L'énorme exode de prêtres, moines et religieuses hors de la vie cléricale et religieuse au sein de l'Eglise Catholique-Romaine – un exode curieusement, et peut-être délibérément ignoré par sa hiérarchie – a eu lieu sans la moindre persécution ouverte contre cette Eglise. Ce qui est ainsi révélé en Occident, c'est le succès de la formule de Kierkegaard pour miner la vie morale de l'humanité – maintenir la façade d'institutions religieuses tout en les vidant de leur substance, de leur signification interne. Nous pouvons voir certaines Eglises occidentales, dans leur passion pour les bonnes relations, s'adapter à l'esprit de l'époque de manière aussi efficace que n'importe quel ecclésiastique en Union Soviétique qui aurait sacrifié la fidélité à la vraie Foi pour le principe de rendre ses relations plus faciles avec l'Etat athée.

C'est une vision bien blafarde de la situation, mais, par la bonne providence de Dieu, ce n'est pas la totalité de l'image. Car ce que l'Occident peut à présent commencer à voir plus clairement, c'est le miracle de l'Orthodoxie – sa puissance divinement reçue pour endurer en face de l'impiété militante, et pour endurer sans l'aide de toutes ces choses en lesquelles l'Occident place sa confiance : l'argent, le pouvoir, la bureaucratie, les bâtiments, les programmes d'organisation, etc. Dans la grande épreuve de la souffrance, la Foi Orthodoxe du peuple Russe a enduré tout sans ce soutien matériel que l'Occident considère comme essentiel. En Occident, nous avons besoin de cette vision de la Foi Orthodoxe se relevant tel le phénix – comme sortant des feux de l'athéisme, afin que nous puissions nous tourner vers l'unique chose qui a tenu bon contre les violents vents du changement – l'immuable Foi Orthodoxe Catholique des Saints Pères.

Alors que l'Occident est sur le déclin, qu'est-ce qui peut nous délivrer du désespoir de faire la découverte de notre coeur vide? Uniquement la lumière de la véritable Foi Orthodoxe – brûlant bien plus fort que le feu de n'importe quel persécuteur -, elle seule peut nous guider hors des ténèbres de cette manière de vivre. Par notre fidélité au précieux don de l'Orthodoxie, par notre obéissance dans la joie à la sainte Tradition, nos coeurs doivent devenir ce qu'ils étaient censés être – des temples vivants et visibles de la Sainte Trinité, des Icônes vivantes de l'amour de Dieu et de Sa bienveillante direction de toute Sa Création.

Dans son épître pour la Nativité, feu le métropolite Vitaly écrivait : "Le coeur de l'homme est un trône sur lequel le Seigneur désir s'asseoir." Si chaque Chrétien Orthodoxe prépare humblement son coeur pour devenir le trône de Dieu, le coeur de l'Occidental, qui a grandit en se lassant de son auto-idolâtrie, pourrait commencer à voir la véritable lumière de l'Orient. Dieu, dans Sa bonne providence, a envoyé la sainte Orthodoxie dans le monde occidental en ces derniers temps, non pas pour être une curiosité, un objet de musée, une relique du vieux monde. Il a envoyé la lumière de l'Orthodoxie dans le monde afin d'être une lumière pour les nations au temps de leurs plus grandes ténèbres. Comme le soleil, l'Orthodoxie peut avoir eu sa naissance en Orient, mais sa destinée est d'illuminer le monde entier, de dissiper les ombres de la nuit et les ténèbres de la mort, et de révéler à ce monde noir et lassé la présence vivante du Christ Ressuscité. Chacun d'entre nous, transfiguré par la grâce et par la joyeuse obéissance à Sa règle, doit devenir une Icône vivante de cette véritable Lumière qui est venue dans le monde.

La folie de l'Occident, c'est d'avoir crû en la transformation du monde par l'économie, la politique et l'agenda social. La folie des autorités Soviétiques, c'est d'avoir crû que de telles forces pourraient détruire la vraie Foi. La guerre, la révolution, les bouleversements sociaux, politiques et économiques sont des outils dans lesquels le monde a confiance pour amener du changement. Contre tous ces outils, le Chrétien Orthodoxe doit proclamer par sa vie l'unique puissance qui sait guérir et changer le monde – la transfiguration par l'amour et la grâce. Cela a lieu en secret, dans le silence, dans la prière – dans les profondeurs où l'homme rencontre Dieu, dans l'amour. Il n'y a que là et à ce moment-là que le coeur humain blessé est rempli de guérison, de joie et de paix – nos dons à l'humanité souffrante. Et ces dons ne savent être obtenus que par un abandon total à l'amour du Christ, par la mort à toutes les choses qui pourraient séparer quelqu'un de Son amour. Nous devons devenir obéissants jusqu'à la mort en entrant dans le mystère de la souffrance du Christ par lequel le monde entier est rendu une nouvelle création.

Nous devons être des "signes" de la fin, du Royaume – un royaume qui est la fin de toutes nos insignifiantes sécurités, égoïsmes, nos faux idéaux et nos confortables habitudes. Cependant nous devons montrer que la fin, quand bien même elle sera une catastrophe absolue pour nos vieilles manières, sera finalement une bénédiction profonde et gracieuse, remplissant notre vide avec Dieu, nourrissant nos coeurs éternellement affamés avec Son amour insondable. Nous devons montrer au monde, quand bien même ses manières et institutions se réduisent en poussière, que le Christ a déjà vaincu le monde : le Christ est ressuscité et la puissance de la mort a été vaincue. Le monde a besoin de nous voir – Icônes vivantes du Christ – imperturbables par ces derniers jours du monde; comme saint Paul nous dit de le faire, nous devons passer pour inconnus, nous qui sommes bien connus; pour moribonds, nous qui sommes bien en vie; pour condamnés, alors qu'on ne nous met pas à mort; pour maussades, nous qui sommes toujours dans la joie; comme
indigents, alors que nous enrichissons tant de monde; comme n'ayant plus rien, nous qui possédons tout. (II Cor. 6,9-10).

Dans notre paisible et obéissante observance de la sainte Foi Orthodoxe, notre vie doit rayonner de la lumière du Christ dans les ténèbres de notre époque. La fin se rapproche, mais ça ne sera pas la fin de la vie, mais la fin des ténèbres et de la mort. Et dans cette aube devenue radieuse par le Christ Ressuscité – la véritable Lumière d'Orient, le Soleil sans couchant, l'aube parfaite et finale, nous chanterons avec le Psalmiste :

Tu as alors changé mon deuil en allégresse;
Tu as délié mon sac, Tu m'as revêtu de joie,
ainsi mon âme Te louera sans jamais se taire,
Seigneur, ô mon Dieu, je Te bénirai dans l'éternité (Ps. 29,12-13)

Dom James a récemment achevé son doctorat à l'université de Rhode Island sur la théologie de la sexualité et du mariage chez C.S. Lewis.

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