"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

03 novembre 2006

L'Emmanuel et l'espoir... mais la rivière de la Foi tarie, les flots de la violence dévastent Jérusalem

Prêtre Patrick H. Reardon
Jeudi 2 novembre

Isaïe 7 : La question de l'espoir, soulevée dans le chapitre 5 a quelque peu trouvé réponse au chapitre 6. Isaïe avait été purifié, suggérant que Juda pourrait aussi être purifié et ne pas périr. Le thème d'un tel espoir continue dans le présent chapitre

La maison de David était aux abois en raison de la politique internationale. C'était en l'an 735. L'Assyrie lançait son offensive à travers le Croissant Fertile, amenant dès lors les nations de la région à former une coalition pour s'opposer à cette nouvelle puissance de l'Orient. La Syrie (Damas) et Israël (Samarie, Ephraïm), partenaires principaux de la coalition, avaient envahi Juda afin d'ajouter ce dernier à leur alliance contre l'Assyrie (2 rois 15,37). Cette invasion échoua (verset 1; 2 Chroniques 28,5-8). Une seconde invasion était imminente (2 Chroniques 28,17-18), cette fois dans le but de replacer le roi Achaz sur le trône (verset 2). Ce plan, bien sûr, mettait la maison de David, engagée, en péril.

Isaïe lui-même avait récemment engendré un fils, a qui il avait donné un nom symbolisant l'idée de "reste" ("Shear-Jashub", "un reste viendra"), indiquant ainsi l'espoir qu'il concevait du fait des chances de Juda. Le prophète emmène ce fils avec lui alors qu'il vient voir le roi pour lui annoncer l'oracle qui ouvre ce chapitre (verset 3). Le fils sert comme une sorte d'interprétation prophétique du message d'Isaïe pour Achaz. Le prophète et son fils rencontrent le roi auprès de l'aqueduc qui approvisionnait Jérusalem en eau avant qu'Ezéchias ne construise une conduite souterraine, plusieurs années plus tard. Probablement qu'Achaz était occupé à inspecter l'approvisionnement d'eau en vue du siège qui s'annonçait.

Isaïe adresse des paroles d'assurance; les efforts de la Syrie et d'Israël n'aboutirons pas, si Juda ne les craint pas. Le roi doit placer sa confiance en Dieu (verset 4), parce que la promesse de Dieu bat les propositions des hommes (versets 5 à 9). (Hélas, le roi avait déjà cherché à obtenir l'aide de l'Assyrie contre cette coalition d'États régionaux).

Endéans les 65 ans, dit Isaïe, Israël cessera d'être un royaume. Vu que cette alliance entre la Syrie et Israël s'était formée en 735 – c'est-à-dire 7 ans après l'appel d'Isaïe comme prophète – l'année achevant ces 65 ans était l'an 670, cette même année durant laquelle des immigrants étrangers, amenés par les Assyriens sous l'empereur Asarhaddon (2 Rois 17,24; 2 Chroniques 33,11; Esdras 4,2), arrivèrent de l'Est pour s'installer en terre de Samarie, l'ancien royaume d'Israël. Isaïe termine par un appel à la foi - "Si vous ne croyez pas, vous ne tiendrez pas" (ta'aminu . . . te'amenu).

Le second oracle de ce chapitre, aussi adressé à Achaz, est en 3 parties. Premièrement, le roi est à nouveau appelé à la foi (versets 10 et 11). Ensuite, Isaïe condamne le roi pour son incroyance (versets 12 à 15). Et troisièmement, Isaïe prédit la future chute de Jérusalem (versets 16 à 17).

La prophétie de l'enfant faite par Isaïe (versets 14 à 16) concernait le sort de Damas, la capitale de la Syrie, qui tomba aux mains des Assyriens 3 ans plus tard, en 732, et d'Israël, que les Assyriens détruisirent 10 ans après cela. Dans la signification la plus évidente de cette prophétie, l'enfant potentiel est n'importe quel enfant conçu vers cette époque-là. Un tel enfant, dit le prophète, n'atteindrait pas l'âge de raison ("sache rejeter le mal et choisir le bien") l'entièreté du pays serait envahie par les Assyriens. Il n'y aurait plus d'agriculture. L'enfant n'aurait que lait et miel à manger. Ils auraient pu appeler un tel enfant "Emmanuel", parce que le nom signifie "Dieu est (encore) avec nous." Quand l'enfant aurait atteint l'âge de raison, s'en serait finit de la Syrie et d'Israël. En effet, le deuxième fils d'Isaïe, qui allait bientôt être conçu ( (8,1-4), serait un tel enfant.

