"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

21 novembre 2006

P. Schmemann : L'Entrée de la Mère de Dieu au Temple

(21 Novembre)
On a l'impression que ça remonte à des milliers d'années d'ici, et pourtant, il n'y a pas si longtemps que ça, la vie était marquée par les fêtes religieuses. Bien que tout le monde allait à l'église, tout le monde ne savait pas, bien sûr, la signification exacte de chaque célébration. Pour beaucoup, et peut-être pour la majorité, la fête c'était avant tout une opportunité pour dormir plus longtemps le matin, pour bien manger, bien boire et se détendre. Et malgré cela, je pense que chaque personne ressentait, même si pas de manière pleinement consciente, que quelque chose de transcendant et de radieux faisait irruption dans la vie à l'occasion de chaque fête, amenant une rencontre avec un monde de réalités différentes, un rappel de quelque chose d'oublié, de quelque chose de recouvert par la routine, la vacuité et la lassitude de la vie quotidienne.
Considérez les noms mêmes des fêtes : Entrée dans le Temple, Nativité, Épiphanie, Présentation, Transfiguration. Rien que ces mots, dans leur solennité, avec leur absence de relation à la vie quotidienne et leur beauté mystérieuse, réveillaient quelque souvenir oublié, invitaient, pointaient vers quelque chose. La fête était une sorte de soupir d'aspiration après une beauté perdue mais attirante, une aspiration après quelqu'autre manière de vivre.
Cependant, notre monde moderne est devenu monotone et sans fêtes. Même nos fêtes séculières sont incapables de cacher ce tas de cendres et de désespoir qui s'est installé, car l'essence de la célébration y manque, cette expérience de se retrouver emporté dans une autre réalité, dans un monde de beauté spirituelle et de lumière. Néanmoins si cette réalité n'existe pas, s'il n'y a fondamentalement rien à célébrer, alors aucune méthode de création artificielle d'enthousiasme ne sera capable de créer une fête.
Ici, nous avons la fête de l'Entrée de la Mère de Dieu au Temple. Son sujet est très simple : une petite fille est amenée par ses parents dans le Temple à Jérusalem. Il n'y a rien de particulièrement remarquable en tout cela, puisqu'à l'époque, c'était une coutume acceptée en général et nombre de parents amenaient leurs enfants dans le Temple, comme une sorte de signe pour les amener au contact avec Dieu, pour donner à leur vie le but et la signification ultimes, pour les illuminer de l'intérieur par la lumière de la grande expérience.
Mais en cette occasion, comme l'office du jour le rappelle, ils avaient amené l'enfant au "Saint des Saints", l'endroit où nul, si ce n'étaient les prêtres, n'était autorisé à aller, le centre mystique, le sanctum du Temple. Le prénom de la fille est Marie. Elle est la future mère de Jésus-Christ, celle par qui, comme le croient les Chrétiens, Dieu Lui-même est venu dans le monde Se joindre à la race humaine, pour partager sa vie et révéler son contenu divin. Est-ce que ce ne sont que de belles histoires, des contes de fées? Ou est-ce que quelque chose nous est donné et dévoilé ici, quelque chose de directement en relation avec notre vie, qui, peut-être, ne sait pas être exprimé dans le langage humain de tous les jours?
Ici se trouvait ce Temple magnifique, massif, solennel, la gloire de Jérusalem. Et des siècles durant, il n'y avait que là, derrière ces puissantes murailles, qu'une personne pouvait entrer en contact avec Dieu. Et à présent, cependant, le prêtre prend Marie par la main, l'introduit dans la partie la plus sacrée du Temple, et nous chantons que "Le Temple très pur du Sauveur est introduit dans le temple du Seigneur." Par la suite, dans les Évangiles, le Christ a dit "détruisez ce temple, et Je le relèverai en 3 jours," mais comme le précisait l'Évangéliste, "Il parlait du temple de Son Corps" (Jean 2,19-21).
La signification de tous ces événements, paroles et souvenirs est simple : dès à présent, l'homme lui-même devient le Temple. Pas de temple de pierre, pas d'autel, mais l'homme – son âme, son corps, et sa vie – tout cela est le coeur divin et sacré du monde, son "Saint des saints." Un temple, Marie – vivante et humaine – est introduit dans un temple fait de pierre, et de l'intérieur, elle lui amène à l'aboutissement de sa signification et importance.
Avec cet événement, la religion, et la vie encore plus, est soumise à un renversement de valeur. Ce qui entre le monde à présent, c'est un enseignement qui ne met rien de plus haut que l'homme, car Dieu Lui-même a prit la forme humaine pour révéler à l'homme sa véritable vocation et signification, à savoir divine. Dès cet instant, l'homme est libre. Plus rien n'est dans son chemin, car le monde entier est pour lui, comme un don de Dieu pour accomplir sa destinée divine.
A partir du moment où la Vierge Marie est entrée dans le "Saint des Saints", la vie elle-même est devenue le Temple. Et lorsque nous célébrons son Entrée dans le Temple, nous célébrons la signification divine de l'homme et l'éclat de son si haut appel. Ces derniers ne peuvent pas être évacués ou arrachés de la mémoire humaine.
Protopresbytre Alexander Schmemann


[Extrait de, "Celebration of Faith" Sermons, Vol. 3,
"The Virgin Mary," par feu le protopresbytre Alexander Schmemann, 1995.]

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