"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

06 octobre 2006

Maître Eckhart

Il paraît que ça n'en n'a pas l'air, mais mon style de lecture est très varié.
Récemment, j'ai entre autres achevé la lecture de plusieurs des sermons allemands de Maître Eckhart, le célèbre représentant de la "mystique rhénano-flamande".
J'avais été frappé par la proximité de ces sermons, que dis-je, la parenté avec la Foi de l'Église - saint Jean Scot Erigène, saint Maxime le Confesseur, etc. Et leur grande distance avec ce que ce même Maître Eckhart enseignait en Sorbonne, tous ses sermons & textes latins qui n'étaient que du remâchage du Thomisme, bref de ce qui est contraire à la Foi de l'Église.

En lisant ces textes du "Eckhart chez lui, dans l'intimité", je pensais lire des textes de Pères de l'Église, tellement c'était à la fois profond et exact. Quelle découverte après m'être forcé de lire plusieurs de ses longs textes latins, nauséeux. Oui, qu'ils sont beaux, ces textes allemands de Maître Eckhart, et quelle abyssale différence on y voit entre son expérience spirituelle, si belle, si radicale, et les imposteurs d'Avignon ou de Rome, d'alors ou d'après!
J'ai (enfin!) compris pourquoi un Olivier Clément ou un Vladimir Lossky le citent sans précautions oratoires préalables, comme on le ferait d'un auteur douteux.

Attention, je ne retomberai pas cette fois dans les pièges du romantisme comme je l'ai déjà fait auparavant sur un autre site. Je n'ai pas dit "j'ai lu tout Eckhart et je le canonise illico". J'ai dit que ce que j'ai lu m'a beaucoup touché par sa beauté, son côté vrai, "orthodoxe" dans le sens profond du terme. Il est certain qu'avoir autant écrit, et étant poussé par des moniales "un peu à la masse" - les dominicaines de l'époque étaient connues pour rechercher des "expériences mystiques fumeuses" et il existe assez de textes d'époque pour qu'on n'aille pas encore me taxer de fanatisme - bref, des erreurs, comme tout le monde, il a dû en écrire, et en proportion de sa quantité d'écrits - sans compter tout ce qu'on lui attribue. Et vu qu'il a été formé dans des erreurs théologiques graves, une partie de ses écrits en est marquée, et le rend délicat à utiliser. Et en tout cas à le reprendre dans l'Église.
Seulement, dans ses textes allemands, on sent cette profondeur qu'il se permet une fois délié de l'obligation de suivre l'Institution où il se trouve. Il parle du coeur, le coeur dans le sens Chrétien du terme. Sa rencontre avec le Dieu vivant est au centre de ses paroles, et c'est pour donner envie d'y aller, pas dogmatiser ou théoriser. C'est radicalement autre. C'est beau.

Grâce à un correspondant laïc Orthodoxe (du patriarcat de Constantinople je pense) en Australie, me recommandant ce blog Grec
http://www.ellopos.net/blog/index.php - quelle ne fut pas ma grande joie de découvrir ce jour un site lié à ce blog, site qui parle de Maître Eckhart et qui démonte point par point l'histoire de sa condamnation.
Je précise que je n'ai pas regardé tout le site, je ne sais pas dire ce que ça vaut, mais ces pages-là sont bien.

J'avais beaucoup aimé cette remarque de Maître Eckhart, lors de son accusation d'hérésie, où il expliquait (en substance) la différence entre l'erreur et l'hérésie. La première, c'était se tromper de bonne foi et quand mis en face de son erreur, revenir dans le bon chemin. Et la seconde, l'hérésie, c'était persister dans son erreur même quand on nous a démontré que c'était bel et bien une erreur.

En survolant les pages en anglais consacrées à Maître Eckhart sur ce site Grec, je me dis qu'en effet, à l'époque, on voit bien que Dieu essayait envers et contre tout de faire renaître l'Église en Occident. Mais que l'Institution qui avait remplacé l'Église à partir de 1014 était fermement décidée à tout faire pour empêcher cela.
Nil novi sub sole. HÉLAS!

Si vous parlez anglais, vous aimerez ces pages, trop nombreuses hélas pour que je puisse m'y consacrer en ce moment :
http://www.ellopos.net/theology/papal/index.htm

Daigne Maître Eckhart guider celles et ceux en Occident qui cherchent vraiment le Seigneur mais que des faux bergers etc etc...


Mise à jour 10/10/06 - intéressante remarque de Vasili-Régis :
http://groups.google.com/group/fido.belg.fra.religion/msg/2da752174f26f16a
De :
R.V. Gronoff -
Date :
Sam 7 oct 2006 00:41
E-mail :
"R.V. Gronoff"
Groupes :
fido.belg.fra.religion, fr.soc.religion




> jmd a écrit :

> ombres et lumières


> http://stmaterne.blogspot.com/2006/10/matre-eckhart.html

Eckhardt reste à prendre avec des pincettes. On trouve chez lui tout autant des éléments de gnosticisme issus peut-être des Cathares avec un intellectualisme d'où la grâce, qui suppose la distinction même au cœur de l'unité hypostatique, la différenciation dans l'éternité parce que ce
n'est pas mon ego qui est l'Un, mais l'amour, qui a la fois m'unit à Dieu et qui *est* Dieu. (Lire "Voir Dieu tel qu'Il est" du bienheureux Ancien Sophrony de Maldon).

Le fait qu'Eckhardt ait régulièrement réaffirmé la double procession du Saint Esprit laisse planer un sérieux doute sur l'authenticité de son expérience spirituelle, confondue avec une auto-réflection del'intellect propre au gnosticisme.

A lire (elle est à la bibliothèque de Saint Serge, par exemple) : la thèse de Vladimir Lossky sur Eckhardt d'un point de vue orthodoxe, publiée chez Vrin.

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