Mais ce n'est pas tout. Ce seul sens obvie justifie difficilement la description exotique donnée par Isaïe. Cet "enfant" est aussi plus que n'importe quel enfant. Il assume des dimensions que nul simple enfant de la terre ne pourrait supporter. Il est aussi un enfant bien précis à naître quelque part dans l'avenir, et Isaïe va dès lors le décrire par des mots complètement uniques. Il va rassembler les enfants de Dieu dispersés (8,11-22; 11,12-13). Cet enfant n'est plus n'importe quel enfant. Il est un libérateur (9,3-7), et même le "Dieu fort" (9,5). Dans le sens le plus littéral, il sera "Dieu avec nous" (Matthieu 1,22-23). Il n'est dès lors pas étonnant qu'Isaïe est parfois appelé "le cinquième Évangéliste."

En attendant, Juda aura à beaucoup souffrir à cause d'Achaz (verset 17). Le bref oracle qui complète ce chapitre (versets 18 à 25) continue sur le thème du jugement à venir pour Juda. Le Seigneur "sifflera" pour faire venir les envahisseurs afin d'attaquer par les 2 côtés à la fois (verset 18). La terre sera mise à nue, comme un homme dont le corps entier serait rasé (verset 20). L'agriculture disparaîtra (versets 21 à 22). Tous les travaux du genre seront dévastés (versets 23 à 25).
Vendredi 3 novembre

Isaïe 8 : Isaie doit prendre une grand planche, quelque chose qui pourrait servir de panneau bien visible, et y écrire en lettres bien claires : "Mahér-shalal-hash-baz", 4 mots signifiant "prompt butin, proche pillage" (verset 1). Si cela peut nous sembler mystérieux, ce ne l'était pas moins pour les contemporains d'Isaïe. Des témoins du fait ont été mandés (verset 2), qui pourraient garantir la date de l'inscription.

Plus tard, Isaïe reçoit pour instruction de faire de cette étrange inscription le nom de son second fils (verset 3), qui du coup incarne la parole prononcée par le prophète à propos de l'imminente catastrophe (verset 4). Lorsque cette prophétie a été réalisée par l'invasion Assyrienne, les 2 témoins étaient en mesure de témoigner de la date de la prophétie. Cet acte prophétique forme un parallèle frappant mais contrastant avec la prophétie de l'Emmanuel au chapitre précédent.




En 734, Teglath-Phalasar, qui avait fait mouvement vers le Croissant Fertile, dirigea ses forces vers le Sud, le long de la côte maritime, pour aller à la rencontre des Égyptiens, qui auraient pu avoir tenté de remonter vers le nord et d'intervenir.



Il neutralisa ensuite le roi Ozias d'Israël, dépeuplant une grande partie de la Galilée. Pour finir, il se tourna vers la Syrie, qui tomba en ses mains en 732.


Siloé (verset 6) était le ruisseau qui coulait paisiblement de la source du Gihon et fournissait Jérusalem en eau potable. Il symbolisait aussi la tranquillité de la foi obéissante. Cette foi avait été abandonnée lorsqu'Israël avait rompu avec le trône de David, en 922 avJC. Ce royaume du nord, sans foi, plaçait à présent sa confiance dans la Syrie et dans sa propre monarchie apostate.

La Syrie et Israël allait bien vite être visitées par un autre courant d'eau, le puissant Euphrate, qui symbolisait l'empire Assyrien (verset 7). Ces nations avaient choisit le monde plutôt que Dieu, et à présent le monde les inondait. L'invasion allait être si dévastatrice que même Juda subirait les effets de l'inondation, à peine capable de maintenir sa tête au-dessus de l'eau (verset 8). En appelant l'Assyrie à l'aide (2 rois 16), Achaz avait soumit le trône de David à une puissance séculière et étrangère. Rien ne serait plus comme avant.

La seconde partie de ce chapitre traite du petit reste fidèle (versets 9 à 22). Isaïe se moque de la coalition qui s'est dressée contre Juda (versets 9 à 10). Sa confiance est en relation avec sa séparation intérieure d'avec l'infidélité de ses contemporains (verset 11), qu'il exhorte à ignorer cette alliance qui s'est formée contre Juda (verset 12). Ils doivent craindre Dieu et pas l'homme (verset 13).

Isaïe parle de ses disciples, qui préserveront ses oracles jusqu'à ce qu'ils aient été accomplis (versets 16; 50,4; 54,13). En effet, c'est à ces disciples d'Isaïe, qui appartiennent à ce reste dont il parle, que nous devons tant la préservation que la forme finale du message d'Isaïe. Il donne d'autres instructions pour ces disciples (versets 19 à 22).

Pendant ce temps, Isaïe et ses fils restant comme des "signes" pour Juda (verset 18; Hébreux 2,13). Comme ses 2 fils, Isaïe a un nom symbolique – "Le Seigneur sauve".

http://www.touchstonemag.com/frpat/2006_10_22_frpatarchive.html

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Le p. Patrick Reardon est le pasteur de l'église orthodoxe Antiochienne de Tous les Saints à Chicago, Illinois (USA), et éditeur principal de Touchstone : a Journal of Mere Christianity. Il est aussi l'auteur de "Christ in the Psalms" et "Christ in His Saints" (ces 2 livres étant publiés par Conciliar Press).

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traduction en la fête des saints Guénolé et Hubert, nos Pères dans la Foi

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